27/04/2026
Un monument à Fanny, dans le lieu de naissance de la tradition bouliste
Il m'arrive de croiser par le quartier de la Croix-Rousse à Lyon, ville bien connue pour le jeu de boules. En feuilletant un ouvrage sur Lyon insolite¹, j'ai été attiré par une page consacrée au lieu de naissance d'une tradition qui m'amuse depuis longtemps et dont j'ai déjà parlé sur ce blog, le baiser sur le fessier de "Fanny" quand on perd 13 à 0 à ce fameux jeu justement. Il aurait existé dans le quartier du Clos Jouve, situé au bout du Boulevard de la Croix-Rousse, une nommée Fanny, à la fin du XIXe siècle, un peu simplette qui acceptait volontiers de relever ses jupes pour présenter son popotin au joueur qui était "fanny", par trop amoureux des formes en 0... Elle aurait fini sa vie tristement dans un asile.
Si au départ le gage consistait à embrasser un vrai postérieur féminin, on le remplaça bien vite par une effigie chargée de symboliser le fessier devenu introuvable, trop humilié à force de s'exhiber pour le plaisir de goguenards et masculins vainqueurs. Des images furent alors créées au fil du temps, en plusieurs formats et recourant à diverses techniques, sculpture, gravure, photographie, peinture (les plus intéressantes étant les plus naïves). Et la coutume se répandit dans le couloir rhodanien, puis de proche en proche à toute la France. Il existe des représentations de derrières joufflus, à la "Fanny", dans nombre de cercles de boulistes.

Photos Bruno Montpied, 2026.

Au Clos Jouve, cependant, où l'on joue toujours aux boules, on a décidé, en 1987, de faire ériger par une artiste contemporaine de grand talent, Geneviève Böhmer (1928-2016), une statue d'hommage à cette tradition. Cela donne la sphère ajourée ci-dessus. Des mots serpentent au pourtour de la boule: "Fanny 20 ans, Fanny 100 ans, courage, amour, bonheur, colère, audace, pensée, mémoire." Des prénoms féminins ont été également inscrits sur les pétales de la rose d'où émerge le postérieur charnu. Une clé spéciale permet d'ouvrir une fenêtre pour accéder au cul, permettant ainsi aux boulistes infortunés (?) de sacrifier à leur dévotion popotine.


La clé ouvrant la fenêtre de Fanny.

Une Fanny en plomb, le derrière pudiquement voilé d'une culotte cependant très transparente; ph. et coll. B.M.
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¹Nadège Druzkowski, Lyon insolite et méconnu, p.119, Éditions Jonglez, Versailles, 2020.
22:16 Publié dans Art immédiat, Art insolite, Art moderne ou contemporain acceptable, Art populaire contemporain, Erotisme populaire | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : fanny, fessiers, jeu de boules, 13 à 0, art populaire, art modeste, art naïf, geneviève böhmer |
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22/02/2011
Fanny revient s'exposer
Fanny anonyme (signée JK, datée 1961), trouvée par l'antiquaire Michel Boudin
L'Art en Marche de Lapalisse délivre ces jours-ci une intéressante information, distincte des expositions que cette association-collection-galerie (je ne sais comment les qualifier au juste) monte régulièrement dans l'Allier. Il s'agit d'une expo de Fanny, tableaux, sculptures, collages, moulages, photographies - les techniques sont variées, selon le degré de capacité à reproduire des arrière-trains plus ou moins réalistes - qui va ouvrir à Mably à partir du 5 mars (vernissage le 4 à 18h), à quelques kilomètres au nord de Roanne, jusqu'au 20 mars, à l'Espace de la Tour.
Si la Fanny montrée sur le carton ci-dessus m'apparaît quelque peu mièvre, il faut savoir aussi que les talents se révèlent généralement très inégaux dans ce corpus (et ce pétrus). La bible, pour connaître un peu mieux un bon échantillon de ces représentations destinées à être embrassées par les boulistes perdant 13 (ou 15) à 0 leurs parties, dans la région lyonnaise et ailleurs, est sans contexte le livre de Mérou et Fouskoudis que l'antiquaire Lucien Henry m'avait indiqué autrefois (éditions Terre et Mer, 1982).
Voici deux ou trois images extraites de cet inestimable ouvrage qui prouveront que certaines Fanny peuvent s'élever au rang de chefs-d'oeuvre naïfs.
Peinture sur bois, Pont-de-Claix (Isère)
Fraternelle Boule du Monument, Caluire (Rhône), 1930 (cette peinture n'est pas sans rappeler certain tableau du naïf Camille Bombois)
Fanny conservée au musée d'art naïf de Noyers-sur-Serein (Yonne)
(L'Art en Marche, 9, rue du 8 mai 1945, 03120 Lapalisse ; à noter une conférence de Luis Marcel le 18 mars sur les lieux de l'expo, intitulée, vaste programme, "L'art brut existe-t-il?")
15:22 Publié dans Art immédiat, Art naïf, Art populaire insolite | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : l'art en marche, fanny, jeu de boules, art populaire insolite, art naïf, art immédiat, mérou et fouskoudis, luis marcel, art brut |
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