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14/04/2019

2019, année des médiums?

     L'art médiumnique fait un retour en force en ce moment. On annonce une expo Lesage, Crépin, Victor Simon pour bientôt au LaM. Dans le cadre de l'exposition "World Receivers", au Musée Lenbachaus de Munich, sont présentées trois créatrices inspirées par les "esprits", Hilma af Klint, Georgiana Houghton et Emma Kunz.

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Cette exposition montre qu'avant qu'apparaisse l'abstraction chez un Kandinsky, certaines artistes médiums avaient dès le XIXe siècle déjà recouru à des graphismes sans rapport à des motifs pris dans la réalité visuelle, Hilma af Klint dans le cadre de son rapport à la théosophie, Georgina Houghton dans le cadre du spiritisme et Emma Kunz dans le cadre de la Naturopathie (ne me demandez pas ce que c'est), bien entendu chacune ne connaissant pas les autres.

 

     Dans une autre, plus particulièrement consacrée aux femmes.dans l'art brut, qui se tient au Kunstforum à Vienne (Autriche) on  peut trouver également des médiums dessinatrices (titre exact: "Flying High: Künstlerinnen der Art Brut" ("Du haut vol : les femmes artistes de l'art brut") du 15 février au 23 juin 2019.

. A l'Es Baluard, le Musée d'Art Contemporain de Palma de Majorque, une exposition  est entièrement consacrée à l'art médiumnique des femmes, intitulée « Médiums et visionnaires », du 15 février au 2 juin 2019.


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     M'intéressant plus particulièrement,  a commencé aussi en Allemagne, fin mars, une série d'expositions sur le thème de la "Croissance de l'âme" ("l'importance de la plante comme expression artistique des états mentaux", apparemment...) au Wilhelm-Hack-Museum de Ludwigshafen, l'intitulé exact étant « Plantes de l'âme : Fantaisies végétales entre symbolisme et outsider art » (du 31 mars au 4 août 2019) . Miam, miam... Cette manifestation n'a pas lieu qu'à Ludwigshafen, elle a aussi des expos adventices dans d'autres institutions, comme le musée Haus Cajeth ou la Fondation Prinzhorn toutes deux basées à Heidelberg. Des parallèles y sont tracés entre symbolisme et surréalisme d'une part, et l'art médiumnique d'autre part. Parmi les artistes et auteurs exposés, on pourra trouver  Ciurlionis, William Degouve de Nuncques, Max Ernst, Barbara Honywood, Paul Klee, Hilma af Klint, František Kupka, Séraphine Louis, ou encore Odilon Redon.

      Toutes ces informations proviennent en partie d'un collectionneur allemand d'art médiumnique qui a prêté plusieurs de ses œuvres à certaines de ces expositions. Pour se faire une idée de sa collection, on peut visiter son site web, intitulé le COMA (acronyme - significatif? - pour "COllection of Mediumnistic Art").

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Cecile Markova (dessinatrice médiumnique tchèque), crayons de couleur sur papier noir, 63 x 45 cm, 16-10-76, coll. privée, Paris ; photo Bruno Montpied.

 

    Il y a une curieuse remarque à faire valoir entre l'art médiumnique  autrefois produit en Bohème (celui du musée de Nowa Paka), aux esprits férus de courbes botaniques, et l'art médiumnique des anciens mineurs du Nord de la France, aux esprits en revanche plus amateurs d'architectures, et de lignes droites... D'un côté des esprits adeptes de l'arrosoir et du plantoir, et de l'autre, des esprits plus amateurs de truelle et de fil à plomb?

03/04/2019

Première exposition parisienne de Ni Tanjung et c'est à la Fabuloserie-Paris

La Fabuloserie
 
 
 Ni TANJUNG

A l'ombre du volcan Agung

VERNISSAGE samedi 6 AVRIL 15h - 21h
En présence de Georges BREGUET, anthropologue,
figure tutélaire de NiTanjung depuis une quinzaine d'années.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Lucienne Peiry et Erika Manoni, qui a réalisé  Ni Tanjung, de l'aube à la nuit, film de 18 mn, ont découvert  l'artiste grâce à Georges Breguet qui les a emmenées à Bali en 2013.
IA leur retour ce dernier fait don d’œuvres de sa propre collection à la Collection de l’Art Brut de Lausanne.
Cette année, le LaM de Villeneuve d'Ascq  a fait l'acquisition de quelques arborescences,   présentées lors de la récente exposition Danser brut.

LA FABULOSERIE PARIS vous convie à la première exposition de Ni TANJUNG à Paris.
 
 
 
 
 
 
Exposition du 6 avril au 18 mai 2019

LA FABULOSERIE PARIS - du mercredi au samedi 14h - 19h
52 rue Jacob 75006 - 01 42 60 84 23 - fabuloserie.paris@gmail.com

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      Je considère cette exposition comme un véritable événement. Les productions de Mme Tanjung (ce qui traduit exactement les mots "Ni" Tanjung), dont j'ai déjà plusieurs fois parlé sur ce blog, sont en effet en tous points emblématiques de ce que peut être l'art brut. A un moment où beaucoup s'interrogent sur la définition du terme, voici une belle occasion de se confronter à un exemple éclairant, qui ne nous vient pas d'Europe, mais bel et bien d'Asie, en l'occurrence de Bali en Indonésie.

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L'environnement-autel de Ni Tanjung à Bali, photographié par Georges Breguet en 2004.

 

    Ni Tanjung se fit remarquer de l'anthropologue Georges Breguet à cause d'une sorte d'autel de pierres peintes en forme de figures qu'elle avait entassées en bordure de route. C'est par cette réalisation que l'on commença de parler d'elle à la Collection d l'Art Brut de Lausanne, Breguet en ayant parlé à Lucienne Peiry, alors conservatrice de la Collection. Ni Tanjung fut présentée dans l'exposition "L'art brut dans le monde" (2014), qui, à bien des égards, fut une exposition qui marqua un virage sérieux dans l'appréhension du phénomène art brut. Ces pierres à figures annonçaient à l'évidence les buissons de visages que cette femme à l'incroyable vitalité se mit par la suite, ses jambes ne la portant plus, et alors qu'elle était immobilisée dans un local exigu, à créer de façon acharnée, aucun obstacle ne pouvant la ralentir (pas même l'évacuation qui l'obligea à être déplacée, un temps, à la grande ville de Denpasar lors de la menace d'éruption du volcan Agung).

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Ni Tanjung, coll. et photo Bruno Montpied.

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Ni Tanjung, coll. et photo B.M.

 

     Elle compose en effet ce que j'appelle des "buissons", à l'aide de fibres (de bambou, semble-t-il) qui lui servent à y enfiler des visages dessinés aux crayons de couleurs ou au pastel sur des papiers divers, dont parfois du kraft. Elle n'hésite pas à percer ces papiers, faisant tenir l'ensemble dans un équilibre d'apparence instable mais qui se révèle à la longue pourtant relativement solide. Une tige principale, comme une colonne vertébrale, relie les différentes branches de ces buissons, branches qui portent les visages comme autant de fruits inattendus. De temps à autre, Ni Tanjung mêle à ces matériaux de base, d'autres matières, comme des bouts de papiers dorés, et autres couleurs brillantes, avec lesquelles elle confectionne aussi en marge des sortes de chapeaux dont elle se coiffe, elle ou ses visiteurs (voir un exemple sur une des photos insérées dans le flyer de présentation de l'expo par la Fabuloserie ci-dessus). Il lui arrive aussi d'effectuer, tout en restant assise, des fragments de danse traditionnelle balinaise dont elle garde un vif souvenir – du temps où, dans sa jeunesse, elle la pratiquait.

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Capture d'un instant de danse et chant de Ni Tanjung filmé par Petra Simkova en 2016.

 

     Lorsqu'elle gratifie ses visiteurs de ces danses, elle montre sans détour qu'elle n'a pas rompu totalement le lien avec les traditions populaires balinaises. De même avec ses assemblages de visages de papier. Ces derniers représenteraient, selon Georges Breguet, soit des visages de personnes réelles, soit plutôt des visages d'ancêtres, ou d'esprits, les plus rouges étant ceux de mauvais esprits et de démons. Lorsqu'elle brandit ces montages sur fibres, en empoignant le bas de la tige principale, elle les agite exactement comme les montreurs d'ombres balinais du théâtre dit du Wayang Kulit.


Cette photo du Wayang Museum est fournie gracieusement par TripAdvisor.

 

      Il y a donc une filiation  avec l'art populaire balinais, tout en manifestant simultanément une rupture à la faveur de laquelle une création originale a surgi. Ni Tanjung paraît en effet délirante, s'exprimant dans un sabir difficile à déchiffrer, mais de ce labyrinthe mental surgit une expression qui par son originalité lui permet de maintenir le contact avec un public extérieur, en l'occurrence un visiteur occidental : Georges Breguet, qui recueille pieusement ses œuvres et les fait connaître en Occident, ce qui en retour à Bali fait reconnaître Ni Tanjung.

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Ni Tanjung dans un nouvel abri en juin 2018, ph. Georges Breguet.

 

     Ce sont précisément des œuvres de cette nature, rapportées de Bali à Genève, où vit Georges Breguet, qui seront exposées (et mises en vente) à partir du samedi 6 avril prochain à la Fabuloserie-Paris. Je suis heureux d'avoir permis cette rencontre entre Sophie Bourbonnais et Georges Breguet, durant ma propre exposition dans la galerie l'automne dernier (je dois ma propre rencontre avec Breguet à Lucienne Peiry, que je remercie ici).  

16/03/2019

Mme Delavaux, grande prêtresse de l'art brut orthodoxe, prend des pincettes pour évoquer ma découverte sur les Barbus Müller

    Céline Delavaux, qui s'est fait connaître avec le Collectif de réflexion autour de l'Art Brut (CrAB), il y a quelque temps, et par quelques livres, déjà, sur l'art brut – dont un qui était fort bien écrit, L'Art brut, un fantasme de peintre, aux éditions Palette - sort un nouveau livre chez Flammarion, Art Brut, le Guide.

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      Autant vous dire qu'il aurait pu aussi bien s'appeler l'Art brut pour les nuls. On vous y dit ce qu'il faut penser de l'art brut, en proscrivant certaines assertions, classées comme fausses, d'un coup de tampon appuyé ("Faux", nous proclame-t-on : "l'art brut, c'est comme l'art des fous", "l'art brut, c'est fait avec des matériaux bruts", "l'art brut, c'est comme l'art naïf", etc.). C'est que Mme Delavaux se positionne comme championne de la vision orthodoxe de l'art brut. Elle tient à ce que l'on pense l'art brut correctement.

     Personnellement, ça me gêne un peu. Qu'il y ait du flou, des tâtonnements pour aborder le sujet ne me dérange pas tant que cela. L'orthodoxie a tendance à apporter  une forme d'ossification ou de vitrification.

        Cela dit, cet auteur pense surtout que l'art brut est un cheval de bataille pour repenser l'art (why not?). Et c'est pourquoi elle veut continuer d'employer le terme d'"artiste", pour les auteurs d'art brut, parce que ce serait un moyen selon elle de faire entrer dans le crâne de chacun que l'art est constitutif de l'humanité, et n'a donc pas à se penser comme le privilège d'une caste, privilège que Dubuffet, avec raison, je trouve, avait dénoncé (Céline Delavaux le rappelle aussi, avec honnêteté). Pas sûr cependant, selon moi, que ce terme d'artiste, employé pour les créateurs bruts comme pour les artistes professionnels, suffise à lui seul à constituer le cheval de Troie qui remettra en question de l'intérieur les conceptions dominantes de l'art dans le public et la clique des historiens et médiateurs de l'art. C'est même plutôt le contraire que cela produit, et qui va bien avec la fusion, que tentent d'opérer les marchands, et tous ceux qui sont intéressés à ce genre de confusion, entre art contemporain, art moderne et art brut (comme la constitution du musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art moderne  du LaM à Villeneuve-d'Ascq l'a inaugurée d'ailleurs voici déjà vingt ans, en 1999, avec le dépôt de la collection  d'art brut de l'Aracine). De plus, mettre tous les auteurs d'art dans le même sac – au lieu de remettre en question l'art séparé de la vie quotidienne – constitue une régression propice à la vision d'un art comme le produit d'une élite. Les marginaux de l'art brut, par leur côté maudit insinué dès l'origine dans la notion d'art brut, viennent ainsi augmenter simplement le bataillon des nouvelles marchandises culturelles. Le cheval de Troie est retourné contre lui-même.

    Ce guide m'a, par ailleurs, passablement étonné à cause de l'un de ses paragraphes où mon travail sur ce blog est mentionné. C'est dans un chapitre sur les anonymes, où Mme Delavaux parle surtout des Barbus Müller, auxquels, comme les les vrais lecteurs de ce blog le savent, je suis très attaché, pour avoir mis en ligne sur le Poignard, l'année dernière, du 12 au 7 avril 2018, une enquête où je dévoilais que j'avais trouvé l'identité de l'auteur (et comment je m'y étais pris, avec l'appoint de Régis Gayraud) de ces fameuses statues de lave ou de granit, que Dubuffet avait choisi de présenter dès les origines de sa collection d'art brut.

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Le dernier paragraphe de ce chapitre du livre de Céline Delavaux est reproduit plus bas dans cette note.

 

      Il n'est pas sorcier de se reporter à cette enquête, il me semble. C'est gratuit, qui plus est... Pour ceux qui ne l'auraient pas fait, suivez ce lien et vous tomberez sur la première note (j'ai étagé les notes de la date la plus avancée dans le mois d'avril, le 12, à la plus éloignée six jours plus tard, le 7, avec six "chapitres"). Pour passer d'une note à l'autre, il suffit de cliquer sur les mots "à suivre", placés en toute fin de note (ou de chapitre). Mais, bien sûr, il  y a de la lecture... Ce que Mme Delavaux a peut-être eu la flemme d'entreprendre, se contentant peut-être de Wikipédia où une main amie a fait une mise à jour de l'article qui existait encore naguère sur les Barbus...

    Car, après avoir souligné le mystère dans lequel Dubuffet, en 1947, aurait volontairement plongé ces "pièces de la statuaire provinciale", elle évoque, dans un paragraphe étrange, d'une manière  désinvolte, la découverte "que j'aurais faite" (Ô, ce conditionnel... C'est lui qui m'irrite) sur "un blog spécialisé dans l'art singulier", blog qu'elle n'a, bien entendu, pas jugé nécessaire de  mentionner dans son libellé exact, ce qui aurait permis à ses lecteurs de se faire une opinion, et blog qu'elle qualifie au passage de manière fautive, mais surtout, assez méprisante... Voir ci-dessous.

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Le passage en question...

 

      Je ne vais pas argumenter outre mesure, et encore moins vitupérer, contre ce merveilleux petit paragraphe bien pesé, semblant brandir des pincettes invisibles, sans la moindre justification. Il suffit peut-être de donner la version qui aurait dû être celle d'un paragraphe plus juste, et plus pensé, si son auteur avait fait l'effort de lire mon enquête du blog (ou celle que j'ai publiée, résumée, dans le n°17 du Publicateur du Collège de 'Pataphysique) :

      "En 2018¹, Bruno Montpied, rédacteur d'un blog, Le Poignard subtil, a découvert l'identité de cet anonyme célèbre dans l'histoire de l'art brut : il s'agit d'un cultivateur auvergnat, ancien zouave, nommé Antoine Rabany, mort en 1919. Ce sculpteur autodidacte exposait ses statues dans un jardin, au Chambon-sur Lac (Puy-de-Dôme) et les vendait pour quelques francs..."

      J'attends toujours que les chercheurs spécialisés (ou non!) viennent contester les arguments et les preuves, a priori incontestables, que j'ai apportés dans cette enquête. Seuls certains collectionneurs ont su tout de suite reconnaître le sérieux de ce travail (nommons les premiers : Bruno Decharme, et James Brett).

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Barbus Müller agrandis, d'après photo stéréoscopique publiée dans mon livre, Le Gazouillis des éléphants. Pour le moment, ces deux-là, parmi plusieurs autres visibles sur la photo, sont portés disparus... Jusqu'à quand?

______

¹ Il y a une erreur dans le texte de Mme Delavaux. C'est en 2018, et non pas en 2017, que j'ai dévoilé l'identité du sculpteur des Barbus. En 2017, j'avais seulement avancé, en publiant deux photos inédites montrant le jardin aux statues au sein de mon ouvrage Le Gazouillis des éléphants (paru en septembre 2017), que les statues présentes sur les photos devaient être très probablement des Barbus Müller, et que ces œuvres avaient été exposées à Chambon sur Lac dans le Puy-de-Dôme. Je ne donnais donc à cette occasion que la localisation exacte du lieu de production. Mme Delavaux a visiblement pris ses informations dans la notice de Wikipédia, sans la lire attentivement. Cette notice est correcte (si ce n'est une petite erreur sur le prénom de l'archéologue Lejay, qui s'appelait Albert et non pas "André"...)

 

08/03/2019

"L'art brut existe-t-il?", Colloque à la Fondation John et Eugénie Bost

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     Un colloque, un de plus, avec son lot de spécialistes, de conservateurs, d'universitaires, de personnalités historiques (Michel Thévoz qui s'en vient nous dire de manière provocatrice: "l'art brut n'existe pas"...), et quelques francs-tireurs (André Stas, et le signataire de ces lignes), assez peu membres de la grande cohorte des "officiels". Organisé par quatre personnes, Laurence Bertrand-Dorléac, Laurent Gervereau, Pascal Rigeade et Nicolas Surlapierre. Si on veut lire le programme en PDF, il faut cliquer ICI.

Journées du 25 et du 26 mars (programme corrigé).PNG

Le 26 mars, projection de Bricoleurs de paradis, le film réalisé par Remy Ricordeau, mais que j'ai co-écrit avec lui, comme je l'ai corrigé sur ce flyer (dans le programme du colloque, en effet, on a recommencé l'erreur fréquente qui consiste à nous attribuer la réalisation conjointe du film).

 

      Personnellement, j'y viens porter la parole de l'art brut envisagé du point de vue des arts populaires spontanés anciens ou contemporains, dont,  à mes yeux, font partie les environnements populaires spontanés que j'ai recensés en 2017 dans mon inventaire Le Gazouillis des éléphants. J'interviens donc le mardi 26 à 17h pour une projection et un débat autour des Bricoleurs de paradis, et le lendemain, le mercredi 27, pour une petite intervention lue-parlée sur la question de cet "autre" art brut, plus extraverti, plus communicatif, et plus connecté à une poétique de l'immédiat. A noter que les textes des différentes interventions des participants à ce colloque devraient être publiés dans un livre édité chez Lienart, disponible dès le premier jour de cette manifestation.

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22/02/2019

Jacques Trovic s'en est allé sur la pointe des pieds...

A Priscille Coulaud

 

     Une de mes lectrices m'a aiguillonné il y a peu de temps pour que je signale la disparition, le 27 octobre 2018, de ce grand peintre naïvo-brut qui s'appelle Jacques Trovic. Et elle a bien raison.

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Jacques Trovic, "Le Cordonnier" (inscription à l'envers, puisqu'on est à l'intérieur de l'échoppe et que le mot est gravé dans le bon sens de l'autre côté de la vitre, pour être lu par les clients à l'extérieur), 1963, ph. Bruno Montpied, 2009.

 

    Je traînais les pieds... Surtout pour cette raison que je ne tiens pas toujours à me spécialiser dans les nécrologies. Le Poignard n'est pas forcément à tout coup un bulletin d'actualités des arts spontanés, j'aimerais parfois qu'il se contente d'être comme une abeille qui butine ici ou là du côté de la poétique de tous les jours...

    J'ai déjà parlé, dans le temps, de Trovic que j'avais rencontré (ce fut la seule fois) en compagnie de Jean-Louis et Juliette Cerisier, en 2009, lorsqu'il habitait encore à Anzin, cette commune proche de Valenciennes, où il faisait, ce jour-là, un temps à ne pas mettre un canard dehors (c'est Brel qui chante, je crois, que par là-bas, de temps  à autre, même les canards se pendent...).

 

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Anzin en 2009, au 486 rue Jean-Jaurès... Ph. B. M., 2009.

 

   C'était un bon bonhomme, gourmand et bon vivant, gentil comme tout. Il brodait, tricotait des tableaux en tapisserie-patchworks (voir ci-contre une de ses aiguilles) qui racontaient la vie et les souvenirs d'autrefois du pays du Nord, des mines... jacuqes trovic,art naïf,art brut,la pommeraieEn restituant une vision familière, primesautière, cordiale, des gens qu'il côtoya durant la majorité de ses soixante-dix années de vie, en montrant bien tout l'amour qu'il leur portait, à leur us et coutumes, à leur alimentation.... Parfois son évocation des pays, comme dans la tapisserie ci-dessous consacrée à la Fabuloserie (et à la Bourgogne), servait en effet aussi de prétexte à l'évocation marginale, qu'on devinait pâmée, par Trovic des produits locaux, le fromage de Chaource (qui est en Champagne dans l'ancienne Bourgogne), le vin bien sûr, la moutarde de Dijon, le pain d'épices, les escargots, la crème de Cassis, bref, toute une série de délices qui constituent les accessibles plaisirs de la vie...

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Sur ce patchwork, tenu par Jean-Louis Cerisier, consacré à la Fabulsoerie de Dicy, je me demande si ce n'était pas un moyen pour Trovic d'évoquer les deux fondateurs de cette collection fabuleuse, à savoir Alain, à gauche avec un grand chapeau, et Caroline Bourbonnais à droite, en costume folklorique ? Ph. B.M., 2009.

 

   Il fit de nombreuses expositions, tout à tour dans des manifestations d'art naïf ou d'art singulier. Je ne crois pas qu'il fut intégré à l'art brut proprement dit, mais plutôt dans les collections annexes, dites de la Neuve Invention. L'art modeste pouvait le faire sien à l'occasion, comme lorsqu'il lui fut consacré un bel hommage, au sein de l'exposition "Sur le Fil", sur un ensemble de créateurs textiles à la Folie Wazemmes à Lille en 2009. Et comme la Fabuloserie s'est sans doute intéressée  à lui, il pouvait également entrer sous l'étiquette d'"art hors-les-normes"...

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Jacques Trovic, une majorette, tableau en mosaïque, années 1970, ph. B.M., 2009.

     Dans la dernière partie de sa vie, ne pouvant continuer à vivre seul à Anzin, après avoir perdu sa sœur qui était comme une deuxième mère pour lui, il fut recueilli par le Centre de La Pommeraie animé par Bruno Gérard en Belgique, près de la frontière. Nul doute qu'il y fut bien accueilli et protégé.

     Jacques Trovic va manquer dans le paysage, c'est bien certain.

13/02/2019

Anouk Grinberg

Entretien filmé par Sarah Moon (2017), découvert sur le blog " L'Horizon ovipare".

08/02/2019

Juste un téléfilm pour le Facteur Cheval

 affiche du biopic Tavernier.jpeg       L'Incroyable histoire du Facteur Cheval, réalisé par Nils Tavernier, a un titre bien tapageur, pour un résultat très en deçà de ce que l'on nous promettait a priori. On a finalement affaire à un simple téléfilm vaguement mélodramatique, réduisant la véritable question de la geste Cheval – à savoir la conception et la réalisation durant trente-trois ans de ce monument extraordinaire, le Palais Idéal – à une vague bluette imaginaire entre un Ferdinand bourru, mutique à la limite de l'autisme, et sa femme Philomène, jouée par la belle Laetitia Casta, bien loin au point de vue ressemblance de la véritable seconde femme du Facteur. En prime, on nous donne droit aussi à l'hypothèse du bon papa qui aurait construit une sorte de château de sable amélioré pour sa petite fille Alice (née la même année, à peu de chose près, que le Palais Idéal, celui-ci commencé en 1879), dont le prénom a fait rêver le scénariste et le réalisateur bien sûr – Cheval avait-il lu Alice au pays des Merveilles (hypothèse séduisante, mais pas confirmée (première traduction française 1869, soit dix ans avant le début du Palais Idéal)? 

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Alice Cheval

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Palais Idéal, angle façade nord et façade ouest, photo Bruno Montpied, septembre 2011.

 

    Cette hypothèse du terrain de jeu enfantin peut séduire... Elle a plus de poids en tout cas que l'hypothèse sentimentale un peu cul-cul du Gamblin moustachu transi devant la belle et noble Casta (hypothèse pour téléfilm). Si on avait voulu donner toute la lumière nécessaire sur le cas Cheval, Il aurait fallu élargir, en montrant aussi que Cheval eut peut-être, parmi plusieurs autres motivations, le désir de s'égaler par un autre enfantement à celui généré par sa femme. Un autre mobile était aussi à chercher du côté du désir de montrer ce que peut réaliser un plébéien, face aux merveilles monumentales que l'exposition universelle parisienne de 1878 – montée un an juste avant la pose de la première pierre du Palais – exhibaient, ou que Cheval découvrit en lisant le Magasin pittoresque.

      En face de la mise au monde féminine, de quoi peut accoucher un homme sinon d'une œuvre? Et qui plus est, en l'espèce, d'une œuvre que Cheval voulut comme quelque chose qui pourrait défier la mort en accédant à une temporalité plus longue (cette thématique est présente tout au long de la vie de Cheval qui fut confronté sans cesse à la perte de ses proches, au cours d'une vie, pour l'époque, exceptionnellement longue, 88 années, de 1836 à 1924). En bâtissant le Palais Idéal, il faisait par avance la nique à la mort qui emporta  tous ses enfants avant lui, ceux d'un premier mariage, comme celle qu'il eut avec Philomène, cette Alice, passée définitivement de l'autre côté du miroir à 15 ans...

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Ferdinand Cheval, cadran solaire, sur le Belvédère érigé pour contempler la façade est du monument ph. B.M., 2011.

 

     On sait qu'il eût aimé y être enterré avec ses proches du reste, que ce Palais aurait dû être aussi un mausolée, un tombeau, en même temps qu'un musée lapidaire dévolu à chanter la beauté de la poésie naturelle, ou bien encore qu'un exploit architectural, qu'un temple parsemé d'inscriptions morales ou philosophiques, reflétant toutes sortes de styles et de thèmes venus des monuments du monde entier réunis dans un syncrétisme d'une folle inspiration.

 

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Ferdinand Cheval, inscription dans la galerie intérieure du Palais Idéal: "Le Panthéon d'un héros obscur", ph. B.M., 2011.

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Ferdinand Cheval, détail ("La Reine des Grottes") de  la façade sud du Palais, ph. B.M., 2011.

 

        Entreprendre de bâtir sur le phénomène Cheval une fiction plutôt qu'un documentaire, dès le départ, ne pouvait aboutir qu'à cette erreur. Car le principal héros de cette vie est ce "monstre" architectural : le Palais Idéal. C'est lui qu'il fallait avant tout montrer. Hélas... On n'en voit que très peu. 

      Sans doute parce que la production n'avait pas beaucoup de moyens. Ce qui apparaît dans le film, une espèce d'ébauche cheap de la primitive forme du Palais, suivie assez vite de plans du Palais tel qu'il est aujourd'hui, toujours filmé de face, sans restituer son volume (même lorsque la caméra se déplace en hauteur, à l'aide d'un drone, la réalisation continue à nous l'aplatir ce Palais, en s'élevant dans le ciel au point de ne plus en montrer que le plan au sol), ne pouvait à elle seule contenter le spectateur. C'est sans doute pourquoi le scénario s'est orienté vers le développement d'une intrigue du genre mélo. Hélas, par son côté cliché, elle ridiculise la portée possible du film, par sa pauvre idée, d'une terrible platitude elle-même...

        La scène finale du bal, sur un parquet installé devant la façade est du Palais (façade privilégiée tout le long du film par la réalisation, ce qui accentue l'interprétation du monument tout en façade), montre également que la réalisation, faisant ici les yeux doux aux conservateurs du Palais Idéal, cherche à justifier l'utilisation depuis des années du Palais Idéal comme super décor, fond d'écran luxueux pour des concerts de jazz ou de variétés. Ce qui est une manière de réduire la portée de cette création, désormais envisagée seulement pour sa capacité à rapporter des rentrées d'argent comme simple attraction touristique¹...

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      Ce que Cheval voulut faire avec son Palais Idéal, énorme architecture automatique avant l'heure (plutôt que "médianimique", comme l'écrivit Breton, qui voulait ainsi  indiquer sa dimension pré-automatique en l'associant aux créateurs spirites de la fin du XIXe siècle), est probablement impossible à montrer dans une fiction, à visée toujours plus ou moins commerciale. Les producteurs jugent toujours le public incapable de s'intéresser à l'aventure d'un processus de création.

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Valentine Hugo, Elisa et André Breton au Palais Idéal, après guerre, photo  fonds Valentine Hugo Bibliothèque municipale de Boulogne-sur-Mer.

 

        Une autre hypothèse, celle d'un Cheval mutique (et pas seulement taiseux ou bourru), répondant à côté quand on l'interroge (quand il répond!), trahit dans le film une vision psychologisante du réalisateur – plus explicite dans le livre signé de son nom chez Flammarion (Le Facteur Cheval jusqu'au bout du rêve, octobre 2018 ; y aurait-il eu un nègre derrière la rédaction de ce livre, plus intéressant que le film à vrai dire?) – puisque le terme d'autiste y est marqué noir sur blanc, voir p. 314 : "Le sujet du film est l'histoire d'un homme qui a un mal fou à se positionner dans son environnement social et qui, tout autiste qu'il est, parvient à s'accomplir grâce à la liberté qu'il trouve dans son art." (souligné par moi). Ainsi, on veut nous faire croire à un Cheval souffrant de quelque travers psychologique, ce qui va plus loin qu'un Cheval simplement taiseux. Son intégration sociale, ses deux mariages, ses relations avec divers intellectuels rencontrés à Hauterives (Joseph Cadier, l'archiviste André Lacroix, des poètes régionaux...), sa gestion de l'économie familiale, cadrent mal avec cette hypothèse, qui est au fond un cliché intéressé à nous planter un Cheval, homme exceptionnel, mais en quelque sorte tabou...

     S'il y eut aliénation, elle fut à mes yeux essentiellement sociale, celle d'un homme issu du monde rural, cherchant à se hisser loin de sa condition de humble, ravalé à des taches subalternes, et voulant prouver les grandes choses que peut, lui aussi, réaliser un homme du peuple.

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Ferdinand cheval, entre autres inscriptions, on peut lire en bas: "Tout ce que tu vois, passant, est l'œuvre d'un paysan..."

 

      Nils Tavernier, le dimanche 13 janvier dernier, au cours d'une rencontre avec le public (qui eut lieu à la Halle Saint-Pierre  voir ma note précédente) pour, a priori, présenter son livre récemment paru chez Flammarion (fin 2018) –  alors qu'étrangement, il parlait avant tout de son film  qui, à cette date, n'était pas encore sorti – insista sur le fait qu'il n'avait pas cherché à comprendre le créateur, jugeant qu'il fallait lui laisser son auréole de "mystère".

     Cette position me pose personnellement problème. A trop vouloir plonger un créateur, même aussi "énorme" qu'un Ferdinand Cheval, dans un bain d'inexplicable, on le rend en quelque sorte ineffable, et l'auréole qu'on lui compose a de fait beaucoup à voir avec l'aura sacralisante d'une nouvelle sorte de saint (un saint à rebours, fondé sur un mythe de créateur "fou") auquel un simple mortel ne saurait bien entendu se comparer... En tissant ce linceul de mystère, on sépare le créateur de tout un chacun, et on enseigne qu'il ne saurait y avoir d'exemple à prendre chez lui (en dépit des défis lancés par Cheval dans les inscriptions de son Palais, "Au champ du labeur, j'attends mon vainqueur")... Ce qui, au bout du compte, constitue un tour de passe-passe pas très sympathique. Une manipulation que tant d'autres artistes endossent aisément, tant, pour eux, il reste primordial que leurs spécificités, leurs statuts restent le fait d'une caste peu disposée à partager ses privilèges.

     Le droit de s'exprimer ne doit-il n'être partagé que par une coterie de spécialistes? Tout le corpus de l'art naïf, de l'art brut, des arts populaires spontanés, auquel appartient de plein droit Cheval (n'en déplaise à Pierre Chazaud²), milite contre cette idée (et n'en déplaise aux marchands qui ces temps-ci cherchent à refermer ce corpus sur quelques rares vedettes, ce qui aide à faire monter les cotes).

___

¹ La dernière idée du Palais Idéal consiste à monter depuis le 21 janvier une exposition d'un artiste (nommé Samsofy) créant dans un style très gadget, avec des briques Lego, des reconstitutions de sites touristiques de la Drôme, dont le Palais idéal sans doute. Encore un gars qui a trouvé un créneau pour se trouver une place.

² Cet auteur est cité dans le livre signé du nom de Tavernier, p. 138, où sont repris ces mots extraits de son livre, Le Facteur Cheval, un rêve de pierre (éd. Le Dauphiné, 2004) : "Il n'est plus possible aujourd'hui de réduire sa trajectoire à celle d'un excentrique, relégué au mieux dans un coin de l'art naïf ou de l'art brut." Si je suis d'accord pour ne pas voir Cheval comme un excentrique en effet, ce n'est pas le réduire que de l'associer au vaste corpus de l'art naïf et de l'art brut. Au contraire, cela donne plus de force à son entreprise qui ne fut pas si isolée que cela, hormis sa taille et son ampleur restées (malheureusement) uniques.

09/01/2019

Biopic et biographie de Ferdinand Cheval, une communication très au point

     L'Incroyable histoire du Facteur Cheval, le  biopic de Nils Tavernier, sort le 16 janvier, après que sa biographie, parue chez Flammarion, a été préalablement publiée courant novembre 2018. Ça, c'est de la com' bien huilée, n'est-il pas? Et comme il devient incontournable de le faire, le double auteur vient à l'auditorium de la Halle St-Pierre présenter livre et film très bientôt. Ce sera ce dimanche 13 janvier à 15h (entrée libre). Il nous dira peut-être pourquoi il a préféré voir Philomène, la deuxième femme de Cheval, sous les traits de la belle - et intelligente - Laetitia Casta. Cela dit, après ça, il deviendra difficile d'ignorer notre sublime Facteur drômois¹.

               Bio Nils Tavernier.jpeg           affiche du biopic Tavernier.jpeg

famille Cheval.jpg

Ferdinand, assis, Alice (qui n'a pas l'air de rigoler), et Philomène debout, en 1884 (Cheval a 48 ans). C'est cette dernière que joue Laetitia Casta. Histoire d'enjoliver la réalité?

Philopène Cheval jouée par L.Casta.jpg

 ____

¹ Car on ignore bien souvent l'existence de cet extraordinaire autodidacte qui a construit pendant une trentaine d'années un "Palais Idéal", à l'aide de pierres et de ciment armé à la fin du XIXe siècle, chanté par Jacques Brunius en 1929 et André Breton en 1932 et classé monument historique en 1969, la même année où des hommes posaient le pied sur la Lune... On l'ignore, c'est pourquoi la production du film a cru nécessaire d'apposer sur l'affiche que le film raconte "une histoire vraie"...  Mais pourquoi l'ignore-t-on depuis si longtemps? Il faudrait analyser les raisons de ce silence sans doute intéressé des grands media culturels. 

23/12/2018

Paradis perdus, une énigme iconographique

     Je ne crois pas avoir déjà fait une note sur le tableau naïf anonyme ci-dessous, acquis il n'y a pas si longtemps à la défunte Foire de la Bastille qui était  partie au Champ de Mars, puis derrière le château de Vincennes, avant d'être virée pour de bon (merci, Mme Hidalgo...)...

Anonyme, Adam et Eve chassés du paradis, 23x41 cm, sd (2).jpg

Anonyme, Adam et Eve chassés du paradis, avec Dieu qui joue du balai avec une branche (c'est en fait un chérubin, voir commentaire), des inscriptions bibliques: "Le serpent t'écrasera la tête", "tu enfanteras dans la douleur", "tu gagneras ton pain à la sueur de ton front"...), un poisson collé en bas à gauche, placé donc en dehors du paradis, sans explication..., huile sur toile, 23 x 41 cm, sans date ; coll. et photo Bruno Montpied.

 

    Il y avait un éléphant violet au paradis donc, m'étais-je dit, en le contemplant. J'aime bien le rendu simplissime des personnages, la vision du jardin riant d'où le père Dieu en robe blanche chasse les deux amants sans ménagement, et eux qui ont l'air de gambader, plutôt que d'accuser le coup...

   Et je l'avais rangé dans ma collection d'œuvres naïves anonymes, un beau spécimen, trouvé-je... Jusqu'à  ce qu'aujourd'hui, en fouillant dans des publications liées à ce qu'on appelait, autour des années 1950, "l'art psychopathologique", à une époque où les médecins cherchaient à mettre en évidence des caractéristiques stylistiques inférées par les différentes maladies mentales chez leurs patients s'exprimant artistiquement, je finisse par tomber, stupéfait, sur une œuvre que j'avais oubliée, un dessin aux crayons de couleur, splendide, dû à un certain "Louis G.B.", comme l'appelle Robert Volmat dans ses livres, comme par exemple L'art psychopathologique, paru au moment de la grande exposition de Ste-Anne consacrée à l'art asilaire international, ou bien dans un de ces fascicules édités par les laboratoires Sandoz sur tel ou tel dossier interrogeant les rapports entre l'art et la maladie mentale... C'est dans un de ces fascicules, précisément,  que se trouvait la reproduction de l'œuvre en question.

Adame et Eve chassés du paradis, Sandoz fascicule Volmat (2).jpg

Louis B.G., Adam et Eve chassés du Paradis terrestre. Extrait du fascicule Sandoz sur les Expressions plastiques de la folie, 1956 (le nom de l'auteur n'est pas donné dans le fascicule mais dans le livre de Volmat paru en 1950) ; si l'on compare avec notre première image, les paroles bibliques sont recopiées comme dans l'autre tableau ; l'objet que Dieu brandit ressemble davantage à une sorte de rayonnement qu'à une "branche" (en réalité, si l'on s'en rapporte au récit de la Genèse, il s'agit une épée flamboyante que tient un chérubin, voir commentaires ci-après, c'est vrai qu'on discerne la poignée et la garde de l'épée...) ; le style est plus graphique que pictural ; le personnage en haut à droite, qui paraît s'enfoncer dans le sol, dit:"Regrets éternels" (comme un commentaire, de l'auteur du dessin lui même?)... Le dessin n'est pas daté, il provenait à l'époque de la collection du Dr. Jourdran (de Saint-Egrève, en Isère) et avait donc pu être exécuté longtemps avant les années 1950.

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Et voici, au verso de la reproduction, la notice de Robert Volmat au sujet du dessin et de Louis B.G. (1956).

 

     Très frappante – non? – est la confrontation  avec le tableau que je possède donc. On se dit dans un premier temps que l'un a copié sur l'autre (plutôt le mien, du reste ?). Ce pourrait être, me dis-je même, un autre cas de démarquage d'une œuvre naïve par un autre Naïf, comme j'en ai  déjà rencontré un exemple avec cette version ultra réduite (comme on dit d'une tête qu'elle a pu être réduite par les Jivaros, ou réduite  à la cuisson...) de la Carriole du père Junier du Douanier Rousseau, que j'ai un jour acquise avec amusement auprès d'un camarade brocanteur.

Anonyme, Carriole du père Juniet (2).jpg

Anonyme, la Carriole du père Junier, copie simplifiée d'après Rousseau (notamment avec une réduction de personnel)..., sans date, peinture sur bois, ph. et coll B.M.

A comparer avec ...

rousseau carriole_pere_junier, musée de l'Orangerie.jpg

Henri Rousseau, dit "le Douanier", La Carriole du père Junier, 97 x 129cm,1908 ; Musée de l'Orangerie.

 

     Mais à bien y réfléchir, on finit par se dire que ce serait tout de même très étonnant qu'il ait pu  y avoir rencontre entre ces deux individus, dont l'un était enfermé dans un asile (depuis 1917), souffrant d'une maladie de la persécution (selon Volmat). A moins qu'on imagine un infirmier, tâtant du pinceau en amateur, et s'inspirant du dessin aperçu par dessus l'épaule de son patient... Très improbable... On se représente la rareté de la situation. Ou alors, pourrait-on imaginer un peintre naïf passant en 1950 à la célèbre exposition de Ste-Anne et recopiant en croquis d'abord, puis en peinture, le dessin aux crayons de couleur de Louis B.G....?

     Mais il me paraît plus plausible d'imaginer une source iconographique commune aux deux compositions. Reste à trouver laquelle.  J'ai un peu cherché, mais pour le moment je suis revenu bredouille. Encore une énigme à faire démêler par les lecteurs, s'il en croise encore par ici...

     Et, ci-dessous, voyez ces deux autres dessins de "Louis B.G.", qui ont aussi l'air tous les deux d'être tracés aux crayons de couleur, en dépit des reproductions en noir et blanc, et toujours d'inspiration religieuse, thématique qui paraît être une marque de fabrique de l'auteur...

 

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Louis B.G, Le Sacré-Coeur de Jésus, crayons de couleur sur papier (probablement), sd, sans dimensions, reproduit dans l'Art psychopathologique de Robert Volmat, 1950 ; à noter en bas un détail reproduisant les paysans de l'Angélus comme chez Millet...

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Louis B.G, Vive le Christ-Roi, crayons de couleur sur papier (probablement), sd, sans dimensions, reproduit dans l'Art psychopathologique de Robert Volmat, 1950 (alliance du sabre et du goupillon?).

27/11/2018

L'auteur des Barbus Müller dévoilé désormais sur papier

     En septembre dernier, je ne l'ai pas encore annoncé, est paru un condensé, dans une revue sur papier, de l'enquête en six chapitres que j'avais numériquement fait paraître sur ce blog en avril dernier (voir ici le chapitre un ; on pourra lire les suivants en regardant les liens en haut de chaque note). C'est dans le n° 17 de la revue de l'actuel Collège de 'Pataphysique, intitulée Viridis Candela, le Publicateur. Je suis très fier d'avoir été accueilli au sein de cette prestigieuse – et historique – revue. Mon article s'intitule "Faux art roman ou art brut populaire, les Barbus Müller retrouvent leur père"... Car, en effet, mon enquête, réalisée avec l'aide ponctuelle de mon camarade chercheur Régis Gayraud, aboutissait à l'identification de l'auteur, auvergnat, des fameuses statues en lave ou granit  surnommées, vers 1947, par Jean Dubuffet, les "Barbus Müller".

Le Publicateur du Collège de P., Viridis Candela n°17, sept 18.jpg

     On peut acquérir la revue pataphysicienne en s'adressant à l'adresse suivante: Collège de ’Pataphysique, 51A rue du Volga, 75020 Paris. On n'omettra pas, si l'on ne veut acquérir que ce numéro, de joindre un chèque de 15€ à sa commande. Si l'on veut s'abonner, lisez plutôt ci-dessous les coordonnées pour y parvenir, décrites sur le 4e de couverture de la revue.

Le Publicateur (4e de cou) Viridis Candela n°17, sept 18.jpg

     Je ne m'en suis pas tenu là. Eva di Stefano, qui anime depuis l'université de Palerme, avec un courage admirable, son Osservatorio Outsider Art (OOA), avec la publication d'une revue du même nom, m'a demandé de leur offrir un article lui aussi destiné à résumer (c'est encore plus condensé!) mon enquête sur les fameux Barbus. C'est chose faite avec le n°16 d'OOA qui est paru cet automne de 2018. Pour le coup, on peut lire le numéro en intégralité gratuitement en cliquant sur ce mot. Mon article s'intitule "L'origine dei "Barbus Müller". Dal mito del falsario al mito dell'art brut". Il commence à la p.30 de la dite revue et se poursuit jusqu'à la p.37. Il commence avec cette citation de Michel Thévoz (que j'utilise de manière quelque peu narquoise, je dois dire...) :

       "On ne saura probablement jamais rien de l’auteur (ou des auteurs) des « Barbus Müller », ainsi nommés parce qu’ils ont appartenu pour la plupart à un collectionneur suisse de ce nom ». Cette affirmation péremptoire de Michel Thévoz dans son livre L’Art brut de 1975 m’a toujours intrigué..." (B.M.)

 

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     Il est à noter bien entendu que cette revue est en italien... De ce fait, je n'ai pu prendre tout à fait la mesure des autres articles de la revue. A peine, ai-je compris que plusieurs articles tournent autour de la question du "faux" dans la perception des historiens d'art confrontés à l'art populaire inventif, et aussi, comme l'indique le titre de l'article d'Eva di Stefano, traitent de "l'imagination archéologique" ayant affaire à l'art brut. Ce qui correspond à mes révélations à propos des archéologues français qui découvrirent le sculpteur du Chambon-sur-Lac en le prenant pour un faussaire spécialisé en art roman...

 

20/11/2018

Emile Jouve et René Rigal, deux artistes rustiques modernes de plus

   "La peinture rustique moderne", c'est un terme inventé par Gaston Chaissac dès 1946¹, pour qualifier sa propre peinture, avant de connaître Dubuffet et son Art brut². C'était pas mal trouvé, du point de vue de ce que ça signifiait. Un peu moins du point de vue publicitaire. L'"art brut", certes, cela a une autre allure sur le plan de la "communication" (pour quelque chose, le brut, qui ne se préoccupait pas spécialement de communiquer, comme le soulignait autrefois avec délectation Michel Thévoz). Exactement comme le "réalisme intellectuel" pour l'art naïf, terme inventé par Georges-Henri Luquet et repris par Georges Schmits, très précis dans ce qu'il voulait désigner mais peu aisé à mémoriser. Cette nécessité d'être repérée facilement, immédiatement, du public est souvent cause que telle ou telle invention conceptuelle, désignée de façon trop précise, est négligée et, peu à peu, tombe dans l'oubli.

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Gaston Mouly (1922-1997), peinture sur bois (acrylique ou huile), ph. B.M. 1989 (chez Gaston Mouly), non localisée actuellement (peinture exécutée, donc, avant que l'auteur ne se mette à systématiquement dessiner aux crayons de couleur après une demande de Gérard Sendrey pour sa galerie Imago qui préfigura le Site, puis le Musée, de la Création Franche à Bègles) ; Mouly, ancien entrepreneur en maçonnerie d'origine rurale, marqué par la fréquentation d'artistes modernes qui avaient été ses clients (Bissière, Zadkine), à la retraite, se mit à peindre sur bois et sculpter le ciment, puis par la suite à dessiner ; il était conscient d'être un autodidacte, de culture rurale occitane, mais se piquait de faire "moderne" dans ses œuvres, adoptant une posture indubitablement artistique, se confrontant à d'autres formes d'art( lorsqu'il "montait" de sa région lotoise jusqu'à Paris par exemple ; je peux en témoigner, l'ayant souvent accompagné dans des galeries ou musées de la capitale).

 

     Pour Chaissac – et cela peut s'appliquer à d'autres (Gaston Mouly par exemple, actif entre 1982 et 1997, alors que Chaissac était disparu depuis 1962) – il s'agissait de créer dans le respect d'une certaine tradition populaire, avec des naïvetés, des raccourcis expressifs, des couleurs franches, etc., tout en cherchant à faire nouveau (un sens de la composition encore plus affranchi du réalisme que dans l'art naïf, par exemple). Ce désir de novation s'enracine dans une imitation de l'attitude observée chez les artistes modernes, cherchant à s'affranchir des valeurs établies de leur temps.

     Dans mon Gazouillis des éléphants, consacré à des créateurs œuvrant essentiellement en plein air, entre leur habitat et la route le bordant, on pouvait ainsi découvrir deux cas de créateurs populaires influencés par l'art moderne, Maurice Guillet à Olonne-sur-Mer (Vendée) – un ferronnier mêlant du démarquage de Calder à de l'imitation de nouveaux réalistes sans oublier une pratique de la sculpture allégorique ou symbolique – et François Llopis, de Céret (en pays catalan français), qui a produit des sculptures et autres bas-reliefs ou mosaïques, influencé par l'exemple des artistes qui fréquentaient autrefois sa ville comme Braque ou Picasso, mais surtout par des exemples artistiques plus lointains (les mosaïques de Ravenne, voire des croix de chemins de sculpteurs régionaux).

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Chez Maurice Guillet, à l'arrière de sa maison, à Olonne sur-Mer, ph. Bruno Montpied, 2008.

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François Llopis, une Vierge inspirée semble-t-il des Madones de croix de chemin du Massif Central, Céret ; ph. B.M., 2014.

 

      Mais on peut également songer à rallier à ce corpus de l'art rustique moderne ("art", parce que cela ne se limite pas à la peinture, mais englobe aussi la sculpture) deux autres cas, d'origines ouvrière ou rurale.

      René Rigal tout d'abord, ancien cheminot originaire de Capdenac, qui arrivé à la retraite se prit d'amour pour les branches choisies parmi les plus filiformes d'entre elles, qu'il écorçait scrupuleusement et interprétait ensuite en leur trouvant à chaque fois une incarnation. C'était une sorte de Giacometti populaire, qui pouvait en sculptant enfin se permettre, loin des trains où il avait bossé toute sa vie, de "dérailler" en toute liberté. C'est du reste ce qu'évoque le titre de l'article que j'ai publié à son sujet dans le n°36 de la revue Création Franche en juin 2012 : « René Rigal, hors des rails ». Certes, on peut lui trouver des ressemblances avec d'autres sculpteurs populaires travaillant comme lui à partir de la forme des arbres et arbustes ( par exemple Michel Maurice à Cornimont, dans les Vosges, voir le "Musée des Mille et une racines" dont j'ai aussi parlé dans le Gazouillis des éléphants et dans Création Franche n°45, en décembre 2016), mais il a un style qui lui est propre, avec ses figures systématiquement longilignes (voir ci-dessous). Cette signature plastique proche d'une certaine forme d'"abstraction" est peut-être la cause de son adoption par les galeries aveyronnaises, comme celle de la Menuiserie, de Jeanne Ferrieu, à Rodez, qui l'ont régulièrement exposé au milieu d'artistes contemporains. Peu d'amateurs d'art populaire ou d'art brut ont su le repérer jusqu'à présent. Personnellement, je le découvris grâce à un film de messieurs Pennet et Macary, "René ne tape pas la belote" (2000),  vu au Festival de cinéma autour des arts singuliers organisé par l'association Hors-Champ à Nice. En projetant ce film dans un contexte de documents autour des arts spontanés, les animateurs de ce festival réintroduisaient malicieusement (et peut-être sans y penser plus que ça?) René Rigal parmi les créateurs spontanés, où est sa véritable place, à mon sens.

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Salle d'exposition dans la maison de feu René Rigal, ph.B.M., 2012.

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Livret de "petites histoires et anecdotes" (des témoignages des uns et des autres qui ont connu René Rigal) paru aux éditions La Menuiserie en juillet 2016, archives B.M.

 

     Cela faisait plusieurs années que, par ailleurs, j'avais entendu parler d'Emile Jouve, sculpteur et peintre autodidacte qui habitait St-Côme d'Olt dans l'Aveyron et qui était né plus haut, en Aubrac, à Laguiole, ville célèbre pour un excellent fromage souvent associé au Cantal même s'il est fabriqué dans l'Aubrac voisin. Jean Estaque, le sculpteur de la Creuse, m'avait évoqué ce Jouve, connaissant mon goût pour ces créateurs de l'ombre venu des milieux populaires, mais sans pouvoir me montrer des images de ses œuvres. Il avait été éleveur de bovins la plus grande partie de sa vie, les bovins qui sont une autre spécialité de Laguiole où un fier taureau trône sur la place du village, spécialité qui ne doit pas faire oublier cependant l'autre produit qui a fait la renommée du lieu, le couteau avec son célèbre design...peinture rustique moderne,art rustique moderne,chaissac,gaston mouly,maurice guillet,françois llopis,rené rigal,emile jouve,galerie la menuiserie,art naïf,art singulier,le gazouillis des éléphants,croix de chemin,poésie naturelle interprétée,association hors-champ

Emile Jouve, coll Alain Christofle_edited(2).jpg

Emile Jouve, sans titre (il me semble), 50x0cm, technique mixte, coll. privée (Aveyron), ph. B.M..

Emile Jouve, ss titre, 40x60cm, technique mixte,, coll Alain Christofle_edited (2).jpg

Autre tableau d'Emile Jouve, sans titre (il me semble), pastel ou craie sur bois, 40x60cm, coll. privée (Aveyron), ph. B.M.

 

    Je finis par tomber sur deux de ses tableaux par hasard, chez un sympathique amateur de bonne chère et de vie au grand air, habitant tout près de Marcillac (Aveyron encore), au secret d'une gorge oubliée...

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    Là encore, cet artiste autodidacte avait été exposé (plusieurs fois, semble-t-il) à la galerie La Menuiserie  de Jeanne Ferrieu. Mais, loin de Rodez, comment le savoir? Il aurait fallu scruter tous les jours la presse régionale du coin, où de rares magazines relayant l'information artistique en province (comme Artension, dont c'est un des principaux mérites). La femme de René Rigal, Micheline Rigal, intervint opportunément en me prêtant le catalogue que là encore la Menuiserie avait édité sur ce créateur d'origine populaire (édition de 2001).

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Catalogue consacré à Emile Jouve par la galerie La Menuiserie, Rodez, 2001.

 

    L'ouvrage contenait, un peu comme dans le cas du livret récemment édité sur Rigal (voir ci-dessus), de nombreux témoignages et surtout plusieurs illustrations en couleur, de peintures mais aussi, ce qui achève de permettre de se faire une opinion favorable sur les talents de ce monsieur Jouve, de sculptures peintes réalisées à partir de bois trouvés et de bois flottés qui sont, à mon goût, ce que Jouve a fait de mieux, dans l'état actuel de mon information. On sent chez cet homme de pleine nature un appétit évident pour les recherches formelles qui l'apparente aux élaborations sophistiquées d'artistes des villes.

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Emile Jouve, Le Dragon du Golfe, 30cm de hauteur ; reproduit (en image compressée) d'après le catalogue de la Menuiserie.

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Emile Jouve, Brigitte Bardot et les animaux, 20 cm de hauteur. Extrait du catalogue de la Menuiserie (image compressée).

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¹ Cf. Gaston Chaissac, "Peinture rustique moderne", paru initialement dans le n°3 de la revue Centres, 1946, et réédité dans Je cherche mon éditeur, Rougerie, 1998.

² Dubuffet enrôlera, au début de sa collection, Chaissac dans l'Art Brut avant de l'en retirer, à juste titre si l'on se rapporte à ses critères (art brut = inventivité hors des milieux artistiques), pour le verser dans la collection annexe rebaptisée "Neuve Invention" par la suite. Chaissac lui était apparu au fil du temps trop en contact avec les milieux littéraires et artistiques (avec lesquels cependant Chaissac pratiquait des rapports relativement réservés). Cela n'empêchait pas ce dernier de développer, selon moi, une expérimentation à tout va, et de déployer une grande inventivité plastique et littéraire.

12/11/2018

7e Biennale de l'Art partagé à Rives (Isère), plus que quelques jours...

     J'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de parler des biennales "d'art partagé" organisées par Jean-Louis Faravel dans le cadre de son association Œil-Art. Tantôt installées dans l'Île d'Oléron, à St-Trojan-les-Bains, tantôt, comme en ce moment et pour quelques jours encore (cela se termine le 18 novembre prochain), à Rives, en Isère, pas très loin de Grenoble, là où fut fondée la première de ces expositions, me semble-t-il.

     Le grand intérêt de ces biennales est de nous faire découvrir à chaque fois, et à des prix la plupart du temps modiques, plusieurs créateurs ou artistes aux œuvres parfaitement attirantes. La dernière édition de cette Biennale (la 7e, pour celles qui sont organisées à Rives) ne déroge pas à la règle, comme en témoignent ci-dessous les quelques images reprises du site web d'Œil-Art parmi les plus frappantes que l'on peut voir, nombreuses, sur le site. On soulignera que ces festivals montés par Jean-Louis Faravel et son équipe, mêlant artistes singuliers et créateurs handicapés ou bruts, voire naïfs, sans hiérarchie aucune, constituent véritablement le haut du panier en ce qui concerne l'ensemble des festivals d'art singulier ou "hors-les-normes" qui se montent ici et là en France. A suivre donc, impérativement.

 

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Thomas Schlimm (un créateur handicapé allemand).

 

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Gabriel Evrard

 

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Imam Sucahyo, un auteur aux limites de l'art brut, indonésien, déjà exposé à la dernière biennale de St-Trojan-les-Bains ; il devrait être incorporé à une grande exposition d'art brut qui est en préparation en Indonésie, avec Ni Tanjung.

 

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Raymond Goossens, créateur qui décline une série d'images campant un détective prénommé Raymond, sorte de projection de lui-même dans un univers de film policier... (Merci à Alain Dettinger et Fatima-Azzahra Khoubba qui me l'ont signalé dans la sélection de Jean-Louis Faravel)

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Didier Hamey

 

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Farchat Mobin, peintre naïf du genre "visionnaire", apparemment d'origine slave ; la scène ci-dessus se déroule durant la révolution russe de 1917 (la prise du Palais d'Hiver).

 

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Et... Gilles Manero, un habitué, toujours habité, des biennales de Jean-Louis Faravel... Un surréaliste qui s'ignore, j'ajouterai...

 

 

 

27/10/2018

"La Pinturitas" à Paris et "le Gazouillis des éléphants" aux Tours de Merle

      Ce sera le même week-end mais dans deux lieux bien différents... Hervé Couton présentera à la Halle Saint-Pierre ce samedi à 15h son livre consacré à la peintresse espagnole Maria Angeles Fernandez, alias "La Pinturitas",La Pinturitas, d'Hervé Couton.jpg tandis que j'irai de mon côté en Dordogne, demain, dimanche 28, à 17h, aux Tours de Merle, causer autour du film Bricoleurs de paradis des environnements populaires spontanés que j'ai recueillis au sein de mon inventaire, Le Gazouillis des éléphants, paru l'année dernière aux éditions du Sandre (deux derniers exemplaires à vendre, soit dit au passage, à la librairie de la Halle St-Pierre...). Une exposition d'une douzaine de mes photos est également prévue en ces tours, en même temps que des statues d'Antoine Paucard (voir le couple d'amis ci-contre, Paucard et son pote Cronnier, que j'ai photographié en 2011), et ce, du 20 octobre au 4 novembre.002 Autop-en-sculpteur-avec-son.jpg A signaler qu'interviendra le maire de St-Salvadour, Pierre Rivière, qui viendra parler justement du musée Antoine Paucard, du nom de ce sculpteur naïvo-brut dont les statues ont été sauvegardées par la mairie de St-Salvadour (Corrèze). Antoine Paucard fait l'objet d'une notice dans mon Gazouillis des éléphants. Ces deux interventions sont une initiative du Nuage vert, le musée mobile de la vallée de la Dordogne, animé, entre autres, par Laurent Gervereau.

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René Escaffre, la statue d'un maçon au travail (plus une sirène au loin), Roumens (Lauragais), ph. Bruno Montpied, 2014.

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Les tours de Merle

15/10/2018

Une réaction d'Antoine de Galbert à la publication récente de "L'art brut" chez Citadelles et Mazenod

      L'Outsider Art Fair est dans trois jours, grande foire d'art brut, comme on sait, et  voici qu'une volée de bois vert paraît précisément maintenant, sous la forme d'un mail circulaire, à l'encontre du livre récemment paru sous la direction de Martine Lusardy, L'art brut, aux éditions Citadelles et Mazenod. Il est signé d'Antoine de Galbert. Je le reproduis ci-dessous par souci d'information, au cas où divers amateurs ne seraient pas sur le mailing de l'auteur.

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A propos de la parution de « L’art brut » dans la collection Citadelles/Mazenod.

 

       Je viens de recevoir ce beau livre dont l’ambition est de donner à l’art brut la place qu’il mérite dans l’histoire de l’art mais il ne correspond malheureusement pas aux exigences scientifiques qui ont fait la réputation de cette collection.

       Le fait que la maison rouge n’apparaisse à aucun moment dans cet ouvrage n’est pas un oubli, mais une volonté délibérée d’en ignorer le travail. Bien plus incroyable encore est l’absence systématique dans ces pages de l’incontournable collection de Bruno Decharme et du travail remarquable de l’association ABCD. Et ne parlons pas de la bibliographie plus qu’incomplète. Je m’étonne que les Editions Mazenod aient pu confier la direction éditoriale de ce livre à une personne animée par tant de ressentiments inexplicables.

      En vérité, cet art n’appartient à personne, et les nouveaux regards qui se tournent vers lui depuis peu exaspèrent ceux qui en avaient abusivement la garde.  Il y avait une part d’aigreur dans les positions défendues par Jean Dubuffet qui a théorisé sa pensée contre le  milieu officiel dont il se sentait exclu ; une part de jalousie, dont certains de ses héritiers ont peine à se défaire. Mieux vaut défendre ce que l’on aime que l’inverse, et rien ne sert d’opposer un art à un autre.

      La maison rouge, inaugurée en 2004, m’a sans cesse donné l’occasion de décloisonner les mouvements ou les époques, dans un pays où il existait peu de passerelles entre les arts. J’ai souvent pâti de cette dichotomie absurde et idiote, qui générait  mépris et intolérance, d’un côté comme de l’autre,  alors qu’il suffisait de contextualiser chaque forme d’art pour lui trouver un intérêt. Il ne m’a jamais semblé que le dramatique enfermement mental et social des artistes de l’art brut, soit une bonne raison pour maintenir leurs créations dans la pénombre d’un ghetto culturel. Bien au contraire, c’était leur faire honneur de les présenter à un public plus large.

       Nous avons organisé un grand nombre d’expositions d’art brut : Henry Darger, La collection Arnuf Rainer, Augustin Lesage et Elmar Trenkwalder, Louis Soutter, Eugen Gabritchevsky, la Collection ABCD/Bruno Decharme…  De nombreuses expositions thématiques comme Inextricabilia (proposée par Lucienne Peiry) ou plus récemment L’envol, ont accueilli de ces œuvres, empruntées au musée de Villeneuve d’Ascq, à la Collection de l’art brut de Lausanne, à la collection Prinzhorn, et à bien d’autres… et nous avons régulièrement commandé des textes à des éminents spécialistes appartenant au sérail.

        Antoine de Galbert,

        président de La maison rouge.

 

       Personnellement, si je trouve normal qu'Antoine de Galbert vienne protester contre le fait que le livre paru chez Citadelles et Mazenod oublierait de citer les nombreuses expositions montées par lui et son équipe à la Maison rouge, de même que le livre passerait sous silence la collection ABCD, effectivement une des plus belles et plus riches collections d'art brut en France, je ne comprends absolument pas qu'il puisse parler, par ailleurs, de "ceux qui avaient abusivement  la garde" de l'art brut et qui seraient exaspérés par les "nouveaux regards" (décloisonnant) qui se portent sur l'art brut depuis quelque temps, parmi lesquels il faut compter donc ceux de la Maison rouge.

       Il n'y a jamais eu d'autres gardiens du temple brut que Dubuffet et Thévoz pendant longtemps (et après tout, cela permit d'imposer dans le monde de l'art, qui l'avait largement ignoré jusque là, malgré les efforts des avant-gardes de la première moitié du XXe siècle, ce champ particulier de création où tous deux trouvaient de l'unité). C'est seulement à partir de 1995-1996, à l'occasion de l'exposition "Art brut et compagnie", montée à la Halle St-Pierre par Laurent Danchin et – tiens! – justement la Martine Lusardy interpellée aujourd'hui par Antoine de Galbert (car c'est elle, "la personne animée par des ressentiments"), que la Collection de l'Art Brut de Lausanne a accepté de prêter à l'extérieur de leur institution des œuvres de leur collection, dans un projet qui confrontait diverses collections à celle de Lausanne pour la première fois (l'Aracine, le petit musée du Bizarre, le Site de la Création franche, la Fabuloserie et la collection Cérès Franco). Ce projet d'il y a plus de vingt ans devançait ceux que la Maison rouge fit de son côté par la suite, à partir de 2004 donc (et qui furent, effectivement de fort instructives manifestations). On ne  peut donc reprocher à Mme Lusardy d'avoir été une gardienne du temple de l'art brut, car elle aussi avait "décloisonné", bien avant M. de Galbert. Il se trouve seulement que tous ceux qui se passionnent pour l'art brut n'ont pas forcément les mêmes manières de comprendre l'art brut.

     Mais peut-être, cela dit, faudrait-il regarder plus attentivement ce que l'on envisage aussi parfois derrière tous ces "décloisonnements" (que les surréalistes, pour leur part, avaient initiés, bien avant qu'un Dubuffet ne vienne faire main basse sur l'art qu'il étiqueta "brut"). S'il s'agit de rendre l'art brut soluble dans l'art contemporain le plus cérébral –  afin d'élargir la clientèle des galeries d'art brut – comme a tendance à vouloir le faire un galeriste comme Christian Berst, personnellement, je trouverais normal d'émettre quelque avis opposé, sans pouvoir être taxé pour autant de "gardien abusif de l'art brut", terme au fond qui ne veut pas dire grand-chose (et désigne peut-être, de la part de celui qui l'utilise, un désir secret de s'emparer, à son tour et à son seul profit, de l'art brut en question?).

      Il est plus que normal de défendre ce que l'on aime. Ce qui n'entraîne pas qu'on veuille l'enfermer dans un ghetto non plus...

02/10/2018

Actualités de la Création franche...

     Le musée de la Création Franche à Bègles continue d'être très actif. Je n'ai pas signalé le dernier numéro de leur revue, le 48, de juin 2018, où j'avais passé un article sur Joseph Donadello, vu seulement à travers  son activité picturale (car il est  génralement plus connu pour ses autres interventions, en trois dimensions, dans son jardin en bordure de route). Parmi les autres articles, on trouve notamment un long texte fort charpenté d'Anic Zanzi sur Ernst Kolb dont j'ai déjà parlé sur ce blog il n'y a pas si longtemps. Et l'on découvre également le travail intéressant du peintre naïf Francesco Galeotti présenté par le critique d'art Dino Menozzi.

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Une vue d'ensemble des peintures de Joseph Donadello telles qu'il les exposait en mars de cette année, dans sa véranda, à côté de ses trophées de champion bouliste, ph. Bruno Montpied, 2018.

 

      Le musée béglais monte aussi des animations de temps à autre, je les évoque en leur temps, quand je peux. Cet automne, il soutient un colloque intitulé "L'art brut, un objet inclassable?" qu'il organise conjointement avec l'université de Bordeaux. Cela dure deux jours, le 4  (à la Maison de la Recherche à l'université de Bordeaux, voir ci-dessous) et le 5 octobre, (au Musée de la Création Franche) soit dans deux jours donc.

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      Dans la série des interventions, j'ai repéré celle de Mme Claire Margat, dont le titre en forme de question ("L'art brut : un art sans artiste?") paraît vouloir proposer une réponse (une réfutation?) à ma présentation du Gazouillis des éléphants, où je qualifie l'art des inspirés des bords de routes d'art sans artiste. On aimerait pouvoir lire le texte de cette intervention. Les actes du colloque sont prévus pour être publiés par la suite dans un numéro hors-série de Création Franche...

      La question du titre du colloque est dans l'air du temps. L'année prochaine (au mois de mars), à la Fondation Bost, à La Force (près de Bergerac), le musée de la Création Franche sera également partenaire d'un autre colloque, prévu pour durer, je crois, au moins quatre jours, avec expositions à la clé, au siège de cette Fondation, dans plusieurs musées, dont celui de Bègles, mais aussi à Besançon, à Villeneuve d'Ascq. Cela s'appellera "L'art brut existe-t-il?". Muss es sein? Es muss sein!, aurait répondu l'autre (Léo Ferré, derrière Beethoven).... 


 

     Le musée de la Création Franche propose aussi en exposition de groupe cet automne (du 22 septembre au 2 décembre 2018) une nouvelle édition de ses récurrentes, mais à chaque fois différentes, "Visions et Créations dissidentes".

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    Dans le catalogue de cette manifestation, j'ai personnellement été intrigué par les œuvres de Riet Van Halder (présentées par un texte liminaire d'Ans Van Berkum), et celles d'Heinz Lauener (présentées par Max E. Ammann), où l'on peut déchiffrer sur le "Zeppelin" ci-dessous, l'effigie de Donald Trump, flanquée d'une légende ma foi assez judicieuse : "Der Beserwisser" (qu'il faut lire plutôt comme Der Besserwisser)... "Donald Trump, Le Monsieur Je-sais-tout"... Très drôle, et tellement bien vu, non?

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Heinz Lauener, extrait du catalogue "Visions et Créations dissidentes" 2018, Musée de la Création franched

26/09/2018

Info-Miettes (32)

La Maison sous les Paupières

    Revoilà l'antre sous les paupières qui se remet à pondre de l'expo(-pière). Son animatrice, Anne Billon, est passée dans le village perché du Carla-Bayle en Ariège où il y a, outre le très joli petit musée enchanté des Amoureux d'Angélique (art populaire et naïf et brut), tout plein d'artistes.

    Le Carla-Bayle, c'est un peu St-Paul-de-Vence avant les touristes et l'artifice. Sera donc exposée du 6 au 28 octobre, à Rauzan (7 rue du Pont-Long), bourg de l'Entre-deux-Mers, la très inspirée Mélissa Tresse au nom comme un programme (autre que pileux).

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Mélissa Tresse, la Joute, eau-forte et aquatinte, 44x30 cm, 2017.

 

Curzio Di Giovanni, une exposition proposée par Lucienne Peiry à Lausanne

Lucienne Peiry, l'ancienne responsable de la collection de l'Art Brut, même si elle fut "débarquée" par le syndic de Lausanne en 2012, d'une façon bien peu fondée, n'en continue pas moins de s'intéresser à l'art brut, bien entendu. Et je dois dire que, prisant passablement ses goûts en cette matière, j'accorde toujours beaucoup d'intérêt à ses choix de créateurs. Elle est un bon guide... Elle propose à partir du 26 septembre jusqu'au 22 novembre 2018, à Lausanne, à la HEP Vaud, une expo consacrée à Curzio Di Giovanni et à ses têtes aux étranges conformations. Elle comportera une soixantaine de dessins issus de collections privées, dont celui ci-dessous.

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L'Atelier-Musée Fernand Michel à Montpellier expose Helmut Nimcewski 

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Ph. Bruno Montpied, 2016.

     Ce musée aux collections d'art brut et d'art singulier bien sympathiques (surtout en ce qui concerne l'art brut) monte des expositions temporaires en sus de ses collections permanentes (au cœur desquelles on trouve un important fonds consacré à l'artiste singulier Fernand Michel qui constitue le socle du musée).

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    En voici une qui ouvrira bientôt ses portes du 3 octobre prochain au 10 janvier 2019, consacrée au créateur Helmut Nimcewski, féru de représentations de foules aux petits personnages serrés en rangs d'oignon, le tout dans des couleurs de bonbons acidulés. C'est un type de représentations que l'on retrouve souvent dans l'art brut et l'art naïf. Certaines sont même nettement plus poussées dans ce domaine, Berthe Coulon par exemple...

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L'Atelier-musée se situe 1 rue Beauséjour, à Montpellier, tél: 04 67 79 62 22, mail: <CONTACT@ATELIER-MUSEE.COM> . Le site internet du musée est annoncé en (perpétuelle?) construction...

 

Monsieur Jacques Burtin en balade à travers l'Espagne...

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Goya, gravure, communiquée par Jacques Burtin.

 

    "Hier, à Saragosse, la rencontre (...) avec l’une des gravures de Goya que je mets au-dessus des autres : « Légèreté et audace de Juanito Apiñani dans la Corrida de Madrid» (1814 -1816). Elle définit le mieux à mes yeux la situation de l’artiste. Non point le moment de la mise à mort : je laisse à ses partisans et à ses adversaires l’inutile, le vain plaisir de se combattre. Mais ce moment d’élévation où l’on risque sa vie pour la beauté d’une figure impossible."

 

"Histoires de femmes" aux Yeux Fertiles, de l'art brut et surtout de l'art singulier...

         "Histoires de femmes", la nouvelle exposition de la galerie Les Yeux Fertiles rue de Seine (Paris VIe ardt ; du 2 octobre au 3 novembre) est sous-titrée "Art brut, art singulier".

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     Mais, à part deux ou trois  créatrices effectivement cataloguées dans l'art brut (Thérèse Bonnelalbay, Madge Gill, et... Sol (Solange Lantier)), toutes les autres relèvent plutôt de de l'art moderne, voire d'un art contemporain de plus en plus éloigné de ce que l'on appelle art singulier. Certaines sont devenues au fil du temps de vraies "vedettes", comme Yolande Fièvre ou Ursula, géniale artiste, qui a déjà été présentée à la galerie les Yeux fertiles. On peut même avancer que ces deux-là sont désormais entrées dans le Panthéon de l'art moderne, non loin des surréalistes, dans la grande cohorte des assembleurs, des collagistes, des artistes fidèles à l'imaginaire (Unica Zürn peut en être rapprochée). Les autres artistes ici présentées, comme Isabelle Jarousse ou Josette Rispal, voire Ody Saban et Christine Sefolosha, se hissent même aisément dans les rangs des artistes contemporaines. Le mot "singulier", qui comme l'art brut, combine une notion esthétique (pas de volume, des aplats, une grande stylisation dans le rendu des figures, invention des techniques d'expression) à une notion sociologique (autodidacte, situation de l'artiste en dehors du milieu professionnel de l'art, influence de l'exemple moral et esthétique de l'art brut), selon moi, ne s'applique pas vraiment ici, devenant, en l'occurrence, passablement galvaudé.

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Madge Gill, image du carton d'invitation à "Histoires de femmes".

 

De l'art brut (et "outsider", c'est-à-dire "singulier") iranien à la Galerie Polysémie à Marseille

     La Galerie Polysémie file de temps à autre vers des contrées lointaines où l'on ne pense pas d'habitude que l'on puisse rencontrer de l'art dit brut.

    La galerie propose ainsi de l'art brut de Chine continentale en ce moment je crois, mais ce choix me paraît personnellement de qualité fort moyenne, étant donné qu'il s'agit, j'en ai bien l'impression, à voir ce qui est proposé, pour la plupart de peintures du même genre que celles qu'on a pu voir à la dernière Biennale Hors-les-Normes de Lyon,  en provenance d'ateliers pour handicapés (à Marseille, il me semble que François Vertadier, responsable de Polysémie, a fait appel au Nanjing Outsider Art Studio), et donc de créateurs stimulés par des animateurs dans ces ateliers, ce qui est souvent en contradiction avec le principe même de l'art brut – une expression irrépressible, surgie de façon autonome, comme le chiendent parmi une végétation disciplinée. Mais, surtout, c'était, à Lyon, des œuvres peu originales, peu surprenantes, en dépit d'un certain savoir-faire.

     La galerie présentera cependant bientôt (du 6 octobre au 3 novembre prochain) des créateurs plus étonnants, en provenance d'Iran donc, plus en rapport avec ce qui correspondrait  à de l'art brut, tel que défini plus haut.

    J'ai déjà eu l'occasion par le passé, sur ce blog, de citer des créateurs originaires de l'ancienne Perse, comme Mokarammeh, Akram Sartakhti, ou plus connu depuis quelque temps dans les milieux de l'art brut, Davood Koochaki (que l'on retrouve ici à Polysémie). A la dernière exposition de groupe montée à l'Île d'Oléron en 2017 par Jean-Louis Faravel, j'avais aussi remarqué un autre créateur, Mehrdad Rashidi (également présent à l'expo à venir chez Polysémie). J'accueille donc cette expo marseillaise avec grand intérêt et je la conseille à tous ceux qui cherchent de l'art à la fois bruto-naïf et original.

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Mahmoodkhan, trois dessins de 50x70cm, extraits du dossier de presse de la galerie Polysémie

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Trois œuvres de Reza Safahi.

 

      Le dossier de presse fourni par la galerie énumère les artistes et créateurs exposés. Personnellement, dans l'échantillon proposé je retiendrai essentiellement les dessins de Mahmoodkhan, commencés à plus de 70 ans, Reza Safahi, visiblement instruit et cultivé mais ayant conservé dans son graphisme une grande fraîcheur de tracé "brute" ou "naïve", et aussi Zabihollah Mohammadi, à l'inspiration plus empreinte de références à de grands récits épiques iraniens. On retrouvera dans l'expo cela dit aussi Davood Koochaki et ses esprits noirâtres, ainsi que Mehrdad Rashidi. Chacun pourra se faire sa propre opinion en consultant le dossier de presse.

 

Le livre d'Hervé Couton sur "Las Pinturitas" bientôt présenté par son auteur à la Halle Saint-Pierre

         "La Pinturitas", "la  Petites peintures", c'est cette femme, de son nom d'état-civil Maria Angeles Fernández Cuesta qui depuis des années (depuis 2000) réalise en Espagne, en Navarre, non loin du Pays Basque, une œuvre picturale sur le support des murs d'un bâtiment désaffecté à la sortie de la ville d'Arguedas. Ses fresques sont immenses, mixtes de street art sauvage et d'environnement brut, en constant renouvellement. C'est pourquoi le photographe Hervé Couton a trouvé nécessaire de fixer depuis huit ans ce work in progress, dont l'éphémère est la marque de fabrique. Il viendra en parler à l'auditorium de la Halle St-Pierre le 27 octobre prochain, à 15 h. Toutes précisions sont à retrouver sur le site web de la Halle St-Pierre. 

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Charles "Cako" Boussion sur le mur de la boutique d'Antoine Gentil jusqu'à début octobre

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     Une vingtaine d'œuvres de l'ami Boussion, en provenance de la Pop Galerie de Pascal Saumade, sont actuellement exposées chez Antoine Gentil au 75 bis bd de Rochechouart, dans le IXe à Paris (Sur R-V.: tél: 06 58 34 72 09). Restent quelques jours seulement... 

 

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Le mur et son miroir, boutique d'Antoine Gentil, Paris, ph. Bruno Montpied.

 

Et des dessins  d'Evelyne Postic sur photos de Joseph Caprio chez Alain Dettinger...
 
      Pour cette dernière expo, il ne reste que très peu de temps, cela s'arrête le 29 septembre, à la fin de cette semaine à Lyon, 4 place Gailleton, à la galerie d'Alain Dettinger. C'est plutôt pour mémoire donc... Des dessins exécutés sur des photos de corps bien cuivrés, d'origine africaine, apparemment. On s'en fait une idée avec la photo ci-dessous...

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Evelyne Postic-Joseph Caprio, dessins-photographies

17/08/2018

Pépé Vignes à Montmartre

    Durant "tout l'été" (est-ce que cela comprend septembre? Mystère et boules de gomme...), une vingtaine de dessins de Joseph "Pépé" Vignes sont exposés sur le mur noir de la friperie du 57 bis, boulevard de Rochechouart, chez Antoine Gentil, en provenance des réserves de la Fabuloserie. Il y en a pour tous les goûts, autocar, voiture de course, instrument de musique, ballons de rugby, steamer, etc., et toujours le tout réalisé aux crayons de couleur, et plus rarement, aux feutres.

Joseph Vignes dans sa cuisine, photo Bourbonnais.jpg

Expo Joseph Vignes au 57 bis bvd de rochechouart.jpg

Carte postale éditée par Gentil, recto et verso.

 

    J'aime profondément Pépé Vignes, ce fils de tonnelier catalan français (d'Elne), qui nous donna si généreusement sa poésie tendre et candide, inversement proportionnelle aux moyens techniques dont il disposait, et peut-être en raison de ces moyens limités, qui lui suffisaient, la preuve... Les prix de ses dessins restent accessibles, le marché ne s'étant pas encore jeté dessus. Question de mode sans doute, tant le marché paraît le reflet des lubies de quelques gros marchands et collectionneurs.

Joseph Pépé Vignes, sans titre (instrument à cordes), 43x37cm, 1975 (2).jpg

Joseph "Pépé" Vignes, sans titre (un instrument à cordes), crayons de couleur sur papier fixé sur carton enveloppé de papier kraft, 43x37 cm,1975 ; Ph. et coll. Bruno Montpied.

14/08/2018

Au Gai Rossignol, c'est au sous-sol qu'il faut aller (underground, quand tu nous tiens...): la Caverne

     Le "Gai rossignol", c'est le nom d'une librairie de soldes et d'occasions qui est rue St-Martin, entre la Tour St-Jacques et le Centre Beaubourg, à Paris. C'est le même emplacement qu'occupait jadis "Mona Lisait"... "Rossignol" est peut-être à entendre aussi, en creux, comme une allusion à l'argot des puciers selon lesquels un rossignol est un objet sans valeur, du moins "sans valeur", tant qu'on n'en a pas décelé l'intérêt caché.

    Dans cette librairie, c'est surtout au sous-sol qu'on peut trouver quelques occasions délectables, dont des livres des éditions du Sandre (que l'on ne trouve pas toujours ailleurs dans cet ensemble), ainsi que des raretés bibliophiliques, des photographies originales, des gravures, voire, comme lorsque j'y suis passé récemment, une œuvre d'art brut, un fusil de Robillard (à 1600€ me semble-t-il). Un lieu secret à découvrir donc...

Sous-sol du Gai rossignol (2).jpg

Ph. Bruno Montpied, août 2018.

Et, à signaler, l'inauguration de l'endroit, décalée par rapport à son ouverture...

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28/07/2018

L'ange des inspirés (quelques-uns de ses faits et gestes)

         Mon ange ne se substitue jamais à mon esprit, jamais il ne lui viendrait à l'idée de s'insinuer en moi pour téléguider mon regard (comme me le suggérait récemment un ami dans un échange épistolaire). Tout ceci n'appartient vraiment qu'à moi...

           Non, ce qu'accomplit mon ange, de mon point de vue, c'est du côté de l'organisation, et des agencements de situation, ce qu’il est convenu d’appeler vulgairement le hasard, les coïncidences.

          A Amiens, par exemple, où je m’étais rendu pour sa grande Réderie du printemps 2018, il avait réussi à rendre complets tous les hôtels de la ville, si bien qu'avec le camarade broc avec qui j'étais venu pour chiner, en arrivant en fin de soirée la veille (sans avoir réservé, bien entendu, fidèles à notre goût de l’improvisation), on n'avait trouvé qu'une seule chambre, chère, qui était accessible si on divisait son prix en deux, et donc, nous avait incliné à partager l’unique plumard, ce qui m'avait empêché de bien dormir.

           Le lendemain, de bon matin, devinant que je serais vite épuisé, à force de traîner mes 115 kgs à travers l'immense Réderie, sans avoir bien dormi auparavant, je m’étais décidé à opérer un tri dans ma quête et à ne regarder que les peintures et autres œuvres en deux dimensions, ce qui gagnerait du temps.... Me dépêchant avant que la baisse d’énergie ne me rende la chine insupportable, je me mis à cavaler dans les rues, sans tout détailler, comme font les autres amateurs. Cette stratégie, bien sûr, mon ange l'avait prévue. Et il a le pouvoir d'aimanter mes pas dans certaines directions…

           C’est ainsi que je finis par tomber sur une peinture, étalée parmi d’autres, dont je reconnus immédiatement le style : un Bois-Vives ! Que j’achetai une misère au biffin qui ignorait ce qu’il avait ramassé dans ce qu’il est convenu d’appeler, je crois, une adresse, un débarras de logement à vider. Je rêvais depuis longtemps de pouvoir acquérir une œuvre de ce créateur mi-naïf, mi-brut, et mon ange le savait pertinemment, mais je n’avais jamais les moyens quand se présentait d’aventure une pièce à vendre…

Anselme Boix-Vives, sans titre (des loups ptêt), 49x66 cm, sd (2).jpg

Anselme Bois-Vives, peinture sans titre, sans date, 49x66 cm (peut-être des loups?), ph. et coll. Bruno Montpied.

 

          Il a encore frappé ces derniers jours. Je reviens de Vendée où j'ai pu visiter, et photographier,  une maison peinte des murs aux plafonds sur deux niveaux par un reclus, que l'on me décrit comme schizophrène (formidable travail d’un créateur improvisé ayant décidé de plonger dans la peinture en transformant sa maison en un aquarium où l’eau serait remplacée par l’image, et le gros poisson, par le peintre). J’étais tombé par hasard, quelques semaines plus tôt (tu parles, l'ange avait bien entendu organisé la conjonction des personnes…), sur un couple de gens, apparentés à ce créateur, qui cherchait à la Halle St-Pierre à intéresser quelqu'un à cette maison. J'étais là, pile au moment où ils sont arrivés, et où ils ont montré des photos des décors sur leur mobile à Pascal Hecker, le libraire de la Halle, qui m’introduisit auprès de ses clients, lui aussi étant conseillé par mon ange bien entendu…

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Eric Le Blanche, un détail de l'intérieur de sa maison quasiment entièrement peinte ; le "Adamo" ici représenté est Adam en fait, Eve (écrit "Eva") étant peinte sur la gauche, dans l'escalier dont on voit le commencement ; © ph. Bruno Montpied, 12 juillet 2018.

 

         Mais, le plus étonnant, c'est que le village vendéen où se trouve la maison photographiée, comme je m’en suis avisé avec surprise il y a deux jours, en y allant enfin, est l'ancien siège du château du seigneur de Lusignan, héros de la légende de Mélusine, la femme-serpent ailée, associée au mythe de la sirène, qui s’enfuit lorsque son mari découvre son secret (elle était femme la plupart du temps et lorsqu’elle prenait son bain redevenait femme-serpent, mais personne, y compris son époux ne devait la voir à ce moment, sous peine de la voir disparaître)...

sirènes,fresque en mosaïques de coquillages,coquillages,mainson brutes peintes en intérieur,art brut,ange des inspirés,anselme bois-vives,réderie d'amiens,chineurs,coïncidences         Une sirène est représentée sur la girouette qui couronne le sommet de la tour Mélusine, seul vestige du château des Lusignan dans ce village. Je la découvris dès que j’arrivai dans le village. Comme je l’ai déjà dit plusieurs fois sur mon blog, je suis particulièrement fasciné par les sirènes, surtout celles qui se montrent dans leur version aquatique et piscicole, plus nordique. En Méditerranée, elles étaient davantage envisagées sous une apparence ailée,  comme on sait (comme ces sirènes qui tentent de charmer Ulysse, dans l’Odyssée).

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Une sirène peinte par F. Bouron, rue Guynemer, Les Sables d'Olonne, ph. B.M., juillet 2018.

 

       Plus étonnant encore, le matin même, aux Sables d'Olonne, alors que je remontais de mon hôtel situé en bord de mer, en direction du musée de l'Abbaye Ste-Croix où j’avais rendez-vous avec ceux qui m’accompagneraient au village de la maison peinte, j'étais déjà tombé sur une sirène, plus moderne mais charmante (elle portait une robe-fourreau se terminant en queue de poisson), peinte sur la façade d’une petite maison, dans un encadrement en relief figurant un gobelet ou une tasse. Par ailleurs, le musée de l'Abbaye Ste-Croix est connu pour abriter des vestiges des créations d'Hippolyte Massé, l'auteur de la Maison de la Sirène à La Chaume dans les années 1950-60 (voir mon Gazouillis des Eléphants). Et, la veille, j’avais également photographié parmi d’autres fresques en coquillages de Dan Arnaud, dans le quartier sablais de l’Ile Penotte, une autre sirène, écho lointain, à notre époque contemporaine, des décors en coquillages du précurseur Hippolyte Massé.

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La sirène de la maison d'Hippolyte Massé dans le quartier de La Chaume, détail d'une photographie de Gilles Ehrmann (extraite des Inspirés et leurs demeures, de 1962).

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Dan Arnaud, sirène en mosaïque de coquillages, rue d'Assas, quartier de l'Ile Penotte, Les Sables d'Olonne ; on mesure, par comparaison avec la sirène de Massé, ce qui différencie un art véritablement plus brut d'un art, certes maîtrisé, mais plus... esthétique ; ph. B.M., juillet 2018.

 

       Comme on voit, mon ange est fort bien documenté sur mes goûts et il m'aime, et continue de m'aimanter, lâchant même à l’occasion, le long de ma route, une de ses plumes...

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Sur les premiers degrés de la rue du Chevalier de La Barre, Paris, ph. B.M., juillet 2018.

15/07/2018

Des "Bricoleurs de paradis" au cinéma le Cin'étoile de Saint-Bonnet-le-château (Forez)

     Les Bricoleurs de paradis (qui était sous-titré Le Gazouillis des éléphants, titre initial refusé par FR3, que j'ai réutilisé en 2017 pour mon inventaire des environnements aux éditions du Sandre), le documentaire sur des environnements populaires spontanés du Nord et de l'Ouest de la France, que j'ai co-écrit avec son réalisateur Remy Ricordeau (sorti en 2011), sera projeté le samedi 21 juillet à 18h dans un cinéma associatif, le Cin'étoile, de St-Bonnet-le-Château, village du département de la Loire, et de la région du Forez, situé non loin de St-Etienne (et en dessous du village de Soleymieux dont, sur ce blog, j'ai parlé de son étrange fontaine...). Ceci, à l'initiative d'une association culturelle animée (entre autres) par Marie Oulion, "Regards sur...". 

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Présentation du DVD du film sur le rabat de la jaquette d'Eloge des Jardins anarchiques.

 

      Le programme du Cin'étoile annonçait il y a peu à la suite de la projection une conférence de Roberta Trapani sur les "lieux embellis". Elle ne pourra pas être là finalement... On m'a invité à la dernière minute pour dire quelques mots au sujet du film dont je suis le co-auteur – et celui qui proposa la majorité des différents sites et auteurs que l'on y voit égrenés, sites que l'on retrouve par ailleurs dans le livre, Eloge des jardins anarchiques (éditions L'Insomniaque) dans lequel fut inséré le DVD (voir sa galette ci-dessus). J'espère que ce sera l'occasion de débattre avec le public présent.

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Tournage de Bricoleurs de paradis, le réalisateur Remy Ricordeau, avec l'opérateur caméra, Pierre Maillis-Laval, sur le site (aujourd'hui démantelé) d'André Hardy à S-Quentin-des-Chardonnets (Orne) ; photo Bruno Montpied. 2010.

13/07/2018

La Fabuloserie, aperçu au "Consulat", espace open de style berlinois à Montparnasse

     Très actif depuis quelque temps, Antoine Gentil, qui s'était déjà fait remarquer  par des organisations d'expo au MAHHSA (musée de Ste-Anne émanant du Centre d'Etude de l'Expression), a invité la Fabuloserie à taper l'incruste dans un sacré foutoir installé provisoirement (quelques mois) dans une espèce de friche industrielle, aux murs nus, tout près de Montparnasse, dans ce quartier où les aménagements de Ricardo Bofill, il y a déjà longtemps (1985), avaient contribué à enfoncer le clou de l'effacement, vingt ans auparavant, de tout un quartier de petites maisons et d'ateliers d'artisans qui ne surent et purent résister – à rebours des habitants qui le réussirent plus loin, dans ce même XIVe arrondissement, du côté de la rue des Thermopyles et de la Cité Bauer. Ce sont les chantiers de l'actuelle gare Montparnasse (gare qui ne ressemble à rien),  en effet, qui avaient entraîné en 1965, par exemple, la disparition  du bâtiment où se trouvait l'atelier du Douanier Rousseau, rue Perrel, que l'on aperçoit dans l'admirable film de Jacques Brunius, Violons d'Ingres (1938) – atelier qui fut, par la suite, également, le lieu de travail de Victor Brauner.


podcast

Formulette recueillie par Jacques Brunius dans un recueil (de comptines et formulettes) resté inédit (merci à Lucien Logette de  nous l'avoir communiqué) ; lue par B.M., 2018

 

      Le "Consulat"¹, donc, est un vaste espace sur deux niveaux, prêté pour quelques mois, où l'on trouve disséminés sur des centaines de m², une friperie, des buvettes, un restaurant, une salle de concert, des tables de ping-pong, des chaises dépareillées et des canapés défoncés distribués au petit bonheur, des espaces d'exposition (au 2e étage) où voisinent, dans deux espaces distincts qu'on ne pouvait confondre, art contemporain d'une part, présenté anonymement, tel des puces, sous l'autorité d'un texte liminaire d'une prétention insondable (intitulé le "blind marché", titre d'un snobisme au ridicule achevé), et d'autre part, l'art hors-les-normes de la Fabuloserie, exposé jusqu'au 15 août, et mêlant lui-même art brut (Emile Ratier, Pierre Petit, Giovanni Battista Podesta, Guy Brunet, Jean Tourlonias, François Portrat, Edmond Morel, un grand tableau de fleurs, assez rare, d'Abdelkader Rifi) et artistes singuliers (Le Carré Galimard, Nedjar, Francis Marshall, Alain Bourbonnais, Verbena).

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Des éléments de l'environnement créé par François Portrat dans les années 1980, ph. Bruno Montpied, 2018.

 

       Si l'on oublie cependant le contexte désordonné de la première exposition, la zone dévolue à la Fabuloserie permettait de découvrir des ensembles d'œuvres souvent méconnues. Dommage cependant qu'on n'ait pas souhaité, du côté du responsable des expos  (un certain Samuel Boutruche), laisser les animateurs de la Fabuloserie, ainsi que le commissaire d'exposition, Antoine Gentil (le bien nommé), apposer tout de suite les noms des auteurs exposés, dès le vernissage (cela a changé par la suite), au nom d'un anonymat revendiqué (l'anonymat paraît devenir par les temps qui courent un argument à la mode, ici employé très superficiellement (comme souvent, avec tout ce qui est à la mode), puisque les noms des artistes circulent par dessous...).

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Emile Ratier, deux musiciens, ph. B.M., 2018.

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Michel Nedjar, quatre assemblages de tissus colorés, ph. B.M., 2018

 

       Pour ma part j'ai découvert dans l'expo de la Fabuloserie, parmi les cinq pièces d'Emile Ratier – des maquettes  et machineries de bois brun, faites au départ pour être actionnées –, trois dispositifs qui sont des machines à produire des sons, en fait des instruments de percussion ultra bricolés à ranger au nombre des instruments de musique alternatifs. J'ai été également  surpris par des assemblages de tissus colorés de Michel Nedjar, exposés seulement le jour du vernissage, que j'ai trouvés bien plus séduisants, et moins montrés que ses sempiternels "chairdâmes", sorte de poupées noirâtres d'exorcisme imaginaire, qui personnellement me dégoûtent, et qui sont faites pour dégoûter (scandale facile à produire). Hélas, l'artiste, victime d'un caprice de diva, a fait retirer ses œuvres les jours suivants, n'appréciant pas l'exposition voisine semble-t-il. Je publie ci-dessus les quatre assemblages dont je parle plus haut, présentés dans l'expo, donc, de façon éphémère. Même si le voisinage avec l'expo d'art contemporain assez inconsistante était discutable, il n'en reste pas moins que l'idée de montrer l'art hors-les-normes de la Fabuloserie en un tel lieu fréquenté par la jeunesse et par un public n'ayant peut-être jamais entendu parler de l'art brut l'art singulier, etc., n'en était pas moins une bonne initiative. Il faut tenter ce genre de passerelle, pour que les transmissions s'effectuent entre générations. Et peut-être aussi détourner le public de l'art contemporain absurdement mis en avant par les temps qui courent par toutes sortes d'intérêts capitalistiques². Il y va d'une forme de résistance.

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Pierre Petit, Laboratoire Frela, ph. B.M., 2018.

 

       L'accrochage, dans le fond,  à droite, sur un mur où ils sont seuls, de divers éléments provenant de l'environnement créé par François Portrat à Brannay dans l'Yonne (voir mon Gazouillis des éléphants où je lui ai consacré une notice), agencé par Marek de la Fabuloserie, frappait l'esprit du visiteur. Podesta était également présent par des peintures qui relèvent davantage de l'art naïf, en tout cas inattendus. Surtout, on restait charmé par le "Laboratoire Frela" et ses personnages délicieusement angéliques, humanoïdes ineffables, du retraité Pierre Petit, qui vivait autrefois à Bourges, et dont nous avons ici quelques maquettes et autres "maisons de poupée" d'un nouveau genre.

     Rien que pour cette exposition, rare à Paris – reléguée en marge de tout le reste dans ce labyrinthe de béton, de façon cohérente au fond, car on n'a pas affaire ici à de "l'art hors-les-normes" pour rien! : il reste en marge quel que soit le contexte d'exposition – il faut se rendre dans ce Consulat, en traversant jusqu'à l'espace fabulosant ces 3000 m² d'un trait, sans se disperser outre mesure dans les autres espaces, plutôt vides de sens (si ce n'est pour aller se boire une bière sur une terrasse aux herbes sauvages poussant sous des gratte-ciels ou des immeubles du genre cages à lapins, en rêvant des fantômes de Rousseau et de Brauner).

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Abdelkader Rifi, sans titre, env. 1m sur 1,20m, sans date, ph.B.M., 2018.

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¹ Ce "Consulat", nous apprend un article du Quotidien de l'Art, "est issu de l’association GANG, dirigée par Lionel Bensemoun, petit-neveu du fondateur des casinos Partouche. Il a créé avec l’artiste André Saraiva son agence événementielle La Clique et le club Le Baron, et vient de s’installer à Paris dans le 14e, pour une nouvelle saison (jusqu’en octobre 2018), dans l’espace des futurs Ateliers Gaîté de 3000 m2..." L'adresse de ce Consulat éphémère est au 2 de la rue Vercingétorix, 14e ardt donc.

² A ce sujet, on lira avec fruit le livre  d'Annie Le Brun, Ce qui n'a pas de prix, récemment paru chez Stock.

11/06/2018

Infos-Miettes (31)

Briantais et Estaque chez LFLF2015 à St-Malo-de-Guersac

       Du 1er au 31 juillet prochain, ces deux artistes, dont j'ai plus d'une fois mentionné l'existence et les œuvres, rapprochent ces dernières pour une espèce de dialogue... Dans le cadre d'un de ces lieux comme il en apparaît régulièrement dans les mailles serrées du patchwork des petites communes françaises. Le vernissage est prévu pour le 7 juillet à partir de 16h. LFLF2015 (oui je sais, c'est plutôt cabalistique, et il faut trouver le coin où aura lieu l'expo : 56 ile d'Errand, Loire-Atlantique St-Malo-de-Guersac, tél: 06 18 97 13 63).

 

Créations populaires en Mayenne

      Et revoici une production de l'association CSN (Création Singulière et Naïve) – qui semble avoir laissé tomber le numéro de département qui flanquait son acronyme précédemment (53, le département de la Mayenne).

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Cénéré Hubert, un moulin illustré, photo Michel Leroux.

 

     Elle propose une exposition de quatre autodidactes singuliers , aux lisières de l'art naïf et de l'art brut, Gustave Cahoreau (dessinateur et sculpteur, bof...; voir ci-contre la tête chapeautée)bernard briantais,jean estaque,lflf2015,art singulier, Patrick Chapelière (passablement inégal, et souvent "décoratif" depuis quelque temps semble-t-il ; voir ci-contre œuvre de 2018)bernard briantais,jean estaque,lflf2015,art singulier, Raymond Lemée (ce dernier paraît recycler les crucifix : moi, je dis beurk!) et Céneré Hubert, à mon avis le plus intéressant des quatre (Michel Leroux et Jean-Louis Cerisier, qui interviennent dans cette association, ont souvent défendu ce dernier qui est un peu leur découverte ; ils m'ont du reste aidé à illustrer la notice que j'ai consacrée dans mon livre Le Gazouillis des éléphants à ce créateur, également l'auteur d'un environnement naïvo-brut à St-Ouën-des-Toits). L'expo se tiendra du 13 juillet au 26 août, à la Bergerie du château de Sainte-Suzanne, fort joli village mayennais, paraît-il.

(Ce sera ouvert tous les jours, de 10h00 à 19h00. Entrée libre. Un catalogue accompagne la manifestation. Il sera disponible (offert par le CIAP) à la librairie du château, face au lieu d’exposition).

 

"L'envol ou le rêve de  voler" à la Maison Rouge

      Du 16 juin au 28 octobre prochain, aura lieu à Paris une expo conjointement organisée par Antoine de Galbert et la collection ABCD sur le thème du rêve de voler. Ce sera la dernière de la Maison Rouge... Il y sera question sans doute, et entre autres, de Gustav Mesmer, cet aviateur en herbe, renouvelant le rêve des pionniers de l'aviation avec leurs drôles de machines volantes dont ont déjà parlé diverses autres publications et expositions fournies autrefois par la Collection de l'Art Brut. On se rappelle en particulier l'expo et le catalogue de "L'Art Brut dans le monde" qui contenait six petits courts-métrages dont un sur ce Mesmer. Mais ce ne sera pas le seul "Icare" de représenté dans cette expo puisque le dossier de presse annonce 130 artistes et créateurs, dont les œuvres (on en annonce 200) relèvent tantôt de l’art moderne, tantôt de l'art contemporain, tantôt de l'art brut, voire de l'art ethnographique ou populaire. Un peu du méli-mélo en somme, comme l'aime Antoine de Galbert...

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Gustav Mesmer

 

Carlés-Tolra, et l'amour, au Musée de la Création Franche cet été

      Deux expos en effet, distinctes, quoique dans un même lieu cet été à Bègles. "Le monde selon Carlés-Tolrá" d'une part, véritable rétrospective de cet artiste, grand ancien de l'art singulier (terme que l'on peut présenter comme synonyme de "neuve invention", voire de "création franche" – même si cette dernière expression cherche à intégrer également l'art brut, l'art naïf, même certaines expressions surréalisantes), du 15 juin au 2 septembre 2018, et "All I need is love" pour l'autre part, du 15 juin au 19 mai 2019. Sur l'expo Carlés-Tolrá, voici ce que précise le musée: "Pour la 90e année de cet auteur majeur de la collection Création Franche, le Musée lui consacre 6 salles où seront présentés, outre des œuvres du fonds de collection, des prêts exceptionnels du créateur comme ses premières peintures, des lettres échangées avec Jean Dubuffet dont il était proche et des œuvres de sa collection personnelle." On notera cette mention d'œuvres venues de la collection de l'artiste, chose qui reste peu connue chez Carlés-Tolra.

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Ignacio Carles-Tolrá.

 

     Dans le cadre de "All I need is love", qui est une sélection, un ré-accrochage  des collections permanentes du musée sur le thème de l'amour (votre serviteur  y a des œuvres présentées, je ne sais lesquelles, je rappelle que le musée conserve une donation de 129 (à peu de choses près...) de mes peintures et collages), une playlist a été proposée, en réalisation collaborative, à tous les internautes que cela stimulait. A signaler que l'animateur de ce blog y est allé également de ses propositions. Un petit jeu  peut donc s'esquisser (mais il n'y a pas de prix à gagner cette fois...). A vous de deviner au moins un morceau proposé par le Poignard... Cependant il me semble qu'il faut posséder un abonnement à Deezer, ou alors il faut écouter au musée toute la playlist (au moins 177 morceaux...).

 

Collection de l'Art Brut à Lausanne, nouvelle expo : "Acquisitions 2012-2018"

     Du 8 juin au 2 décembre 2018, vient de commencer la présentation d'une sélection d'œuvres acquises par la Collection depuis que Sarah Lombardi en est devenue la directrice. Cela donne plus de 150 œuvres en exposition. En même temps, paraît le fascicule de l'Art Brut n°26, avec des mini monographies sur certains créateurs récemment entrés dans la Collection, Charles Boussion, Gaël Dufrène,  Dunya Hirschter, Mehrdad Rashidi, Bernadette Touilleux, Royal Robertson, Michel Nedjar (pour la deuxième fois ; car il avait déjà fait l'objet d'une notice dans le fascicule n°16 en 1990, décidément Lausanne lui voue un véritable culte), etc.

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Charles "Cako" Boussion, "Tzar de jadis... Icône revisitée d'après un tableau sur bois, de Charles Cako Boussion, Montpellier, novembre 2011 à l'âge de 86 ans", peinture sur papier, 42x29,7cm ; ph. et coll. Bruno Montpied.

02/06/2018

Gaël Dufrène, les trains circulent dans l'art dit "brut"

     Gaël Dufrène, que l'on nous présente atteint du syndrome d'Asperger, ce qui paraît doter les individus qui en sont le siège d'une mémoire hors du commun, va bénéficier d'une exposition de ses dessins (noir et blanc, couleur) qui représentent souvent des trains, mais aussi des moteurs, des voitures... très bientôt dans la galerie parisienne de la Fabuloserie (du 2 juin au 13 juillet, vernissage samedi 2 juin de 16 h à 21 h, 52 rue Jacob, Paris dans le VIe ardt, tél: 01 42 60 84 23). J'avoue sans honte que je n'avais pas encore entendu parler de lui, même s'il avait déjà été présenté à l'Outsider Art Fair de Paris sur le stand de la galerie Hervé Courtaigne en 2016. Il est défendu également par l'association EgArt qui se préoccupe de promouvoir des "artistes" atteints de divers handicaps auprès des structures d'exposition (ce qui est très bien, mais on attend également l'entreprise ou l'association qui s'occuperont de dénicher la créativité et l'originalité actuelles, handicaps ou pas, sans se préoccuper des modes, de  l'audimat, originalités marginalisées avec lesquelles des passions non mercantiles, non en représentation, peuvent entrer en résonance).

Annonce expo Gaël Dufrène à la Fab Paris.jpg

Expo Gaël Dufrène bientôt à la Fabuloserie Paris ; du train envisagé comme dessin et comme jouet ? "Bijou mécanique"...

 

      Cette association EgArt paraît posséder une collection ("l'Art sans exclusion" voir son dossier de presse) où l'on a rassemblé habilement des auteurs bruts répertoriés dans les collections  homonymes (serviraient-ils de cautions?) – l'incontournable Robillard et ses sempiternels fusils, par exemple, ou encore Zemankova, Hofer... – à côté de créateurs contemporains "porteurs de handicaps" que met en avant cette association, par exemple ce Gaël Dufrène, mais aussi un certain Jérôme Turpin, dont les œuvres possèdent en effet de l'intérêt. Même si, en ce qui concerne Dufrène, je trouve que cela commence à faire un peu poncif, les dessins minutieux d'engins et de mécaniques. En effet, cela fait déjà quelque temps que l'on nous met sous les yeux des montreurs de machines (les machines  à coudre d'Ezékiel Messou, les cortèges de trains de Braillon – dont on m'a récemment appris qu'il aurait cesé de dessiner : voici donc qu'il a opportunément trouvé un remplaçant! –, les plans de machines de Perdrizet, les voitures de Serge Delaunay, les rangs d'oignon de façades de trains d'Hidenori, les trolleys ou les gares de Van Genk, etc.). Certes, cependant, on reconnaîtra chez Dufrène, un traitement des machines ou des véhicules où la méticulosité mémorielle le dispute à une certaine tendresse du graphisme.

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Gaël Dufrène, "Citroën de 1955 type Azu 2 chevaux", photo Caté/EgArt ; ce dessin sera exposé à la Fabuloserie parisienne..

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John Martin, sans titre (camion), vers 2008, provenance Creative Growth Center, ph. et coll. Bruno Montpied ; dessiner d'après nature, avec des déformations découlant du manque de science esthétique de l'auteur autodidacte, peut apparaître chez les animateurs d'ateliers d'art-thérapie comme un passage obligé, faisant partie d'un cahier des charges, même si le résultat est à l'occasion intriguant...

 

      Je me méfie donc... Plus ça va, en effet, plus le désir d'acquérir de l'art brut va en grandissant. Il faut fournir de l'aliment à cette curiosité. D'où peut-être cette multiplication de créations ayant beaucoup de points communs, avec parfois, çà et là, ce qui ressemble à des ersatz. Les biennales qui se succèdent à la collection de l'Art Brut de Lausanne, ces derniers temps, participent peut-être même du mouvement, avec leurs thématiques uniformisantes ("Véhicules," "Architectures", "Corps"...). De plus, du côté des ateliers d'art pour handicapés, on oriente – volontairement, ou involontairement (le plus souvent certainement involontairement) – les "travaux" des participants aux ateliers en suivant ces thèmes, tant le besoin est grand d'intégrer les participants de ces ateliers au commun de la foule des artistes patentés ("art sans exclusion" dit bien l'intention...). Les véhicules, les vedettes du petit écran, les machines, les œuvres d'art réinterprétées... Et les marchands, voire certains musées ou collections, gagnent ainsi du temps pour agrandir leurs réserves et leurs stocks, en se fournissant directement auprès des ateliers pour handicapés. Ceux-ci ont le vent en poupe, et qui irait critiquer cela? Il est bienpensant de ne rien redire à ce retour en force de l'art des handicapés (je dis "retour", car cela avait déjà été tenté dans les années 1970-1980 ; je me souviens ainsi de Jean Revol et de son "Art originaire" qui mettait déjà en avant l'art des handicapés, avant que cela ne retombe comme un soufflé). D'autant qu'il arrive qu'on y rencontre aussi, de temps en temps, quelques grands créatifs (Paul Duhem, Oskar Haus, Kevin Raffin de l'atelier de la Passerelle à Cherbourg – atelier que je défends régulièrement sur ce blog – Alexis Lippstreu, Yves Jules, ou Philipe Lefresne et Fathi Oulad de l'ESAT de Ménilmontant...).

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Philippe Lefresne, la vache de Claude François, provenance atelier de l'ESAT de Ménilmontant, vers 2013, coll. et ph. B.M.

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Kevin Raffin, Catch, 45x65cm, février 2013, provenance Atelier de La Passerelle de Cherbourg, coll. et ph. B.M.

 

     Et pourtant, et pourtant, comme chanterait Charles Aznavour, l'art brut – l'oublierait-on? – fut inventé pour nous dévoiler un autre type d'art, un art-chiendent, orienté et téléguidé par personne, surgissant incognito, individuellement, dans des lits non préparés pour lui, de manière parfaitement anarchique et niant superbement les hiérarchies, les divisions du travail, les classes sociales. Mon livre récent, Le Gazouillis des éléphants, même s'il a recueilli de nombreuses critiques positives (dans la presse des tribunes littéraires surtout) dans certains media, propose nombre de créateurs répondant à ces critères. Est-ce pour cette raison, que très peu de gens – malgré les compte-rendu positifs, et les ventes épuisant le stock en très peu de temps – ont su jusqu'à présent les remarquer nommément ? Je ne suis pas loin de m'en convaincre...

Le Gazouillis 3 couv à plat (2).jpg

25/05/2018

Les éléphants qui gazouillent, actualités à la Halle St-Pierre et à Nice (Festival du Film d'Art Singulier)

      Cela fait quelque temps que je n'ai pas parlé de ce qui advient autour de mon livre, Le Gazouillis des éléphants, mon inventaire d'environ 300 environnements populaires spontanés français, aux éditions du Sandre. Il est utile peut-être de signaler aux retardataires, qui ne se le seraient pas encore procuré, qu'il est désormais officiellement épuisé, à la fois chez le diffuseur (Harmonia mundi) et chez l'éditeur...

      On peut cependant encore le dénicher chez les quelques libraires qui ont décidé d'en garder des exemplaires en cas de demande de dernière minute. Au premier rang desquels, on peut citer la librairie parisienne de la Halle St-Pierre qui en possède encore une petite vingtaine. Du reste, dans le cadre de la manifestation culturelle "Le Pari des librairies", je serai amené à dédicacer l'ouvrage à la Halle St-Pierre le vendredi 8 juin à 16 heures (ça se passe dans le hall) pour ceux qui voudraient l'acquérir.

      Le livre traîne dans d'autres librairies sans que je sache bien les identifier. On me l'a signalé récemment acheté à Sète, par exemple. J'ai vu un exemplaire qui "résistait" également au bout du rayon "art brut" de la librairie L'Ecume des pages à St-Germain-des-prés. Il est probable que le comptoir de livres de la collection de l'Art Brut à Lausanne en a encore quelques exemplaires...(?) Etc. Si vous en voyez ici ou là, n'hésitez pas à le signaler à mes lecteurs via les commentaires suivant cette note. Cela peut être un agréable jeu de pistes.

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     Une autre occasion se présentera plus tôt, dans une semaine exactement, le 1er juin prochain, à Nice, à la librairie Masséna (55 rue Gioffredo), de 19h à 20h30, pour parler de mon livre et pour le dédicacer également auprès des amateurs. La librairie aura une dizaine d'exemplaires à vendre. Je causerai du livre avec le libraire et l'animateur du festival de cinéma autour des arts singuliers, Pierre-Jean Wurst, qui m'invite à la fois pour cette soirée du 1er, et le lendemain matin aussi, le samedi 2 juin donc, dans l'auditorium du musée d'art moderne et d'art contemporain (MAMAC) de Nice, dans le cadre de l'association Hors-Champ. Entre 10h30 et 12h, je présenterai succinctement en effet quelques films sur des créateurs d'environnements que l'on peut retrouver dans mon Gazouillis, comme François Michaud, Jean-Marie Massou (rencontre de 1987), Raymond Guitet, Marcel Landreau, et Roméo Gérolami. Jugez plutôt du programme de ces festivités (je vous le mets aussi en lien vers un fichier pdf plus lisible):

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Programme du 21e Festival du Film d'Art singulier, juin 2018.

 

     Les trois créateurs, Massou, Guitet et Landreau, figurant à cette projection, furent filmés par moi en format Super 8 (du cinéma amateur, donc – ce qui suffit à me faire qualifier parfois du titre ronflant de "cinéaste", surtout après avoir lu la fiche qui a été consacrée au groupe, plus informel et éphémère qu'autre chose, Zoom back Caméra!, sur Wikipédia, auquel son auteur me fait appartenir d'une manière un peu "romancée"¹ ; voir aussi la fiche qui m'a été plus spécifiquement consacrée). Les deux films sur les deux derniers sont trouvables en DVD dans les bonus du film Bricoleurs de paradis qui fut joint à mon livre Eloge des jardins anarchiques, paru aux éditions L'Insomniaque en 2011. Le petit film sur Massou est désormais une rareté. Il fut tourné en effet en 1987, bien longtemps avant le film d'Antoine Boutet (certes infiniment plus professionnel...), à une époque où Massou, encore vigoureux, grimpait à mains nues aux arbres, ou descendait pareillement dans les excavations qu'il creusait comme une taupe humaine un peu partout sur son terrain lotois. Je l'ai assez peu projeté en public. Les dernières fois, ce fut sans doute d'ailleurs déjà dans ce même festival à Nice (voir le petit dictionnaire Hors-Champ de l'art brut au cinéma aux éditions de l'Antre, livre disponible à l'occasion du festival).

      Sinon, autre petite nouvelle concernant le Gazouillis, le livre a été offert par un de mes lecteurs, Laurent Jacquy (voir le blog Les Beaux dimanches), à un créateur présent dedans, José Leitao (voir sa notice du Gazouillis, trouvable à la région Picardie, département de la Somme). Ce dernier, qui s'était un peu arrêté de sculpter est, paraît-il, reparti de plus belle, encouragé, paraît-il par sa présence dans le livre. En tout cas, j'aime à le croire...

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José Leitao avec le Gazouillis des éléphants, mai 2018, ph. Laurent Jacquy.

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José Leitao, ph. Laurent Jacquy, mai 2018.

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¹ Le groupe "Zoom back, caméra!", que l'auteur de la fiche Wikipédia présente comme ayant eu des activités "entre 1974 et 1984", n'a pas réellement existé, en toute rigueur historique. Nous étions trois amis, qui faisions effectivement diverses expérimentations à cette époque, telles que décrites avec justesse dans la notice, mais sans s'être organisés réellement, formellement, en groupe avec un nom. Le nom de "Zoom back, caméra!" (emprunté je crois à une réplique du film de Jodorowsky, La montagne sacrée, qui nous faisait beaucoup rire, Jacques Burtin et moi)  ne fut proposé, en manière de plaisanterie surtout, comme si nous étions vraiment un groupe, qu'à l'occasion de la projection dans le cadre du salon lettriste Ecritures en 1977 au musée du Luxembourg.le gazouillis des éléphants,environnements populaires spontanés,éditions du sandre,halle saint-pierre,habitants-paysagistes naïfs,art immédiat Et jamais à une autre occasion! Nos expérimentations se passaient le plus souvent à deux, tantôt Jacques Burtin et moi, tantôt Jacques avec Vincent Gille. Les expérimentations à trois (une conversation automatique qui échoua lamentablement, des photographies de situations créées, une peinture collective de tableau, le Triangle) furent rares.

24/05/2018

Asmah à vendre...

     Une nouvelle œuvre à vendre, à voir dans la boutique du Poignard subtil....

21/05/2018

Le LaM et sa cartographie des "habitants-paysagistes", un début d'inventaire numérisé des inspirés

      Fondée sur plusieurs fonds iconographiques et archives (pêle-mêle, les archives de l'Aracine, le fonds de photographies de Francis David, les fiches d'André Escard, le fonds Claude et Clovis Prévost – pour l'instant 10 documents en ligne, à l'heure où j'écris ces mots –, les archives audio-visuelles de l'INA, le fonds Louise Tournay – qui, s'il est intéressant, ne relève pas pour autant des habitants-paysagistes à proprement parler...), a été mise en ligne depuis mars dernier une esquisse de cartographie de ce que le LaM a choisi d'appeler "les habitants-paysagistes", reprenant ainsi un terme quelque peu "scientifique"– quoique pas très exact – inventé par l'architecte-paysagiste Bernard Lassus, qui avait publié un livre sur la question, Les Jardins imaginaires, en 1977 aux Presses de la Connaissance. Il avait forgé cette appellation par projection de son propre métier. Il cherchait à se documenter sur les habitats d'ouvriers, en particulier de la région Nord-Pas-de-Calais, leurs façons d'orner leurs jardins, et d'y parler un langage  par le truchement de ces agencements. Ce n'était pas l'affaire de Bernard Lassus d'y repérer une poésie, de chercher l'insolite, un possible surréalisme inconscient. Il rabattait sur eux son métier d'architecte, tirant d'eux de la matière, des questionnements, de solutions venus d'en bas, du terrain des habitants, sans leur demander véritablement leur avis... Cela se voulait probablement démocratique comme démarche. Au service de projets paysagistes que Lassus serait amené dans les annnées suivantes à créer.

     Personnellement, je me suis résolu à utiliser le terme d'"environnements spontanés" qui me paraît plus précis, si tant est qu'on puisse arriver à trouver des mots suffisamment satisfaisants pour qualifier ces travaux visant à embellir, recréer, divertir, bâtir une poésie discrète dans l'espace. "Environnements", parce que cela désigne la zone où l'action a lieu, à savoir, majoritairement, entre habitat et route. Et "spontanés" parce que cela indique un phénomène d'expression empirique, bricolé avec les moyens du bord, sans formation artistique, surgi très souvent inopinément, une chose entraînant l'autre, quelquefois inspiré par des rêves, chez des gens qui ne sont pas des professionnels de l'art. Car j'ai centré mes enquêtes surtout sur des gens du peuple, ouvriers, artisans, paysans (voir mon livre Le Gazouillis des éléphants, pour les internautes qui n'auraient pas encore repéré cet ouvrage)...

Carte des habitants-paysagistes.JPG

La carte que l'on trouve sur le site des habitants-paysagistes du LaM ; Elle indique trois sortes d'informations quant à la pérennité ou non de ces créations: "site existant" en bleu, "site disparu" en rouge, et "site indéterminé" en orange. Cette carte est appelée à se couvrir de pastilles dans l'avenir, et l'on espère y voir davantage de bleu... Il faut dire que ces environnements sont très souvent éphémères, souvent sur le point de disparaître après être apparus brièvement dans les media.

 

           Mais revenons à cette cartographie du LaM. Elle n'est pour le moment qu'une esquisse, puisqu'on peut y trouver une quarantaine de sites indiqués sur la carte que l'on trouve dès l'accueil du site (voir ci-dessus). Alors qu'il en existe beaucoup plus. En ne se limitant qu'aux créateurs d'origine populaire, j'en ai inventorié dans mon Gazouillis jusqu'à 305 (du passé et du présent). Mais ce chiffre s'élève en réalité bien au delà... Atteignant vraisemblablement, au moins, les 400.

       Déjà, en parcourant cette cartographie en ligne, je suis tombé sur deux sites dont je n'avais jamais entendu parler – deux que je retiens parmi les plus inventifs, les plus "artistes", les plus naïfs (primesautiers), en refoulant les faiseurs de maquettes, les accumulateurs de déchets, etc. Car ce qui m'intéresse avant tout, c'est de mettre en valeur la créativité chez les autodidactes non artistes professionnels. Ce sont des environnements qui ont été comme de juste découverts, dans les années 1980, par cet incroyable fureteur qu'est le photographe émérite Francis David. Il avait, dans ces années là, probablement déjà fait un premier tour  de la France de ces modestes excentriques, adeptes du ciment armé, de la mosaïque, de la racine interprétée en plein air. Il aurait pu en dresser l'inventaire, daté de l'époque, si le public avait répondu présent après la publication d'un premier volume de son Guide de l'Art insolite, consacré aux régions (elles n'étaient pas encore réunies dans les "Hauts de France") Nord-Pas-de-Calais et Picardie (Herscher, 1984). Hélas, ce fut un échec, et l'éditeur ne poursuivit pas la publication d'autres volumes. L'auteur, que je croisai brièvement un jour de vernissage dans les locaux de Neuilly-sur-Marne à l'Aracine, paraissait quelque peu désabusé. Personne depuis cette date ne voulut s'atteler à nouveau à l'entreprise risquée d'inventorier les sites français d'art brut ou naïf en plein air. Je fus finalement le premier à y arriver... Grâce aux audacieuses éditions du Sandre et à son animateur, Guillaume Zorgbibe.

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David, Francis, "Le jardin de Marcel Mazière. [Marcel Maziere dans son jardin],” HABITANTS PAYSAGISTES : cartographie des maisons et jardins singuliers, LaM, 1989.

 

     Deux sites, disais-je, des années 1980, dont on peut se demander s'ils existent encore... : celui de Marcel Mazière à St-Astier en Dordogne (le site du LaM donne à chaque site son emplacement exact sur un plan) et celui de Raoul Justet à Allègre-les-Fumades dans le Gard.

      Marcel Mazière, que la notice du LaM indique dans un état "indéterminé" (ce qui laisse un espoir à tous ceux qui voudraient aller voir sur place s'il en est resté quelque chose), fut rencontré par David en 1989. Peu de photos furent prises, quatre, nous dit la notice, peut-être parce que l'auteur n'avait que peu sculpté? Mais les statues animalières et humaine que l'on aperçoit sont d'une très belle facture naïve. Je n'avais personnellement jamais entendu parler de ce site.

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David, Francis, “La maison de Raoul Justet. [Détail d'une fresque 2]”, HABITANTS PAYSAGISTES : cartographie des maisons et jardins singuliers, LaM, 1985.

 

      Idem avec celui – encore plus extraordinairement séduisant, c'était un créateur naïvo-brut de première force! – de Raoul Justet dans le Gard. Là aussi, on aimerait savoir de toute urgence si ces travaux ont pu être sauvegardés depuis 1985, date des clichés pris par Francis David. Sa façon de tracer ses personnages me paraît du genre à s'être complètement perdue aujourd'hui, hélas...

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David, Francis, “La maison de Raoul Justet. [Détail d'une fresque 1]”, HABITANTS PAYSAGISTES : cartographie des maisons et jardins singuliers, LaM, ph.1985.

 

      Le LaM sur ce site consacré au habitants-paysagistes se veut interactif avec les internautes et tous ceux que la question des environnements d'autodidactes passionne. Il est fait appel aux bonnes volontés, par des formulaires de contact, voire des appels à contribuer même, si l'on a idée de faire découvrir des sites non répertoriés, ou de compléter telle ou telle information, par exemple sur l'état actualisé des sites indiqués sur la carte, ou le destin des œuvres postérieurement aux dates des clichés ou des informations données dans les notices (les sites "indéterminés" devraient à terme tous se trouver renseignés exactement sur leur durée réelle...). A chacun de voir donc...

 

Nota bene : "Les habitants-paysagistes, une cartographie du LaM" figure également (sous ce libellé) dans mes "doux liens", dans la colonne de droite de ce blog.

09/05/2018

Info-Miettes (30)

Cartographies imaginaires avec Serge Paillard et des élèves angevins 

            A3 Cartographie Imaginaire.jpg           Flyer A5 verso - Cartographie imaginaire.jpg

      Exposition de cartographies imaginaires de Serge Paillard, mais aussi de Sophie Bouchet, auxquels, si j'ai bien compris, ont été adjoints des travaux exécutés sur le même thème par des élèves et des enseignants d'écoles situées en Anjou, dans les villages portant les doux noms de Pouancé Ombrée-d'Anjou et de Noyant-la-Gravoyère... Vernissage le 26 mai, expo du 27 mai au 15 juillet 2018, présentée à Nyoiseau dans le Maine-et-Loire, dans les locaux d'une association appelée Centrale 7...

 

La revue Jardins n°7 : une renaissance...

       "Après une pause de deux ans, la revue Jardins reprends sa route. Pour continuer à la publier, une maison d’édition a été créée, "Les pommes sauvages", qui a vocation à éditer d’autres publications sur le jardin et le paysage. L’esprit de la revue n’a pas changé : il s’agit, comme dans les six premiers numéros, d’explorer le jardin et le paysage dans leurs dimensions poétique, philosophique et existentielle. Dans chaque numéro, artistes, jardiniers, philosophes, historiens… sont invités à approfondir un thème.

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      Chaque voix qui interroge le jardin, comme l’annonçait le n°1 en 2010, y a sa place, chaque regard aimant qui, sans stériliser son objet, sans prétendre le cerner, fait apparaître son mystère, son genius lociPour les fidèles, le format de la revue n’a pas changé non plus, si ce n’est que nous avons décidé d’illustrer les articles avec des photographies. Le numéro qui vient de paraître est consacré au « chemin » : allées, sentiers, berceaux, escaliers, parcours labyrinthiques ou linéaires, ombragés ou ensoleillés, éléments toujours centraux dans la composition du jardin et dans la trame d’un paysage, porteurs de récits toujours inédits car sans cesse renouvelés.

    Vous pouvez découvrir le sommaire et des extraits des articles sur le site https://lespommessauvages.fr

Prix du numéro : 16 euros (+ 2 euros de participation aux frais de port. Abonnement à 3 numéros (3 ans) : 40 euros (+5 euros de participation aux frais de port). La revue peut se commander sur le site internet ou par chèque, accompagné de votre nom et de votre adresse : Editions les pommes sauvages, Les Gachaux 77510 Verdelot, France. "

(Rédaction de cette note : la revue Jardins de Marco Martella).

N-B : Le thème de ce numéro, "le chemin", est également au sommaire d'une autre revue, tout aussi littéraro-esthétique, la revue Mirabilia, dans son dernier numéro paru, le n°12,  de Vincent Gille et Anne Guglielmetti.

 

Joël Gayraud dédicace sa Paupière auriculaire à la Halle St-Pierre

      Joël Gayraud, qui a aussi collaboré à la revue que je citais précédemment, Mirabilia (dans son numéro 11 spécial "Italie"), a publié récemment un recueil d'aphorismes, de thèses et autres pensées, sous le titre La paupière auriculaire, aux éditions José Corti. Il vient à la Halle St-Pierre le samedi 12 mai, soit dans trois jours donc, à 12h30 (apparemment dans l'auditorium), pour le dédicacer aux amateurs. Je rappelle que j'avais consacré une note à son recueil de nouvelles Passage public, publié naguère aux éditions L'Oie de Cravan.

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 Stéphanie Sautenet à la Galerie Dettinger-Mayer

      Retour de cette artiste qui louche du côté du chamanisme, bref, d'une attitude visionnaire, dans la galerie d'Alain Dettinger où elle avait déjà exposé (en 2009). Son œuvre, très touffue, se reconnaît tout de suite à sa signature graphique très personnelle, et ses coloris atténués, donnant l'impression d'une brume dans laquelle baigneraient en permanence ses nombreux personnages, grouillant. Je réclame plus de contraste chaque fois que j'en vois, mais j'ai peut-être tort, car ce serait au fond récuser l'originalité de ces dessins saturés d'apparitions comme évanescentes, plongées dans une sorte de laiteuse lumière d'où émergent des tons verts et orangés singuliers.

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Exposition Stéphanie Sautenet, 4 place Gailleton, Lyon 2e ardt, du 19 mai au 9 juin 2018. Vernissage 18 mai, 18h30. Ouv. du mardi au samedi 15h-19h30. Tél : 04 72 41 07 80.

 

Jean Smilowski toujours exposé fidèlement par l'association La Poterne (et autres) à Lille

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Ci-dessus, la fresque peinte par Jean Smilowski transférée depuis son ancien "ranch" jusqu'à l'entrée de la mairie du Vieux-Lille ; ph. Bruno Montpied, septembre 2017.

 

Invasion de grenouilles à la Médiathèque La Grande Nouvelle à la Ferté-Macé

cartographies imaginaires,serge paillard,art enfantin,revue jardins n°7,éditions les pommes sauvages,mirabilia,chemins,art visionnaire,stéphanie sautenet,galerie dettinger-mayer,jean smilowski,cinéma et arts populaires      Marc Décimo, spécialiste du "fou littéraire" Jean-Pierre Brisset, originaire de La Ferté-Macé , monte une exposition de cartes postales qu'il a réunies sur le thème de la "grenouille minérale", en hommage sans doute à Brisset qui avait élaboré de savantes théories linguistiques (à base de jeux de mots) pour prouver que l'homme descendait de la grenouille. Il expose sa collection de cartes postales à la médiathèque de la ville du 26 mai au 16 juin prochains.

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(Médiathèque La Grande Nouvelle Le Grand Turc, 8 rue Saint-Denis 61600 La Ferté-Macé)

 

12/04/2018

1 L'auteur des "Barbus Müller" démasqué ! (1er chapitre) ; une enquête de Bruno Montpied, avec l'aide de Régis Gayraud

     Je gage que ces mots, "les Barbus Müller" ¹, ne sont pas nécessairement des plus connus des lecteurs de ce blog, alors que, parallèlement, chez les amateurs pointus d'art brut (au sens historique du mot), ces mêmes termes ont une consonance quasi mythique, tout auréolées d'énigme que sont les sculptures qui portent ce surnom.

Affiche les Barbus Müller 1979 m Barbier Mueller (2).jpg

Le "Barbu Müller" reproduit sur cette affiche appartenait à Joseph Müller ; il est toujours dans les collections du musée Barbier-Mueller à Genève ; affiche, coll. Bruno Montpied.

 

     Lorsque j'ai commencé de m'intéresser à l'art brut en 1979-1980, comme un fait exprès, et comme par un coup du sort (un merveilleux coup du sort), je suis personnellement d'abord tombé sur ces fameux Barbus...

    Or, ces derniers personnages étaient eux-mêmes à l'origine de la collection d'art brut que débuta Dubuffet vers 1946-1947...

    Cela se passait à Genève, en 1980, où je fis un voyage en compagnie de Christine Bruces (j'avais alors 26 ans et elle, 24). Nous visitâmes des musées, et entre autres, nous tombâmes sur le musée d'art tribal Barbier-Mueller (fondé en 1977 par Jean-Paul Barbier-Mueller, le gendre du collectionneur Joseph Müller, musée toujours ouvert aujourd'hui). Il était fort réputé pour la richesse et la qualité de ses collections. Cependant, ce qui m'y frappa dès l'entrée, ce ne fut pas l'art tribal, ce fut l'affiche de l'exposition qui s'était tenue dans ses murs l'année précédente, en 1979 (voir ci-dessus), où l'on découvrait une fascinante   et surtout énigmatique, quoique européenne a priori – figure taillée dans une matière granuleuse, et aussi – et surtout – une mince plaquette blanche intitulée L'art brut, Fascicule I, Les Barbus Müller et autres pièces de la statuaire provinciale, avec pour nom d'éditeur, au bas de la couverture, Gallimard. Cette plaquette, que j'achetai immédiatement, était en réalité le fac-similé d'un fascicule que Dubuffet avait fait imprimer par Gallimard en 1947. Cet éditeur ne voulut pourtant jamais la diffuser, l'histoire de l'art brut lui imputant même un pilonnage ultérieur. Quelques exemplaires échappèrent à cette destruction incompréhensible, dont celui de Joseph Müller qui avait laissé photographier sept sculptures de sa collection pour les besoins de cette plaquette. Ce fut grâce à cet exemplaire, réchappé "des flammes" en quelque sorte, que le musée réitéra – en 1979 donc – l'édition manquée de 1947... Cette plaquette est devenue  rare elle-même par la suite. Qui la rééditera à nouveau?

couv fascicule sur les Barbus 1947.jpg

Le fascicule n°1 de l'Art Brut, réédition de 1979, "premier fascicule" manqué, puisque le Fascicule n°1 – plus officiel – de l'Art Brut date de 1964, dix-sept ans plus tard donc... ; retenez bien la figure qui était exposée sur cette couverture, nous allons la retrouver plus tard dans cette série de notes... ; la photo en noir et blanc l'éclaircit quelque peu, lui donnant une apparence assez voisine à celle d'un pain sculpté ; elle est aujourd'hui conservée au Musée des Confluences à Lyon ; archives B.M.

 

     J'y insiste : c'est donc dans ce musée Barbier-Mueller que je tombai sur ces étranges sculptures, et non pas dans la Collection de l'Art Brut de Lausanne, où je ne pus aller que quelques années plus tard (mais je me souviens encore du choc ressenti à l'intérieur de cet extraordinaire endroit !). Je ne sais combien de Barbus furent exposés en 1979 au musée Barbier-Mueller. Avait-on réuni tout ce que l'on pouvait regrouper comme pouvant faire partie du même ensemble? Je ne sais. Le musée a dû garder ces renseignements dans ses archives. Mais probablement pouvait-on y admirer au moins les sept sculptures que Joseph Müller, le beau-père du fondateur du musée,  avaient acquises (le musée Barbier-Mueller en possède désormais dix). C'est lui, le collectionneur qui paraît en avoir eu le plus grand nombre. C'est grâce au fascicule de 1947-1979 que l'on peut ainsi dénombrer qui possédait ces statues à cette époque. Dubuffet y a publié un court texte qui donne la liste des collectionneurs avec le nombre de possessions : Joseph Müller (7), Charles Ratton (qui en avait 4), le sculpteur Saint-Paul (1), Henri-Pierre Roché (3) et un "musée de Lyon" (1 ; celle mentionnée et reproduite ci-dessus).

9 Barbu (2), coll Ratton 2.jpg

"Barbu Müller" reproduit dans le fascicule de 1947-1979, ayant appartenu à Charles Ratton.

 

     La difficulté, qui s'est imposée au fil des décennies pour les amateurs de ces sculptures, tient surtout au manque d'informations quant à l'attribution certifiée de telle ou telle statue à un seul auteur. Dès le fascicule publié avec deux textes de Dubuffet, puis en 79, d'un troisième texte, dû à un rédacteur anonyme du musée Barbier-Muller, on s'aperçoit que ces pièces ne sont attribuées à aucun auteur, en dépit du fait que Dubuffet subodore  tout de même un auteur unique ("On dirait que plusieurs sont l'œuvre du même homme") et qu'il est d'origine provinciale... 

      Ce corpus fut dénommé – par Dubuffet lui-même – "Barbus Müller" (parce que d'après lui, plusieurs personnages sculptés arboraient des barbes – ce qui est loin d'être évident, à bien examiner le fascicule et les 16 sculptures photographiées, on ne trouve de nettement barbue qu'une seule tête, et encore (voir ci-dessous)... –, et que Joseph Müller en possédait plusieurs). En dépit de son approximation, ce sobriquet fit son chemin et s'imposa, du moins tant qu'il s'appliqua à un ensemble cohérent. Avec le temps, on commença cependant à voir apparaître des sculptures qui s'éloignaient stylistiquement du premier ensemble, et, comme par coïncidence, le sobriquet des "Barbus Müller" se corrompit et l'on se mit à parler de "Barbier-Müller"...

       Comment – sur quoi – doit-on se fonder pour délimiter le plus précisément possible le corpus?

2 Barbu, coll Müller 2 (2) .jpg

Le "Barbu Müller": barbu, vraiment? Ou bien, plutôt lippu? Extrait du Fascicule n°1 de l'Art Brut de 1947, rééd. 1979.

 

     La réponse est à rechercher avant tout du côté des matières employées, granit ou roche volcanique, et surtout, du style et des caractéristiques figuratives de ces personnages schématiques : yeux proéminents, tantôt percés, tantôt à fleur de tête, arcades sourcilières très marquées, de même que des nez  imposants et forts, bouches très larges, comme lippues, une certaine rondeur des formes, sans doute due à la dureté de la pierre qui imposait au tailleur de pierre des raccourcis dans ses figurations (un peu comme dans le cas de l'ermite de Rothéneuf, l'abbé Fouré, qui tailla plus de 300 rochers de la côte malouine entre 1896 et 1908, dates qui ont de fortes chances d'être contemporaines de la taille des sculptures dites des Barbus Müller, comme on le verra plus tard ; Fouré, confronté à la dureté du granit, opta vite pour des formes rognonneuses...). Et je souligne que le style  de ces sculptures est en effet suffisamment marqué pour que différents collectionneurs, ayant trouvé ces pièces chez des antiquaires différents (à Paris, à Macon, à Lyon), les aient tout de même associés en un corpus unitaire, certes sous le regard de Dubuffet, mais aussi après lui.

     Une autre réponse, plus secrète, doit exister, mais il faudrait pouvoir aller la chercher, justement, dans les traces qu'a pu laisser Dubuffet dans ses rapports avec ces collectionneurs ou ces marchands chez qui il découvrit les sculptures. Peu de noms, du côté des antiquaires chez qui les pièces avaient atterri, ont circulé ². Il paraît sûr que Dubuffet a fait photographier (par un bon professionnel : Henri Bonhotal, au nom relevé par Sarah Lombardi, et Baptiste Brun dans son texte L'Atlas de Jean Dubuffet: place nette pour l'art brut, paru dans les Albums photographiques de Jean Dubuffet publiés  en 2017 par la Collection de l'Art Brut et les éditions Cinq Continents) les 16 sculptures de son fascicule de 1947, d'abord chez les collectionneurs qui les lui avaient révélées. C'est ainsi qu'il procédait pour acquérir des pièces pour sa collection naissante d'art brut. Il créa un réseau d'amateurs, de marchands, d'experts, de poètes, de critiques, etc., pour lui permettre d'amasser des informations. Mais il n'eut pas la possibilité d'acquérir les plus remarquables Barbus photographiés, la Collection de l'Art Brut n'en possède au bout du compte qu'assez peu (3).

19 Barbu (2), CollArt Brut 1 (buste de femme, cab-A701).jpg

Ce "Barbu"-ci fait partie de la Collection de l'Art Brut à Lausanne, sous la cote d'inventaire cab-A701, et il est intitulé "buste de femme"... ; Il ne figure pas dans les Barbus reproduits dans les Albums photographiques de Jean Dubuffet, ni dans ceux reproduits dans le fascicule n°1 de 1947-1979 ; on notera que la couleur permet de mettre en évidence le type de matière sculptée, ici visiblement une roche volcanique ; on ne l'associe aux Barbus Müller que  par certains points communs stylistiques, les lèvres lippues, les arcades sourcilières marquées... et par le type de pierre.

 

       Car c'est à noter : il n'y a que trois "Barbus Müller" dans la Collection de l'Art Brut, désormais à Lausanne comme on sait, ouverte au public depuis 1976. Peut-être ne sont-ils arrivés en outre  qu'après l'enquête photographique de 1947. J'en reproduis un premier ci-dessus. Un second est un personnage appelé "L'évêque" et portant une barbe (voir p.16 des Albums photographiques de Jean Dubuffet), ce qui représente un deuxième cas pouvant justifier le sobriquet pileux inventé par Dubuffet...  Un troisième, d'allure plus germinatif et grumeleux, lui aussi visiblement en basalte, peut se voir à la p. 17 du même ouvrage (on peut le voir aussi dans l'article de Sarah Lombardi, publié dans Arts et Culture 2017, cité plus haut). A ces trois pièces, on peut  en ajouter trois autres, étiquetées "HC" (c'est-à-dire "Hors Collection", et qui ne purent donc être acquises par Dubuffet, et Lausanne ensuite), reproduites toujours dans ce même volume des Albums photographiques de Jean Dubuffet), dont une qui ressemble à un étrange ver.... Cela m'amène à 22 pièces dans l'inventaire que je tente de bâtir peu à peu ici, nécessaire pour délimiter le corpus dont nous parlons.

24  Barbu, Arch phot de dubuf, HC 3 (2).jpg

Un "Barbu" très vermiculaire, avec toujours de gros yeux cependant et un nez marqué (des caractéristiques du visage de leur auteur?)... Extrait des Barbus Müller "Hors Collection" reproduits dans les Albums photographiques de Jean Dubuffet.

 

      Un vingt-troisième Barbu est à retrouver dans les archives de la Collection de l'Art Brut, comme me l'a aimablement communiqué son documentaliste, Vincent Monod.  En effet, en 1953, Dubuffet remercia un certain M. P. Demeny pour la photo d'une statuette d'un style pouvant permettre de l'attribuer à la série des Barbus Müller.

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Un Barbu Müller repéré par un certain P. Demeny, qui logeait à Paris, "Barbu" inédit, photo Archives de la Collection de l'Art Brut, Lausanne ; à noter le socle visible sur la photo : on ne sait pas où a pu être prise la photo : en Auvergne? Ailleurs? Dans la lettre que Dubuffet adressa à ce M. Demeny (également conservée à Lausanne à la CAB), Dubuffet lui parle d'un docteur de Tarbes qui lui a signalé une autre sculpture de même type, découvert chez un antiquaire de la région de ce médecin.

 

       Un vingt-quatrième cas, appartenant au LaM de Villeneuve-d'Ascq, est classé par moi comme un Barbu Müller authentique (je m'en expliquerai dans le 5e chapitre de ce blog), digne de figurer parmi les Barbus authentifiés, voir ci-dessous...

17 Barbu  LaM Villeneuve d'Ascq.jpg

Barbu Müller de la collection d'art brut du LaM ; troisième exemple de barbe... ; A noter, comme me l'a signalé Savine Faupin, la conservatrice de la collection, que l'on trouve, sur cette tête au moins, des traces de bleu dans les pupilles en creux : l'auteur avait-il peint en bleu les yeux de certaines de ses statues?

25 Barbu, coll J.Brett 1 .jpg

Barbu Müller, avec l'aimable autorisation de The Museum of Everything.

 

        Enfin, on peut classer parmi les Barbus authentiques également cette autre figure  ci-dessus appartenant à The Museum of Everything en Grande-Bretagne. La preuve de son authentification se révélera dans les chapitres suivants de cette enquête, c'est d'ailleurs la même que celle qui a trait à la pièce du LaM, barbue, reproduite au-dessus de celle de The Museum of Everything...

      Hormis ces vingt-cinq cas reposant sur une documentation historique, on peut citer cependant quelques autres pièces présentées comme des Barbus dans diverses collections (au LaM ³, dans la collection ABCD, et à The Museum of Everything), mais qui demandent vérification pointilleuse pour être complètement rangées dans ce corpus, selon moi. Elles ne figurent pas dans le fascicule de Dubuffet de 1947-1979, ni dans ses Albums photographiques. Je n'en ai trouvé aucune trace dans les autres documents que j'ai découverts par la suite, documents qui permettent d'authentifier les dits Barbus Müller et que je publierai dans les notes à suivre sur ce blog. Parfois, certains possèdent quelques traits stylistiques en commun avec les Barbus, parfois ils n'en possèdent aucun. En voici quelques exemples:

présentés comme des BARBUS-MULLER, mais pas selon moi, coll ABCD.jpg

Coll. ABCD ; cette sculpture – par ailleurs intrigante et singulière – a davantage de points communs avec des pierres gravées de Jean Pous, autre auteur classé dans l'art brut, qu'avec les Barbus Müller (cependant, voir le commentaire, après notre chapitre 6, du responsable de la collection ABCD, Bruno Decharme, qui donne l'origine de cette pierre).

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Pareil ici, pour The Museum of Everything : ces pièces paraissent très inhabituelles, quoique ce ne soit pas un argument suffisant pour les rejeter ; le grand personnage de gauche, qui semble se rapporter à une femme enceinte (avec une étrange position de sa tête) provient de la collection de Tristan Tzara ; le masque à droite est plus problématique, fragmenté comme il est...

 

LaM Barbu Müller .jpg

Ce Barbu du LaM ressemble fort à un personnage religieux, tel qu'on aurait pu le retirer d'une église à la statuaire extrêmement archaïque ; c'est certes stylistiquement une pièce proche des autres Barbus authentiques ; il n'apparaît cependant dans aucune documentation photographique d'après guerre sur les Barbus... Mais c'en est tout de même peut-être un...!

*

       Je m'arrêterai, pour les besoins de cette enquête destinée à décrire comment je suis parvenu à établir l'identité du créateur des sculptures appelées "Barbus Müller", aux 25 cas bien homogènes inventoriés ci-avant. Ils suffisent en effet. 

     Il est de bon ton, et comme convenu, chez les commentateurs de l'art brut, de considérer les Barbus comme pouvant provenir de plusieurs auteurs différents, et surtout, de les considérer comme étant plongés dans un mystère et une énigme que l'on finit par désirer consubstantiels à leur nature. Ne l'a-t-on pas suffisamment répété que personne n'arriverait jamais à savoir d'où viennent ces fameuses statues, d'autant moins que, stylisées et sobres comme elles sont, louchant du côté de l'archaïsme, on peut leur trouver des dizaines d'origines diverses, certains n'hésitant pas à les voir comme provenant de l'Océanie, ou bien des Antilles, voire d'autres contrées exotiques ? Il est aisé d'interpréter ainsi – en se laissant entraîner par des formes ultra simples – sans se méfier que, devant tant de sobriété, il est facile de vaticiner à qui mieux mieux, la réduction de la palette d'expression plaçant ces œuvres à d'innombrables carrefours de multiples cultures d'autodidactes en tous genres...

       En me fondant – et en me limitant aux plus repérés comme provenant d'une même source – sur les 25 cas ci-dessus inventoriés,  je vais démontrer que ces Barbus ne sont dus qu'à un seul auteur (comme l'avait subodoré Dubuffet), et qu'ils peuvent  se voir attribuer maintenant un géniteur nommément désigné. Par conséquent, ils pourront alors, peut-être, être débaptisés et perdre leur sobriquet de "Barbus Müller", ne correspondant plus à rien quand on sait. Mais je ne vais plus me contenter d'une analyse stylistique. 

_____

¹ On trouve aussi, et ce d'une façon assez récente (dans les notices de la collection d'art brut ABCD par exemple), la graphie "Barbier-Mueller", qui est erronée, obtenue par approximation et contiguïté du nom du musée où des sculptures sont conservées avec le sobriquet inventé par Dubuffet.

² Hormis celui de Maurice Brossard (installé dans les années 1930 au 4, rue de l'Annonciade à Lyon), nom révélé par Olivier Bathelier, dans son article «L'authenticité mystérieuse de la "statuette fétiche granit"», Les Cahiers du Musée des Confluences, volume 8 : L'Authenticité, 2011, pp. 107-114. L'auteur de cet article précise que la statuette, celle qui était reproduite sur la couverture du fascicule sur les Barbus Müller (voir reproduction ci-dessus), est entrée dans les collections du musée, aujourd'hui celui des Confluences, en 1934. Elle avait été achetée pour la somme de 1200 frs. Les conservateurs l'avaient étiquetée comme provenant peut-être des îles Marquises (!) puis des Antilles... Voir l'article complet ici. Ce qui est très intéressant dans cet article, ce sont les questions de l'auteur relatives à une possible supercherie venue de l'antiquaire. Nous allons retrouver ce genre de questionnement un peu plus loin, comme on le verra.

³ Cependant le LaM a produit l'ensemble des Barbus qu'il abrite dans ses collections, en compagnie d'autres pièces, jamais montrées (à ma connaissance), au cours de l'exposition "L'Autre de l'Art, Art involontaire, art intentionnel en Europe, 1850-1974", présentée du 3 octobre 2014 au 11 janvier 2015 à Villeneuve-d'Ascq. Ces pièces, telles qu'on peut les voir dans le catalogue de cette expo (que j'ai chroniquée partiellement en son temps sur ce blog), paraissent du même style que celui qui permet d'identifier les Barbus Müller (hormis peut-être un ou deux cas?).

 

(Fin du premier chapitre : à suivre...)

 

11/04/2018

2 L'auteur des "Barbus Müller" démasqué ! (2e chapitre) ; une enquête de Bruno Montpied, avec l'aide de Régis Gayraud

Une avancée décisive dans le dévoilement de l'auteur des Barbus : de la localisation de la zone de production à la découverte de premiers noms...

 

     En novembre 2017, je publie Le Gazouillis des éléphants, un inventaire des environnements  populaires spontanés français. L'ouvrage inventorie un certain nombre de sites présentant des œuvres d'art réalisées en plein air par divers autodidactes non professionnels de l'art. A la région Auvergne, je publie une notice consacrée à un "anonyme", sculpteur de plusieurs statues, que je situe - avancée décisive dans ce qui prend dès lors l'allure d'une enquête approfondie sur l'identification de  l'origine et de l'auteur des Barbus Müller - dans le village de Chambon-sur-Lac (Puy-de-Dôme). J'annonce en effet que cet anonyme  a de fortes chances d'être l'auteur des fameux "Barbus", vu les ressemblances stylistiques frappantes de certaines de ses œuvres avec ces derniers.

     Mon éditeur en effet, Guillaume Zorgbibe, m'avait signalé une photo en vente sur internet (un tirage papier), que j'achète tout de suite  auprès d'un marchand de photographies, M. Gilles Minette. Ce dernier me fait connaître des clichés-verre (voir ci-dessous, un peu plus bas) dont il me fait parvenir des numérisations et dont il a sorti le tirage papier qu'il m'a vendu. Ces clichés montrent un jardin couvert de statuettes. Mon livre  reprend deux illustrations significatives tirées de ces clichés sur verre. 

        C'est ce marchand – je le reconnais bien volontiers – qui m'a permis de localiser précisément le jardin (un potager apparemment) visible sur les clichés. Car il lui a été aisé d'identifier le monument que l'on aperçoit en arrière-plan, le baptistère du cimetière de Chambon-sur-Lac, classé monument historique en Auvergne depuis 1862, et aussi appelé, plus exactement, chapelle sépulcrale (on l'a qualifiée de "baptistère" en raison de la découverte d'une cuve baptismale en bronze près de ses murs).

        Sur le tirage, je n'en ai pas cru mes yeux : les sculptures qu'elle présente dans un jardin, ou un potager, ressemblent furieusement aux fameux Barbus. Mon sang de "chasseur" d'art brut n'a fait qu'un tour, le mystère du lieu de leur production était-il en train de se dévoiler ? Pour convaincre les lecteurs de cette attribution, je décide de procéder à des agrandissements de deux pièces sur les trois qui me paraissent en tous points identiques à certaines qui sont reproduites dans le fameux fascicule de Dubuffet de 1947-1979. Elles sont dispersées dans le jardin parmi d'autres, nettement plus inconnues, mais de même style. Je place les deux agrandissements en vis-à-vis des Barbus leur correspondant le plus dans le fascicule. Leurs ressemblances sont frappantes (se reporter à mon livre Le Gazouillis des éléphants...).

 

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En regardant attentivement ces statuettes, souvent mêlées à des empilements de boules (peut-être des « bombes » volcaniques comme on en trouve dans la chaîne des Puys, et aussi dans cette région de Chambon probablement), assez semblables à certaines œuvres de land art contemporaines, et proches également de formes de totems, on retrouve des Barbus du fascicule de 1947 de Dubuffet ; ceci est un détail panoramique de la vue stéréoscopique de gauche visible ci-dessous, © Gilles Minette.

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Exemple d'agrandissement d'une des sculptures du jardin de Chambon, identique à un Barbu Müller répertorié dans le fascicule de Dubuffet de 1947.

 

     En outre, cette situation géographique corrobore une des indications que l'on trouve dans le mythique fascicule, signée d'un rédacteur du Musée Barbier-Müller : "Vers 1930, d'étranges sculptures apparurent sur le marché des antiquités parisiens. Elles attirèrent bien vite l'attention des collectionneurs d'art moderne et d'art primitif (fort souvent les mêmes!) qui les placèrent dans leurs salons entre les toiles cubistes et les fétiches nègres (...) Une dizaine d'années plus tard, le peintre Dubuffet (...) découvrit à son tour ces gnomes primitifs que l'on disait provenir d'Auvergne [C'est moi qui souligne], mais dont nul ne s'est jamais préoccupé d'étudier sérieusement l'origine... " (Je suis heureux de pouvoir infirmer cette dernière affirmation quarante ans après...). L'art brut ayant commencé par les Barbus Müller, il en découle donc que l'art brut aurait commencé en Auvergne, me dis-je alors en découvrant ces clichés (ce qui ne peut que ravir le demi-auvergnat que je suis) ! ¹

 

10 les deux vues stéréo ensemble au printemps (2).jpg

Clichés stéréoscopiques du site du Chambon-sur-Lac à la belle saison (arbres feuillus), provenant des archives du photographe Goldner (qui n'est pas forcément l'auteur des clichés) ; c'est la vue de gauche que j'ai reproduite en l'agrandissant (elle fut améliorée, qui plus est, par la maquettiste des éditions du Sandre, Julia Curiel) dans mon Gazouillis des éléphants, parce qu'elle montre un peu plus de détails que la vue de droite, avec une sculpture en plus notamment ; on notera que les statuettes sont rangées derrière des plantations de légumes à grosses feuilles, des choux peut-être, ce qui paraît faire de l'endroit un potager ; © Gilles Minette.

8 Les deux vues stereo ensemble en hiver (vingtaine de sculptures) (2).jpg

Autre paire de clichés stéréoscopiques originellement sur verre, vues prise apparemment à la morte saison: les arbres sont dépouillés, ce qui permet de distinguer mieux à l'arrière-plan du paysage une construction qui a son importance, puisque c'est elle qui permet d'établir le lieu où se trouvait ce jardin de sculptures ; en effet, outre les sculptures présentes derrière la clôture en piquets, outre la "cabane" couverte de chaume, qui fait songer à un case africaine, on reconnaît - du moins ceux qui connaissent l'art roman d'Auvergne -, en arrière-plan, la chapelle sépulcrale du cimetière de Chambon-sur-Lac, considérée comme l'architecture religieuse la plus ancienne d'Auvergne (elle date du Xe siècle, et relève de l'art roman) ; © Gilles Minette.

 

5 vue stéréoscop du cimetière de chambon sur lac (2).jpg

Autre vue stéréoscopique, originellement sur verre, appartenant à la même série de photos des archives Goldner conservées par M. Gilles Minette. Le photographe n'a pas oublié de saisir le cimetière et sa chapelle qui se trouvaient à quelques dizaines de mètres du jardin aux sculptures ; à noter que selon M. Minette, le photographe qui a pris les clichés n'est pas forcément Goldner, qui est peut-être seulement le dépositaire des photos dans ses archives; on doit donc pour l'instant conclure à un photographe anonyme : les vues ne sont pas datées, en outre ; mais à ce stade de l'enquête, on peut juste estimer qu'elles ont été réalisées entre la fin du XIXe et la fin des années 1930 (date à laquelle, apparemment, les clichés-verre ont cessé d'être commercialisés) ; cependant, comme on le verra dans la suite de cette enquête, on peut essayer d'affiner ce créneau de dates ; © Gilles Minette.

 

       Certes, je découvre peu de temps après mon achat que, dans le catalogue de l'exposition "L'Autre de l'Art", de 2014-2015, une page reproduisait une photo à peu près semblable du même site (mais en format portrait et non en format paysage comme les miennes). En feuilletant ce catalogue deux ans auparavant, je ne l'avais pas remarquée. La photo (qui provient, selon les crédits du catalogue, d'une source intitulée "Denis Mercier Studio", correspondant à un artiste-photographe de ce nom) est une vue moins large, et moins déchiffrable, que les vues que Gilles Minette m'a fait connaître après mon achat d'un tirage. Elle ne comporte en outre aucune mention du lieu, à la différence de ma propre enquête. Savine Faupin, qui l'a légendée dans le catalogue, a eu cependant la même intuition que moi en songeant aussi aux Barbus Müller.

      Ma découverte de ces clichés stéréoscopiques a lieu, je le précise, très peu de temps, courant 2017, avant la finalisation de mon livre Le Gazouillis des éléphants, dont il est impossible de bouleverser outre mesure la maquette, alors déjà bien avancée. Je ne peux donc faire état, dans la notice que je rédige in extremis avant le bouclage du livre, des développements qu'appelle inévitablement cette localisation, et je précise seulement que je poursuivrai ultérieurement l'enquête, promesse que je tiens à présent...

      A partir de ces photos, il était évident qu'un curieux de ces sculptures – à commencer par moi ! – aurait envie de découvrir si, par hasard, il serait resté quelque trace du lieu sur place, et plus extraordinaire sans doute, des œuvres! On n'a pas toujours le loisir, et les moyens, de traverser la France pour une recherche ou l'autre. Mais heureusement Google street est là, précieux auxiliaire des chercheurs indépendants... Je plonge donc, depuis mon domicile, sur la route passant toujours en dessous de ce cimetière intangible. Quelle n'est pas ma surprise de découvrir qu'il restait, dans un passé récent au moins (les photos de Google datent de 2011), un vestige évident de ce jardin aux sculptures de début XXe siècle : la fameuse "cabane" carrée, en particulier, est toujours présente, bien qu'elle se soit enfoncée dans le sol, rançon du temps écoulé bien entendu, les sols s'élevant comme on sait, au fur et à mesure des travaux des hommes entre autres, ou de l'évolution naturelle (comme c'est le cas en l'occurrence).

      Il y a toujours un potager, et les dimensions de la parcelle ne paraissent pas avoir beaucoup bougé... Ce qui peut paraître étonnant, mais ne l'est pas, lorsqu'on s'avise que dans ces coins de montagne auvergnate (Chambon-sur-Lac se situe à près de 900 m.), beaucoup de lieux ne changent que fort modérément au fil du temps. La cabane n'a plus son chaume, elle a été recouverte d'ardoises apparemment. Mais elle est toujours debout, repère temporel et spatial précieux, servant peut-être toujours, comme à l'époque des sculptures, de remise pour les outils de jardin?

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Plan de situation de la même parcelle que celle photographiée sur les clichés-verre au début du XXe siècle, localisable aisément grâce à la proximité de la chapelle sépulcrale du cimetière placée juste au-dessus ; capture sur Google maps

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Vue 2011 (en février), sur Google street, de la parcelle anciennement remplie de sculptures ; la cabane carrée est toujours là, s'enfonçant dans le sol qui a monté ; en visitant le village le lundi 12 mars 2018, avec Régis Gayraud, nous apprendrons que cette vallée rencontre un problème "d'enlisement" depuis des siècles, comme un panneau sur l'église en avise les touristes (le lac Chambon, aujourd'hui distant du village, recouvrait, il y a plusieurs siècles bien entendu, une bien plus grande portion de la vallée).

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La parcelle aux Barbus, aujourd'hui ; Photo Bruno Montpied, 12 mars 2018.

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La parcelle aux Barbus vue depuis le cimetière et la chapelle sépulcrale ; on aperçoit la cabane à droite derrière les arbres ; ph. B.M., 12 mars 2018.

 

       Le terrain existe encore, et la suite logique de l'enquête me mène à penser aux possibilités de retrouver via les archives départementales du Puy-de-Dôme et les plans cadastraux l'histoire des différents propriétaires qui ont pu se succéder sur ce lopin de terre. Parmi eux, trouvera-t-on peut-être l'auteur des sculptures qui nous intéressent tant? C'est alors que je songe à demander de l'aide à un bon camarade, Régis Gayraud, qui passe pas mal de temps à Clermont-Ferrand, et qui est bien plus familier que moi des recherches dans ce genre d'archives.

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Matrices cadastrales, Archives départementales du Puy-de-Dôme : le nom de l'auteur des Barbus Müller dort-il dans ce registre, et depuis combien de temps? ; Photo Régis Gayraud, 2017.

 

       Il va alors consulter aux archives départementales ce que l'on appelle les matrices cadastrales, et plus précisément, le cadastre napoléonien. Bien vite, il identifie le n° de la parcelle sur ce dernier cadastre, c'est la 1029 (numéro qui a changé sur le cadastre actuel national), qui correspond au terrain à la cabane carrée que je lui ai indiqué, situé au lieu-dit "La Chapelle" (du fait de la proximité avec la Chapelle sépulcrale). De fil en aiguille, il peut ainsi remonter aux différents propriétaires qui se sont succédé sur ce lopin de terre, celui qui nous intéresse ayant vécu entre la fin du XIXe siècle et les années 1930 (large fourchette liée aux dates induites par l'âge des clichés-verre). Et il finit par découvrir, m'indique-t-il bientôt (nous communiquerons dans notre collaboration par une série de SMS parfois enfiévrés, parfois embrouillés, nous tenant éveillés  tard dans la nuit quelques autres fois), qu'en 1893, la parcelle  1029 a été vendue à deux personnages, deux frères, tous deux prénommés Antoine, et portant le même nom : Rabany, propriétaires de ce terrain au moins jusqu'en 1907...

       Antoine Berthoule Rabany dit "le zouave", qui va se révéler être un cultivateur, et Antoine Rabany Séran, dit le "jeune", tailleur de profession...

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¹ L'art brut et l'Auvergne... On sait de plus que Dubuffet s'intéressa, dès le début de l'année 1945 au moins, et donc avant son voyage de prospection en Suisse que l'on présente souvent comme le début de ses découvertes, aux sculptures d'Auguste Forestier qui se trouvait à l'asile de St-Alban-sur-Limagnole, en Margeride (où il alla faire des recherches après son voyage en Suisse, mais bien qu'il ait eu vent de Forestier auparavant donc, à Paris, par Eluard et Queneau ; voir là-dessus Bruno Montpied, « D’où vient l’art brut ? Esquisses pour une généalogie de l’art brut », Ligeia, dossiers sur l’art n°53-54-55-56, Paris, juillet-décembre 2004).

 

(Fin du 2e chapitre : à suivre...)

10/04/2018

3 L'auteur des "Barbus Müller" démasqué ! (3e chapitre) ; une enquête de Bruno Montpied, avec l'aide de Régis Gayraud

Traque aux archives... La silhouette de l'auteur des "Barbus" se précise...

 

      Antoine Berthoule Rabany, dit "le zouave", qui va se révéler être un cultivateur, et Antoine Rabany Séran, dit le "jeune", tailleur de profession... disais-je à la fin de mon deuxième chapitre : ces noms recouvriraient-ils le(s) nom(s) de l'auteur – ou des auteurs – des Barbus?

       Régis Gayraud et moi nous plongeons alors en même temps, quoiqu'à distance, dans une rubrique des Archives départementales qui est, elle, consultable en ligne, disponible pour tout chercheur amateur, sans besoin de sortir de chez soi  : le recensement par communes, consultable jusqu'aux dates précédant la Grande Guerre. Puisque nous avons repéré des propriétaires de la parcelle jusqu'en 1907 au moins, autant regarder l'année de recensement la plus proche, et voir s'ils y figurent avec des renseignements complémentaires à leur propos. C'est le recensement de 1911 qui s'offre à nous... Nous égrenons une liste de noms assez longue, retranchant rapidement tous ceux qui habitent dans des villages ou des hameaux limitrophes du village principal de Chambon-sur-Lac (je rappelle que ce village est distant de quelques centaines de mètres du lac Chambon, lac qui en était probablement à cette période d'avant-guerre à ses premiers balbutiements touristiques). Sur cette liste de recensement, nous retrouvons rapidement les deux personnages cités dans les matrices cadastrales.

      Antoine Rabany dit le jeune, tailleur de profession, né en 1849, habite avec une certaine Nancy Séran, couturière, sa deuxième épouse (Antoine est un veuf, comme sa seconde femme d'ailleurs)  et son beau-fils, Alphonse Besson, né en 1898 d'un premier mariage de cette dame Séran (comme Régis le reconstituera ultérieurement grâce aux actes de mariage consultables sur le site Filae).

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Page du registre de recensement de la population de Chambon en 1911, donnant les noms des personnes habitant avec Antoine Rabany, dit le "jeune", tailleur...patron... (mais tailleur de vêtements et non pas de pierre... ; né en 1849).

 

      La mention du métier de tailleur, dans un premier temps, nous donnera un espoir : ne s'agissait-il pas d'un tailleur... de pierres? Jusqu'à ce que la mention du métier de sa femme, couturière, et la précision de son métier à lui (tailleur de tissus) sur l'acte de mariage que nous trouverons ensuite, viennent nettement doucher cette hypothèse. Etait-il le plus à même d'avoir sculpté ces statues, avec des doigts de tailleur que l'on imagine fins ? Les deux prénoms identiques – Antoine – nous agiteront un moment également. Quel manque d'originalité de la part des parents, appeler leurs deux fils du même prénom...

     Devant cette déconvenue, il faut explorer la piste d'Antoine l'aîné, plus vieux de cinq ans, puisque né – nous apprend toujours le recensement de 1911 – en 1844, ce qui, entre parenthèses, en 1911, lui confère l'âge, respectable à cette époque, de 67 ans. Ce qui peut le présenter comme un candidat plausible au passe-temps de sculpteur de Barbus... si on le compare à d'autres sculpteurs autodidactes de la même époque (le Facteur Cheval, l'abbé Fouré, François Michaud bien auparavant – né en 1810, ce dernier meurt en 1890), créant à leurs moments de loisirs et plutôt dans leur vieillesse.

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Page du recensement de 1911, où l'on trouve les habitants du foyer d'Antoine Rabany (né en 1844). C'est le même qui est surnommé "le zouave" sur le cadastre.

 

     Sur la liste du recensement, il est présenté comme "cultivateur", avec cette précision : "patron". Il est qualifié également de "chef du ménage". Son foyer en 1911 comprend sa femme, Marie Rabany, née en 1850, et ses trois petites-filles, Mélanie (née en 1902, et qui a donc 9 ans en 1911), Marie (née en 1903, qui a 8 ans) et Irma (née en 1907, qui a 4 ans). Des recherches ultérieures que j'effectuerai sur des sites de généalogie, m'apprendront que cet Antoine-là – surnommé "le zouave" dans la matrice cadastrale, sobriquet ayant sans doute servi à le distinguer, dans les papiers administratifs du moins, de son frère, dit le "jeune" – s'est marié avec Marie Berthoule (de son nom de jeune fille) le 25 juillet 1874. Les trois fillettes qui vivent chez lui sont les enfants que son fils Alphonse Rabany (né en 1875) a engendrés avec une certaine Catherine Frappa (qu'il a épousée en 1901 dans la Loire, département voisin du Puy-de-Dôme). Le recensement n'explique bien sûr pas ce que font ces trois fillettes dans le foyer des grands-parents Rabany. Nous n'avons pas retrouvé jusqu'à quel moment leurs parents vécurent (Alphonse Rabany, par ailleurs, était gendarme).  En 1911, cependant, on peut  penser qu'ils étaient encore vivants, au moins l'un des deux. Peut-on imaginer que le père des trois fillettes avait perdu sa femme et qu'il ne se sentait pas de taille à élever ses trois fillettes? Notre imagination bien entendu se met en action...

     Toujours est-il que, parvenus à ce point, nous n'avons toujours pas d'éléments qui permettraient de déterminer de façon certaine si c'est un de ces deux frères qui est bien l'homme qui a, à un moment, rangé, face à la route, des dizaines de sculptures dans le potager de la parcelle 1029, dite de "la Chapelle". Nous sentons que nous brûlons, que nous tournons autour du pot aux roses, mais la vérité se dérobe encore...

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Page du Moniteur d'Issoire où est annoncée la vente de "divers immeubles"... 14 novembre 1928.

 

      C'est alors qu'en cherchant par indexation de mots-clés sur un moteur de recherche, je vais faire une découverte importante quant à la détermination du propriétaire unique du potager à la cabane carrée : je tombe sur un encart dans le journal Le Moniteur d'Issoire (du 14 novembre) annonçant en 1928  la vente "sur licitation" de biens et de terrains situés à Chambon-sur-Lac... dont la fameuse parcelle 1029. La licitation des biens d'une succession, c'est la vente aux enchères de ces biens. Cela se passe ainsi quand il y a indivision entre plusieurs propriétaires. Les biens possédés en commun par les héritiers sont ainsi vendus. La vente paraît s'effectuer suite à la demande d'Irma Rabany, la plus jeune des sœurs devenues les héritières de leur père et grand-père. L'adjudication s'effectue aux enchères à la mairie du Chambon-sur-Lac le dimanche 9 décembre 1928. antoine berthoule rabany,antoine rabany le zouave,antoine rabany le jeune,chambon-sur-lac,grande guerre,barbus müller,zouaveIl s'agit, comme le proclame l'encart, de la vente d'"immeubles" "dépendant des successions d'Alphonse Rabany, époux de Catherine Frappa, et d'Antoine Rabany dit "Le Zouave" décédés au Chambon-sur-Lac". Ce qui implique qu'Antoine "le Zouave" n'a pu mourir qu'avant 1928, de même que son fils Alphonse (les dates de leurs décès ne sont pas données sur cet encart). Dans le jargon juridique pas toujours accessible à tout un chacun, l'annonce de la vente signale que la vente se fait aux noms de requérants et de "poursuivants" qui sont les héritières de ces immeubles en indivision – peut-être depuis plusieurs années? – : Mme Irma Rabany,  épouse Vitti, Mme Mélanie Rabany, épouse Servier et "Mademoiselle" Marie-Joséphine Rabany (sans doute la même qui, dans le recensement de 1911, est appelée "Marie", née  en 1903).

      La parcelle 1029 fait partie de bien liquidés par des héritières qui ont fait et refait leur vie ailleurs qu'à Chambon. Rien n'est dit de possibles sculptures qui seraient vendues avec le terrain, ce sont des "immeubles"  qui sont vendus en effet, et pas des biens meubles...  Cette vente apporte en tout cas une information importante: il n'est plus question dans cette succession du deuxième frère, Antoine Rabany Séran, dit "le jeune".

     Régis Gayraud va creuser la question. Et, toujours en consultant aux Archives Départementales, les matrices cadastrales, les actes d'état-civil, les archives du notaire qui a couvert la vente de 1928, on va apprendre deux autres informations capitales quant à la propriété du jardin aux sculptures du lieu-dit La Chapelle : 1, Antoine Rabany dit le zouave" est devenu seul propriétaire de la parcelle en 1907, et 2, il est mort en 1919, soit à 74 ans. Les biens qu'il possédait sont sans doute naturellement passés entre les mains de son fils Alphonse (sa femme, Marie Berthoule, dont on n'a pas encore retrouvé la date de décès, en ayant peut-être gardé quelque temps l'usufruit?), jusqu'à ce que ce dernier disparaisse lui aussi, événement qui ouvrit la question de la vente des biens en 1928. Une troisième information, légèrement secondaire, mais quelque peu sombre, va surgir des archives notariales consultées par Régis : une des trois petites-filles du "zouave", Mélanie (prénommée exactement "Marie-Mélanie") était en 1928 internée, comme folle, à l'asile Sainte-Marie de Clermont-Ferrand...

    Bon... On sait donc à présent que l'unique propriétaire du jardin aux sculptures, de 1907 à 1919, était un cultivateur nommé Antoine Rabany, dit "le zouave". Mais était-il l'auteur des statues alignées dans le fond de la parcelle ? Car rien ne nous assure véritablement, à cette étape de notre enquête, que les clichés-verre, dont j'ai appris l'existence en 2017 chez le marchand Gilles Minette, ont bien été pris à ces dates? En 1928, le propriétaire qui racheta la parcelle suite à la vente sur licitation, un certain Marius Carriat (fils d'un voisin de la parcelle aux statues), aurait pu être le sculpteur, si l'on estime que les clichés ont pu être réalisés entre 1928 et les années 1930... Question subsidiaire : ces statues, qui ressemblent furieusement à des "Barbus Müller", on n'a pas encore la preuve définitive, en ne se fondant que sur les clichés-verres, et en dépit des ressemblances plausibles de deux ou trois d'entre elles (voir mon ouvrage Le Gazouillis des éléphants), qu'elles peuvent être parfaitement assimilées aux Barbus de Dubuffet...

    Il faudra lire les chapitres suivants pour que ces deux questions trouvent leurs réponses et que tout s'éclaire...

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Chambon-sur-Lac, à une date indéterminée, peut-être les années 1930... ; dans le fond, à gauche, on aperçoit la chapelle sépulcrale et le cimetière, mais en dessous, la végétation cache la route de la parcelle... ; à l’arrière-plan, proche de l’horizon, on découvre le lac Chambon ; carte postale, coll. B.M.

 

(Fin du 3e chapitre : à suivre...)