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05/07/2016

La vie dans un tonneau

      J'aime bien ce conte du tonneau magique que racontait à l'occasion ce grand diseur qu'est Michel Hindenoch. Lorsqu'on laissait tomber quelque objet que ce soit à l'intérieur, cette chose s'y multipliait jusqu'à ras bord pour le bonheur, ou le malheur, de celui qui l'y avait jeté...

     Ici, essayons plutôt le bonheur (quoique... Voir Garou plus bas...).

Pépé-Vignes,-(Joseph, dit Pépé, Vignes),-tonneau, crayons de couleur, 1976 (2).jpg

Joseph "Pépé" Vignes, sans titre, crayons de couleur et graphite sur papier, 24 x 32 cm, 1976, coll. et ph. Bruno Montpied

     J'ai mis en ligne, je crois, au moins une fois déjà, ce dessin aux crayons de couleur de Pépé Vignes montrant un tonneau figuré à la fois de face et de profil, ressemblant à un chalet suisse. Tonneau (foudre plutôt) qui repose sur un accordéon, comme me l'a signalé autrefois monsieur de Belvert à la suite de ma première note sur ce dessin.

rue Pépé Vignes.jpg     Cette rencontre de piano à bretelles avec un tonneau résume en grande partie la vie de l'auteur du dessin, Pépé Vignes, que l'on n'a pas oublié dans sa bonne ville d'Elne (Catalogne française) puisqu'une rue porte son nom, comme nous l'a signalé naguère un commentateur de la note citée ci-dessus signant "Illibérien" (habitant d'Elne ; voir sa photo ci-contre). Joseph Vignes, fils et frère de tonneliers, lorsqu'il était enfant, dormait, contraint et forcé, dans un des tonneaux de l'entreprise familiale. Et l'accordéon était l'instrument favori de Vignes, dont il jouait pour animer nombre de fêtes et de bals dans sa région, en dépit des imbéciles qui se moquaient de lui en raison de sa simplicité ("Illibérien" - qui signe aussi, dans les courriels que j'ai échangés avec lui, "Jean de la Lune" - dit qu'il était "retardé ; un Espagnol aurait dit qu'il lui manquait un quart d'heure..."). Photo ci-contre: Pépé Vignes par Mario Del Curto (très myope, Vignes dessinait au ras de sa feuille... Peut-on être plus immédiat que cela en matière de dessin?tonneaux,habitats dans des tonneaux,architecture insolite,abris insolites,foudre,tonnellerie,joseph pépé vignes,art brut,rue pépé vignes,accordéon

     Voici quelques souvenirs de Jean de la Lune, l'Illibérien qui connut Pépé Vignes en 1960 (Vignes avait alors 40 ans, et notre Illibérien en avait 16):

     "Je vais vous dire qui était Pépé. Fils de tonneliers auvergnats installés à Elne, avenue du Général de Gaulle, Jo est  le mal-aimé de la famille.  Il n'a pas toute sa tête, il  ne fait rien, ne sert  à rien (c’est un peu un être inutile). Les Vignes,  c'est une famille nombreuse. Ils vivent non pas dans une maison, mais dans une sorte de hangar qui fonctionne comme un tout, atelier ou maison. Le papa  tient la tonnellerie avec un des fils. Il y aussi  deux  filles. Jo est l'aîné, il est né en 1920 − lorsque j'ai bien connu Jo, j'étais adolescent − lui avait 40 ans et moi 16 [nous sommes alors, donc, en 1960]. Dans tous les bals où Jo allait, il y avait ces imbéciles qui lui empoisonnaient la vie  − lui ne disait jamais rien, il était gentil. Des fois, il venait au bal avec son accordéon et en bon fils d 'Auvergnat, il aimait la bourrée. Les malfaisants lui faisaient jouer de l'accordéon et danser la bourrée à n'en plus finir. Mais comprenez qu'à la fin, ça devenait lassant de se retrouver avec la même bande de lourdauds qui empoisonnaient ce brave garçon. Pour ce qui est du tonneau dans la cour − je revois leur image encore en vous écrivant (c'est le chemin de l'école, je les voyais quatre fois par jour) − il y avait cinq ou six énormes tonneaux  −des foudres  énormes− et dans l'un d’eux, Jo dormait. C'était sa chambre à coucher ! Hiver comme été ce brave Jo dormait là ! Vous comprendrez maintenant que le dessin de son chalet prenne la forme d'un tonneau." (Jean de la Lune) 

     Cela m'est revenu lorsque j'ai eu envie de rassembler pour les besoins de la note présente quelques images ayant pour point commun le tonneau vu comme un habitat (si l'on peut dire cela pour le cas qui suit immédiatement).

    La seconde occurrence où figure un tonneau, elle aussi a déjà fait l'objet d'une note précédemment. Mais, dans une autre note qui se veut rassemblement et anthologie d'habitats-tonneaux, cela prend un sens élargi.

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Tombe de Léonce Chabernaud, Rochechouart, photo (carte postale) Jacques Thibault

     Pour ceux qui n'auraient pas lu les commentaires croisés de "l'Aigre de mots" et de "Pierre-Jean", publiés à la suite de la note donnée en lien ci-dessus, cette tombe représente le wagon-foudre d'un négociant en vins, anticlérical au point d'avoir voulu se faire enterrer sous un symbole qui moquerait les bigots de tous poils dans sa région et au-delà. Et il faut dire que cette sépulture de ce point de vue ne manqua pas sa cible... De plus, elle appelle par analogie d'autres coutumes funéraires pratiquées dans des cultures a priori bien éloignées des nôtres, comme cette coutume au Ghana dans l'ethnie Ga qui consiste à fabriquer des cercueils en forme d'objets ou d'animaux ayant eu un rapport avec la vie du défunt. J'en ai également déjà parlé.

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Extrait de Massif Central magazine, années 1990

     Revenons à nos tonneaux, cela dit. Non loin de l'Auvergne, dans le Velay, au sein d'une forêt entourant le magique lac du Bouchet, cachant la bouche d'un volcan, vivait autrefois un certain Pierre Brun, dit communément "Garou", homme à tout faire dans cette campagne du Bouchet-Saint-Nicolas. Pauvre d'entre les pauvres, il habitait un tonneau transformé en abri, avec un toit de zinc, une porte et une fenêtre, foudre de "500 hectolitres" que lui avait cédé par troc son marchand de vins favori du Bouchet. Il y survivait tant bien que mal, creusant les trous des morts au cimetière communal, éclusant pas mal de chopines. Il habitait ainsi le logement idoine, étant donné son occupation favorite... Un hasard pathétique voulut qu'en 1971, il termine sa vie en se noyant dans le lac voisin, buvant plus d'eau qu'il n'en avait jamais absorbé sa vie durant. S'il a disparu, il semble bien qu'en revanche son foudre soit toujours debout, abri de fortune pour les promeneurs de passage.

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L'abri de Garou, encore debout dans les années 1990... Photo Luc Olivier, Massif Central magazine

 

     L'idée d'un habitat conçu à partir d'un tonneau, même si elle renvoie souvent au mythe du célèbre Diogène, n'a pas eu à ma connaissance (qui reste tout de même fort limitée en ce domaine) d'applications nombreuses à notre époque si l'on excepte des applications d'ordre publicitaire. Voici deux exemples au moins, relevés en France. L'un, repéré en 2010 à Batz-sur-Mer, montre un stand de vente de vins de Bordeaux, logiquement installé dans un foudre.

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Batz-sur-Mer, ph. Bruno Montpied, 2010

    Le second a été rencontré ces jours-ci par notre correspondant spécial à Clermont-Ferrand, Régis Gayraud, sur la place de Jaude. Là encore, on a affaire à un marchand de vins, mais cette fois son stand est à "roulettes".

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Cette camionnette originale est un vestige de la caravane publicitaire du Tour de France 1952, ph. Régis Gayraud, 2016

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Voici la camionnette originale parée aux couleurs de Byrrh... 

      Alors, certes, certains esprits chagrins pourraient nous rétorquer que ce ne sont là que constructions au service du commerce, mais nous pourrons toujours leur répondre qu'en dépit de cela, continue de passer un message poétique, exploité à des fins de négoce bien sûr, mais toujours présent, concrètement prouvé. 

 

07/05/2016

Ni Tanjung, dans les buissons des figures perdues

      Madame Tanjung –car c'est ce que veut dire "Ni" Tanjung– est une créatrice balinaise que les amateurs d'art brut ont découvert en Europe, essentiellement grâce à un article précis de l'ethnologue Georges Breguet, fin connaisseur de l'Indonésie où il se rend fréquemment, paru dans le fascicule 22 de L'Art Brut en 2007 (je lui adresse mes plus vifs remerciements pour tous les renseignements qu'il m'a communiqués sans lesquels j'aurais commis probablement bévues sur bévues dans mon interprétation de la culture balinaise). Son texte était illustré de photos montrant une sorte d'autel voué aux ancêtres et constitué en vérité d'un amas de pierres sur lesquelles Ni Tanjung avait tracé des têtes peintes à la chaux blanche (un peu de couleur s'y apercevait tout de même de temps à autre, en provenance de l'artiste indonésien Made Budhiana qui, ayant découvert la créatrice en 2000, n'eut de cesse pendant quelque temps de lui fournir divers outils et matériaux pour stimuler sa créativité ; c'est notamment lui qui lui fournit une paire de ciseaux qui lui permit de se lancer dans le découpage de figures de papier, pas forcément toutes dessinées au début).

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L'environnement de pierres peintes du temps de sa splendeur, photographié le 28 septembre 2004 par Georges Bréguet

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L'environnement de pierres à visages de Ni Tanjung, tels qu'ils étaient en août 2008, après abandon par l'auteur, et démantèlement par le biais d'une collectionneuse indonésienne ; photo Petra Šimkovà

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Ni Tanjung, quelques pierres à visages, avec des éléments de couleur, conservées par Georges Breguet ; ph. Georges Bréguet, 2016

 

      Personnellement je restai fasciné lorsque je découvris cet ensemble de pierres peintes, assez semblables, de loin, à des boulets de charbon surlignés de blanc. Une de mes amies, Petra Šimkovà, photographe dont j'ai déjà eu l'occasion de parler (en pointillé) ici même, habite Bali. il était tentant de la lancer vers ces pierres peintes, ce qu'elle fit en 2008.

       Mais l'installation, à ce qu'elle découvrit, était alors démantelée, ce qui nous fit croire que leur ordonnatrice était peut-être décédée. Les photos de l'époque montrent la désolation qui s'était emparée de l'endroit. En réalité, plusieurs causes se sont liguées pour donner ce triste résultat. D'une part, une artiste de la région, également conservatrice d'un musée consacrée à l'œuvre de son père, un artiste connu en Indonésie, récupéra (en 2006), en échange d'une somme d'argent, le tiers de l'installation pour le transférer vers un musée de l'art féminin à Java, c'est-à-dire assez loin de Bali (mais selon Georges Breguet l'installation des pierres n'était pas, en 2010 tout au moins, reconstituée...). D'autre part, la santé de Ni Tanjung s'est dégradée vers 2008 justement. Elle perdit l'usage de ses jambes et ne put plus sortir de sa minuscule chaumière (lieu d'une misère noire, sans eau, sans électricité ni les moindres commodités¹), son mari étant alité à côté d'elle (il disparut en 2010). L'argent versé pour l'achat des pierres servit cependant à la construction d'une autre maison, en dur, située à côté de la hutte première, où dans un premier temps le mari de Ni Tanjung s'installa (brièvement).

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Sur ces photos de Georges Breguet, on perçoit la petite amélioration de situation en 2010 pour Ni Tanjung et son mari

 

     Comme l'écrit Georges Breguet dans un autre de ses textes, paru cette fois dans le catalogue L'art brut dans le monde (2014, Collection de l'Art brut, Lausanne), qui dévoilait que l'art brut peut être envisagé comme un phénomène universel (contrairement à ce que pensait Dubuffet), Ni Tanjung, malgré sa faiblesse, alors qu'elle avait été transférée dans un autre village plus près de chez sa fille (elle eut trois enfants dont deux moururent jeunes, ce qui fut peut-être à l'origine de sa déstabilisation mentale), malgré sa situation de recluse dans un local de 4 m² sans fenêtres (au début, car une ouverture fut pratiquée par la suite, ce qui explique la lumière présente sur les photos de la créatrice), fut alors le siège d'un incroyable "renouveau".

     Toutes les nuits, elle se jeta dans le dessin et le découpage qu'elle avait un peu commencés auparavant, mais auxquels elle donna un essor proprement fantastique. En 2010, elle faisait en effet des figurines en papier isolées, montées sur tige pour des manipulations, à l'instar des figures du théâtre d'ombres balinais, le wayang kulit. Celles ci-dessous, par exemple, furent données  par Georges Breguet à la Collection de l'art brut.

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       Mais par la suite, des figures colorées aux crayons de couleur, mais aussi, apparemment, au pastel (matériel fourni, ainsi que le papier blanc, par Georges et Lise Breguet) jaillirent dans une efflorescence incontrôlable, représentant peut-être (car les explications de Ni Tanjung paraissent fort difficiles à saisir, elle s'exprime dans un jargon incompréhensible la plupart du temps, même pour les Balinais de souche) les visages des "anciens", des aïeux, voire peut-être aussi ceux de voisins ou de connaissances à elle.

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Collection privée, Paris

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Cette dernière reproduction (toutes les photos sont de Georges Breguet) est la face arrière de la précédente ; cela permet de se rendre compte de l'enchevêtrement, parfois fort complexe, de l'architecture de brindilles et de fibres que tisse patiemment Ni Tanjung pour assembler ses figures

 

      Elles furent –et c'est là un des aspects de l'inventivité mise en jeu– organisées sur une armature de fines fibres et tiges végétales, liées entre elles par des ligatures ressemblant à du raphia, dans un savant équilibre déséquilibré, particulièrement fragile (par bien des côtés, ce frêle accrochage, tenant à quelques fils et fétus, me fait penser par analogie aux baraques de guingois de Richard Greaves au Canada, tenant par de simples cordes, leur auteur détestant les clous). Les photos de Georges Breguet montrent une Ni Tanjung émergeant comme revigorée, dans un printemps inespéré pour l'octogénaire qu'elle est, au milieu de ces buissons de figure, où "méchants" et "bons"² se disputent les places d'honneur dans une étrange bousculade...

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Ni Tanjung à l'œuvre, photo Petra Šimkovà, février 2016

  

     Les activités, les diatribes, le comportement de cette femme sont profondément atypiques aux yeux de la population balinaise. Atypiques, c'est-à-dire répréhensibles, tant on déteste toutes les attitudes qui s'affranchissent des règles en vigueur en cette contrée (il n'y a pas si longtemps, on autorisait officiellement l'enchaînement des aliénés, comme en Europe avant que Pinel au XIXe siècle ne leur apporte un peu de liberté ; cela arriva aussi à Ni Tanjung, qui fut entravée pendant quelques années ; une loi a été votée en 1977, mais elle ne serait pas encore complètement appliquée...).  Mais, simultanément, on reste attentif et même admiratif à Bali et en Indonésie devant l'opinion internationale. Si l'on vient dire aux Indonésiens que Ni Tanjung est un véritable trésor national, les esprits marqueront une pause et on examinera le cas avec plus de circonspection. C'est ce qui arriva un peu après l'intérêt porté par la Collection lausannoise prestigieuse. Mais, avec la retombée de l'expansion de la collection vers l'international (accompagnée de la fermeture du poste de Lucienne Peiry, chargée des relations internationales), il faut maintenant que d'autres relaient ce premier élan d'admiration pour Ni Tanjung. Ce que je m'emploie à faire, dans la mesure de mes faibles moyens, ici même.

      Je me suis interrogé sur le sens à accorder à ce sursaut graphique de Ni Tanjung, à ce qui peut apparaître aux yeux d'un Occidental comme une rage de créer face à la mort qui guette. Mais j'ai appris aussi qu'à Bali, où l'hindouisme est la religion dominante, le rapport à la mort est paisible puisque l'on croit là-bas à la réincarnation. Les cérémonies de crémation sont des fêtes pour lesquelles on dépense beaucoup d'argent. De temps à autre, même, dans certaine contrée de l'Indonésie (le sud du Sulawesi, dans la communauté des Toraja), des gens vont déterrer leurs aïeux pour leur faire revoir le jour, les habiller de neuf, renouer avec eux, les célébrer. Certains reportages sur ces pratiques sont incroyables pour les esprits forts que nous sommes. Cela rappelle les retournements de cadavres que l'on pratique à Madagascar tous les sept ans, dans l'idée d'aider les défunts dans leur repos éternel (c'est vrai que l'éternité à dormir dans une mauvaise position, ça peut être pénible).

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Photos extraites du site Mail Online (voir lien précédent), merci à Georges Breguet de me l'avoir indiqué

 

    Ni Tanjung s'insurge-t-elle contre le néant? Cela expliquerait facilement, trop facilement peut-être, son regain de vitalité graphique... Ou bien, cherche-t-elle plutôt à renouer des liens perdus avec ses congénères qui la tiennent à distance, et au delà, cherche-t-elle même à initier un dialogue avec ceux qu'elle ira rejoindre un jour, ces ancêtres vénérés à Bali, en qui de réincarnations en réincarnations, si ils ont mené une vie vertueuse, on promet aux Balinais qu'ils se fondront...?

____

¹ En 2010, grâce à une aide financière de la Collection de l'Art brut, eau courante et électricité, et des sanitaires purent être installés dans ce logis.

² Il paraît qu'on peut reconnaître les méchants à leurs yeux ronds, les bons ayant des yeux plutôt en amande...

31/01/2016

Noms prédestinants, une ribambelle... Avec Georges Courtois, et tant d'autres...

      "On est passé devant le juge d'instruction Cavaud, qui nous a offert l'hospitalité à la maison d'arrêt de Nantes, en préventive. Il faut le faire, hein, s'appeler Cavaud, pour un juge. Dans ma carrière [de "malfaiteur professionnel", NDR], j'en ai connu des magistrats comme ça : Cadenas, Peureux... ou des flics qui s'appelaient Poulard... Moi, je suis toujours resté Courtois."

    Georges Courtois, Aux marches du palais, mémoires d'un preneur d'otage, Le nouvel Attila, Paris, 2015

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Photo Samuel Cousin, 2015

      Après cette citation de Georges Courtois, spirituel malfaiteur, repartons à la cueillette aux noms prédestinants, aussi appelés aptonymes par de plus savants que nous.

     Et par exemple, il n'y a pas de place ici que pour un Montpied, il y a aussi des Tripied, qui sont, comme de juste, bouchers, cas de déviation légèrement contre-aptonymique, car enfin ils auraient pu s'occuper plus directement d'entrailles.

     Non loin d'eux, n'oublions pas le footballeur Jeremy Pied.

    Mais pour rester dans la boucherie, reprenons cet ancien commentaire d'Isabelle Molitor, à propos cette fois d'un lieu possiblement prédestinant : "Il y a des faits divers qui ont lieu dans des lieux aux noms quasi prédestinants, de vrais calembours par anticipation. A cause sans doute de l'aspect épouvantable de ces actes, les journalistes tournent autour sans oser l'indiquer, malgré toute leur envie, semble-t-il.

     C'était le cas cet automne avec la tuerie de Chevaline (dans les Alpes). Partout on lisait : "La Tuerie de Chevaline". C'était l'expression consacrée. Et personne n'a jamais osé parler de boucherie, alors que, bien sûr, chacun y pensait."

     Le hasard ne s'encombre pas de morale. Si cela m'est permis (et pardonné), je pointerai ici par exemple, ce scabreux clin d'œil du destin, très peu élégant, qui accompagnait la tuerie du Carillon et du Petit Cambodge dans le Xe ardt parisien en novembre dernier. On n'a pas beaucoup souligné le voisinage de l'hôpital St-Louis  à ce carrefour. Et en particulier, l'officine de transfusion sanguine qui se trouvait devant les deux établissements. Un panneau y invite depuis longtemps à donner son sang, ce qui, vu les événements de novembre 2015, a pris un sens des plus grinçants.

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Devant le Petit Cambodge, au carrefour rue Bichat/rue Alibert, le panneau de la transfusion sanguine masqué (provisoirement) par des fanions commémoratifs, ph. Bruno Montpied, 2016

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     Les amateurs d'humour noir ne me pardonneraient pas de ne pas continuer sur cette pente. Toujours du point de vue des lieux inclinant à certains actes, citons ces mots de Régis Gayraud, notre correspondant clermontois ès-noms et lieux prédestinants, lui-même reprenant des termes empruntés à France-Info TV, concernant une affaire de pédophilie et d'attentat à la pudeur s'étant passée en avril 2015 : « Le suspect, un agriculteur de 48 ans vivant seul, séparé de son épouse, dans sa ferme, rue Tourne cul à Montzéville (Meuse) faisait l'objet d'une enquête en cours suite à une plainte déposée à Verdun pour agression sexuelle sur mineurs et qui concernait trois membres de sa famille dont deux de ses nièces ». (France TV Info).

     Troublant pour le moins, non?

      Le même Régis nous a également communiqué l'information suivante :

     « Michel Fuhrer (je précise, c’est un Français), directeur technique du SESM, service pour l’entretien des sépultures militaires allemandes au sein du Souvenir Français, organisme chargé de l’entretien des tombes militaires de France. La Montagne, mercredi 12 février 2014 ». Encore plus saisissant, n'est-ce pas? Peut-être moins que la révélation très récente de Régis toujours, concernant un certain Marc Dufumier, agronome toujours en Limagne...

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Article de La Montagne sur Marc Dufumier plaidant pour une agriculture revenant vers l'artisanal

      Les cimetières fournissent souvent de l'eau à notre moulin, si l'on peut s'exprimer ainsi. Voir les trois occurrences photographiques ci-dessous:

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Tombe de la famille Revenant, cimetière de La Guillotière, Lyon, photo Emmanuel Holterbach, transmise par Jean-Christophe Guédon, que je remercie par la même occasion; on peut dire que cette famille entière − fait terrible! − était prédestinée patronymiquement à l'empire de la mort, espérons que cela est arrivé le plus tard possible, comme pour tout un chacun

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La rue qui passe le long du cimetière Montparnasse à Paris porte un nom en rapport avec les "refroidis" du voisinage, n'est-il pas? Ph. Bruno Montpied, 2009

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Tombe d'une certaine Simone Bonnenfant à Coltines (Cantal), ph. Cosmo Hélectra ; à noter la faute d'orthographe : sous cette stèle, seule paraît vraiment reposer cette "bonne enfant", ses parents en étant exclus par la coquille

      Des bonnes filles, pourtant, plusieurs parents concevraient davantage de se reposer sur elles, comme dans le cas de cette distribution des prix :

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Document transmis par Emmanuel Boussuge

 

      Restons dans ces occurrences plus fraîches, et revenons notamment du côté des sportifs, domaine inépuisable en terme de noms prédestinants. Il nous est arrivé de relever les noms d’un joueur de rugby, appelé Adrien Planté (dans l'équipe de Clermont-Ferrand) − qui peut ainsi planter plus facilement ses essais − et d’un joueur de basket appelé Mike Gélabale, qu'on imagine criant sans cesse son patronyme de façon burlesque pendant les  matchs chaque fois qu'il file vers le panier...

    On (pas noté le nom de la personne, donc qu'il se nomme s'il se reconnaît...) nous a également signalé un auteur de spectacles musicaux (conte et blues) en baie de Somme qui s’appelle Xavier Letocart. On espère pour lui que ce nom ne va pas porter ombrage à ses productions...

   Que dire encore de ces agents immobiliers, comme celui-ci, à Joigny  dans l'Yonne, qui s'appelle Bourreau (aptonyme ou contre-aptonyme ? Tout dépend de ce qu’il vend comme logements), ou celui-là, à Clermont, nommé Dubien, ce qui est la moindre des choses quand on vend des biens ? Ceci dit, méfions-nous des noms commerciaux bidouillés pour favoriser la fonction. Ce qui ne peut être soupçonné dans le cas de ce salon de coiffure, signalé encore par Régis Gayraud à Clermont-Ferrand (c'est aussi lui qui nous a mentionné le nommé Dubien), tenu par une certaine Mme de Quatrebarbes...

     Régis est d'ailleurs très favorisé par la chance en ce moment, si l'on en juge par cette autre note qu'il a concoctée à propos de la ville d'Auch en octobre 2015. Est-ce que l'opticien Dupuy, nous demanda-t-il dans un  premier courriel, vu dans cette ville, ne ferait pas non plus un bel aptonyme ? Derrière cette perfide question se profilait en réalité un aptonyme à tiroirs ‒ comme il y a des charades à tiroirs, telles que Luc Etienne les a fait connaître dans son livre éponyme (L'art des charades à tiroirs). Régis, donnant sa langue au chat, révéla le fin mot de sa plaisanterie:  "Dupuy peut vendre des lentilles, parmi d’autres articles dans son magasin. Des lentilles… du Puy ?" Ah, ah, ah...

    Enfin, finissons-en avec quelques autres cas. Un ami qui vit en Normandie me signale un M. Barrault, gardien de prison… et une Mme Sueur, prof de gym d’un de ses enfants. Comme on voit, tout cela est en rapport. De même pour ce dernier aptonyme que nous a communiqué Mathieu Morin récemment, le sieur "Picon Pierre", à qui l'on souhaite de ne pas abuser des apéritifs.

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Un grill qui a grillé (à Cesson-Sévigné)... Inévitable, diront certains (après les noms et les lieux, les boutiques prédestinantes ?) ; ph. Darnish, 2014 ; en souhaitant que ce ne soit pas le propriétaire qui ait servi de viande à ses brochettes...

08/06/2013

Camplong, le monument du Bousquétou

        L’Hérault a un goût marqué pour les monuments insolites aux morts de la guerre 14-18, on dirait. Si Lodève a le monument étonnant, à connotation antimilitariste, de Paul Dardé (voir note ancienne sur ce blog),Monument-aux-morts-de-Lodev.jpg Camplong de son côté peut s’enorgueillir d’un autre monument, dû à un tailleur de pierre et sculpteur autodidacte, Denis Bousquet. Il a fait une colonne finement travaillée, tout en étagements, avec des personnages aux traits naïfs, fort élégante, touchante et originale. L’empilement de divers symboles couronné d’une sorte de tourelle surmonté d'un canon miniaturisé prend des allures de monument d’inspiration visionnaire, comme une architecture faite de collages. De tous les monuments aux morts insolites que j'ai rencontrés jusqu'à présent, c’est certainement celui dont le style paraît bien le plus adapté au qualificatif de naïf.

 

camplong-monument(photos L. Osouf).jpg

Le Monument aux morts de Camplong dans l'Hérault, dû à Denis Bousquet, ph. L. Osouf, extraite comme les deux suivantes d'un site web sur les monuments aux morts de l'Hérault ; on notera le casque prussien qui sert de base à la colonne et l'aigle qui est empalé sur sa pointe et n'en supporte pas moins tel un nouvel Atlas tout le poids de la colonne reposant sur lui...

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Denis Bousquet, l'un des soldats agenouillés au coin de la colonne (détouré), ph. L.Osouf

 

         B. Derrieu dans la base Palissy sur internet le décrit ainsi (en 1991) :  

camplong-canon.jpg     « Une colonne sculptée, surmontée d'un canon de 75, repose sur un aigle empalé sur un casque prussien (symbole de la défaite allemande). Quatre soldats en prière sont disposés aux angles de la colonne.

     L'artiste, suite à la mort de son fils Léon au champ d'honneur, aurait accepté d'en assurer la réalisation à condition d'en avoir la liberté d'exécution, sans plan ».

        Laure Gigou dans un récent « guide insolite » des éditions Bonneton ("Hérault, 100 lieux pour les curieux", 2012) a donné quelques précisions supplémentaires sur ce sculpteur.

      On le surnommait « Le Bousquétou » parce qu’il mesurait 1,55m. Son fils Léon avait vingt ans quand il fut tué. « Poursuivi par le sort, le Bousquétou perdit aussi un petit-fils en 1944, fusillé par les Allemands à Lyon. Celui-ci aussi avait vingt ans… ».

    Il est également l’auteur du caveau familial dans le cimetière du village.

   Avec ce Denis Bousquet, nous avons la preuve que l'on pouvait demander ici et là à des sculpteurs du cru, pas forcément très académiques, de tailler des monuments aux morts.

   Peut-être pour compléter cette note d'une touche plus antimilitariste, puis-je signaler cet autre monument photographié l'année dernière à Amiane également dans l'Hérault.

 

Guerra-a-la-guerra,-Amiane-.jpg

"La guerra qu'an vougut

Es la guerra a la guerra

Son morts per nostra terra

E per touta la terra"

(Traduction improvisée par moi: "La guerre qu'on veut/ C'est la guerre à la guerre/ Ils sont morts pour notre terre/ Et pour toute la Terre") ; ph Bruno Montpied, 2012

    Et puis voici encore un autre monument, le Monument aux Morts de la Haute-Garonne, cette fois à Toulouse, qui, différemment par rapport à celui de Dardé à Clermont-L'Hérault avec sa femme nue gardant lascivement un soldat mort, possède de toute évidence par son naturalisme une dimension défaitiste qui, à ce que m'a écrit Emmanuel Boussuge qui me l'a communiqué (voir également son commentaire ci-après), fit scandale lorsque le sculpteur (un certain Camille Raynaud) dévoila son œuvre en 1928.

 

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La "Victoire" de Camille Raynaud, on aimerait la voir dans ce simple appareil se mettre à voleter de ci de là, ph.Emmanuel Boussuge, 2013

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Autre aspect du Monument de Raynaud, ça se bouscule au portillon de la libération hors des armes... Ph. Boussuge, 2013

 

 

25/07/2012

Pédophilie funéraire

Pédophilie-funéraire,.jpg

Ange à quatre pattes et cul nu sur un livre ouvert, décor de tombe d'enfant, Normandie, ph. Bruno Montpied, 2012

27/05/2012

Info-Miettes (18)

Arts buissonniers dans les rues de Capdenac

     Le 29 mai à 20h, c'est mardi prochain, dans le cadre de "L'Autre Festival" à Capdenac (Aveyron), avec l'association "Derrière le Hublot", aura lieu une projection de films autour de l'Art Brut et des Bâtisseurs de l'Imaginaire, avec un débat, le tout proposé par le Musée des Arts Buissonniers. L'événement se déroulera à la Médiathèque de Capdenac. Seront projetés Bricoleurs de Paradis (le Gazouillis des Eléphants) et un film sur Bohdan Litnianski.

 

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Bohdan Litnianski, Viry-Noureuil (Aisne), ph. Bruno Montpied, octobre 2008

     Par ailleurs, toujours dans le cadre de ce festival, les Arts Buissonniers sont invités à présenter ensuite une exposition, du 30 mai au 3 juin, basée sur la collection permanente qu'ils présentent habituellement dans leurs locaux de Saint-Sever-du-Moustier. On pourra notamment découvrir, sous le signe de l'assemblage, des pièces de Paul Amar qui sera tout cet été présenté aussi au Musée à Saint-Sever (expo La Folie des Coquillages du 16 juin au 10 novembre), et des pièces d'André Robillard, ainsi que des Staelens. Par ailleurs, prêtées par une association lotoise (voir le commentaire ci-dessous de JMC), des œuvres de Marie Espalieu seront également montrées.

Assemblages-LeMAB.jpg

On reconnaît ici un "fusil" d'André Robillard

    Il y aura aussi une présentation du travail réalisé par 5 écoles primaires de l'Aveyron lors d'ateliers de création mis en place à l'occasion du spectacle "Petit Pierre". Ainsi qu'un atelier de création collective, ouvert à tous (les 2 et 3 juin prochains), atelier  dont les éléments iront, semble-t-il, rejoindre par la suite la "Construction collective" qui se bâtit progressivement sur les hauteurs de Saint-Sever, bâtiment hétéroclite dont j'ai déjà parlé ici et qui se bâtit par assemblage. Ce dernier mot est du reste le terme générique de cette carte blanche aux Arts Buissonniers.

Paul Amar sera bientôt exposé aussi à Chartres, patrie de Picassiette

    Je dois cette information au musée des Arts Buissonniers qui m'a signalé qu'outre l'expo qu'ils consacreront aux maquettes de coquillages rutilants de Paul Amar, ce dernier fera également partie d'une expo à Chartres, intitulée TOO MUCH ! FANTAISIES ET COQUILLAGES, du 23 juin 2012 au 26 août 2012.

Prieuré Saint-Vincent, 12, rue Porte-Cendreuse, Chartres. Informations : 02 37 23 41 43. www.chartres.fr

 

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Une œuvre de Paul Amar à la Collection de l'Art Brut à Lausanne, ph. Bruno Montpied, 2011


Jean-Louis Cerisier à la Lucarne des EcrivainsTriomphe-et-sacrifice,-tech.jpg

    Du 2 au 16 juin prochains, notre ami primitiviste lavallois, dont une donation d'œuvres vient d'entrer au musée d'art naïf et d'art singulier de Laval, J-L. Cerisier, va exposer une quarantaine de peintures et dessins récents dans la sympathique librairie la Lucarne des Ecrivains, située dans le quartier populaire de la rue de l'Ourcq dans le XIXe ardt de Paris.

     "Jean-Louis CERISIER, dans un travail subtil d’exploration, se déclare  avide de « découvertes intimes à révéler ». Cette exposition généreuse raconte des histoires. Elle fait sa place au milieu des romans et s’y trouve bien. Le créateur de fiction plastique  sublime la représentation de la vie et « va au- delà » d’elle,  dans le plaisir affiché de peindre et le « bonheur immédiat à le partager »." (Françoise Limouzy, mai 2012)

Horaires : du mardi au samedi, de 10h30 à 19h ; dimanche et lundi : de 14h à 19h. Vernissage le mardi 5 juin à partir de 17h30. http://lucarnedesecrivains.free.fr et Mail : lalucarnedesecrivains@gmail.com

Illustration: Triomphe et sacrifice, technique mixte, 24x32, 2012

Jean Estaque s'exhibe quant à lui à Montauban

    C'est une façon de parler bien sûr, Jean Estaque n' a pas encore jeté son tablier par dessus les moulins. Ses œuvres viennent investir A la Soupe aux Livres (là aussi, une librairie?) du 11 mai au 18 juillet. Cela se situe au 28, fbg Lacapelle. Il y aura des peintures, des sculptures et de la littérature. Tout pour être heureux en somme. Pour plus de renseignements, on prend sa loupe et on examine l'affichette ci-dessous.

 

INVITATION ESTAQUE Montauban 12.jpg

Solange Knopf fait plus fort et débarque à New-York

S KnopfSSL12794.JPG    Cette dessinatrice belge, dont j'aime assez le travail (parce que ça ressemble à ce que je fais!...), m'annonce l'invitation que lui a lancée récemment la galerie Cavin-Morris à New-York. Félicitations à elle. Si on veut en voir plus, on peut aussi aller sur son site personnel. C'est un travail virtuose et inspiré qui paraît tout imprégné d'un frou-frou de palmes, de bruyère, de protoplasmes, avec grand tralala d'influences du côté d'Unica Zürn, d'Ursula aussi (voir ci-dessous l'expo parisienne qui débute le 31 mai), de l'art brut bien sûr aussi avec mention spéciale pour les médiumniques.

 

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Solange Knopf

Lionel, l'enfant bleu d'Henry Bauchau au LaM

Lionel l'enfant bleu expo 2012.jpg

    C'est jusqu'au 21 juillet, au LaM de Villeneuve d'Ascq, près de Lille, et aussi à l'Université Catholique de Lille. Je ne sais pas grand chose de ce Lionel, adolescent suivi thérapeuthiquement par l'écrivain et psychanalyste Henry Bauchau qui écrivit un roman à son sujet. Savine Faupin, chargée du département art brut au LaM, en dit un peu plus sur la vidéo ci-dessous. Il paraît qu'il y a de nombreux labyrinthes, monstres, pays imaginaires et autres constellations dans son œuvre graphique. Un ensemble de dessins, gravures et sculptures, réalisés entre 1980 et 1998, est entré récemment au musée, don d'Henry Bauchau.


Coco Fronsac et Jim au cabinet de curiosité

Expo chez DA-EN 2012.jpg

"C'est une expo sur les cabinets de curiosités, oeuvres d'art contemporain et quelques pièces anciennes... J'y expose un de mes "Chamans", et François 3 crânes...", m'écrit l'exposante. "François", c'est l'artiste autrement appelé Jim Skull (ce qui veut dire "crâne" en anglais), spécialisé dans les reliquaires aux crânes surmodelés, dont certaines pièces ont été récemment publiées dans un beau livre sur les cabinets de curiosité, ce qui explique sans doute cette inclusion dans cette expo consacrée aux cabinets susdits.

Cabinet DA-END, 17 rue Guénégaud, 75006 PARIS. Tel +33 (0)1 43 29 48 64
Du mardi au samedi de 12h à 19h. JUSQU'AU 25 JUILLET.

L'Art Graphique de Nouvelle-Zélande au Madmusée

    Quatre créateurs néo-zélandais sont présentés à Liège du 12 mai dernier au 8 septembre prochain au Madmusée. L'expo prend par respect pour la Nouvelle-Zélande sans doute un titre anglais "Local Knowledge", ("connaissance locale"...?). Des quatre, une retient plus particulièrement l'attention sur l'écran, Susan King. Voir l'image ci-dessous...

 

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Bernhard Schultze et Ursula à la galerie Les Yeux Fertiles

     C'est comme pour ce couple de créateurs allemands (Schulze: 1918-2005, "art informel abstrait", Ursula (Bluhm): 1921-1999, "aux confins de l'art brut" –elle fut rangée en fait au sein de la Neuve Invention à Lausanne, à un moment, un peu comme Unica Zürn dont elle est proche graphiquement et avec qui elle partage la même nationalité allemande). Leurs œuvres seront exposées du 1er au 30 juin à la galerie Les Yeux Fertiles (vernissage le 31 mai dans le cadre "d'Art Saint-Germain-des-Prés"), et l'on a plus envie de s'arrêter devant Ursula que devant Bernhard, enfin si on se base sur l'image du carton d'invitation, et sans se référer forcément à l'étiquette "aux confins de l'art brut".

 

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Evelyne Postic revient chez Alain Dettinger: "la métamorphose du mille pattes"

     Là, c'est à Lyon que cela se passe. Place Gailleton, chez l'excellent galeriste Dettinger (aïe, on va encore me reprocher de manquer de ri-gueur-intel-lec-tu-elle parce qu'on me prouvera facilement que je donne ce genre de jugement de valeur parce qu'il m'a exposé un jour, mais non, il était déjà excellent avant cela...). Evelyne Postic s'en vient avec de nouvelles grandes compositions grises et roses avec des squelettes qui hésitent furieusement entre se prendre pour des montagnes ou pour des buissons d'épines.

 

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Pétra Werlé chez Béatrice Soulié

      Enfin, pour clore provisoirement cette litanie d'expos et manifestations en tous genres (l'actualité créatrice étant décidément au beau fixe ce printemps), je signale le retour de Pétra Werlé et de ses sculptures en mie de pain à la galerie Béatrice Soulié. On peut visiter sa galerie le même jour où l'on ira voir le cabinet de curiosité DA-END pour Coco Fronsac et Jim Skull, c'est commode. Cela s'appelle "Aime-moi mon amour!". L'expo durera du 31 mai au 13 juillet.

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27/08/2011

Kadhafi squelettisé et bandit manchot emplumé

    Dans la transmission récente de photos estivales d'un genre particulier, mais bien plus réjouissantes que les usuelles, le hasard (qui n'existe pas comme on sait) a voulu que me parviennent deux effigies au garde-à-vous qui ont pour point commun, outre une rigidité longiligne, celui de venger, au moins symboliquement de vieilles haines à l'égard de figures répressives. L'une vient de Tripoli, et l'autre du XIVe ardt de Paris.

art pop révolutionnaire, Mohammed et Khadaffi.jpg

Ph. Tahar Hani, source France 24 (signalée par Régis Gayraud); vision prophétique de Kadhafi par un bricoleur spontané des rues prénommé Mohamed

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Apparition nocturne, rue Gazan (XIVe ardt), punition à base de goudron et plumes sur la personne d'un horrordateur par un usager en colère contre l'augmentation actuelle des amendes ; ph. Mathilde Maraninchi

16/11/2010

En plein rêve

     L'ai-je déjà publiée cette photo? Je la regarde à nouveau cette nuit avant de me confier à Morphée et je me dis que c'est une bonne planche à rêve...

Cimetière de La Souterraine, art topiaire, ph.Bruno Montpied, 2005.jpg

Cimetière de La Souterraine, Creuse, 2005, ph. Bruno Montpied

         La Lanterne des Morts qui attend au fond de la perspective est comme l'aiguille, immobile pour toujours, d'un cadran absent car inutile. Les morts déambulent mais on ne les voit pas, ils n'ont pas voulu impressionner la photo (ils n'aiment pas le numérique peut-être). Ils aiment à se lover, se contorsionner dans ces gros blocs d'ifs taillés en art topiaire. Ceux-ci ressemblent à des pièces de jeux d'échec géants, rendus difformes par l'anarchie naturelle d'une germination nourrie de chairs grasses et purulentes. Nous sommes dans le labyrinthe de la planète des morts, cette même planète dont parlait une petite fille dans une enquête que j'ai mise en ligne jadis (il y a un an presque jour pour jour) sur ce blog. Je ne sais pourquoi, mais j'ai tout à coup l'impression que ces blocs peuvent devenir caoutchouteux, et qu'ils vont se mettre à sauter comme des bouchons de champagne en rebondissant dans tous les sens dans la campagne environnante.

Cimetière-blocscouleur.jpg

Version couleur du même cliché précédent (pour répondre à la demande de Gilles ci-dessous ; est-ce le noir et blanc qui est au départ ou la couleur? Avec le numérique, on ne sait plus ; cette version couleur, résultat d'un photoshopage triturant les couleurs, est-elle première, pas plus que le noir et blanc sans doute...; mais le brouillard du petit matin était bien au rendez-vous ; la revoyant aujourd'hui, je me dis qu'elle est comme la photo d'un mort qui se serait promené au petit matin sorti des arbres, photographiant le vide, l'absence de vie, ce qui est bien un sujet de morts ; ce qui n'est pas loin d'une anticipation, puisqu'inéluctablement elle le sera bien un jour, photo d'un mort)

17/03/2010

Sanfourche, fin de partie

       Jean-Joseph Sanfourche, le disciple de Chaissac, l'émule de Dubuffet, dont j'appréciais l'oeuvre fort modestement en ce qui me concerne (ce qui explique que je m'étendrai pas sur le sujet, d'autres ne manqueront pas de le faire), est décédé samedi 13 mars dernier. Ses obsèques ont lieu ce mercredi 17. Paix à ses cendres et condoléances à ses proches. Une page de l'art singulier, de la "neuve invention" et de la création franche se tourne.

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Une oeuvre de Sanfourche pas vilaine exposée dans la Maison-Folie de Wazemmes en 2009, expo "Sur le fil"


Une petite vidéo sur FR3 

03/03/2010

Ataa Oko et Frédéric Bruly-Bouabré, deux créateurs africains à la collection de l'art brut à Lausanne

       La Collection de l'Art Brut de Lausanne, qui était fermée depuis quatre mois suite à des dégâts des eaux, réouvre ses portes le 5 mars prochain avec une exposition qui fera date dans l'histoire de la collection. Elle accueille deux créateurs africains, Frédéric Bruly-Bouabré tout d'abord, déjà bien connu (cet ancien collaborateur de Théodore Monod fut montré notamment à la grande exposition du Centre Georges Pompidou et de la Grande Halle de la Villette en 1989 Les Magiciens de la Terre ; vous savez, cette expo où Jean-Hubert Martin s'illustra en affirmant qu'il ne voyait aucun singulier primitiviste en occident, à part Chomo, pour être mis en parallèle avec les créateurs du tiers-monde qu'il voulait présenter à Paris, c'était dire l'étendue de son savoir...), ce qui fera que je ne m'étendrai pas à son sujet (même si ses oeuvres sont absolument séduisantes) et un autre créateur qui, lui, est beaucoup moins notoire, Ataa Oko Addo.

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Ataa Oko (au milieu) avec Kudjo Affutu (à gauche) et son fils Kofi (à droite), devant un cercueil-coq commandé à Oko par Regula Tschumi pour une exposition, 2009, ph. R.Tschumi

      Ataa, ça veut dire "grand-père" au Ghana, dans l'ethnie Ga dont fait partie cet étonnant nonagénaire toujours actif aujourd'hui (Oko signifie "jumeau", il eut une soeur jumelle qui mourut peu après la naissance). Cette fameuse ethnie s'est rendue célèbre auprès des amateurs d'art populaire africain contemporain par la confection de ces cercueils imagés (fèves de cacao, effigies de policiers, mercédès-benz, lion, oignons, etc) dédiés aux grands personnages que l'on veut enterrer pour se concilier leurs faveurs (voir ma note précédente sur le sujet). Certains de ces cercueils, qui intéressent maintenant les collectionneurs, ont été montrés dans des grandes manifestations (ceux de Kane Kwei furent présentés aux Magiciens de la Terre).

      Son histoire et son destin sont hors du commun sur le plan de l'histoire des arts populaires en Afrique (et ailleurs). D'après l'ethnologue suisse Regula Tschumi (qui fut hôtesse de l'air avant de choisir cet autre métier), qui étudie les coutumes religieuses des Ga, c'est Ataa Oko qui aurait créé le premier cercueil sculpté en 1945, à l'effigie d'un crocodile. Mais elle ne fournit pas de preuve photographique du fait (puisque les cercueils que les menuisiers ont sculptés avec soin, telles de véritables oeuvres d'art, sont enterrés avec les défunts à l'intérieur, disparaissant donc sous la terre, où, nous dit Philippe Lespinasse dans son documentaire Ghana, sépultures sur mesures (1), ils sont rapidement dévorés par les termites).

 

Couv-cata-lAtaa--Oko.jpg 

       Dans le catalogue qu'édite la Collection de l'Art Brut en collaboration avec l'éditeur suisse Infolio, elle ne montre qu'une photo datant de 1960 (où l'on voit Oko ave sa femme posant devant un cercueil en forme de cargo). L'ethnologue se base sur le témoignage du dit Ataa Oko et le recoupe avec les témoignages d'autres personnes qui confirment que Oko construisait bien des cercueils sculptés, et qu'il encouragea Kane Kwei à en faire à son tour, ce même Kane Kwei qui a été présenté internationalement comme le fondateur de cette tradition (il ne fit rien pour démentir la rumeur). L'idée vient alors à Regula Tschumi de demander à Ataa Oko de lui dessiner ses cercueils de 1945-1948, histoire de voir à quoi ils pouvaient bien ressembler...

Ataa Oko,dessin sans titre (deux esprits), collection de l'art brut, Lausanne.jpg
Ataa Oko, sans titre, dessin à la mine de plomb et crayons de couleur, 26 octobre 2008, 29,7x42 cm, Collection de l'Art Brut, Lausanne

     Elle apporte des blocs de papier à dessin, des crayons de couleur et Ataa Oko se prête de bonne grâce au jeu. Il commence à dessiner prudemment, sans appuyer, les formes des cercueils qu'il a confectionnés après 1945. Puis petit à petit, il se pique au jeu, il s'enhardit, prend confiance, et de dessin en dessin se lance à corps perdu dans son imaginaire délaissant les représentations imitatives du début (qui durèrent de 2004 à 2005, les années de début de cette production graphique). Ce sont ces dessins aux crayons de couleur, où se donne libre cours l'imagination de l'auteur, quoiqu'avec des références à l'animisme Ga, qui ont intéressé la Collection de l'Art Brut qui en possède désormais une bonne sélection semble-t-il, si l'on se rapporte aux oeuvres illustrant le charmant catalogue d'exposition. Le reste est dans les mains de Regula Tschumi qui a acheté régulièrement, au fur et à mesure qu'elle était produite, toute la production d'Ataa Oko. Ce qui est unique dans l'histoire des oeuvres d'art brut sur lesquelles on ne possède généralement pas de renseignements par exemple d'ordre chronologique. Lucienne Peiry précise au début du catalogue: "C'est ainsi que 2500 dessins ont vu le jour en six ans (2003-2009)". On voit là une oeuvre rangée dans le corpus de l'art brut en train de se faire quasiment sous nos yeux, ce qui est un fait nouveau.

 

Ataa Oko, sans titre, ph Amélie Blanc, Collection de l'art brut,Lausanne.jpg
Ataa Oko, sans titre, 2008, crayon de couleur et mine de plomb sur papier, 21x29,7cm, photo Amélie Blanc, Collection de l'Art Brut, Lausanne

      Autre fait étonnant et rare, on se confronte avec cet Ataa Oko à un autre phénomène qui m'apparaît unique. C'est un créateur qui est à l'origine à la fois d'une tradition de sculpture funéraire populaire et, par la suite - soixante ans après, excusez du peu! - aussi, d'une nouvelle expression individualiste populaire, dite "brute". C'est Dieu, ce type-là.   

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(1) Ce film a été édité en DVD chez Grand Angle Productions. Grand Angle Distribution, 14 rue des Périchaux, 75015 Paris. +33 1 45 359 258. n.labid@grandangle.com et www.grandangledistribution.com. Philippe Lespinasse livre aussi un texte de témoignage sur Ataa Oko dans le catalogue de l'exposition. Cette dernière se tient à Lausanne du 5 mars au 22 août 2010 (en parallèle avec Bruly-Bouabré): www.artbrut.ch

Cercueil sculpté en forme de policier au Ghana,film de Philippe Lespinasse, Grand Angle Productions, 2009.jpg
Une image tirée du film de Philippe Lespinasse, un cercueil en forme de pandore, avec vrai policier mort à l'intérieur...

01/01/2010

Une tombe imagée dans la Haute-Vienne

      En France aussi - mais il faut bien chercher! - nous avons des tombes qui pourraient faire écho aux cercueils ghanéens dont je parlais il y a peu (note du 19 décembre de la dernière année). L'inventaire reste à faire des sépultures imagées qui pourraient émailler de leurs rares présences tant de nos cimetières monotones.

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Tombe de Léonce Chabernaud, Rochechouart, photo (carte postale) Jacques Thibault

      La tombe ci-dessus semble avoir appartenu à un négociant en vins de la Haute-Vienne, voire à un viticulteur? Est-il le responsable du choix de ce tombeau fort insolite quoique bachique, ou est-ce le résultat des agapes d'après inhumation, quand la famille décida de la forme de sa dernière demeure, un peu comme une plaisanterie d'ivrognes (en ce lendemain de réveillon, cette hypothèse parlera à nombre de mes lecteurs)...? Toujours est-il qu'il voyage désormais dans la mémoire des hommes (qui passent par Rochechouart, ou par ce blog...) dans son tonneau pour l'éternité, moderne Diogène post-mortem.

19/12/2009

Enterrés dans une image, art funéraire au Ghana

     Il est une coutume funéraire contemporaine au Ghana qui consiste à enterrer certains dignitaires de l'ethnie Ga (il faut être un notable, avoir des moyens) dans des cercueils qui sont autant d'effigies emblématiques de la destinée du défunt, symboles aussi de sa fortune durant son parcours sur la terre (si Nicolas Sarkozy était ghanéen, on l'enterrerait peut-être dans un stylo ou une montre?). On vous enterre là-bas dans des oignons, des poissons, des pirogues, des voitures, des poules, des lions, des avions, tous sculptés dans le bois, ce qui est bien plus poétique on en conviendra qu'une simple caisse en sapin...

Cercueils du Ghana, un lion, ph.Thierry Secretan, 1994.jpg
Photo Thierry Secretan, extraite de son livre Il fait sombre, va-t-en, cercueils au Ghana

    J'écris "contemporaine", cependant, il faudrait préciser que cette coutume remonte déjà à la fin des années 1950. Elle remonterait même exactement à 1957, date à laquelle un menuisier du nom d'Ata Owoo (1902-1976, un contemporain de Dubuffet...) fabriqua pour un chef de sa région un palanquin en forme de cabosse de cacao. 1957 est aussi la date d'accession à l'indépendance pour le Ghana qui fut autrefois colonie britannique (sous le nom de la Gold Coast).

Cercueils divers du Ghana, ph T.Secretan, 1994.jpg
Ph.Thierry Secretan, extraites de Il fait sombre, va-t-en, divers cercueils produits dans les ateliers de Kane Kwei et de Paa Joe (1994)

     En France, ces coutumes ont été révélées au grand public par le photographe et cinéaste Thierry Secrétan qui a mené une recherche sur le sujet dès le début des années 1980. Un beau livre en fut l'aboutissement aux éditions Hazan en 1994 (Il fait sombre, va-t-en, Cercueils au Ghana).Il fait sombre va-t-en, cercueils du Ghana, T. Secretan, Hazan, 1994.jpg La grande exposition des Magiciens de la Terre a été la première en France, en 1989, à faire connaître ces cercueils-logos parmi tant d'autres merveilles de créativité populaire qui y furent simultanément présentées, provenant de différentes contrées du monde (les organisateurs français de cette expo avaient à l'époque cru bon d'estimer qu'il n'y avait personne en Europe capables d'être comparés avec les créateurs populaires du Tiers-Monde, hormis Chomo, dixit Jean-Hubert Martin, qui aurait dû passer à l'époque un bon cours de rattrapage en matière d'art brut et autres inspirés du bord des routes, quelle extraordinaire ignorance).  

     Une exposition plus récente vient de se terminer sur les cercueils du Ghana - je l'ai appris un peu tard, mille excuses! - au musée d'Evreux, dans l'ancien évêché (31 octobre - 29 novembre 2009, merci à Philippe Lalane pour l'info).  On y montra des photographies de Thierry Secretan mais aussi quelques cercueils venus de l'atelier de Paa Joe, neveu de Kane Kwai, émule lui-même du fameux Ata Owoo, qui fit beaucoup par son talent de sculpteur pour consacrer ce nouvel art funéraire en passe de devenir une tradition (on raconte que Kane Kwei proposa entre autres formes de cercueils le perroquet tenant en son bec un stylo pour symboliser les universitaires...). L'absence d'entreprise de pompes funèbres au Ghana, et l'importance capitale des rites funéraires qui ont pour enjeux de permettre aux défunts de rejoindre leur "famille céleste" et aussi de se réincarner par la suite parmi les vivants expliqueraient le développement de cet art fort imaginatif.

Cercueils du Ghana, photographies de T. Secretan, expo musée d'Evreux, 2009.jpg
T.Secretan, Aigle en chemin vers la tombe, image éditée par le musée d'Evreux, 2009

     Ces cercueils sont maintenant bien connus, au point que les commandes affluent de partout dans le monde, et probablement aussi - surtout? - pour des raisons d'ordre esthétique et marchand. Les cercueils présentés à Evreux provenaient par exemple de la galerie Dieleman, située à Gembloux en Suisse. D'autres cinéastes ont réalisé des documentaires sur le sujet, comme Philippe Lespinasse, connu pour sa collaboration entre autres avec la Collection de l'art brut à Lausanne (plusieurs de ses films édités en DVD y sont diffusés). Ghana, sépultures sur mesure, un moyen-métrage de 52 minutes, a été diffusé il y a peu sur France 5.

Cercueils du Ghana, ph. Philippe Lespinasse, 2009.jpg
© Philippe Lespinasse, 2009

 

 

25/11/2009

Comment les enfants voient-ils l'au delà? Enquête

D'après vous, qu'est-ce qu'il y a après la mort ?

 

I : On devient un squelette, on va dans les cimetières, on fait peur aux gens qui viennent visiter le cimetière.

N : On devient un animal... Celui qu'on voulait être dans la vie. Moi, je voudrais être un écureuil.

Y : On reste cadavre. On dort. On fait des rêves heureux.

détail d'une tombe au cimetière de Murat, ph.Bruno Montpied, 2007.jpg Ph. Bruno Montpied, cimetière de Murat, 2007

J : On devient zombie. Mort-vivant. Et puis après, on essaye de vous attraper. Parce que les zombies attaquent les vivants, les êtres humains, les chiens, les chats... C'est un monsieur qui est très méchant, un inventeur, c'est lui qui a transformé les morts en zombies.

F : On vous met dans un drap blanc, puis au cimetière, directement dans la terre.

I : On va dans le ciel, on est des esprits, on ne les voit pas (invisibles). Dieu, il nous met dans l'enfer ou au paradis.

B : On se fait enterrer et ensuite direct au paradis ou direct en enfer.

N : On nous enterre et après on a une autre vie qui est la même qu'avant et qui se répète.

S : On est enterré, on devient un mort.

Costume d'Halloween, vu sur le blog Anonymous Works.JPG

Costume d'Halloween, vu sur le site Anonymous Works, USA

Z : Si on se fait incinérer, on est dans un bocal et si on est enterré, le corps se transforme petit à petit en terre. Il n'y a plus rien.

N : Notre corps devient un squelette. On le met comme dans une boîte. Le squelette disparaît petit à petit.

C-E-V : On existe encore, on devient un fantôme qui va au paradis. C'est comme un hôtel. 

H : C'est un château le paradis. Y a pas de serviteurs... Il y fait chaud. Y a pas d'hiver.

N : Aussi, on brûle notre corps, on devient un elfe qui protège tout le monde. Au paradis, il fait chaud. Tout se passe bien. Il y a Dieu. Il a la peau noire. Il est vieux et il a de la famille au paradis, et il a aussi un enfant qui porte une couronne qui s'appelle Jésus. La famille de Dieu elle porte une couronne. 

F : On est mort, il y a des gens qui nous voient. Nous sommes blancs avec des yeux tout noirs. Les vivants ont peur de nous.

Gironella, squelette sculpté sur liège,extrait du blog d'Eric Poindron).jpg
Joaquin Vincens Gironella, squelette sculpté en liège, extrait du blog d'Eric Poindron, Le Cabinet de curiosités

 K : On va sur une planète nommée la Mort. Elle est exactement pareille que la Terre. Elle a un bouclier qui la rend invisible à la Terre. C'est la planète des morts. Il y a deux parties, une pour les méchants qui ont fait des bêtises et une pour les gentils.

L : On meurt quand on est vieux, on devient squelettes. Les gens vont pour mettre les os dans le cimetière. 

I : Le paradis, c'est une ville ronde, très grande, on y obtient tout ce qu'on veut. 

 Is. : J'ai un arrière-grand-père qui est mort en Chine. On l'avait mis dans une boîte en haut de.... Il était dehors. Les gens venaient le voir. Il ne parlait pas. Il ne bougeait pas. Son visage était pareil que lorsqu'il était vivant. On ne savait pas s'il dormait ou s'il était mort. Ma grand-mère, elle pleurait (rire...).

F : J'ai un tonton que j'ai pas connu qui est mort à cause d'une forte maladie. Ma mère était allée voir quand il était mort. Moi j'étais pas né. Il est à la Guadeloupe maintenant dans un cimetière prés d'un lac. Après la mort, on peut survivre dans les cœurs des gens qui restent. Dieu peut faire vivre les morts d'une autre manière.

A : Les animaux, on les brûle. On enterre les cendres sous la terre. Leurs esprits restent sous la terre et pensent à leur vie passée.

R : On part au paradis qui est joli. C'est une ville dans le ciel où à la place du plancher il y a des nuages.

Fous. : On va en enfer. C'est un endroit tout cassé. On passe son temps à se battre et le ciel de l'enfer est rouge à cause de la colère des morts, et les nuages sont noirs.

Cimetière de Sapinta, photo Association Geppetto,2008.jpgCimetière de Sapinta en Roumanie, tombes sculptées et gravées par Stan Ion Patras et ses successeurs, photo transmise par l'Association Geppetto (Carla-Bayle)

A : On va au paradis, c'est la campagne. Il y a des vaches et des chevaux. Des fontaines de jus d'orange. On s'y baigne. On mange des éclairs au choco et du poulet-frites. 

D : On devient invisible et on va dans le ciel, on a des ailes.

Ir : On va au paradis, et ceux qui ont menti dans la vie vont en enfer. Il y a plein de pièges. On s'assied sur des chaises avec des clous.

N : On renaît quand on est mort, on revit... Les animaux, eux, deviennent des objets. 

R : On a la belle vie. On mange de bonnes choses... On fait tout ce qu'on veut avec Dieu. C'est un homme qui a été le premier sur la Terre. Quand il est mort il est allé au paradis direct. Après, il y a les animaux qui sont venus... Comme il y avait beaucoup de singes, ils se sont transformés en hommes....

Fous. : On reste comme on est mais on est transparent. On descend de l'enfer pour détruire les personnes qui nous ont fait mal. On revient sur terre comme fantômes... Et on essaye de trouver le bonheur.

A : On danse, on fait la fête tous les soirs. On n'y grossit jamais... Dieu c'est lui qui fait les repas. Il est maigre et gros à la fois. Il est habillé en blanc et il a un bouclier en bronze. C'est le chef !

Détail d'une tombe au cimetière de Murat, photo Bruno Montpied, 2007.jpg
Cimetière de Murat, détail d'une tombe, ph.BM, 2007

 Ir. : Ceux qui vont en enfer y restent cinq ans. Après ils revivent. Au paradis, ils restent un an. Ils reviennent en animaux. 

(Atelier d'écriture dans une BCD, avec des enfants de 7 ans, mai 2009)

23/08/2009

Gilles Manero veut-il du mal aux sciapodes?

    Gilles Manero a une curieuse vision des sciapodes. Il m'en a envoyé trois, à base d'aquarelle, de collage, de détournement.

    Voici dans l'ordre chronologique le premier:

Gilles-Manero,-Sciapodicus,.jpg

Gilles Manero, Sciapodicus, 2008   

    Puis le second:

Gilles-Manero,-sciapode-du-.jpg
Gilles Manero, [Sciapode du genre écorché], 2008

    Enfin le troisième:

Gilles-Manero,-Le-sciapode-.jpg
Gilles Manero, Le Sciapode au Poignard subtil, 2008
     Mais enfin, qu'est-ce que les sciapodes lui ont fait pour qu'il se les représente ainsi, cadavériques, écorchés ou tout bonnement squelettiques, et inquiétants qu'ils sont, adossés à leur poignard ouvert? 

25/04/2009

Une image peut en cacher une autre

signalisation dans le bitume, bd St-Marcel, Paris, ph.Bruno Montpied.jpg
Bd Saint-Marcel, Paris 13e, signalisation dans le bitume, ph.Bruno Montpied, 2008

      Une exposition à voir toutes affaires cessantes - et pourtant il y en a un certain nombre ces jours-ci à Paris, Calder, Jorn, Chirico, Kandinsky, Boix-Vives, Macréau (non, pas Warhol dont je me passe bien, personnellement), etc... - c'est L'AUTRE expo du Grand Palais, aux Galeries Nationales, UNE IMAGE PEUT EN CACHER UNE AUTRE. Du 8 avril au 6 juillet.catalogue Dali et les magiciens de l'ambiguïté, 2003, double image [que voyez-vous en premier?] sans crédit.jpg Son chef d'orchestre est Jean-Hubert Martin, qui avait déjà coordonné une autre expo sur le même thème, à Düsseldorf, L'énigme sans fin, Dali et les magiciens de l'ambiguïté, en 2003. Plus lointainement, une expo au Palazzo Grassi à Venise, L'effet Arcimboldo (1987), avait elle aussi abordé le thème de la double image, de l'image cachée dans l'image. De même que plus près de nous, il y eut en 2006 au Palais des Beaux-Arts de Lille l'exposition L'Homme-Paysage, visions artistiques du paysage anthropomorphe entre le XVIe et le XXIe siècle, dont les concepteurs étaient Alain Tapié et Jeanette Zwingenberger, cette dernière se retrouvant au sommaire du catalogue de l'expo actuelle du Grand Palais. Assez en rapport avec cette dernière, on se souviendra également de la note que j'ai donnée le 30 mars 2008 à propos de l'exposition sur les cartes postales insolites, La photographie timbrée, qui fut montée l'année dernière à l'Hôtel de Sully.

Mantegna,détail de Pallas chassant les vices..., Musée du Louvre.jpg
Détail du tableau de Mantegna, Pallas chassant les vices du Jardin des Vertus, Musée du Louvre

       C'est le genre d'expo qui peut intéresser tous ceux qui sont fascinés par les images ambivalentes, telles que Dali aimaient en produire (sa paranoïa-critique est basée sur ces jeux d'illusions, l'exposition lui consacre une petite salle avec des oeuvres de très haut niveau), ou telles qu'on peut en voir dans une foisonnante et hétéroclite iconographie dont cette expo montre une large sélection (parmi les artistes modernes, j'ai fait personnellement la connaissance des sculptures à double aspect, se dévoilant en tournant autour, de Markus Raetz). Dans la peinture de la Renaissance par exemple, nombreux sont les exemples de paysages où se dissimulent des têtes plus ou moins grotesques, des profils dans la découpure des falaises (un célèbre tableau de Mantegna avec des nuages façonnés en forme de visages, Pallas chassant les vices du Jardin des vertus, venu de la grande Galerie du Louvre, est présent dans l'expo). C'est un jeu de recherche qui fait le plaisir du visiteur (s'il parvient à s'approcher du tableau, ce qui relève de l'exploit étant donné l'affluence), l'exposition étant pour une fois parée d'une dimension ludique indéniable (qui ne devrait pas déplaire aux enfants qu'on peut y emmener de préférence à toute autre expo).

Josse de Momper,L'automne, catalogue Une image peut en cacher une autre.jpg
Josse de Momper, 1564-1635, Allégorie de l'Automne, extrait du catalogue Une image peut en cacher une autre

      Mais elle ne se limite pas à cela. Des commentaires brefs mais denses aiguillonnent la curiosité. Notamment lorsqu'il s'agit d'expliquer au visiteur que ces images cachées à l'époque de la Renaissance avaient un sens peut-être édifiant, la nature peinte étant considérée comme le siège d'une sauvagerie qu'il était nécessaire de réduire par la civilisation. Ou bien voyait-on dans ces dissimulations d'images, destinées à être vues dans un second temps de la perception, la démonstration de ce que la contemplation d'une image, en apparence immédiatement lisible,  recélait en réalité une autre signification cachée, ce qui ouvrait à une conception transcendante du parcours contemplateur. Dieu est caché dans le moindre détail, n'est-ce pas... Aujourd'hui, l'image cachée répond à d'autres significations, d'autres besoins, notamment celui de s'émerveiller, ou bien au goût des images séditieuses (une partie de l'expo est consacrée aux profils ou silhouettes d'hommes politiques cachés dans des trous, ou des intervalles du paysage, cf. les représentations de Napoléon en silhouette).

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Gravure populaire anglaise, vers 1830, extraite de l'ouvrage L'oeil s'amuse, éd. Autrement, 1999

      Il existe évidemment un lien avec les thèmes plus ou moins carnavalesques du monde à l'envers.  L'imagerie populaire n'a pas été oubliée (si l'art brut lui, en dépit de sa présence à l'exposition de Düsseldorf pourtant, avec un article de Claudia Dichter dans le catalogue de cette dernière expo, a été  mis de côté, on ne sait pourquoi ; je sais certain dessin  de la collection Prinzhorn, présent dans le catalogue de l'expo de Düsseldorf, qui n'aurait pas détoné dans cette expo... ; on ne trouve dans un coin qu'un  beau dessin - certes - d'Unica Zürn, qui n'est, de plus, elle, pas tout à fait réductible à l'art brut).August Natterer (Neter),Tête de sorcière, coll.Prinzhorn, Heidelberg.jpg L'exposition commence  sur un mur constellé de cartes postales en noir et blanc montrant des roches aux formes fantastiques telles qu'on en trouve en nombre un peu partout en France (montage de Jean Le Gac, semble-t-il, mais il y avait trop de peuple, je n'ai pas réussi à me faufiler parmi les visiteurs qui les regardaient en faisant la queue sagement comme on fait la queue dans le métro, et du coup je n'ai pu identifier l'auteur du montage). Des pierres de l'ancienne collection de Roger Caillois sont montrées un peu plus loin (on se référera à ses ouvrages sur L'écriture des pierres). On rejoint là l'intérêt pour la poésie des formes naturelles que sur ce blog nous partageons fortement avec tant d'autres amateurs. Certains objets naturels trouvés reviennent dans l'expo qui avaient déjà été présentés au musée Dapper il y a plusieurs années dans le cadre de la très excitante expo intitulée Résonances (organisée par Yves Le Fur, que l'on retrouve comme par hasard parmi les auteurs du catalogue). Un chapitre de ce catalogue est consacré au thème sous le titre La Nature artiste. Ce secteur est présenté , à ce que je crois me souvenir, à proximité d'un autre espace consacré aux images vues dans les taches d'encre (pliages symétriques), comme par exemple celles de Rorschach dont quelques essais sont montrés à cette occasion (placés à côté de taches de Victor Hugo ou de Justinus Kerner, déjà montré autrefois dans ce même Grand Palais pour la grande exposition L'Ame au corps). Des décalcomanies surréalistes auraient pu également être montrées dans leur voisinage, mais sans doute a-t-on jugé que cela avait été déjà souvent fait (cependant, ce fut souvent de façon ultra partielle, une expo entière serait  en réalité souhaitable sur le sujet des techniques d'empreinte dans le surréalisme)? Quelques taches obtenues par pliage et symétrisation produites par des poètes comme Eluard ou Marcel Duchamp sont présentées justement en raison de leur côté inédit, mais on reste un peu sur sa faim.

Endless-Enigma,-Raoul-Marek.jpg
Profils cachés dans les oeuvres de Raoul Marek, extrait du catalogue Endless enigma, musée de Düsseldorf, 2003

      L'exposition ne manque pas de montrer également des cartes géographiques interprétées de façon à figurer dans les contours des frontières des personnages ou des animaux symboliques des nations, l'ours russe, le lion belge, etc. On retrouve évoquées, trop succinctement à mon gré, les lettres à images, des alphabets anthropomorphes (à ce sujet, on peut toujours se reporter au très bel et complet ouvrage de Massin, La Lettre et l'Image, paru autrefois chez Gallimard). Un bel espace est dévolu à des exemples d'anamorphoses, c'est le lieu où l'on enregistre d'ailleurs le plus grand nombre de torticolis au mètre carré dans l'expo... Les miniatures mogholes n'ont pas été oubliées. Dans le secteur sur le paysage-visage, on découvre que même Courbet sut se laisser impressionner par des rochers hallucinatoires (cf. Le géant de Saillon). Du reste, ce parcours recèle dans certains de ses replis et coins secrets des surprises comme ce très beau tableau de Meret Oppenheim de 1938 qui s'intitule La femme de pierre. De même certaines vidéos se révèlent au passage assez "bluffantes", comme une, due à Alain Fleisher (oublié ce me semble dans le catalogue), intitulée L'Homme dans les draps, qui consiste en une animation de draps se dépliant et dessinant des ombres de profils humains changeants, très belle idée et très belle réalisation...

     Comme je le disais au début de cette longue note, décidément oui, une exposition à voir toutes affaires cessantes...

11/03/2009

Ex-voto du Mexique, Alfredo Vilchis en particulier

    La galerie Frédéric Moisan accroche à ses cimaises (jusqu'au 29 mars prochain, se presser...) les petits "retables" naïfs du peintre mexicain d'ex-voto contemporains Alfredo Vilchis, ainsi que ceux de ses descendants, puisqu'à présent c'est tout une famille de peintres qui turbinent pour pondre de l'ex-voto à tour de bras (comme dans le cas de la famille Linarés qui fait dans le squelette polychrome) dans un faubourg de Mexico.

Alfredo Vilchis, sans titre, photo Pierre-Schwartz, Galerie Frédéric Moisan.jpg
Ex-voto d'Alfredo Vilchis, photo Pierre Schwartz, site de la galerie Frédéric Moisan (le Christ décroche sa main du clou pour enjoindre à la Mort de suspendre le transfert de l'homme qui devait partir avec elle du fait de ses excès de boisson...)
Rue des miracles couverture du livre de Pierre Schwartz, Ed. du Seuil,2003.jpg

    On connaît déjà passablement les peintures de cette famille depuis la parution du livre de Pierre Schwartz, préfacé par Victoire et Hervé Di Rosa, Rue des Miracles, ex-voto mexicains contemporains (Le Seuil, Paris, 2003), qui recensait de nombreux tableaux, dont certains du reste se retrouvent dans cette exposition.

Alfredo Vilchis, Ex-voto, dans le livre de Pierre schwartz, Rue des Miracles.jpg
Ex-voto offert à Saint-Sébastien par deux homosexuelles reconnaissantes de ce que leurs amours puissent se passer sans anicroche dans leurs rapports avec leur entourage ; extrait du livre de Pierre Schwartz

    Cette forme d'art populaire contemporain, encore très vivante au Mexique, intéresse comme on sait les animateurs et les sympathisants du Musée International des Arts Modestes de Sète. Parmi eux, Pascal Saumade, animateur par ailleurs de la structure nomade appelée Pop Galerie, avait monté il y a quelques années rue d'Orsel à Montmartre, dans les anciens locaux de l'Art's Factory, une exposition d'autres peintres populaires mexicains d'ex-voto, comme l'auteur du "retable" (tableau) ci-dessous, moins connu qu'Alfredo Vilchis qu'on a tendance à citer un peu trop exclusivement depuis quelque temps...

Ex-voto mexicain contemporain anonyme, photo Bruno Montpied.jpg
Ex-voto signé "VH", avec le texte suivant à sa base: "Je dédie ce retable au doux seigneur Jésus pour m'avoir permis de vivre après avoir été blessé par la balle d'un malfrat et de m'avoir permis de vivre alors que j'avais rompu mon serment [de ne plus boire]. C'est pour cela que je proclame ce miracle et en jurant de ne plus jamais m'enivrer je te remercie infiniment. Felipe Romero, 1950." (Traduction Gabriella Trujillo), coll.privée, Paris, ph.B.Montpied   

    J'avais cru comprendre à l'époque -mais n'ai-je pas halluciné?- que beaucoup de ces ex-voto portaient des dates qui pouvaient être bien antérieures à leur date d'exécution. Vrai? On aimerait avoir des renseignements plus précis là-dessus... J'ai fait un échange il y a quelque temps avec Frédéric Lux de quatre ex-voto, eux aussi mexicains, dont trois datés des premières années du XXe siècle paraissent visiblement peints avec un pigment bien plus proche de nous dans le temps (le quatrième est plus patiné, donc peut-être plus ancien, paraissant d'une autre main que les trois premiers)... Je laisse juges mes lecteurs...

ex-voto mexicain anonyme, début XXe siècle (sans doute pas).jpg
ex-voto mexicain anonyme.jpg
ex-voto mexicain anonyme.jpg
ex-voto mexicain anonyme.jpg
Quatre ex-voto mexicains, le dernier plus ancien au point de vue de l'aspect du pigment ; ph.B.Montpied

01/11/2008

Dictionnaire du Poignard Subtil

Poignard-gaulois-(Encyclopé.jpg

FAMILLE:

    "Les morts ont de la chance : ils ne voient leur famille qu'une fois par an, à la Toussaint."

    (Pierre Doris ; cité dans Elizabeth Quin, Le livre des vanités, Editions du Regard, Paris, 2008) 

11/06/2007

Une figure macabre de Charles Benefiel

   Une autre oeuvre du même Benefiel (né en 1967 il a aujourd'hui quarante ans et vit en Californie), figurant sur le site Outsiderart et pour inaugurer une série (une "ca-té-go-rie" comme on dit dans la blogosphère...) sur les images de la mort... Car j'ai l'âme un peu mexicaine.

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Cette image qui paraît être la reproduction d'un assemblage plutôt que d'une peinture à deux dimensions fait étrangement écho à un collage effectué ces derniers jours devant moi par un petit enfant de 7 ans. Il voulait à toute force mettre une tête de mort sur un corps humain... Cela arrive rarement. Celui qui a fait ce collage est un enfant des plus doux et des plus sensibles...
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Adel K. (7ans)