25 novembre 2009
Comment les enfants voient-ils l'au delà? Enquête
D'après vous, qu'est-ce qu'il y a après la mort ?
I : On devient un squelette, on va dans les cimetières, on fait peur aux gens qui viennent visiter le cimetière.
N : On devient un animal... Celui qu'on voulait être dans la vie. Moi, je voudrais être un écureuil.
Y : On reste cadavre. On dort. On fait des rêves heureux.
J : On devient zombie. Mort-vivant. Et puis après, on essaye de vous attraper. Parce que les zombies attaquent les vivants, les êtres humains, les chiens, les chats... C'est un monsieur qui est très méchant, un inventeur, c'est lui qui a transformé les morts en zombies.
F : On vous met dans un drap blanc, puis au cimetière, directement dans la terre.
I : On va dans le ciel, on est des esprits, on ne les voit pas (invisibles). Dieu, il nous met dans l'enfer ou au paradis.
B : On se fait enterrer et ensuite direct au paradis ou direct en enfer.
N : On nous enterre et après on a une autre vie qui est la même qu'avant et qui se répète.
S : On est enterré, on devient un mort.
Costume d'Halloween, vu sur le site anonymous Works, USA
Z : Si on se fait incinérer, on est dans un bocal et si on est enterré, le corps se transforme petit à petit en terre. Il n'y a plus rien.
N : Notre corps devient un squelette. On le met comme dans une boîte. Le squelette disparaît petit à petit.
C-E-V : On existe encore, on devient un fantôme qui va au paradis. C'est comme un hôtel.
H : C'est un château le paradis. Y a pas de serviteurs... Il y fait chaud. Y a pas d'hiver.
N : Aussi, on brûle notre corps, on devient un elfe qui protège tout le monde. Au paradis, il fait chaud. Tout se passe bien. Il y a Dieu. Il a la peau noire. Il est vieux et il a de la famille au paradis, et il a aussi un enfant qui porte une couronne qui s'appelle Jésus. La famille de Dieu elle porte une couronne.
F : On est mort, il y a des gens qui nous voient. Nous sommes blancs avec des yeux tout noirs. Les vivants ont peur de nous.
K : On va sur une planète nommée la Mort. Elle est exactement pareille que la Terre. Elle a un bouclier qui la rend invisible à la Terre. C'est la planète des morts. Il y a deux parties, une pour les méchants qui ont fait des bêtises et une pour les gentils.
L : On meurt quand on est vieux, on devient squelettes. Les gens vont pour mettre les os dans le cimetière.
I : Le paradis, c'est une ville ronde, très grande, on y obtient tout ce qu'on veut.
Is. : J'ai un arrière-grand-père qui est mort en Chine. On l'avait mis dans une boîte en haut de.... Il était dehors. Les gens venaient le voir. Il ne parlait pas. Il ne bougeait pas. Son visage était pareil que lorsqu'il était vivant. On ne savait pas s'il dormait ou s'il était mort. Ma grand-mère, elle pleurait (rire...).
F : J'ai un tonton que j'ai pas connu qui est mort à cause d'une forte maladie. Ma mère était allée voir quand il était mort. Moi j'étais pas né. Il est à la Guadeloupe maintenant dans un cimetière prés d'un lac. Après la mort, on peut survivre dans les cœurs des gens qui restent. Dieu peut faire vivre les morts d'une autre manière.
A : Les animaux, on les brûle. On enterre les cendres sous la terre. Leurs esprits restent sous la terre et pensent à leur vie passée.
R : On part au paradis qui est joli. C'est une ville dans le ciel où à la place du plancher il y a des nuages.
Fous. : On va en enfer. C'est un endroit tout cassé. On passe son temps à se battre et le ciel de l'enfer est rouge à cause de la colère des morts, et les nuages sont noirs.
Cimetière de Sapinta en Roumanie, tombes sculptées et gravées par Stan Ion Patras et ses successeurs, photo transmise par l'Association Geppetto (Carla-Bayle)A : On va au paradis, c'est la campagne. Il y a des vaches et des chevaux. Des fontaines de jus d'orange. On s'y baigne. On mange des éclairs au choco et du poulet-frites.
D : On devient invisible et on va dans le ciel, on a des ailes.
Ir : On va au paradis, et ceux qui ont menti dans la vie vont en enfer. Il y a plein de pièges. On s'assied sur des chaises avec des clous.
N : On renaît quand on est mort, on revit... Les animaux, eux, deviennent des objets.
R : On a la belle vie. On mange de bonnes choses... On fait tout ce qu'on veut avec Dieu. C'est un homme qui a été le premier sur la Terre. Quand il est mort il est allé au paradis direct. Après, il y a les animaux qui sont venus... Comme il y avait beaucoup de singes, ils se sont transformés en hommes....
Fous. : On reste comme on est mais on est transparent. On descend de l'enfer pour détruire les personnes qui nous ont fait mal. On revient sur terre comme fantômes... Et on essaye de trouver le bonheur.
A : On danse, on fait la fête tous les soirs. On n'y grossit jamais... Dieu c'est lui qui fait les repas. Il est maigre et gros à la fois. Il est habillé en blanc et il a un bouclier en bronze. C'est le chef !
Ir. : Ceux qui vont en enfer y restent cinq ans. Après ils revivent. Au paradis, ils restent un an. Ils reviennent en animaux.
(Atelier d'écriture dans une BCD, avec des enfants de 7 ans, mai 2009)
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23 août 2009
Gilles Manero veut-il du mal aux sciapodes?
Gilles Manero a une curieuse vision des sciapodes. Il m'en a envoyé trois, à base d'aquarelle, de collage, de détournement.
Voici dans l'ordre chronologique le premier:
Gilles Manero, Sciapodicus, 2008
Puis le second:
Enfin le troisième:
16:07 Publié dans Art singulier, Danse macabre, Sciapodes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gilles manero, sciapodes, danse macabre
25 avril 2009
Une image peut en cacher une autre
Une exposition à voir toutes affaires cessantes - et pourtant il y en a un certain nombre ces jours-ci à Paris, Calder, Jorn, Chirico, Kandinsky, Boix-Vives, Macréau (non, pas Warhol dont je me passe bien, personnellement), etc... - c'est L'AUTRE expo du Grand Palais, aux Galeries Nationales, UNE IMAGE PEUT EN CACHER UNE AUTRE. Du 8 avril au 6 juillet.
Son chef d'orchestre est Jean-Hubert Martin, qui avait déjà coordonné une autre expo sur le même thème, à Düsseldorf, L'énigme sans fin, Dali et les magiciens de l'ambiguïté, en 2003. Plus lointainement, une expo au Palazzo Grassi à Venise, L'effet Arcimboldo (1987), avait elle aussi abordé le thème de la double image, de l'image cachée dans l'image. De même que plus près de nous, il y eut en 2006 au Palais des Beaux-Arts de Lille l'exposition L'Homme-Paysage, visions artistiques du paysage anthropomorphe entre le XVIe et le XXIe siècle, dont les concepteurs étaient Alain Tapié et Jeanette Zwingenberger, cette dernière se retrouvant au sommaire du catalogue de l'expo actuelle du Grand Palais. Assez en rapport avec cette dernière, on se souviendra également de la note que j'ai donnée le 30 mars 2008 à propos de l'exposition sur les cartes postales insolites, La photographie timbrée, qui fut montée l'année dernière à l'Hôtel de Sully.
C'est le genre d'expo qui peut intéresser tous ceux qui sont fascinés par les images ambivalentes, telles que Dali aimaient en produire (sa paranoïa-critique est basée sur ces jeux d'illusions, l'exposition lui consacre une petite salle avec des oeuvres de très haut niveau), ou telles qu'on peut en voir dans une foisonnante et hétéroclite iconographie dont cette expo montre une large sélection (parmi les artistes modernes, j'ai fait personnellement la connaissance des sculptures à double aspect, se dévoilant en tournant autour, de Markus Raetz). Dans la peinture de la Renaissance par exemple, nombreux sont les exemples de paysages où se dissimulent des têtes plus ou moins grotesques, des profils dans la découpure des falaises (un célèbre tableau de Mantegna avec des nuages façonnés en forme de visages, Pallas chassant les vices du Jardin des vertus, venu de la grande Galerie du Louvre, est présent dans l'expo). C'est un jeu de recherche qui fait le plaisir du visiteur (s'il parvient à s'approcher du tableau, ce qui relève de l'exploit étant donné l'affluence), l'exposition étant pour une fois parée d'une dimension ludique indéniable (qui ne devrait pas déplaire aux enfants qu'on peut y emmener de préférence à toute autre expo).
Mais elle ne se limite pas à cela. Des commentaires brefs mais denses aiguillonnent la curiosité. Notamment lorsqu'il s'agit d'expliquer au visiteur que ces images cachées à l'époque de la Renaissance avaient un sens peut-être édifiant, la nature peinte étant considérée comme le siège d'une sauvagerie qu'il était nécessaire de réduire par la civilisation. Ou bien voyait-on dans ces dissimulations d'images, destinées à être vues dans un second temps de la perception, la démonstration de ce que la contemplation d'une image, en apparence immédiatement lisible, recélait en réalité une autre signification cachée, ce qui ouvrait à une conception transcendante du parcours contemplateur. Dieu est caché dans le moindre détail, n'est-ce pas... Aujourd'hui, l'image cachée répond à d'autres significations, d'autres besoins, notamment celui de s'émerveiller, ou bien au goût des images séditieuses (une partie de l'expo est consacrée aux profils ou silhouettes d'hommes politiques cachés dans des trous, ou des intervalles du paysage, cf. les représentations de Napoléon en silhouette).
Il existe évidemment un lien avec les thèmes plus ou moins carnavalesques du monde à l'envers. L'imagerie populaire n'a pas été oubliée (si l'art brut lui, en dépit de sa présence à l'exposition de Düsseldorf pourtant, avec un article de Claudia Dichter dans le catalogue de cette dernière expo, a été mis de côté, on ne sait pourquoi ; je sais certain dessin de la collection Prinzhorn, présent dans le catalogue de l'expo de Düsseldorf, qui n'aurait pas détoné dans cette expo... ; on ne trouve dans un coin qu'un beau dessin - certes - d'Unica Zürn, qui n'est, de plus, elle, pas tout à fait réductible à l'art brut).
L'exposition commence sur un mur constellé de cartes postales en noir et blanc montrant des roches aux formes fantastiques telles qu'on en trouve en nombre un peu partout en France (montage de Jean Le Gac, semble-t-il, mais il y avait trop de peuple, je n'ai pas réussi à me faufiler parmi les visiteurs qui les regardaient en faisant la queue sagement comme on fait la queue dans le métro, et du coup je n'ai pu identifier l'auteur du montage). Des pierres de l'ancienne collection de Roger Caillois sont montrées un peu plus loin (on se référera à ses ouvrages sur L'écriture des pierres). On rejoint là l'intérêt pour la poésie des formes naturelles que sur ce blog nous partageons fortement avec tant d'autres amateurs. Certains objets naturels trouvés reviennent dans l'expo qui avaient déjà été présentés au musée Dapper il y a plusieurs années dans le cadre de la très excitante expo intitulée Résonances (organisée par Yves Le Fur, que l'on retrouve comme par hasard parmi les auteurs du catalogue). Un chapitre de ce catalogue est consacré au thème sous le titre La Nature artiste. Ce secteur est présenté , à ce que je crois me souvenir, à proximité d'un autre espace consacré aux images vues dans les taches d'encre (pliages symétriques), comme par exemple celles de Rorschach dont quelques essais sont montrés à cette occasion (placés à côté de taches de Victor Hugo ou de Justinus Kerner, déjà montré autrefois dans ce même Grand Palais pour la grande exposition L'Ame au corps). Des décalcomanies surréalistes auraient pu également être montrées dans leur voisinage, mais sans doute a-t-on jugé que cela avait été déjà souvent fait (cependant, ce fut souvent de façon ultra partielle, une expo entière serait en réalité souhaitable sur le sujet des techniques d'empreinte dans le surréalisme)? Quelques taches obtenues par pliage et symétrisation produites par des poètes comme Eluard ou Marcel Duchamp sont présentées justement en raison de leur côté inédit, mais on reste un peu sur sa faim.
L'exposition ne manque pas de montrer également des cartes géographiques interprétées de façon à figurer dans les contours des frontières des personnages ou des animaux symboliques des nations, l'ours russe, le lion belge, etc. On retrouve évoquées, trop succinctement à mon gré, les lettres à images, des alphabets anthropomorphes (à ce sujet, on peut toujours se reporter au très bel et complet ouvrage de Massin, La Lettre et l'Image, paru autrefois chez Gallimard). Un bel espace est dévolu à des exemples d'anamorphoses, c'est le lieu où l'on enregistre d'ailleurs le plus grand nombre de torticolis au mètre carré dans l'expo... Les miniatures mogholes n'ont pas été oubliées. Dans le secteur sur le paysage-visage, on découvre que même Courbet sut se laisser impressionner par des rochers hallucinatoires (cf. Le géant de Saillon). Du reste, ce parcours recèle dans certains de ses replis et coins secrets des surprises comme ce très beau tableau de Meret Oppenheim de 1938 qui s'intitule La femme de pierre. De même certaines vidéos se révèlent au passage assez "bluffantes", comme une, due à Alain Fleisher (oublié ce me semble dans le catalogue), intitulée L'Homme dans les draps, qui consiste en une animation de draps se dépliant et dessinant des ombres de profils humains changeants, très belle idée et très belle réalisation...
Comme je le disais au début de cette longue note, décidément oui, une exposition à voir toutes affaires cessantes...
18:41 Publié dans Art immédiat, Art moderne méconnu, Art populaire insolite, Danse macabre, Galeries ou musées bien inspirés, Images cachées, images délirantes?, Photographie, Poésie naturelle ou de hasard, Surréalisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : doubles images, surréalisme, dali, raetz, arcimboldo, poésie naturelle
11 mars 2009
Ex-voto du Mexique, Alfredo Vilchis en particulier
La galerie Frédéric Moisan accroche à ses cimaises (jusqu'au 29 mars prochain, se presser...) les petits "retables" naïfs du peintre mexicain d'ex-voto contemporains Alfredo Vilchis, ainsi que ceux de ses descendants, puisqu'à présent c'est tout une famille de peintres qui turbinent pour pondre de l'ex-voto à tour de bras (comme dans le cas de la famille Linarés qui fait dans le squelette polychrome) dans un faubourg de Mexico.

On connaît déjà passablement les peintures de cette famille depuis la parution du livre de Pierre Schwartz, préfacé par Victoire et Hervé Di Rosa, Rue des Miracles, ex-voto mexicains contemporains (Le Seuil, Paris, 2003), qui recensait de nombreux tableaux, dont certains du reste se retrouvent dans cette exposition.
Cette forme d'art populaire contemporain, encore très vivante au Mexique, intéresse comme on sait les animateurs et les sympathisants du Musée International des Arts Modestes de Sète. Parmi eux, Pascal Saumade, animateur par ailleurs de la structure nomade appelée Pop Galerie, avait monté il y a quelques années rue d'Orsel à Montmartre, dans les anciens locaux de l'Art's Factory, une exposition d'autres peintres populaires mexicains d'ex-voto, comme l'auteur du "retable" (tableau) ci-dessous, moins connu qu'Alfredo Vilchis qu'on a tendance à citer un peu trop exclusivement depuis quelque temps...
J'avais cru comprendre à l'époque -mais n'ai-je pas halluciné?- que beaucoup de ces ex-voto portaient des dates qui pouvaient être bien antérieures à leur date d'exécution. Vrai? On aimerait avoir des renseignements plus précis là-dessus... J'ai fait un échange il y a quelque temps avec Frédéric Lux de quatre ex-voto, eux aussi mexicains, dont trois datés des premières années du XXe siècle paraissent visiblement peints avec un pigment bien plus proche de nous dans le temps (le quatrième est plus patiné, donc peut-être plus ancien, paraissant d'une autre main que les trois premiers)... Je laisse juges mes lecteurs...
23:42 Publié dans Art immédiat, Art naïf, Art populaire insolite, Danse macabre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : alfredo vilchis, galerie frédéric moisan, di rosa, ex-voto mexicains
01 novembre 2008
Dictionnaire du Poignard Subtil

FAMILLE:
"Les morts ont de la chance : ils ne voient leur famille qu'une fois par an, à la Toussaint."
(Pierre Doris ; cité dans Elizabeth Quin, Le livre des vanités, Editions du Regard, Paris, 2008)
08:00 Publié dans Danse macabre, DICTIONNAIRE DU POIGNARD SUBTIL | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pierre doris, famille, toussaint
11 juin 2007
Une figure macabre de Charles Benefiel
Une autre oeuvre du même Benefiel (né en 1967 il a aujourd'hui quarante ans et vit en Californie), figurant sur le site Outsiderart et pour inaugurer une série (une "ca-té-go-rie" comme on dit dans la blogosphère...) sur les images de la mort... Car j'ai l'âme un peu mexicaine.

00:25 Publié dans Danse macabre | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Art brut, Charles Benefiel, La Mort, Art enfantin























