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05/07/2021

Du plagiat funéraire?

     En me baladant récemment au cimetière du Père Lachaise, je suis tombé sur une épitaphe que j'avais déjà vue ailleurs, sur une tombe bien plus célèbre.

Plagiat au père Lachaise, l'or du temps....jpg

Tombe Rocherolle, avec marqués en dessous du nom: "Je cherche l'or du temps"....

 

      Les connaisseurs de la vie d'André Breton savent pertinemment que ces mots, "Je cherche l'or du temps", empruntés à un poème du fondateur du surréalisme, ont été inscrits en 1966 sur sa tombe au cimetière des Batignolles.

Tombe André et Elisa Breton.jpg

Inscriptions tombe André Breton et Elisa Breton, cim Batignolles.jpg

La tombe d'Elisa et André Breton au cimetière des Batignolles.

 

    Alors? Qu'est-ce qui explique ce doublon de la tombe Rocherolle, qui paraît de fraîche date (j'avoue avoir oublié de regarder si l'on trouvait des dates de l'autre côté du tombeau...)? Aurait-on affaire à un plagiat funéraire? Excusable si l'on considère la parfaite adaptation de ce vers au genre de l'épitaphe, mais tout de même, n'aurait-on pas dû accomplir quelque renvoi à l'épitaphe originale...? (A moins que ce ne soit le contraire, la tombe Rocherolle bâtie avant celle d'André Breton, avec l'idée de l'épitaphe empruntée à Breton tout de même... (Je doute cependant fort de cette dernière hypothèse).)

01/05/2021

Plutôt qu'une nécrologie: je me souviens de mes rencontres avec Marie Jakobowicz

     Alors, c'est ainsi, je n'aurai plus jamais l'occasion d'entendre le téléphone sonner et à l'autre bout du fil résonner la célèbre entame " Allôôô...? Céééé Mâââ-rie...", m'annonçant l'inévitable monologue que Marie Jakobowicz, d'un ton un peu désabusé, comme refusant d'avance toute phrase qu'on pourrait lui rétorquer, s'apprêtait à débiter. Ça durait un petit moment, tellement, que j'en lâchais parfois l'écouteur, posais le téléphone et allais vaquer à d'autres occupations. Je revenais cependant bien vite, de peur qu'elle croit qu'on lui avait raccroché au nez... Et invariablement, je constatais qu'elle était toujours en train de parler à l'autre bout. Puis elle rompait brusquement la conversation, disait: "Bon, eh bien, au revoir...", tout à trac, sans que rien ait pu le laisser prévoir. Je me faisais avoir à chaque coup.

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Marie Jakobowicz au Musée de  la Création Franche à Bègles, pour l'exposition que le musée lui consacrait en 2016 ; ph. archives du Musée de la CF.

 

     Marie Jakobowicz (1934-2020) est  morte il y a un an, dans le XVe arrondissement de Paris. Je l'ai appris avec retard, grâce au Musée de la Création franche, à qui elle avait fait donation d'une centaine de ses œuvres ces dernières années (d'autres collections ont conservé de ses oeuvres, la collection Cérès Franco et la Fabuloserie). Nous n'étions que des connaissances, nos relations les plus suivies ayant existé surtout au début des années 1980. Pas vraiment ce que l'on appelle des amis, plutôt des complices, des collègues... Plus âgée que moi, d'une vingtaine d'année, j'étais tombé sur elle à la suite d'une petite annonce dans Libération. Un monsieur qui s'appelait André Chamson (si ma mémoire ne me trompe pas sur l'orthographe de ce patronyme), comme l'écrivain, invitait à exposer dans sa "galerie" du côté de Louveciennes. Je m'y étais rendu pour découvrir avec dépit qu'il ne s'agissait que d'un garage... Mais il m'avait donné le contact d'une personne qui s'intéressait à l'art brut et avec qui j'avais peut-être des points communs. J'ai alors dû lui téléphoner, et, un jour Marie a débarqué dans l'appartement que je partageais avec Christine, ma bonne amie de l'époque, dans le Xe ardt. Elle eut, je pense, toujours de l'intérêt pour les gens plus jeunes qu'elle. Elle donnait des cours particuliers de dessin à des enfants dans son appartement du XIIe arrondissement, très curieuse de ce qui allait provenir d'eux...

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Marie Jakobowicz, sans titre, dessin à l'encre, 21 x 29,7 cm, vers 1984; ph. et coll. Bruno Montpied.

 

       De qui ou de quoi parlâmes-nous? D'art brut sans doute, que je venais de découvrir à travers quelques fascicules du même nom, sans bien en comprendre les limites. Elle non plus je pense ne savait pas exactement à quoi s'en tenir (et je pense qu'elle ne s'en est jamais vraiment souciée davantage par la suite)... Nous étions désireux d'explorer la possibilité de montrer ce que nous dessinions et peignions, et l'art brut – on l'imaginait – paraissait pouvoir accueillir des gens comme nous, non issus des écoles d'art. Ce n'était pas de l'arrivisme de notre part, seulement un besoin naturel de confronter ce que nous créions à un public de gens extérieurs, puisque l'on concevait l'art comme un autre langage, plus essentiel, allant au cœur des choses. Elle me parla d'un ami, Jean Couchat, qui avait envoyé des dessins et avait été pris par la Collection de l'Art Brut à Lausanne (ouverte au public en 1976). C'était donc simple, il suffisait de faire comme lui, et d'envoyer des dessins. C'est ce que je fis. J'expédiais quelques photocopies de mes dessins à Lausanne, que je me vis prestement retourner avec une lettre de refus de Michel Thévoz, quoique bienveillante. Il m'écrivit – avec un mot dont il usait abondamment à l'époque –  qu'il ne voyait pas assez de "jubilation" dans mes dessins. En 1983, au Forum des Halles, devant les animateurs de l'Aracine, qui avaient monté leur deuxième exposition dans une salle louée au niveau -3 de ce centre commercial, mes dessins n'eurent pas plus de succès. On me répondit que j'étais trop "décoratif", que cela faisait "BD"... Bref, ça n'était pas pour eux (mais ce fut dit avec une certaine sévérité, bien différente du ton plein d'urbanité de Thévoz). Et  c'est vrai que je n'avais au fond rien à voir avec l'art brut, que Madeleine Lommel recherchait. Je le compris mieux plus tard.

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Bruno Montpied, le genre de dessin montré en 1983 aux collectionneurs d'art brut, comme ceux de l'Aracine ou de la Collection de l'Art brut ; ph. B.M.

 

      Je ne peux pas leur en vouloir. De plus, les dessins que j'avais choisis de montrer,  étaient très cernés, un peu figés. J'étais bien naïf de vouloir à tout prix les montrer. Et peut-être que je m'étais trompé de destinataires, qui plus est... Marie Jakobowicz, à cette époque, ne recueillait pas plus de suffrages. Cela changea avec le temps.

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La jaquette dépliée de la pochette de notices (en simples photocopies) ayant servi de catalogue pour la première exposition de l'association L'Aracine, à Aulnay-sous-Bois, "Jardins Barbares", 8 janvier-14 février 1982 ; archives B.M.

 

     L'Aracine, c'était Marie Jakobowicz aussi qui m'en avait parlé la première (en avait-elle entendu parler à la fac' de Vincennes, que Madeleine Lommel, la principale animatrice de l'association, fréquentait aussi?), en me prévenant en particulier de la première expo que l'association monta en région parisienne à la Maison de la Culture de la Seine Saint-Denis, à Aulnay sous-Bois en 1982. Cela s'appela "Les Jardins Barbares", expo mythique de l'association l'Aracine. Celle-ci réussit le tour de force de faire entrer dans un musée national, celui du LaM à Villeneuve d'Ascq, à côté de Lille, la collection d'art brut qu'elle avait rassemblée en à peine 15 ans. Soit dit entre parenthèses, les trois animateurs de l'Aracine (Lommel, Nedjar et Teller) obtinrent ainsi d'inclure  une collection d'art brut dans un musée d'art moderne et contemporain, ce que Dubuffet pour sa part avait décliné hautement, suite à la proposition du ministre de la Culture de l'époque, Michel Guy, au début des années 1970. Selon Dubuffet, l'art brut n'avait pas à être mélangé à l'art moderne. A Lausanne, la collection a trouvé un espace à elle seule dévolue, et c'est aussi bien.

    Au LaM, cela dit, la collection d'art brut jouit tout de même d'un espace indépendant, ce qui est étrange lorsque l'on se rend là-bas. L'art brut irradie des ondes qui le séparent des autres collections plus contemporaines et modernes, montrant bien qu'il est quelque chose d'autre, n'en déplaise à certains marchands et critiques d'art actuels.

     Autre aussi se sentait Marie Jakobowicz alors. Elle avait des préoccupations, des hantises bien légitimes (quand je l'ai rencontrée, elle ne savait pas encore de façon assurée ce qui était arrivé à son père, dont elle n'ignorait pas qu'il avait été déporté par les Nazis, tandis qu'elle et sa mère, plus un cousin, avaient été cachés par la concierge de leur immeuble à la cave, la veille de la rafle du Vel d'Hiv' ; elle apprit véritablement le sort de son père – tué par les Nazis à Auschwitz – seulement au début des années 1990). J'étais assez différent, polarisé sur d'autres motifs, et issu d'une famille de Français ordinaires. Critiques vis-à-vis de la société, nous l'étions tous deux, mais sans être de la même génération. En 1966, année de la mort d'André Breton, elle était dans le public du colloque sur le surréalisme à Cerisy-la-Salle (on retrouve ses interventions dans les actes du colloque dans certaines discussions suivant les conférences, actes qui ont été republiés chez Hermann en 2012). Moi, en 1966, j'avais 12 ans et j'ignorais tout de ces sujets, n'en ayant jamais entendu parler dans ma famille qui était globalement ignorante des événements culturels. 1968 arrivant derrière, Marie, qui avait 34 ans, fut touchée en profondeur par les événements, les nouvelles problématiques, les libérations des mœurs surgissant alors. Sur moi, qui n'avais que 14 ans au même moment, les événements provoquèrent aussi une onde de choc, quoique atténuée dans la gangue de coton où m'enfermait ma famille.

     Notre rencontre,  vers 1980 ou 1981, a tenu donc du hasard objectif. Par elle, j'entendis parler de Michel Nedjar, d'Art Cloche, d'Ody Saban... Qui relevaient plutôt des "Singuliers de l'Art" (Nedjar seul y figurait du reste), terme qu'Alain Bourbonnais et Suzanne Pagé avait mis à la mode au moment de l'exposition du même nom en 1978 au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris. marie jakobowicz,fabuloserie,collection de l'art brut,collection cérès franco,bruno montpied,colloque cerisy-la-salle sur le surréalisme,art singulier

   Après "les Jardins Barbares", je ne lâchai plus l'Aracine jusqu'au début des années 1990, me plongeant dans les problématiques de l'art brut de mon côté sans fin, tandis que Marie restait plus distante vis-à-vis de ces sujets. Elle se sentait plus concernée par la politique, les minorités opprimées – ou plutôt les minorées, si l'on pense aux femmes elles-mêmes –, par les migrants, et cela s'accentua à partir de 2000. Cela se déduisait de nos quelques échanges, mais je l'ai compris davantage en relisant la petite monographie que lui édita André Rober en 2015.

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Marie Jakobowicz, dessins, peintures, sculptures, écritures, éditions K'A, février 2015.

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Marie Jakobowicz, sans titre (?), dessin au pastel sur papier Canson noir, 50 x 65 cm, collection Cérès Franco.

 

     Quad je l'ai rencontrée elle était en plein dans la création de dessins au pastel ou à l'encre de Chine. Il semble que cette période ait duré de 1980 à 1985 (d'après une notice biographique parue sur le site web de la Collection Cérès Franco). Par  la suite, elle se mit à relativiser cette production (et l'abandonner, à mon avis une erreur ; elle disait même que cela lui venait trop facilement), préférant insister sur le fait qu'elle s'était mise à la sculpture, voulant avec ostentation montrer qu'une femme, même fragile comme elle (elle souffrait alors de vertiges de Ménière qui la faisait s'écrouler dans les lieux où elle restait trop longtemps debout), était capable de se colleter à des matériaux lourds, a priori peu maniables par une "faible" femme... Elle voulut aussi par la suite, au fil des années, me démontrer que l'art pour elle se devait de s'engager au service de causes politiques, en l'occurrence celle des Palestiniens, ou des migrants, ou de l'anti racisme. Je comprenais fort bien, étant donné son histoire personnelle, la tragédie familiale dont elle et sa parentèle avaient été victimes, qu'elle subissait une pression mentale terrible de ces côtés-là. Mais je n'étais pas d'accord avec cette mise sous tutelle de l'expression créative, et lui répétais, à chaque fois que je la voyais, que sa période des pastels était ce que je trouvai de plus fort dans sa production. En témoignage d'amitié, après l'exposition collective que Danielle Jacqui m'avait laissé le loisir d'organiser dans une salle, avec 16 artistes ou créateurs que j'avais sélectionnés, dans le cadre du 9e Festival d'art singulier d'Aubagne, elle finit par m'offrir un des dessins sur papier Canson qu'elle y exposa, en format raisin, le genre de format qu'elle affectionnait.

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Vue de la salle "carte blanche à Bruno Montpied" dans le 9e festival de l'art singulier d'Aubagne (2006) ; au premier plan, des sculptures de Bernard Javoy, et de Roland Vincent, au fond, de gauche à droite:  Marilena Pelosi, Michel Boudin, Marie Jakobowicz, Olivier Jeunon et Pierre Albasser ; ph. B.M.

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Marie Jakobowicz, sans titre, pastel sur papier Canson noir, 50 x 65 cm, ph. et coll. B.M.

 

     Je n'ai en effet quasiment jamais choisi (à quelques exceptions près au début de ma production) de plier l'inspiration qui préside à l'expression graphico-picturale à la défense ou l'illustration d'une cause politique ou idéologique. L'art à mon sens n'est jamais plus fort que lorsqu'il se déploie sans autre but que le message inconscient qu'il cherche à délivrer.

 

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Bruno Montpied, Portrait de Marie Jakobowicz, 30 x 30 cm, 2021.

 

 

03/01/2021

Info-Miettes (36)

Actualité de Benjamin Péret

          Un livre sort, édité par l'Association des amis de Benjamin Péret, intitulé Comme un haricot au clair de lune. Les collections Benjamin Péret de la Bibliothèque municipale de Nantes.

      "Les collections Benjamin Péret réunies par la Bibliothèque municipale de Nantes n’ont pas d’équivalent ailleurs en Europe, comme aux États-Unis. Cet ensemble est impressionnant autant par le nombre que par la qualité des documents. L'ouvrage est un complément indispensable à l'exposition La parole est à Péret qui s'ouvre à Nantes en janvier 2021." (Association des Amis de Benjamin Péret). Pour en savoir plus, cliquez sur le lien ci-dessus ("Un  livre", ou "L'ouvrage").

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Sortie de la revue Trakt n°12

benjamin péret,association des amis de benjamin péret    Paru en novembre dernier, j'ai oublié de mentionner la sortie de ce numéro où figure un article de mézigue sur la découverte aux Puces de sept peintures d'une artiste réservée, qui exposa rarement, en dépit du charme hors-modes de son univers visionnaire symboliste, Dominique Dalozo, d'origine argentine comme sa compagne Yvonne Bilis-Régnier, dont, d'ailleurs, je ne suis pas sûr que cette dernière ne soit pas l'autrice de quelques-unes des peintures retrouvées dont seules quatre sont signées de Dalozo (dont celle reproduite ci-contre). benjamin péret,association des amis de benjamin péret

     La revue nous apprend également, par le truchement de Jeanine Rivais, le décès du docteur Jean-Claude Caire (1933-2020), le passionné qui anima longtemps, en compagnie de sa femme Simone le désormais célèbre Bulletin des amis de François Ozenda. Il était impossible d'aller parler quelque part en leur compagnie chez un autodidacte quelconque sans avoir la surprise de retrouver tous les propos retranscrits dans leur bulletin à la suite d'un enregistrement secret dont personne évidemment n'était prévenu à l'avance. Cela faisait partie du folklore attaché aux pas de l'ineffable docteur. 

    Pour acquérir la revue ou savoir où on la trouve (la librairie de la Halle St-Pierre) c'est par là.

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Jean-Claude Caire, à Nice, ph. Bruno Montpied, 2008.

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Brut, Singulier, Hors-normes, Le Guide de l'Art Buissonnier, un nouvel Hors-série du magazine Artension

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      Autre parution, celle-ci début décembre 2020, ce Guide, un hors-série du magazine Artension – auquel j'ai collaboré par plus de 60 notices sur divers lieux et sites à travers les quatre régions dont j'avais la charge (Ile-de-France, Pays de la Loire, Nouvelle Aquitaine, Occitanie), plus une liste d'événements, un éditorial que j'ai signé en commun avec la rédactrice en chef du magazine, Françoise Monnin (qui signe parfois quelques  notices éparses dans mes régions), un texte aussi sur ma conception des arts spontanés – ce Guide est consacré à la présence de l'art brut, des environnements spontanés (populaires ou alternatifs), à l'art singulier, l'art naïf tels qu'ils se manifestent à travers divers lieux, associations, galeries, musées en France. Une critique cependant ici, l'art singulier tel qu'il est représenté dans ce Guide (pas par moi!), justement, commence à être noyé de plus en plus dans l'art contemporain alternatif de province, perdant peu à peu de sa spécificité qui reposait sur une originalité esthétique, un anarchisme des contenus, une référence en creux à l'art brut, un comportement de ses auteurs en rupture avec les traditions et les hiérarchies dans la diffusion des arts plastiques. Un peu plus de rigueur n'aurait pas été de trop dans la sélection de certaines adresses.

    Ce Guide aussi a quelques autres défauts (en plus d'être peut-être un peu cher –19,50€). On n'aperçoit pas assez, par exemple, la distinction entre les pages achetées par des annonceurs et les pages et photos qui relèvent strictement des rédacteurs.

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Pages du Guide ouvertes sur la Nouvelle-Aquitaine, avec deux photos et des notices de Bruno Montpied.

 

     Mais en dépit de ces quelques défauts, il représente cependant un outil supplémentaire utile à tous ceux qui cherchent du nouveau et des adresses du côté des arts spontanés et primesautiers en notre joli territoire. Il est trouvable en kiosque et chez les marchands de journaux, maisons de la presse, librairies diffusant habituellement Artension. C'est bien sûr une exhortation à repartir sur les routes buissonnières en espérant retrouver notre liberté et nos cultures alternatives le plus tôt possible (vaccinez-vous dès que vous le pourrez!)...

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Exposition Alain Sanfourche et Jean Dominique à Limoges

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21 rue Elie Berthet 87000 LIMOGES. Tél. : 05 55 34 35 47

 

 

 

 

 

 

 

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Exposition "Hors les murs" du Musée de la Création Franche

     Si on ne sait pas encore exactement, en dépit d'informations ayant filtré sur Sud-Ouest (dont je me suis fait l'écho dans le Guide de l'Art Buissonnier cité ci-dessus) ce que sera l'activité du musée durant la période de travaux assez longue qui s'annonce à partir de la mi janvier, avec fermeture du musée, qui sera le nouveau responsable de la Création Franche (Pascal Rigeade prenant sa retraite, qu'on lui souhaite la  meilleure possible bien entendu), et ce que l'on a prévu comme activités – ou non – à l'extérieur du musée, pendant ces deux années, on peut tout de même signaler une expo hors-les-murs d'ores et déjà en place à l'EHPAD Marion Cormier, situé à Bègles, du 15 décembre 2020 au 15 mars 2021. "Hyménée automnal : un chœur de conteurs", c'est son titre. Une sélection d'œuvres du musée est proposée aux résidents, "en résonance" avec trois récits similaires à des contes créés par des personnes "physiquement isolées mais réunies par ce travail d'écriture". Le terme de conte étant probablement envisagé de manière extensive, non relié rigoureusement à la notion de conte de tradition orale, qui lui n'a pas d'auteur précis.

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Yvonne Robert, La Noce à Julia, 1977, coll. Musée de la Création Franche.

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La Patatonie de Serge Paillard

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     Aux éditions Chatoyantes (joli nom!), est sortie en décembre, ultra discrètement, un nouvel ouvrage consacré au monde imaginaire, la Patatonie, inventé par le peintre et dessinateur Serge Paillard qui se blottit bien loin des sunlights de la médiatisation. Aux dessins exécutés d'après des visions déduites de sa contemplation divinatrice de pommes de terre, se sont ajoutées ces dernières années des broderies sur le même thème. Il s'agit d'un livre d'artiste, si l'on en juge par cette description technique: "Couverture rigide avec titre, texte de présentation et propos recueillis. Format 28 cm x 27,5 cm. Tirage prévu 50 exemplaires. Prix 150 €. Exemplaires numérotés et signés par l’auteur. Chemise intérieure Munken pure 400 gr. Contenant 11 doubles pages au format 27 x 54 cm. Impression sur papier aquarelle 190 gr."

On peut acquérir le livre en s'adressant à... :

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Les Amies et Amis de Martine Doytier font des promesses pour 2021

     Reçu ces jours-ci la newsletter de cette association, née l'année dernière (et pas repérée par les auteurs des notices sur l'art buissonnier en PACA, voir le Guide mentionné ci-dessus...). Elle propose un court film intitulé "Martine Doytier, l'étrange monsieur Martin" au sujet de l'automate (c'est lui, M. Martin, justement) qu'elle créa vers 1975, et qui sera bientôt restauré. Une exposition se prépare, des peintures sont retrouvées, un site internet est en gestation, bref l'année 2021 sera sans doute l'année de l'éclatante réapparition de Martine Doytier, étrange artiste atypique.

 

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L'association l'Art Brut en Compagnie présente ses vœux et ses projets pour l'année nouvelle

     Cette autre association, basée sur la collection d'art brut d'Alain Moreau – collection pour une fois réellement en rapport avec le véritable sens de l'art brut –, en recherche d'un local où pouvoir montrer et monter des expositions et autres animations sur les créateurs qui lui sont chers, nous envoie ses vœux pour l'année nouvelle tout en communiquant le programme des manifestations auxquelles elle collaborera dans les mois qui suivront. Voir ci-dessous :

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Raymonde et Pierre Petit, Départ pour l'Amérique du Cirque Pinder, coll. A. Moreau, ph. Dominik Fusina.

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Carte de vœux et programme à venir... Corrigée par moi (Alain Moreau me pardonnera).

14/12/2020

La poésie aujourd'hui (2): les poèmes de mots collés de Vanessa Ancelot

         Il y a quelques années, alors que je travaillais encore en Bibliothèque Centre de Documentation (BCD) d'une école primaire du Bas Belleville, je proposais de temps à autre aux enfants dans mes ateliers d'écriture organisés le soir pour des CE1 (des 7-8 ans) d'écrire des phrases en piochant dans des boîtes de mots  découpés au préalable par d'autres enfants, notamment des CP, pendant le service d'interclasse du milieu de journée. L'essentiel étant de réaliser des phrases "qui tiendraient debout", qui seraient syntaxiquement valables. J'étais un animateur et non pas un enseignant, et je proposais cela comme une expérimentation ludique. Le collage des mots avec leurs couleurs, leurs typographies variées, souvent attractives, plaisait aux enfants qui fréquentaient l'atelier et la BCD (ils avaient choisi cet atelier-lecture (et écriture) avec leurs parents et étaient a priori motivés).

La nouvelle vie, Fatima (2).jpg

Collage de Fatima (toute une philosophie du comportement à avoir vis-à-vis de son enfance parmi les autres condisciples quand on est une très jeune fille), vers 1996, archives Bruno Montpied.

Le corbeau ne va pas à l'école; Tseman Magassa.jpg

Collage de Tseman M., (qui soupirait peut-être de ne pouvoir faire comme le corbeau, au plumage noir comme la couleur de sa peau ; d'origine africaine, Tseman, par ce texte, retrouvait (ou répercutait?) le ton des proverbes africains par ailleurs), archives B.M.

Comment vivre avec.jpg

Collage de Arnaud (grave question...), archives B.M.

Tu es comme ça, mystère, Christine Wang.jpg

Collage de Christine W., (un coup de dés n'abolit jamais le hasard?), archives B.M.

Choisis la vie facile, Léa Morel 1, 96.jpg

Collage de Léa M. (qui dans ses collages aimait les phrases lapidaires mais  au sens - comme le lait - condensé), archives B.M.

 

       Les résultats étaient curieux. Le hasard nous donnait des sortes de poèmes impromptus. On s'accordait eux et moi sur le fait que la phrase devait avoir quelque sens. Je n'étais jamais été sûr qu'ils en perçoivent toutes les dimensions. Pour m'en assurer davantage, je leur demandais d'illustrer ensuite la phrase obtenue.

Mots collés d'Aragon, cat de l'Invention du surréalisme.jpg

Poème de mots collés de Louis Aragon, extrait d'un cahier de collages de 1924, (exposé actuellement à "L'Invention du surréalisme", jusqu'au 7 février 2021, à la Bibliothèque Nationale de France, site Mitterrand).

 

     Il y avait des télescopages de mots qui donnaient des éclairs poétiques surprenants, déroutants. Sans bien le savoir, sans m'en souvenir précisément, on mettait nos pas dans ceux des dadaïstes qui avaient joué au début du XXe siècle de même que nous avec des mots découpés et collés, selon la technique que l'on appelle aussi, dans les manuels d'ateliers d'écriture, des lettres anonymes.

           On peut convoquer aussi le souvenir dans les années 1950-1960 des collages de mots de Guy-Ernest Debord dans ses livres, illustrés de "structures portantes" d'Asger Jorn, Mémoires ou Fin de Copenhague.

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Mots collés dans un carnet par Vanessa Ancelot, 2020. Photo et collection de l'artiste.

 

           Mais tout cela m'est revenu ces temps-ci grâce à d'excellents collages réalisés récemment par une jeune femme de nos amis, Vanessa Ancelot, qui excelle dans cet art, je dois dire, obtenant des poèmes très drôles, percutants, qui renouvellent avec bonheur la poésie contemporaine, faite de ronron et de vers obscurs très souvent enquiquinant. Jugez plutôt d'après les exemples ci-dessus et ci-dessous. Chaque poème, pour se distinguer des voisins, est entouré d'un trait de crayon.

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Vanessa Ancelot, ph. et coll. de l'artiste.

Carnet 5 (2).jpg

Vanessa Ancelot, ph. et coll. de l'artiste.

Carnet 6 (2).jpg

Vanessa Ancelot, ph. et coll. de l'artiste.

 

       Et cet avant-dernier pour la route, imprégné d'un bel humour noir, ce dernier prenant souvent le relais de la tendre moquerie, du goût de l'absurde aussi parfois, ou de la poésie directe à coloration narquoise.... :

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Vanessa Ancelot, ph. (détail) et coll. de l'artiste.

 

        Enfin, un dernier collage sur les structures portantes cette fois de l'ami Darnish, bien connu sur ce blog, par ses commentaires fréquents.

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Mots collés, Vanessa Ancelot, peinture, Darnish, ph.et coll. des artistes, 2020.

 

      Dernier?... Pas tout à fait cependant. J'oubliais de joindre aux collages ci-dessus cette affiche photographiée avenue Trudaine dans le IXe arrondissement ces jours-ci, alors que je méditais cette note:

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Adresse à l'attention de "Monsieur le Coronavirus" qu'on prie de s'en aller et de nous rendre toute liberté... Mais ce texte, s'il est réalisé par la technique des mots collés, n'est pas fait du tout au hasard, il est laborieusement volontaire ; ph. B.M. 2020

14/10/2020

La photo surréaliste en 2020

 

Photo sur l'invitation à la photo surréaliste en 2020.JPG

Photo de Pierre-André Sauvageot (René Magritte, sors de ce corps!).

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     Guy Girard, membre du Groupe surréaliste de Paris (groupe contemporain), remet ça à la Galerie associative Amarrage rue des Rosiers à Saint-Ouen. Après "le Collage surréaliste en 2018", "le Dessin surréaliste en 2019", voici donc "la Photo surréaliste en 2020". Si les participants du côté français semblent devoir pour le moment se porter timidement vers Ouen-Ouen (terrifiés par la Covid?), les exposants internationaux paraissent avoir davantage répondu présents. Personnellement, je prêterai trois photos (voir l'une d'entre elles ci-dessous).

      Il est intéressant de voir comment chaque participant s'investit dans l'idée d'une photo surréaliste actuelle. Non? A noter que certains exposants n'appartiennent pas formellement à un groupe surréaliste (José Guirao par exemple, ou mézigue), cela ne les empêche pas de pratiquer une photo qu'ils pensent correspondre, en partie ou totalement, à la notion surréaliste. La pratique de fixation des paréidolies diverses que l'on rencontre dans la vie quotidienne – et que ce blog recense régulièrement (cela dit, internet en est rempli) – en participe par exemple, je trouve.

     Réponse à ces questions à partir du 16 octobre à partir de 18h30, jusqu'au 15 novembre. Attention! La galerie n'est ouverte que les après-midi de week-end, au même moment en fait que les Puces de St-Ouen dans le voisinage desquelles elle se trouve. 

 

1. Naissance du visage de la rose, 2017 (2).jpg

Bruno Montpied, Naissance du visage de la rose, 30 x 30 cm (tirage papier), 2017 ; exposé à la galerie Amarrage; cette photo fut prise dans le jardin d'une maison à... Rauzan (Gironde), village où les roses ont des visages, donc.

02/07/2020

Disparition d'un grand collectionneur

      Désormais, il faudra écrire sur les pages d'histoire de l'art brut l'inscription  Gerhard Dammann (1963-2020).

      Directeur médical de la Clinique psychiatrique de Münsterlingen et directeur des services hospitaliers psychiatriques du canton de Thurgovie, en Suisse, Gerhard Dammann, d'origine allemande, était psychiatre, psychologue et psychanalyste. Sa femme Karin et lui étaient des collectionneurs passionnés d’œuvres créées dans le contexte psychiatrique, associées à l’art brut et l’art outsider, avec des incursions aussi du côté de l'art médiumnique.

       J'adresse toutes mes condoléances à sa femme et à ses quatre filles. Cette nouvelle m'a, je l'avoue, passablement ému, même si je ne faisais pas partie des intimes.

Lit sculpté de Bonneval, coll Dammann, voir collecting madness vol 1.jpg

Le lit sculpté de Bonneval, photo extraite du catalogue "Collecting Madness, outsider art from the Dammann Collection" (exposition 2006 à la Fondation Prinzhorn à Heidelberg).

 

           Dans le cadre de l'OAF, vers 2016, on s'était croisé lui et moi au détour d'un couloir. J'avais apprécié la finesse, la simplicité et la courtoisie du personnage. On était entre collectionneurs au fond, même si je n'avais guère les mêmes moyens. Simplement, on était avant tout entre sincères amateurs. Il s'était spécialisé, en accord avec son métier, dans la collection de la folie, comme le titre d'un catalogue de la Fondation Prinzhorn à Heidelberg, "Collecting madness", le rappelait, en accompagnant une exposition de sa collection. Catalogue Collecting madness, outsider art from the Dammann collection001.jpgMais il ne se limitait apparemment pas à ce champ d'exploration, puisque, outre certaines pièces remarquables en provenance d'asiles divers (comme un lit étonnant à l'auteur énigmatique, venu d'un asile près de Chartres, peut-être celui de Bonneval), il lui arrivait de mettre la main sur des œuvres dites "médiumniques", peut-être pour masquer l'absence totale d'informations les concernant, comme le tableau ci-dessous, intitulé au sommet de la bâtisse représentée: "Le Château des deux sœurs jumelles".

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Auteur inconnu, Le Château des deux sœurs jumelles, 123 x 135 cm, sans date, provenance France, collection Gerhard et Karin Dammann.

 

      Lorsque Gerhard Dammann m'a interrogé sur ce que je pensais de ce tableau, je n'ai pas pu lui rétorquer grand-chose, comme je n'avais guère donné d'éclaircissements non plus à François Vertadier de la galerie Polysémie qui l'avait détenu auparavant et qui lui aussi avait demandé aux internautes via sa newsletter des informations. Il est d'ailleurs intéressant de donner les précisions suivantes que m'avait délivrées M. Vertadier (en janvier 2016):

"Des inscriptions : au dos rien, mais impossible à décoller de son support, car il est fait de plusieurs morceaux.

Sur le dessin, pas de  signature mais quelques mots :

Gros, devant les jambes d’un personnage entre deux fenêtres.

Bas nylon, au centre en bas.

Galilée, pour le  personnage dans la partie haute de la tour de droite.

Et surtout au tampon T SCHEWEICHLEIN au dessus du personnage en dessous. Est-ce l’auteur ou quelqu’un d’autre ? A ce jour, mystère. Je n’ai trouvé aucune trace d’artiste ou de personnalité de ce nom."

      Je gage qu'aujourd'hui, quatre ans après, on n'a guère progressé au sujet de ce tableau. De plus, pour bien l'analyser, il faudrait, de prime abord, une reproduction en meilleure résolution. Le château en question avec ses loges me fait penser personnellement à un théâtre de marionnettes. Les "sœurs jumelles" n'ont pas l'air très jumelles justement. Certains détails, comme la caravelle (du moins est-ce ainsi que je l'identifie) survolant la composition, permet de dater l'oeuvre des années 1960 environ... 

      J'ajoute que M. Vertadier m'avait également informé que le tableau aurait été connu d'André Breton, et que parmi les nombreuses mains entre lesquelles il est passé, avant d'atterrir, donc, finalement, chez Gerhard et Karin Dammann, il y aurait eu une femme très connue des milieux surréalistes, amie avec  Breton (Joyce Mansour par exemple? Hypothèse gratuite que je lance ici...).

 

Conférence et présentation de la collection du couple Dahmann par Gerhard Dammann, en 2011, dans les cadre des Hôpitaux Universitaires de Genève.

 

04/02/2020

Un tableau de Camille Van Hyfte, avec interprétation quasi automatique de Bihalji-Mérin

      Ici, j'ai l'occasion, simultanément, d'entamer une nouvelle catégorie de ce blog, les écrits de personnalités en rapport avec les arts de l'immédiat ("Ecrivains et arts de l'immédiat"), en l'occurrence l'historien d'art Oto Bihalji-Mérin, pour sa façon d'interpréter un tableau sous une forme poético-littéraire, peut-être pas totalement contrôlée, comme je l'ai déjà pratiqué personnellement dans des notes précédentes de ce blog (voir cette autre catégorie que je crée aussi aujourd'hui, "Lecture d'images", à ne pas confondre avec la rubrique "Délires d'interprétation", quoique la frontière soit parfois ténue...). Le but premier est de rendre avant tout l'écho de l'image chez l'interprétateur, honnêtement, sans faire de fioritures littéraires, et en laissant passer des propos relevant d'associations d'idées, d'intuitions... Ici, on retire vraiment l'impression que Bihalji-Mérin a lâché les chevaux du rêve éveillé dans son évocation du tableau de Van Hyfte, d'une manière peu usuelle, me semble-t-il, chez lui.

     C'est en cherchant des informations sur le peintre belge Camille Van Hyfte, peintre boucher hippophagique¹ d'origine flamande, et coureur cycliste aussi, par la suite installé en France, dans l'Oise, à Mouy (au nom curieux, on dirait un assentiment mou...) dont un vieux numéro de la revue Phantômas (n°7-8, de 1956, spécial Art Naïf) reproduisait en noir et blanc un tableau, que j'ai rebondi ensuite vers un livre de 1960 où il y avait le même tableau en couleur avec l'interprétation de Bihalji-Mérin, que je reproduis ci-dessous : 

CVH Intérieur avec fleurs, ds Otto BMerin les peintres naïfs.jpg

Camille Van Hyfte (1886-1960), Intérieur avec fleurs, ancienne collection Edmonde Charles-Roux, reproduit en couleur dans Oto Bihalji-Mérin, Les peintres naïfs, Delpire éditeur (1960).

 

     "Ainsi son Intérieur avec fleurs, d'une perspective gauche et ramassée, offre-t-il une harmonie de tons fanés, comme étouffés, où même le bouquet traité en touches vives semble s'éteindre dans l'atmosphère vieillotte et petite-bourgeoise. On dirait que les tables aux pieds tournés, les deux chaises et les deux fauteuils, seuls meubles de cette chambre vide, attendent d'entrer en scène. Sous les énormes fleurs, le vase de porcelaine blanche ornée de motifs, a quelque chose d'insolite. Il n'y a jamais eu personne pour le poser là. La disproportion dans le rapport des objets entr'eux, comme le rapprochement inattendu des tons, laissent une impression étrange : on croirait que quelque chose vient de se passer là, que nous sommes incapables de savoir, ou que quelque chose d'insoupçonnable va arriver, et peut-être pas dans le domaine humain."

 

 

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¹ Le seul boucher hippophagique de l'art naïf à ma connaissance!

23/01/2020

Dictionnaire du Poignard Subtil

Poignard-gaulois-(Encyclopé.jpg

Pensée :

      "Un examen réfléchi, approfondi, des possibilités de la pensée, de la pensée commune à tous, rend vaine toute hiérarchie entre les hommes. Entre l'homme et la femme, elle serait la négation même de leur rôle propre."

        (André Breton, Paul Eluard, "Notes à propos d'une collaboration", manuscrit original publié, entre autres, sur le site web André Breton, destiné à servir d'introduction à l'édition japonaise du recueil L'Immaculée conception de 1930¹).

 

       NB: La dernière phrase de cette citation me paraît aller à rebours de l'opinion commune à beaucoup de commentateurs malveillants du surréalisme, n'hésitant pas à présenter les membres du mouvement comme anti-féministes.

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¹ Voir aussi le tome I des Oeuvres complètes d'André Breton , dans la Notice sur l'Immaculée conception, p.1633). Le texte fut rédigé par Eluard qui le soumit à Breton qui apparemment ne le toucha pas.

30/11/2019

Info-Miettes (35)

Dominique Lajameux à la Fabuloserie-Paris

    Dernière exposition à la Fabuloserie de la rue Jacob (qui se termine le 7 décembre, dépêchez-vous...), une dessinatrice de première force, très sensible, très acharnée, inconnue de moi jusqu'à présent. Elle a déjà été exposée dans le cadre de différents festivals d'art singulier, chez Hang-Art ou à la galerie Polysémie notamment. Le carton d'invitation sur le web ne nous en dit pas grand-chose, en dehors d'un beau texte poétique de l'artiste. A voir et à découvrir en tout cas.

Dominique Lajameux, nov 19.jpg

D.Lajameux

 

La compagnie l'Excentrale...

     Le terme de "Massif excentral" que j'avais inventé naguère pour une série de notes sur divers lieux, facéties et créateurs insolites du Massif Central a été repris, avec mon blanc-seing, par de jeunes musiciens auvergnats qui se sont réunis, en plusieurs groupes, dont un, les Tzapluzaires, fait également écho à une autre de mes anciennes recherches, et sous la bannière, si j'ai bien compris d'une seule compagnie, l'Excentrale. Plus de renseignements sur leurs concerts, les groupes, les tournées, voir ce lien...

Tzapluzaires.JPG

    Par ailleurs, les Tzapluzaires collaborent de temps à autre avec le violoniste Jean-François Vrod, dont j'ai eu l'occasion de citer son intérêt pour diverses formes d'art brut ou singulier populaire, dans une note de ce blog, en 2012...

Mariage musical avec une taille de bois...

 

Un surréaliste peu connu d'après-guerre, Pierre Jaouën

 

      J'ai rencontré il y a plusieurs années Anne-Yvonne Jaouën, qui était une amie du critique d'art Charles Estienne. Elle avait été amenée à héberger dans sa maison de famille à Ploudalmézeau certains des artistes (notamment Krizek) qu'Estienne, critique d'art proche des surréalistes, invitait à séjourner dans la région finistérienne chez lui à Argenton. Des artistes (ceux que je préfère) tels que Toyen, Krizek, Fahr-el-Nissa Zeid, ou Marcelle Loubchansky, ou bien (je les goûte moins) René Duvillier, Jean Degottex, Serge Poliakoff, tous visiteurs que certains historiens de l'art moderne ont rangés par la suite sous l'étiquette d'"Ecole des Abers", du nom de ces bras de mer qui découpent la côte dans cette région. Anne-Yvonne, après m'avoir montré des peintures magnifiques qu'elle possédait de Toyen (des vues des bords de mer appelés estrans revisités par l'imagination picturale de l'artiste tchéque), me parla de son frère qui était peintre, mais elle ne me montra aucune reproduction de son œuvre. Un jour, simplement, en feuilletant la revue Le surréalisme même (n°2, 1957), je suis tombé sur un dessin (encre?) de ce frangin, prénommé Pierre.lajameux,fabuloserie-paris,l'excentrale,tzapluzaïres,massif excentral,pierre jaouën,arts situés,trinkhall,ni tanjung,collection de l'art brut,biennale théâtres,georges bréguet

      Je la trouvais intéressante, mais si seule, oubliée ainsi dans un coin de la revue, n'ayant pas nécessité plus de prolongement, du coup, je ne m'appesantis pas davantage. Voici que l'occasion est donnée d'en apprendre plus sur le talent de cet artiste discret, peu mis en lumière par l'histoire de l'art moderne (cependant, on lira l'intéressante notice insérée sur Wikipédia, très complète, qui parle de lui et des peintres défendus par Charles Estienne). Il fait un peu partie de cette famille de peintres ou poètes qui vivaient dans le sillage du surréalisme après-guerre, abritant leur talent dans une ombre nécessaire, comme Jacques Le Maréchal, ou Yves Elléouët,  ce dernier étant un proche de Jaouën, comme me l'a signalé Marc Duvillier, spécialiste des artistes d'Argenton apparemment...

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Une page extraite du livre d'artiste Mélusine d'emmanuelle k. (pseudonyme voulu sans majuscules) et Pierre Jaouën, image copiée du film Mélusine (38 min.).

 

     La galerie Hébert en effet, 18, rue du Pont Louis Philippe, près du métro Saint-Paul à Paris, héberge une exposition des planches d'un livre commun d'emmanuelle k. et de Pierre Jaouën (disparu en 2012), dont le texte a donné également lieu à un "oratorio pop" avec la participation des jazzmen Emmanuel Bex, Simon Goubert et François Verly (il existe un coffret avec DVD d'un film sur le livre, CD de cet oratorio et un livret). Ce livre est une réussite dans le domaine du livre d'art, ne serait-ce que par l'harmonie, la fusion de la disposition typographique avec les structures portantes, aquarellées, de Pierre Jaouën, qui rappelle, quoique dans un autre ordre d'idées au point de vue thématique, les livres de Guy Debord et d'Asger Jorn. Mais, même s'il est donné ici d'en voir un peu plus sur cet artiste qui se révèle, par prédilection semble-t-il, un paysagiste "abstrait", on aimerait que la même galerie ait l'idée de nous proposer par la suite une exposition entièrement et seulement consacrée à lui.

Expo du 27 novembre au 15 décembre 2019.

 

Un nouveau label dans le genre "prise de tête", les arts "situés"... A traduire du belge

"COLLOQUE : PENSER LES ARTS SITUÉS, 04, 05 & 06 décembre 2019. Cité Miroir - Espace Francisco Ferrer - ULiège - Accès libre"... voici l'annonce que j'ai reçue ces jours-ci en provenance de l'anciennement nommé MadMusée de Liège. Car ce musée, décidément pris d'une fièvre onomastique incontrôlée, a décidé aussi de se débaptiser et de s'appeler désormais Trinkhall... Pourquoi pas? D'autant qu'ils ont  désormais un nouveau bâtiment avec 600 m2 de surface pour exposer au mieux les oeuvres (souvent fort intéressantes) produites par différents handicapés mentaux (et trinquer dans le hall?). Mais pourquoi ce nouveau label d'"art situé"? Totalement ésotérique, si ce n'est parfaitement creux? Voici le laïus qui est servi par le musée pour expliciter, si possible le nouveau label:

    "La notion d’arts situés définit la politique muséale du Trinkhall. Elle repose sur un mode de perception et de compréhension des œuvres qui intègre la dimension fondamentale de leurs environnements : une œuvre d’art est un système de relations localisées dont l’expression esthétique est le moyen et l’effet. Toute œuvre d’art, en ce sens, est située. Mais certaines, plus que d’autres, étant donné leur apparente singularité ou leur relative marginalité, font entendre plus fortement la voix de leur situation.

 

4e Biennale de l'Art Brut: Théâtres, à la collection de l'Art Brut à Lausanne, avec entre autres Ni Tanjung...

    Du 29 novembre 2019 au 26 avril 2020, prend place une 4e biennale thématique à Lausanne, après "Corps", "Véhicules" et "Architectures". Cette fois, c'est le "théâtre" au sens de "performances", analogies avec les marionnettes, voire déguisement... La référence en creux au théâtre d'ombres indonésien du Wayang kulit a par exemple incité les commissaires d'exposition à y exposer Ni Tanjung à laquelle le LaM avait déjà pensé dans le cadre de son exposition "Danses".

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Georges Bréguet, l'anthropologue suisse qui s'est instauré protecteur de Ni Tanjung, la faisant connaître en Occident, 28 novembre 2019.

 

Anselme Boix-Vives en visite en Suède

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     Information tardive! Boix-Vives n'en finit pas de voyager à travers le monde. Une exposition lui a été consacrée du 26 mai au 15 septembre dernier avec la complicité du Centre Vendôme pour les arts plastiques au musée d'art d'Uppsala, en Suède donc... La manifestation comprenait 140 peintures et dessins ainsi que – chose inédite – quelques œuvres de ses petits-enfants Philippe et Julie Boix-Vives. 

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Julie Boix-Vives, la danse des échelles ; on est loin de l'œuvre du grand-père...

 

Et Anne-Marie Vesco, vous connaissez?

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Anne-Marie Vesco, Tête de profil, A-M.Vesco, huile et pastel sur paper, 78 x 63 cm, 2003.

 

Cette artiste dessine fort bien les éléphants. C'est déjà un bon point pour elle. Elle expose bientôt du 3 au 15 décembre dans une galerie, Le Génie de la Bastille (126 rue de Charonne dans le XIe ardt parisien), des petits formats. Vernissage samedi 7 décembre de 16 à 20 h et finissage dimanche 15 aux mêmes horaires. La Bastille...? Il y a encore un rapport avec les éléphants en plus (voir Hugo et son Gavroche).

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Anne-Marie Vesco, des mini formats...

 

23/11/2019

Mme Zka est partie en Catalogne (espagnole) dans un magnifique et stimulant musée du Jouet

     Madame Zka, dont ce n'était pas le nom et "qui n'était pas absolument folle", selon les dires de Guy Selz dans la revue La Brèche n°2, (sous-titrée "Action surréaliste", et datée de mai 1962 ; son texte sur elle s'intitule "Les doigts de la mémoire"), a échappé aux collections d'art brut où elle n'aurait pas détonné¹. Sans doute parce que celui qui possédait ses "poupées" pas comme les autres  les aura protégées d'un tel transfert... Simple supposition, car je ne sais pas grand-chose de la collection de Guy Selz (frère de Jean Selz et de Jacqueline Selz – elle-même, en compagnie d'Yvon Taillandier, collectionneuse d'art populaire essentiellement méditerranéen² –, et père de Dorothée et Philippe Selz, Dorothée étant connue comme artiste créatrice d'œuvres en sucre). On sait seulement qu'il fut une connaissance proche d'André Breton, qui lui demanda un article sur Mme Zka pour le n°2, en mai 1962, de la revue La Brèche qu'il dirigeait.

 

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Une des illustrations de l'article de Guy Selz dans La Brèche, montrant les poupées peu communes de Mme Zka.

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Les poupées possédaient sous les vêtements, particularité insolite, des visages aux yeux, bouches et autres pommettes, cousus de fils ; ici c'est un détail de la figure 7 reproduite ci-dessus et empruntée à la revue La Brèche.

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Les poupées de Mme Zka, telles qu'elle étaient présentées à l'expo "Poupées" à la Halle Saint-Pierre en 2004 ; à noter que le catalogue ne les reproduisit pas, car elles furent prêtées inopinément à l'exposition, après que le catalogue avait été lancé ; du coup tout élément biographique ne put être donné dans l'ouvrage à leur sujet³ ; photo Bruno Montpied, 2004.

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Ces poupées de Mme Zka ont aussi, autre particularité, le don d'exhiber des membres virils qui sortent des pantalons, comme oubliés... ; photos B.M., 2004.

 

      Cette collection Selz vient – en partie? En entier? On ne le précise pas – d'entrer dans le remarquable et vivant Muséu del Joguet de Catalunya à Figueres (le Musée du Jouet de Catalogne), suite à une donation, précisément, de ses enfants, Philippe et Dorothée. Voici le laïus de ce musée au sujet de Guy Selz : 

     "Guy Selz (Paris, 1901-1975), designer graphique et journaliste, a été membre de l’équipe fondatrice de la revue Elle et chargé des chroniques culturelles du magazine. Collectionneur avide, il s’est intéressé à la créativité et à l’art populaire. Cela l’a conduit à collectionner des objets insolites, surprenants ou fascinants, sans hiérarchie ni frontières entre les genres et les arts. Et il est parvenu à rassembler plus de 30 000 pièces qu’il conservait chez lui, exposées et regroupées suivant son propre sens de l’esthétique. Cet espace abrite la plupart des fonds de la collection dont ses enfants, Philippe et Dorothée Selz, ont fait don au musée, tout en recréant l’aspect qu’elle avait lorsqu’elle était exposée chez lui. En 1974 la collection fit l’objet d’une exposition, qui connut un grand succès, au musée des arts décoratifs de Paris dont le commissaire était le conservateur en chef, François Mathey (à noter cependant que cette exposition était consacrée à plusieurs collections, et que celle de Françoise et Guy Selz, si elle était particulièrement bien représentée en effet dans l'expo, n'en était qu'une parmi beaucoup d'autres ; voir ci-dessous une page du catalogue de 1974).

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Une des pages consacrée à la collection Françoise et Guy Selz dans le catalogue de l'exposition "Ils collectionnent..." du musée des Arts Décoratifs en 1974.

 

     L’intérêt de Selz pour l’art populaire dans sa collection se manifeste, entre autres, sur la série de siurells (figurines en céramique, intégrant un sifflet, typiques des Baléares), compte tenu qu’entre 1933 et 1936, il tenait un bar sur l’île d’Ibiza."

   J'ajouterai que ces sifflets en céramique originaires de Majorque furent très importants pour le peintre surréaliste catalan Joan Miro (qui en possédait, comme celui ci-contre, qui appartient au musée catalan).mme zka,guy selz,la brèche n°2,surréalisme Ce musée du jouet de Figueres est remarquable, disais-je, par sa façon extrêmement vivante de présenter ses collections classées par départements aux thématiques insolites, surprenantes et ludiques, où diverses activités liées au jeu sont proposées en lien avec différents thèmes où l'esprit de curiosité règne en maître : le jeu dans l'antiquité, les jouets animaliers, les théâtres miniatures et les marionnettes, les illusions d'optique, la magie et l'illusionnisme, les soldats de plomb, une évocation de l'enfance et la jeunesse de Salvador Dali, les jeux de papier, les jouets mécaniques (avec une section consacrée en particulier aux jouets japonais), les jouets d'éducation sexuelle (les figures japonaises Kar Kar - la fille - et Tac Tac - le garçon -...)mme zka,guy selz,la brèche n°2,surréalisme, les figurines de la guerre civile espagnole, les jouets liés à la thématique spatiale avec des robots, des soucoupes volantes, les déguisements, les jouets bricolés par les enfants du Sahara, les jouets sonores, les jeux pour non-voyants, les casse-têtes, les instruments-jouets de Pascal Comelade, les figurines créées par José Antonio Heredia Navarrete, un autodidacte populaire (dont j'ai bien l'impression d'avoir un jour, il y a fort longtemps acheté l'une d'entre elles, une sirène, pour l'offrir à ma muse Christine Bruces ; voir ci-contre une de ces sirènes par Navarrete),mme zka,guy selz,la brèche n°2,surréalisme les œuvres d'art inspirées par les jouets, etc., etc. Une maquette de réseau ferroviaire est présente également dans ce musée due à Andreu Costa Pedro (1926-2013) qui la réalisa durant dix-huit ans. Mention spéciale aussi doit être faite à des représentation de "caganers", c'est-à-dire des figurines de chieurs... Sortes de santons d'un genre spécial que l'on cachait dans les crèches (Catalogne, région de Valence,  Baléares) pour soi-disant attirer la chance et la richesse (on sait que le caca est selon Freud la première monnaie d'échange, et donc l'origine de l'argent... ; dans une crèche, la défécation est censée fertiliser le sol de la crèche... argument qui sent bon - si j'ose dire - la justification). Il existe des caganers de toutes sortes (comme on le devine...), notamment actuellement, "des politiciens, des sportifs et des personnages célèbres ou médiatiques"...

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Les caganers du musée du Jouet de Figueres...

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¹ Bizarrement, une notice du musée du Jouet de Figueres signale que les poupées en question parvinrent entre les mains de Guy Selz grâce à Jean Dubuffet. Si cette information a un fondement quelconque, on se demande alors pourquoi l'inventeur de l'Art Brut n'en a pas gardé pour lui dans sa prestigieuse collection? En tapant les mots-clés "Mme Zka" sur la base de données du musée lausannois, on ne rencontre que "0 résultat"...

² Jacqueline Selz et Yvon Taillandier qui eux-mêmes ont fait donation de leur collection d'art populaire personnelle au musée départemental de Noyer-sur-Serein dans l'Yonne.

³ On n'a en guise d'éléments biographiques sur Mme Zka que quelques lignes extraites du n° de La Brèche par Guy Selz: "Sans doute d'origine polonaise, Mme Zka fut chanteuse lyrique, et fit probablement aussi du théâtre et du music-hall (...) Elle a vécu en Russie, en Italie, en Egypte, en Roumanie et peut-être dans d'autres pays où "ses tournées" et ses 4 ou 5 maris la conduisirent (...) Deux choses se remarquent aussitôt : un talent extraordinaire de couturière, et un bon lot de poupées figurant des officiers de l'ancienne armée polonaise..." Si le lecteur veut en apprendre plus, il se référera à l'article entier ici en PDF...

12/11/2019

Roger Cardinal (1940-2019), après Laurent Danchin et Jean-François Maurice...

     Des pages générationnelles, en matière de médiation autour des arts spontanés, se tournent décidément depuis quelque temps... Voici que j'apprends avec une tristesse certaine que Roger Cardinal vient de nous quitter.

    C'était un médiateur réputé de l'art qu'il avait qualifié d'"outsider" en Grande-Bretagne, terme repris aux USA et dans le monde anglo-saxon, voire jusqu'ici, où il est de bon ton de parler anglais à tout bout de champ en désertant la langue française.

roger cardinal,outsider art

Roger Cardinal recueilli ; Bibliothèque de Bègles, avril 2009. Photo Bruno Montpied.

 

    La dernière fois que je l'avais vu, c'était il y a trois ans, il me semble, dans un escalier de l'Hôtel du Duc où se tenait l'Outsider (comme de juste) Art Fair. Il était assis sur un banc, grignotant un sandwich ; je l'avais salué, en lui tendant je ne sais plus laquelle de mes publications, et il était resté assez bizarrement sans réaction, alors que nous nous connaissions et avions usuellement des relations cordiales. Quand j'avais envoyé ensuite des informations par mail, il n'avait pas non plus réagi, et je m'étais demandé ce qu'il se passait. La fatigue de l'âge (selon l'euphémisme convenu)?

     C'était un gentleman d'une grande bienveillance, un gentleman des années 1970, et un poète incontestablement, davantage qu'un théoricien (ainsi m'est-il toujours apparu en tout cas). C'est lui qui a lancé le terme d'Outsider art, en montant des expositions sur ce thème dès 1972 (parfois avec l'aide de la Fabuloserie d'Alain Bourbonnais) et pendant de nombreuses années, tout en écrivant de nombreux articles et études sur les arts spontanés (où il ne hiérarchisait pas l'art naïf par rapport à l'art brut). Certes, il n'était pas le seul au Royaume-Uni, il y avait aussi Victor Musgrave et Monika Kinley (la Madeleine Lommel britannique), et aujourd'hui il y a la Gallery of Everything de James Brett et ses amis. Mais Cardinal a eu un rôle déterminant, en influençant la création de la revue Raw Vision, de John Maizels en 1989 notamment. Le terme d'outsider a eu un retentissement énorme aux  USA, ce qui a causé en retour une onde de choc vers l'art brut européen.

roger cardinal,outsider art

Le catalogue de l'expo "Outsiders" de 1979.

 

      Ce que l'on sait moins – surtout dans le petit monde des spécialistes de l'art brut et autres – c'est qu'il avait donné, dans ces mêmes années 1970, quelques textes au groupe surréaliste qui tentait internationalement de conserver une activité structurée en réaction à la décision que d'autres avaient prise de décréter, trois ans  après la mort d'André Breton (soit en 1969), la fin du mouvement organisé. J'ai retrouvé ses deux contributions dans le Bulletin de Liaison surréaliste réédité en 1977 par l'éditeur Savelli : "Tout un roman" et "Je note des signes", d'une très belle et très claire venue poétique.

    En Grande-Bretagne, il avait prolongé et adapté l'activité d'un Dubuffet pour tenter d'attirer l'attention du public sur des arts spontanés où il mélangeait artistes marginaux et auteurs d'art brut. Je possède son livre de 1979, paru à l'occasion d'une exposition à la Hayward Gallery, où l'on retrouve au sommaire des créateurs bien connus désormais : certains venus de l'Atelier Jacob (1972-1982) comme Alain Bourbonnais, Francis Marshall, Jano Pesset, Mario Chichorro, Joël Negri, Denise Aubertin, Pascal Verbena, François Monchâtre, ou Emile Ratier, d'autres en rapport avec la maison des artistes psychotiques de Gugging en Autriche comme Johan Hauser, Johann Scheïbock, Philipp Schöpke, Oswald Tschirtner, ou August Walla ; bien sûr, il y avait quelques grands créateurs de l'Art Brut venus d'autres collections, comme Aloïse, Scottie Wilson, Wölfli, Henry Darger,  Joseph Yoakum, Martin Ramirez, Anna Zemankova, Heinrich Anton Müller, des patients artistes de la collection Prinzhorn à la clinique de Heidelberg comme Joseph Sell, Gustav Sievert, August Neter,  Peter Moog, Johann Knüpfer, ou Karl Brendel, un créateur d'environnement visionnaire, Clarence Schmidt, mais aussi de grands inclassables comme Louis Soutter, ou ce dessinateur allemand étrange revendiqué par le surréalisme, Friedrich Schröder-Sonnenstern (voir ci-contre). roger cardinal,outsider art

    Cette expo prolongeait celle des "Singuliers de l'art" qui s'était tenue un an auparavant au Musée d'Art moderne de la ville de Paris, là aussi organisée avec l'aide d'Alain Bourbonnais et de son Atelier Jacob (galerie qu'il animait avant de fonder son musée de la Fabuloserie dans l'Yonne.

     Au fond, ce qui me séduisait, dans la perspective de Cardinal, c'était son origine et sa culture surréalistes. On sait que ce mouvement, surtout du vivant de Breton, incorporait des autodidactes naïfs ou bruts, de même que de la poésie naturelle sous forme d'objets insolites trouvés dans la nature, sans faire de séparation de valeur entre ces créateurs et les artistes plus explicitement en relation avec le mouvement. Je pense que c'était dans ce sillage que se situait Cardinal. D'autant qu'en Grande-Bretagne, on pouvait le faire sans dommage, ce pays ayant fait l'économie de la dispute qui eut lieu sur le continent entre ces deux crocodiles que furent Dubuffet et Breton, se colletant au fond du même marigot (image que me délivra un soir Philippe Dereux au fond d'un restaurant lyonnais)... Les défenseurs de l'art brut français et suisses en effet ont longtemps hérité du clivage entre les deux crocodiles, et il est fort difficile de retisser les liens rompus de ce côté du Channel. J'en sais quelque chose, puisque moi aussi je m'efforce de me situer dans ce double sillage du surréalisme et de l'art brut...

    Étrangement, cette origine surréaliste de Cardinal ne paraît pas avoir été perçue par le milieu suisse de l'art brut, puisqu'il fit partie sans difficulté du comité consultatif de la Collection de l'Art brut à Lausanne (comme Laurent Danchin, pourtant pas très orthodoxe en matière de doxa brute...). Pourtant, on s'est longtemps méfié des surréalistes du côté de la Collection (du moins peut-être jusqu'à l'après-Michel Thévoz¹ ; car, avec Lucienne Peiry, directrice de la collection de 2002 à 2012, la méfiance se tempéra et s'atténua me semble-t-il).  Probablement parce que Roger resta toujours fort civil, diplomate, élégant, avec Dubuffet lui-même d'abord (qui lui avait fait part de son accord pour le terme d'"art outsider") puis avec les conservateurs successifs de la CAB.

     Sur ce terme d'art outsider, j'ai déjà évoqué sur ce blog par le passé la traduction qu'on aurait pu lui donner : art alternatif. Roger Cardinal m'avait écrit son assentiment face à cette traduction, comme je l'ai déjà signalé. Certes, ce mot qui lui avait été imposé, comme il me l'a écrit, par son éditrice, devait servir de synonyme à "art brut". En réalité, c'est un tour de passe-passe, dans la mesure où il recouvre beaucoup d'expressions différentes, du folk art, aux artistes marginaux, en passant par l'art brut au sens strict, et les environnements spontanés. En France, il sert d'ailleurs souvent de mot lui-même alternatif à la place d'art singulier. Le Musée de la Création Franche de Bègles par exemple, qui se sert beaucoup en ce moment du terme d'art brut – à mon avis inadéquatement – serait mieux inspiré de parler d'art outsider pour ses collections.

    Concernant Roger Cardinal, il serait judicieux de rassembler et de traduire ses principaux textes pour les lecteurs français. Il en a donné quelques-uns pour des catalogues, comme le premier qu'édita l'Aracine ou ceux édités par la Halle Saint-Pierre au fil des années.

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¹ Michel Thévoz qui écrivit un jour: "André Breton fusille les spirites et leur fait les poches". Ce qui, on en conviendra peut-être, est assez odieux...

09/10/2019

Une histoire de modification sur œuvre préexistante : José Guirao/Bruno Montpied

      L'histoire de l'art moderne recèle, si l'on veut bien y plonger, loin des chemins battus, des expérimentations d'art en commun qui devraient bien faire l'objet d'une exposition dans quelque musée (si les "curateurs" pouvaient oublier leurs sempiternels tropismes individualistes classiques). On connaît les cadavres exquis des surréalistes dont il existe de nombreux résultats fort séduisants, réalisés en différentes techniques, (dessin, pastel, collage, en tailles variées...). Mais du temps de Cobra, ou des groupes variés post-Cobra, voire les situationnistes artistes (au début du mouvement), on a pu aussi rencontrer de nombreux exemples de travaux  exécutés en commun, peintures, bas-reliefs muralistes, maisons peintes intérieurement... L'initiative de créer en commun s'est perpétuée jusqu'à nous, d'après ce que j'en sais, essentiellement à travers des jeux pratiqués par les groupes surréalistes divers et variés qui subsistent encore actuellement. De même ce genre d'expérience a pu se pratiquer dans les cours d'art plastiques alternatifs, que ce soit en milieu scolaire ou en milieu péris-scolaire (j'ai ainsi personnellement beaucoup peint avec des enfants, notamment de maternelle ; mais dès que je le peux, j'aime continuer aussi à peindre en commun avec d'autres artistes).

Sans titre 2, (frise cadavre exquis), BM et P Simkova, 1999 (2).jpg

Bruno Montpied et Petra Simkova, sans titre (cadavre exquis en forme de bandeau ou de frise), 1999, ph. Bruno Montpied.

 

       L'art en commun peut se vivre de plusieurs manières, et par exemple par la modification d'une œuvre préexistante – certains diraient par le détournement, mais je veux rester fidèle à l'emploi du mot "modification" qu'avait choisi le peintre et théoricien danois Asger Jorn, qui modifia picturalement beaucoup de croûtes trouvées aux Puces.

        Tout cela dit pour présenter les deux oeuvres ci-dessous exécutées par mézigue et par un camarade, José Guirao, à partir d'une même affiche, représentant un pic, dont je donne l'image originale. Nous l'avons chacun de son côté copieusement caviardée je dois dire, au point qu'il n'en est resté que quelques reliefs – si l'on peut dire pour cette image en deux dimensions. Je me demande si d'autres artistes se livrent à ce genre d'expérimentation en commun, ailleurs, aujourd'hui...?

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Un pic, affiche éditée d'après une planche de zoologie de la bibliothèque du Muséum d'Histoire naturelle de Paris.

Première modification, par José Guirao:

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Deuxième modification (intitulée Le  Démiurge), par Bruno Montpied:

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Chaque œuvre, de 2019, faisant 53,5 x 38 cm.

 

13/09/2019

Le dessin surréaliste en 2019....

Le dessin surréaliste en 2019.JPG

     Voici que reprend le cycle d'expositions que le peintre, essayiste et poète du Groupe de Paris du mouvement surréaliste, Guy Girard avait entamé l'année dernière avec "le collage surréaliste", et ce toujours dans la même galerie Amarrage, rue des Rosiers, en lisière des Puces de St-Ouen.

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Régis Gayraud, Pêcheurs d'âmes, 18 x 24 cm, 2019.

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Bruno Montpied, Les Trois Grâces, technique mixte sur papier, 30,5 x 23 cm, 2019. PH. B.M..

 

    En tant qu'ami du groupe, je prête outre trois de mes dessins (le cahier des charges de l'expo exigeait le noir et blanc, condition qui n'a pas été suivie par nombre de participants, mais personnellement, je m'y suis tenu), trois œuvres de ma collection. il s'agit d'un dessin au crayon, accompagné d'un collage de tarlatane sur papier photographique, dû à Gilles Manero, d'un dessin plus ancien de l'Islandais Alfred Flóki (dont j'ai parlé naguère sur ce blog) et d'un dessin d'un anonyme, vraisemblablement du XIXe siècle, présentant quatre personnages caricaturaux énigmatiques (j'en ai également déjà parlé sur ce blog lorsque je venais de l'acquérir).

Anonyme, sans titre, sans date, dessin au crayon sur papier,(2) ptêt XIXe siècle.jpg

Anonyme du XIXe siècle, sans titre, crayon graphite sur papier, 24 x 34 cm, sd. Photo et coll. B.M.

 

     Autour de ce dernier, le groupe au cours d'une de ses réunions hebdomadaires a proposé un jeu à certains de ses membres et amis. Que s'est-il passé "une heure après" sur la scène où se trouvent les quatre personnages de mon dessin? Les résultats de cette "heure d'après" seront présentés dans l'exposition de St-Ouen. Enfin, j'ai également prêté un dessin collectif fait par mézigue en compagnie de Guy Girard et de feue Sabine Levallois.

      L'expo dure du 19 septembre au 20 octobre. On vous attend nombreux au vernissage le jeudi 19 à partir de 18h30. A signaler le jeudi 3 octobre une projection de "surprises cinématographiques" (je me suis laissé dire qu'il s'agirait de dessins animés d'inspiration surréaliste).

      L'expo poursuivra ensuite sa route, pour une majeure partie des œuvres présentées chez Amarrage, à la Maison André Breton animée par l'association La rose impossible à Saint-Cirq-Lapopie du 25 octobre au 22 novembre (inauguration le vendredi 25 octobre à 19h)  

10/08/2019

Réhabiliter l'art naïf de qualité, trier le mauvais grain de l'ivraie...

       Cela fait déjà un certain temps que je milite pour une revalorisation et un ré-éclairage de la peinture naïve, dont, à mon avis, il faudrait retrancher beaucoup d'artistes trop mièvres, trop systématiques (les petites foules multicolores à la brésilienne, les chats, les natures mortes sans relief, les "cucuteries" comme dit le collectionneur Yankel...), qui ont contribué à dévaluer l'art naïf de qualité.
 

L-A Déchelette, la restauration des Saints.jpg

Louis-Auguste Déchelette

 
      Il faudrait réorienter les projecteurs au contraire sur les insolites (Dechelette), les frustes (Louis Roy), les rugueux (Ghizzardi ; voir ci-contre son autoportrait), Ghizzardi-Autoportrait.jpgles oniriques (Skurjeni, Trouillard, Beranek, certains Haïtiens), les cas-limites que l'on confond avec l'art brut (Séraphine, Emerik Fejes, Ilija Bosilj, Hirshfield, Trillhaase, Bödeker...), sans parler des anonymes insolites et talentueux qui sont présents en maintes collections , etc.
 

Autoportrait assis sur une chaise, ph Musée de thurgovie.jpg

Erich Bödeker, Autoportrait assis sur une chaise, musée de Thurgovie, Suisse.

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Erich Bödeker, groupe, photo transmise par les Amoureux d'Angélique.

ErichBoedekerAmoureud'ang4.jpg

Erich Bödeker, Famille royale (?), photot transmise par les Amoureux d'Angélique.

 

art naïf,

Bruno Bruno, Romantica, huile sur toile, 65 x 50 cm, Lyon, 1973, ph. et coll. Bruno Montpied ; ce tableau a été chiné à l'origine par Jean-Louis Cerisier qui a eu la gentillesse de me le céder.

art naïf,

L. Plé, sans titre (un homme en train de se noyer), huile sur toile, 22,5 x 33,5 cm, sd (milieu XIXe siècle ?), ph. et coll. B.M.

 
       Je parle ci-dessus de "cas-limites". Il y a en effet, de temps à autre, de la part des défenseurs de l'art brut, régulièrement des tentatives de récupération de nombreux artistes ou créateurs qui avaient été jusqu'à une époque classés dans l'art naïf (Séraphine, Scottie Wilson, Joseph Moindre (voir ci-contre les deux tableaux de paysage photographiés par moi à l'Atelier-Musée Fernand Michel de Montpellier), Boix-Vives, Wittlich...), avant que l'art brut développe sa notoriété. Auguste Moindre (2).jpg
     Il serait temps d'adopter la démarche contraire, et de rendre à César ce qui appartient à César.
       Chez les meilleurs Naïfs, à ne pas confondre donc avec l'art mièvre, il y a aussi de l'onirisme et de la distorsion qui assurent un charme incomparable à leurs œuvres où l'imaginaire vient fêter des noces inédites avec le spectacle du motif extérieur. Georges Schmits, en Belgique, s'inspirant de Georges-Henri Luquet, appelait cela du "réalisme intellectuel". Certes on est dans ce que l'on appelle "la peinture de genre" (portraits, paysages, nus, natures mortes), et alors? Ce qu'il y a de passionnant avec ces peintres, qui certes ne dédaignaient pas de se confronter à l'art académique (Rousseau rêvait de s'égaler aux peintres "pompiers", genre Bouguereau et Gérôme), c'est qu'ils sont débordés par des pulsions qui laissent s'exprimer l'inconscient de leur relation au monde extérieur. Le défaut de leur technique, auquel ils remédient par un bricolage personnel, est la première "trahison" de cet inconscient qui suinte... Dubuffet, en repoussant l'art naïf, essentiellement je trouve par décision stratégique – il voulait se distinguer à tout prix d'Anatole Jakovsky qui avait déjà constitué un corpus vaste et varié d'oeuvres d'autodidactes, à l'instar d'autres critiques d'art internationaux (je pense à Otto Bihalji-Merin, Albert Dasnoy, Thomas Grochowiak...) –, a commis une erreur de nature régressive, contrairement aux surréalistes, André Breton en tête, qui admiraient sans séparation auteurs d'art brut ou d'art naïf. Les tentatives de déshabillage de Paul pour donner à Jacques, auxquelles les successeurs de Dubuffet se sont livrés ces dernières années en expurgeant l'art naïf de certains de ses éléments talentueux (Séraphine en est emblématique) ont essayé de corriger et d'effacer l'erreur de Dubuffet. Mais en masquant, ce faisant, la valeur de l'art naïf lui-même.

Abram Topor, paysage, coll Guillaume Z..jpg

Abram Topor, un paysage, collection privée région parisienne (Abram était le père de Roland Topor), photo B. M.

E. Daider (dec par Cl Massé), le Grand Bal, bas-relief en plâtre peint, don famille Michel,1970 (2).jpg

E. Daider, Le Grand bal, bas-relief en plâtre peint, oeuvre découverte par Claude Massé, don famille Michel, Atelier-Musée Fernand Michel,1970 ; ph. B.M. ; cet auteur est inconnu, ce me semble dans le corpus connu de l'art naïf, du moins dans celui qui a été circonscrit par les livres de Jakovsky ou de Bihalji-Merin ; de celui-ci, on consultera toujours avec fruit, pour se faire une idée des plus qualitatives et variées, son monumental ouvrage, rédigé en compagnie de Nebojša-Bato Tomašević, L'Art naïf, Encyclopédie mondiale, paru chez Edita en 1984.

13/06/2019

Quand André Breton définissait l'art brut...

Dédicace à un vieil ami qui refuse de comprendre de quoi il retourne quand je parle d'art sans artistes...

 

       André Breton, définit un jour, de façon brève, l’art brut à sa fille Aube.

      Voici dans quels termes, en effet, dans sa lettre du 12 octobre 1948, Breton décrit son projet d'Almanach de l'art brut à sa fille, alors âgée de treize ans :

       "Tu te demandes peut-être ce que ça peut être que l'art brut? Cela groupe tous les tableaux et objets que font quelquefois des gens qui ne sont pas artistes : par exemple un plombier-zingueur, un jardinier, un charcutier, un fou, etc. C'est extrêmement intéressant". (Passage souligné par moi)

Lettres à Aube, 2009.jpg

2009.

14/05/2019

Rue de Seine ou rue Elzévir, à Paris, deux façons de découvrir l'art imaginatif, singulier ou brut

     La rue de Seine, depuis quelque temps, voit régulièrement de l'art brut, ou singulier, voire "outsider" pour parler franglais comme à la galerie Hervé Courtaigne¹, se présenter sur ses cimaises, est-ce le début d'une tache d'huile?

      En face de chez Courtaigne, on peut voir ainsi en permanence des bruts et de l'art populaire de curiosité dans la petite galerie qui fait l'angle avec la rue de l'Echaudé de Laurent de Puybaudet (42 rue de Seine, www.laurentdepuybaudet.com). Plus loin, dans la galerie Les Yeux Fertiles, animée par Jean-Jacques Plaisance et Benoît Morand (27 rue de Seine), on aime aussi de temps à autre glisser un "brut" (Charles Boussion, Thérèse Bonnelabay, Madge Gill ou Gabritschevsky) parmi des surréalistes historiques (Jacques Hérold par exemple), ou quelques visionnaires (Fred Deux), voire quelques grands Singuliers (comme Yolande Fièvre, Ursula, Philippe Dereux... Marilena Pelosi à l'occasion). Dans l'ensemble, ces galeristes restent cependant prudents, préférant miser sur des valeurs déjà consacrées dans le milieu des amateurs d'art d'autodidactes inspirés. C'est le cas avec l'exposition Bruts et Raffinés, apparemment, qui commence bientôt, dans deux jours, le 16 mai et qui s'achèvera le 16 juin à la galerie Hervé Courtaigne.

Bruts et raffines copie.jpg

      Les artistes ou créateurs présentés sont Anselme Boix-Vives, Jacqueline B. (Jacqueline Barthes), Gaston Chaissac, Ignacio Carles-Tolrà (dont il y a eu récemment une rétrospective au Musée de la Création franche, et dont il y aura une exposition très prochainement, à ce que m'a dit mon petit doigt, à la galerie de la Fabuloserie-Paris, dans la rue Jacob qui est perpendiculaire à la rue de Seine...), Philippe Dereux, Fred Deux, Gaël Dufrêne, François Jauvion, Yolande Fièvre, Antonio Saint-Silvestre, André Robillard (incontournable...), Robert Tatin, Augustin Lesage, Germain Vandersteen, Pépé Vignes, et Scottie Wilson. Cherchez les véritables bruts dans le tas... Et amusez-vous à rendre à César ce qui appartient à César (rien à voir avec le Nouveau Réaliste spécialiste des compressions) sur la mosaïque de l'affiche courtaignesque ci-dessus... A part Dufrêne, récemment mis en avant par la galerie, et peut-être cet Antonio Saint-Silvestre que personnellement je ne connais pas, les autres sont comme on le voit un peu connus déjà...

IMG_9054.jpg

Affiche de l'exposition prochaine de l'Escale Nomad rue Elzévir ; oui, je sais, c'est pas très alléchant, mais soyez curieux, ne vous arrêtez pas à ce pauvre habit, et vous ne serez certainement pas déçus...

 

      Sur la rive droite, se tiendra, plus confidentielle, une seconde exposition intitulée assez immodestement, je dois dire – quoique probablement avec humour mégalo...– "Petit tour du monde de l'art brut" par Philippe Saada, dans le cadre de sa galerie ambulante, Escale Nomad. Il loue la galerie Six Elzévir (au 6 de la rue Elzévir comme de juste... L'adresse est dans le nom de la galerie ; on est dans le Marais, 3ͤ arrondissement parisien) du 4 au 9 juin prochains. Cette fois, Philippe Saada est parti un peu plus loin que l'Inde et le Maroc, ses terrains de "chasse" de prédilection (même si le Maroc est encore présent dans cette expo avec Babahoum et deux créateurs apparemment nouveaux pour moi). Il annonce des trouvailles réalisées en Belgique, aux USA et au Japon (il est parti loin, ce coup-ci, Escale Nomad devient globe-searcher d'art brut). Je ne peux pas dire grand-chose des créateurs annoncés à part Babahoum que j'apprécie particulièrement et dont j'ai souvent parlé sur ce blog, voir en suivant ce lien... C'est une galerie et un dénicheur à suivre, prenant des risques avec tous ces noms inconnus (et de plus, les déguisant sous des affiches vraiment trop moches!). Mais suivez mon conseil, allez-y jeter un œil... C'est souvent derrière cette discrétion très particulière que se cache le pot-aux-roses...

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Babahoum, dessin aux crayons et à l'aquarelle (?) sur papier, 26 x 37 cm, vers 2018, ph. et coll. Bruno Montpied.

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¹ Dans le laïus de la galerie Courtaigne, il nous est dit ceci à propos des "outsiders": "Dubuffet a affirmé que les artistes "outsider" (même si le nom n'existait pas à son époque, évidemment), en échappant à la "culture" des mouvements établis, étaient les dépositaires de la véritable innovation qui est l'essence du travail artistique." Rappelons tout de même que le terme d'art outsider a été inventé par l'ancien surréaliste Roger Cardinal en 1972 à l'occasion d'une expo montée en Grande-Bretagne. Il servait à englober à cette époque aussi bien l'art brut que l'art d'artistes contemporains autodidactes et marginaux. Dubuffet était encore vivant à l'époque (il meurt en 1985)... Donc le nom d'outsiders existait bien "à son époque"... Les Singuliers de l'art, titre de l'expo de 1978 au musée d'art moderne de la ville de Paris, au titre trouvé paraît-il par Alain Bourbonnais, au fond, était un terme synonyme des outsiders de Roger Cardinal. Ce dernier terme pourrait se traduire par art alternatif.

07/05/2019

Avec le printemps, revient le festival Hors-champ du "film d'art singulier", le 22e du nom...

    C'est à Nice, en trois lieux, que l'association Hors-champ, animée par Pierre-Jean Wurst et quelques autres acolytes restant usuellement dans l'ombre, monte son festival annuel, dans les tout premiers jours de juin. Voici l'affiche de cette 22e édition...

Festival film 22e (affiche), 2019.JPG

     Trois lieux, disais-je, la Bibliothèque municipale Louis Nucéra, la librairie Masséna et l'auditorium du Musée d'art moderne et d'art contemporain... En effet, au départ le festival n'était prévu que pour le samedi, avec une programmation se voulant foisonnante et multiple – ce qui avait pour conséquence de la part de son programmateur de sélectionner avant tout des films courts pour pouvoir en placer un maximum dans la matinée et l'après-midi ; de plus une programmation variée et multiple a l'avantage de moins fatiguer les spectateurs... Mais, à la longue, plusieurs réalisateurs, auteurs et amateurs de cinéma documentaire (les fictions sont toujours "blacklistées" en effet, on ne sait pourquoi, la durée de ces films-là n'en étant pas la seule cause ; on sait qu'il existe de nombreux films de fiction ou des "biopics" sur des auteurs d'art brut ou d'art naïf, Ligabue, Aloïse, Séraphine, récemment Cheval, Pirosmani...). ont fait valoir que Hors champ pourrait tout de même faire un effort du côté des moyens métrages (50 minutes) voir longs métrages (il n'y en a pas eu des masses jusqu'à présent, un de 90 minutes environ, sur Robillard, l'année dernière, d'Henri-François Imbert, et un tout récemment (mars 2019) de l'animateur de ce blog (Bruno Montpied) et de Jacques Burtin, intitulé Eric Le Blanche, l'homme qui s'enferma dans sa peinture, de  80 minutes environ, consacré à une nouvelle découverte d'un peintre intime s'étant exprimé en partie sur les murs intérieurs de son logis – j'y reviendrai dans les semaines qui viennent, car là aussi il y aura projection publique ; j'ai mise en ligne l'année dernière une photo de ses fresques dans la note qui se cache sous ce lien).

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Le programme...

 

     A ne pas manquer dans cette programmation, projeté à la bibliothèque Nucéra : le film de Luc Ponette sur Gabritschevsky (que l'on peut trouver en DVD dans le catalogue de l'exposition de 2018 à la Galerie Chave), ce Max Ernst spontané, interné pendant près de 40 ans en Allemagne, plus près du surréalisme que de l'art brut. Ne manquez pas non plus un film, plus merveilleux encore, le court film sur une révélation bien peu connue par nos contrées, l'Ecossais Angus Mc Phee, tisseur d'objets en herbe séchée, lui aussi disponible en DVD. Si l'on veut savoir comment se définit l'art brut (je pense à un commentaire récent de M. Kolotoko), eh bien, là, on y est en plein. En guise d'hommage à Jacques Trovic récemment disparu, sera (re?)projeté le film de Jean-Michel Zazzi qui lui avait été consacré (où l'on aperçoit le célèbre mais discret Pierre-Jean). Le petit film d'animation de Jeunet et Segaud est tout à fait charmant et sympathique. Deux films de Mario Del Curto et Bastien Genoux, sur des créateurs que je ne connais pas ne peuvent que susciter la curiosité car ces auteurs nous ont habitué depuis longtemps à leur curiosité bien orientée.

 

13/02/2019

"Je peins parce que je rêve", un beau titre pour une nouvelle exposition de Guy Girard

      Guy Girard est un peintre dont j'aime très souvent le travail, selon les diverses périodes qui dominent son inspiration. Je possède plusieurs de ses toiles ou gravures. En ce moment il est à nouveau la proie d'une série de peintures remarquables, généralement en petit format. Il s'est passé avec le temps une décantation où l'essentiel de ses thèmes, de sa démarche vient converger de façon à la fois limpide, mystérieux et ludique. Il a de la technique, il connaît merveilleusement bien la couleur et son emploi, et il garde cependant un graphisme doux avec un zeste d'enfance, qui pourrait l'associer à un surréalisme naïf. Le voici qui nous propose une nouvelle exposition.

Guy Girard, l'énigme à marée basse, 2018 (2).jpg

Guy Girard, l'énigme à marée basse, huile sur toile, 30 x 30 cm, 2016, ph. et coll. Bruno Montpied.

Gy girard, titre non relevé (corps en lévitation), vers 2016 (2).jpg

Guy Girard, La chambre de l'horizon ontologique, huile sur carton,, 27 x 35 cm,  2018, ph. B.M.

Guy Girard, La Belle au crâne dormant, II-2015 (2).jpg

Guy Girard, La Belle au crâne dormant, huile sur toile, 33 x 41 cm, février 2015, ph. B.M.

Guy Girard, titre non relevé (le couple ds une tasse), vers 2016 (2).jpg

Guy Girard, Le détour du printemps, 24 x 33 cm, huile sur toile, 2015, ph. B.M. (cette œuvre sera exposée à l'Usine).

Guy Girard, titre non relevé (paysage avec Chinois), vers 2016 (2).jpg

Guy Girard, La cascade des papillons, 92 x 73 cm,, huile sur toile, 2016, ph. B.M.

Guy Girard, tableaux dans l'atelier ph 2018 (2).jpg

Guy Girard, vue de son atelier, avec, au centre, la toile Un café sur le boulevard, 54 x 65 cm,  huile sur toile, 2015 ph. B.M. ; (l'œuvre au centre sera à l'expo).

 

    L'actualité le propulse en effet, très bientôt (dans trois jours), à la galerie L'Usine, à Paris, ce temple des découvertes en tous genres, lieu secret du 19e arrondissement, tenu depuis des décennies par une grande prêtresse des inspirations cachées, Claude Brabant. Voir ci-dessous les dates de l'expo, celle du vernissage et celle de la clôture (où seront lus des poèmes de Guy et d'autres membres du groupe surréaliste de Paris (ex-canal Bounoure...)).

Je peins parce que je rêve, expo l'usine 2019.JPG

Le vernissage...

Cloture_Girard_Usine_2019_web.jpg

La petite sauterie de clôture...

    Enfin, pour mettre en garde contre le fait de se contenter de regarder les œuvres seulement en reproduction, notamment numérique, je donne une autre version photo de la toile qui figure sur le carton d'invitation à l'expo de l'Usine ci-dessus. Les couleurs sur la version ci-dessous n'ont plus grand-chose à voir, en particulier, l'atmosphère y est infiniment moins solaire, à croire qu'il existe deux versions de la même toile... :

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Guy Girard, titre, date (vers 2018) et dimensions non relevés, huile sur toile, ph. B.M. ; un lion narcissique, une sirène avec sa copine grenouille, une sorte de Maurice Béjart bizarrement coiffé d'une bassine en équilibre instable, prêt à s'entailler l'avant-bras, tout en regardant un homme qui apporte un athanor, une femme nue de dos, contemplant deux serviteurs apportant des pains de sucre semblables à des panais, deux volcans aux fumerolles comme des lanières, bref: un paysage à la fois loufoque et tendre...

08/02/2019

Juste un téléfilm pour le Facteur Cheval

 affiche du biopic Tavernier.jpeg       L'Incroyable histoire du Facteur Cheval, réalisé par Nils Tavernier, a un titre bien tapageur, pour un résultat très en deçà de ce que l'on nous promettait a priori. On a finalement affaire à un simple téléfilm vaguement mélodramatique, réduisant la véritable question de la geste Cheval – à savoir la conception et la réalisation durant trente-trois ans de ce monument extraordinaire, le Palais Idéal – à une vague bluette imaginaire entre un Ferdinand bourru, mutique à la limite de l'autisme, et sa femme Philomène, jouée par la belle Laetitia Casta, bien loin au point de vue ressemblance de la véritable seconde femme du Facteur. En prime, on nous donne droit aussi à l'hypothèse du bon papa qui aurait construit une sorte de château de sable amélioré pour sa petite fille Alice (née la même année, à peu de chose près, que le Palais Idéal, celui-ci commencé en 1879), dont le prénom a fait rêver le scénariste et le réalisateur bien sûr – Cheval avait-il lu Alice au pays des Merveilles (hypothèse séduisante, mais pas confirmée (première traduction française 1869, soit dix ans avant le début du Palais Idéal)? 

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Alice Cheval

Angle faç nord et ouest (2).jpg

Palais Idéal, angle façade nord et façade ouest, photo Bruno Montpied, septembre 2011.

 

    Cette hypothèse du terrain de jeu enfantin peut séduire... Elle a plus de poids en tout cas que l'hypothèse sentimentale un peu cul-cul du Gamblin moustachu transi devant la belle et noble Casta (hypothèse pour téléfilm). Si on avait voulu donner toute la lumière nécessaire sur le cas Cheval, Il aurait fallu élargir, en montrant aussi que Cheval eut peut-être, parmi plusieurs autres motivations, le désir de s'égaler par un autre enfantement à celui généré par sa femme. Un autre mobile était aussi à chercher du côté du désir de montrer ce que peut réaliser un plébéien, face aux merveilles monumentales que l'exposition universelle parisienne de 1878 – montée un an juste avant la pose de la première pierre du Palais – exhibaient, ou que Cheval découvrit en lisant le Magasin pittoresque.

      En face de la mise au monde féminine, de quoi peut accoucher un homme sinon d'une œuvre? Et qui plus est, en l'espèce, d'une œuvre que Cheval voulut comme quelque chose qui pourrait défier la mort en accédant à une temporalité plus longue (cette thématique est présente tout au long de la vie de Cheval qui fut confronté sans cesse à la perte de ses proches, au cours d'une vie, pour l'époque, exceptionnellement longue, 88 années, de 1836 à 1924). En bâtissant le Palais Idéal, il faisait par avance la nique à la mort qui emporta  tous ses enfants avant lui, ceux d'un premier mariage, comme celle qu'il eut avec Philomène, cette Alice, passée définitivement de l'autre côté du miroir à 15 ans...

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Ferdinand Cheval, cadran solaire, sur le Belvédère érigé pour contempler la façade est du monument ph. B.M., 2011.

 

     On sait qu'il eût aimé y être enterré avec ses proches du reste, que ce Palais aurait dû être aussi un mausolée, un tombeau, en même temps qu'un musée lapidaire dévolu à chanter la beauté de la poésie naturelle, ou bien encore qu'un exploit architectural, qu'un temple parsemé d'inscriptions morales ou philosophiques, reflétant toutes sortes de styles et de thèmes venus des monuments du monde entier réunis dans un syncrétisme d'une folle inspiration.

 

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Ferdinand Cheval, inscription dans la galerie intérieure du Palais Idéal: "Le Panthéon d'un héros obscur", ph. B.M., 2011.

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Ferdinand Cheval, détail ("La Reine des Grottes") de  la façade sud du Palais, ph. B.M., 2011.

 

        Entreprendre de bâtir sur le phénomène Cheval une fiction plutôt qu'un documentaire, dès le départ, ne pouvait aboutir qu'à cette erreur. Car le principal héros de cette vie est ce "monstre" architectural : le Palais Idéal. C'est lui qu'il fallait avant tout montrer. Hélas... On n'en voit que très peu. 

      Sans doute parce que la production n'avait pas beaucoup de moyens. Ce qui apparaît dans le film, une espèce d'ébauche cheap de la primitive forme du Palais, suivie assez vite de plans du Palais tel qu'il est aujourd'hui, toujours filmé de face, sans restituer son volume (même lorsque la caméra se déplace en hauteur, à l'aide d'un drone, la réalisation continue à nous l'aplatir ce Palais, en s'élevant dans le ciel au point de ne plus en montrer que le plan au sol), ne pouvait à elle seule contenter le spectateur. C'est sans doute pourquoi le scénario s'est orienté vers le développement d'une intrigue du genre mélo. Hélas, par son côté cliché, elle ridiculise la portée possible du film, par sa pauvre idée, d'une terrible platitude elle-même...

        La scène finale du bal, sur un parquet installé devant la façade est du Palais (façade privilégiée tout le long du film par la réalisation, ce qui accentue l'interprétation du monument tout en façade), montre également que la réalisation, faisant ici les yeux doux aux conservateurs du Palais Idéal, cherche à justifier l'utilisation depuis des années du Palais Idéal comme super décor, fond d'écran luxueux pour des concerts de jazz ou de variétés. Ce qui est une manière de réduire la portée de cette création, désormais envisagée seulement pour sa capacité à rapporter des rentrées d'argent comme simple attraction touristique¹...

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      Ce que Cheval voulut faire avec son Palais Idéal, énorme architecture automatique avant l'heure (plutôt que "médianimique", comme l'écrivit Breton, qui voulait ainsi  indiquer sa dimension pré-automatique en l'associant aux créateurs spirites de la fin du XIXe siècle), est probablement impossible à montrer dans une fiction, à visée toujours plus ou moins commerciale. Les producteurs jugent toujours le public incapable de s'intéresser à l'aventure d'un processus de création.

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Valentine Hugo, Elisa et André Breton au Palais Idéal, après guerre, photo  fonds Valentine Hugo Bibliothèque municipale de Boulogne-sur-Mer.

 

        Une autre hypothèse, celle d'un Cheval mutique (et pas seulement taiseux ou bourru), répondant à côté quand on l'interroge (quand il répond!), trahit dans le film une vision psychologisante du réalisateur – plus explicite dans le livre signé de son nom chez Flammarion (Le Facteur Cheval jusqu'au bout du rêve, octobre 2018 ; y aurait-il eu un nègre derrière la rédaction de ce livre, plus intéressant que le film à vrai dire?) – puisque le terme d'autiste y est marqué noir sur blanc, voir p. 314 : "Le sujet du film est l'histoire d'un homme qui a un mal fou à se positionner dans son environnement social et qui, tout autiste qu'il est, parvient à s'accomplir grâce à la liberté qu'il trouve dans son art." (souligné par moi). Ainsi, on veut nous faire croire à un Cheval souffrant de quelque travers psychologique, ce qui va plus loin qu'un Cheval simplement taiseux. Son intégration sociale, ses deux mariages, ses relations avec divers intellectuels rencontrés à Hauterives (Joseph Cadier, l'archiviste André Lacroix, des poètes régionaux...), sa gestion de l'économie familiale, cadrent mal avec cette hypothèse, qui est au fond un cliché intéressé à nous planter un Cheval, homme exceptionnel, mais en quelque sorte tabou...

     S'il y eut aliénation, elle fut à mes yeux essentiellement sociale, celle d'un homme issu du monde rural, cherchant à se hisser loin de sa condition de humble, ravalé à des taches subalternes, et voulant prouver les grandes choses que peut, lui aussi, réaliser un homme du peuple.

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Ferdinand cheval, entre autres inscriptions, on peut lire en bas: "Tout ce que tu vois, passant, est l'œuvre d'un paysan..."

 

      Nils Tavernier, le dimanche 13 janvier dernier, au cours d'une rencontre avec le public (qui eut lieu à la Halle Saint-Pierre  voir ma note précédente) pour, a priori, présenter son livre récemment paru chez Flammarion (fin 2018) –  alors qu'étrangement, il parlait avant tout de son film  qui, à cette date, n'était pas encore sorti – insista sur le fait qu'il n'avait pas cherché à comprendre le créateur, jugeant qu'il fallait lui laisser son auréole de "mystère".

     Cette position me pose personnellement problème. A trop vouloir plonger un créateur, même aussi "énorme" qu'un Ferdinand Cheval, dans un bain d'inexplicable, on le rend en quelque sorte ineffable, et l'auréole qu'on lui compose a de fait beaucoup à voir avec l'aura sacralisante d'une nouvelle sorte de saint (un saint à rebours, fondé sur un mythe de créateur "fou") auquel un simple mortel ne saurait bien entendu se comparer... En tissant ce linceul de mystère, on sépare le créateur de tout un chacun, et on enseigne qu'il ne saurait y avoir d'exemple à prendre chez lui (en dépit des défis lancés par Cheval dans les inscriptions de son Palais, "Au champ du labeur, j'attends mon vainqueur")... Ce qui, au bout du compte, constitue un tour de passe-passe pas très sympathique. Une manipulation que tant d'autres artistes endossent aisément, tant, pour eux, il reste primordial que leurs spécificités, leurs statuts restent le fait d'une caste peu disposée à partager ses privilèges.

     Le droit de s'exprimer ne doit-il n'être partagé que par une coterie de spécialistes? Tout le corpus de l'art naïf, de l'art brut, des arts populaires spontanés, auquel appartient de plein droit Cheval (n'en déplaise à Pierre Chazaud²), milite contre cette idée (et n'en déplaise aux marchands qui ces temps-ci cherchent à refermer ce corpus sur quelques rares vedettes, ce qui aide à faire monter les cotes).

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¹ La dernière idée du Palais Idéal consiste à monter depuis le 21 janvier une exposition d'un artiste (nommé Samsofy) créant dans un style très gadget, avec des briques Lego, des reconstitutions de sites touristiques de la Drôme, dont le Palais idéal sans doute. Encore un gars qui a trouvé un créneau pour se trouver une place.

² Cet auteur est cité dans le livre signé du nom de Tavernier, p. 138, où sont repris ces mots extraits de son livre, Le Facteur Cheval, un rêve de pierre (éd. Le Dauphiné, 2004) : "Il n'est plus possible aujourd'hui de réduire sa trajectoire à celle d'un excentrique, relégué au mieux dans un coin de l'art naïf ou de l'art brut." Si je suis d'accord pour ne pas voir Cheval comme un excentrique en effet, ce n'est pas le réduire que de l'associer au vaste corpus de l'art naïf et de l'art brut. Au contraire, cela donne plus de force à son entreprise qui ne fut pas si isolée que cela, hormis sa taille et son ampleur restées (malheureusement) uniques.

20/01/2019

Jeu du dictionnaire

     J'aime beaucoup jouer au jeu du dictionnaire. Petite explication pour ceux qui ne connaissent pas. On choisit un mot inconnu de tous les joueurs. Chacun d'entre eux se cache pour écrire une définition qui pourrait être la bonne, puis la tend au meneur de jeu. Ce dernier écrit la bonne définition, et puis une imaginaire comme les autres joueurs. Il mélange toutes les versions, et ensuite, il les lit. On vote chacun à tour de rôle pour la définition que chacun croit la seule correcte. Ceux qui trouvent la bonne définition marque un point, et ceux de qui l'on a choisi la définition, marquent également un point, autant de fois que l'on a voté pour eux...

   Ce qui m'amuse là-dedans, c'est évidemment, non pas que l'on marque des points (quoique un peu de compétition ne fasse pas de mal), mais que l'on invente des définitions imaginaires qui pourraient être plausibles – tellement, que l'on vote pour elles. Et aussi, que l'on invente des définitions surprenantes d'une poésie qui ne dédaigne pas d'être cocasse...

    Voici quelques exemples, où, pour un même mot, j'ai mêlé, à l'exacte définition de mots rares, les définitions imaginaires que nous avons inventées récemment,  le soir de la Saint-Sylvestre, où nous nous étions réunis à quatre amis (Michèle Bachelet, Guy Girard, Régis Gayraud et votre serviteur). A vous de reconnaître, si vous le pouvez, et sans tricher en regardant le dictionnaire, la définition qui vous paraît la plus plausible...

Quérulence : n. f. Tendance exagérée à la revendication et  à la recherche de réparation contre des dommages imaginaires.

Quérulence : n.f. Maladie de l'âme ou neurasthénie légère propre aux troubadours (mot vieilli).

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Gomarisme : n.m. Mouvement artistique d'avant-garde portugais (début XXe siècle). Il préconisait la représentation de scènes triviales sur des chasubles et autres vêtements sacerdotaux dont avaient été gommés les signes religieux.

Gomarisme : n.m. Doctrine du théologien protestant Gomar.

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Sandaraque : n.f. Poisson que l'on trouve dans les hauts fonds de l'Océan Pacifique. Les pêcheurs vont les attraper en apnée, en risquant leur vie, car il est très rare qu'ils parviennent jusqu'à l'animal, le harponnent et parviennent à le remonter.

Sandaraque : n.f. Résine de thuya qui sert à faire des vernis.

Sandaraque : n.f. Bourreau qui était chargé de souffleter, jusqu'à ce que mort s'ensuive, les esclaves à Byzance.

Sandaraque : n.f. Arme de poing à lame recourbée utilisée en Crète archaïque lors de rituels minotaurins.

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Racahout : n.m. Oiseau du genre perdrix, vivant sur les pentes des volcans de Nouvelle-Zélande. Il se distingue par son chant particulièrement semblable au concassage d'huîtres.

Racahout : n. m. Poudre à base de cacao et de glands servant en Turquie pour fabriquer des bouillies.

 Racahout : n.m. Mot d'origine occitane qui désigne le bruit causé par l'entrechoquement des cailloux, consécutif au passage des marcheurs sur les chemins empierrés.

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09/01/2019

Biopic et biographie de Ferdinand Cheval, une communication très au point

     L'Incroyable histoire du Facteur Cheval, le  biopic de Nils Tavernier, sort le 16 janvier, après que sa biographie, parue chez Flammarion, a été préalablement publiée courant novembre 2018. Ça, c'est de la com' bien huilée, n'est-il pas? Et comme il devient incontournable de le faire, le double auteur vient à l'auditorium de la Halle St-Pierre présenter livre et film très bientôt. Ce sera ce dimanche 13 janvier à 15h (entrée libre). Il nous dira peut-être pourquoi il a préféré voir Philomène, la deuxième femme de Cheval, sous les traits de la belle - et intelligente - Laetitia Casta. Cela dit, après ça, il deviendra difficile d'ignorer notre sublime Facteur drômois¹.

               Bio Nils Tavernier.jpeg           affiche du biopic Tavernier.jpeg

famille Cheval.jpg

Ferdinand, assis, Alice (qui n'a pas l'air de rigoler), et Philomène debout, en 1884 (Cheval a 48 ans). C'est cette dernière que joue Laetitia Casta. Histoire d'enjoliver la réalité?

Philopène Cheval jouée par L.Casta.jpg

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¹ Car on ignore bien souvent l'existence de cet extraordinaire autodidacte qui a construit pendant une trentaine d'années un "Palais Idéal", à l'aide de pierres et de ciment armé à la fin du XIXe siècle, chanté par Jacques Brunius en 1929 et André Breton en 1932 et classé monument historique en 1969, la même année où des hommes posaient le pied sur la Lune... On l'ignore, c'est pourquoi la production du film a cru nécessaire d'apposer sur l'affiche que le film raconte "une histoire vraie"...  Mais pourquoi l'ignore-t-on depuis si longtemps? Il faudrait analyser les raisons de ce silence sans doute intéressé des grands media culturels. 

15/10/2018

Une réaction d'Antoine de Galbert à la publication récente de "L'art brut" chez Citadelles et Mazenod

      L'Outsider Art Fair est dans trois jours, grande foire d'art brut, comme on sait, et  voici qu'une volée de bois vert paraît précisément maintenant, sous la forme d'un mail circulaire, à l'encontre du livre récemment paru sous la direction de Martine Lusardy, L'art brut, aux éditions Citadelles et Mazenod. Il est signé d'Antoine de Galbert. Je le reproduis ci-dessous par souci d'information, au cas où divers amateurs ne seraient pas sur le mailing de l'auteur.

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A propos de la parution de « L’art brut » dans la collection Citadelles/Mazenod.

 

       Je viens de recevoir ce beau livre dont l’ambition est de donner à l’art brut la place qu’il mérite dans l’histoire de l’art mais il ne correspond malheureusement pas aux exigences scientifiques qui ont fait la réputation de cette collection.

       Le fait que la maison rouge n’apparaisse à aucun moment dans cet ouvrage n’est pas un oubli, mais une volonté délibérée d’en ignorer le travail. Bien plus incroyable encore est l’absence systématique dans ces pages de l’incontournable collection de Bruno Decharme et du travail remarquable de l’association ABCD. Et ne parlons pas de la bibliographie plus qu’incomplète. Je m’étonne que les Editions Mazenod aient pu confier la direction éditoriale de ce livre à une personne animée par tant de ressentiments inexplicables.

      En vérité, cet art n’appartient à personne, et les nouveaux regards qui se tournent vers lui depuis peu exaspèrent ceux qui en avaient abusivement la garde.  Il y avait une part d’aigreur dans les positions défendues par Jean Dubuffet qui a théorisé sa pensée contre le  milieu officiel dont il se sentait exclu ; une part de jalousie, dont certains de ses héritiers ont peine à se défaire. Mieux vaut défendre ce que l’on aime que l’inverse, et rien ne sert d’opposer un art à un autre.

      La maison rouge, inaugurée en 2004, m’a sans cesse donné l’occasion de décloisonner les mouvements ou les époques, dans un pays où il existait peu de passerelles entre les arts. J’ai souvent pâti de cette dichotomie absurde et idiote, qui générait  mépris et intolérance, d’un côté comme de l’autre,  alors qu’il suffisait de contextualiser chaque forme d’art pour lui trouver un intérêt. Il ne m’a jamais semblé que le dramatique enfermement mental et social des artistes de l’art brut, soit une bonne raison pour maintenir leurs créations dans la pénombre d’un ghetto culturel. Bien au contraire, c’était leur faire honneur de les présenter à un public plus large.

       Nous avons organisé un grand nombre d’expositions d’art brut : Henry Darger, La collection Arnuf Rainer, Augustin Lesage et Elmar Trenkwalder, Louis Soutter, Eugen Gabritchevsky, la Collection ABCD/Bruno Decharme…  De nombreuses expositions thématiques comme Inextricabilia (proposée par Lucienne Peiry) ou plus récemment L’envol, ont accueilli de ces œuvres, empruntées au musée de Villeneuve d’Ascq, à la Collection de l’art brut de Lausanne, à la collection Prinzhorn, et à bien d’autres… et nous avons régulièrement commandé des textes à des éminents spécialistes appartenant au sérail.

        Antoine de Galbert,

        président de La maison rouge.

 

       Personnellement, si je trouve normal qu'Antoine de Galbert vienne protester contre le fait que le livre paru chez Citadelles et Mazenod oublierait de citer les nombreuses expositions montées par lui et son équipe à la Maison rouge, de même que le livre passerait sous silence la collection ABCD, effectivement une des plus belles et plus riches collections d'art brut en France, je ne comprends absolument pas qu'il puisse parler, par ailleurs, de "ceux qui avaient abusivement  la garde" de l'art brut et qui seraient exaspérés par les "nouveaux regards" (décloisonnant) qui se portent sur l'art brut depuis quelque temps, parmi lesquels il faut compter donc ceux de la Maison rouge.

       Il n'y a jamais eu d'autres gardiens du temple brut que Dubuffet et Thévoz pendant longtemps (et après tout, cela permit d'imposer dans le monde de l'art, qui l'avait largement ignoré jusque là, malgré les efforts des avant-gardes de la première moitié du XXe siècle, ce champ particulier de création où tous deux trouvaient de l'unité). C'est seulement à partir de 1995-1996, à l'occasion de l'exposition "Art brut et compagnie", montée à la Halle St-Pierre par Laurent Danchin et – tiens! – justement la Martine Lusardy interpellée aujourd'hui par Antoine de Galbert (car c'est elle, "la personne animée par des ressentiments"), que la Collection de l'Art Brut de Lausanne a accepté de prêter à l'extérieur de leur institution des œuvres de leur collection, dans un projet qui confrontait diverses collections à celle de Lausanne pour la première fois (l'Aracine, le petit musée du Bizarre, le Site de la Création franche, la Fabuloserie et la collection Cérès Franco). Ce projet d'il y a plus de vingt ans devançait ceux que la Maison rouge fit de son côté par la suite, à partir de 2004 donc (et qui furent, effectivement de fort instructives manifestations). On ne  peut donc reprocher à Mme Lusardy d'avoir été une gardienne du temple de l'art brut, car elle aussi avait "décloisonné", bien avant M. de Galbert. Il se trouve seulement que tous ceux qui se passionnent pour l'art brut n'ont pas forcément les mêmes manières de comprendre l'art brut.

     Mais peut-être, cela dit, faudrait-il regarder plus attentivement ce que l'on envisage aussi parfois derrière tous ces "décloisonnements" (que les surréalistes, pour leur part, avaient initiés, bien avant qu'un Dubuffet ne vienne faire main basse sur l'art qu'il étiqueta "brut"). S'il s'agit de rendre l'art brut soluble dans l'art contemporain le plus cérébral –  afin d'élargir la clientèle des galeries d'art brut – comme a tendance à vouloir le faire un galeriste comme Christian Berst, personnellement, je trouverais normal d'émettre quelque avis opposé, sans pouvoir être taxé pour autant de "gardien abusif de l'art brut", terme au fond qui ne veut pas dire grand-chose (et désigne peut-être, de la part de celui qui l'utilise, un désir secret de s'emparer, à son tour et à son seul profit, de l'art brut en question?).

      Il est plus que normal de défendre ce que l'on aime. Ce qui n'entraîne pas qu'on veuille l'enfermer dans un ghetto non plus...

10/10/2018

Onirographies sauvagesques d'un côté et cinéma différent de l'autre...

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      Le 11 octobre, demain jeudi, il va falloir que je me coupe en deux, car la soirée propose deux événements, le vernissage de l'exposition de collages de Pierre-André Sauvageot à la Galerie l'Usine dans le XIXe ardt,, expo intitulée "Onirographies" (Pierre-André Sauvageot était exposé récemment aussi à St-Ouen dans l'expo collective "Le collage surréaliste en 2018", qui vient d'être prolongée jusqu'en décembre, par l'association La Rose Impossible, sous d'autres cieux, à St-Cirq-Lapopie, dans l'ancienne Auberge des Mariniers, plus célèbre pour avoir été aussi un temps la maison d'André Breton), et une projection de huit petits films "hors-les-normes" dus à des francs-tireurs excentriques du cinéma, à 20h dans le Ve ardt.

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Pierre-André Sauvageot, Pigeons de Moscou, collage.

 

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1 Programme de la séance de cinéma "hors-les-normes" du 11 octobre au Grand Action

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     Ce programme qui prendra place dans une belle salle du cinéma Grand Action rue des écoles dans le Ve ardt parisien sera présenté par les trois mousquetaires du cinéma "différent", voire "hors-les-normes", Florian Maricourt, Boris Monneau (du groupe "Margins", c'est-à-dire "Marges", mais en anglais, comme d'hab', c'est plus à la mode...) et Théo Deliyannis du Collectif Jeune Cinéma. Cinq auteurs apparemment fort excentriques sont présentés donc, Horst Ademeit, Enrique Ley, Alain Bourbonnais (avec son court-métrage de fiction qui met en scène sur l'île de Groix ses créations carnavalesques qu'il appelait des "Turbulents"), Georges Andrus et Le Déboucheur. Andrus est un poète des irisations sur bulles de savon, Ademeit paraît s'exciter sur des phénomènes inexpliqués et des décryptages magiques d'après retransmission de tirages du Loto (il me paraît relever davantage à ce titre de l'immense cohorte des "fous littéraires" que de l'art brut où on le range depuis quelque temps), Ley fait de l'animation en pâte à modeler pour dénoncer les dangers que court la société actuelle, tandis que "Le Déboucheur", entreprise familiale bruxelloise, produit des films destinés à expliquer le débouchage qu'opère l'entreprise sur les tuyauteries de ses clients, ces films pouvant être vus au second degré comme du cinéma abstrait "aux qualités plastiques insoupçonnées", nous affirme Florian Maricourt.

    Entre ces deux événements, l'un étant nettement plus éphémère que l'autre, je sais de quel côté je vais aller, quitte à m'enquérir de l'autre un peu plus tard...

 

30/08/2018

Montpied multiplié par cinq...

     L'automne sera montpédestre ou ne sera pas, et l'on pourra dire par conséquent que j'ai pris décidément la grosse tête... Mais le hasard veut que plusieurs manifestations auxquelles je participe ont décidé de converger toutes en cette même saison (j'exagère un peu bien sûr).

N°1 : Exposition personnelle Bruno Montpied, intitulée "L'alchimie du regard", avec 47 œuvres, dont une grande peinture sur bois, une plus petite sur carton entoilé, alors que tout le reste consistera en techniques mixtes sur papier de moulin, l'ensemble installé sur les deux niveaux de la galerie parisienne de la Fabuloserie, 52 rue Jacob, dans le VIe ardt. Cela durera du 8 septembre (c'est un samedi, jour du vernissage, prévu à partir de 16h) au 6 octobre (qui est la Saint Bruno, mais on s'en bat un peu...). Un petit dépliant est édité à cette occasion. La galerie est ouverte les après-midi du mercredi au samedi, quatre jours par semaine donc.

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Bruno Montpied, Surprise!, technique mixte (encre, marqueurs, crayons...) sur papier pour multi-techniques, 30,5 x 23 cm, 2018. Exposé à la Fabuloserie Paris.

 

N°2 : Le Groupe surréaliste de Paris organise une exposition collective consacrée au "Collage surréaliste en 2018", à la galerie Amarrage à St-Ouen (les lecteurs de ce blog, particulièrement attentifs, se souviendront que c'est dans ce même local que j'ai organisé voici deux ans une expo collective intitulée "Aventures de lignes"). La liste des participants se découvre sur l'affichette réalisée par le groupe. Personnellement, j'exposerai trois collages réalisés il y a plusieurs années, entre 1981 et 2002 (c'est donc pas tout à fait en 2018...). J'en présente un ci-dessous.

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Bruno Montpied, Rêve d'éveil, 24 x 32 cm, collage sur papier Canson, 1999. Exposé à St-Ouen.

 

N°3 : Je participe également au Salon ArtCité qui se tiendra dans trois lieux de Fontenay-sous-Bois, la Maison du Citoyen (où j'exposerai cinq petits formats sur papier), l'Hôtel de Ville et la Halle Roublot. Il s'agit là d'un rassemblement d'artistes plasticiens contemporains, rien à voir avec une exposition présentant une ligne précise. C'est du 20 septembre au 20 octobre.

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Maison du Citoyen, du lundi au vendredi de 9h à 21 h, samedi de 9h30 à 16h30, 16 rue du RP Lucien-Aubry, Fontenay-sous-Bois.

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Bruno Montpied, Sara bande sous la pluie, 17x24 cm, 2016, technique mixte sur carton fort. Exposé à ArtCité.

 

N°4 : Par ailleurs, j'exposerai douze photos consacrées à des créateurs d'environnements populaires spontanés aux Tours de Merle en Corrèze (c'est même, pour être encore plus pointu, "au cœur de la Xaintrie corrézienne"...), pour accompagner la projection du film documentaire Bricoleurs de paradis que j'ai co-écrit avec son réalisateur Remy Ricordeau en 2011, projection qui me permettra d'en débattre avec le public qui voudra bien venir à cette projection. L'exposition des photos se tiendra le week-end du 27-28 octobre prochain, et la projection aura lieu le dimanche 28. Cette animation s'inscrira dans le cadre d'une exposition des statues de l'autodidacte Antoine Paucard prêtées par le musée Antoine Paucard de Saint-Salvadour (20 octobre au 4 novembre). L'idée de ces animations provient de Laurent Gervereau et de Mme Nathalie Duriez.

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Bruno Montpied, photo originale tirée en 40 x 60 cm, consacrée à l'environnement créé par Wladyslaw Gaça à Audun-le-Tiche, ph. 2013. Exposée aux Tours de Merle.

 

N°5 : Un peu plus tard cet automne, j'exposerai également de 4 à 6 œuvres sur papier à la Galerie Rizomi à Parme, dans le cadre d'une expo collective organisée par le critique d'art et collectionneur Dino Menozzi. Cela se tiendra du 24 novembre jusqu'au 15 décembre. L'idée de la manifestation est de présenter des auteurs qui gravitent dans la perspective de la Création franche. Devraient être ainsi représentés Gérard Sendrey (fondateur de l'appellation Création franche), Adam Nidzgorski, Claudine Goux, Pierre Albasser, Franck Cavadore et donc, mézigue, Bruno Montpied. Un catalogue est prévu de paraître à cette occasion.

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Bruno Montpied, Gestation dans la matrice rouge, 32 x 24 cm, technique mixte sur papier, 2018. Sélectionné par moi pour l'expo de Dino Menozzi.

 

28/07/2018

L'ange des inspirés (quelques-uns de ses faits et gestes)

         Mon ange ne se substitue jamais à mon esprit, jamais il ne lui viendrait à l'idée de s'insinuer en moi pour téléguider mon regard (comme me le suggérait récemment un ami dans un échange épistolaire). Tout ceci n'appartient vraiment qu'à moi...

           Non, ce qu'accomplit mon ange, de mon point de vue, c'est du côté de l'organisation, et des agencements de situation, ce qu’il est convenu d’appeler vulgairement le hasard, les coïncidences.

          A Amiens, par exemple, où je m’étais rendu pour sa grande Réderie du printemps 2018, il avait réussi à rendre complets tous les hôtels de la ville, si bien qu'avec le camarade broc avec qui j'étais venu pour chiner, en arrivant en fin de soirée la veille (sans avoir réservé, bien entendu, fidèles à notre goût de l’improvisation), on n'avait trouvé qu'une seule chambre, chère, qui était accessible si on divisait son prix en deux, et donc, nous avait incliné à partager l’unique plumard, ce qui m'avait empêché de bien dormir.

           Le lendemain, de bon matin, devinant que je serais vite épuisé, à force de traîner mes 115 kgs à travers l'immense Réderie, sans avoir bien dormi auparavant, je m’étais décidé à opérer un tri dans ma quête et à ne regarder que les peintures et autres œuvres en deux dimensions, ce qui gagnerait du temps.... Me dépêchant avant que la baisse d’énergie ne me rende la chine insupportable, je me mis à cavaler dans les rues, sans tout détailler, comme font les autres amateurs. Cette stratégie, bien sûr, mon ange l'avait prévue. Et il a le pouvoir d'aimanter mes pas dans certaines directions…

           C’est ainsi que je finis par tomber sur une peinture, étalée parmi d’autres, dont je reconnus immédiatement le style : un Bois-Vives ! Que j’achetai une misère au biffin qui ignorait ce qu’il avait ramassé dans ce qu’il est convenu d’appeler, je crois, une adresse, un débarras de logement à vider. Je rêvais depuis longtemps de pouvoir acquérir une œuvre de ce créateur mi-naïf, mi-brut, et mon ange le savait pertinemment, mais je n’avais jamais les moyens quand se présentait d’aventure une pièce à vendre…

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Anselme Bois-Vives, peinture sans titre, sans date, 49x66 cm (peut-être des loups?), ph. et coll. Bruno Montpied.

 

          Il a encore frappé ces derniers jours. Je reviens de Vendée où j'ai pu visiter, et photographier,  une maison peinte des murs aux plafonds sur deux niveaux par un reclus, que l'on me décrit comme schizophrène (formidable travail d’un créateur improvisé ayant décidé de plonger dans la peinture en transformant sa maison en un aquarium où l’eau serait remplacée par l’image, et le gros poisson, par le peintre). J’étais tombé par hasard, quelques semaines plus tôt (tu parles, l'ange avait bien entendu organisé la conjonction des personnes…), sur un couple de gens, apparentés à ce créateur, qui cherchait à la Halle St-Pierre à intéresser quelqu'un à cette maison. J'étais là, pile au moment où ils sont arrivés, et où ils ont montré des photos des décors sur leur mobile à Pascal Hecker, le libraire de la Halle, qui m’introduisit auprès de ses clients, lui aussi étant conseillé par mon ange bien entendu…

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Eric Le Blanche, un détail de l'intérieur de sa maison quasiment entièrement peinte ; le "Adamo" ici représenté est Adam en fait, Eve (écrit "Eva") étant peinte sur la gauche, dans l'escalier dont on voit le commencement ; © ph. Bruno Montpied, 12 juillet 2018.

 

         Mais, le plus étonnant, c'est que le village vendéen où se trouve la maison photographiée, comme je m’en suis avisé avec surprise il y a deux jours, en y allant enfin, est l'ancien siège du château du seigneur de Lusignan, héros de la légende de Mélusine, la femme-serpent ailée, associée au mythe de la sirène, qui s’enfuit lorsque son mari découvre son secret (elle était femme la plupart du temps et lorsqu’elle prenait son bain redevenait femme-serpent, mais personne, y compris son époux ne devait la voir à ce moment, sous peine de la voir disparaître)...

sirènes,fresque en mosaïques de coquillages,coquillages,mainson brutes peintes en intérieur,art brut,ange des inspirés,anselme bois-vives,réderie d'amiens,chineurs,coïncidences         Une sirène est représentée sur la girouette qui couronne le sommet de la tour Mélusine, seul vestige du château des Lusignan dans ce village. Je la découvris dès que j’arrivai dans le village. Comme je l’ai déjà dit plusieurs fois sur mon blog, je suis particulièrement fasciné par les sirènes, surtout celles qui se montrent dans leur version aquatique et piscicole, plus nordique. En Méditerranée, elles étaient davantage envisagées sous une apparence ailée,  comme on sait (comme ces sirènes qui tentent de charmer Ulysse, dans l’Odyssée).

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Une sirène peinte par F. Bouron, rue Guynemer, Les Sables d'Olonne, ph. B.M., juillet 2018.

 

       Plus étonnant encore, le matin même, aux Sables d'Olonne, alors que je remontais de mon hôtel situé en bord de mer, en direction du musée de l'Abbaye Ste-Croix où j’avais rendez-vous avec ceux qui m’accompagneraient au village de la maison peinte, j'étais déjà tombé sur une sirène, plus moderne mais charmante (elle portait une robe-fourreau se terminant en queue de poisson), peinte sur la façade d’une petite maison, dans un encadrement en relief figurant un gobelet ou une tasse. Par ailleurs, le musée de l'Abbaye Ste-Croix est connu pour abriter des vestiges des créations d'Hippolyte Massé, l'auteur de la Maison de la Sirène à La Chaume dans les années 1950-60 (voir mon Gazouillis des Eléphants). Et, la veille, j’avais également photographié parmi d’autres fresques en coquillages de Dan Arnaud, dans le quartier sablais de l’Ile Penotte, une autre sirène, écho lointain, à notre époque contemporaine, des décors en coquillages du précurseur Hippolyte Massé.

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La sirène de la maison d'Hippolyte Massé dans le quartier de La Chaume, détail d'une photographie de Gilles Ehrmann (extraite des Inspirés et leurs demeures, de 1962).

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Dan Arnaud, sirène en mosaïque de coquillages, rue d'Assas, quartier de l'Ile Penotte, Les Sables d'Olonne ; on mesure, par comparaison avec la sirène de Massé, ce qui différencie un art véritablement plus brut d'un art, certes maîtrisé, mais plus... esthétique ; ph. B.M., juillet 2018.

 

       Comme on voit, mon ange est fort bien documenté sur mes goûts et il m'aime, et continue de m'aimanter, lâchant même à l’occasion, le long de ma route, une de ses plumes...

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Sur les premiers degrés de la rue du Chevalier de La Barre, Paris, ph. B.M., juillet 2018.

07/01/2018

Benjamin Péret à la Halle Saint-Pierre, quelques événements pour un riche retour sous la lumière

      Du 8 au 28 janvier, la Halle Saint-Pierre accueille une évocation de Benjamin Péret dans sa "galerie" du rez-de-chaussée, centrée sur les voyages qu'il fit entre 1955  et 1956, fasciné par les arts des Indiens et l'art populaire du Brésil. En effet, les éditions du Sandre, au même moment où elles publiaient mon Gazouillis des Eléphants – qui traite aussi d'art populaire – a sorti en novembre 2017 un beau livre consacré à Benjamin Péret et intitulé Les arts primitifs et populaires du Brésil, photographies inédites, qui illustre une fois de plus le profond intérêt qu'éprouvait le poète surréaliste pour l'art primesautier où qu'il se manifeste dans le monde. Si la galerie de la Halle présente sept vitrines d'exposition de différents documents et objets relatifs à cette période de la quête pérétienne, le tout sous le titre "Du merveilleux, partout, de tous les temps, de tous les instants", il convient de signaler – outre le vernissage (en entrée libre, comme tout ce qui concerne ces événements) autour de Péret qui aura lieu le jeudi 11 janvier prochain de 18h à 21h – également une après-midi consacrée à la présentation du livre, ainsi qu'à celle du dernier numéro  (le n°6) des Cahiers Benjamin Péret dans l'auditorium de la Halle, au sous-sol, le dimanche suivant 14 janvier, à 15h. Cela se fera en présence de Leonor de Abreu et de Jérôme Duwa, co-responsables du livre des éditions du Sandre, ainsi que de Gérard Roche (président de l'Association des amis de BP), celui-là même qui vient de signer la magnifique et vivante édition de la correspondance André Breton-Benjamin Péret chez Gallimard (2017).

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Une correspondance fascinante, pleine de vie, qui restitue les deux poètes avec une spontanéité et une chair que l'on ne rencontre pas de la même manière dans leurs autres écrits (même si Péret écrivait comme il respirait) ; certainement un des meilleurs volumes de la correspondance jusqu'ici parue concernant Breton. A n'en pas douter, ce furent eux les piliers du château étoilé...

 

     Il faut dire que l'actualité éditoriale est richement consacrée au retour de Benjamin Péret dans nos esprits et dans notre mémoire en ce moment. Il ne faut pas oublier de mentionner en effet la très bonne biographie de Barthélémy Schwartz, Benjamin Péret, l'astre noir du surréalisme, parue en 2016 chez Libertalia¹, qui permettra à tous ceux qui apprécient cet enfant terrible de la poésie, de l'amour sublime et de la révolte, s'ils ne savent pas de qui il s'agit exactement, de faire un copieux tour du personnage, documenté de faits, d'analyses et d'anecdotes savoureuses comme celle qui campe Péret, sortant de chez André Masson, et qui, chaque fois qu'il passait devant la loge où les concierges laissaient voir leur repas en famille, lançait : "Alors? Elle est bonne la merde?", ou encore cette autre, racontée par Marcel Duhamel, où, déambulant en voiture avec Tanguy, Prévert et Duhamel, il tirait au revolver en l'air au long des routes, comme un fêtard mexicain...

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Photo de Benjamin Péret extraite du livre aux éditions du Sandre ; Lampião et Maria Bonita, céramique polychrome, Mestre Vitalino, Caruaru, État du Pernambouc, coll. Museu de Arte Popular, Recife.

 

    Benjamin Péret, comme le souligne pertinemment Schwartz dans sa biographie, était un des rares autodidactes du mouvement surréaliste, avec Yves Tanguy, par ailleurs d'origine bretonne comme lui (Péret était nantais). Cela est à mettre en liaison directe avec son goût jamais démenti pour les techniques automatiques surréalistes, lui servant à lâcher les rênes d'une inspiration qui ne mettait jamais longtemps à traîner dans la boue les autorités, le clergé, l'armée, les juges, tout ce qui s'opposait à l'exercice de la liberté et de l'amour. Et cela explique aussi, outre le fait qu'il était de par ses origines prolétaires anti élitiste et anti bourgeois, sa compréhension profonde pour les arts populaires, les mythes et légendes dont il prisait essentiellement l'esprit magique, le merveilleux sous toutes ses formes (voir par exemple cet article qu'il consacra dans Minotaure aux armures délirantes de la Renaissance, ou aux automates) et vers la dernière partie de sa vie, pour deux figures importantes de l'art singulier (aux limites de l'art brut), Robert Tatin et Gaston Chaissac.

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    En effet, si l'on connaît le texte qu'il consacra à Chaissac, daté de 1958, dans l'édition de luxe des Inspirés et leurs demeures de Gilles Ehrmann, L'homme du point du jour, tel qu'édité dans le livre d'Henri-Claude Cousseau sur l'œuvre graphique de Chaissac chez l'éditeur Jacques Damase en 1982, texte différent (on découvre en effet des paragraphes alternatifs d'une version  à l'autre...) de la version intitulée Sur Chaissac dans Benjamin Péret, Œuvres complètes Tome VI (Association des amis de Benjamin Péret/libraire José Corti, 1992), on connaît bien moins le texte étonnant qu'il écrivit pour présenter Robert Tatin en 1948 (il venait de rentrer du Mexique en France), découvert par hasard semble-t-il, dans une galerie rue du Petit-Musc à Paris. Ce texte – inédit dans ses Œuvres Complètes – avait été proposé à Jean Dubuffet pour le projet d'Almanach de l'Art brut que ce dernier décida finalement de ne pas publier, en raison probablement de son désaccord ultérieur avec Breton. Il vient d'être (enfin) publié (en 2017, là aussi), en reprint d'après les tapuscrits, par la Collection de l'Art Brut, l'Institut Suisse d'Etude de l'Art et 5 Continents. Il nous montre que Péret n'eut de cesse de veiller aux irruptions de poésie sauvage qu'elles proviennent des jungles amazonienne ou mexicaine, ou de zones marginales de la créativité populaire en France. Voici un passage qu'il écrit au sujet de Tatin, alors seulement céramiste et peintre, et n'ayant donc pas commencé son environnement ébouriffant et syncrétique de la Frénouse à Cossé-le-Vivien en Mayenne (il recroisera la route des surréalistes au début des années 1960, ce que Péret n'aura  pas su puisqu'il décédera en 1959) : "Sa peinture a en effet  la force primitive de tous les arts archaïques (...) Robert Tatin revient donc aux origines mêmes de l'art, au point d'intersection qui contient en puissance l'infini des possibilités."  (L'Almanach de l'Art Brut, p. 473). Dans ce même Almanach, on trouve un autre texte sur les peintures populaires des cafés mexicains où l'on buvait de la pulque (alcool d'agave), Enseignes de pulquerias. Il me semble qu'il a été édité dans ses Œuvres complètes, dans le tome VII (à vérifier). A propos de ces Œuvres complètes (sept jusqu'à présent), on notera aussi un texte qu'il consacra à l'architecture délirante de Gaudi à Barcelone.

     Péret aurait vécu plus longtemps, nul doute qu'il aurait fait un tour plus appuyé du côté de tous les inclassables de l'art et autres poètes plastiques de la spontanéité apparus après les années 1960, du côté de l'art brut et dans ses marges. De l'art brut, je n'ai relevé jusqu'à présent qu'une  mention par Péret. Elle figure dans son texte contre l'art abstrait, La soupe déshydratée, paru dans l'almanach surréaliste du demi siècle (réédité par Plasma en 1978). Et il est dit quelque part (un texte d'exégète dans la récente édition de l'Almanach de l'art brut ? J'avoue avoir la flemme d'aller retrouver la source...) qu'il accompagna Breton et Dubuffet aux Puces lorsqu'il s'agit d'aller acquérir des masques en coquillage de Pascal-Désir Maisonneuve vers 1948, à l'époque où tout allait encore bien entre le pape de l'art brut naissant et le chef de file du mouvement surréaliste...

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¹ On rappellera aussi le film de Remy Ricordeau, déjà signalé sur ce blog, Je ne mange pas de ce pain-là, Benjamin Péret poète c'est-à-dire révolutionnaire, sorti en DVD, production Seven Doc, sorti en 2015. La première partie de son titre est repris du titre d'un des recueils de Péret, tandis que la deuxième récupère un autre titre, celui  d'une émission de radio de Guy Prévan de 1999, elle-même, comme il est précisé dans les commentaires ci-après par R.R.., reprenant un fragment du Déshonneur des poètes, ce livre de Péret contre la poésie de circonstance qui fit scandale chez les Aragonéluards en 1945, puisqu' y étaient visés les poètes stalino-nationalistes qui à la Libération confisquaient la vie culturelle à Paris.

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Association des amis de Benjamin Péret 
50, rue de la Charité
60009 Lyon

12/10/2017

Deux autres expositions à voir: "Pop collection" et Michel Zimbacca à l'Usine

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Couverture du carton annonçant l'exposition-vente de la collection de Pascal Saumade à l'Arts factory (11 octobre- 17 novembre 2017)

 

    J'ai un petit rab d'annonces à faire concernant deux expos. Rue de Charonne, dans la galerie de l'Arts factory, connue jusqu'ici pour être "le premier espace d'envergure entièrement dédié à la scène graphique contemporaine",  ils ont invité Pascal Saumade de la Pop galerie (galerie nomade, qui s'expose notamment à l'Outsider art fair ; une nouvelle édition est d'ailleurs pour bientôt, à l'Hôtel du Duc, rue de la Michodière dans le IXe ardt à Paris). J'ai eu l'occasion de parler de lui, qui fut l'organisateur de plusieurs expos en collaboration avec le musée des arts modestes de Sète. Une partie de sa collection – le tiers paraît-il  – est présentée rue de Charonne. Cela part dans tous les sens, bien en accord avec l'éclectisme revendiqué du galeriste-collectionneur, amateur en gros de tout ce qui constitue l'art populaire contemporain, autre nom de l'art modeste.

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Jean Pous dans Pop Collection, photo Bruno Montpied.

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Rnord (?), portrait d'une femme, crayon graphite, ph. B.M.

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Philippe Jacq, assemblage et terracotta, 2015-2017. Ph. B.M.

       On trouve des posters du Ghana (ils furent exposés par l'Arts Factory au temps où ils étaient installés rue d'Orcel dans le XVIIIe), des paños chicanos, de l'art "outsider" afro-américain (S.L. Jones par exemple), des artistes graphistes divers (Javier Mayoral, Anne Van Der Linden), de l'art brut (quatre dessins de Jean Pous, Guy Brunet - affiches, portraits -, Charles Boussion, Yves Jules, Patrick Chapelière, Jean Tourlonias, Pépé Vignes...), des dessins d'inconnus (R Nord), de l'art populaire sétois (Aldo Biascamano dont le tryptique sur la "pêche à la traïne" fait beaucoup penser aux faux ex-voto de Gérard Lattier), de l'art singulier (François Burland,  Jaber, Nidzgorski, Angkasapura, Sendrey, Jacqui, etc.), de l'art naïf même (Germain Tessier) et ce que Saumade et l'Arts factory appellent du "Rock'n'Folk Art" (voir liste ci-dessous). Tout cela mélangé dans une grande arlequinade de 300 œuvres où personnellement j'aurai tendance à opérer un tri, car tout ce qui est produit là n'est pas de la même provenance sociologique – l'usage social de l'art définissant aussi celui-ci. Sans compter que tout n'y est pas toujours de premier ordre au point de vue poético-esthétique. Il reste qu'on a toujours intérêt à suivre les curiosités de Pascal Saumade, qui est de la race des grands fureteurs.

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Liste des exposants à l'Arts factory, expo "Pop Collection".

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Michel Zimbacca à l'Usine

      Sous ce titre, j'ai l'air de vouloir renvoyer Zimbacca en arrière, il y a très longtemps au temps du travail. Car cela fait un bout de temps qu'il a pris sa retraite, quoique pas celle du merveilleux. Surréaliste discret (depuis son arrivée dans le groupe dès 1949) – ultra discret même –, on connaît surtout de lui des films, qui ont été réunis récemment en DVD, dont  L'invention du monde, très connu auprès des cinéphiles amateurs de documentaires sur l'art, et, en l'occurrence, sur le monde des arts tribaux (le commentaire était de Benjamin Péret). Certains seront projetés d'ailleurs le 28 octobre à 20h à la galerie L'Usine de Claude Brabant (102 boulevard de la Villette, dans le XIXe ardt parisien).

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     Cette même galerie a en effet l'insigne honneur de nous proposer une exposition rare d'autres œuvres de Michel Zimbacca : des peintures, des dessins, des collages et des objets. J'en suis personnellement curieux, moi qui recopiais récemment un récit de rêve de 1998 où justement j'interrogeais Zimbacca sur les travaux graphiques et autres qu'il avait pu faire et sur lesquels ils se montrait fort discret. Je l'ai toujours imaginé, se réservant pour lui et ses proches les fruits variés et éclectiques de ses flâneries mentales, de ses digressions et rêveries intimes, si profondément intimes qu'elles durent peut-être lui paraître de nature à être réservées au cercle de sa vie quotidienne. Ce qui provient de l'inconscient et du hasard en effet apparaît bien souvent comme risquant de se galvauder au contact du monde extérieur. C'est affaire de pudeur et de scrupules qui sont également pratiqués par les auteurs d'art brut et qui expliquent que l'on découvre les œuvres de ces derniers bien souvent de façon posthume. La galerie l'Usine, galerie pour happy few, au charme secret lui aussi, est sans doute l'endroit idéal pour présenter, de façon anthume heureusement, les résultats des prospections mystérieuses du poète Michel Zimbacca. Avis aux amateurs, l'expo ne dure que deux semaines...

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Une curieuse production spontanée de Michel Zimbacca, réalisée à la fin d'un repas sur un bout de nappe en papier qui fut partiellement brûlée, coll. B.M., 2002 ; un oiseau passablement dépenaillé est jeté en travers du papier déchiré, celui-ci adoptant – involontairement? – la forme d'une tête dont la bouche est soulignée par la couleur du papier brûlé, les yeux étant figurés pour le premier par un cercle dans une serre de l'oiseau et pour le second par l'œil de l'oiseau lui-même.

02/10/2017

Expositions en pagaille tous azimuts

      L'automne est là, les feuilles roussissent, avant de se faire bientôt ramasser à la pelle, les marrons commencent à jaillir de leurs bogues, je ne vous apprends rien, et, comme d'habitude, l'actualité des expositions connaît l'emballement habituel des rentrées. Cela me donne des scrupules : par lesquelles commencer? C'est du boulot, et je renâcle à me faire le complaisant écho de ces manifestations qui toutes ne me font pas sauter en l'air, surtout quand elles participent d'un certain ron-ron au point de vue du choix des exposants (j'en ai un peu marre de voir parler des mêmes artistes ou créateurs : Robillard et ses sempiternels fusils pour investisseur  en poncifs de l'art brut, Joël Lorand ou Ody Saban, les arbres qui cachent la forêt de l'art singulier). Alors, j'ai envie aujourd'hui de mettre plusieurs expos dans une même note, en vrac, sans trop de commentaires, et dieu, comme on dit (je n'irai pas jusqu'à lui mettre une majuscule), reconnaîtra les siens.

     Toutes celles que j'indique ci-après, cependant, après un tri rigoureux, me paraissent dignes d'intérêt, et sont donc une sélection automnale non exhaustive de ce qui a trait à l'art singulier, brut, outsider, spontané, surréaliste spontané, etc.

      Exposition Outsider Art III, "Art brut haïtien contemporain" : Charles Djerry, Jean-Baptiste Getho, Frantz Jacques dit Guyodo, Alexis Peterson, Fanfan Romain, Pierre-Paul Lesly. Du 5 octobre au 4 novembre 2017. Galerie Claire Corcia et Polysémie.

Outsiders haïtiens à la galerie Corcia, Guyodo.jpg

Guyodo à la galerie Corcia ; à noter qu'on a découvert cet artiste autodidacte (dont les graphismes, intéressants, ressemblent tout de même pas mal à d'autres œuvres déjà vues ailleurs dans le domaine de l'art brut, vous savez, tous ces dessins griffonnés au stylo Bic...) à l'expo du Grand Palais, "Haïti, deux siècles de création contemporaine" (19 novembre 2014-15 février 2015), où il était présenté avant tout comme un sculpteur, un récupérateur de matériaux variés, unifiant ses assemblages sous des couches de pulvérisation d'aluminium (technique qui fait beaucoup penser à celle des Staelens en France qui unifient également leurs assemblages de même manière, quoique en rouge, ou minium). A priori donc, ne relevant pas strictement, pour des raisons sociologiques de l'art brut annoncé sur l'intitulé de l'expo. A noter qu'on parle rarement d'art brut haïtien, plutôt d'art naïf. Ou d'art vaudou. Ces délimitations terminologiques sont bien délicates...

 

     Claude et Clovis Prévost exhibent leur "exposition multimédia (photographies, films et œuvres d'artistes depuis 1963), avec la contribution des Rocamberlus de Georges Maillard, en son jardin de pierres d'Osny dans le Val d'Oise" à la Villa Daumier à Valmondois. Ouvert le week-end du 9 septembre au 15 octobre 2017. C'est bien sûr à l'occasion de la réédition de leur livre Les Bâtisseurs de l'imaginaire, aux Belles Lettres. Sur leur carton d'invitation, une photo non légendée (voir ci-dessous) montre un monsieur barbu d'allure distinguée posant devant une sorte de portail germinatif qui paraît indiquer une inspiration naturelle, quoique mâtinée d'une certaine culture, donc relevant à mes yeux du corpus des environnements singuliers (genre Robert Tatin). Ce doit être, par élimination de ce que nous connaissons déjà des trouvailles de Claude et Clovis Prévost, le dénommé Georges Maillard avec ses "Rocamberlus". Mais on aimerait que les Prévost le confirment.

Georges Maillard peut-être, ph Clovis Prévost.jpg

Photo Clovis Prévost.

 

      La Galerie Les Yeux Fertiles pour sa part s'apprête à établir des "Connexions" entre art brut, surréalisme et art singulier. A ses visiteurs de rendre à César... ce qui appartient à chacune des étiquettes en question. Deux cas parmi les exposants que je situe mal, les dénommés "L. Smith" (créateur populaire afro-américain?) et "D.Valdés-Lilla" Au chapitre du surréalisme, on rangera seulement Masson et les Cadavres exquis, Mirabelle Dors (qui inventa une éphémère "tendance surréaliste populaire") et en prenant quelques libertés, Louis Pons. Du côté de l'art singulier, je placerai personnellement, Bettencourt, Rispal, Sefolosha et Chomo (souvent abusivement rangé dans l'art brut). A noter cinq contemporains dans cette liste, Pons, Sefolosha et Rispal, voire Charles Boussion, un authentique créateur d'art brut d'aujourd'hui, avec Lubos Plny aussi. Pourquoi avancer, dès lors, M. Morand, que la galerie ne se tourne pas vers l'art contemporain? Vous avez le contemporain sélectif? (Pourquoi pas, d'ailleurs?).

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A la nouvelle galerie de la Fabuloserie à Paris, l'expo d'automne est consacrée à Genowefa Magiera, seule cette fois.guyodo,art brut haïtien,art naïf haïtien,claud eet clovis prévost,environnement ssinguliers,georges maillard,rocamberlus,villa daumier,outsider art 3,galerie les yeux fertiles,surréalisme,art brut,art singulier On se souviendra en effet qu'elle fut une première fois présentée dans l'expo d'art brut polonais précédente, à la galerie parisienne et plus récemment à la Fabuloserie dans l'Yonne. C'est une trouvaille de Sophie Bourbonnais en compagnie de Marek Mlodecki, suite à des explorations en Pologne. Expo du 8 septembre au 21 octobre. Voir le lien. J'aime beaucoup ce genre de peinture d'une fraîcheur et d'une ingénuité absolues.

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Geneviève Magiera en vrac...

 

      Et la Maison sous les Paupières, à Rauzan, dans l'Entre-deux-mers, que devient-elle, me direz-vous (enfin, ceux qui suivent...)? Après une longue éclipse due à des petits problèmes de dérapage sur verglas cet hiver, son animatrice, Anne Billon a repris l'activité. Elle expose Bernard Briantais, le singulier Nantais dont personnellement j'ai déjà eu l'occasion de parler sur ce blog. C'est du 7 au 29 octobre. Le vernissage ce sera samedi prochain le 7, à 18h (ouverture de la galerie dès 14h). Adresse de la Maison sous les paupières... voyez l'affichette ci-dessous :

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      Sans transition, signalons aussi l'exposition plurielle de visionnaires et créateurs dissidents que concocte chaque mois de septembre, depuis des années, le Musée de la Création Franche à Bègles. Si la plupart des créateurs ou artistes présentés me sont inconnus, et je ne peux donc rien en dire de particulier, à part signaler leur présence, on notera tout de même qu'en fait partie Solange Knopf que j'ai plusieurs fois défendue ici même et aussi dans les colonnes de la revue du musée : je fais allusion à l'entretien que j'avais réalisée avec elle dans Création Franche n°41, en décembre 2014 (« Quelques questions à Solange Knopf au-delà des ténèbres »). "Visions et créations dissidentes", musée de la Création franche, du 30 septembre au 3 décembre 2017. A noter qu'à l'issue du vernissage qui a eu lieu le 30 septembre dernier, le nouveau maire de Bègles, Clément Rossignol Puech, a remis symboliquement les clés du musée au Président de Bordeaux Métropole, en l'occurrence Alain Juppé. Je crois qu'on espère au musée que ce transfert de propriété des locaux (et non pas de l'entité administrative et artistique qui reste l'apanage de la ville de Bègles) ouvrira la porte à des travaux d'extension dont la collection a bien besoin, étant donné son étendue croissante.

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Dessin de  Solange Knopf présenté sur le site de la galerie d'Ys en Belgique où elle a une exposition parallèle à celle de Bègles (du 8 au 29 octobre).

 

     

      Ailleurs, c'est la folie qui requièrent les efforts de deux organisateurs d'exposition et pas des moindres, d'une part le MAHHSA (Musée d'Art et d'Histoire de l'Hôpital Sainte-Anne, anciennement Musée Singer-Polignac ; on annonce pour bientôt son déménagement dans de nouveaux locaux, la Chapelle de l'hôpital...  – désertée pour cause de mort de Dieu?), pour deux expos dont une déjà en cours, "Elle était une fois, Acte I" (du 15 septembre au 26 novembre 2017) et "Acte II" (Du 1er décembre 2017 au 28 février 2018) – c'est "l'Acte I "qui est commencé – et d'autre part,  la Maison de Victor Hugo place des Vosges qui va bientôt présenter une formidable exposition, montée avec l'appui de diverse collections et fondations, et intitulée "La folie en tête, aux racines de l'art brut". Cette dernière, comme son sous-titre l'indique, se veut comme une mise en perspective de quatre collections psychiatriques du XIXe siècle (celle écossaise du Dr. Browne – une des plus anciennes, puisque fondée en 1838 –, celle d'Auguste Marie – qui fut un des premiers en France à créer un Musée de la folie, à Villejuif il me semble –, et celles de Walter Morgenthaler et de Hans Prinzhorn). Ces collections existaient  donc bien avant que la collection d'art brut de Jean Dubuffet ne se monte elle-même (à partir de 1945), parfois en s'incorporant justement certaines anciennes collections de psychiatres (comme celle du professeur Ladame, par exemple). L'exposition se tiendra du 16 novembre 2017 au 18 mars 2018 (vous avez le temps donc). La commissaire d'exposition, en dehors du directeur de la Maison de Victor Hugo, Gérard Audinet,  en est Barbara Safarova, présidente de l'association ABCD. On note la présence, au sommaire du catalogue, de contributions de Savine Faupin et de Thomas Röske entre autres. Mais je m'étonne de ne pas retrouver de contributions de Vincent Gille qui travaillait encore il n'y a pas si longtemps à la Maison de Victor Hugo et avait contribué à plusieurs reprises à tisser de fructueuses collaborations du musée avec la collection d'ABCD.

 du vernissage, le Maire de Bègles, Clémen

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Exposants au MAHHSA dans le cadre d'"Elle était une fois Acte I".

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Visuel proposé par la Maison de Victor Hugo pour l'expo "La folie en tête".

 

16/05/2017

Cecilie Markova

Vente close... (22 mai)

 

     A nouveau, je signale une œuvre à vendre, un dessin au crayon de couleur (peut-être à la sanguine) d'une créatrice médiumnique connue en République tchèque, Cecilie Marková (1911-1998). C'est sous l'influence de séances spirites qu'elle a commencé à dessiner vers 1938, essentiellement des formes proches du végétal, stoppées bien souvent, dirait-on, avant que la composition ne commence à être trop dirigée. C'est avant tout l'automatisme pur, actif pleinement au moment des premiers gestes, qu'elle paraît rechercher dans ses graphismes. Elle fut longtemps classée dans l'art naïf, avant d'être rangée à la suite des expositions d'art brut tchèque montées par l'artiste et historienne de l'art surréaliste Alena Nadvornikova au début des années 2000, à Prague, Paris (notamment l'expo montée à Paris à la Halle Saint-Pierre en 2002-2003) ou à Lausanne, sous cette dernière notion. Quelques œuvres (huit exactement) de Cecilie Marková sont présentes dans la Collection de l'Art Brut à Lausanne. Elle fut présentée aussi au LaM au cours de l'exposition Hypnos en 2009.

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Cecilie Marková, sans titre, 29,7x21cm (dans un cadre de merisier, avec marie-louise et sous-verre, le tout mesurant  44,5x35cm), crayon de couleur (ou sanguine) sur papier, daté du 22-05-1960 ; une petite tache est visible à gauche, qui est du fait de la créatrice, ph. Bruno Montpied.

 

20/04/2017

Le dessin-mystère du jour

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Anonyme, sans titre, sans date (XIXe siècle?), crayon sur papier, 23,5x34 cm, coll. privée, photo Bruno Montpied.

 

      Déniché récemment par le galeriste lyonnais Alain Dettinger, grand chineur devant l'Eternel, voici un dessin anonyme au papier jauni, par les ans semble-t-il, ressemblant fortement à une caricature, avec ses cinq personnages aux allures insolites.

      A moins que ce ne soit une ruse du dessinateur. Je me demande en effet si l'on n'a pas affaire à une apparence de caricature, comme si un dessinateur du XXe siècle s'était amusé à pasticher un caricaturiste du XIXe siècle, tout en glissant dans l'image des éléments infiniment plus modernes, du genre qui découle du passage du surréalisme dans l'histoire des représentations artistiques. Il y a du Topor dans ce dessin-là, si l'on considère les deux têtes croquées à droite de la composition. Ce genre d'équilibristes – comme d'un individu que l'on aurait enfoui dans le sable, ne laissant que la tête dépasser du sol, obligée de tenir sur son front une sorte de poire sur laquelle est fichée, miraculeusement stable, une assez longue dague (un poignard subtil?), sur la poignée de laquelle est fichée une seconde pointe, celle d'une lame triangulaire qui paraît avoir pour manche une autre tête dans la bouche de laquelle est planté le fin tuyau d'une pipe qui fume... –, ce genre d'équilibrisme serait furieusement en avance sur son temps s'il avait été imaginé au XIXe siècle. Mais cela se peut. Cette époque n'a-t-elle pas vu Grandville, par exemple...?

      Les trois personnages de gauche, le trapu s'appuyant sur une béquille tel un personnage pitoyable de Brueghel, le grand maigre aux longs bras et aux jambes grêles, se donnant malgré tout des airs de poète dandy, une cape jetée négligemment sur l'épaule, le badaud bedonnant les observant  de profil, fier de lui (et de sa prospérité), mais inconscient de son physique qui pourrait paraître ridicule (ce ventre, ce postérieur rebondi dans un pantalon moulant...), sont-ils responsables de la situation périlleuse du personnage à la tête menacée par cette dague qui pourrait glisser et la transpercer à tout moment ? On se perd en conjectures...