16 octobre 2009

Sur le fil, déviances textiles à la Maison Folie de Wazemmes

    Pascal Saumade et Barnabé Mons sont les deux commissaires de l'exposition "Sur le fil",  sous-titré "déviances textiles" qui a débuté le 10 octobre dernier à la Maison Folie de Wazemmes, quartier au sud-ouest de Lille, connu pour ses Géants de carnaval.Maison folie de Wazemmes, ancienne filature.jpg Cette Maison est une ancienne usine textile, lieu parfaitement adapté au projet de ces deux supporters de l'art modeste (Saumade collabore avec le MIAM de Sète) qui ont pris l'habitude depuis quelque temps de monter des expositions dans le Nord, notamment l'expo récente "Kitsch-Catch" qui évoquait l'univers du catch à travers l'imagerie populaire et l'art populaire contemporain, en particulier au Mexique. Peut-être cette recherche de proximité avec le Nord est-elle à mettre en relation avec le futur musée d'art brut et d'art moderne qui ouvrira l'année prochaine ses portes à Villeneuve-d'Ascq dans un bâtiment prolongé et rénové?Sur le fil, expo de la Gamelle Publique à la Maison Folie de Wazemmes, octobre, novembre 09.jpg

     Ces déviants textiles (je préfère le sous-titre au titre, qui a vraiment trop servi ici et là, c'est vraiment la métaphore évidente dès qu'on parle de textile) sont constitués de créateurs hétéroclites (art populaire, art brut, art contemporain, art outsider), et tant mieux, ayant pour point commun de travailler des matériaux textiles. Un hommage est particulièrement dressé à celui qu'on classe généralement parmi les Naïfs contemporains, auteur de nombreuses "tapisseries", fresques brodées, patchworks de pièces de tissus, Jacques Trovic qui habite dans le Nord justement et qui est actif depuis les années 50. A côté de lui, l'association La Gamelle Publique (association à l'origine du projet) a "rassemblé plus de 50 artistes d'univers et de nationalités divers au sein d'un parcours labyrinthique".

Jacques Trovic Hommage à Tintin, vers 1988.jpg
Jacques Trovic, Hommage à Tintin, extrait d'un livre publié aux éditions AREA en 1988 à Paris  
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Maison Folie Wazemmes. Expo du 10 octobre au 22 novembre 2009, ouverte du mercredi au samedi de 14h à 19h, dimanche de 10h à 19h, 70 rue des Sarrazins - 59000 Lille. T: + 33 (0)3 20 78 20 23
mfwazemmes@mairie-lille.fr
Accès : Métro Gambetta - Wazemmes (ligne 1) -  Montebello (ligne 2) 

02 septembre 2009

Petit théâtre de sculpture improvisée

     Fin d'inspection aux Puces de Vanves durant ce cher mois d'août parisien dépeuplé. Pas de bousculade, quel plaisir... J'arrive au bout du dernier trottoir point complètement exploré, et je me dis que je ne trouverai rien comme souvent. Et puis, comme voulant malignement déjouer ce pessimiste pronostic, je m'avise d'une boîte vitrée contenant quelques petites sculptures placées sur le fond d'un collage de deux fragments de photos dont l'une est décolorée, tirant sur le bleuâtre. A côté, s'étalent des outils de dinandier ou de chaudronnier (à ce que me précisera mon camarade Philippe Lalane, qui explorait de concert avec moi ce matin-là). Ce sont ces outils que le marchand espère vendre, semble-t-il. Les petites statuettes ne paraissent guère soulever son estime. Il pense que ce ne fut qu'un passe-temps éphémère de la part de son auteur. J'avoue ne pas comprendre très bien le peu de cas fait de ces oeuvrettes qui m'ont séduit moi en revanche immédiatement. Mais comme il va me faire un prix fort raisonnable, j'oublie rapidement mon étonnement...

Anonyme,Ensemble de 6 sculptures en bois, XXe siècle, photo Bruno Montpied, 2009.jpg
Sculptures populaires anonymes, XXe siècle, photo Bruno Montpied, 2009

     J'emporte la boîte, ôte prestement la vilaine photo d'arrière-plan une fois rentré à mon domicile. Je note au passage que les photos, collés sur la paroi vitrée renvoient à deux fragments de calendrier évoquant en légendes les villes de Rochefort-en-Terre (dans le Morbihan) et de Collioure (Pyrénées-Orientales), images toutes deux dues au photographe Jacques Verroust, connu pour son livre avec Jacques Lacarrière sur les Inspirés du bord des routes... Ces photos ne paraissent là que pour constituer un arrière-plan médiévisant aux statuettes montrant des personnages du monde rural. Seule exception à cette thématique ruralisante, se distingue cependant une statue de femme africaine nue, à genoux, la poitrine généreusement proéminente et le fessier bombé.

    Anonyme, une statue africaine, dos nu, XXe siècle, art populaire,ph. Bruno Montpied, 2009.jpg    Anonyme, femme africaine, de face, statuette art populaire, ph. Bruno Montpied, 2009.jpg

Photo BM, 2009

     Il y a six petites statues, un homme qui joue du marteau, paraissant être un forgeron (je retrouverai un second marteau sur le bois qui sert de plancher, avec des ornements ovales tracés au crayon pour suggérer un dallage quelconque ; et je le raccrocherai à la main restée libre).Anonyme, un forgeron, stauette d'art populaire XXe siècle, ph. Bruno Montpied, 2009.jpg A ses pieds, une enclume où l'on n'aperçoit aucun outil à forger... L'homme n'est pas fixé. Ce qui n'est pas le cas de la saynète des deux causeurs assis, sculptés dans des couleurs différentes. On les a munis d'une pointe par-dessous qui les retient au sol.

Anonyme,Deux causeurs assis, art populaire XXe siècle, ph. Bruno Montpied.jpg 

    Les causeurs, photo BM, 2009

     En plus de la femme africaine agenouillée, on découvre aussi un bûcheron, au faciés passablement proche du squelettique. La Mort bûcheronnant?

Anonyme,un bûcheron, art populaire XXe siècle, ph.Bruno Montpied, 2009.jpg
     Qui pourrait me donner plus de renseignements factuels sur l'auteur de ces figurines tout en rondeurs et en crânes, pour l'heur inconnu ?      
            

19 août 2009

Naïve aventure

NAÏVE DEVANTURE

 

               Quand on quitte la station de métro Maraîchers par la sortie donnant sur la rue des Pyrénées, on rencontre aussitôt une ruelle transversale dénommée rue du Volga. Son nom masculinisé de façon insolite, son étroitesse, qui contraste avec l'idée d'immensité qu'on se fait d'un tel fleuve, et surtout le pont du chemin de fer de ceinture qui arrondit sa voûte au-dessus d'elle une centaine de mètres plus loin, agissent comme autant d'irrésistibles appâts qui aimantent les pas du promeneur et l'incitent à s'y engager.

Une des plaques de la rue du Volga, Paris,20e ardt, ph. Bruno Montpied.jpg

               Il longe alors sur le trottoir - ou, devrais-je dire, la rive gauche - quelques ateliers transformés en isbas, dont les jolies façades de bois le font rager d'autant plus fort contre les promoteurs coupables d'avoir bâti juste en face une de ces casemates de béton bouygo-stalinien qui défigurent, tel un lupus hideux, le visage des villes. Mais alors que le promeneur croyait son chemin tout tracé jusqu'à la voûte du chemin de fer, il est arrêté par le débouché de la rue des Grands-Champs qui, à la manière d'un indolent affluent, se jette dans le Volga par la rive droite; et là, comme l'âne de Buridan, notre homme hésite sur le parti à prendre.Rue du Volga et débouché de la rue des Grands Champs, Paris, 2Oe ardt, ph. Bruno Montpied, 2009.jpg Les grands champs évoquent en lui tout à la fois la clé des champs et les grandes largeurs, deux pôles inscrits depuis longtemps sur le cryptogramme de sa sensibilité. Mais la voûte l'attire, comme tout ce qui lui rappelle les arcades, ces reconstructions urbaines de la caverne primitive où prend son élan la poussée utopique de l'humanité. Or justement, en ce soir de mai, ce n'est pas d'un abri qu'il a besoin, ni de la nostalgie des origines, mais de la liberté des grands champs, ce qui le décide finalement à s'y vouer. Par un détail qui ne manque pas d'avoir infléchi ce choix, la rue ne présente pas de perspective au regard, mais amorce un virage à quelques encablures; et nul n'ignore que le flâneur est toujours avide de découvrir ce qu'il y a après le virage.

107 rue des Grands Champs, salon de Coiffure Chez virginie, ph. Bruno Montpied, août 2009.jpg
Salon de coiffure au 107,rue des Grands champs, "Chez Virginie", ph. Bruno Montpied, août 2009

               Et de fait, le flâneur, qui n'éprouvait qu'un vague espoir de trouvaille, n'a pas été déçu dans son attente sans objet : au rez-de-chaussée du numéro 107 de la rue des Grands-Champs, juste après le virage, s'ouvre la vitrine d'un salon de coiffure, ornée sur les murs qui en constituent la devanture de fresques murales représentant une énorme paire de ciseaux, une sirène alanguie (1) et d'autres figures naïvement peinturlurées. Au-dessus de la porte une plaque de pierre où s'inscrit l'expression latine TEMPUS FUGIT nous rappelle notre condition de mortel,Salon de Coiffure Chez Virginie, le Tempus fugit et la paire de ciseaux, ph.Bruno Montpied, 2009.jpg reliant sans doute, dans l'esprit de la tenancière des lieux, une nommée Virginie, s'il en faut croire l'enseigne, le thème de la fuite du temps à celui de la chute irrésistible des cheveux, l'universelle et inexorable calvitie que seuls des soins appropriés prodigués par une main experte, et l'on espère très caressante, sont capables de retarder.

 Joël Gayraud

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(1). Note du Poignard Subtil:  à l'époque où fut faite la photo du salon de coiffure en question, à savoir seulement quelques semaines après que ce texte ait été rédigé, la "sirène" s'était visiblement transformée en clown... Ou faut-il croire à quelque hallucination de la part de l'auteur de ce texte? D'autre part, à nos yeux, il ne s'agit pas là d'un décor proprement "naïf" mais plutôt d'un exemple de ce que le peintre Di Rosa appelle de l'Art modeste, à mi-chemin entre la décoration des camions et les fresques de graffeurs.

 

Enseigne du Salon de Coiffure chez Virginie avec une grenouille, ph.Bruno Montpied, 2009.jpg
Enseigne de la boutique de Chez Virginie avec une curieuse grenouille brandissant des ciseaux... Photo B. M., 2009

 

09 août 2009

Haïti et vaudou au Musée du Montparnasse

    "Le dernier voyage d'André Malraux en Haïti ou la découverte de l'art vaudou", tel est le titre de l'exposition qui s'est ouverte le 19 juin dernier au Musée du Montparnasse, et qui est prévue pour durer jusqu'au 19 novembre prochain.

Exposition André Malraux et l'art vaudou haïtien, Musée du Montparnasse, été et automne 2009.jpg

     Je ne suis personnellement pas très attiré par les gesticulations et les manières de génie qui se la joue profond de l'ancien ministre de la culture André Malraux, mais c'est l'occasion ici de voir quelques oeuvres d'art haïtiennes, certaines bien sûr en provenance de la communauté de Saint-Soleil (communauté dissoute en 1978) qu'alla plus particulièrement visiter Malraux en 1975.

 

        Louisiane Saint-Fleurant,Dessalines, expo André Malraux en Haïti, musée du Montparnasse, photo Bruno Montpied, 2009.jpg              Louisiane Saint-Fleurant,ph Raymond Arnaud.jpg
A gauche, Louisiane Saint-Fleurant, Dessalines, 2005, coll. Monnin, Haïti (exposé au Musée du Montparnasse) ; à droite portrait de Louisiane Saint-Fleurant par Raymond Arnaud (extrait du catalogue de l'expo au Musée d'Aquitaine en 2007, Peintures haïtiennes d'inspiration vaudou)

      A côté des artistes de Saint-Soleil (j'aime bien Louisiane Saint-Fleurant en particulier), qui sont souvent difficiles à distinguer les uns des autres, comme si un moule avait été édicté d'où toutes les oeuvres découleraient, à côté de ces créateurs - souvent vite classés du côté de l'art brut en raison de leurs formes enfantines à la Chaissac - on trouve ici une petite surprise sous la forme de deux tableaux d'un certain Edouard Duval-Carré (au nom prédestinant semble-t-il, car les deux tableaux sont de format...carré justement).

Edouard Duval-Carré,Hector et son mentor, la rencontre d'André Breton et d'Hector Hyppolite en Haïti, 1992, expo Malraux en Haïti, le Musée du Montparnasse, ph.Bruno Montpied, 2009.jpg
Edouard Duval-Carré, Hector et son mentor, la rencontre d'André Breton et d'Hector Hyppolite en Haïti (1946), 1992, coll. Afrique en Créations, Cultures France, Paris (exposé au Musée du Montparnasse)

       Il a représenté la rencontre d'André Breton et d'Hector Hyppolite, l'un des tout premiers peintres primitifs haïtiens (on sait que le phénomène s'est développé en Haïti au tournant des années 1940, essentiellement grâce à l'impulsion que donna à la peinture la fondation à Port-au-Prince d'un Centre d'Art fondé par le professeur américain Dewitt Peters, centre qui était à la fois une école et un lieu d'exposition), rencontre qui eut lieu lors des conférences que donna Breton en Haïti en décembre 1945, conférences qui s'accompagnèrent alors de journées révolutionnaires appelées les "Cinq Glorieuses".

Messagers de la tempête,Michael Löwy et Gérald Bloncourt, éd. Le Temps des Cerises, 2007.jpg
Dans cet ouvrage, les auteurs, dont l'un, Gérard Bloncourt, est un des acteurs de la tentative révolutionnaire haïtienne de 1946 (qui aboutit tout de même au départ, au "déchouquage", disent les Haïtiens, du dictateur Lescot), évoquent le souvenir des "Cinq Glorieuses" ; le livre est toujours disponible aux éditions Le Temps des Cerises (le petit "e" de "cerises" permet aussi de lire le mot "crises"...)

         Les deux hommes sur le tableau se tiennent de façon quelque peu hiératique, Hector Hyppolite, qui était un prêtre vaudou, un houngan, semblant être perçu par le peintre comme un intermédiaire reliant Breton par le contact de branches d'arbres avec la terre qu'il touche de son bras gauche transformé en tronc. C'est assurément là une image peu connue concernant les deux personnages. On sait que Breton acheta une douzaine d'oeuvres à Hector Hyppolite et qu'il projeta de le présenter dans l'Almanach de l'Art brut, projet de Dubuffet qui finit malheureusement par capoter.

Edouard Duval-Carré,La triste fin de Jacques-Stephen Alexis, 1992,expo Musée du Montparnasse.jpg
Edouard Duval-Carré, La triste fin de Jacques-Stephen Alexis, 1992, coll. Afrique en Créations, Cultures France, Paris (exposé au Musée du Montparnasse)

      Un second tableau représente pour sa part l'assassinat du leader révolutionnaire, ami de Gérald Bloncourt déjà cité, et écrivain important (il a écrit un roman que d'aucuns recommandent chaudement, Compère Général Soleil), Jacques-Stephen Alexis, dans les années 60 par les sbires du dictateur Duvallier. Au-dessus du corps d'Alexis , on semble reconnaître un "Baron Samedi", personnage funèbre qui dans le panthéon vaudou symbolise la Mort (souvent accompagné par "la Grande Brigitte"), avec ses attributs, le chapeau noir, les lunettes noires, le complet veston... Mais la Mort squelettique, d'aspect très mexicain, est ici aussi présente.

Bruno Montpied, Lorsque le Baron Samedi paraît, 2003.jpg
Bruno Montpied, Lorsque le Baron Samedi paraît, 24X32 cm, 2003

     A côté de cette découverte des peintures de Duval-Carré, on reste intrigué également par les peintures d'un peintre récemment apparu (déjà signalé dans l'exposition "Peintures haïtiennes d'inspiration vaudou" qui s'était tenue au Musée d'Aquitaine à Brodeaux en 2007),Peintures haïtiennes d'inspiration vaudou, éd. Le Festin, 2007.jpg Franz Zéphirin (né en 1963), à l'imagination fertile, amateur de sirènes -personnages importants dans le panthéon vaudou, à la fois féminins et masculins - et pratiquant un dessin et une peinture qui nécessitent un travail conséquent, voir en particulier la grande toile de 2008, présente dans l'exposition, Le destin cosmologique d'Haïti.

Franz Zéphirin, Le Destin Cosmologique d'Haïti, 2008, expo Musée du Montparnasse.jpg
Franz Zéphirin, coll. Monnin, Haïti, exposé au musée du Montparnasse
Franz Zéphirin,détail central du Destin Cosmologique d'Haïti.jpg
Détail central de la toile précédente, M. et Mme Sirène...
 
    Ajoutons pour finir que la visite de l'exposition s'effectue dans un cadre fort agréable, car le musée est niché au milieu de la verdure qui colonise une ancienne cour ceinte d'ateliers où était, je crois, installée une cantine pour les artistes de la grande époque de Montparnasse. Au fond de cette cour tout en longueur, on peut également visiter l'espace Frans Krajcberg consacré à cet artiste néo-réaliste d'origine polonaise, à la vie aventureuse extraordinaire, devenu écologiste, qui récupérait des troncs d'arbres morts dans la forêt amazonienne pour les rehausser de pigments naturels trouvés dans la nature eux aussi, les oeuvres obtenues étant de toute beauté. Voir ci-dessous.
Frans Krajcberg, Musée du Montparnasse, photo Bruno Montpied, 2009.jpg
Une oeuvre de Frans Krajcberg, Musée du Montparnasse

 

 

Nains de jardin new look

     Les nains de jardin parfois s'émancipent, tombant le masque pour ressembler aux propriétaires du jardin. Ils se font rondouillards, ventripotents et bien nourris comme des paysans qui ont su profiter de leur terre. Faudra-t-il aussi les libérer, ceux-là?

Nains de jardin new look, ph.Bruno Montpied, 2008.jpg
Personnages (en céramique?) dans un potager à Olonne-sur-Mer, ph.B. M., 2008

18 juillet 2009

C.A.P.U.T., Kézaco?

CAPUTFresquenaïvecabaned'ouvrierFév09.jpg
Peinture sur une cabane d'ouvrier, CAPUT, photo Cynthia 3000, février 2009

     Ils m'ont contacté récemment via l'adresse de ce blog et je trouve leur blog assez proche cousin du mien. La C.A.P.U.T., ce sigle cache une Collection de l'Art Populaire et de l'Underground Tacite. Commencée vers décembre 2008 (voir à cette date sur le blog de Cynthia 3000, l'éditeur du blog (c'est une petite maison d'édition littéraire par ailleurs semble-t-il, responsable d'une réédition de Laurent Tailhade entre autres) la déclaration éditoriale qui explicite le concept), cette collection paraît se consacrer, en se cherchant au fur et à mesure de son développement et des trouvailles en brocante, terrain de chasse de prédilection des animateurs du blog, Céline Brun-Picard et Grégory Haleux, aux peintres modestes essentiellement. Les deux chercheurs leur trouvent cependant du charme, décelant dans les oeuvres hétéroclites qu'ils chinent une inquiétante étrangeté parfois. Certaines des oeuvrettes acquises (pour moins de 4€, c'est presque une condition d'acquisition) frôlent la naïveté, mais dans l'ensemble, nous touchons là plutôt à une forme d'art modeste que ne renierait pas le peintre Di Rosa dans son Musée international des Arts Modestes à Sète. L'art banal... Contenant en creux une insidieuse poésie, peut-être toute entière dans l'oeil de ceux qui le collectionnent?

SirèneCynthia3000Caput.jpg
Sirène de la CAPUT, blog Cynthia 3000

     En tout cas, un blog à suivre, car on est curieux de voir ce qui va advenir, des découvertes futures. Dès aujourd'hui, je le joins à ma liste de "Doux liens" (colonne de droite). Et puis, ils aiment les ondines, les sirènes, les naïades, ils ne peuvent être complètement mauvais...

15 juillet 2009

Anonymous Works, un nouveau lien

    Cette courte note veut vous engager à cliquer encore et toujours vers d'autres sites ou blogs où vous trouverez sûrement matière à rêvasser devant des découvertes captivantes ou surprenantes, tel ce blog d'Anonymous works, rédigé aux USA apparemment (Los Angelés) et que je mets dans mes doux liens à partir de ce jour (sous le titre, traduit, de "Travaux anonymes").

ArtpopaméricainAnonymWorks.JPG
Détail d'une statuette d'art populaire américain, cf. Anonymous Works
    Son auteur, qui signe "Joey" et paraît être un chineur invétéré, se consacre, selon ses propres mots (c'est bien sûr un anglophone), à "l'art populaire primitif américain, à la photographie vernaculaire, à l'art outsider, et basiquement à tout ce qui est visuellement intéressant et sublime"... Un vaste programme en somme, dont les résultats affichés ont créé en moi une réaction largement addictive. Il y a toujours du grain à moudre sur ce blog-là.

13 juillet 2009

Au musée des Amoureux d'Angélique, cet été

    Cet été, le musée des Amoureux d'Angélique (une petite sorcière, celle-ci) attire nos regards sur deux des créateurs dont la collection permanente possède quelques oeuvres déjà significatives, Joseph Donadello et Denis Jammes.Expo DenisJammes au musée des Amoureux d'Angélique, Le Carla-Bayle, 2009.jpg Ce dernier est un "berger tsapuzaïre", proclame l'affichette que m'ont envoyée les animateurs du musée du Carla-Bayle (Ariège). Tsapu-quoi?, vont crier les internautes peu au fait de l'occitan... Comme je l'ai déjà fait moi-même la première fois que je suis tombé sur le mot. C'était en lisant un article de 1924 - oui, je vais chercher mes nouvelles parfois un peu loin dans le passé - d'un certain P.Mamet, qui l'a publié dans L'Almanach de Brioude en Haute-Loire. Cela s'intitulait Les Artistes Instinctifs... Oui, déjà en 1924, on s'intéressait aux autodidactes dans l'art. "Sont artistes instinctifs ceux qui, sans études préalables, sculptent ou gravent des sujets naïfs sur des matériaux vulgaires avec des outils de fortune"... écrivait ce M. Mamet dans ces années-là. Il voyait même dans "les décorateurs de pichets, de boîtes, de cannes" des descendants des graveurs de rennes sur les parois des grottes préhistoriques.

      C'est un peu plus loin, continuant sur le sujet de la terminologie, que Mamet emploie le mot qui m'intrigue: "J'aime mieux les appellations dont on les gratifie lorsque, débutants, leurs brimborions encombrent la pièce: Tsapiuzaïre (d'où tsapius et chapuis), faiseurs de copeaux, perdeurs de temps, faseliu, bourdjinaïres, (...). L'intraduisible bourdjinaïre caractérise bien leur travail lent, menu, frivole et non lucratif." P.Mamet donne ensuite quelques exemples de sculpteurs qu'il a rencontrés dans sa région, sans donner malheureusement beaucoup d'illustrations pour qu'on puisse se dire que leurs oeuvres ne devaient être autre chose que ce que l'on appelle aujourd'hui de la sculpture populaire rustique. Ferre-mouches et Cubizolles, deux détails de sculpture sur bois, selon P.Mamet, Almanach de Brioude,1924.jpgHormis ce dessin exécuté d'après des oeuvres d'un certain Ferre-mouches (surnom d'un des compatriotes de l'auteur, nommé en réalité Eyraud, mais son surnom indique bien son niveau d'habileté) et d'un autre nommé Cubizolles, qui de simple berger autodidacte s'éleva rapidement à la promotion d'artiste quasi professionnel (il finit "membre du jury des Beaux-Arts de Lyon", nous dit Mamet), le lecteur en quête de splendides exemples de sculpture populaire insolite et bizarre, revenue du fin fond du passé, reste sur sa faim...

    Il me fallait en apprendre davantage sur ces "tzapiuzaïres, faseliu et autres bourdjinaïres"... Et pour cela, il n'y a qu'une adresse! Celle de Michel Valière, émérite connaisseur de la langue occitane, si chère à son coeur. Voici ce qu'il a eu la gentillesse de me préciser (attention, mini cours de langue occitane!): 

    « Pour les occitaneux, occitanistes contemporains de tous poils, fiers de leur langue, etc., et qui l'enseignent de la maternelle à l'Université, les tailleurs de bois, genre feuillardiers, etc., ce seraient des "chaplusaires", dérivés du verbe "chaplar": tailler, briser, hacher, etc.

    Vous l'écrivez comme je vous le dis (avec CH-), mais vous le prononcez comme vous l'écrivez vous (TS-), avec en + le L en principe.

    Oui, c'est bien de l'occitan du Massif Central, et du bon !!!

    J'ajouterai qu'un grand "chaple", c'est une tuerie, un massacre genre St-Barthélémy,  ou même  le massacre de la volaille et du cochon dans la basse-cour lors d'un mariage, etc. »

    Donc, si j'ai bien compris, il faut écrire "tsapluzaïre" et prononcer "chapluzaire", si on veut importer la phonétique occitane en français, ce qui n'est pas forcément évident...

Denis Jammes, asso Gepetto, 2009.JPG
Denis Jammes photographié (en 2009?) par l'association Gepetto des Amoureux d'Angélique, le berger conservé "dans son jus" comme on dit chez les brocs... 

Pour les autres mots évoqués dans l'article de Mamet, voici ce que m'a également répondu Michel Valière:

   « Ecrivez "normatif",  "chaplusaire" et prononcez librement. Lorsque vous et moi écrivons en "français" nous avons la même orthographe, mais si vous et moi nous parlons, des nuances liées à nos origines, voire notre culture, sont sensibles et pourraient être phonétiquement réécrites avec quelques différences... 

     FASELIU : Frédéric Mistral écrivait, lui, FASILHOU, avec pour sens "factotum" (homme à tout faire), mais aussi homme remuant, actif... Et il localise bien ce lexème en Auvergne.

     L'occitan moderne préfèrerait la graphie "Faselhon" (ne vous trompez pas: la désinence  « -on », se lit « -ou » ! Quant au « -lh » c'est l'équivalent français de « -ill », cf. Millau /Milhau).

    BOURDJINAÏRE : un peu plus complexe dans sa graphie fantaisiste locale, il devrait plutôt être écrit : "bordinejaire", c'est -à- dire faiseur de détritus végétaux, voire ramasseur de détritus. Là encore, en oc, "o" se prononce "ou" quand ce "o" n'est pas accentué; et "-jaire" signifie celui qui fait et refait quelque chose (ex. passejaire, se dit de quelqu'un qui ne fait que "passar" - passer - c'est-à-dire simplement un promeneur. »

    Ah, eh bien merci M. Valière, on y voit plus clair. Le bordinejaire (prononcez "bourdinejaire", donc...) m'évoque un producteur de petits "bordels", de machins, de trucs que d'aucuns voudraient bien rejeter à la décharge dont ils ont l'air de sortir. Cela me fait repenser à Raymond Reynaud et à ces chères "bordilles" en Provence, ces décharges où il trouvait son miel pour ses oeuvres d'assemblage au point de les avoir reconstituées aux portes de son domaine, histoire d'avoir dans son environnement immédiat un vivier de matériaux et objets de rebut où puiser sans limite...Raymond Reynaud avec King-Kong dans son filet,portrait par Bruno Montpied à Sénas, 1989 .jpg

    Il existe donc encore aujourd'hui des tailleurs de copeaux, des qui aime encore perdre leur temps à tailler des trucs en bois, des obsessionnels de la gouge et du canif, en Haute-Loire particulièrement. Denis Jammes continue une tradition que suivait également son père, c'est un dada familial en quelque sorte, comme un secret qui se transmet d'âge en âge.

Denis Jammes,sculptures du musée Les Amoureux d'Angélique, Le Carla-Bayle, ph.B.Montpied, 2008.jpg
Denis Jammes, une ronde de bonshommes (prêts pour la danse?), collection musée les Amoureux d'Angélique, Le Carla-Bayle, ph.B.Montpied, 2008
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      Avec Jammes, le musée propose un gros plan sur Joseph Donadello, autre créateur proche de l'Ariège, que l'on se reporte à mes anciennes notes à son sujet. C'est prévu pour durer les deux mois d'été.
Expo 2009au musée les Amoureux d'Angélique, Le Carla-Bayle (Ariège).jpgJoseph Donadello,Si Tou mé fait coucou...,2005,coll.privée, Paris, photo Bruno Montpied,2008.jpg
Joseph Donadello, dit "Bepi Donal", Si Tou Mé Fait Coucou Yo té Tou"... coll.privée, Paris, ph.BM, 2005

07 juillet 2009

Le Menhir de St-Duzec, une autre image

     L'association Gepetto, au Carla-Bayle dans l'Ariège, a réagi à ma récente note sur le menhir de St-Duzec-en-Pleumeur dans les Côtes d'Armor en m'envoyant une autre photo ancienne du même monument, que surveillent deux jeunes femmes charmantes à son pied. On y voit la scène de crucifixion en voie d'effacement, ce qui date la photo d'une année postérieure à celle de la carte postale que j'avais mise en ligne. Années 1930, 1940? Les deux jeunes femmes habillées en blanc semblent toutes eux mordre... dans une pomme? Cela crée un contraste coquin avec la christianisation sommitale du menhir contre lequel elles s'appuient avec une désinvolture quasi sensuelle.

Menhir de St-Duzec-en-Pleumeur, document collection Association Gepetto.jpg
Document transmis par l'association Gepetto
Menhir de St-Duzec, Détail,Collection Association Gepetto.jpg
Péchés originels forever...

 

 

 

22 juin 2009

Nom d'un menhir

     Me baladant sur l'ethnoblogue Belvert de Michel Valière ces jours-ci, je tombe en arrêt à la date du 19 juin sur la photo du menhir de St-Duzec-en-Pleumeur, prés de Lannion dans les Côtes d'Armor, que j'ai toujours voulu visiter, ne l'ayant vu qu'en cartes postales, ou sur livres...

Menhir christianisé de St-Duzec, ph.M.-B.L et Belvert, 2009.jpg

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     Pour la description de la panoplie des accessoires de la passion du Christ qui ont été taillés à la surface de ce "monument païen christianisé", bien rangés et très naïvement exécutés (ce qui me séduit au premier chef dans ce menhir), je renvoie mes lecteurs au bolg Belvert où ils trouveront (en cliquant sur le lien ci-dessus) toutes les explications érudites dans lesquelles excelle Michel Valière.

Carte postale années 20 peut-être du menhir de St-Duzec-En-Pleumeur, Coll.E.Hamonic, St-Brieuc, et coll.B.Montpied.jpg
"Menhir-Calvaire de St-Duzec-en-Pleumeur prés Lannion. Monument païen orné d'emblèmes chrétiens (exemple de greffe religieuse)"

     Je n'ai pris la liberté de piquer cette image sur le blog de M.Valière que pour pouvoir comparer son état - restauré récemment, semble-t-il, à savoir bien nettoyé? - à celui qui date de cette carte postale ancienne que j'ai dans mes collections. On voit que la rangée d'accessoires avait été placée au sommet du menhir afin de laisser un espace pour peindre une crucifixion en son centre. Les accessoires eux-mêmes étaient probablement peints comme cette carte en noir et blanc ne l'indique hélas pas. Couleurs qui bien entendu sont tombées avec le temps, ce dont les restaurateurs actuels se seront sûrement souciés, négligeant volontairement de prendre en charge une dépense de plus pour un travail voué à disparaître à brève échéance une fois de plus? C'est là que les documents comme les cartes postales anciennes viennent cependant utilement rappeler l'état "original" (ou plutôt l'un des états à une époque donnée...) de cette sculpture, mainmise chrétienne sur le monument d'un autre culte certes, mais confectionnée avec un goût populaire très séduisant.

 

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