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17/05/2015

Des "Bricoleurs de paradis" à Montreuil

     Est-ce un signe de la fin provisoire des rebonds de projection dans différents lieux de France du film de Remy Ricordeau, que j'ai co-écrit avec lui, Bricoleurs de Paradis, voici qu'il sera projeté à la Médiathèque Robert Desnos de Montreuil (rue Rouget de l'Isle entre Croix de Chavaux et la mairie), dans cette même ville où siègent les bureaux de l'éditeur d'Eloge des Jardins Anarchiques, l'Insomniaque, mon livre, où est inséré primitivement le DVD de Bricoleurs de Paradis... On finirait la campagne de promotion du film et du livre par là où on a commencé?

     Le livre est épuisé, et ne sera pas réédité pour le moment, afin de laisser la place à deux autres projets en cours, menés avec le même éditeur pour l'un, et avec un second éditeur pour l'autre (les Editions du Sandre). Le film de Remy Ricordeau, qui sera donc projeté à la Médiathèque le jeudi 21 mai en ma présence à 19h30, dans le cadre d'une "garden party" (jeu de mots, puisque c'est pour parler des jardins spéciaux, en l'occurrence de l'art brut), est désormais quant à lui disponible en téléchargement payant ou en location sur le site de la coopérative audiovisuelle Les Mutins de Pangée.

    Alors, on se retrouve jeudi soir prochain à Treuilmont?

 

Taugourdeau-mami-wata-37-91.jpg

Emile Taugourdeau, une statue représentant vraisemblablement une Mami Wata, les bras chargés de serpent (autre façon de représenter en Afrique de l'Ouest les déesses des eaux), photo Bruno Montpied, 1991 (soit vingt ans avant la sortie du film Bricoleurs de Paradis où Remy et moi sommes allés tourner des images sur l'état actuel du jardin, désormais bien abîmé ; en 91, le jardin était à son apogée, son auteur n'étant décédé que depuis deux ans)

 

12/05/2015

Les Mayennais toujours à l'œuvre et à la manœuvre en Estonie

     "Chers amis et contacts,

      J'ai le plaisir de vous annoncer une nouvelle exposition de La Mayenne à l'oeuvre,  organisée au musée Paul Kondas d'art naïf et outsider de Viljandi en Estonie, du 15 mai au 15 juillet 2015. 

     La précédente exposition, Croisements et Filiations, organisée en 2013 au musée National des beaux-arts de Biélorussie à Minsk, présentait les ramifications à l'origine de l'émergence de la création naïve et singulière dans la région. 
 
     Celle-ci, qui a pour titre Destins croisés aborde l'aspect plus actuel de la mouvance singulière en Mayenne." (Jean-Louis Cerisier)
 

presse mayennais à l'oeuvre Estonie.jpg

Article de Pauline Launay dans Le Courrier de la Mayenne du 6-5-2015

    
    Donc, il faut comprendre qu'il s'agit du deuxième volet d'un ensemble appelé globalement "La Mayenne à l'œuvre" et  qui se transporte cette fois en Estonie dans ce petit musée de Viljandi, avec l'appui de M. Michel Raineri, ambassadeur de France en Estonie, en partenariat avec le ministère de la culture d'Estonie, le musée du Vieux-Château à Laval, etc., pour montrer des artistes et créateurs mayennais contemporains.
 

Tatin 6 (1).jpg

Un dessin de Robert Tatin, La Vierge aux Oiseaux, 1982, coll. Art Obscur

 
 
   On veut y présenter quelques créateurs  et artistes emblématiques de ce creuset curieux lavallois et mayennais qui, dans la filiation avec le Douanier Rousseau, le grand ancêtre d'où tout est parti à l'évidence, ou avec Jules Lefranc,  Henri Trouillard, Robert Tatin, ou Jacques Reumeau (voir ci-contre, coll. Art Obscur), tous natifs de Laval, a su se renouveler en s'enracinant dans cette région.Reumeau 2 (2).jpg Jean-Louis Cerisier, le commissaire d'exposition, en collaboration avec Michel Leroux et son "art obscur", ainsi qu'avec plusieurs membres d'une association lavalloise, CNS 53 (Création Naïve et Singulière: Serge Paillard, Nathalie Mary, Michel Basset, Chantal Mady-Houdayer, Jean-Luc Mady, Salomé Mady), Jean-Louis Cerisier lui-même se veut à la fois artiste (que je qualifierai de "naïf moderne" tant ses expérimentations le mènent quelquefois  à dépasser allégrement les frontières de son art d'autodidacte naïf) et organisateur, médiateur de ses compagnons de créativité en Mayenne, nébuleuse que j'ai appelée autrefois dans un court article que j'avais inséré dans un ancien numéro de la revue des Pays de la Loire, 303, Arts, Recherches et Créations, "L'Ecole de Figuration poétique lavalloise".
 

Jean-Louis Cerisier.jpg

Jean-Louis Cerisier, un billet de 1000 zlotys déchiré, allégorie d'un refus de la vénalité proposé par l'artiste?


      On sait par exemple que Jules Lefranc, fut aussi à la fois peintre et collectionneur, et qu'il légua une bonne partie de sa collection au musée du Vieux-Château à Laval ce qui permit de lancer le musée en 1967. Et que ce dernier s'est ouvert très récemment à l'art singulier en lui consacrant quelques salles, en attendant mieux (une extension du musée à l'ancien palais de justice voisin par exemple). Art singulier qui est vu par les conservateurs du lieu comme une continuation de l'art naïf en moins strictement référent à la réalité visuelle, puisque l'art singulier se détache de la représentation du monde extérieur pour peindre plutôt des images aux formes et aux couleurs libres.
 

Gustave Cahoreau.jpgGustave Cahoreau tenant une de ses sculptures, un "protégé" de Michel Leroux... Archives Art Obscur

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Céneré Hubert, créateur multi-formes et notamment créateur d'environnement à St-Ouen-des-Toits (toujours en Mayenne), Archives Art Obscur

 

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Un très beau dessin (pastel?) de Patrick Chapelière ; à noter que les trois créateurs ci-dessus s'apparentent davantage à l'art brut qu'à l'art dit singulier, tant leur travail s'accomplit dans l'écart vis-à-vis des démarches traditionnelles artistiques ; coll. Art Obscur

 
     Jean-Louis Cerisier nous a adressé quelques images des œuvres qui seront exposées (du 15 mai au 15 juillet au musée Paul Kondas d'art "outsider et naïf" de Viljandi; ce Paul Kondas qui paraît être lui-même un "singulier" estonien que le musée de Viljandi verrait bien exposé en retour à Laval). Le moins que je puisse dire, c'est qu'il y a de quoi être ravi et enchanté par plusieurs artistes à découvrir si l'on doit se fier uniquement au panel proposé par Cerisier (voir les différentes illustrations émaillant cette note).
 

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Alain Lacoste, autre Singulier mayennais bien connu et prolifique ; coll. Art Obscur

Marc Girard Girard 5.jpg

Marc Girard ; j'aime assez cette œuvre qui me fait penser à ... moi, mais aussi à Chaissac, à Lacoste...; coll. Art Obscur

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Et un Joël Lorand, un... Peut-être relativement ancien, non? ; coll. Art Obscur

 
 
    Dommage qu'il faille aller si loin pour les voir réunis (même si aura lieu en Mayenne durant seulement trois jours un autre petit rassemblement d'œuvres, comme je l'ai précédemment signalé, à St-Cénéri-le-Gérei).  

08/05/2015

Monleme Gladys (c'est pas une jeune fille)

      De passage à Lyon, le week-end du 1er mai dernier, j'ai fait un petit bonjour à mon galeriste préféré, l'ineffable Alain Dettinger qui, en dépit du black out des lieux fermés pour cause de pont du 1er mai, était resté ouvert, parce que pour lui il ne s'agit pas d'un travail mais d'une passion, de l'air qu'il respire chaque jour, quelle que soit l'actualité. Il y avait toujours autant de tableaux et d'objets, de photographies accrochés aux murs et surtout entassés au sol, bouchant toute l'arrière-boutique. En voilà un à qui on devrait donner un peu plus d'espace, tant son travail de découvreur et de défricheur de talents ressemble à une entreprise de salubrité publique. Car nos esprits ont autant besoin de remèdes que nos corps.

     Il exposait les savants travaux d'équilibrisme en noir et blanc de Danielle Stéphane, je l'ai déjà signalé. Et comme toujours, en marge de son expo du moment, il y avait pour moi une autre découverte à faire. Alain Dettinger est un passionné d'Afrique comme on sait, c'est l'autre registre de sa galerie, parallèle à l'art plastique et graphique de singuliers contemporains. Il avait rencontré en compagnie d'une amie galeriste, située un peu plus loin de son échoppe (il est place Gailleton dans la Presqu'île à Lyon), à savoir la Galerie du Triangle, 33, rue Auguste Comte, un artiste béninois autodidacte (comme semblent l'être beaucoup de créateurs contemporains en Afrique noire), se présentant sous l'étrange prénom féminin de "Gladys". La Galerie du Triangle lui organise une exposition qui dure jusqu'au 16 mai.

     Alain Dettinger pour sa part  s'est contenté d'acquérir deux peintures de cet artiste, toutes deux signées plus complètement "Monleme Gladys". Il paraît vivre à Abomey, au Bénin, et créerait quelque peu dans l'orbite d'un autre artiste de là-bas, déjà pas mal "lancé", le dénommé Dominique Zinkpe, créateur d'un centre culturel, qui lui-même a parmi ses influences admises le peintre d'origine haïtienne Jean-Michel Basquiat. Et ce dernier, pour le côté peut-être un peu déstructuré de ses compositions paraissant souvent sur le point de se dissoudre, est sans doute une référence aussi pour notre Gladys.

 

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Monleme Gladys, sans titre (un homme tient à bout de bras sa tête coupée, tandis qu'un autre homme le menace de sa lance), 83 x 87 cm, technique mixte (sur papier marouflé sur panneau de bois?), 2010, Galerie Dettinger-Mayer, Lyon, ph. Bruno Montpied

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Monleme Gladys, sans titre (accouchement d'un serpent par le bas et accouchement d'un être humain par le haut...), 83 x 87 cm, technique mixte (sur papier marouflé sur panneau de bois?), probablement de la même année 2010 que le précédent, coll. privée, Paris ; ph. B M

 

     Les deux compositions m'ont fait penser que l'homme doit en outre être inspiré par les mythologies propres à son pays, car en dépit du fait qu'elles sont assez sobres, tracées sur un fond uni quoique plein d'une matière graineuse, elles restent assez difficiles à interpréter pour un  Européen peu au fait de ces mythes, ce qui est mon cas.

 

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Détail d'un portrait de Gladys devant ses peintures, archives Alain Dettinger, 2015

 

     Le problème, c'est qu'à côté de ces deux compositions-là, l'artiste en question paraît travailler parfois un peu plus vite, et peut-être de façon moins inspirée (afin de satisfaire à une commande qui le bouleverse ?). L'exposition de la Galerie du Triangle de mon point de vue révèle cet aspect préoccupant (car le fait de se montrer inégal peut desservir grandement un artiste, par la réputation qu'elle risque de lui tailler), même si dans l'ensemble on peut découvrir de fort belles choses en ce lieu courageux. Si un grand tableau sans titre au centre de l'expo reste de très belle facture (voir ci-dessous), ainsi que deux ou trois autres compositions sur panneaux, plusieurs dessins sur papier paraissent cependant moins frappants.

 

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Gladys, sans titre, sans date (?), environ 1 m x 1 m (?), peinture sur panneau ou toile, exposition Galerie du Triangle, 2015 ; ph. BM ; c'est l'une des plus intéressantes œuvres de l'expo

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Gladys, une autre de ses grandes peintures exposées Galerie du Triangle, elle aussi fort belle... ; ph. BM

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Gladys, une de ses peintures sur papier datée de 2014; l'inspiration n'est-elle pas moins forte ici (personnages moins narratifs, posés platement côte à côte, seule la couleur paraissant avoir été traitée  avec attention) ? Exposition Galerie du Triangle, 2015 ; Ph BM 

 

     Alors? Qu'est-ce qui explique cette différence d'inspiration et de graphisme entre les peintures de 2010 et les quelques œuvres de 2014 montrées en ce moment à Lyon? Mais il faudra sans doute attendre d'en voir davantage... Ce qui n'est pas sûr d'arriver quand on connaît le grand nombre d'artistes qui créent en Afrique, notamment de l'Ouest.

 

07/05/2015

Ah, les beaux caviardages!

     Trouvée sur l'excellent blog Les Beaux Dimanches de Laurent Jacquy, cette magnifique retouche sur un nom de rue (non localisée), qui est pour moi un chef-d'œuvre de l'insulte populaire contemporaine... Félicitations à lui!

Danton...cul, L Jacquy.png

Photo Laurent Jacquy, 2015

06/05/2015

Poupées d'un genre assez spécial...

Poupées-cadavres régis La Montagne vers nov 2011.JPG

Fait-divers en Russie, relevé par Régis Gayraud dans La Montagne en novembre 2011 ; assez repoussant a priori... (un cousin du Sergent Bertrand, ce nécrophile célèbre, et célébré par le surréaliste Jean Benoît) 

01/05/2015

La Mayenne à l'oeuvre

      Me parviennent depuis quelques jours diverses annonces émanant des différents acteurs (liés à l'association CSN 53, "Créations Naïves et Singulières en Mayenne") d'une exposition à deux visages, "La Mayenne à l'œuvre", qui va être montée d'un côté au Centre Kondas d'Art Naïf et Outsider à Viljandi en Estonie (du 15 mai au 15 juillet ; l'expo est initiée plus particulièrement par Jean-Louis Cerisier qui entretient depuis des années des liens étroits avec certains de ses pays à l'est et au nord de l'Europe), et de l'autre en Mayenne, dans un joli village répondant au doux nom de Saint-Céneri-Le-Gérei.

 

affiche saint céneri le géreï 2015.jpg

 

 

     Dans ce dernier patelin, l'expo durera trois jours, du 23 au 25 mai (c'est le week-end de la Pentecôte). Elle est constituée d'une petite partie de la collection de Michel Leroux, dite par lui "d'art obscur" (pas si obscur que cela tout de même ; à signaler que Michel Leroux a recyclé ainsi un terme qui avait été envisagé au début de l'aventure de l'art brut, vers 1945 donc, par Dubuffet lui-même qui l'avait finalement rejeté comme insuffisamment adapté à ce qu'il cherchait).

 

Patrick-Chapelière-CollLero.jpgPatrick Chapelière, coll Michel Leroux

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Noël Fillaudeau, sans titre, série des "Métamorphoses", vers 1993, coll. privée, Paris, ph. Bruno Montpied

 

csn 53,art naïf,art singulier,patrick chapelière,la mayenne à l'oeuvre,art obscur,michel leroux,jean-louis cerisier,serge paillard,noël fillaudeau,alain lacoste,joël lorandRobert Tatin œuvre actuellement exposée (jusqu'en juin prochain) au musée Robert Tatin de Cossé-Le-Vivien (Mayenne)

 

     Au programme: Gustave Cahoreau (un protégé de Michel Leroux), Patrick Chapelière (mis en avant par Joël Lorand), Alain Lacoste (un grand ancien de l'art singulier), Robert Tatin (qui en dehors de son musée sculpté de Cossé-Le-Vivien était aussi peintre), Joël Lorand (Mayennais d'adoption, et maintenant Sarthois (non... en fait habitant de l'Orne, voir commentaires ci-dessous...) à ce que j'ai cru comprendre, puisqu'il est basé à Alençon), François Monchâtre (un autre ancien de la Singularité, connu pour ses machines imaginaires et ses personnages de "crétins"), Noël Fillaudeau (l'ancien ami de Gaston Chaissac), enfin Jean-Louis Cerisier.

 

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Jean-Louis Cerisier, Collection L'Art Obscur de Michel Leroux

 

     Cette expo, en dehors de la collection de Michel Leroux, comprendra aussi des œuvres venues des ateliers de Serge Paillard et de Jean-Louis Cerisier, amis lavallois dont j'ai souvent eu l'occasion de parler sur ce blog. Des œuvres provenant de la collection Michel Basset, et de la collection Jean-François Maurice (récemment disparu), seront également adjointes à ces ensembles.

 

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Serge Paillard, Pomme de Terre en Patatonie  (la cartographie rêvée du Professeur Caldnitz), 2015?, collection de l'artiste

 

26/04/2015

La Maison de la Gaieté à Chérac (suite), on se mobilise...

     La Maison de la Gaieté, cette maison couverte de mosaïques dans les années 1930 par Ismaël Villégier et son fils Guy, qui étaient apparemment cabaretiers et qui avaient également décoré l'intérieur, dont j'ai déjà parlé il y a quelque temps sur ce blog, est toujours en danger de destruction par volonté de la mairie qui est propriétaire du lieu. Des associations se sont créées avec des idées pour la pérennité de cet édifice, une pétition a été lancée et a recueilli (chiffre de mars 2015) 470 signatures. On peut trouver des infos ici.

 

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depuis cette photo d'Eric Straub (2012), les palmiers ont été sciés...

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Détail des murs couverts de mosaïque "Le roi des cocus"... ph Association pour le Renouveau de la Maison de la Gaieté

 

 

    Il serait bien sûr dommage que ce lieu voué autrefois à la joie soit rayé de la carte et qu'à la place on trouve un jour une Maison de la Tristesse... Je répète que la meilleure façon de prolonger ce lieu, c'est-à-dire la plus en accord avec son esprit, serait d'y créer un espace de documentation et de rencontre autour des inspirés du bord des routes, créateurs autodidactes qui n'ont rien à voir avec les artistes tels qu'on les connaît avec leurs désirs de promotion, de gloriole... 

 

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Page 1 de la fiche consacrée à la maison des Viléger père et fils à Chérac par l'Inventaire du Patrimoine de la région Poitou-Charentes

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Page 5 de la fiche de l'Inventaire ; décors intérieurs, objets, meubles, tableau en mosaïque...

 

25/04/2015

Un artiste à découvrir: Bernard Briantais

    Rencontré à Carquefou pour une expo au Manoir des Renaudières (Ruzena-Branciard), Bernard Briantais m'avait d'abord frappé par sa physionomie sympathique, truculente et atypique (voir ci-contre, ph. Bruno Montpied). Je le lui avais dit.Bernard Briantais portrait Carquefolien.jpg

 

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Bernard Briantais, pas de titre? Dimensions? Date?

  

     Il est artiste et à l'époque peignait beaucoup de trognes et visages avec un luxe de graphismes et de formes à l'originalité improbable, étant donné les innombrables œuvres d'art qui se sont déjà attaquées aux visages des hommes.

 

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Bernard Briantais, sans titre ? Dimensions? Mars 2014

 

   On pouvait s'en faire une idée en allant visiter son site web, où en exergue on trouve cette maxime sympathique: "Ne demande jamais ton chemin, de peur de ne pouvoir te perdre!".... Cependant, malgré cette surprise initiale, j'étais resté sur mon quant à soi, demandant au fond à voir venir, comme on dit. Et le voici qui débarque à Paris, suite à une adresse que je lui avais donnée. Au 102, boulevard de la Villette dans le 19e ardt de la capitale, dans la légendaire galerie L'Usine que dirige d'une main de velours dans un gant de fer Claude Brabant. "Légendaire", enfin, pour les happy few... car cet espace dédié aux nouveaux talents depuis des décennies est toujours resté en dehors des clous et des regards médiatiques, et donc, il se peut fort bien que vous n'en ayez jamais entendu parler.

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Bernard Briantais, sans titre, dimensions ? Date?

     Sur le carton d'invitation, est reproduit un dessin fort séduisant, prouvant que Bernard Briantais est tout à fait à même de raconter aussi des histoires en images et qu'il ne se contente pas d'interroger les faces plus ou moins brouillées de ses contemporains. D'ailleurs dans la galerie de son site web, sont apparus des travaux probablement récents qui montrent d'autres orientations inédites de sa recherche picturale qui prouvent que l'homme n'a pas qu'une corde à son arc.

 

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Bernard Briantais, sans titre? Dimensions, date?

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Bernard Briantais, sans titre? Dimensions, date?; dans cette composition une forme "en capsule" apparaît, enveloppant les personnages comme un linceul, forme que l'on retrouve dans d'autres compositions, mais isolées, et quasi vides, semblables à des fantômes errant parmi les vivants...

 

     Autre chose qui me plaît dans ce travail, déjà remarquée chez un autre Bernard, artiste contemporain discret, Bernard Thomas-Roudeix, on trouve là un goût pour le grotesque humain mais qui ne s'accompagne d'aucune misanthropie. On est dans le constat, peut-être dans la perplexité devant ce que renvoient nos frères en humanité, reflets de ce que nous sommes et de nos propres apparences sans doute. On n'est nullement dans une haine de l'humain qui s'exprimerait par une complaisance à représenter des êtres de la façon la plus vile, comme des écorchés bons à passer à la marmite... (je pense aux peintres style Rustin et compagnie qui sont si à la mode ces temps-ci).

 

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Bernard Briantais, sans titre? Dimensions, date? ; ici apparaît justement une de ces formes blanches enveloppées, semblable à un fantôme 

 

    M'est avis que les Parisiens amateurs de curiosités et d'images nouvelles ont intérêt à se déplacer pour le coup. Le vernissage aura lieu le samedi 9 mai de 18h à 21h.

Bernard BRIANTAIS, Exposition dessins-peintures. Du 9 au 21 mai 2015. L’usine, 102 bd. de la Villette, 75019 Paris. T: 01.42.00.40.48. et <usine102.fr>. Ouvert sur rendez-vous. M° Colonel Fabien.

 
 
 
 
 
 

   

23/04/2015

Le créateur anarchiste Jean Galéani, quelques éléments nouveaux...

      Un lecteur, par ailleurs animateur de deux blogs consacrés à l'histoire et à la généalogie concernant une commune en Vendée, appelée curieusement Le Tablier (située entre La Roche-sur-Yon et Luçon grosso modo), Jean-Pierre Logeais, m'a signalé récemment être tombé sur une autre œuvre du peintre (et sculpteur) anarchiste Jean Galéani, dont ce blog remonte le fil de l'œuvre et de la vie désormais, au gré des trouvailles de ci de là... Il me demandait si cela pourrait être du même auteur.

 

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Portrait de Fernand Planche, par Jean Galeani. Bas-relief en plâtre teinté, 1949, ph J-P. Logeais

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Au verso du bas-relief, l'inscription avec la signature "J.Galéani, Paris - 1949", ph. J-P. Logeais

 

     A la lecture de la signature, identique à celle qu'on trouve sur le tableau "Victoire - Défaite" de 1919 (voir ma note sur le sujet), il n'est pas permis d'en douter. De plus, Galéani était aussi sculpteur, comme on le voit dans l'interview filmée de Pierre Dumayet qu'on peut voir sur ce blog dans ma note du 23-12-2014 ou sur le site de l'INA. M. Logeais me l'a d'ailleurs fait remarquer, dans ce film on aperçoit des bas-reliefs du genre de ce portrait de Fernand Planche (dont M. Logeais donne les dates bornant sa vie: 1900-1974).

     Ce dernier était un anarchiste lui aussi, probablement admiré par Galeani, artisan de la tendance "La synthèse anarchiste" (qui cherchait à unir les différents courants du mouvement libertaire français.) Originaire de la région de Thiers, il a fait l'objet d'une biographie de Georges Therre qu'évoque sur un autre blog (auquel renvoie J-P. Logeais), "Escout'moi voir, webzine du Livradois-Forez", un certain Jean-Luc Gironde. Georges Therre s'appuie sur une documentation fournie par Pierre-Valentin Berthier du Monde Libertaire (Berthier qui connut Planche). Fernand Planche fut (entre autres, car il fit trente-six métiers) coutelier, ce qui n'est pas étonnant à Thiers, patrie du couteau, et ce qui n'est pas pour nous déplaire sur ce Poignard Subtil... Il a écrit une biographie de Louise Michel, ce qui nous alerte si l'on se souvient que Galeani disait avoir été "parrainé" par cette dernière dans sa jeunesse (Louise Michel fit une conférence à Thiers en 1904, un an avant sa mort)... Il a fréquenté de nombreux penseurs anarchistes des années 30 comme entre autres Lacaze-Duthiers que j'ai déjà eu l'occasion de citer ici, ou Voline, l'auteur de la Révolution inconnue consacrée à Nestor Makhno adversaire anarchiste des bolcheviks pendant la Révolution russe.

     Il était affecté d'un strabisme divergent aux deux yeux, perdant la vue sur un œil très rapidement. On le décrit cordial et terriblement désordonné (il tenait une boutique, qui était un véritable capharnaüm, à Billancourt). Après la guerre, il vécut dans le Marais (quartier où habitait aussi Jean Galéani). Il écrivit, et publia notamment un roman sur sa jeunesse à Thiers, Durolle, où il évoque les difficultés de la vie des ouvriers couteliers (un groupe anarchiste à Clermont-Ferrand s'en souviendra en prenant le nom de groupe Fernand Planche). Il finira à 50 ans par aller s'installer en Nouvelle-Calédonie où il s'établira vendeur de coquillages de collection avant d'y mourir d'une crise cardiaque.

      Sur son blog "Varia - Histoire et généalogie", Jean-Pierre Logeais en outre a retrouvé des éléments d'ordre généalogique sur Jean Galeani. J'invite les amateurs à s'y reporter. On y apprend entre autres qu'il était né de père inconnu, seulement reconnu par une mère qui était blanchisseuse, accompagnée de soldats du 87e de ligne de Montpellier le jour de sa déclaration de naissance. La même mère qui épousa six ans plus tard un Galéani, lui aussi soldat (tambour) dans ce même 87e de ligne, qui alors reconnut l'enfant en même temps qu'un second, peut-être un demi-frère de notre Jean. Etait-il le père biologique? Vu la fréquentation de nombreux soldats de ce 87e de ligne, il est permis d'en douter... Que le père de notre peintre anarchiste fut constitué d'une notable partie de l'armée française a pu jouer un rôle non négligeable dans sa détestation ultérieure du militarisme (qu'il dut partager très certainement avec Fernand Planche, lui aussi pacifiste). 

    A suivre? (Fernand Planche avait-il des tableaux de Jean Galeani?) 

19/04/2015

Infos-miettes (26)

Solange à Bruxelles

     Solange Knopf s'en vient à Bruxelles exposer à nouveau, cette fois hébergée par deux passionnés de son travail, Clem et Claude Jadot. L'exposition a une durée météorique, deux jours seulement, les samedi 9 et dimanche 10 mai (de 14 à 19h), le vernissage se passant le vendredi 8 mai de 18 à 22h. Voici l'adresse pour ceusses qui aimeraient y faire un tour: 77,  Drève des Renards, Uccle, Bruxelles.

 

Solange Knopf Dessins 2015, Crayons de couleurs sur papier fibre de bambou 109 x 79 cm Ph Luc Shrobilgten.png

Solange Knopf, sans titre, 109 x 79 cm, crayons de couleur sur papier en fibre de bambou, 2015 ; Ph Luc Shrobilgten

 

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Galerie Isola de Francfort, de l'art brut en Allemagne: Ernst Kolb

     La galerie Isola à Francfort, dirigée par Patrick Lofredi, un Français installé en Allemagne, galerie qui était présente au récent salon outsider art fair de Paris à l'Hôtel le A, présente actuellement une exposition sur un nouveau venu dans le champ de l'art brut, Ernst Kolb, à l'occasion de la sortie d'un livre de Rolf Bergmann consacré à ce créateur. Cela dure du 3 avril au 24 mai. Adresse: Falkstraße 40, 60487 Francfort. Tel 01 57 34 92 23 72. Ils ont un site web bien sûr:  http://www.galerie-isola.de/. L'art brut en Allemagne est un terrain très peu connu en France, n'est-il pas?

 

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Ernst Kolb, portrait et dessins, photo extraite de www.outsider-art-brut.ch

 

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Et toujours le musée d'art brut et naïf de Suisse orientale, le "museum im Lagerhaus" (l'Entrepôt) à Saint-Gall qui présente cette fois une collection privée...

 

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Alfred Leuzinger (1899-1977), Homme avec coléoptères (autoportrait), crayons de couleur sur papier, © Museum im Lagerhaus, Collection Mina und Josef John

 

      Du 21 avril au 18 Octobre 2015 (ouverture le 20 avril), se tiendra une exposition consacrée à la collection de Mina et Joseph John avec environ 650 œuvres d'art brut ou populaire suisse. Il semble que cette collection soit ouverte au public en dehors de cette manifestation. Parallèlement à l'expo, le musée Im Lagerhaus présente dans sa documentation un aperçu  de la collection complète (de même sur son site web, on peut découvrir des reproductions de l'ensemble de cette collection mise en ligne!). J'avoue avoir toujours eu un petit faible pour ce musée caché dans l'Appenzell qui nous montre si souvent du nouveau et du plus délectable en matière d'art brut, naïf ou populaire. Dommage que ce ne soit pas ma banlieue...

 

 

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 Ernst Kummer (1918-2003), maquette d'avion avec personnage,  matériaux variés, sans date © Museum im Lagerhaus, Collection Mina und Josef John

 

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La galerie Les Yeux Fertiles a des obsessions

    Là, l'exposition intitulée "Obsessions", n'en a plus que pour quelques jours, puisqu'il est prévu qu'elle se termine le 16 mai. Parmi plusieurs noms relevant de l'art  moderne (Bellmer, Saby, Fred Deux, Molinier...) ou de l'art singulier (inévitable Ody Saban...) dont les œuvres sont exposées, on signalera trois magnifiques peintures d'Eugen Gabritschevsky, qui devrait être bientôt exposé en plus grand à la Maison Rouge (vers la fin de l'année), d'après ce que nous en a dit Benoît Morand l'un des animateurs de la galerie. Ainsi que la peinture de Lubos Plny, moins chargée qu'à l'habitude et formidablement équilibrée, qui a été choisie pour le carton d'invitation. Et un très beau André Masson également (à quand une rétrospective de cet artiste qui paraît moins chéri des commissaires d'exposition que d'autres du mouvement surréaliste?)... Liste complète des exposants: H. Bellmer, J. Benoît, F. Deux, J. Domsic, J. Ferrer, J. Fischer, E. Gabritschevsky, G. Harloff, E. J. Hodinos, V. Jakic, I. Jarousse, J. Kolar, R. Léonardini, S.Lepri, R. Lonné, M. Macréau, A. Masson, P. Molinier, M. Pelosi, L. Plny, O. Saban, B. Saby, Scottie-Wilson.

 

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Lubos Plny, sans titre, 83 x 59,5 cm, encre de Chine et acrylique sur papier, 2008

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"Ligabue et les visionnaires candides" au Centre Miche Berra de Costigliole Saluzzo (région de Coni, Piémont) 

 

      Ça doit être bien joli ce patelin de Costigliole Saluzzo, situé au sud de Turin, au pied des Alpes (du côté français, il y a le Queyras), où est montée une exposition (du 28 mars au 5 juillet) que j'aurais bien aimé voir... Hélas, elle se terminera juste au moment de la grande transhumance des vacances. Ligabue, ce peintre naïf connu pour ses tigres aux gueules féroces, n'est pourtant pas bien connu hors d'Italie et pas souvent exposé.

 

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Antonio Ligabue, un de ses tigres féroces

 

     Cette année, c'est le cinquantième anniversaire de sa disparition. Avec lui, on a joint des œuvres de Ghizzardi, lui qui fut exposé à Nice et à Paris il n'y a pas si longtemps, et de Bruno Rovesti. A côté sont aussi présentés quelques artistes naïfs yougoslaves Generalic, Rabuzin, Vecenaj, Lackovic et Kovacic qui m'attirent moins (hormis Rabuzin).

Un document tourné par Raffaele Andreassi en 1962, assez étonnant je trouve,  Ligabue, il vero naïve, de 1977 pour la RAI semble-t-il, où l'on voit Ligabue en action, cherchant à imiter des bruits d'animaux (je crois...) et trouver l'amour auprès d'une dame qui paraît charitable à son égard, sans plus...

 

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Louis Soutter confronté à Victor Hugo dans le musée de la Place des Vosges

      "Dessins parallèles" est le sous-titre de l'expo (prévue pour durer du 30 avril au 30 août) des dessins des deux grands artistes amants du noir et du charbonneux. On connaît les encres de Hugo, ses paysages visionnaires, ses personnages grotesques, ses pochoirs, ses taches interprétées, mais un peu moins les peintures tracées aux poings et aux doigts par le Suisse Soutter.

 

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Louis Soutter, Parvis, encre noire, 1937, © galerie Karsten Greve, Cologne, Paris, St-Moritz

 

    Je ne sais pas encore si ce sont ces dernières du reste qui seront au musée Victor Hugo, je me contente de l'espérer car le carton d'invitation que j'ai reçu en montre une, ce qui paraît inférer qu'il y en aura d'autres place des Vosges. C'est ce que je préfère dans l'œuvre de Soutter, ses dessins au trait me lassant davantage. Ses peintures aux poings, parfois d'une sobriété étonnante  et sans perdre pour autant de leur force, ont marqué d'après moi certains artistes singuliers suisses comme par exemple Christine Sefolosha (à ses débuts) ou François Burland.

 

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Un Soutter (le Héros)exposé il y a peu (2012) à la Maison Rouge, provenance galerie Karsten Greve là aussi...

 

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Guy Girard, Jean-François Affre, Christian Martinache 

      Vous ne trouverez pas beaucoup de renseignements sur le Net sur ces trois compères-là qui se sont alliés pour exposer à la galerie Artcomplice (11, rue Petit dans le 19e ardt, Paris ; tél: 01 40 41 97 77 et 06 70 06 31 88) du 15 au 27 avril (plus que quelques jours donc). Personnellement, je me suis souvent intéressé aux peintures du premier qui a exposé autrefois au musée de la Création Franche à Bègles et que j'ai souvent évoqué sur ce blog.

 

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Guy Girard, anagraphomorphose sur le paraphe de Flora Tristan, huile sur toile, musée de la Création Franche, ph Bruno Montpied (2009)

 

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Du côté de la Galerie Dettinger, Danielle Stéphane

 

     Nouvelle exposition à Lyon, place Gailleton, d'une artiste qui paraît sûre de ses moyens quant à la représentation de personnages, dans des compositions apparentant ses scènes de cirque à des constellations de formes blanches sur des fonds sombres, le tout dans un trait poudreux.

 

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Danielle Stephane, Lola au cirque, 110 x 72 cm, encre sur papier, 2014, ph Claire Defosse

 

    Cela s'appelle "Variations Lola, encre sur papier" et c'est du 11 avril au 9 mai, en partenariat avec la galerie Jean-Louis Mandon, (3, rue Vaubecour dans le 2e ardt) où une autre exposition intitulée "Nymphes et vanités, encre sur  volume" est montée en parallèle (du 7 avril au 25 avril, plus que très peu de temps...).

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"Wild Garden" (Jardin sauvage), art naïf et brut venu d'Iran à la Galerie Hamer, Amsterdam

 

      J'ai déjà mentionné quelques créateurs bruts venus d'Iran, tous aussi originaux et talentueux les uns que les autres. On retrouve dans cette expo Davood Koochaki qui fut exposé déjà à la galerie Hamer ainsi que récemment à Paris dans le cadre de "Sous le vent de l'art brut II" (sur la collection néerlandaise du De Stadshof), mais cette fois associé à trois autres artistes moins connus, Mohammad Ariyaei, Salim Karimi et Gorgali Lorestani.

 

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Mohammad Ariyaei, sans titre, 70 x 50 cm, Galerie Hamer, Amsterdam, Pays-Bas

 

 

    Il semble que le point commun unissant les travaux de ces quatre créateurs est de n'avoir point totalement coupé par leurs sujets avec leur culture autochtone, un peu comme dans le cas de certains créateurs aborigènes australiens, ou des peintres de diverses ethnies en Inde. Ils font davantage preuve d'originalité par le style de leurs dessins ou peintures.

 

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Deux pages du dépliant annonçant l'exposition à la galerie Hamer avec deux œuvres de Gorgali Lorestani, où l'on voit la présence très importante des textes mêlés aux graphismes

 

L'exposition durera du 22 avril au 23 mai. Voir www.galeriehamer.nl

 

 

12/04/2015

Charognards...

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Graffito relevé par Fatimazara Khoubba à Lyon, 2015

05/04/2015

"Brut de pop'" dans les Landes

     J'ai appris un peu à la dernière minute, et avec très peu d'informations sur le contenu de l'exposition (ainsi que sur la totalité des auteurs présentés)... qu'une manifestation commençait le 1er avril à l'Ecomusée de Marquèze (fin prévue le 28 juin) près de Sabres dans les Landes (entre Bordeaux et Mont-de-Marsan ; le titre est un calembour bien entendu, on veut nous faire songer à "brut de pomme"... Et l'on joue aussi en sous-titre sur les rapports de l'art brut avec l'art populaire en posant la question de "l'impopularité" hypothétique de ces formes d'art).

 

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     Le musée de la Création Franche de Bègles est associé à l'exposition par le prêt de pas moins de deux cents œuvres. Ils sont généreux à Bègles, faut pas le nier. Mais qui est exposé, c'est  la question à mille francs ? Il semble qu'il n'y ait pour l'instant aucun dossier de presse de disponible, et l'on en est donc réduit aux supputations. Un catalogue, sous la forme d'un numéro spécial de Création Franche, devrait cependant, en principe, sortir la semaine prochaine. Les amis Albasser m'ont informé de plus qu'il y a deux douzaines d'œuvres de Pierre Albasser d'accrochées dans une section consacrée à la "récupération" (on les apercevait, à un moment d'internet, en illustration d'un  communiqué de l'Ecomusée, présentées sous des cadres vitrés suspendus). Il semblerait aussi qu'on puisse aussi y trouver des pièces de Simone Le Carré Galimard, si le masque sur l'affiche est bien d'elle... A côté de l'affichette ci-dessus,  on aperçoit aussi une de ces charmantes sculptures ultra brutes de décoffrage de Jean Dominique (sur lequel, je profite de l'occasion, est paru il n'y a pas si longtemps un ouvrage entièrement consacré à sa vie et son œuvre – avec une centaine de sculptures reproduites – livre écrit et autoédité par Jean-Luc Thuillier, Jean Dominique, une figure de l'art brut en Périgord, 2012). Le musée de la Création Franche possède en effet une cinquantaine de pièces de cet auteur.

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Deux petites sculptures de Jean Dominique, musée de la Création Franche, ph. Bruno Montpied

 

    Mais pour le reste? On ne peut que faire des suppositions en attendant qu'on trouve le temps de nous en dire plus ou que je rencontre quelque motorisé qui voudrait bien m'emmener là-bas... Le laïus du communiqué déjà évoqué indique: "Objets du quotidien détournés, art du bricolage et de la récupération, cette exposition propose de découvrir des objets aussi insolites qu’esthétiques, mais aussi de s’interroger sur les principes de la création artistique, qu’elle soit populaire, brute ou franche.calebasses gourdes pour bergers sur échasses landais, St-Justin (40), blog les tchanques.jpg

    Anonymes, artisans, artistes, les créateurs rassemblés ici offrent une vision esthétique du monde loin des « beaux-arts » et des cercles académiques. Pour vous en faciliter la découverte, nous avons regroupé ces objets et œuvres autour de sept thématiques : l’artiste-artisan, le monde rural, le foyer, le religieux, l’enfance, les fêtes et les loisirs, la récupération."

    Il semble donc que l'on veuille – dans un écomusée, c'est dans la logique des choses – associer l'art brut, et la création singulière d'artistes en porte-à-faux avec l'art des "Beaux-Arts" d'un côté (ce qui fait le fonds du musée de la Création Franche), avec, d'autre part, l'art populaire au sens rural du terme (tel qu'il a été conservé en tout cas dans ce musée consacré à la culture populaire landaise¹). Pour illustrer ce dernier aspect, il semble que l'Ecomusée ait décidé de mettre des éléments de sa collection (statues, œuvres de patience,  meubles, gourdes en calebasse gravée, jouets...) en regard des œuvres venues de la Création Franche. Il faut préciser du reste que c'est une responsable de l'Ecomusée, Mme Vanessa Doutreleau, chargée des expositions au Pavillon de Marquèze, qui a choisi les 450 œuvres (au total) de "Brut de Pop'". J'applaudis en principe à ce genre d'initiative qui permet de réassocier art d'autodidactes bruts ou naïfs et art populaire, loin de l'art moderne ou contemporain (le rapprochement avec ces derniers, comme je l'ai déjà dit, se fait en effet par trop depuis quelque temps dans les cercles plus mondains de la capitale). Plutôt que de conserver une collection d'art brut dans un musée d'art contemporain et d'art moderne, on aurait pu tout aussi bien imaginer la voir entrer dans le prolongement d'un musée d'art populaire, comme c'est presque le cas lorsqu'on découvre en Bourgogne dans un même triangle géographique (j'avais appelé celui-ci autrefois, en 1989..., le "triangle d'or") le musée d'art naïf de Noyers-sur-serein, le musée d'art populaire de Laduz et la Fabuloserie de Dicy...

 

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Une vue fort partielle de l'expo

 

    Il faut souligner ce que ce projet a de tout à fait plausible et stimulant, à l'heure où certaine galerie parisienne et certain grand collectionneur voués à l'art brut aiment à mettre en avant ce qui relève à l'intérieur du champ de l'art brut plutôt du document ou de hautes élaborations intellectuelles pondues par des êtres cultivés en rupture, élaborations débouchant sur des chinoiseries cérébrales proches en terme d'ennui de tant d'œuvres de l'art contemporain le plus emmerdant (je pense au secteur dit "des hétérétopies scientifiques" de la dernière exposition ABCD à la Maison Rouge).

____

¹ On pourrait renvoyer au fait les responsables de ce  musée à l'information que j'ai délivrée il y a déjà quelque temps sur ce blog à propos d'Alphonse Benquet, ce peintre et sculpteur landais qui vivait dans les décennies du début XXe siècle à Tartas, non loin de Mont-de-Marsan dont est proche Sabres.

28/03/2015

Correspondance autour de la notion de cinéma amateur

Jacques Burtin, le 21 mars :

« (…) A propos du cinéma d'amateur : la notion d'"amateur" est très relative : quand mon parrain (qui m'avait offert ‒ à mes treize ans ‒ sa caméra, une 8 mm Emel, caméra qui devint ma première caméra) pratiquait le cinéma, c'était sans nulle contestation du cinéma d'amateur au sens où c'était du cinéma familial (il n'y a aucune critique pour moi dans ce terme). Les premiers films que j'ai faits relevaient de ce genre. C'est insensiblement que je suis passé du cinéma familial (amateur) au cinéma de création (expérimental). Lorsque nous nous sommes rencontrés toi et moi, j'avais atteint ce stade (qui n'est pas supérieur, qui est différent). Il ne fait aucun doute pour moi que le fait que tu en fasses aussi m'a encouragé. Sans parler des expériences communes. Ce que nous faisions est à mes yeux du cinéma expérimental. Quant à savoir s'il y a un cinéma expérimental "amateur" et un autre qui ne le serait pas... Sauf à opposer un cinéma "amateur" et un cinéma "professionnel" dont la pierre de touche serait d'en vivre... Mais ce serait définir la création à partir du travail monnayé. (Je n'ai rien contre le fait de monnayer la création, c'est-à-dire d'essayer d'en vivre, lorsqu'elle est authentique, mais on sait qu'une définition adéquate de la création ne peut trouver là sa justification).

 

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Jacques Burtin, figurant dans Conversation Aigre sur les malheurs du temps, film de Bruno Montpied en Super 8, 1977

 

      Je ne prétends pas relativiser le terme "amateur" au profit du terme "expérimental", du reste, car là aussi on trouve des démarches très différentes. Pour Man Ray (qui, je pense qu'on peut être d'accord là-dessus, faisait du cinéma expérimental), le mot expérimental ne voulait rien dire. (Il se révoltait contre ce terme dont certains critiques affublaient ses films comme je me révolte finalement contre la notion de cinéma amateur par rapport à ce que nous pouvions faire). Man Ray a écrit quelque chose comme : "Expérimental ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Quand un film existe, il existe." En fait, ce que faisaient les dadaïstes ou les surréalistes en investissant le cinéma, c'était, d'une certaine façon, un cinéma brut ou immédiat, né d'une démarche jubilatoire en partie nourrie par la découverte d'un médium qu'on ne possède pas. J'ai personnellement gardé cette joie pour toutes les techniques que je découvre, par exemple en musique (j'aime faire des choses ‒ y compris des concerts ‒ avec du matériel que je ne maîtrise pas) comme au cinéma :  comme les possibilités de création y sont à peu près illimitées ‒ c'est le cas pour le dessin et la plupart des autres arts ‒ on peut aisément se mettre dans une telle situation de "débutant" qui transcende à la fois les notions d'amateur et d'expérimental.

Amitiés,

Jacques »

 

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Christine Bruces dans un film Super 8 de Jacques Burtin, vers 1979

 

 Le 23 mars, réponse de Bruno Montpied :

     « Bien sûr que l’étiquette de cinéma amateur, comme toute étiquette, n’a rien d’absolu et est donc très relative.

    D’autant plus que les historiens de ce domaine ‒ il y en a ‒ ont précisé qu’au début du cinéma tous les cinéastes pouvaient être vus comme des amateurs ; Méliès, Lumière, Segundo de Chomon, les burlesques français et américains, etc. étaient des amateurs, c’est-à-dire des pionniers. Ils avaient à voir avec l’univers forain qui plus est. C’était des passionnés et des créatifs qui avaient trouvé là une nouvelle voie à explorer (Emile Cohl en est un autre bon exemple, j’en ai parlé sur mon blog). Nous, jeunes rêveurs artistes des années 70, souhaitions inconsciemment renouer avec cette qualité de passion-là, sans passer par des écoles de cinéma...

    Après les premières années du cinéma primitif, il fallut cependant bien vite du matériel, cela nécessitait des fonds et une équipe, des locaux adaptés, des moyens de diffusion, toutes choses qui ont fait que le cinéma est devenu petit à petit une grosse entreprise collective, sans parler de l’aspect commercial qui a peu à peu relégué les avant-gardistes sur la touche (où des petits gars comme nous ont été curieux de venir les rechercher par la suite), les Man Ray, les Hans Richter, les Bunuel-Dali du Chien Andalou et de l’Age d’Or, les René Clair d’Entracte, les Viking Eggeling, les Maya Deren, puis plus tard Debord and so on

Viking Eggeling - Symphonie Diagonale (1924) sur Vimeo.

 

Maya Deren, Meshes of the afternoon, 1943, sur YouTube

    Le cinéma ne pouvait plus exister sans passer par des filtres, des écoles dédiées, des cénacles qui en découlaient, des réseaux, des producteurs, des subventions, des diffuseurs en salles de cinéma, des chaînes de télévision, des éditeurs de DVD…

    La possibilité de faire son film seul de A à Z devint impossible très tôt. Dès les années 20.

   C’est d’ailleurs à ce moment-là que l’on fait naître le cinéma d’amateur. Il y a même une année précise qui date son début: 1922. J’ai appris cette date vendredi soir à la projection des Pavillons-sous-Bois. Elle est liée à la commercialisation de la caméra Pathé-Baby, destinée au commun des mortels, au cinéma des familles, dans le but de permettre au public de jouer aux cinéastes.camera-pathe-baby.jpg La publicité qui vantait le produit s’appuyait sur l’image d’enfants et de femmes en train d’actionner la manivelle qui permettait de filmer. Si une femme pouvait le faire, alors, dans l’esprit du butor publicitaire qui avait imaginé la saynète, tout le monde pouvait y arriver et cela prouvait que c’était facile…

    Des milliers de caméras furent vendues, ce fut un grand succès. Et des kilomètres de pellicule au format 16 mm, 9,5 mm et 8 mm furent tirées. Le cinéma amateur était né, créé en solo sans entreprise collective autour de soi. Comme une continuation, en plus petit comité, en plus marginal, du cinéma des pionniers du début. Mais avec la même foi, et la même naïveté aussi.

   Avec toutes sortes de sujets traités. On ne peut encore en dresser l’inventaire, semble-t-il (mais ma science sur le sujet reste très approximative). Et donc voir si on peut y trouver des amateurs réalistes et filmeurs de familles, de sujets convenus, et des amateurs plus expérimentaux, plus chercheurs… Il a existé dedans des cinéastes d’animation en tout cas. Ce domaine est resté, même dans le cinéma professionnel, longtemps l’apanage d’artisans solitaires cela dit, plus longtemps que dans d’autres secteurs, jusqu’à Paul Grimault par exemple…

    Une dame, une véritable Henri Langlois du cinéma amateur, qui est responsable et animatrice d’une cinémathèque du cinéma amateur en région Centre (la C.I.C.L.I.C.), Julie Guillaumot, disait vendredi soir dans une interview sise dans un magnifique documentaire sur les films retrouvés par un petit-neveu (Matthieu Guenoux) d’un certain Georges Guenoux qui filma dans les années 20 la vie de son village mayennais de Pré-en-Pail, que si on parvenait à mettre la main sur les films qui sont stockés un peu partout dans les familles on s’apercevrait que les véritables images de vie quotidienne dans les campagnes, c’est dans les films dits d’amateurs qu’on les trouverait. Le cinéma professionnel documentaire ou de fiction n’a que très peu filmé les villages, disait-elle, et surtout pas d’une façon interne et légère, presque invisible. Les films de ce Guenoux, d’une fraîcheur magnifique, nous font pénétrer parmi les villageois (beaucoup d’enfants parmi eux parce que Guenoux collaborait à un patronage tenu par des curés que l’on voit pique-niquer avec les mômes particulièrement délurés, des litrons de ce qui paraît bien être du gros rouge tournant librement parmi eux) comme si une machine à remonter le temps nous avait déposés au milieu d’eux, 90 ans en arrière… Ce fut pour moi une sensation incroyable.

    Malheureusement, il est fort possible qu’une très grosse majorité des films tournés et longtemps gardés dans les familles aient été détruits… C’est le problème tragique de ce corpus.

    Avant la projection de quatre de mes petits courts-métrages des années 80, j’ai cru devoir préciser que j’avais voulu, durant les vingt ans où j’ai fait du 8 et du Super 8, faire quelque chose de créatif sans nécessairement faire dans l’avant-gardisme (enfin cette déclaration, c’était surtout en regard de ces quatre films montrés que cela trouvait une raison d’être), avant-gardisme qu'il m'arrivait de regarder et respecter par ailleurs. Je voulais faire du cinéma accessible, sans le côté élitiste de certaines œuvres d'avant-garde, voulais-je dire surtout. 

    Oui, c’était aussi expérimental. On testait des trucs, et on passait à autre chose. Cela je ne l’ai pas dit (je n’avais que très peu de temps pour parler, il ne fallait pas ennuyer)… C’était un cinéma bricolé à la maison par un type seul ou avec un ou deux copains. Pour moi ça existe tout autant que le cinéma dit de qualité, à partir du moment où C’EST BON (avec un minimum de ces maladresses techniques qui souvent plombent la projection des films d'amateurs). Par contre quand c’est plein de naïvetés ‒ au sens de cucuteries ‒ avec des scénarii banaux, quand le cinéma d’amateur ne cherche au fond qu’à singer le cinéma classique, ou la télévision, ça n’a pas d’intérêt à mes yeux.

    Jusqu’à présent je n’ai pas vu beaucoup de films de qualité dans les projections de cinéma d’amateurs ou expérimental, ou “insolite”. Vendredi 20 mars, à la projection organisée par Michel Gasqui et ses amis, certains films présentés, par leur goût de la parodie et leur humour faisaient penser aux films des frères Prévert (L’Affaire est dans le sac), ou à ceux de Jacques Brunius (je me revendique d’être dans l’esprit de son film Violons d’Ingres), ceux d’Albert Lamorisse, ou de Roger Pigaut (Le Cerf-Volant du bout du monde. Des films naïfs et fantaisistes (Tati non plus n’était pas loin).

    Amitiés,

    Bruno »



Bruno Montpied, Les cercueils derrière soi, 20 secondes, 2013 (film numérique de téléphone portable)

21/03/2015

Lucienne Peiry éditée en Chine

    On apprend sur le site web, que Lucienne Peiry continue d'animer sur internet, Notes d'Art Brut, (site que j'ai récemment ajouté à la liste de mes "doux liens" en colonne de droite), après l'avoir créé au départ je crois à l'intérieur du site de la collection d'Art Brut de Lausanne dont elle fut la conservatrice puis la directrice des relations internationales jusqu'à décembre dernier, que son livre L'Art Brut de 1997, paru chez Flammarion, paraîtra en Chine à l'enseigne des éditions Shanghai University Press en juin prochain.

 

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Couverture de l'édition chinoise de L'Art Brut de Lucienne Peiry 

 

    Nul doute que cette traduction (on l'espère fidèle) permettra aux amateurs d'art brut chinois de saisir plus exactement ce que Dubuffet entendait par art brut, catégorie inventée par lui qui ne se limitait ni à l'art des fous, ni aux productions des spirites et ne voulait pas être confondu avec l'art des enfants, l'art naïf ou l'art populaire. Ce que je ne sais pas, c'est si Lucienne Peiry aura songé, ou pu, opérer quelques mises à jour du côté des découvertes qui furent faites depuis 1997 concernant certains créateurs chinois comme Guo Fengyi en Chine populaire ou Hung Tung et Lin Yuan à Taïwan (a-t-elle fait attention aussi aux articles que Remy Ricordeau a aussi publiés sur notre blog même, concernant certains environnements sur l'ancienne île de Formose?)

18/03/2015

De l'art naïf anonyme en remontant le temps

      C'est beau les Puces de Vanves, on y rencontre toutes sortes d'épaves, d'objets venus y faire un petit tour au gré des marées perpétuelles du souvenir et des occasions, sous le prétexte d'être objets de commerce. L'autre jour, mêlées à des peintures du genre plutôt moderne (XXe siècle), je suis tombé sur deux peintures sur papier, un peu abîmées certes (de l'humidité y avait laissé des taches, des crevasses serpentaient dans les coins, peut-être certaines taches de couleur étaient plus la résultante de frottages intempestifs essuyés au fil des âges, au gré des déplacements, plutôt que de la volonté du peintre), mais encore pimpantes, joliment colorées, et dessinées avec une certaine naïveté. Par exemple, pour preuve de ce que j'appelle "naïveté" et qui est plutôt signe d'une grâce qui ne s'encombre pas d'une volonté de réalisme autre qu'intellectuel (comme aurait dit peut-être Georges-Henri Luquet), voyez dans le dessin ci-dessous la position des joueurs de trompettes aux chapeaux munis de plumets. Leurs pieds reposent sur une colline située à l'évidence bien plus loin que celle sur laquelle reposent les cinq autres personnages qui pourtant sont de même taille à côté d'eux, groupés autour d'une femme et de son enfant, personnages accompagnés d'une sorte de biche (aux oreilles de lièvre?), peut-être un symbole de cette famille aristocratique, qui fait un peu penser aux représentations d'animaux sur les tapisseries de l'époque. Un cheval aussi est de même taille que les personnages...

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Anonyme ; on notera la chaise à porteurs à droite, en train d'arriver peut-être pour charger la dame à la robe rose et l'emmener ensuite au château que l'on aperçoit au lointain ; ce pourrait être un facteur de datation, de même que le style des vêtements (XVIe siècle? Ou XVIIIe siècle, époque où aurait peint l'auteur, se référant à un événement historique ancien?) ; il est possible que la scène se passe ailleurs qu'en France (?) ; ph. Bruno Montpied

 

     Le collectionneur qui les acquit me laissa avec bienveillance les prendre en photo, grâces lui soient rendues (il préfère rester discret quant à son identité).

    Voici le deuxième dessin, lui aussi une gouache sur papier, et lui aussi de la même main visiblement, même si on ne trouve aucune signature, aucune date, aucune inscription de quelque sorte que ce soit apposées dessus. Cette fois, le sujet est plus rude. Il s'agit à l'évidence d'une scène d'écartèlement. Le condamné est livide, en contraste avec les visages colorés de ses bourreaux. Les bœufs chargés de le démembrer sont gros afin que le spectateur du tableau ne puisse douter de leur efficacité. L'espèce de belvédère qui est placé en arrière-plan est curieux. Est-ce un poste d'observation pour cette zone de torture? Est-il seulement là pour remplir la composition qui serait sans cela un peu trop vide? Le dessin fait en tout cas un curieux pendant au précédent, même si rien ne permet de penser qu'ils étaient ensemble pour être exposés en vis-à-vis. Comme si le supplice du gueux était l'autre face d'une pièce dont le recto représenterait le faste des seigneurs. Ces derniers ne pouvant briller sans l'exécution de quelques révoltés ici ou là... 

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Anonyme, XVIIIe siècle ?, 31x40 cm, scène d'écartèlement, ph. BM

 

15/03/2015

Quatre de mes anciens films en projection, à l'époque où j'étais cinéaste amateur

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    Vendredi 20 mars, je participe avec quatre de mes anciens films tournés  en super 8 au Festival 8-9,5-16 de cinéma amateur des Pavillons-sous-Bois (Seine-St-Denis).  Ces derniers chiffres représentent les formats de cinéma acceptés par le festival en question, organisé conjointement par le CECAS de la ville des Pavillons-sous-Bois et la revue Cinéscopie animée entre autres par Michel Gasqui, un amoureux du cinéma amateur en format argentique, et notamment du cinéma Super 8. Je ne connais pas les autres participants à la programmation de cette édition, et ne peux donc rien en dire (mais je le ferai dès que je les aurai vus, si émotion il y aura...). Il semble tout de même qu'on ait affaire à des œuvres de création, fiction ou documentaire, et non pas à du cinéma de famille (l'anniversaire du petit dernier, les noces d'or de Papy et Mamie, etc., cinéma contre lequel a priori je n'ai rien, je m'empresse de le dire), et peut-être même des œuvres naïves comme il y a de l'art naïf.

 

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L'auteur au bord de la Manche, au cours d'un autre tournage, celui d'un film précédent appelé "Conversation aigre sur les malheurs du temps", 1977 ; ph. Jacques Burtin

 

 

    En ce qui me concerne, je prête quatre petits films tournés quasiment sans montage ultérieur, il y a trente ans, soit donc dans les années 1980. Ils se voulaient pour trois d'entre eux, Sur les trottoirs de nos villes, Œillères, et Ecrin de Sable,  comme des documentaires poétiques. Le quatrième, Un Paysage Changeant, est un minuscule film d'animation réalisé image par image avec les moyens du bord dans le petit studio que j'occupais à l'époque. Ils sont tous en Super 8 et sonorisés. Voici leurs "fiches techniques":

 

"Sur les trottoirs de nos villes (sonore, stéréo, 1981-1983, env. 4 min.)

“Sur les trottoirs de nos villes” est un poème visuel accompagné de deux textes, un de moi, et un tiré de Henri Michaux qui est une promenade effectuée au ras des trottoirs de Paris (dans le XIème) afin de tenter de révéler la beauté méditative des lignes et matières présentes sur le sol d’une ville, aussi suggestives et esthétiques pour l’esprit que des œuvres d’art abstrait telles qu’on peut les admirer dans les musées. L’art abstrait, seulement, dans ce cas, on marche dessus tous les jours…

 

Œillères (sonore en mono, 1985-1986, env 12 min.)

“Œillères” est une promenade à la surface de visages scrutés avec une certaine effronterie, de façon parfois fort insolente sous le nez des intéressés, au cours de deux tournages effectués à deux moments différents de l’année dans l’hippodrome d’Auteuil, du côté de la pelouse au milieu des turfistes aux allures fiévreuses de drogués du jeu. La musique lancinante de Mal Waldron et Marion Brown (un morceau nommé adéquatement “Contemplation"…) accompagne cet essai de portraits d’hommes en addiction au jeu, distillant une atmosphère de drame et de dépression. A signaler, pour ceux qui le connaissent, l'apparition à de certains moments, mêlé à la foule des turfistes, d'un certain Régis Gayraud, habitué de ce blog, et aussi d'un Roland Chelle, auteur du recueil "Vers luisants" à l'enseigne de la Petite Chambre Rouge.

 

Ecrin de sable (sonore, mono, 1988, env.11 min.)

“Ecrin de sable”, pareillement, est un poème visuel cherchant à mettre en lumière le merveilleux brut d’une plage où le sable est comme un écrin à des dizaines et des dizaines d’objets laissés là par la mer, coquillages, cailloux luisant comme des bijoux, épaves, etc. C’est une tentative d’hommage à la poésie brute d’une plage, avec sa lumière et ses cimaises horizontales.

 

Un paysage changeant (sonore en stéréo, 1983, env. 2min.)

“Un paysage changeant”, sur une musique extrêmement rythmée de Spike Jones, est un film d’animation réalisé avec de la peinture et divers petits accessoires. C’est comme un tableau essayant de se faire en direct devant la caméra, le tout en manifestant un rythme non prévu au départ et en réalité improvisé au tournage image par image, puis davantage révélé au visionnage par adjonction de la musique burlesque de Spike Jones."

Avis aux curieux donc... 

14/03/2015

Ça fait rêver...

    Trouvée encore sur le blog de Geodazner (J-C. Sandré) dont j'ai déjà parlé il y a peu de temps, consacré à diverses choses qu'il repère  dans le Nivernais, cette magnifique carte postale qui fait sombrer dans des jardins de délices côté rêverie... Merci à lui.

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La célèbre école de filles à Poil...

 

10/03/2015

Quand le rideau ne tombe jamais, expo à l'American Folk Art Museum (New-York)

      Etrange titre, se dit-on d'abord, mais on sait aussi que c'est le meilleur moyen d'intriguer et d'amorcer la curiosité des amateurs d'expositions hors du commun. Si "le rideau ne tombe jamais" (je traduis du titre en américain de l'expo "When the curtain never comes down), c'est sur les "performances" de créateurs hors-les-normes qui les vivent au quotidien (mais est-ce le spectacle qu'implique ce "rideau"...?).

     "Performances" n'est pas un terme que j'apprécie beaucoup, cela dit. Cela correspond à la volonté de la commissaire d'exposition, par ailleurs conservatrice en charge du département art brut et art autodidacte dans ce même American Folk Art Museum de New-York, Valérie Rousseau (dont j'ai déjà eu par le passé l'occasion de parler, du temps où elle animait la Société des Arts Indisciplinés au Québec), de rapporter les rituels quotidiens, les comportements, les actes, les inventions de machines et de mobiles, les créations de situation, les pratiques créatives au jour le jour de 28 "artistes" (en réalité plutôt des créateurs non professionnels, voir la liste sur le site du musée ci-dessus par le lien), de rapporter donc tout cela à l'Art sacro-saint, alors qu'en fait il faudrait à mon sens plutôt montrer comment ces pratiques se détachent de l'art au sens traditionnel du mot (ce n'est pas que de la création plastique, c'est aussi un rôle social)  pour investir l'espace-temps du quotidien, et donc en bref qu'il ne s'agit pas d'une "artification", d'une annexion de la vie par l'art,  mais d'une "quotidiennisation"  et d'une vitalisation de l'art à tel point que celui-ci finit par se dissoudre dans cette même vie... Mais bon, d'un autre côté, il faut aussi reconnaître que Valérie Rousseau a tenté pour le coup un rassemblement d'actes créatifs que l'on n'avait pas eu jusque-là l'idée de tenter, il faut donc lui rendre cette justice. Ce projet novateur a à n'en pas douter quelques cousinages avec l'expo "L'autre de l'art" qui s'est tenue en France au LaM et que j'avais aussi évoquée sur ce blog il n'y a pas si longtemps.

 

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Marie Lieb, bandes de tissu disposées sur le sol d'un hôpital en Allemagne où elle vivait, vers 1894, photographie collection Prinzhorn à Heidelberg

 

     Ce qui est visé ici, à travers ces productions hétéroclites ne faisant pas œuvre au sens où l'on entend généralement le mot (à savoir des icônes destinées à s'extraire de  notre temporalité pour accéder à l'absolu), ce serait en effet plutôt des actes, des pratiques créatives, vécus au quotidien, mêlés inextricablement à la vie de tous les jours. Marie Lieb dans son asile en Allemagne vers 1894 arrangeait sur le sol de façon parfaitement éphémère des bandes de tissu harmonieusement disposées, telle une nuit étoilée rabattue sur le sol le temps d'une respiration.Müller_expo AFAM qd le rideau ne tombe jamais.jpg Heinrich Anton Müller inventait dans un autre hôpital des machines dont le sens a été perdu et qui furent vandalisées (voir ci-contre, Müller dans l'hôpital de Münsingen en Suisse, 1914-1922, photo coll. Prinzhorn, Heidelberg). Par chance, le souvenir nous en a été gardé grâce à des photographes bien inspirés... Fernando Oreste Nanetti en Italie grava les murs extérieurs de l'asile de longues bandes de graffiti grattés dans l'enduit des parois. Vahan Poladian ou Eijiro Miyama (voir ci-dessous, image reprise du site web de la Collection de l'Art Brut de Lausanne) se couvrirent de parures extravagantes mais rigoureusement illustratrices de leurs caprices vestimentaires ultra personnels.Eijiro Miyama ds les rues de Yokohama 2006 ph coll de l'art brut lausanne.png Arthur Bispo de Rosario au Brésil aussi concevait des sortes de cape grandioses richement brodées et dessinées (on eut l'occasion de les découvrir à la Galerie Nationale du Jeu de Paume dans l'expo "La Clé des Champs" en 2003). Melina Riccio sème des proclamations inscrites, parfois au sein de cœurs,  tracées un peu partout dans les rues en Italie, sur des bannières et des vêtements aussi. Gustav Mesmer avait réinventé les ailes d'Icare sur des collines suisses. L'expo de New-York propose aussi de découvrir les amulettes de Jean Loubressanes, venues de la collection du Dr Pailhas à Albi, qui avaient été déjà montrées à Villeneuve-d'Ascq récemment dans l'expo "L'Autre de l'Art". Etc., etc.... Les créations de nombre de personnages présentées dans les expos d'art brut ont ainsi à voir avec la magie, avec des actes destinés à attirer la protection des esprits, ou de saints, dans une attitude analogue à celles des anciens peintres d'ex-voto. Bien sûr, on peut toujours, dans un cadre muséal, comme c'est le cas à l'AFAM de New-York, associer toutes ces manifestations à des "performances", mais on fait là une sorte de contresens à mon humble avis. Il n'y a pas volonté de la part de ces créateurs possédés par leurs expressions en actes, souvent éphémères, de faire œuvre entrant dans un corpus de l'histoire de l'art, il n'y a pas de leur part discours sur leurs pratiques, et donc ils n'ont rien en commun avec les "artistes" au sens où l'on entend généralement ce mot. Leur catégorie de création se situe ailleurs, dans la trame de la vie quotidienne, et à la limite, pourrait très bien se passer de toute médiatisation, tant elle est intensément vécue sans nul besoin de parade sur de quelconques tréteaux.

 

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Arthur Bispo do Rosario portant son "vêtement de présentation", photo reprise du blog (brésilien sans doute et en portugais) d'Anna Anjos

 

Exposition du 26 mars au 5 juillet 2015

 

06/03/2015

Graffiti selon Gregory Haleux

     Gregory Haleux dirige le CAPUT dont j'ai déjà parlé il y a longtemps (il y a un lien en colonne de droite), ainsi qu'une maison d'édition appelée Cynthia 3000. Le blog qui lui est consacré est en pause et devrait se réveiller bientôt paraît-il. En attendant, M. Haleux, que la 'pataphysique paraît grandement requérir par ailleurs, anime un autre blog appelé Soli Loci où il vient de publier tout un recueil de photographies consacrées à des graffiti vus sur des églises de la Marne, région où il paraît vivre. Voici le lien, en espérant que Mame Molitor, entre autres, pourra le voir du fond de sa myopie... Y a tout plein de graffiti gravés, cadrés de façon à faire ressortir l'aspect esthétique des matières, des inscriptions, des trous, des griffures... La lisibilité  des inscriptions n'étant pas toujours au rendez-vous, et pourquoi pas (c'est assez dur à mettre en évidence, il faut des lumières rasantes qu'on n'a pas forcément à sa disposition)... Je me suis permis d'emprunter à ce blog trois graffitis qui m'ont plus particulièrement frappé.

Graffiti 1 eglises de la Hte Marne par Gregory Haleux blog soli loci.jpg

Graffiti 2 eglises de la Hte Marne par Gregory Haleux blog soli loci.jpg

Graffiti 3 eglises de la Hte Marne par Gregory Haleux blog soli loci.jpg

03/03/2015

Des posters peints au Libéria aussi, une expo prochaine

     M. François Beaurain m'annonce une expo à venir d'affiches peintes (dans la plupart des cas sur toile), affiches en provenance du Libéria où elles ont été retrouvées juste avant leur destruction totale (et ce en dépit que sont connues maintenant d'autres affiches elles aussi peintes à un exemplaire pour les vidéos-club du Ghana, affiches que l'on a aussi arrêtées de produire là-bas).

 

Poster 3 du Liberia George S..Josiah Sakobi la fille serpent.jpg

George S.Josiah, Sakobi la fille serpent, 1998, poster peint du Libéria, site web de François Beaurain

poster 2 du Liberia, HK Wiah Arts, la Momie.jpg

HK Wiah Arts, La Momie, poster peint du Libéria, site web de François Beaurain

 

     Ces affiches, on peut les examiner sur le site web suivant, mises en ligne par François Beaurain. Et si on veut les voir en vrai, il faudra se rendre au Cinéma des Cinéastes (7 Avenue de Clichy, 75017 Paris), à partir du mercredi 4 Mars, le vernissage étant de 18h à 20h (l'entrée sera libre le temps du vernissage puis réservée uniquement aux clients du cinéma munis de billet par la suite). L'exposition est programmée jusqu'au 10 Avril.

 

Poster 8 du Liberia Watchers 3.jpg

Mansa, Watchers 3, poster peint du Libéria, site web de François Beaurain

Poster 7 du Liberia warlock 3 la fin de l'innocence.jpg

Al Boone, Warlock 3, 1999, poster peint du Liberia, site web de François Beaurain

 

     Il semblerait, à suivre François Beaurain, que les posters présentés à cette occasion (au nombre de 38) seraient les seuls survivants du grand nettoyage consécutif à la montée en puissance du cinéma nigérian qui en diffusant des DVD accompagnés d'affiches sur papier à travers le pays aurait  rendu obsolètes ces affiches peintes artisanalement. Bon... Jusqu'à ce qu'un autre collectionneur nous sorte d'autres séries de son chapeau, peut-être?

 

poster 1 du Libéria, auteur inconnu, huile sur nappe, fair game.jpg

Anonyme, Fair Game, poster peint du Libéria, site web de François Beaurain ; ce poster est plus dans le style des posters peints du Ghana, je trouve

Poster 9 du libéria  D.Wolobah home alone 2, 1997.jpg

D.Wolobah, Maman j'ai (encore) raté l'avion (Home alone 2), poster peint du Libéria, site web de François Beaurain ; à noter que cette affiche est clairement démarquée de l'affiche américaine originale que je reproduis ci-dessous, ce qui apparente ces peintres du Libéria à notre Guy Brunet national, qui adore refaire des affiches à son goût en démarquant les originales

affiche originale de Maman j'ai (encore) raté l'avion.jpg

 

     A contempler les exemplaires présentés sur le web, tous réalisés avant les années 2000 (à signaler qu'au Ghana une semblable efflorescence d'affiches peintes eut lieu entre les années 1980 et les années 1990, il paraît difficile d'imaginer qu'il n'y ait aucun rapport), si certains ressemblent par leur naïveté graphique à ceux du Ghana (c'est ce que je préfère personnellement), d'autres, la plupart semble-t-il, visent à un réalisme quasi photographique, l'accent original se retrouvant plutôt dans la mise en page souvent spectaculaire.

 

Poster 5 du Liberia the corruptor.jpg

Anonyme, Le corrupteur, poster peint du Libéria, site web de François Beaurain 

 

02/03/2015

Allez voir du côté de chez Geodazner

     Geodazner, c'est un monsieur qui fait des notes sur un blog (intitulé si je comprends bien, attention, prenez votre respiration, "Choses à noter ou à oublier dans le 5 8. Sans s'interdire d'aller voir ailleurs si j'y suis") à propos de la région nivernaise (il se murmure que l'individu se cachant derrière ce pseudo anime aussi un autre blog dont nous avons déjà parlé ici, Des signes sur les murs ; je sais, on s'y perd dans tous ces blogs, eh ben, tant mieux...). Il a pondu récemment une note plaisante à propos des ébauches de Marcel Duchamp qu'il a retrouvées dans le 5-8. Pour y aller voir, suivez la flèche.

    Cela me donne l'occasion de créer à partir d'aujourd'hui une nouvelle catégorie intitulée "Déviations autorisées vers d'autres blogs" où je vous conseillerai de façon plus appuyée qu'en glissant de simples liens sur ma colonne de droite d'aller voir ailleurs si d'autres y sont aussi.

01/03/2015

Eusebi

Vidéo d'environ 30 minutes sur un créateur ibérique nommé Eusebi reprise du site, en espagnol (de Graciela García), El Hombre Jazmin ; à signaler si il ne la connaît pas à Pierre-Jean Wurtz et ses petits camarades de Hors-Champ à Nice pour leur festival de cinéma autour des arts singuliers (qui se tient tous les fins de mois de mai comme on sait) ; je trouve par ailleurs ce blog fort intéressant, et je regrette à chaque fois que j'y vais de ne pas comprendre mieux l'espagnol ; son auteur vient de publier ces temps-ci un ouvrage Arte Outsider. La pulsión creativa al desnudo qui paraît être la transposition d'une thèse précédente de l'auteur ; il faut souhaiter que cet ouvrage soit bientôt traduit en France (tant ce qu'elle nous présente sur son blog paraît plein de merveilleuses découvertes)

28/02/2015

Méfiez-vous des slips moulants, super-héros...

    Voici ce que m'envoie l'ami Alain Dettinger depuis Lyon, grâce à une photo malheureusement un peu floue. Mais l'on peut deviner ce qu'il a vu, un curieux télescopage (si je puis m'exprimer ainsi) entre l'avertissement publicitaire sur les slips moulants et la vitrine abritant l'annonce qui (du coup?) a explosé. Si vous portez ce genre d'accessoire, il faut s'attendre à tout, et par exemple à briser la glace plus vite que vous ne l'auriez voulu.

Slip moulant et vitrine qui éclate.jpg

Ph Alain Dettinger, Lyon, 2015

27/02/2015

Corbeau roux

     Apparu tout à coup dans la déchirure d'un papier peint dans un atelier d'arts plastiques, sans qu'il y ait eu volonté de créer une figure apparemment (et après vérification auprès d'une animatrice de l'atelier), voici un drôle d'oiseau au long bec qui me regardait dans le couloir où j'étais tombé nez à nez avec lui. Personne n'y faisait attention. Il fallut le photographier et ainsi le recadrer pour que les autres personnes présentes ce jour-là admettent de le voir..

 

Corbeau dans une déchirure de papier peint, rue sambre et meuse Xe ardt, fév 15.jpg

Dans le Xe arrondissement, Paris, photo Bruno Montpied, février 2015 

26/02/2015

Tous égoïstes et bientôt...

Graffito rue Bochart de Saron, paris 9, avr 12.jpg

Graffito relevé rue Bochart de Saron, IXe ardt, Paris, avril 2012, ph. Bruno Montpied

24/02/2015

Stimulantes parenthèses au Musée National d'Art Moderne

      La balade que je relaterai ici commence à dater un peu. Elle fut faite en mars 2014 dans les collections permanentes du Musée National d'Art Moderne suite à une indication que m'avait donnée une membre du CrAB (Collectif de recherche autour de l'Art Brut). On sait que la collection permanente de ce musée, malheureusement toujours prisonnière de l'affreuse raffinerie beaubourgeoise et pompidolienne de la rue Rambuteau à Paris (que ne l'exile-t-on pas, celle-ci et sans le MNAM, à Marseille pour qu'on nous rapatrie en échange les collections du MUCEM?) est de temps à autre remodelée, ré-accrochée, bouleversée, etc. C'était le cas au début de l'année dernière. Je ne sais si elle a encore changé depuis, ne passant guère mon temps dans ces parages. En mars 14, il y avait du nouveau. Si le groupe CoBrA paraissait glorieusement absent des cimaises, ou du moins passablement sous-représenté, quelques insolites œuvres avaient été tout à coup sorties des réserves, en majorité liées au fonds d'œuvres naïves que recèle le MNAM, grâce semble-t-il aux acquisitions de l'ancien directeur du musée Jean Cassou.

 

Colette-Beleys(1911-1998),-.jpg

Tableau de Colette Beleys (1911-1998), La Maison Potagère (1950), intégré aux collections du MNAM du temps de Jean Cassou ; Colette Beleys était une artiste qui se disait "peintre instinctive", non pas participant d'une "naïveté" mais se revendiquant plutôt d'une "innocence poétique" ; ses compositions fort élaborées, pour moi essentiellement des années 1930 à 1950, sont d'une poésie délicate (merci à Jean-Louis Cerisier qui attira autrefois mon attention sur elle) qui me font songer à certains autres figuratifs cousins par le style et l'esprit de sa manière, comme Elie Lascaux par exemple ; une exposition consacrée à elle tourna en 95-96 entre diverses villes, comme Montauban, Aix-en-Provence, Besançon, etc. et un catalogue fut publié à cette occasion

 

      Il s'agissait, semble-t-il, dans les espaces que les conservateurs leur avaient consentis (des couloirs aux murs vitrés comme autant d'espaces interstitiels entre les différentes salles, parenthèses, intervalles où on logeait ainsi des marginaux, des œuvres posant question?), il s'agissait de proposer des rapprochements entre figuratifs savants et figuratifs autodidactes dits ailleurs  naïfs qu'un même sens de la stylisation "primitiviste", ou un refus du réalisme – attitudes que l'on pourrait résumer en un seul mot, "réalisme intellectuel" – unissaient. Du reste avant que le visiteur ne tombe sur ces couloirs-intervalles, une première salle du parcours des collections, consacrée à une évocation de l'exposition expressionniste du Blaue Reiter (de 1911-1912), proposait déjà, éparses parmi des œuvres des artistes contemporains de l'époque réunis autour de Kandinsky, quelques pièces liées à l'art populaire de l'époque et revendiquées par le groupe avant-gardiste du Blaue Reiter. Histoire de murmurer à l'œil et l'oreille des visiteurs que ces confrontations art populaire/art moderne ne dataient pas d'aujourd'hui (et avaient peut-être aussi une autre allure que les confusions actuelles entre art contemporain et art brut).

 

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Un des murs de la salle consacrée au Blaue Reiter, MNAM Centre Georges Pompidou, mars 2014

Sirène (c 1850-1890), legs nina Kand, mur du Blaue Reiter, mnam mars 14.jpg

Une sirène, art populaire (entre 1850 et 1890), legs Nina Kandinsky, MNAM Centre Georges Pompidou

Bauchant, Louis XI faisant planter de mûriers près de tours, 1943, don de l'artiste 1950.jpgAndré Bauchant, Louis XI faisant planter des mûriers près de Tours, 1943, don de l'artiste (1950), MNAM Centre Georges Pompidou

 

      Des œuvres d'artistes consacrés depuis longtemps comme Naïfs, tels Aristide Caillaud, André Bauchant, Séraphine ou Germain Van Der Steen, se rencontraient au hasard des couloirs, non loin de pièces de Henri Gaudier-Brzeska, d'André Derain ou encore, exposée plus loin dans une salle, d'une œuvre de Feininger, digne d'être mêlée à du brut des plus  contemporains.

 

Henri Gaudier-Brzeska (1891-1915), Samson et dalilah (1913), don Ezra pound.jpg

Henri Gaudier-Brzeska (1891-1915), Samson et Dalila (1913), don Ezra Pound, MNAM Centre Georges Pompidou (là, cependant, il paraît difficile de rapprocher cette œuvre de celles de l'art naïf ou de l'art brut ; plutôt de l'art ethnique éventuellement, par exemple l'art inuit...)

Feininger, expressionniste, mnam mars 14.jpg

Œuvre de l'expressionniste Feininger, d'une modernité étonnante, préfigurant l'essor du primitivisme contemporain d'un bon siècle et se référant visiblement, et respectueusement, à l'art des enfants, MNAM Centre Georges Pompidou

 

      On trouvait aussi dans un recoin une peinture de la jeune Algérienne Baya qu'André Breton aida à se faire révéler, ainsi qu'une scène de bataille avec des cavaliers, fort naïve et attachante, d'une certaine Janice Biala (1903-2000), une encre sur toile de Géra, primitiviste éthiopien, dont l'œuvre fort colorée était prêtée par le Musée du Quai Branly (on est là en présence d'art africain singulier dérivé de l'art traditionnel éthiopien notamment à base iconographique chrétienne ; l'œuvre se voulant thérapeutique, soignant l'âme et le corps à la manière d'un talisman).

 

Janice Biala (1903-2000), bataille de cavaliers (1934-1936), musée d'exposition pas renseigné.jpg

Janice Biala, scène de bataille équestre, 1934-1936, MNAM Centre Georges Pompidou

Géra, encre sur toile, origine M du quai Branly, MNAM salle afrique moderne en mars 14.jpg

Géra, encre sur toile, provenance Musée du quai Branly, MNAM Centre Georges Pompidou

 

      Plus loin, on trouvait diverses autres allusions à la créativité populaire ou singulière, hors champ de l'art "mainstream", comme cette photo de Gisèle Freund (voir ci-contre, photo de 1951) s'attardant sur le mur d'ex-voto fauchés par Diego Rivera dans les églises de son Mexique chéri (comme quoi André Breton, qui faisait la même chose, au grand dam de Trotsky paraît-il, si l'on suit l'auteur d'une récente biographie de Jacqueline Lamba, avait des exemples autour de lui au cours de son voyage des années 30 au Mexique). coll d'ex-voto volés de D Rivera, ph Gisèle freund 1951 donation 92.jpgOu bien encore les statues africaines d'Aniedi Okon Akpan telles qu'elles aussi avaient été empruntées au Musée du quai Branly, dans une salle qui évoquait les anciennes expos du Centre Beaubourg, Les Magiciens de la Terre ou Africa Remix.

 

Aniedi Okon Akpan, femme et enfant, lutteurs, escargot, mus du quai branly.jpg

Statues d'Aniedi Okon Akpan, MNAM Centre Georges Pompidou (cet Akpan est connu aussi pour de célèbres statues funéraires, à la fois réalistes et naïves, qu'il installait au Nigeria sur les tombes des personnes représentées)

 

       Mais ce qui me scotcha véritablement fut la découverte, toujours dans un de ces couloirs interstitiels si pleins de surprises, de deux œuvres de grand format d'un "anonyme", dont les œuvres étaient entrées selon les cartels du musée en 1953 par don dans la collection permanente. Avait-on jamais vu ces œuvres-là au MNAM, très colorées, plus que naïves, presque brutes pour le coup étant donné leurs audaces s'émancipant grandement des références à la réalité visuelle, et  faites à coup de collages et de juxtapositions, surlignés à la gouache? Je parie bien que non. Les cartels, concernant de telles œuvres de format et retentissement si importants, auraient pu nous donner des pistes plus conséquentes, mais on n'avait pas cru bon de le faire... Le visiteur n'avait qu'à se dépatouiller avec ces deux surprenantes compositions qu'on avait daigné leur sortir des réserves, faut pas exagérer non plus...

 

Anonyme,-le-Cheval-de-Troie.jpg

Anonyme, Le cheval de Troie, (1930-1945), gouache sur papiers découpés et collés, MNAM Centre Georges Pompidou ; on excusera le flou du cliché pris avec un portable pas terrible et placé qui plus est entre des mains tremblant de surprise...

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Anonyme (le même que ci-dessus à l'évidence), Le Roi et la Reine, (1930-1945), gouache sur papiers découpés et posés sur une toile collée  sur contreplaqué, don à l'état 1953, MNAM Centre Georges Pompidou ; à bien les contempler, on peut se demander s'il ne s'agit pas là de grands travaux d'un enfant ou plutôt d'un adolescent ; il reste que ces deux compositions énigmatiques sont fort étranges et que l'on aimerait en savoir plus...

Note Subsidiaire:     Eh bien, voici qu'un commentateur me donne des précisions disant avoir vu un cartel précisant qu'il s'agit de dessins d'enfants. Je n'ai personnellement pas vu les mêmes cartels que lui, peut-être ont-ils été modifiés depuis ma visite qui date de l'année dernière. Mais je veux bien le croire même si cette précision n'apparaît pas sur la fiche de la RMN qu'il nous met en lien (ce serait signé Escolier, et cela signifierait écolier donc?). De toute façon, ces travaux paraissent bien des dessins d'enfant, mais qui les a assemblés, si ce n'est un adulte, un éducateur sans doute....? En cherchant mieux sur la base du MNAM on trouve enfin la référence complète: "Elèves de la Ville de Paris, sous la direction du peintre M. Jean Lombard et de Mme Vige Langevin". Donc il y a bien eu médiation d'enseignants, et la relation des uns avec les autres a donné au moins deux bien belles œuvres. Ce qui me confirme personnellement dans la qualité qui peut se rencontrer dans un travail accompli en commun entre enfant(s) et adulte(s), genre d'action artistique aujourd'hui pas très en vogue, et même plutôt combattu dans les ateliers pour enfants, voire dans les écoles, au nom de l'autonomisation de l'enfant.

      On me dira que les écoles en ont beaucoup de ces travaux. Sans doute, je le sais bien, moi qui vois disparaître régulièrement des tombereaux de chefs-d'œuvre dans les poubelles des écoles. D'aussi fouillés, d'aussi bien composés (la guerre de Troie avec le cheval, les Troyens derrière leurs murailles, les Grecs sur le point d'envahir la cité),  par contre, je pense que c'est plus rare. Peut-être travaillait-on avec plus d'application dans les années 40. Cela doit nous faire regretter qu'on n'ait pas eu plus envie jusqu'à présent de créer des musées d'art enfantin. Et qu'on ait commis tant de vandalisme aux dépens des œuvres des moutards. Le MNAM a tout de même recueilli ces deux chefs-d'œuvre, constituant par là même l'ébauche d'une section d'art enfantin dans ses réserves. Y en a-t-il d'autres?  

 

18/02/2015

Vue sur les Alpes sans bouger de Paris

poésue naturelle, délire d'interprétation, paysages dans des taches, au delà du réel, visions, hallucinations

Les Alpes de ma fenêtre à Montmartre, ph. Bruno Montpied, janvier 2013 

15/02/2015

Trois récentes publications de l'auteur de ce blog (pour mon fan-club, si j'en ai un)

    J'ai omis, pour mon auto-promotion – et désolé si ça fait grincer quelques dentitions peu amènes à mon encontre – de signaler trois de mes récentes publications. Pour mon fan-club, si du moins mon imagination narcissique a raison de me le suggérer, cela peut avoir son importance. Et puis ce blog sert aussi à ça.

 

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Solange Knopf,  Astral Odyssey  (n°2), technique mixte sur papier, 72,8 x 55 cm, 2014 ; exposé à l'Inlassable Galerie (voir ci-dessous)

 

      En un, je signale donc la publication dans le dernier numéro de Création Franche, le quarante-et-unième de la série (décembre 2014), d'un entretien de mézigue avec l'artiste belge Solange Knopf dont je vous ai déjà causé il y a peu ici et là. La revue nous a fort bien servis, nous consacrant plusieurs pages. Solange Knopf se dévoile un peu dans cet entretien exécuté par correspondance. "Un peu" parce que c'est là l'interview paradoxale d'une taiseuse. 

      Elle est par ailleurs actuellement exposée à Paris dans l'Inlassable Galerie rue de Nevers dans le VIe ardt (expo collective "L'autre intérieur", en compagnie de Guylaine Bourbon,  Josette Exandier, Marcella Barceló, et l'abbé Coutant (l'erreur de casting de cette manifestation, parce que ce n'est pas parce qu'il fut en relation avec Chaissac qu'il fut automatiquement aussi inspiré que lui...), qui se déroule du 7 février au 16 mars ; 13 rue de Nevers, tél: 06 71 88 21 14 et 06 20 99 41 17).

 

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    En deux, je dois également signaler le n°33 de la revue Cultures et Sociétés (janvier 2015), édité chez Téraèdre/L'Harmattan où, sur la demande de Patrick Macquaire, pour un dossier qu'il y a constitué, "L'homme ou le  travail à toutes fins utiles?", j'ai glissé un article intitulé "La retraite aux flambeaux", sous-titré "Les environnements populaires spontanés". J'y parle bien évidemment du moment souvent partagé par plusieurs créateurs d'environnements lorsque la prise de la retraite peut devenir traumatisante.

      On se retrouve brutalement désocialisé, devenu inutile, comme plus bon à rien pour les autres. Et c'est parfois ce moment-là que certains anciens travailleurs choisissent pour se révéler créatifs, prenant le contrepied de leur mise au néant. Comme Picassiette qui avait œuvré pour sa part en opposition avec le cimetière de Chartres où il s'était trouvé employé. On m'a mis parmi les morts, vous allez voir ce que je peux faire pourtant... La retraite, autre petite mort, est ainsi grosse d'une possible renaissance. La société accorde aux travailleurs enfin l'occasion de vaquer à leurs occupations personnelles, au moment où leurs forces commencent à faiblir, c'est alors le moment de montrer ce que l'on est encore capable d'accomplir d'épanouissant et de créatif! C'est ce que ne manquent pas de faire nos créateurs d'environnements bruts ou naïfs. A noter que dans ce texte, j'annonce le projet en cours de la publication de mon inventaire des sites français d'art brut en plein air (le tapuscrit a été rendu, les options de financement sont à l'étude (comme on dit), et l'on a bon espoir...).

 

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page 1 retraite aux flambeaux Culture et sociétés n°22, janvier 2015002.jpg

Pour acquérir le numéro (16 euros), écrire à L'Harmattan, 16 rue des écoles, 75005 Paris.

revue création franche n°41,solange knopf,bruno montpied,cultures et sociétés n°33,patrick macquaire,environnements spontanés et retraite,mirabilia,josé guirao,paris populaire,photographie    En trois, il s'agit d'une toute autre publication, cette fois nettement plus littéraire (quoique), un texte de souvenir relatif au XIe arrondissement qui fut longtemps un de mes arrondissements préférés dans Paris, tant qu'il resta populaire, lié aux artisans en tous genres.

     Il  me semble que cet aspect commença de changer vers 1986, à peu près au moment où l'on détruisit l'ancienne gare de la Bastille pour y mettre à la place la gigantesque molaire de l'Opéra. C'est à cette date que je déménageai du XIe pour aller dans le XVIIe puis très peu de temps après dans le XVIIIe. "Souvenirs de la Onzième Case", texte illustré de photos noir et blanc de José Guirao, avec qui j'écumai à un moment les rues entre la Roquette et Charonne pour garder traces de quelques paysages urbains appelés à disparaître (il vendit ensuite certaines photos à la Bibliothèque Historique de Paris), "Souvenirs de la Onzième Case" donc a été publié dans le n°6 de la revue de Anne Guglielmetti et Vincent Gille, justement nommée Mirabilia, numéro placé cette fois sous le thème du Temps, précisément...

 

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Pour prendre davantage connaissance de la revue et de ses anciens numéros, pour consulter le sommaire de ce n°6, pour l'acquérir, il suffit de se reporter au site de la revue, ici même ou encore . On la trouve également dans plusieurs librairies à Paris, notamment dans l'excellente librairie de la Halle Saint-Pierre, rue Ronsard, au pied de la Butte Montmartre (XVIIIe ardt).

 

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Photo José Guirao, vers 1986, (il me semble qu'elle fut prise dans le Passage de la Main d'Or), publiée dans Mirabilia 6

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Une autre de José Guirao (vers 1986), non retenue dans l'édition de Mirabilia, "faute de place", parce qu'il faut bien qu'on en enlève une, et ce fut celle-ci, etc... ; moi, j'y vois un autocar en ruine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14/02/2015

Une jeune pousse parmi nos amies

Léo Première SS15 from leo paris on Vimeo.

    Au passage, rien à voir avec les centres d'intérêt principaux de ce blog, mais un simple clin d'œil à quelques happy few qui auront reconnu une ancienne tartinée de ce blog (je n'ai pas le droit d'en dire plus, de même que ceux qui auront deviné).

08/02/2015

Un dessin séditieux bonapartiste... Vraiment? Paranoïa-critique ou image réellement double?

     Un correspondant, collectionneur à ses heures, M. Jean-Christophe Millet (oui, le même nom que celui du peintre de l'Angélus, de Millet comme on dit usuellement... Tableau sur lequel on sait que Dali a constitué tout un dossier d'interprétations exemplaires de sa méthode dite paranoïa-critique), ce correspondant donc m'a récemment fait parvenir un dessin qu'il qualifie de "dessin séditieux" dans le genre de ces images à double entente qui servirent à une époque au XIXe siècle de propagande bonapartiste. Comme celle ci-dessous, qui figure dans un ouvrage L'Œil s'amuse paru aux éditions Autrement en 1999 et que j'ai déjà utilisée pour illustrer une note sur ce blog à propos de la merveilleuse exposition du Grand Palais en 2009, "Une image peut en cacher une autre".

 

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Gravure populaire anglaise, vers 1830, extraite de l'ouvrage L'oeil s'amuse, éd. Autrement, 1999 ; on notera que la silhouette de Napoléon entre les deux arbres est parfaitement nette

 

     Présentons le fameux dessin retrouvé par notre collectionneur à la suite, auquel j'ajoute en guise de légende (au double sens du mot) la description interprétative que m'en dressa mon honorable épistolier électronique (les reproductions avec les détails agrandis sont légendés par moi).

 

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Coll. J-C. Millet

 

    "j'avais immédiatement repéré l'arbre aux branches minutieusement réalisées qui devaient cacher bien des choses et surtout le profil napoléonien à gauche du tronc avec le bicorne... mais également le chien apeuré au milieu du cimetière, symbole de dévouement et de fidélité.

 

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Dans ce détail agrandi, on pourrait apercevoir, quelque peu fantomatique, aux limites du mirage, la silhouette, seulement esquissée, contre le tronc à gauche, sous une branche, d'un Napoléon...

 
        J'ai curieusement, c'était trop gros pour le voir, mis un peu de temps, en repérant l'ombre du chien qui n'avait rien de canin, à voir le célèbre bicorne !

     Le masque mortuaire de Napoléon (dit masque de François Antommarchi), tête-bêche dans la partie droite de l'arbre, popularisé à partir de 1833 avec l'ouverture d'une souscription par Antommarchi pour la vente de moulages, devait suivre.

 

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Voici le masque mortuaire qu'évoque J-C. Millet et qu'il a lui-même placé en vis à vis du profil qu'il croit voir dans les zigzags des branchettes de l'arbre nu


      Il y avait donc sans doute à trouver L'Aiglon et Marie-Louise comme dans les célèbres gravures.

     A la cime de l'arbre à gauche, se trouve à mon avis, le long du liseré une tête belliqueuse de Napoléon, l'air mauvais en vis à vis du portrait du vainqueur de Waterloo, le Duc de Wellington avec le large col de son uniforme (que l'on trouve sur tous ses portraits), son nez fin et pointu et ses rouflaquettes.

 

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Napoléon et Wellington?


     Un buste de personnage, tourné à gauche, semble également se trouver dans la partie droite de l'arbre.

   Sur le côté gauche du tronc, une fleur (j'ai un temps pensé à la violette, symbole napoléonien)... Il s'agit en fait d'une Légion d'Honneur, ordre créé par Napoléon.

    La tour isolée, tombant un peu comme un cheveu sur la soupe dans la composition, a donné beaucoup de fil à retordre. Toutes ses fenêtres (des yeux ?), ces éléments accolés inutiles (le toit triangulaire sur le côté gauche en particulier), le double crénelage, un minuscule toit au centre de la tour perché sur une longue arête verticale, deux petites boules inutiles au niveau du créneau du premier étage de la tour... Il y avait probablement une tête, mais où ? Il suffisait de retourner le dessin pour découvrir une tête de soldat avec un long nez, le petit toit triangulaire formant les narines, les yeux de part et d'autre, les boules... les oreilles, la fenêtre verticale entre les étages pour la bouche, un niveau de barbe matérialisé par la séparation-créneau de l'étage, les trois toits formant un couvre-chef à la « hussard » pendant sur le côté droit.

 

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La tour retournée... Cherchez non pas Hortense (comme Rimbaud) mais le soldat...?

 

     L'église... vaste problème indiquant minuit quarante-cinq (a priori pas de symbole), coiffée d'un curieux clocher allongé dont le côté droit présente au niveau du premier étage une légère inflexion puis au niveau du second étage un mur concave bien entendu volontaire. Je n'ai toujours pas réussi à identifier la forme cachée pourtant visible (espace blanc vertical coincé entre le clocher et le bord du dessin). Le symbole est également peut-être caché dans le clocher.
     Idem pour le ciel orageux et ses nuages multiples qui doivent a priori cacher bien des choses ?
     Sans doute également d'autres choses dans les branches de l'arbre ?

     Je n'ai toujours pas réussi à identifier les trois éléments, en bas à gauche du cimetière, au niveau du mur en arc de cercle (bâton vertical avec un "œil", étoile noire à 4 branches, une urne couchée avec son pied orienté à gauche... peut-être une simple pierre mal dessinée ?

 

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Ce détail à gauche donne l'impression que le dessinateur a voulu représenter une tête de profil grotesque, son œil étant au bout de l'espèce de tige poussant sur le bord de pierre, sa bouche entrouverte étant figurée par cette étrange forme en queue de poisson... Mais tout cela se veut-il allégorique, ou n'est-ce que fantaisie d'un dessinateur visionnaire amateur?


     Un dernier point mais cela n'engage que moi... Prenez de la distance et vous apercevrez le visage de
l'Empereur :

- le mur en arc de cercle (celui de l'étoile et du bâton) formant l'arrondi du visage
- le tronc de l'arbre formant le nez
- les toits des maisons du village formant les yeux
- le mur maçonné du cimetière le bord droit du bicorne

- le ciel autour de la cime de l'arbre le bicorne 

    Cela n'engage que moi mais c'est pourtant troublant !... " (J-C. Millet)

    Toutes ces interprétations de notre collectionneur sont passionnées, on le voit. Et cela finit par entraîner notre propre désir de voir à sa suite des images cachées dans l'image. Pourtant, en ce qui me concerne, je reste dubitatif. Si ce dessin est effectivement curieux, maladroit du point de vue des perspectives, de l'ombre du chien bizarre, etc., est-il véritablement un dessin de type "séditieux" du genre de celui que j'ai reproduit en tête de cette note, où la silhouette napoléonienne est nettement représentée? Il est tout de même permis de s'interroger et notamment de se demander si on n'aurait pas affaire à un dessin d'amateur naïf que son inconscient (peut-être à orientation bonapartiste prononcée) tarabusterait passablement... Aux lecteurs de cette note de nous en dire plus s'ils ont davantage de lumière que nous sur la question..