24/08/2014

Misanthropie pour le moins

    Voici une publicité naïve et fort ambigüe que m'a transmise récemment J-C Sandré du blog Des Signes sur les murs (se spécialisant sur les murs peints principalement publicitaires). Il y trouve du nihilisme caché derrière le prétexte d'une plaisanterie publicitaire "améliorée" par un garagiste ("améliorée" parce qu'elle prolonge un slogan pour les Rustines qui proclamait, déjà naïvement, "vous pouvez crever"...). A moins que derrière l'argument publicitaire toujours il ne s'agisse d'amertume se parant de misanthropie? En tout cas, cela fait regretter qu'on n'ait pas plus d'initiative publicitaire amateur et détournante du même genre, on se marrerait plus.

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Publicité ambigüe sur la devanture d'un garage d'Auray (Morbihan), transmis par J-C Sandré ; pas de date mais on peut supposer qu'on est dans les années 50 (n'est-ce pas Darnish, cette bourgade vous parlera sûrement?)

21/08/2014

Impasse...

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Impasse des Lois quelque part dans l'Aude, juill 2014, photo Bruno Montpied

15/08/2014

Disparition de Caroline Bourbonnais, et hommage à la Fabuloserie

     Caroline Bourbonnais est décédée dimanche dernier. Décidément, après Madeleine Lommel, Monika Kinley (décédée au début de cette année à 88 ans), Charlotte Zander (elle aussi disparue cette année), une page se tourne avec ces femmes d'une incroyable pugnacité qui bâtirent des collections d'art hors les sentiers battus des années 70 aux années 2000. Caroline Bourbonnais, devenue la vestale de la Fabuloserie après le décès de son mari architecte et artiste Alain Bourbonnais en 1988, tenait d'une main de fer dans un gant de velours la collection d'Art-Hors-les-Normes qui est installée à Dicy dans l'Yonne, et divisée en deux parties particulièrement révélatrices dans leur spatialité des conceptions du couple Bourbonnais. Elle paraissait éternelle, personnellement je ne me souciais aucunement de chercher à connaître son âge, tant son rôle de gardienne intemporelle des lieux lui composait un masque d'intangibilité. Je n'ai découvert son âge (90 ans) qu'en apprenant sa mort, cette dernière inéluctablement associée au temps qui nous emporte tous.

 

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Parc de la Fabuloserie consacré aux environnements spontanés, avec des statues de Camille Vidal et des médaillons en mosaïque de François Portrat sur le mur de présentation rouge conçu par Alain Bourbonnais, ph. Bruno Montpied, 2011

 

     A la Fabuloserie, ouverte en 1983, il y a le bâtiment, qui se ramifie par des surgeons greffés ou ouverts ces dernières années, conçu comme un labyrinthe et qui abrite des œuvres peintes, brodées, tissées, collées, sculptées, etc., et il y a le parc, consacré à une sorte de musée des environnements spontanés d'habitants-paysagistes quasi unique en France, voire en Europe. Ce parc a reçu en effet au fil du temps des fragments d'environnements sauvés de la destruction et du vandalisme, ce qui est le lot quasi fatal de ces formes de créations de non-artistes, fragments entretenus, restaurés, par des équipes formées par les Bourbonnais, des passionnés qui entrent en empathie avec les œuvres qu'ils choisissent de prolonger en les réparant et en les remontant, qu'on songe au magnifique sauvetage du "manège" de Petit-Pierre par exemple.

 

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Le manège de Petit-Pierre, ph. BM, 2011

 

       La Fabuloserie fut créée dans le prolongement de l'activité de l'Atelier Jacob qui s'était constitué dans le VIe arrondissement parisien dès le début des années 70, Alain Bourbonnais collectionnant depuis les années 60, activité qui lui servait de jardin secret à côté de son activité professionnellecaroline bourbonnais,alain bourbonnais,fabuloserie,art brut,art-hors-les-normes,dicy,aloïse,jean rosset,fernand michel,les singuliers de l'art,environnements spontanés,petit-pierre,église stella matutina (il fut l'architecte, à ce que j'ai entendu dire, entre autres de l'aménagement intérieur de la station RER Nation, et de l'église Stella Matutina à Saint-Cloud -église où entre parenthèses le signataire de ces lignes, bien avant de connaître l'art brut, à douze ans, fit sa communion... avant d'abjurer toute croyance en Dieu, le jour même de la cérémonie !). Bourbonnais avait décidé de continuer en France la prospection d'art brut, d'autant qu'il regrettait le départ de la collection de Dubuffet vers la Suisse en 1971.

 

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A l'intérieur de la Fabuloserie, des enseignes de coiffeur africaines, un Fernand Michel semble-t-il, des sculptures de René Guivarch, de Jean Rosset, un bateau de Ratier, photo extraite du site web de la Fabuloserie

 

           Cela dit, est-ce tout à fait le même "art brut" que l'on trouve à Dicy et à Lausanne? S'il y a des Aloïse à la Fabuloserie, et des Ratier, on y trouve aussi, mêlés sans distingo, beaucoup d’œuvres d'artistes singuliers, comme Nedjar, Francis Marshall, François Monchâtre, Verbena et autres Moiziard ou Lortet et Chichorro. Les deux Bourbonnais recherchaient semble-t-il avant tout l'étonnement et l'émerveillement générés par les œuvres qu'ils rencontraient au gré de leur quête, qu'ils proviennent du contact de créateurs autodidactes, bruts, populaires ou naïfs, ou d'artistes marginaux. L'exigence de leur regard esthétique aidait à fondre ces créations, hétéroclites au départ, dans un creuset unitaire. La Collection d'Art Brut de Dubuffet était plus intransigeante, cherchant avant tout chez le créateur recherché l'écart vis-à-vis de toutes références culturelles artistiques. Les créations plus mêlées au cirque artistique ambiant étaient rejetées dans une collection dite "annexe" qui fut rebaptisée par la suite la collection Neuve Invention.

 

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Caroline Bourbonnais faisant visiter le manège de Petit-Pierre à la Fabuloserie, photo A.Gacon, sur le site lYonne.fr

 

     Caroline Bourbonnais aura grandement fait grandir la collection qu'elle avait commencée avec son mari, tout en préservant l'unité architecturale labyrinthique voulue par Alain Bourbonnais. Depuis plus de trente ans, c'est grâce à elle que l'on continue d'avoir au cœur de l'Yonne ce double cabinet des merveilles, conjuguant intériorités et extériorités poétiques d'autodidactes divers. Ses filles Agnès et Sophie la secondaient depuis quelques années, reprenant progressivement le flambeau. Il semble donc que dans l'avenir immédiat il n'y ait pas de souci à se faire pour la poursuite de l'aventure "fabulose"... Mais Caroline Bourbonnais, elle non plus, nous ne l'oublierons pas.

09/08/2014

Que voyez-vous?

    On va jouer à un autre jeu. Je propose aux internautes de passage par ce blog de me dire ce qu'ils voient, ce qu'ils interprètent, lorsqu'ils contemplent l'image ci-dessous. Un petit texte à publier dans les commentaires, s'il vous plaît... Les plus inspirés (mon jury de lecture est payé très cher) seront sélectionnés et anoblis à la dignité de textes principaux, posés en dessous de l'image. Il s'agit d'arriver face à elle de la manière la plus vierge possible

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Jean-Pierre Paraggio, Mon Chien - La nuit sur l'ongle, 29x19, cm, 2002

 

Que voient-ils donc? :

"Une grotte aux pirates"

(Benjamin Ravage)

"Trés intrigant ce dessin littéralement en camaïeu. A première vue, il m'inspire beaucoup de musiques avec ses cordes multiples et ses volutes. Et puis, sur la droite je voudrais y reconnaître un(e) "persona",un masque de théâtre grec, avec une bouche qui déclame ou chante ; une barbe même au menton... Cet assemblage de formes géométriques, orales et musicales, évoque un souvenir lointain des portraits "horticoles" d'un Archimboldo."

(Michel Valière)

"Pour fabriquer les objets en écume de mer – pipes, brosses à dents, gratte-dos, étuis péniens et autres prolongements de notre anatomie – on ne dédaigne pas la tonalité romantique des nuits de lune, on marche sur les plages au cours de telles nuits, les yeux fixés sur le feston grisâtre que forme la mer à son contact avec le sol du littoral. Les plages sont des cimetières où l'on aime se promener pieds nus pour sentir les craquements des coquilles sur les talons. Il faut marcher à pas rapides en fixant le ruban d'écume qui pétille au clair de lune. Muni d'une petite pelle pentagonale en bois de coudrier, le ramasseur d'écume guette dans la forme de la mousse l'émergence d'une tête, d'un animal, d'un paysage, plus rarement d'une scène entière, et quand il la trouve, il décolle une plaque d'écume avec sa pelle et la dépose plus haut sur la plage, à l'abri de la marée, où elle sèchera à la lumière pâle, s'agglomérant aux fragments de cadavres que recèle le sable modifiant encore la forme originelle.
Ensuite interviennent les pâtissières, en nombre identiques aux ramasseurs d'écume. Elles ne sont plus vierges depuis une lunaison. En haut de la plage, elles ont allumé un feu de branches de coudrier, et elles y font chauffer dans un grand chaudron un caramel de miel qui brille comme de l'or en fusion. Lorsque le caramel est bien fluide, chacune en lance une grande louchée sur un grand miroir où elle s'étale en plaque translucide ; pendant toute la fin de la nuit, les plaques ainsi déposées par les pâtissières vont sécher, se gonfler, se charger de bulles et prendre des formes particulières, selon l'humeur et les désirs des jeunes filles qui les ont créées. Pendant ce processus, ramasseurs d'écume et pâtissières, en commun, construisent des cages en bois de coudrier un peu plus haut encore sur la plage.
Quand plaques d'écume de mer et plaques de caramel sont sèches, on compare l'effet obtenu et on regroupe par paires les plaques dont des détails se superposent absolument. Il y en a toujours qui forment ainsi des couples. Jeunes pâtissières et ramasseurs d'écumes s'apparient ainsi et se tiennent main dans la main devant leurs plaques réunies.
Alors interviennent les verriers. Toute la journée suivante, reproduisant les dessins des plaques dans la pâte de verre, ils soufflent pour chaque couple cinq plaques de verre dans lesquelles se retrouvent superposés les désirs de chaque ramasseur d'écume et de chaque pâtissière. Une fois les plaques de verre obtenues, au soleil couchant, chaque couple s'allonge dans la cage qui lui est dévolue et on fixe sur les charpentes de bois de coudrier les quatre plaques de verre des murs, et la plaque de verre du toit. Il s'agit de verre couleur d'ambre, où se retrouvent tous les motifs des désirs figés dans l'écume des hommes et le caramel des femmes. Pendant toute la lunaison suivante, les couples se feront l'amour dans ces cages de verre coloré, et sur leur peau nue l'image des motifs des plaques de verre projetée par le soleil le jour, par la lune la nuit, s'imprime fugacement. Le sol est recouvert d'une membrane enduite de gélatine de veau. Sur cette membrane, l'image projetée des corps et des motifs des désirs se fixe.
A la fin de la lunaison, lorsque les amants s'échappent des cages et s'éloignent main dans la main le long du littoral, intervient Jean-Pierre Paraggio. Muni d'un petit pinceau, il reprend quelques détails des motifs imprimés sur les membranes abandonnées, estompe ici, renforce là. Voici enfin percé le secret de son œuvre.
Sur ce fragment, une huître joue de la guitare."

(Régis Gayraud)

"Je vois un singe aztèque, un animal savant et moqueur qui porterait la coiffe des civilisations perdues. Quelque chose comme l'ironie des mondes enfouis."

(Laurent Albarracin)

"Un maraudeur, le ventre plein de fils de pêche, d'écrous et d'épingles à linge, se laisse envahir par la moisissure au sortir de la nuit."

(Darnish)

"Comme cette œuvre me semble faite d'objets métalliques, je dirais que c'est un automate oiseau escargot perché sur son nid en train de nourrir son petit."

(Voilesdoiseaux)

"Il me fait penser au Château Ambulant, l’œuvre si forte de Miyazaki inspirée du roman "le Château de Hurle" de Dianna Wynne-Jones. Un château ambulant qui aurait une tête et un corps germés sur l'édifice primitif (mais il me semble me rappeler que le château de Miyazaki a en effet bien une tête...). Corps et tête très semblables à ceux de quelque soudard, quelque reître du Moyen-Age. Son armure est tatouée des mille déchets dans lesquels il s'est roulé au cours de ses combats. Et comme le château dont il est le prolongement, il avance en brinquebalant à travers la campagne, dans les ténèbres, guidé par une pauvre petite étoile qui brille au firmament, constamment en butte aux risques d'un démantèlement, d'une démantibulation de ses vis, écrous, plaques de métal mal attachés, le tout grinçant dans des bruits crispant de fer rouillé frotté sans huile depuis des lustres. En son cœur dort encore et toujours Calcifer, son feu secret qui le maintient en vie, et qui supplie la jeune-vieille Sophie: "Sophiiiie, attention! Mon feu s'éteiiiint...!" "

(Le Sciapode)

"Les rouages d'un hibou prolifèrent sous l'écorce de la nuit."

(David N.)

"Elle tend le cou, le tend pour essayer de se débarrasser de ce masque qui l'empêche de respirer... Sans mains c'est difficile de se libérer... Sans doute voudrait-elle hurler à la lune... mais les pièces, les rouages, les vis empêchent les cris de sortir de sa gorge... Combien sont-elles à souffrir ainsi...?"

(Claudine)

"Le chien hurle entre chien et loup une caresse douce à l'oreille d'une fraise sauvage des bois. La lune monte pendant ce temps sur la table du ciel en bois. J'ai traversé à cheval le miroir intime des dures relations humaines. Le loup a tué le chien. J'ai ouvert un livre sans images et sans mots. Je me suis assis sous la lune pour attendre le lever du soleil...."

(J.Guirao)

"C'est une omoplate, celle d'une femme très mince, voire maigre, un peu osseuse, une de ces femmes tellement émouvantes, dont le corps ne semble qu'une ébauche façonnée pour en agrémenter les orifices offerts au plaisir. Décharnée, celle-ci n'a que la peau tendue sur des épaules qui passeraient pour enfantines, s'il n'y avait pas ces excroissances, ces calcifications, ces tumeurs."

(Isabelle Molitor)

02/08/2014

Info-miettes (24): expos tour de France avec un détour par la Suisse

Musée de la Création Franche à Bègles (Gironde)

     Pendant l'été, jusqu'au 7 septembre, se tient à Bègles l'exposition "Côtes Ouest" qui confronte huit créateurs français et espagnols et huit créateurs américains de la côte californienne. Il semble qu'il s'agisse de confronter les travaux produits dans des ateliers ouverts où il y a du passage, et où l'intimité peut de ce fait être relative, et les œuvres créées dans des espaces plus secrets par des individus isolés. Les noms des créateurs exposés sont sur l'affiche. "Cako" Boussion râle parce qu'il aurait pu en faire partie, vu qu'il est originaire de la côte ouest française, C'est un Basque, Cako.

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Musée des Arts Buissonniers, Saint-Sever-du-Moustier

    Les Arts Buissonniers y vont aussi de leur expo estivale. en plus, ils ont un étage de plus pour la collection permanente, avec un espace dévolu aux boîtes coquillées de Paul Amar. C'est depuis le 12 juillet et cela dure jusqu'au 1er novembre. Saint-Sever c'est tout près de St-Affrique, dans l'Aveyron, pas loin de l'Aude, à côté des monts de Lacaune. Il y aura entre autres Patrick Chapelière, Sylvain Corentin, Anaïs Eychenne,Chris Hipkiss, l'incontournable Joël Lorand, Jean Tourlionas...

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Anaïs Eychenne au Musée des Arts Buissonniers

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Solange Knopf exposée à Paris

     Enfin une occasion pour les Parisiens de voir en réalité les travaux de l'excellentissime Solange Knopf qui, grâce à la galerie Polysémie (de Marseille) qui a loué l'espace, va exposer à partir du 30 septembre jusqu'au 5 octobre à la Galerie B&B (6 bis, rue des Récollets, à côté du Canal St-Martin, près du Square Villemin pour ceux qui connaissent Paris). Elle sera avec un certain H.Ripley, pas connu de moi, mais qui a l'air intéressant. Mais je préfère ici dire mon plaisir de pouvoir découvrir en vrai les œuvres enchantées de Knopf.SK Femmes n°7, 2012, crayons de couleur, 182x7cm.jpg

Ci-contre Solange Knopf, Femmes n°7, 2012, crayons de couleur, 182x7cm, Galerie Cavin-Morris (à New-York) ; cette œuvre ne sera pas à Paris

 

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Solange Knopf, ce dessin sera lui par contre à l'expo de Paris

 

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Collection de l'Art Brut, Lausanne, fin de règne

     A Lausanne, un tournant serait-il pris dans la politique à la fois d'acquisition de la Collection et de gestion de son personnel ? Lucienne Peiry, après avoir été conservatrice de la Collection pendant treize ans, et avoir été nommée ensuite directrice des relations internationales, vient de se voir remerciée par le syndic de Lausanne, Daniel Brélaz, qui paraît lui reprocher trop d'acquisitions, et de plus menées trop loin de l'Europe... La Collection croulerait sous les acquisitions? Eh bien tant mieux! L'art brut existe dans le monde entier, il a un côté universel donc, c'est un fait. Il semble que ce responsable lausannois ne veuille pas de l'idée d'un agrandissement des collections, au prétexte que la ville aurait des petits moyens économiques. Quel esprit étriqué! Pourquoi, chers amis helvétiques, devant un si patent manque d'ambitions, ne pas réfléchir dès lors à un transfert des collections vers un autre endroit plus vaste et une ville plus audacieuse? Gageons en tout  cas que Lucienne Peiry saura réagir et rebondir dans un autre cercle pour continuer à nous faire part de ses recherches.

 

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Affiche de l'expo de la CAB avec Gustav Mesmer et ses engins volants bricolés

 

    Actuellement, on peut voir à la Collection la dernière exposition montée par Lucienne Peiry, la bien nommée "L'Art Brut dans le monde" (qui a fait l'objet d'un magnifique catalogue ; du 6 juin au 2 novembre) où l'on peut découvrir plein de nouveaux venus, et une autre expo sur "Joseph Baqué", l'homme des monstres merveilleux dont j'ai déjà parlé ici (du 6 juillet au 26 octobre).

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Le Musée du Veinazès expose les dessins de René Delrieu

    Les curieux avaient peut-être remarqué les dessins naïfs de Delrieu à la récente exposition Recoins dans la galerie de la Halle Saint-Pierre. C'est un créateur dont j'ai déjà eu également à causer sur ce blog. Le musée du Veinazès de Bernard Coste qui a mis à l'abri plusieurs de ces œuvres et qui l'expose souvent a décidé cet été, du 14 juillet au 28 septembre, de présenter l'intégrale des dix dessins conservés par lui, graphismes qualifiés à juste titre par lui de "petit trésor cantalien", faisant écho aux sculptures métalliques que le musée conserve également par ailleurs. Vous aviez deviné ce musée, c'est dans le Cantal.

 

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René Delrieu, Labour et maréchalerie, coll. Musée du Veinazès

 

 

01/08/2014

Ex-voto et topographie prédestinante?

     Je vais avec cette note lier deux dossiers que j'alimente régulièrement, les ex-voto et les noms prédestinants. Je ne me souviens plus quel correspondant (sans doute Régis Gayraud?) m'avait signalé qu'à son avis les noms de lieux pouvaient aussi avoir une influence prédestinante sur les individus. L'exemple que j'apporte ci-dessous apportera peut-être de l'eau à ce moulin.

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Photo Bruno Montpied, Caracassonne, 2014

    On se balade dans une rue de Carcassonne, en dessous de la fameuse Citadelle, avec deux de mes collaborateurs, et tout à coup on s'arrête intrigué devant le Christ encagé que l'on aperçoit à gauche de la rue, non seulement encagé mais aussi encastré dans le mur. Deux grosses bougies, et un panneau complètent la niche. Sur ce dernier est inscrit que le dispositif a été installé en "remerciements pour un accident évité", et c'est daté de 1949. Bon, c'est curieux, et peu fréquent une niche ex-voto dans la rue, mais ce qui se révèle beaucoup plus drôle, c'est le nom de la rue qui se révèle tout à coup sous nos yeux...

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Ex-voto rue de la Gaffe, Carcassonne, ph. BM, 2014

    Cependant, reste à savoir si le nom de la rue est plus ancien que l'accident évité. Et si oui, quelle gaffe a pu influer sur l'accident heureusement évité?

25/07/2014

Chaîne de métamorphose

    Suite à l'expo "La Chasse à l'objet du désir" qui s'est tenue en juin à Montréal, j'ai reçu une proposition de participation à une chaîne de création interminable où il s'agit de transformer, au départ, une gravure ancienne représentant la coupe d'un cerveau, de participant en participant en une métamorphose continue. C'est David Nadeau qui a lancé ce projet et qui s'en fait l'écho sur un blog créé tout exprès, appelé La Vertèbre et le Rossignol, sous-titré "Expérimentations surréalistes". On clique ICI (je mets le lien en capitales pour les Clermontois myopes). On vous y dira tout ce que vous voulez savoir pour participer à votre tour au jeu des re-créations infinies.

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La coupe du cerveau, l'image initiale envoyée par David Nadeau

 

    Curieusement, David Nadeau a déjà décomposé les interventions en deux séries. Du coup on obtient plusieurs chaînes. Vous choisissez celle que vous voulez (peut-être même que vous pouvez participer à toutes). Moi de mon côté, après avoir renvoyé mon intervention (visible sur le blog en question), j'ai continué en solo à interpréter le cerveau découpé afin d'en tirer une œuvre finie, une modification. Avis aux amateurs de cadavres exquis donc...

24/07/2014

Une signalétique pour une pratique populaire peu connue, les rassègues...

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Insolite panneau de stop au coin d'une rue à Port-la-Nouvelle, 2014

    Etrange mot n'est-ce pas? Mais il n'est étrange qu'en dehors de Port-la-Nouvelle dans l'Aude, où ce terme dérivé de l'occitan désigne la scie... Dans la région le mot est familier, et sert à désigner les discussions à n'en plus finir où l'on scie le même sujet, en long, en large, et en travers, le malaxant dans tous les sens et finissant par le débiter en tranches bien souvent... Le bavardage en somme, à perte de vue, et pratiqué presque comme un sport régional.

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Port-la-Nouvelle, 2014

    Au coin de cette rue, tout près de l'Hôtel du Port, bien sympathique halte et estaminet, la scie clouée au panneau de stop désigne un lieu où plusieurs se rassemblent régulièrement pour ces "parties" de rassègue à n'en plus finir. D'où l'insolite panneau de circulation. Où, plus que les autos, ce sont les piétons qui stoppent longuement.

21/07/2014

Portrait brouillé à la Pointe Courte

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L'adolescence, photo Bruno Montpied, Sète, 2014

18/07/2014

L'OR AUX 13 ILES, pour un numéro 3 au cœur de l'été, on souscrit!

     C'est pas une date dira-t-on pour sortir une revue, surtout quand on l'attend depuis un bail... Jean-Christophe Belotti, son animateur, se moque de ce genre de problématique car il compte sur le bouche à oreille, sur le réseau des lecteurs qui avaient déjà repéré les deux numéros précédents. Et puis, il sera toujours temps de le faire connaître par les librairies à la rentrée. Et puis encore, la revue est tellement intéressante que peu importe le moment où on la sort...

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La couverture du nouveau numéro de L'Or aux 13 îles

      Pour ceux qui n'ont pas déconnecté de leurs petits écrans internet en ce mois de juillet, j'annonce donc la parution de ce troisième opus de cette revue toujours aussi soigneusement présentée (elle est à l'impression pour le moment). La couverture du numéro est peut-être la plus belle des trois parues. Pour souscrire, il faut cliquer sur ce lien au bout duquel vous trouverez un bon de commande avec quelques pages de la revue reproduites en vignettes. Pour ceux qui ne connaissent pas -ou ne voient pas j'en connais, du côté de Clermont-Ferrand...-  ce que j'appelle un lien, ils pourront toujours écrire à l'adresse de la revue: Jean-Christophe Belotti, 7, rue de la Houzelle, 77250 Veneux-les-Sablons en envoyant un chèque de 22€ + 4,50€ de frais de port (pour le numéro 3 ; mais on peut aussi acheter les deux numéros précédents: 30 €+ 4,50 de frais pour les deux). Et ils pourront aussi consulter le sommaire que la revue nous a gentiment communiqué:

 

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L'Or aux 13 îles n° 3, le sommaire ; l’œil dans l'oreille c'est peut-être pour souligner le rapport à la musique qui s'est invité dans ce numéro à travers deux contributions, dont un CD qui est joint au numéro

     On notera l'importance du dossier consacré à Alan Glass, surréaliste créateur entre autres de poèmes-objets qui vivait au Mexique, ami de Léonora Carrington, dont des dessins furent publiés en leur temps par André Breton et Benjamin Péret et qui a fait l'objet d'un film d'art dans la collection de documentaires sur des artistes surréalistes de la série Phares Seven Doc.

     Ce numéro contient aussi des contributions de Joël Gayraud et de Mauro Placi (des habitués des commentaires de ce blog), un scénario inédit, Les Insectes, de Jan Svankmajer, et divers compte-rendus consacrés à d'importantes publications parues ces derniers mois (sur l'univers de Svankmajer, sur Krizek, sur Laurent Albarracin, et sur Stanislas Rodanski).

 

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Deux pages de la revue consacrées au début du texte de Bruno Montpied sur "Les Bouteilles Malicieuses des époux Beynet"

 

       Enfin, je ne peux passer sous silence ma propre contribution visant à dévoiler quelque peu l’œuvre atypique et naïvo-brute de deux autodidactes auvergnats, les époux Beynet, qui dans les années 80 de l'autre siècle produisirent en secret, pour leur plaisir intime, près de deux cent bouteilles peintes sur leurs pourtours de saynètes drolatiques. Je suis très fier de cette découverte faite à un moment où les bouteilles en question étaient sur le point d'être dispersées. J'en ai ainsi récupéré près d'une centaine que l'on voit ci-dessous, en partie, accrochées à mes plafonds, dans un dispositif qui ressemble à celui qu'adoptaient chez eux dans leur musée secret à Auzat-sur-Allier les Beynet:

 

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Louis et Céline Beynet, 9 bouteilles peintes, coll. et ph. Bruno Montpied, 2014

 

   Une fois la période de souscription passée, je suppose qu'on pourra trouver la revue à Paris à la librairie de la Halle St-Pierre par exemple.

      

10/07/2014

"Il était une fois l'art brut"

     Le Collectif de Réflexion autour de l'art Brut (CRaB) monte actuellement une exposition qui vise à démystifier un certain nombre de clichés relatifs à l'interprétation chez de nombreux observateurs quant à ce que peut être l'art brut et ce qui s'y joue. Cela se passe dans  les locaux d'Art et Marges à Bruxelles du 13 juin au 10 octobre 2014.

 

art et marges,crab,il était une fois l'art brut

Affiche de l'expo reflétant la couverture du catalogue avec les mêmes petits carrés aquarellés fadasses réalisés pour l'expo par un artiste contemporain

 

     Le sous-titre donne un peu la clé du projet: "fictions des origines de l'art". A-t-on affaire avec l'art brut avec un corpus d’œuvres qui mettraient en pleine lumière un art originel (cela me rappelle que certains dans les années 80 (Jean Revol par exemple?) avec l'art des handicapés mentaux avaient parlé à leur propos "d'art originaire")? Les auteurs du CRaB ne le pensent pas. Ils récusent de contribution en contribution au fil du catalogue les différents amalgames que l'on voit périodiquement se construire et se reconstruire à propos de l'art brut, associé et confondu par exemple avec l'art des enfants ou l'art primitif, instinctuel. Le mot de primitif est par ailleurs jugé raciste par Baptiste Brun.

      L'exposition est paraît-il, si je suis les propos de Déborah Couette et Céline Delavaux qui signent l'avant-propos du catalogue, organisée de façon à camper visuellement, avec des couleurs (rose bonbon pour les œuvres qu'on pourrait associer à l'enfance, noir charbon pour les œuvres qu'on rapproche de l'art dit primitif, "vert sauvage" pour les œuvres avec des matériaux naturels...) les différents amalgames que les divers critiques pratiquent à l'égard d'un art brut qui doit selon les auteurs garder sa fonction d'affoleur et de questionneur (elles soulignent qu'elles ne veulent pas tomber dans le piège qui consisterait à le définir, elles reprennent ainsi la fameuse sortie de Dubuffet qui consistait à dire - je cite de mémoire : "L'art brut, c'est l'art brut et tout le monde a très bien compris").

     Bon, mais le lecteur reste tout de même un peu sur sa faim à suivre toutes ces remises en cause (qui me font penser par association d'idées aux exégèses multiples qui ont suivi le surréalisme surtout à partir des années 90 et qui pour la plupart, diverses et gloseuses dans des sens contradictoires, ont fini par brouiller entièrement le message initial). Sans compter que ce même lecteur ne se retrouve pas forcément dans la maquette du catalogue de l'expo assez laid et austère d'où le principe de plaisir semble avoir été banni (et que dire de cet artiste contemporain appelé "Messieurs Delmotte" avec ses photos campant une sorte de grand dadais jouant à dada réchauffé sans aucune force subversive, juste creux?). Et puis tous les contributeurs du CRaB ne semblent pas forcément vouloir laisser le lecteur devant un art brut seulement proposé comme indéfinissable (pourquoi pas indicible pendant qu'on y est?), éternelle savonnette échappant des mains.

   Vincent Capt, à la fin de son texte, ressemblant à un plaidoyer structuraliste, débouche sur un art brut qui serait selon lui surtout une "manière", un nouveau logos et non pas le reflet d'une intériorité psychologique exprimée d'une façon immédiate. Sur cette notion d'immédiateté, sans être moi-même capable de beaucoup théoriser sur le sujet, il me semble que la notion ne peut se réduire seulement au "reflet de l'intériorité la plus profonde" du créateur en train d'exprimer directement dans son art ce que Dubuffet appelait ses "mouvements d'humeur". Les humeurs d'un individu voulant les exprimer dans une forme qui les traduirait le plus directement possible peuvent très bien comprendre ses pensées conscientes, donc pas forcément enfouies (inconscientes) comme celles de son ressenti inconscient. Il y a là il me semble une volonté, et plus qu'une volonté, un désir, de chercher à traduire tout le ressenti d'un vécu dans une forme des plus immédiatement perceptibles par l'autre, tentative qui vise à fondre l'art avec la vie qui ne paraît pas du tout intéresser Vincent Capt.

    Roberta Trapani de son côté si elle aussi, dans un premier mouvement de son texte présente l'art brut comme une "bête" que les marchands, les commissaires d'exposition, les critiques, les collectionneurs et autres agents de la culture cherchent actuellement  à domestiquer en l'attachant à un piquet, dans un second temps se révèle comme indécise devant la constatation du développement intense du marché de l'art se livrant avec l'intégration de l'art brut dans le spectacle de l'art contemporain à une marchandisation de la sensibilité.

    A noter que le catalogue, tandis que les sites web du CRaB et d'Art et Marges de leur côté n'en montrent aucune, propose des reproductions d’œuvres montrées sans grand soin et sans volonté de surprendre le lecteur. Là aussi c'est une certaine austérité peu alléchante qui prévaut.   

07/07/2014

Une hypothèse inédite que je formule au sujet de certaines sculptures de l'ermite de Rothéneuf

     Voici donc l'été des vacances, l'époque de transhumance (enfin, pour les plus chanceux d'entre nous parce que l'étau du travail se resserre de plus en plus, même sur ceux qui n'en ont pas, en chercher, ou simplement survivre étant une autre forme d'aliénation). Et donc, pour ceux qui partent, si vous allez du côté de Rothéneuf, à côté de St-Malo, allez donc regarder de plus près ce qui subsiste des sculptures de l'abbé Fouré.

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Abbé Fouré en pose sculpteur, vers 1908? Coll. BM

     Le temps passant, on le sait, les roches sculptées il y a plus d'un siècle à présent (de 1894 à 1908) s'estompent toujours plus, certaines ayant disparu depuis longtemps (voir carte ci-dessous).

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Sur cette carte colorisée, on aperçoit de dos des statues de Bretonnes, épouses fouillant du regard l'horizon dans l'attente du retour de leurs maris marins ; les deux femmes représentées en pied et peintes en blanc (l'abbé on le sait peignait ses statues) ont aujourd'hui disparu, sans qu'on sache exactement à quelle époque ; on notera cependant leurs emplacements, en hauteur, disposées qu'elles sont sur des sortes de socles de roches faisant piédestal ; coll. BM

    C'est pourquoi les touristes qui passent ayant de plus en plus de mal à discerner les sculptures, chaque jour qui passe les ayant passablement érodées, et confondu avec le commun des autres roches de la falaise, les touristes se concentrent logiquement sur ce qu'ils peuvent plus facilement voir, certaines têtes restées nettement visibles et comme placées en évidence, trois en particulier, une de forme triangulaire avec son menton en pointe de botte, une avec un bonnet de marin à moins que ce ne soit d'un lutin (nain de mer au lieu de nain de jardin?), et une autre belle tête de vieux loup de mer, barbu.

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Abbé Fouré, tête de profil triangulaire, ph. Bruno Montpied, 2010

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Abbé Fouré, l'homme au bonnet (de marin ou de lutin), ph.BM, 2010

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Abbé Fouré, le barbu les yeux clos (?), ph. BM, 2010

 

    Ces trois-là sont de la belle sculpture savante, taillée avec maestria et inspiration. Justement... Tout à coup, depuis quelque temps, cela me rend perplexe. Si les autres sculptures, correctement déchiffrables sur les anciennes cartes des années 1900 et parfois encore aujourd'hui ici ou là, montrent que l'abbé parvenait dans son art à un certain réalisme puissant, appuyé toujours sur la forme naturelle donnée au départ par la roche brute, ces trois sculptures-là sont d'un style plus affirmé, infiniment moins rognoneux que les autres, plus rondes généralement (il paraît que Raymond Humbert, le fondateur du musée d'art populaire de Laduz, trouvait ces formes assez analogues à des étrons, que l'on me pardonne cette digression peu romantique). Et puis, autre argument qui accentue ma perplexité parce que plus frappant, on ne les voit apparaître sur aucune carte éditée du vivant de l'abbé (et même après, dans les années 20-30)...

     Alors? Qu'est-ce à dire? Ne serait-ce pas qu'elles sont "arrivées" sur le site à une époque bien ultérieure, dans la seconde moitié du XXe siècle, après la seconde guerre, de façon posthume donc, transportées là par l'exploitant des rochers de l'époque qui reprenait l'exploitation des Rochers après l'occupation de Rothéneuf par les Allemands, le fameux Henri Brébion, auteur d'une brochure appelée "la Légende des Rochers Sculptés" où il se livre à des interprétations fantaisistes purement subjectives (reprises ensuite à l'envi par tant de plumitifs peu rigoureux jusqu'à nos jours) sur une histoire de famille de corsaires qu'aurait voulu représenter l'abbé dans ces rochers? Il aurait pu, de même que dans ses "légendes", dans l'agencement des sculptures sur le site originel, se livrer à des modifications en voulant "l'améliorer"...? Si mon hypothèse se révélait fondée, il faudrait alors s'interroger sur celui qui a réellement sculpté ces trois pièces. Est-ce bien l'abbé lui-même qui les aurait stockées à part? Dans ce cas, où étaient cachées ces sculptures que l'on ne voit ni sur les cartes des rochers début 1900 ni sur les cartes montrant l'intérieur du musée de l'ermite dans le bourg? Est-il possible d'imaginer que l'abbé les a sculptées à part et planquées, remisées sans jamais les laisser se faire photographier? Connaissant son goût de la communication via les éditeurs de cartes postales (il en existerait environ 400 paraît-il), cela paraît curieux à tout le moins, d'autant que ces sculptures paraissent les plus belles parmi celles qu'il a faites (trop belles?). On notera enfin qu'elles occupent aujourd'hui une position en hauteur, ou à tout le moins des emplacements situés de façon à bien les voir, comme si elles avaient été destinées à remplacer les statues des femmes bretonnes en train de guetter disparues à un moment donné (vol? Déplacement? Destruction?).

     Peut-on imaginer que ces trois têtes sculptées soient le résultat d'une manipulation restée inaperçue, et qu'elles soient en bref dues au ciseau d'un autre sculpteur? Je lance l'hypothèse...

30/06/2014

Mille et une nuits, mille et une notes, le merveilleux immédiat!

     Vous l'avez deviné, le mot mystère était le mot MILLE. Car la note précédente de ce même 30 juin 2014 était la millième note de ce blog commencé le 5 juin 2007 (avec, à l'heure où j'écris ces mots, 3152 commentaires)!

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  Et celle que vous lisez présentement est par conséquent la mille et unième note. Me voici donc parti pour le prochain millier. Mais je vais aller d'abord souffler mes mille bougies. En vous envoyant...

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Un mot mystère...

    Bonjour chers amis fidèles de ce blog et bienvenue aux petits nouveaux. A l'orée de ce nouvel été et après sept années de blog, je propose un nouveau petit jeu qui me paraît extrêmement facile. A gagner quelques numéros épars de la revue Création Franche qui va sortir incessamment sous peu son quarantième numéro. C'est ma façon de souhaiter à cette publication et à sa magnifique longévité bon anniversaire (ont-ils prévu quelque chose du côté de Bègles, une teuf d'enfer? Je n'ai point de nouvelles de ce côté-là...).

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1

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    C'est d'une simplicité biblique. Il suffit de relier les différentes images-énigmes que je propose tout autour de cette note par le mot qui leur fait un point commun... point commun que ce blog lui-même partage avec elles aujourd'hui. Je n'en dis pas plus. La note suivante fera toute la lumière nécessaire. Attention, va falloir répondre rapidement, étant donné la facilité du jeu (Roberta, malheureusement, tu ne peux pas jouer, désolé...).

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3

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4

    Quel est donc le point commun entre les images qui émaillent cette note? Celui ou celle qui trouve seulement le mot-point commun gagne un numéro de Création Franche, celui ou celle qui trouve la signification de chaque image (qui permet de trouver le mot caché) gagne tous les numéros de Création Franche dont je dispose en double, trois ou quatre en fait). Top, c'est parti...

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28/06/2014

L'heure de reconnaître Angel Tribaldos a sonné

     Oui? Vraiment? Ce n'est pas une petite note, la plus claironnante soit-elle, je ne me fais pas d'illusions, qui fera la notoriété de ce peintre presque totalement inconnu hors de Belgique, tandis qu'en Belgique déjà sa gloire est restée fortement limitée (n'est-il pas, même, aujourd'hui, en voie d'être complètement oublié?). Et pourtant, si l'on pouvait changer le destin... Pourquoi ne pas tenter la chose?

 

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Angel Tribaldos posant à côté d'une de ses peintures, représentant, semble-t-il, une guerre de gangs, vers 1982

 

     Angel Tribaldos –c'est le nom de notre héros– ne tenait pas à laisser partir ses peintures, il lui arrivait même, lorsque d'aventure il avait pu céder une pièce à la demande de certain collectionneur, d'aller retrouver l'acquéreur pour lui racheter l’œuvre en payant le double du prix qui lui avait été consenti durant l'exposition. C'est qu'il y était fortement attaché, tout en pensant –il l'affirma plus d'une fois à ses enfants– que "plus tard elles vaudraient cher", et que par conséquent il fallait les garder dans le giron familial. Ce qui est paradoxal. En effet, pour qu'une œuvre fasse un peu parler d'elle, qu'elle prenne une valeur, il faut qu'elle ait d'abord un minimum circulé et qu'on l'ait vue. Or, en l'espèce, Monsieur Tribaldos n'exposa que fort peu et encore dans des cadres plutôt alternatifs en pays wallon (il exposa un peu aussi en Espagne, à Madrid). Comment voulez-vous que dans ces conditions on ait pu faire attention suffisamment à cette œuvre et surtout de façon pérenne? Je dois à Jean-Louis Clément, ancien galeriste, essayiste et peintre visionnaire, la découverte de la peinture fort émerveillante de cet autodidacte imaginiste dont l’œuvre se situe aux frontières du surréalisme naïf et de l'art brut.

 

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Angel Tribaldos, peinture au titre que je n'ai pas eu le temps de relever ; il semble que figure parmi les divers personnages se carambolant sur ce carrelage un portrait d'Elvis Presley, 1983, ph. Bruno Montpied, 2014

      Il habitait dans la région de Liège, où il arriva d'Espagne en 1957. Il était né en 1929, et disparut en 1998 (je ne suis pas sûr de l'exactitude de cette année). Il plaçait sa peinture dans la lignée de Magritte et de E.Peeters, un surréaliste flamand. Il faut remarquer que la présence proche de nombreux surréalistes en Wallonie et en Flandre, leur sensibilité marquée (davantage peut-être qu'en France) pour les productions des autodidactes populaires, pourraient expliquer l'essor d'une peinture naïve de type plus imaginiste en Belgique. Tribaldos peut du coup être associé à d'autres peintres manifestant une sorte de surréalisme spontané, comme par exemple le Croate Matija Skurjeni que défendit le surréaliste Radovan Ivsic en France et en Croatie. On pourrait le rapprocher aussi d'autres peintres visionnaires comme Salvatore Bonura, dit "Sabo" en Sicile dont les personnages imbriqués les uns dans les autres rappellent ceux de Tribaldos.

 

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Sabo, L'escluso, huile sur toile, collection de l'art brut, Lausanne extrait du livre d'Eva Di Stefano, Irregolari, Art brut e outsider art in Sicilia

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Angel Tribaldos, titre indéterminé, date indéterminée, ph BM, 2014

 

    En effet, la marque de fabrique des peintures de Tribaldos c'est le côté arcimboldesque de ses compositions. On sent dans plusieurs de ses œuvres (celles que j'ai pu photographier à la volée alors que sa famille déménageait sa maison, sa veuve ayant disparu en ce début d'année 2014) un désir de laisser l'inconscient proposer des figures d'animaux et d'êtres humains mélangés au sein de sujets au départ plutôt réalistes. C'est comme si l'auteur laissait proliférer dans des peintures de genre (portraits, natures mortes, paysages) des formes n'ayant rien à voir avec le sujet initial, s'imbriquant les unes dans les autres, rampant parfois sur les jambes et les bras des personnages du premier plan. Que Tribaldos ait connu l'art d'Arcimboldo ne fait pour moi aucun doute. J'ai du reste pu photographier une œuvre de lui qui y fait référence de façon nette. C'est un visage entièrement constitué de figures d'animaux et d'hommes, exactement comme dans le cas d'Arcimboldo avec ses portraits symboliques de saisons.

 

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Angel Tribaldos, sans titre, 41x31 cm, 1994

 

 

      Plusieurs de ses tableaux, les plus originaux et inventifs à mes yeux, font ainsi se percuter des formes sans référence à la réalité visuelle et des formes tirées de l'observation de la réalité. Quelquefois il ne dédaignait pas non plus de reprendre des tableaux connus de l'histoire de l'art (Greuze, Murillo) et de les truffer de visages ou de museaux proliférant sur les corps des personnages. Les copies s'élevaient du coup au statut de détournements malicieux.

 

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Angel Tribaldos, d'après les Deux Mendiants de Murillo, les personnages couverts de figures rampant sur eux comme autant d'invités imprévus..., 1994

 

 

     Des sortes de mandalas ou de kaléidoscopes peuvent surgir sans coup férir au milieu d'un paysage. Ce genre de métissage des espaces visuels est fortement séduisant, et remet en cause la stricte séparation des genres picturaux. Il est très possible qu'Angel Tribaldos était conscient de son originalité, c'est ce qui s'exprimait peut-être lorsqu'il disait à ses proches que "plus tard ses tableaux vaudraient cher"...

 

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Angel Tribaldos, une de ses plus grandes œuvres, un paysage de bord de mer dominé par deux licornes, datée de 1982, environ 200x200cm

 

    Hélas, que vont devenir ces tableaux conservés par sa veuve durant une quinzaine d'années? La famille, nombreuse, annonce qu'elle veut les conserver, mais n'a pas forcément les ressources pour les stocker. Des musées ou des collections publiques seraient bien inspirées de se manifester pour en acquérir et ainsi sauver ce patrimoine visionnaire unique.

 

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Angel Tribaldos, titre non déterminé, 1984

 

23/06/2014

"Sous le vent de l'art brut 2", sous le vent, oui, mais pas forcément pour autant tous "bruts"

     La Halle Saint-Pierre a confié sa communication à une agence (Pierre Laporte Communication) pour sa prochaine grande exposition prévue à la rentrée de septembre (à partir du 17 septembre exactement, et devant durer jusqu'au 17 janvier 2015). On commence à recevoir dans les boîtes e-mail un laïus à ce sujet, ce qui est peut-être un peu tôt, mais c'est sans doute pour prévenir le grand "oublioir" de la période estivale qui s'annonce à grands pas....

 

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      Ce sera pour moi l'occasion de revenir étrenner les cimaises de la Halle, dans ses deux grands espaces pour expositions principales du rez-de-chaussée (la zone noire) et du premier étage, où, présenté par deux petites toiles à ce dernier niveau du reste, je n'étais pas revenu depuis l'expo "Art Brut et cie" de 1995-1996 (où j'étais exposé dans la section consacrée à la Création Franche). Cette fois, on m'exposera une douzaine de peintures et dessins, dans le cadre de cette manifestation destinée à faire mieux connaître la collection néerlandaise "De Stadshof", autrefois présentée à Zwolle en Hollande et dorénavant hébergée depuis 2002) au Muséum du Dr. Guislain à Gand, animée aujourd'hui par Liesbeth Reith et Frans Smolders (après l'avoir été initialement par Ans Van Berkum, nom qui a été "curieusement" oublié dans la présentation de l'agence de com').

 

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Bertus Konkers, maquette sculptée de l'ancien bâtiment qui hébergeait la collection "De Stadshof" à Zwolle aux Pays-Bas donc initialement

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Bruno Montpied, Les fumeurs de pipe, collage, acrylique et stylo sur papier et bois, env. 60x80 cm, 1990 ; ce tableau n'est pas reproduit sur le site internet de la collection De Stadshof mais fait bien partie de la donation que je leur ai consentie dans les années 90 (il ne sera pas exposé à la Halle St-Pierre)

 

    Un site internet, plutôt bien fait, permet de se promener parmi les œuvres des créateurs faisant partie de cette collection. Dont mézigue, qui ai fait une donation de quatre œuvres plutôt anciennes à la collection hollandaise du Stadshof. Tellement anciennes que la directrice de la Halle, Martine Lusardy m'a gentiment proposé d'opérer en quelque sorte une mise à jour de mes travaux apparus bien après cette donation (effectuée dans les années 1990). Dont acte, et ce dont je la remercie publiquement ici.

 

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Bruno Montpied, Bande-toi les yeux pour mieux voir, 24x18cm, encre et mine de plomb sur papier, 2013 (fait partie de la sélection pour "Sous le vent de l'art brut 2")

 

     Cependant, il me faut aussi apporter quelques précisions à propos de la communication actuellement transmise par newsletter par l'agence ci-dessus citée. La collection "De Stadshof" se proclamait autrefois collection "d'art naïf et outsider", ce dernier qualificatif ayant fait place plus récemment sur son site à "art brut". Même si "art outsider", à ce qui se répète souvent, serait l'équivalent dans le monde anglo-saxon du terme "art brut", il faut rappeler que pour les Anglo-saxons (que les Hollandais en l'occurrence imitaient) le mot sert surtout à mixer toutes sortes de corpus et de formes d'expression relevant de différentes catégories, comme l'art naïf, l'art populaire, l'art brut, les environnements populaires spontanés, et les artistes marginaux que l'on aurait plutôt tendance par nos contrées à qualifier "d'artistes singuliers" (terme que je ne dédaigne pas d'employer pour présenter mon propre travail graphique, même s'il me paraît passablement galvaudé par les temps qui courent). Le but principal étant de mettre en lumière une création plastique hors circuit officiel. L'agence Pierre Laporte Communication dans son laïus transmis actuellement par e-mail, dans une envolée généralisatrice, extrêmement discutable de mon point de vue à la fois de créateur et de critique, écrit ceci: « Martine Lusardy, directrice de la Halle de Saint Pierre avec Liesbeth Reith et Frans Smolders, conservateurs de la collection De Stadshof, ont sélectionné 350 oeuvres de 40 artistes emblématiques : peintures, sculptures, dessins, installations, broderies, signées par des figures incontournables de l’art brut (c'est moi qui souligne). »

     Eh bien, JE NE SUIS PAS une "figure incontournable de l'art brut" en ce qui me concerne. Incontournable, en termes d'embonpoint, je ne dis pas, mais en tout cas en ce qui concerne l'art brut, il y aurait malhonnêteté à me présenter ainsi. Et parmi les "40 artistes [toujours ce terme confusionniste] emblématiques", il doit bien y avoir d'autres personnes également peu concernées par ce label que l'on applique décidément trop à la louche par les temps qui courent: par exemple Marie-Rose Lortet, Christine Sefolosha, Philippe Azema, François Burland, Sylvia Katuszewski, Adam Nidzgorski, pour ne citer que ceux dont je connais (et respecte) le travail qui sera donc présent à la Halle Saint-Pierre à l'automne. Ces derniers noms recouvrent plutôt des artistes marginaux, effectivement situables dans une sorte d'orbite autour de l'art brut (orbite passant aussi sans doute autour d'autres corpus comme le surréalisme, le mouvement Cobra, and so on...). Je ne connais pas bien tous les créateurs hollandais présents dans la sélection, mais il y a fort à parier que plusieurs d'entre eux ont aussi à voir avec l'art naïf plutôt qu'avec l'art brut. Mais comme l'épithète "naïf" ne fait plus vendre, n'est-ce pas, on préfère "brut"... Donc, "Pierre Laporte Communication", si vous voulez être pris au sérieux, encore un effort, cernez davantage le champ proposé cet automne à la Halle Saint-Pierre.

 

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Bruno Montpied, Barbu bestial, encre et marqueurs divers sur papier, 21x29,7 cm, 2013 (Œuvre exposée à la Halle Saint-Pierre dans "Sous le Vent de l'Art Brut 2")

    Et pour être complet voici la sélection des artistes et créateurs retenus pour cette exposition d'automne à la Halle St-Pierre (cela fera 350 œuvres exposées):

ACM (France), Yassir AMAZINE  (Etterbeek, Belgique), Anonyme, Philippe AZEMA (France), Okko BOSKER (Pays-Bas), Herman BOSSERT (Pays-Bas), Bonifaci BROS (Espagne), François BURLAND (Suisse), Aaltje DAMMER (Pays-Bas), Siebe Wiemer GLASTRA (Pays-Bas), Martha GRUNENWALDT (Belgique), Lies HUTTING (Pays-Bas), Bertus JONKERS (Pays-Bas), Sylvia KATUSZEWSKI (France), Truus KARDOL (Pays-Bas), Jan KERVEZEE (Indonesia), Saï KIJIMA (Japan), Rosemarie KOCZY (USA), Davood KOOCHAKI (Iran), Marc LAMY (France), Hans LANGNER (Allemagne), Pavel LEONOV (Russie), Marie-Rose LORTET (France), Bonaria MANCA (Italie), Markus MEURER (Allemagne), Bruno MONTPIED (France), Michel NEDJAR (France), Adam NIDZGORSKI (France), Donald PASS (Royaume-Uni), Hans SCHOLZE (Pays-Bas), Christine SEFOLOSHA (Suisse), Joseph SELHORST (Pays-Bas), Paula SLUITER (Pays-Bas), William VAN GENK (Pays-Bas), Henk VEENVLIET  (Pays-Bas), Roy WENZEL (Pays-Bas), Johnson WEREE (Liberia), Karin ZALIN (U.S.A), Anna ZEMANKOVA (République Tchéque).

20/06/2014

La Collection de l'Art Brut à Lausanne fait son cinéma en plein air

    Qui disait que la Collection de l'Art Brut ne montrait les productions de l'art brut que dans le secret du Château de Beaulieu où elle est ouverte au public depuis 1976? A l'occasion d'une soirée unique, au soir du 5  juillet prochain à 22h, la voici qui invite Pierre-Jean Wurtz, l'émérite animateur de l'Association Hors-Champ à Nice, à présenter une soirée "open air", comme elle dit (gagnée elle aussi par la mode des anglicismes), dans ses jardins ouverts pour l'occasion au public. Seront projetés trois films: deux courts documentaires français, "Les tourne-vents d'André Pailloux" d'Andress Alvarez et Philippe Lespinasse (10 minutes, 2014), "Dans la cour du roi Arthur" de Yohann Laffort 11 minutes, 1998) et "L'immortalité en fin de compte", film canadien de Pascale Ferland (81 minutes, 2003). Je n'ai pas vu le premier, consacré pourtant à un créateur que j'ai beaucoup aidé à révéler dans mon livre Eloge des Jardins Anarchiques ainsi que dans le film de Remy Ricordeau, Bricoleurs de paradis (52 min, 2011), à savoir André Pailloux (le flyer consacré à l'annonce de cette soirée lausannoise est du reste illustré d'une de mes photos, très recadrée, montrant le site de Pailloux, une fois de plus métamorphosé, comme cela arrive chaque année, l'auteur le rénovant, le  modifiant, le repeignant régulièrement suite aux aléas climatiques et à l'usure rapide des matériaux).

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Le flyer annonçant la soirée du 5 juillet 2014, photo Bruno Montpied

     Par contre je connais mieux les deux autres, le film de Laffort sur Arthur Vanabelle, dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises dans mon livre là aussi, mais également sur ce blog. C'est un très bon court-métrage, on peut y aller de confiance. Le film de Pascale Ferland, idem. Il est fort agréable à suivre, les trois créateurs présentés à l'intérieur étant tous aussi originaux les uns que les autres, Léonce Durette, Roger Ouelette, Lionel Thériault. Il est assez rare en visionnant un film qu'on puisse autant sentir sur nos fronts passer l'air pur, frais, tonique et venté que l'on imagine souffler en permanence sur les rives du Saint-Laurent, le grand fleuve de mer hanté de bélougas et autres orques.

15/06/2014

Génie savant, génie brut à l'Abbaye d'Auberive

      "Génie", le terme peut paraître un poil excessif en l'occurrence, mais le commissaire de cette exposition qui se tient à l'Abbaye d'Auberive du 8 juin au 28 septembre 2014, Laurent Danchin, s'en sort bien en citant dans le dossier de presse John Ruskin. "On abuse sans doute du mot génie, mais c’est quelque chose qui existe, et cela consiste principalement dans le fait qu’un homme fasse des choses parce qu’il ne peut pas faire autrement –des choses de nature intellectuelle, je veux dire. (...) il y a en moi un instinct puissant, que je suis incapable d’analyser, de dessiner et de décrire les choses que j’aime –non pas pour la gloire, ni pour le bien d’autrui, ni pour mon propre avantage, mais une sorte d’instinct qui est comme celui de boire et de manger." (Oui, je sais, la dernière phrase est grammaticalement bizarroïde)

 

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     Le terme est donc synonyme d'instinct puissant... Bien. Aussi impérieux que l'instinct de boire et de manger, re-bien. La liste des exposants, les œuvres dont le dossier de presse nous donne un aperçu en une pièce à chaque fois, cependant, me convaincrait que s'il y a ici désir de représenter un instinct, qu'il soit savant ou brut (pourquoi pas le parallèle en effet?), il n'y a pas l'assurance que le talent soit toujours au rendez-vous de cette exposition (au titre complet de "Mycélium, génie savant, génie brut" ; Mycélium, c'est aussi le titre du site web animé par Laurent Danchin et Jean-Luc Giraud sur internet). Cependant, comme toujours avec les découvertes ou les créateurs défendus par Laurent Danchin, on doit pouvoir trouver quelques pépites dans ce rassemblement, plus nombreuses même à l'occasion de cette manifestation que dans les cas précédents (je reconnais à Danchin la défense des créateurs Marcel Storr ou Germain Tessier notamment, mais moins celle d'un Chomo qu'avec le temps, ayant pu comparer avec tant d'autres créateurs, j'ai fini par trouver peu original en fin de compte). A l'Abbaye d'Auberive, on peut par exemple admirer Joseph-Emmanuel Boudeau, apparemment actif dans les années 30, dont on ne sait rien de plus que ce qui se trouve inscrit dans deux compositions (le Mont Saint-Michel et le cuirassé Dunkerque) réalisées au crayon et à "l'encre de Chine et de France" comme il l'écrit...

 

 Joseph-Emmanuel Boudaud, Le Mont Saint-Michel, crayon et encre de Chine sur papier, 7x71 cm, 1937

 

        Si de mon côté je reste passablement sur ma faim en redécouvrant les œuvres de l'abbé Coutant, qui ne paraît à chaque fois exposé qu'en raison d'un besoin des commissaires d'expo soit de prouver  leur esprit de tolérance à l'égard des religieux soit de faire un petit discours catho (par exemple dans le dossier de presse Laurent Danchin ne résiste pas au couplet bondieusard en écrivant à propos des créateurs qu'il expose: "C’est cet esprit de soumission à une forme mystérieuse d’irrationnel qui donne à leur démarche son authenticité et tout son sens, et constitue le principal point commun entre des univers, pour le reste strictement individuels. Or revenir au sens et relier des individus, peut-on trouver plus bel objectif à réaliser dans une abbaye ? (c'est moi qui souligne)"), je deviens nettement plus intrigué lorsqu'on évoque le cas de Youen Durand. Né à Lesconil en 1922, handicapé de la jambe gauche, il dirigea la criée du port, faute d'avoir pu devenir marin. En parallèle il faisait de la peinture, naïve, et confectionnait des maquettes et des tableaux de coquillages tout à fait aboutis et raffinés, une trentaine environ, représentant des "scènes typiques de la vie locale, des images exotiques et des thèmes symboliques". A sa mort en 2005, les œuvres furent partagées entre ses descendants, certaines léguées à a commune qui aurait le projet de lui consacrer un petit musée. Une association de ses amis, animée par Mme Marie-Christine Durand (au nom homonyme sans avoir de lien familial), s'est également constituée. Dans l'expo Mycélium, il est mis en parallèle avec Paul Amar, dont j'ai déjà parlé en pointillés à plusieurs reprises sur ce blog. Ce sont tous deux des créateurs spécialistes de la mosaïque de coquillages, mais ils ne sont pas les seuls, que l'on pense par exemple à Hippolyte Massé en Vendée autrefois ou à Yvette et Pierre Darcel et leur environnement de statues couvertes de coquillages dans la région briochine dont j'ai parlé dans Eloge des Jardins anarchiques.

 

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Youen Durand, image tirée du blog Les Grigris de Sophie

 

    Je retiens aussi dans le rassemblement mycéliumien les broderies délicatement poétiques de Jeanne Giraud (j'ai un faible pour les broderies naïves décidément) qui vécut entre 1906 et 1993, produisant à partir de ses 66 ans une centaine d'œuvres.

 

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Broderie de Jeanne Giraud reproduite sur le site de Mycélium

 

      Germain Tessier (1895-1961), ce peintre naïf de Pithiviers, découvert au départ par son voisin le photographe Jean-Paul Vidal (par ailleurs ami de Laurent Danchin), et dont l'oeuvre a été conservée par le fondateur et animateur du Musée des Arts Forains, Jean-Paul Favand, est également du rassemblement Mycélium. L'occasion pour moi de saluer son oeuvre que je trouve effectivement très séduisante. Passant récemment dans le Périgord, j'ai eu l'occasion de tomber chez un collectionneur, Thierry Bucquoy, sur un tableau de Tessier que je crois peu connu.

 

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Germain Tessier, La Foire de Saint-Georges, 1966, coll Thierry Bucquoy ; il y a un côté un peu Dubout chez Tessier

    Sinon à l'Abbaye d'Auberive, on retrouve aussi les mêmes copains artistes de Danchin, comme les Staelens, Joël Lorand, Jean-Michel Chesné, Jano Pesset, Kurhajec, Joaquim Batista Antunes, etc. Le dossier de presse mis en lien ci-dessus permettra à chacun de se faire sa propre opinion. Je n'ai retenu ici que ce qui m'interpellait plus particulièrement.

 

 

11/06/2014

Guylaine, son bestiaire, ses portraits à la galerie Feuillantine

      Exposée naguère à la défunte galerie Nuitdencre du XIe arrondissement (et aussi à l'Inlassable Galerie pour une expo liée à la revue L'Or aux 13 Iles), la voici qui resurgit dans le Ve à la galerie Feuillantine. Auteur de nombreux dessins à l'encre noire, j'avoue que chez Guylaine, pour le peu que j'ai pu voir à travers le petit écran de la Toile, ce que j'aurai tendance à préférer, ce sont les portraits de quelques icônes de notre modernité, André Breton, Alfred Jarry ou ce portrait de Mme Cravan (Mina Loy?) que je reproduis ci-dessous.

Guylaine MmeCravan.jpg

Guylaine, Mme Cravan

     Elle expose à partir du 12 juin et ce jusqu'au 5 juillet dans cette galerie située au bout de la rue Gay-Lussac ("où les rebelles n'avaient que les voitures à brûler", le 10 mai 1968, comme le dit une chanson connue) non loin du parc du Luxembourg. C'est une sorte de figurative poétique d'où l'ingénuité ne s'est pas envolée...

Guylaine carton d'expo 2014.png

10/06/2014

"Bricoleurs de paradis" à télécharger désormais en VOD...

    Je crois l'avoir dit, mon livre Eloge des Jardins Anarchiques, est désormais épuisé. Même la Halle saint-Pierre n'en a plus d'exemplaires. On peut le consulter dans toutes les bonnes bibliothèques qui ont eu la sage idée de le commander... Quant au film qui l'accompagnait en DVD, Bricoleurs de Paradis, de Remy Ricordeau, il est maintenant possible de le télécharger en VOD (Video on demand) si le besoin de le visionner se fait sentir. C'est un système de location que propose le site web de la coopérative Les Mutins de Pangée: http://lesmutins.org/bricoleurs-de-paradis. Sur la page d'accueil de ce site, on trouvera en suppléments gratuits les bonus que contenait le DVD du film, notamment les extraits de l'entretien que je fis en 2010 avec Savine Faupin, la conservatrice en charge de la collection d'art brut du LaM de Villeneuve-d'Ascq, mais aussi quelques images du site aujourd'hui démantelé d'André Hardy en Normandie.

 

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Le lion d'André Hardy, qui a été acquis par le LaM avec quatre autres pièces du jardin, photo Bruno Montpied, 2010

   A signaler aussi que le film sera projeté plus traditionnellement à la Médiathèque Marguerite Yourcenar rue d'Alleray dans le XVe arrondissement le 28 juin à 16h. Il vit sa vie désormais...

 

09/06/2014

Et maintenant le Docteur B..., un autre texte de Jacques Burtin

    On reprend sur les noms prédestinants, qui ne sont pas comme on pourrait le croire de façon superficielle, une façon de se moquer des patronymes insolites de notre part, mais plutôt une autre manière de songer le monde. Jacques Burtin m'a récemment envoyé le texte suivant, deuxième occurrence de ses rapports étonnants avec la gent médicale...

 

Le Docteur B…

      Il y a quelques mois, ma mère a commencé à se plaindre de troubles oculaires. Une tache noire est soudain apparue dans son œil droit. J’ai aussitôt tenté de prendre rendez-vous chez un spécialiste. Comme ma mère ne se déplace qu’avec difficulté, j’ai choisi l’ophtalmologue dont le cabinet était le moins éloigné de son domicile tout en étant conventionné. C’était une femme ; je l’ai eue une première fois au bout du fil et nous avons convenu d’un rendez-vous. Sa voix était prévenante et je croyais y distinguer un accent de compassion ; elle accepta de faire un creux dans un agenda pourtant bien rempli.

     Ma mère fut hospitalisée pour des raisons étrangères à ces maux la veille de son rendez-vous et ce dernier fut annulé.

    A sa sortie de l’hôpital, je rappelai le médecin. J’ai oublié de mentionner que si mon choix s’était porté sur cette personne, ce n’était pas seulement pour la proximité de son cabinet ou ses tarifs abordables : c’est aussi que son nom était proche du mien – à une lettre près.

     Lors de la seconde prise de contact, la même voix naturellement affable mais qui ne trahissait aucune affectation, aucune fausse proximité, se fit entendre. Un nouveau rendez-vous fut pris.

    Le jour venu, ma mère put enfin se rendre au cabinet de l’ophtalmologue. La tache était toujours là, un peu plus claire mais toujours aussi menaçante. Le verdict tomba : une série d’injections intra-oculaires était nécessaire.

       L’idée d’une telle intervention m’était naturellement douloureuse. Je ne pouvais sans frémir penser à la seringue approchant l’œil de ma mère. Certaines images particulières, venues de livres ou de films, me venaient à l’esprit : l’intervention du chirurgien de Jean-Sébastien Bach sur les yeux de ce dernier telle qu’elle est rapportée par Anna Magdalena Bach dans sa chronique - que ces écrits soient ou non apocryphes n’enlève rien à la cruauté hyperréaliste de la scène où le vieux Bach crispe ses mains sur les bras de son fauteuil au moment où le chirurgien intervient, et l’on voit ses articulations blanchir - ; je songe aussi à la scène de la paupière cousue de Jean-Dominique Bauby dans la description qu’il en donne dans son livre, et telle qu’elle a été filmée par Julian Schnabel ; on peut aussi penser à une scène d’un livre de Stephen King où l’héroïne – une héroïne de passage, martyrisée avant l’heure, comme Janet Leigh dans Psychose –, voulant fuir un tueur cannibale, empale son œil sur un porte-manteau (elle reste fixée là, s’agitant comme un insecte, tandis que le psychopathe l’approche d’un pas tranquille). Toujours, semble-t-il, le soleil et la mort - ou la souffrance - nous tiennent dans leur ligne de mire.

       Revenant à ma mère, je ne peux sans appréhension penser à l’instant – qui revient une fois par mois – où cette praticienne à la voix chaude et compatissante dirige d’un geste précis, impitoyable, l’aiguille vers l’œil de sa patiente.

      Le nom de ce médecin est le Docteur BURIN.

   

    P.S. J’ai dit que la proximité de nos patronymes avait certainement joué un rôle à l’heure du choix de ce praticien ; c’est cette même proximité qui m’empêcha sans doute d’y déceler une quelconque menace. Si je m’appelais Tartempion, le sens caché du nom de ce spécialiste m’aurait certainement frappé, remettant mon choix en cause. Je n’ai pas vu l’instrument visible aux yeux de tous, je n’ai vu que l’absence d’une lettre. J’irai plus loin : cette transformation de mon nom due à la disparition d’un caractère (croix, hache, pieu ?) l’adoucissait en quelque sorte, le rendant d’autant plus désirable que je lui associai très vite la texture d’une voix sans visage. J’étais en quelque sorte rendu aveugle par cette ablation orthographique.

 

Jacques Burtin

pour Bruno

1er juin 2014

     Dans un ordre d'idées assez voisin, je ne résiste pas au plaisir (ou au sadisme ?) de rajouter à la suite de ce texte l'image ci-dessous, prise à Montpellier en décembre 2013. Extrêmement troublante, n'est-il pas?

 

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Une plaque qui fait penser aux Oiseaux d'Alfred Hitchcock, ph. Bruno Montpied, 2013

 

07/06/2014

Dessins de José Guirao

     Il y a quelque temps j'avais publié une photo au "couteau subtil" de José Guirao, datant d'une époque déjà ancienne. Et le voici qui dessine à présent. J'en profite pour inaugurer une catégorie nouvelle (voir colonne de droite), sans commentaires, que j'intitule "Tel quel" (je sais, ça existe déjà, mais là je l'emploie dans le sens ordinaire).

 

josé guirao,dessin,autodidacte,photos de josé guirao,art singulier

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    Le dernier a un petit côté Albert Louden, je trouve (ah, zut, j'avais dit, pas de commentaire...)

 

03/06/2014

Les figures mécanisées de monsieur Alexis

     Un correspondant, M.Tireau, m'a récemment fait part d'une jolie petite découverte qu'il a faite sur un de ces dépôts-ventes où atterrissent parfois des créations d'inspirés. Il s'agit d'un ensemble de pièces mécanisées que des héritiers, après la disparition de l'auteur, ne se sont pas résolus à détruire, se disant peut-être qu'il y avait un peu d'argent à se faire, que c'était plus facile de s'adresser à un professionnel du débarras, un ferrailleur, plutôt que de les casser morceau par morceau.

 

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Photo et coll. M. Tireau

 

      Ces personnages paraissent de prime abord assez sommaires, parce que réduits au schéma, l'attention du créateur ayant été concentrée semble-t-il avant tout sur la question de leur animation.

Petite vidéo de monsieur Tireau insérée sur YouTube où l'on voit à l'action les créations mécanisées de "monsieur Alexis", et où aussi on entend, les bruits, cliquetis, clochettes tintinnabulantes, de ces dispositifs jouant un rôle important dans la conception de ces œuvres

       Notre collectionneur ne sait pas trop si on peut appeler cela des vire-vent, des girouettes, ou d'un autre qualificatif, dispositifs mécanisés, jouets? Ce dernier terme aurait plus ma faveur, tant j'imagine ce monsieur Alexis (1912-2002), ancien cheminot de la Sarthe, travailler en pensant à des petits-enfants qu'il rêvait d'émerveiller par ces tours de force d'animations mécanisées.

 

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Ces personnages font penser à des personnages de dessins animés, très stylisés, ph. et coll. M. Tireau

 

       La plupart des vingt pièces rachetées tournent grâce à une manivelle ou grâce à des pales de moulinets, mais M. Tireau m'assure qu'elles restent incapables de se mouvoir grâce au vent (les pales ne pouvant s'actionner qu'à la main).yohann tireau,monsieur alexis,girouettes,vire-vent,jouets bricolés et automatisés,whirligigs français Certaines étaient munies de tiges de fixation, l'une d'entre elles est même encore sur le toit de son atelier (M. Tireau a retrouvé le lieu de création originel), ce qui indiquerait qu'elles étaient prévues pour être installées en extérieur (M. Tireau: "Je me demande si ces objets n'étaient pas destinés à être mis sur des piquets d'environ un mètre de haut, du style girouette de jardin").

 

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Sur cette photo floue, on devine la girouette sur le toit de l'atelier, ph. M. Tireau

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Cycliste au visage noir (de nombreux Noirs apparaissent ainsi parmi les personnages), petit drapeau tricolore, joueur de trompette... Ph. et coll. M. Tireau

 

   Monsieur Alexis n'eut-il pas le temps de perfectionner ses sujets? Il semble qu'il ait en tout cas insisté sur l'animation. "Les personnages et animaux s'animent dans un joyeux bordel en tapant quelquefois sur des timbres", m'écrit M. Tireau. Un point sur lequel il faut revenir, c'est l'aspect schématique des silhouettes peinturlurées franchement, et la part envahissante prise par les grossières pièces de mécaniques, pales, écrous, vis énormes, montants métalliques, qui font penser à un jeu de Meccano particulièrement conçu pour un malvoyant.

 

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Exemple de pièces de mécanique très voyantes, jouant un rôle esthétique dans la composition de la pièce ; les divers éléments sont constitués de matériaux recyclés, ph. et coll. M. Tireau

 

    Le dessin des silhouettes (il en est peu de face, voir exception ci-dessous) est réduit au minimum, tirant celles-ci vers une tendance à l'abstraction géométrique colorée, où les éléments mécaniques joueraient un rôle esthétique (probablement involontaire).

 

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Personnage présenté de face, visage noir et tout de jaune vêtu, avec des sabots semble-t-il, ph. et coll. M. Tireau

 

   D'autres pièces seraient conservées dans d'autres parties de sa famille. Avis aux curieux...

31/05/2014

Veste à carreaux, drôle de chapeau, et portant sabots...

     De retour l'autre jour de la projection des films sur Vanabelle, où il n'y avait pas grand-monde venu s'inquiéter du devenir de la Base de la Menegatte, je suis tombé sur une brocante à cinquante mètres de chez moi. En général, dans ce genre de vide-greniers parisien, il n'y a vraiment que peu de chances de trouver quoi que ce soit dans les domaines qui m'intéressent, mais cette fois-ci, on m'avait prévenu qu'un personnage curieux m'y attendait peut-être.

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Collier de barbe, sabots, costume à carreaux, une petite cravate à trois brins et une drôle de tourte juchée sur le crâne, H. 67 cm, coll. BM

     D'où cela peut-il sortir? Le visage a une vague ressemblance avec ceux que sculptait autrefois Lui Buffo en Haute-Garonne. Il n'y a aucune inscription dessus. Le broc qui le vendait, comme d'habitude, n'avait recueilli aucune information à son sujet. Cela provenait, me dit son frère, d'un endroit perdu en France... Avec ça, on se débrouille...

    Il me semble que le chapeau très particulier, et plus généralement les détails vestimentaires, le costume, l'espèce de cravate, si c'en est une, les sabots, pourraient être des indices permettant au moins de situer l'origine géographique du bonhomme. Les fils de la "cravate" me font penser aux manadiers de Camargue, voire à des hidalgos d'Espagne... Mais peut-être erré-je...

29/05/2014

Un film sur Henry Darger pour ceux qui ne vont pas à Nice et qui restent à Paris

     La Halle Saint-Pierre est compatissante pour tous les Parisiens et banlieusards qui ne pourront se rendre à Nice le week-end de Pentecôte prochain. Elle a décidé d'héberger samedi 7 juin une présentation du prochain livre des Editions Aux forges de Vulcain, L'Histoire de ma vie d'Henry Darger, le dernier texte que celui-ci aurait rédigé entre 1968 et la date de sa mort en 1973.HD l'histoire de ma vie.jpg Il devrait être livré par l'éditeur en juin prochain justement. Henry Darger est bien connu des amateurs d'art brut américain pour les milliers de pages illustrées qu'il avait créées dans le secret de son petit appartement à Chicago, pages qui mettent en scène l'épopée d'une guerre entre enfants et adultes sanguinaires. Elles ne furent découvertes qu'après sa mort par son logeur, Nathan Lerner, par ailleurs photographe connu aux USA. Ce fut la révélation de techniques d'illustration inédites dans l'art brut qui consistaient en collages d'images décalquées et reportées.

affichette-darger-525x742.jpg

        La présentation aura lieu à 15h30 dans l'auditorium de la Halle, accompagnée d'un film, Revolutions of the night, the enigma of Henry Darger de Mark Stokes, projeté donc le même jour que la programmation du 17e festival de films d'art singulier au MAMAC de Nice (il n'y a pas de lien entre les deux organisateurs). Cette édition s'effectue en préface à l'ouverture prochaine (en mai 2015) d'une salle entièrement consacrée à Henry Darger au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (je me suis laissé dire par ailleurs que ce musée aurait également reçu un legs important de peintures de Marcel Storr ; si c'est vrai, à quand une aile d'art brut dans le musée comme au LaM de Villeneuve-d'Ascq? Mais je suppose que comme tous les créateurs de l'art brut sont désormais assimilés aux artistes de métier, il n'y en aura pas et que l'on mélangera allègrement tout le monde ; pourquoi du reste faire des musées distincts même, mélangeons tout, ethnographie, animaux empaillés, arts premiers, art modeste, art brut, art naïf, et art moderne...). 

       Il y aura un débat autour du livre et des éditions Aux forges de Vulcain, petit éditeur parisien que j'avais remarqué par ailleurs il y a peu de temps pour leurs traductions des romans "médiévaux" de William Morris, cet écrivain anglais du XIXe siècle, que l'on considère comme un précurseur de la littérature de fantasy, mais aussi comme le défenseur socialiste d'un art appliqué inspiré des arts populaires (il était à la fois écrivain, ami des Préraphaélites, et chef d'entreprise) qui ne se couperait pas des méthodes de l'artisanat.Tout Morris aux  forges de Vulcain.jpg Il avait pour position que tout homme avait le droit de créer et d'être entouré de beaux objets. Et il détestait l'esprit marchand qu'il jugeait contraire à l'esprit des artistes. Voici par exemple ce qu'il écrivait dans L'art et l'artisanat aujourd'hui, texte d'une conférence prononcée à Edimboug en 1889 ¹: "L'éthique du commerçant (qui va de pair, cela va de soi, avec ses besoins) le pousse à donner aussi peu que possible au public et à prendre autant qu'il peut de lui. L'éthique de l'artiste l'invite à mettre tout ce qu'il peut de lui dans tout ce qu'il crée. Partant, le commerçant se retrouve aux prises avec un public d'ennemis, tandis que l'artiste a affaire avec un public d'amis et de proches".

 

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¹. Traduction française disponible dans William Morris, L'art et l'artisanat, Rivages poche, 2011

28/05/2014

17e festival du film d'art singulier à Nice

       Des films "d'art singulier", dit l'affiche de l'association Hors-Champ, animée entre autres par Pierre-Jean Wurtz... Mais cette étiquette est ici comprise comme englobant à la fois des sujets en rapport avec des auteurs d'art brut et des sujets concernant des artistes plus ou moins marginaux, ce qui ajoutera à la confusion ambiante dans la réception par le public non prévenu des créateurs mis en lumière dans ces films. Le "singulier" est entendu ici comme ce qui relève de l'originalité, une inventivité sincère vécue à plein, sans que les animateurs de Hors-Champ ne s'attardent beaucoup sur la médiatisation donnée par les auteurs eux-mêmes à leurs travaux.

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"C'est pas le moment de fermer les yeux", affiche du 17e festival concoctée paraît-il par Fabienne Hyvert

        Il y a de tout dans cette sélection printanière et niçoise (c'est sans doute la spécialité de la salade du même nom qui a prévalu), qui s'étendra sur deux jours: l'éditeur Robert Morel, le petit musée de Pierre Martelanche, Antonio Roseno De Lima (un inconnu de moi), Arthur Bispo de Rosario, Guy Brunet qui revient avec des "Templiers", et Jean-Marie Massou tel que filmé par Antoine Boutet (et fort défendu par moi sur ce blog), tout ceci de 14h à 17h30 à l'auditorium de la Bibliothèque Louis Nucéra. A la librairie Masséna, de 19h à 20h30 il y aura un supplément avec un film sur Mary Barnes, en présence d'Alain Bouillet (qui on l'espère s'est remis d'un problème de santé).

 

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        Samedi matin, l'empereur, sa femme et le petit prince iront peut-être voir de 10h 30 à 12h, les "Visions singulières" de Mario Del Curto et Bastien Genoux (avec je crois Yvonne Robert et Joël Lorand?). Après un bon petit repas entre intervenants (Hors-Champ a la spécialité de faire venir les réalisateurs, voire les créateurs, les ayant-droits, etc., pour parler du contexte des films), la séance reprendra à 14h pour aller jusqu'à 17h30 avec ACM par Guillaume Cliquennois, Gustav Mesmer (cet homme qui s'était mis en tête de voler comme les oiseaux, à la façon peut-être des pionniers de l'aviation?), un "balayeur de vélodrome" (le programme n'en dit pas plus, mais ce genre de titre par son côté énigmatique est fait pour nous allécher), Jean Branciard (que mes lecteurs ont appris à connaître sur ce blog je pense), une petite rareté sur Pierre Avezard filmé sur son lieu d'origine par Marie-Louise Plessen et Daniel Spoerri (rien que cela mériterait un aller-retour Paris-Nice), et ce ne sera pas tout, consultez le programme. Comme chaque année, une programmation fertile en surprises, et en petits aperçus précieux sur l'art primesautier.

 

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25/05/2014

Après Nedjar, Saban aussi est habillée en art brut

"Bonjour,
J'ai le plaisir de vous inviter mercredi 4 juin au Vernissage de l'exposition CIVILISATIONS DE LA FORÊT INONDÉE présentant les peintures et dessins inédits de l'artiste ART BRUT de renommée internationale Ody SABAN.
Claire Corcia"
   
     Tel est le message que la galeriste (www.galeriecorcia.com)qui va bientôt exposer Ody Saban (du 4 juin au 19 juillet) a rédigé pour annoncer la dite expo. Après le "moment d'art brut" que Christian Berst a imaginé pour Michel Nedjar, voici donc l'artiste-art-brut-de-renommée-internationale-Ody-Saban (à prononcer d'un seul souffle). Décidément l'art brut est une étiquette qui attire les marchands, garantie de ventes juteuses peut-être, ou à tout à le moins garantie de faire venir un peu de monde.
      Les mots sont d'ailleurs utilisés dans la suite de la présentation de cet artiste (car Ody Saban en est une, pas de doute là-dessus, et pas mauvaise là aussi, par contre elle, comme Nedjar, n'a rien à voir avec l'art brut, tout juste avec les collections périphériques d'artistes venus dans son orbe, et pour lesquels il existe une autre étiquette, "art singulier", malheureusement galvaudée par des festivals qui n'ont de singulier que le nom) les mots sont utilisés ici tels des stimuli pavloviens, on vous bombarde de mots en gras, 'luxuriant', "dévorant", "métamorphose", "flamboyant", "psychédéliques", "forêts oniriques" (miam-miam), "étreinte amoureuse"... et puis par-dessus tout ça, bien sûr comme d'hab', on rajoute une pincée de poudre de perlimpinpin, un peu de transcendance, on se fend de "quête spirituelle", de "recueillement", n'en jetez plus...
     Ce n'est pas la qualité de l'artiste présentée qui est en cause ici, mais cette tendance qui se répète dans les milieux marchands (Corcia après Berst) à vouloir se servir de l'étiquette art brut, bourrée de valeur et de prestige (alors que ce qui se cache en dessous est la négation du monde marchand et du monde médiatique, et c'est d'ailleurs pour ça que l'art brut a trouvé un public qui s'y intéresse -malheureusement ça attire aussi les mouches...). On se sert de cette étiquette pour faire passer autre chose que l'on craint, à tort ou à raison, de ne pas assez faire connaître. Au passage, on remarquera que c'est cette étiquette du "brut" qui a pris la tête sur d'autres. Car Ody Saban exposant aussi de temps à autre avec les surréalistes contemporains, on aurait en d'autres temps songé à la présenter sous cette bannière. Mais ce doit être devenu beaucoup moins vendeur...
      Pourtant certaines œuvres de Saban (je n'apprécie pas tout ce qu'elle fait) n'ont vraiment pas besoin de ces tours de passe-passe qui prennent au final les amateurs pour des poires. Qu'on en juge avec l’œuvre ci-dessous qui était proposée par la galerie Claire Corcia pour illustrer le message ci-dessus, et qui est une belle toile je trouve, une belle toile d'art singulier.
 

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Ody Saban, Soleillant malgré nos morts, acrylique sur toile, 114x19 cm, 2013

Valseuse et tâtonnement...

     Vous reprendrez bien un peu de caviardage? Voici deux images que le sieur J-C. Sandré (rigolo ce nom, on dirait un mot-valise fait à partir de Sendrey et des éditions du Sandre, deux mots souvent utilisés sur ce blog) m'a envoyées. Il est par ailleurs animateur du blog Des signes sur les murs, consacré essentiellement aux "murs peints d'ici et d'ailleurs" (principalement les murs de publicités). Ces deux photos sont excellentes, je trouve, pas vous?...

 

tatonnement rue de la manutention blog des signes sur les murs.JPG

Photo Des signes sur les murs, 2008, Paris, près du Trocadéro ; A lire lentement... ; il paraît que le panneau a désormais disparu, remplacé pa rune version plus banale ; autre coïncidence troublante, selon l'auteur du blog, le panneau de 2008 était localisable rue de la Manutention... Ça ne s'invente pas...

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Valleuse ou valseuse... Ph. J-C. Sandré du blog Des signes sur les murs (sans date) ; petite explication, les valleuses sont du côté d'Etretat des failles (parfois dangereuses car susceptibles d'éboulements) dans les falaises, failles qui permettent ici et là la construction originale d'escaliers descendant vers les plages depuis le sommet des falaises ; ici comme on le voit un petit plaisantin s'en est donné à cœur joie en caviardant le L et en le remplaçant par un S...

 

 

 

18/05/2014

La chasse à l'objet du désir, Liaison Surréaliste à Montréal

    Du 5 juin au 17 juin se tiendra à Montréal, au Canada (à la Galerie Espace, 4844, boulevard Saint-Laurent, heures d’ouverture : 13h à 20h.), une exposition collective internationale présentée par le groupe "Liaison surréaliste" animé entre autres par Enrique Lechuga. Ils sont forts, nos surréalistes contemporains, n'est-ce pas? Ils sont capables d'organiser, de façon "indépendante, sans l’appui d’aucune galerie d’art ni institution gouvernementale ou privée", une manifestation regroupant environ 75 créateurs ou groupes dans un local situé en plein centre ville.

 

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Jean-Claude Charbonel, La nuit elfique, 2005

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Kenneth Cox, Jambe trouvée (Found leg), 1999

 

   On pourra rapprocher, sans qu'il y ait je crois de lien plus formel que cela, cette exposition de celle qui avait été montée à Prague l'année dernière (cela s'appelait Another air et je l'avais chroniquée sur ce blog). Ils sont très forts, vous dis-je, en plus de cela, ils se transportent à travers l'espace en se jouant des frontières, sans qu'on arrive à déterminer où se tient la tête de ce serpent de mer surréaliste.

 

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Jacques Desbiens, Branches, 2005

 

 

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Affiche de l'expo

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Le catalogue

   En plus, il est annoncé, comme à Prague, un catalogue avec diverses interventions des uns et des autres (on m'avait demandé de leur décrire l'objet désirable de mes chasses perso, je me suis exécuté), une improvisation sonore, une lecture de poèmes, une table ronde, le troisième numéro d'une revue intitulée A Phala devant publier par ailleurs "des documents inédits de l'exposition". Durant toute la durée de l'expo seront également projetés les films suivants: Corps Alchimique de Ludwig Zeller, Vaterland, A Hungry Diary, de David Jarab, Tiny Gifts, de Songs Of The New Erotics (S.O.T.N.E.), Delirios, de Iñaki Muñoz, Alergia, d'Enrique Lechuga, Merzkopf, de S.O.T.N.E., The Antichild, de S.O.T.N.E., Electric Whispers, de Kathleen Fox, Conspirateurs of pleasure (les Conspirateurs du Plaisir), de Jan Svankmajer, La Rue K, de Pierre-André Sauvageot, Ni d'Ève ni d'Adam, de Michel Zimbacca.

 

     Avec des moyens plus que limités, ce groupe québécois semble avoir réalisé là un exploit hors du commun qui devrait stimuler d'autres groupes internationaux (quid des Français, dont plusieurs créateurs sont présents dans cette manifestation, citons en vrac Joël Gayraud, Claude-Lucien Cauet, Mireille Cangardel, Suzel Ania, Elise Arue, l'incontournable Ody Saban, Michel Zimbacca, Guy Cabanel, Jean-Claude Charbonel, Jean-Pierre Paraggio, Guy Girard, Michaël Löwy, Thomas Mordant, Georges-Henri Morin, Dominique Paul, Pierre-André Sauvageot, Bertrand Schmitt, Ludovic Tac, Virginia Tentindo, et mézigue). Je leur ai prêté en effet deux dessins de création récente (L'Œil dans la bouche, 2008 et La Sorcière au travail, également de 2008, tous deux faisant 29,7x21 cm), en voici un ci-dessous.

 

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Bruno Montpied, La Sorcière au travail, 29,7x21 cm, 2008

    A propos de Michaël Löwy que je citais plus haut, je ne suis pas sûr que l'on connaisse bien la production graphique quelque peu automatique qu'il lui arrive de pratiquer à côté de ses travaux d'essayiste. Je profite de l'occasion de cette note pour mettre en ligne un de ses dessins (qui ne préjuge en rien de ce qu'il va exposer à Montréal).

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Michaël Löwy, Démon de l'écriture ou Dialectique de la volupté II, entre 2005 et 2009

 

17/05/2014

Info-Miettes (23)

Mini-musée de Louis Ame en Ille-et-Vilaine

    Je ne crois avoir jamais parlé de ce (gentillet) petit musée consacré à des maquettes de camions américains, œuvre d'un ancien camionneur passionné. Un correspondant me demande de "signaler que le mini-musée "américain" de Louis Ame (35, La Quesmière 35, Hirel) fêtera ses 20 ans à l'occasion des portes ouvertes du dimanche 18 mai (demain, certes mais le musée sera ouvert encore après...) de 10h à 18h. Contact : Louis Ame 02 99 48 82 03." Ben voilà, c'est fait.

 

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Dans ce mini-musée, je ne sais pas si je ne préfère pas davantage l'extérieur avec ses lettrages juxtaposés foutraques à son intérieur nettement plus kitsch, ph. Bruno Montpied, 2009

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Louis Ame en 2009, ph. BM

 

Petit bonhomme de chemin: les "Bricoleurs" continuent de se balader

    Le film de Remy Ricordeau, Bricoleurs de paradis, que j'ai coécrit avec lui, va être projeté bientôt (le 31 mai à 16h) dans une librairie libertaire à Lille. "L'Insoumise", qu'elle s'appelle la librairie, c'est situé au 10 rue d'Arras. Sur leur site web, ils disent que le film illustre le livre, Eloge des Jardins Anarchiques, tout ça parce que le film était joint en DVD au livre. Mais, puis-je le dire?, il y a beaucoup plus de choses dans un livre que jamais un film ne pourra pleinement illustrer ce me semble. Non, c'était plutôt deux travaux parallèles, l'un plus développé par l'écrit, et l'autre tentant d'esquisser quelques problématiques liées à ces fameux environnements populaires.

      J'écris "c'était", peut-être avez-vous remarqué? Le livre EJA est en effet officiellement épuisé, il n'en reste plus que quelques exemplaires à la librairie de la Halle Saint-Pierre à Paris par exemple. Et donc le film en DVD est épuisé aussi. Par contre, pour les amateurs de ce dernier qui voudraient le voir ou le revoir, il est à souligner qu'ils pourront bientôt le télécharger en vision louée ou en achat sur le site de téléchargement des Mutins de Pangée.

    Autres date et lieu pour pouvoir voir le film dans une salle, il y aura aussi le 28 juin à la Médiathèque Marguerite Yourcenar dans le XVe ardt à Paris. Tous les renseignements pratiques sont à trouver .

Solange Knopf: de plus en plus séduisante...

       Nouvelle exposition (du 1er mai au  juin), à la galerie new-yorkaise Cavin-Morris certes, ce qui n'est pas la porte à côté pour les amateurs français notamment, mais d’œuvres tirées par Solange Knopf de ses deux séries toujours en cours à l'heure où je vous parle, "Spirit Codex" et "Derrière la ténèbre". Je ne résiste pas au plaisir de reproduire quelques images tirées du site web de la galerie, proprement ensorcelantes (c'est pour ça qu'on ne peut résister...).

 

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Solange Knopf, Derrière la ténèbre I, 73 x 79 cm, 2013, galerie Cavin-Morris, New-York

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Solange Knopf,  Derrière la ténèbre II, 49,5 x 64,8cm, 2013, galerie Cavin-Morris

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Solange Knopf, Femmes n°7, 2012, crayons de couleur, 182 x 7cm

 

Les femmes créatrices toujours, Brigitte Maurice à Carquefou

 

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   Brigitte Maurice, je ne connais pas trop, mais je fais confiance à Chantal Giteau qui assure la programmation de l'Espace d'exposition du Manoir des Renaudières à Carquefou. Elle expose du 24 mai au 29 juin prochain. A signaler que c'est peut-être une artiste à mettre en parallèle avec les explorations picturales naïvo-figurativo-expérimentales d'un Jean-Louis Cerisier qui, lui, connaît mieux cette peintre.

 

Le Musée de la Création Franche circule...

    "La Création Franche s'emballe" était déjà le titre d'une précédente exposition préfiguratrice de celle-ci qui est montée au Centre d'Art Raymond Farbos du 28 mars au 14 juin à Mont-de-Marsan. Elle est la première étape d'un cycle d'expos décentralisées de la collection fondée par Gérard Sendrey et désormais animée par Pascal Rigeade. Elle devrait en effet continuer de se déplacer en Aquitaine essentiellement. Les responsables du musée m'indiquent très obligeamment que deux de mes propres peintures ont été retenues dans la sélection qui comprend cent trois œuvres et quarante auteurs.

 

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Bruno Montpied, Guetteurs fin-de-siècle, 8F, 2000, coll. Musée de la Création Franche (ce n'est pas forcément celui-ci qui est exposé actuellement à Mont-de-Marsan)

 

 Regards éblouis au Musée Ingres du 17 avril au 16 juin 2014

      Il y a toujours de l'éblouissement à glaner à Montauban quand arrive le printemps, avec les sélections éclectiques concoctées par Paul Duchein et les siens. Le carton d'invitation n'en dit pas trop, il faut examiner à la loupe les six vignettes qu'il reproduit, un Jules Godi? Un Labelle? Sanfourche, c'est facile à reconnaître... Peut-être un Abdelkader Rifi? Et un Ciska Lallier...? On dirait un jeu... Mais il n'y a rien à gagner, ou du moins rien d'autre à gagner que de la surprise et du ravissement peut-être. Alors allez-y voir. D'autant qu'y paraît que là-bas aussi on voudrait projeter "Bricoleurs de paradis", mais pas de date précise d'avancée, juste une rumeur dans La Dépêche du Midi.

 

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 Armand Schulthess au Centre Dürrenmatt de Neuchâtel

      Avant d'être remerciée quelque peu séchement (pour des raisons budgétaires officiellement) de son poste de responsable des relations internationales à la Collection de l'Art Brut de Lausanne par les responsables culturels de la mairie, Lucienne Peiry aura eu le temps d'organiser, conjointement avec la Collection de l'Art Brut, une exposition décentralisée au Centre Dürrenmatt de Neuchâtel sur "le labyrinthe poétique d'Armand Schulthess". Ce Centre clôt là un cycle d'expositions toutes organisés sur le thème du labyrinthe.

 

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Vue de l'expo Armand Schulthess, apparemment les obsessions ont été détaillées, examinées, étalées, sacralisées par la grâce muséale, on se croirait dans un musée ethnographique...

 

      Ce dernier 1901-1972) était connu pour avoir constitué, à partir de ses 50 ans, une installation hétéroclite et obsessionnelle, reflet de ses connaissances encyclopédiques qu'il voulait afficher dans l'environnement de son habitat situé dans le Tessin.

 

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Situation originelle des montages et assemblages de textes en pleine nature d'Armand Schulthess

 

    Panneaux de métal peint, assemblages mobiles, livres, collages, affichages en tous genres alternaient sur son terrain comme par une hantise de l'auteur de possiblement tout oublier. Lucienne Peiry a monté là la plus grande exposition jamais consacrée à cet auteur qui a déjà fait l'objet d'une longue notice dans un des fascicules de la collection d'art brut. Un catalogue paraît à cette occasion.