04 mars 2008

Un sciapode chez MAX T.

    Mon ami Max T. (voir notes précédentes de février) m'a fait plaisir en nourrissant ma déraisonnable obsession pour les sciapodes. Il m'en a concocté un tout emberlificoté, ficelé comme une paupiette. Avec une inquiétude à la clé, où placer l'orteil d'un tel individu à pied unique? Voici le résultat:

Max T.,sciapode, fil et armature, 2008, photo P.L..jpg

15 février 2008

Deux petits nouveaux chez les sciapodes

     A verser au bataillon des sciapodes en constante augmentation à ce que je crois, voici deux petits nouveaux, Paul et Simon, petits camarades de jeux à moi dans une école où je m'ingénie depuis quelques lustres à repousser les murs... A noter que les enfants à qui j'ai montré des images de sciapodes ont tendance à le prendre en sympathie, au point de l'imiter, donc, parfois...

0b4eba5745e406dbb87931f3dab60b98.jpg

 

042a96bf9ffabac2432f06ce6c68b7ba.jpg

10 juillet 2007

Le Sciapode au soleil

   Et voici un autre monopode qui se dore la pilule, transmis par M. Stehr, qu'il en soit remercié ici.

5f986725be6eea188e1466411f208d1f.jpg

      Au fait, monopode et sciapode, ce n'est pas tout à fait identique. Monopode veut dire "n'a qu'une jambe", sciapode, "n'a qu'une jambe, mais peut vivre à l'ombre (scia), protégé qu'il est par le pied (pode) qu'il  possède au bout". Le monopode se rapproche beaucoup plus des sirènes qui ont leurs jambes fondues en une queue, ou des ondins s'il est du sexe masculin. Par contre,  il se différencie d'eux par le fait qu'il vit sur terre. Comme un ondin de terre donc.

       On ne nous dit que trés rarement comment il se déplaçait, en sautillant sans doute, comme un kangourou? Un indice est donné dans  Les Chroniques de Narnia de C.S.Lewis (que nous avons la faiblesse d'aimer, malgré leur soubassement chrétien -paraît-il, car il ne nous apparaît pas si évident que cela- mais même s'il est avéré, après tout, la mythologie chrétienne a aussi ses charmes, si l'on ne s'en tient qu'à l'imagination), dans le tome V ("L'odyssée du passeur d'aurore"), chapitre 11.

fac0632ee37e3f5f22743de9ea24c524.jpg

     L'héroïne, Lucy, en compagnie de ses amis, rencontre des nains qu'un magicien a transformés en monopodes qui se déplacent en bondissant (on les appelle aussi des "Nullards" en raison de leur grande stupidité ; eux-mêmes s'appellent entre eux des "Nullipotes", car ils ne parviennent pas à comprendre le terme "monopodes").

     "Sont-ils stupides à ce point-là?" [fait Lucy]

     Le magicien soupira:

     "Vous ne pourriez croire les problèmes que j'ai eus avec eux. Il y a quelques mois, ils étaient tous partisans de faire la vaisselle avant le dîner ; ils disaient que ça faisait gagner du temps pour après. Je les ai surpris en train de planter des pommes de terre cuites à l'eau, pour s'épargner d'avoir à les cuire quand ils les déterreraient."

     En réalité, ces monopodes sont des sciapodes (un mélange inédit de lutins et de sciapodes donc, à ma connaissance), je suis heureux d'avoir créé ce blog pour corriger cette légère défectuosité de la traduction de Philippe Morgaut (coll Folio Junior, Gallimard Jeunesse). Le texte nous le dit sans détours, ils sont à un moment couchés sur le dos (voir l'illustration de Pauline Baynes), la jambe tendue vers le ciel, un énorme pied les protégeant tantôt de la pluie, tantôt du soleil.

b39c4a7ed686ee87bd1dc74f65eccc54.jpg

 

(Les deux dernières illustrations ci-dessus sont donc de Pauline Baynes)

 

    P.S.: un petit supplément sciapodique spécial dédicace pour l'Ombrageux de Belvert (je voulais garder ce sciapode enluminé pour une prochaine distillation mais puisque vous me pressez je le lâche):

fd83628c6e41e2f6b46f009bdd3356cf.jpg

(publié sur Wikipédia à l'article Sciapodes)

b2728c414362745695927b085c86679c.jpg
B.Montpied, "L'ondin poursuit sa route", 2002
Et puis encore un, extrait d'une toile de 12 mètres carré intitulée (par plagiat assumé du roman éponyme du surréaliste danois Jens-August Schade) "Des êtres se rencontrent et une douce musique s'élève dans leurs coeurs" que je fis en 1999 avec la peintre-photographe Petra Simkova:
e4008219ac707c85f4c6f85862c4b82d.jpg

12 juin 2007

SCIAPODES ?

       J'utilise le logo du sciapode depuis de nombreuses années...
     En voici la définition telle qu'on la trouve dans le Lexique de l'Art Fantastique de René de Solier (c'est dans ce dernier ouvrage que j'ai fait connaissance la première fois avec ce "monstre" collant assez bien avec mon patronyme):
     "n.m. pluriel, du grec skia, ombre et de podos, pied. Peuple fabuleux (comme les Scythes, "ceux qui ont de grandes oreilles"), composé d'individus qui n'avaient qu'un pied, fort grand: au repos, le pied, dressé à la verticale, devenait "parasol" ".
     Il semble que la première mention des sciapodes se trouve dans L'Histoire Naturelle de Pline. On trouve de nombreuses images du sciapode dans des relations de voyage de la Renaissance qui mêlaient alors indissolublement le réel à l'imaginaire, accordant foi à tous les racontars et rumeurs qui les précédaient sur les pays traversés (ou non, ces récits n'étaient parfois que d'habiles compilations).
     Ci-dessous je publie le texte (inédit) qu'un vieil ami m'a envoyé sur le sujet il y a des lustres, et qu'il a eu la gentillesse de légèrement corriger ces derniers jours.
e69ccd47d7e8b9d45f422e19207d3e7e.jpg
****
  GENESE ET ILLUSTRATION DU SCIAPODE
                                                                                                          Pour Bruno
   « Retenus à terre par nos chevelures, longues comme des lianes, nous végétons à l'abri de nos pieds, larges comme des parasols ; et la lumière nous arrive à travers l'épaisseur de nos talons. Point de dérangement et point de travail ! La tête le plus bas possible, c'est le secret du bonheur!"
   Gustave Flaubert, La Tentation de Saint-Antoine.
         De l'octapode*  au sciapode, il y a la distance de sept pieds, le pied de nez, le pied de marmite, le pied de biche, le pied plat, le pied marin, le pied à coulisse et, pour finir dans la grande cuisine, le pied pané. Ce sont les sept pieds de la sagesse ; ils forment un portique où se rassemblent les manchots ; et le huitième, qui donne sa perfection à l'ordonnance octapodique du poulpe, est le pied parasol, ou pied de science, à l'ombre duquel s'allonge la paresse, cette mère de toutes vertus. Dans la terrible dégringolade de l'évolution, c'est ce pied-là qu'a conservé le sciapode. Poulpe échoué sur la terre, projeté par quelque gigantesque convulsion des mers dans l'ahurissant milieu de la stabilité, il a abandonné l'un après l'autre ses sept jambages,
         il a jeté le pied de nez aux soutanes,

         il a lancé le pied de marmite à la tête des juges,

         il a enfoncé le pied de biche entre les omoplates de la philosophie, et il a forcé,

         il a cambré le pied plat en une arche triomphale pour les processions de chenilles,

         il a coiffé le pied marin d'une voilette afin de lui faire capturer les regards,

           il a évidé de sa moelle le pied à coulisse et en a fait l'instrument qui retient prisonniers les vents et les change en notes,

         il a enfin rendu le pied pané à sa crudité première de rose et palpitant pied de cochon.

         Il n'a gardé attaché à son corps que le seul pied de science qui développe ses orteils comme autant de frondaisons balançant leur ombre sur les écarts du langage. Et sous cet abri qui tourne avec le soleil, le sciapode sait demeurer inutile.

           Sa tête, en contact permanent avec le sol, se laisse bercer aux ondulations millénaires de la croûte terrestre; sismographe sans cadran ni aiguille, son cerveau enregistre les plissements des montagnes, la lente dérive des plaques sur la bouillie du magma, la lourde et bonne bouillie rouge, et il rêve parfois de la longue louche en bois qui remue doucement la pâtée boursouflée des cratères. Il se remplit la vie de cette vision.

         Plus solides que le byssus, ses cheveux l'ont arrimé pour des siècles à la roche aiguë des promontoires, aux pentes pavées de lave des pics surgis de l'abîme, à la crête vertigineuse des falaises bleues de sel. Il n'est, on le comprend, pire malédiction pour le sciapode que de devenir chauve ; il va lui falloir, désancré de son centre d'inertie, rouler sur le plan incliné de l'existence, en se déchirant les flancs aux bouquets d'épineux et aux racines, et fouler son unique membre poussé hors de toute mesure dans les degrés inégaux d'une époque terrifiante.

_________

        *En grec moderne le poulpe se dit "octapode", l'animal à huit pieds. Ce sont ces huit pieds, disposés en étoile autour d'une poche d'encre que l'on mange, grillés, dans les tavernes du bord de mer en vidant nombre carafes d'ouzo. On a dit que c'est en dévorant un poulpe cru que Diogène a trouvé la mort ; certains soutiennent même que cette mort n'avait rien d'accidentel et que, lassé de la vie, le philosophe cynique a voulu par son exemple enseigner aux hommes une nouvelle manière de se suicider, singulièrement étrangère aux moeurs de la cité. Dans l'un des grands romans méconnus du XXe siècle, Les Poulpes, Raymond Guérin fait de cet animal le symbole des forces obscurantistes et totalitaires qui de leurs tentacules enserrent l'individu et l'entraînent avec elles dans l'abîme. C'est donc pour le plus grand bénéfice de la civilisation qu'il faut battre le poulpe, comme le font tous les pêcheurs dans tous les ports de Grèce : ils font rendre son encre à la pauvre bête, qui sinon ne serait pas comestible et risquerait encore de nos jours d'empoisonner quelque philosophe étourdi.
          © Joël Gayraud
3a8111074d50ffff6346bf59e0a0c913.jpg
Les illustrations sont extraites du très joli site http://www.art-roman.net/stparize/stparize.htm