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25/03/2017

Carnaval chez les chiens

Les chiens déguisés, oct 13, ave Vellefaux (recadré).jpg

Chiens habillés, Paris Xe ardt, photo (prise à la volée) Bruno Montpied, octobre 2013.

 

      M'avaient frappé l'esprit, ces deux clebs vêtus par un automne commençant sans doute fraîchement, à tel point que je décidai de les saisir avec leurs beaux atours anthropomorphes... Aujourd'hui, retombant sur cette image, je me dis qu'il serait fort amusant, probablement, de colliger toutes les photos qui existeraient sur le même sujet, de façon à débuter d'envisager un carnaval de médors accoutrés de la manière la plus excentrique.

vetements-pour-chien.jpg

      Il doit bien y avoir parmi ces vêtures insolites, des plus brutes que les autres, reflétant comme chaque fois la mentalité de leurs maîtres, car bien sûr, en principe...

il_ne_faut_pas_habiller les animaux. 2jpg.jpg

 

 

22/01/2017

Création Franche, la revue, n° 44 et n° 45

     Si, régulièrement, je me fais l'écho de la seule revue que nous ayons réussi à pondre en France au sujet de l'actualité des arts spontanés (la création, dite franchepar Gérard Sendrey,  fondateur du musée du même nom), j'avoue avoir pris du retard vis-à-vis du n°44, sorti en juin 2016. Pourtant, il contenait d'intéressants articles, dont un en particulier de Brigitte Gilardet, une chercheuse en histoire de l'art contemporain, travaillant au CNRS, auteur récent d'un (probablement) fort intéressant ouvrage,  Réinventer le musée, François Mathey, un précurseur méconnu (1953-1985), qui est paru aux Presses du Réel en 2014.Lucienne Peiry, ph. Chris Blaser.jpg Dans ce n°44, elle se préoccupe de braquer la lumière sur Lucienne Peiry (voir son portrait ci-contre par le photographe Chris Blaser) et, en particulier, sur l'ouverture de l'art brut vers les mondes extra-européens qu'opéra celle-ci, le temps où elle fut aux commandes de la Collection de l'Art Brut (une dizaine d'années de 2002 à 2012).

Couv CF N°44 déc 2016.jpg

Création Franche n°44, avec une œuvre de Dimitri Pietquin en couverture, juin 2016.

 

     Par ailleurs, la création franche, ayant le courage de ne pas laisser retomber les peintres naïfs, victimes de l'aura grandissante de l'art brut – et, il faut bien le dire, des oukases de Dubuffet et de ses partisans, qui avaient beau jeu de vouer aux gémonies l'art naïf si l'on se référe à ce que l'on a mis en avant dans cet art des années 1960 à aujourd'hui , une sorte d'art cu-cul, comme dit Yankel... –, rend hommage de temps à autre à certains d'entre eux, comme dans ce même n°44 de la revue, à Simone Le Moigne (article de Jean-Pierre Nuaud).

Gisèle Grun-Rousseau, portrait d'un marin nommé Forbin, Coll perm du M de la Création Franche, ph 2008.jpg

Gisèle Grun-Rousseau, sans titre (portrait d'un marin appelé Forbin), coll. permanente du musée de la Création franche, exemple d'art naïf contemporain de belle venue, ph. B.Montpied en 2008.

 

     Gérard Sendrey dans  le même numéro, comme Gilardet avec Lucienne Peiry, veut rendre hommage à un autre critique d'art, Dino Menozzi, qui anima très longtemps en Italie la revue Arte naïve qui s'ouvrit dans la dernière partie de son existence  aux arts singuliers. Par ailleurs, on trouve aussi un article d'archive (de 1991), de Jacques Karamanoukian, trop tôt disparu, s'étant fait l'écho de sa rencontre avec le créateur brut noir américain Sam Mackey à Detroit.

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Quelques numéros d'une valeureuse revue italienne sur l'art naïf et l'art singulier (marginal), Arte naïve... 

 

     Il y a bien sûr d'autres articles dans ce numéro, je ne vais pas tous les citer, il suffit de s'abonner. En ce qui me concerne, je signe un article, d'hommage là aussi, consacré à l'autodidacte Lino Sartori, mari de cette Andrée Acézat (à qui j'ai consacré un ouvrage dans ma collection La Petite Brute), influencé par la liberté de cette femme qui sut, à plus de 70 ans passé, abandonner tout ce qu'elle avait peint jusque-là pour se lancer dans une production de caricatures enfantines singulières. Lino Sartori, quant à lui, s'il peignit aussi sur divers supports en deux dimensions, choisit de préférence les souches de bois qu'il interprétait à la peinture, dans une démarche inconsciemment proche d'un Gaston Chaissac qui, on le sait, adorait peindre sur tout ce qui se présentait à lui, vieux bidons, planches de rebut, parpaings, marmites cabossées... Des œuvres de Sartori sont récemment entrées dans la collection permanente du musée de la Création franche.

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Lino Sartori, sans titre, tronc d'arbre évidé peint, coll. privée, région bordelaise, ph. B.M.

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Lino Sartori, sans titre (dialogue entre marionnettes?), 2007, coll. privée bordelaise, ph.B.M.

 

     Par ailleurs, est également sorti, en ce mois de janvier 2017, traditionnellement décalé par rapport à son mois annoncé en couverture (décembre 2016 ; la revue publie deux numéros par an), le n° 45 de Création Franche.

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Création Franche n°45, décembre 2016 ; en couverture, une œuvre d'une récente découverte de Pascal Rigeade : Léonie Pointis.

 

    Au sommaire, j'ai particulièrement retenu l'annonce par le directeur du musée, Pascal Rigeade, de la requalification du musée en "équipement d'intérêt métropolitain" depuis le 1er janvier dernier. Ce qui paraît signifier que les locaux deviennent propriété de Bordeaux métropole, alors que ce qui s'y expose et s'y anime reste de l'initiative de la ville de Bègles. Pascal Rigeade, dans son éditorial, délivre l'idée que cela pourrait induire des possibilités d'agrandissement et de modernisation pour le bâtiment actuel du musée. Ainsi qu'une communication accrue autour de ses manifestations. On sait qu'a été abandonné le projet de déménager le musée vers la Cité Numérique qui se trouve géographiquement plus près de Bordeaux. Il faut donc imaginer que les responsables de la Création franche rêvent maintenant plutôt de repousser les murs. Cependant, il faut noter parallèlement que le maire actuel de Bègles, Noël Mamère, qui a œuvré grandement à l'épanouissement du musée, ne se représentera pas aux élections en 2020. Il faut espérer que cela n'aura pas de conséquences sur l'avenir du musée, en place et actif depuis 1989 tout de même, et donc bien inscrit dans le paysage des arts spontanés à la fois régionalement, nationalement et internationalement.

      Par ailleurs, dans ce numéro on retrouve quelques contributeurs habituels : Paul Duchein (qui me paraît en petite forme), Dino Menozzi (sur une exposition d'"Irréguliers" à Cles, province de Trente, qui pose la question de "l'authenticité" préalable à toute création par ailleurs taxée d'"outsider" ; je dois dire que son texte, reposant les sempiternelles questions de délimitation terminologique m'a paru quelque peu embrouillé ; en particulier, qui  aurait l'idée – à part en Italie?– de reléguer encore  les "outsiders" et les "irréguliers" dans un quelconque ghetto?), Gérard Sendrey, Bernard Chevassu (qui revient sur les rochers de Rothéneuf de l'abbé Fouré sans véritablement apporter du neuf sur la question, et en véhiculant même une approximation à propos du gisant de la pointe du Christ – ce dernier n'est pas "Judicaël", comme avait cru bon de l'affirmer Frédéric Altmann, que l'on se rapporte à ce que j'ai révélé sur ce blog même, on se demande à quoi ça sert que je me décarcasse?), Jo Farb Hernandez (qui signale ses travaux de recherche sur les environnements spontanés en Espagne, ce que j'avais moi-même déjà relevé dans le n°43 de cette même revue en la citant, ainsi que d'autres ayant travaillé sur le même sujet (ce qu'elle bien entendu se passe bien de faire... ; le rédacteur en chef de la revue aurait pu – je le signale au passage – le rappeler en note)...

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Michel Maurice, sans titre, Musée des mille et une racines de Cornimont, ph. (inédite) B.M., 2016.

 

       En ce qui me concerne, j'ai offert à ce numéro un article qui dévoile pour la première fois dans une publication liée aux arts spontanés un petit musée pratiquement - je gage - inconnu du public des amateurs de ces arts, le Musée des mille et une racines de Michel Maurice (1937-2014) situé à Cornimont (Vosges ; il est dommage que la revue n'ait pas jugé utile de garder les coordonnées de ce musée que j'avais pourtant pris soin d'insérer à la fin de mon article, je les remets donc ici à la fin de cette note). Encore un créateur qui a collecté durant des décennies (50 ans) des formes naturelles en bois tantôt laissées telles quelles, tantôt réinterprétées, teintées, sculptées, etc. Cela avec beaucoup de goût. Après son décès, il est à noter que la municipalité de Cornimont, avec l'appui de ses proches, notamment sa fille Corinne, lui a bâti un musée tout exprès dédié.

Musée des Mille et Une Racines, 23, route de Lansauchamp, Cornimont (près de Gérardmer) . Ouvert tous les jours de 10h à 12 h et de 14h à 18h sauf les mardis ; fermeture du 14 au 30 novembre. Tél : 03 29 23 95 74.

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Michel Maurice, sans titre, (deux promeneuses?), musée des Mille et une racines de Cornimont, ph. B.M., 2016 ; photo non retenue par la rédaction de Création Franche.

Du côté de la Création Franche, à signaler dans les expositions à venir plus particulièrement une expo consacrée à l'art brut en Finlande du 14 avril au 11 juin 2017 qui promet d'être intrigante, tout autant que celle qui fut récemment consacrée à l'art brut indonésien.

11/09/2016

Si Cobra avait connu ce placard publicitaire, il en aurait fait ses choux gras...

Publicité murale, Metz, ph Beurk-Petersen 2016.jpg

Publicité murale, Metz, ph. Beurk-Petersen

 

    Ceci dit, les publicitaires ne sont pas avares d'emprunts au bestiaire, en particulier lorsqu'il s'agit de défendre les vaporisateurs anti-bestioles plus ou moins piqueuses. A côté du cobra, il y eut aussi ce petit éléphant tonique gambadant partout la bombe à la main... Peut-être capable de gazouiller?

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Affiche "Geigy", photographiée dans un bar de Lille

18/08/2016

René Rigal à la Maison du Tailleu, chez Michelle et Jean Estaque

Expo Rigal à la Maison du Tailleu en 2016.png

Exposition René Rigal à la Maison du Tailleu du 1er août au 4 septembre 2016 (La Maison du Tailleu : Place de l'Église, 23000 (la Creuse), Savennes, France)

    "Jean et Michelle Estaque seront heureux de vous recevoir pendant la durée de cette exposition tous les week-ends et jours fériés de 15h à 19h et sur rendez-vous au 05 55 80 00 59".

     L'exposition dont il est question dans le petit message ci-dessus concerne l'œuvre de René Rigal, cet ancien cheminot de Capdenac qui sculpta des personnages filiformes dans de longues branches durant des années. Il chercha à les exposer dans des locaux et galeries de sa région, comme par exemple à la galerie La Menuiserie de Rodez, mêlant ainsi son œuvre d'autodidacte rustique – on pourrait aisément le ranger dans l'art rustique moderne avec Gaston Chaissac, qui inventa le terme, ou Gaston Mouly – à celles d'artistes contemporains provinciaux.

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René Rigal, Eve enlacée par le serpent, sans date, coll. privée Capdenac, ph. Bruno Montpied, 2012

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René Rigal, détail d'un bouliste, coll. privée Capdenac, ph.B.M., 2012

    Ses œuvres, dont bien des exemples sont conservés par sa femme au prénom – prédestinant pour un mari cheminot – de Micheline, sont variées et originales, recherchant l'audace dans leur conception.

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René Rigal, groupe de pèlerins de Saint-Jacques, coll. privée, ph. inconnu, archives famille Rigal

 

   Même parmi les nombreux cas de transformateurs de branches en figures fantastiques ou réalistes, il fait figure de novateur. Le plus proche de lui étant peut-être Emile Chaudron qui dans la Haute-Marne, à Prez-sous-Lafauche, sculptait les brindilles, les branchettes d'épines ou de mirabelliers, créant comme une écriture arachnéenne proche des idéogrammes asiatiques. Ce dernier, qui était sculpteur sur meubles à la base, naïf malgré tout, exposa dans des salons parisiens ou régionaux, tout en se constituant un petit musée personnel qu'il ouvrit au public à partir de 1961 dans son village.

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Emile Chaudron (disparu en 2014), autre sculpteur sur bois, rayonnages où sont désormais présentées ses œuvres dûment légendées dans le petit (et nouveau) musée "aux branches" municipal de Lafauche, ph. B.M., 2016

 

09/06/2016

Une nouvelle revue, "Profane", consacrée aux amateurs

      "Amateur, adjectif singulier invariant en genre : 1 Non professionnel ; 2 Connaisseur, intéressé par ; 3 Dilettante, négligent [plus péjoratif dans cette troisième acception donc...]. Nom singulier invariant en genre : 1 Personne pratiquant un sport, une activité, sans en faire sa profession ; 2 Dilettante." (Site web Le Dictionnaire)

     Amateur, c'est un terme qui a ma faveur lorsque je pense aux créatifs de tous poils, que l'on range aussi dans l'art brut, dans l'art naïf, dans l'art populaire insolite, contemporain ou ancien. On n'a pas affaire à un spécialiste, à un professionnel. Et l'on signifie aussi par là que l'individu en question est un passionné, un connaisseur, même s'il se révèle passionné de manière intermittente et dilettante. L'amateur, c'est celui qui aime.

      Par contre, on ne peut oublier non plus la dimension péjorative que prend aussi le mot: négligent, approximatif, peu rigoureux, désinvolte..., dimension qui personnellement m'éloigne parfois de choisir finalement cette épithète.

 

amateur                                      amateur

 

     Ce n'est pas cet aspect du mot bien sûr qu'ont choisi les animateurs de la nouvelle revue Profane, dont le deuxième numéro vient de paraître en avril dernier (le premier date d'octobre 2015). "Art d'amateur, amateur d'art" paraît en être, au moins pour ces deux premiers numéros, le sous-titre, donnant en creux l'intention des concepteurs et des animateurs de la revue, montrer le geste amateur dans toutes ses dimensions et variations et, simultanément, se montrer soi-même à travers cela, peut-être et avant tout, amateur d'art. Ce qui me déroute, moi qui suis plus enclin à l'exclure de mes champs d'investigation, c'est la passion de ces jeunes gens pour l'art contemporain. En effet, leur culture, leur formation paraissent  largement en procéder. Je ne rejette pas systématiquement l'art contemporain, me contentant de le regarder la plupart du temps de loin et sans passion (j'abhorre par contre ce que d'aucuns appellent "l'AC", c'est-à-dire l'art officiel contemporain, soutenu artificiellement par les grands argentiers, style Pinault, Vuitton et autres richards).

      Les rencontres qui se sont multipliées ces dernières années entre art contemporain et art brut sont peut-être responsables de ces mariages curieux qui naissent actuellement. Profane me paraît en être un exemple. On y trouve des articles (généralement courts et rapides à lire, ce qui est appréciable dans ce monde "communicant" et envahi de bavardage) sur la photographie amateur, sur des collections ou des pratiques en lien avec l'art populaire (la cochliophilie, c'est-à-dire la collectionnite des cuillers, la lucieextinguophilie (la collection des éteignoirs de chandelles), les coiffes bretonnes, les collecteurs de poésie naturelle...), les couronnes de palmes tressées en Corse pour le jour des Rameaux par exemple), mais aussi sur des créations d'autodidactes (patchworks en tissu, créatrice de tapis, fabricant japonais de figurines en papier), et des évocations de dadas parfois insolites (les fondus qui se rassemblent pour évoquer leur passion pour les palmiers par exemple).

amateur,revue profane

Sculpture de Jacques Servières, vallée de la Dhuys, photo de l'association Gepetto (Musée des amoureux d'Angélique, Le Carla-Bayle, Ariège), 2011 (photo non reproduite dans la revue Profane) ; cet artiste apparemment autodidacte, mais tout aussi apparemment non dénué de culture artistique (goût pour l'onirisme et les arts visionnaires ? On pense un peu aussi aux sculptures géantes du parc de Bomarzo ou à celles de la Villa Palagonia en Italie), récupère des pierres d'un pont bombardé pendant la guerre dans la région ; ses œuvres, de proportions conséquentes, émaillent les berges de la Marne, proposant une promenade fort séduisante...

 

      Outre des entretiens avec certaines personnalités (comme Hervé di Rosa, le "pape" de l'art modeste), les articles qui m'intéressent le plus sont ceux consacrés par exemple dans le n°2 de la revue à l'appartement de Boris Vian, Cité Véron (on nous indique dans la revue un contact pour aller le visiter), dont je n'avais jamais eu l'occasion personnellement de voir des photos, ou encore aux sculptures surréalisantes-naïves de Jacques Servières, installées en plein air le long de la Marne du côté de Lagny, "à quelques pas de Disneyland", avec qui elles n'ont rien à voir (petite critique cependant ici, les photos choisies pour illustrer l'article sont toutes  soit des détails soit des gros plans, aucune ne donnant le contexte plus général dans lequel s'insèrent les  statues).

amateur,revue profane

Sur cette page du n°2 de la revue Profane, nous est présenté un tableau au naïf onirisme de Robert Véreux (on n'en voit pas souvent, personnellement, c'est la première fois que j'en vois une reproduction), intitulé Grands-pères volants, encore installé aujourd'hui dans l'appartement de Boris Vian ; l'auteur de l'article sur celui qui signait parfois "Bison Ravi" ne paraît pas connaître le nom véritable de Robert Véreux (dont le nom à lui seul était déjà une promesse de pastiche et de supercherie...), en réalité un certain docteur Robert Forestier (1911-1969), comme l'a signalé Lucienne Peiry dans son ouvrage de 1997, L'Art brut (voir la notice à lui consacrée p.300); il s'était fait passer aux début  de la constitution de la collection de l'Art brut de Dubuffet, auprès de Michel Tapié, pour un faux "malade mental", créateur autodidacte, mais pour le coup véritable peintre naïf visionnaire, producteur d'une œuvre qui mériterait d'être plus connue...

 

     Mon attention a été attirée sur cette revue par Pascal Hecker, le libraire de la Halle St-Pierre à Montmartre que je remercie ici par la même occasion (on trouvera bien entendu la revue avant tout dans cette librairie). Le n°1 contenait aussi un article non signé évoquant –croyait son auteur– "pour la première fois" les peintures d'un anonyme seulement désigné par ses initiales: "A.G.". Quelle ne fut pas ma surprise de reconnaître sous ce monogramme (il est vrai, seule signature que l'on retrouve apposée sur ses petits tableaux sur supports récupérés) "mon" Armand Goupil, dont je  m'évertue depuis plusieurs années à faire connaître, et reconnaître, l'œuvre tendre et humoristique restée cachée pendant plus d'une trentaine d'années après sa disparition (1964) et celle de son épouse (1988)... L'article du n°1 commettait quelques petites erreurs et approximations, comme celles qui consistaient à le présenter comme "médecin", peignant uniquement au revers de boîtes de lessive des œuvres qui n'auraient été réalisées qu'entre "1957 et 1963", œuvres qui seraient toutes la propriété d'un "collectionneur bruxellois amoureux de l'art brut"...  Tout ceci n'était pas exact. En réalité, il semble que ce soit plus d'un millier de peintures réalisées sur des supports infiniment plus variés qui sont aujourd'hui dispersées chez plusieurs collectionneurs et brocanteurs (j'en possède moi-même un certain nombre).

amateur,revue profane

Armand Goupil, Seule dans les bois, 17-XI-1952, marqué "n°57" au verso, photo et coll. Bruno Montpied

 

     Je proposai donc à deux animateurs de la revue de rétablir quelque peu les faits pour leur n°2, ce qu'ils acceptèrent avec la meilleure grâce du monde. J'ai ainsi pu donner le nom complet de cet autodidacte de l'art, et donner plus d'éléments véridiques à son sujet, comme les dates de sa création (il touchait depuis sa jeunesse à la peinture, mais sa production s'envola en flèche à partir de sa mise à la retraite en 1951, se poursuivant jusqu'à sa mort en 1964, où il fut victime d'un AVC). Mon article s'intitule A.G.? Armand Goupil et son théâtre intime. Je renvoie tous les amateurs à lui...

16/04/2016

Benoît Jaïn et les galets

     Bon sang ne saurait mentir, faut croire... Benoît Jaïn est le petit-neveu du sculpteur Pierre Jaïn, connu dans l'art brut pour ses sculptures sur os et sur bois qui ont fait l'objet de plusieurs expositions. Actuellement, dans le nouvel espace consacré à Jean Dubuffet, à la Collection de l'art brut de Lausanne, quelques pièces ont été sorties des réserves.

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Os sculpté par Pierre Jaïn, dans la main de Benoît, son petit-neveu, ph. Bruno Montpied, 2013

     Benoît, depuis pas mal d'années, travaille à la mémoire de ce grand-oncle autodidacte passionné de théories mystiques, de folklore breton, et de sculpture d'après des matières parlantes comme les souches de bois où il voyait, par exemple la procession de la Grande Troménie du Locronan tout proche de son domicile (il habitait Kerlaz dans le Finistère), ou un Diable près d'une femme... Il sculptait aussi le granit et jouait d'une batterie bricolée dans son jardin. Il recourait à une culture grandement reconstruite par lui à partir d'éléments glanés dans son environnement. En Bretagne, les nuées, les roches, les arbres, tout parle avec force. On ne compte plus les poètes, savants ou non, qui glanent le long des grèves, algues, galets, bois flottés, épaves en tous genres. C'est un genre à lui tout seul, cet art sur épaves, il y a même eu il y a quelques années une biennale qui s'était spécialisée dans les arts de la récup' sur plages, "brut de pinsé", cela s'appelait. Aller au pinsé, c'est glaner sur l'estran, l'espace de plage d'où la mer s'est retirée.

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Os du stock de Pierre Jaïn, interprété par Bruno Montpied, titre: Os osé, ph. B.M., 2013

 

      Benoît, faut croire que ça le travaillait, cette méditation de son aïeul, et plus généralement, cette passion bretonne (ou non) pour les matériaux de rivage, cela a dû infuser en lui. Et puis, on s'est aussi rencontré, on est devenu amis, et moi aussi je dessine sur galets, plus rarement sur bois. Dernièrement, il m'a montré un stock d'os que son grand-oncle avait stockés, sans avoir eu le temps ou l'inspiration pour les interpréter, et il m'en a donné un, que j'ai interprété à mon tour et que je lui ai renvoyé en cadeau. Des galets, il n'a qu'à se baisser pour en ramasser, même si, comme il ne doit pas être seul à le faire, il y a maintenant de plus en plus d'arrêtés de pris pour interdire ce glanage. Et voici que Benoît a cédé lui aussi au démon de la peinture sur galets, marqueurs Posca en main, avec ce plaisir supplémentaire qu'il n'a pas hésité à se donner, celui de trouver des titres qui excitent l'imagination. Cela donne les résultats suivants :

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Benoît Jaïn, Yaniig an naod (Petit Jean du rivage), 2016

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Benoît Jaïn, Paré pour danser, 2016

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Benoît Jaïn, Monocorne de Lorette, 2016

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Benoît Jaïn, Crooner crâneur, 2016

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Benoît Jaïn, Inquiétude fardée, 2016

14/02/2016

Création Franche n°43 où les inspirés du bord des routes sont de retour

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Le n°43 d'une revue fondée en 1989

 

    Voici le nouveau numéro de Création Franche, revue bi-annuelle, un numéro au printemps, un numéro en hiver... Disponible sur abonnement, ou directement au Musée de la création franche à Bègles, et de temps à autre à la librairie de la Halle St-Pierre, Paris 18e ardt...

   Au sommaire − en dehors de l'édito du directeur, Pascal Rigeade, qui, cette fois-ci, nous présente le nouveau rendez-vous du musée, appelé de façon très branché "le Lab" (qui, d'après ce que j'en ai compris, souhaite révéler le dialogue que noueraient telle ou telle œuvre de la collection avec le contexte social, économique, culturel, etc, de sa production... Ambitieux programme...), et de l'article de Gérard Sendrey, l'ancien directeur, et fondateur du musée − on trouve cinq chroniqueurs extérieurs : Paul Duchein, Dino Menozzi, Denis Lavaud, Bernard Chevassu et moi-même. Les deux créateurs évoqués par Duchein et  Menozzi ne m'ont, je dois dire, pas beaucoup retenu. Non, je me suis plutôt attardé sur l'article de Bernard Chevassu qui propose une balade du côté des "racines et des rêves", autrement dit, de créateurs qui ont ce point commun de s'intéresser fortement aux formes suggestives de la nature, notamment arboricole. On y retrouve, au hasard des pages, quelques images des œuvres de Félix Gresset, personnage dont je n'avais plus entendu parler depuis une éternité, je crois bien que c'était dans une ancienne brochure de l'Aracine la dernière fois...

     En cherchant un peu dans ma documentation, j'ai finalement retrouvé une notice sur lui, illustrée de deux reproductions, dans le catalogue Art Brut, collection de l'Aracine, édité par le LaM, musée d'art moderne de Villeneuve-d'Ascq en 1997. Il y est dit que Gresset, ouvrier forestier dans le Jura, avait installé des personnages constitués de branches, de racines, ou bien encore de souches interprétées, devant sa maison, dans un village joliment appelé Chantegrue (un nom de lieu prédestinant là encore, sûrement). Ce qui me permet de le ranger parmi les créateurs populaires d'environnements chers à mon cœur. L'article de Chevassu vagabonde avec raison de façon agréable chez les assembleurs et interprètes amateurs (ou non : plusieurs de ceux qu'il cite paraissent plus "artistes") de poésie naturelle. On sait que, rien que dans la catégorie des créateurs autodidactes populaires, ils sont légion. On aime à ramasser du bois mort, ou des galets aux formes tourmentées, qui représentent d'étranges formes interprétables. C'est la manière que les fées et les trolls ont trouvée pour se perpétuer jusqu'à notre époque trop raisonnante. 

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Le jardin de Félix Gresset, photo parue dans Art brut, collection de l'Aracine (1997)

    Ce numéro de Création franche s'attarde plus que d'habitude chez les inspirés du bord de routes. C'est ainsi que l'on lit avec plaisir l'entretien que Francis David, l'émérite photographe du Guide de l'Art insolite dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie (Herscher, 1984), a donné avec bonne grâce à Denis Lavaud. Le dialogue revient sur le parcours de ce pionnier en matière de recherche d'inspirés, en nous révélant que c'est, entre autres, à la suite des expositions de Claude et Clovis Prévost que dès 1977 à Chartres, Francis David décida de s'intéresser de plus près aux habitants-paysagistes. Il y a en effet une chaîne de quêteurs d'inspirés du quotidien qui va, ininterrompue, depuis le début du XXe siècle (si l'on pense aux photographes anonymes qui nous ont gardé la trace par la carte postale de tant de sites du passé) jusqu'à aujourd'hui.

     Francis David, en plus de son travail photographique des années 1980, aurait très bien pu développer l'écriture, de façon tout aussi originale que dans sa photographie. Il s'est en effet rapproché des écrivains-voyageurs, si l'on se réfère aux quelques rares notes de balade (des vers en réalité) qu'il fit paraître dans le catalogue de l'exposition Les Bricoleurs de l'Imaginaire (Musées de Laval et de La Roche-sur-Yon, 1984). Ces dernières se terminaient par ces mots:

     "rouler jusqu'à la nuit / avec l'ivresse de ces courses et de ces rencontres / avec le vertige / d'avoir à délimiter / les fondations d'une tour de Babel / que des rêveurs s'acharnent / à bricoler pour nous / tous."

    Un Gabriele Mina, en Italie, s'est souvenu de cette tour de Babel dans le titre de ses livre et site web (Costruttori di Babele...). De même qu'un certain Bruno Montpied ne rougit pas de reconnaître qu'il a dû se souvenir des "bricoleurs de l'imaginaire" (cf. le titre du catalogue et de l'exposition initiés par Francis David), pour le film qu'il a écrit avec le réalisateur Remy Ricordeau, Bricoleurs de paradis...

Les Bricoleurs de l'imaginaire, F.David.jpg

    B.M., dans ce même numéro 43 de CF, a rapporté un petit reportage sur un environnement étourdissant, très atypique, qu'il est allé voir en Espagne, en compagnie de deux camarades, l'été dernier. Ce site incroyable, créé par un certain Julio Basanta, pour commémorer le meurtre de son frère, puis de son fils, par la police, à vingt ans d'intervalle, est imprégné d'un mysticisme légèrement délirant qu'il paraît fréquent de rencontrer chez nos voisins ibères. L'article aurait pu faire partie de la série de notes que j'ai commencée sur ce blog (intitulée − bien présomptueusement puisqu'il n'y a eu jusqu'ici, je m'en avise avec confusion, qu'un seul épisode s'y rapportant − "Journal de voyage en Espagne"), évoquant en pointillé cette dérive automobile en Espagne. Je ne me laisserai pas aller à évoquer cette création architecturale et sculpturale, car cela nous emmènerait trop loin. Publions juste une photo supplémentaire et renvoyons nos lecteurs qui voudraient en savoir plus vers la revue. Car la fin du papier par la lecture sur internet n'entre pas dans mes vues... 

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La "Casa de Dios" de Julio Basanta, ph. Bruno Montpied, 2015

  

 

07/01/2016

Le mystère de la chaussette en boule

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Sculpture involontaire, photo Bruno Montpied, janvier 2016

 

11/10/2015

Fondation de la collection de monographies "la Petite Brute"

     La Petite Brute, collection que je dirige, répond à une demande de l'éditeur de l'Insomniaque qui souhaitait qu'on lance une série de titres sur des créateurs d'art brut, ou d'art naïf inventif, ou d'environnements populaires du type de ceux dont je parle dans Eloge des Jardins Anarchiques (éditions l'Insomniaque, 2011), voire sur des thèmes en liaison avec les arts de l'immédiat (poésie naturelle, figures du fantastique social dans la rue, anonymes de l'art populaire, etc.). Chaque titre devant comporter un texte rédigé de façon primesautière, non universitaire, plutôt poétique et littéraire, suivi d'un album de reproductions.logo avec titre en arc-de-cercle.jpg

     Le choix des auteurs se portera avant tout sur des sujets choisis en dehors des circuits commerciaux de l'art, puisqu'il s'agit de mettre en lumière une créativité éparse dans la population, qui ne se destine pas nécessairement à faire l'objet d'un marché, mais qui se déploie plutôt dans le désir d'embellir la vie quotidienne, en la magnifiant, en l'enchantant, voire au passage en la critiquant, miroir installé sur le bord du chemin de la vie comme disait (à peu près) Stendhal...

 

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     Les deux premiers titres sortent cet automne. Mardi 13 octobre (l'ouvrage est du reste d'ores et déjà disponible à la librairie de la Halle Saint-Pierre), on trouvera en librairie Visionnaires de Taïwan de Remy Ricordeau, consacré à une demi douzaine d'environnements découverts par l'auteur dans l'île de Formose, en différents points de cette terre. On y rencontrera dans la neuve perspective proposée par Ricordeau notamment les œuvres de Lin Yuan qui avait été exposé il y a quelques années dans l'expo "17 Naïfs de Taïwan" à la Halle St-Pierre. Mais à côté de lui, se déploient également différentes autres créations parfaitement inconnues et inédites, prouvant s'il en était besoin que la création spontanée est une pratique des plus répandues dans le monde, les territoires de l'Asie n'en étant pas épargnés, et commençant à largement intéresser les amateurs et les chercheurs d'art brut (dont bien entendu les marchands toujours à l'affût et attentifs à être les premiers à poser le pied - et la griffe - sur les nouvelles œuvres découvertes).

 

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Bestiaire de Wu Tanlai, ph. Remy Ricordeau, 2014

 

    Le deuxième titre est de Bruno Montpied, votre serviteur, Andrée Acézat, oublier le passé. Il sera disponible en librairie à la mi novembre (le diffuseur de l'Insomniaque est désormais Les Belles Lettres). Acézat, j'en ai déjà beaucoup parlé sur ce blog, était une peintre secrète qui produisit durant une cinquantaine d'années dans la région bordelaise (elle vivait à Talence avec son mari Lino Sartori, devenu sur le tard et par contagion un sculpteur et peintre singulier autodidacte ; le livre montre également quelques-unes de ses œuvres) des tableaux d'une facture banale relevant de ce que l'on appelle la peinture de genre, nus, natures mortes, paysages du bassin d'Arcachon, etc. Elle se décida, peut-être par contrecoup d'un cancer, sur le tard à 70 ans, à tout rejeter pour se mettre à créer un cortège de figures grotesques, caricaturales inspirées des personnages qu'elle croisait dans sa vie quotidienne. Ses peintures prirent alors un aspect expressionniste naïf très singulier. 

 

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Andrée Acézat, sans titre renseigné, 65 x 50 cm, peinture sur toile, 1996, coll. privée, région bordelaise, ph. Bruno Montpied

 

 A signaler: les deux auteurs, Remy Ricordeau et Bruno Montpied signeront leurs livres respectifs, tout en dialoguant avec les amateurs, dans le cadre de l'Outsider Art Fair, sur le stand tenu par la librairie de la  Halle Saint-Pierre le samedi 24 octobre à 15h à l'Hôtel du Duc, rue de la Michodière, dans le IXe arrondissement de Paris.

(Si vous ne trouvez pas les livres chez votre libraire habituel, n'hésitez pas à le commander, le diffuseur étant les Belles Lettres)

06/09/2015

Des nains et un étrange "château d'arbre" en Chine

     En recherchant autre chose sur internet récemment, je suis tombé sur une curieuse petite note à propos d'un village où se sont regroupées une centaine de personnes de petit taille, comme on dit aujourd'hui en parlant le langage normé, donc des nains. Cela se passe à Kunming dans le Yunnan (sud de la Chine, région proche de la Birmanie). Si la note en soi m'intrigua sur le moment modérément, hormis tout de même le fait que ces personnages se sont construits des maisons en forme de champignons...,Village de nains ds le Yunnan.jpg ce qui m'a davantage surpris c'est la troisième page de la note parue sur un site de nouvelles relatives à la Chine. On voit tout à coup apparaître un "château d'arbre" plutôt saisissant. L'illustration me paraît cependant douteuse, cela ressemble assez à un photomontage. Je n'ai pas trouvé d'autre photo de cet arbre étrange. Si mes lecteurs ont une idée...

 

château d'arbre ds le Yunnan.jpg

Le "château d'arbre"...

 

     A y regarder de plus près cependant, ce village a été créé par une association dans un but touristique comme il est dit sur cet autre site web: "Il s'agit en fait d'une attraction touristique proposée par le Jardin écologique mondial des papillons de Kunming - 昆明世界蝴蝶生态园". Ses habitants sont des employés (salariés, 1000 yuans par mois, ce qu'on nous présente dans l'article comme un bon salaire), et le village a un directeur, nommé M. Wu.  Ce dernier rêve d'agrandir son parc à 600 nains. Il leur demande de faire des spectacles, de se déguiser en fées, papillons, lutins... Il se pourrait fort bien  que l'intention de l'association qui a créé cet endroit ne soit pas seulement fondée sur des mobiles bienfaisants, l'ensemble ressemblant plutôt à une base de loisirs proche dans l'esprit des baraques de foire où l'on exhibait autrefois des être difformes dans les fêtes foraines européennes, voire à ces expositions où l'on exhibait des indigènes "typiques" dans ce que l'on a appelé depuis des "zoos humains"... Assez débecquetant. Mais on me dira que les nains ont toujours trouvé refuge dans des spectacles de cirque au sein des univers forains et que cela représentait pour eux une bonne solution de survie contre ceux qui se gaussaient d'eux, voire les persécutaient (on se souvient des concours de lancers de nains).

27/02/2015

Corbeau roux

     Apparu tout à coup dans la déchirure d'un papier peint dans un atelier d'arts plastiques, sans qu'il y ait eu volonté de créer une figure apparemment (et après vérification auprès d'une animatrice de l'atelier), voici un drôle d'oiseau au long bec qui me regardait dans le couloir où j'étais tombé nez à nez avec lui. Personne n'y faisait attention. Il fallut le photographier et ainsi le recadrer pour que les autres personnes présentes ce jour-là admettent de le voir..

 

Corbeau dans une déchirure de papier peint, rue sambre et meuse Xe ardt, fév 15.jpg

Dans le Xe arrondissement, Paris, photo Bruno Montpied, février 2015 

18/02/2015

Vue sur les Alpes sans bouger de Paris

poésue naturelle, délire d'interprétation, paysages dans des taches, au delà du réel, visions, hallucinations

Les Alpes de ma fenêtre à Montmartre, ph. Bruno Montpied, janvier 2013 

24/11/2014

"L'autre de l'art": bref, l'art de l'immédiat

      Se tient actuellement au LaM une exposition, "L'autre de l'art"  (sous-titré "art involontaire, art intentionnel en Europe, 1850-1974", allusion transparente à un célèbre titre de recueil de Paul Eluard), qui, parallèlement à un des objectifs affichés dans le texte introductif du catalogue (dû à Savine Faupin, la commissaire principale de l'exposition), "brouiller les frontières entre art populaire et art savant", apporte du nouveau sur divers plans, du moins si l'on s'en rapporte au catalogue publié à cette occasion (mais l'expo qui s'y rapporte doit être bien belle et riche si l'on s'en rapporte à ce ramage). Apporte du nouveau et me confirme personnellement dans mes choix, tels que défendus sur ce blog entre autres. Que ce genre d'exposition, qui a retenu plusieurs découvertes accomplies au cours de l'histoire du mouvement surréaliste, puisse aujourd'hui se monter a de quoi nous rassurer.

     On pourrait croire ainsi, lorsqu'on lit le catalogue dans l'ordre, "traumatisé" qu'on est par les expos d'art brut parisiennes de ces temps-ci (à la Maison Rouge, galerie Christian Berst, galerie Agnès B....) où un méli-mélo art brut/art contemporain s'esquisse, qu'on cherche aussi à Villeneuve-d'Ascq, de prime abord, à conduire l'amateur d'art brut et autres langages hors-normes dans des contrées singulièrement embrouillées, où art brut et art contemporain, c'est kif-kif —histoire au fond de régénérer le marché de l'art tout simplement (car quelle autre tactique en définitive se cache derrière de tels discours, le capitalisme cherchant perpétuellement de nouveaux profits?). Au LaM de Villeneuve-d'Ascq, dont je me demande toujours s'ils ne sont pas trop embarrassés d'avoir à gérer trois collections aussi différentes que celles d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut, l'on parle volontiers de transdisciplinarité, de passerelles, de transversalités. C'est un peu obligatoire, étant donné une collection à trois visages. Mais je me demande si ce ne sont pas que des mots, et si cela ne débouchera pas à la longue sur un grand magma, un grand foutoir où une chatte ne retrouvera plus ses petits. Je parle au futur, mais j'ai bien l'impression que c'est déjà en place ailleurs, on a atterri dans un nouveau paysage de l'art qui ressemble furieusement aux banquises actuellement en pleine débâcle, des pans entiers se mettant  à dériver ici et là...

 

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     Mais passons les préfaces, les introductions et les intentions (peut-être exprimées de façon seulement stratégique) et regardons de plus prés certains chapitres, en s'intéressant moins aux tentatives d'annexion de "l'autre" par l'art qu'à cet art de "l'autre", un art qui ne se pare pas toujours du nom d'art, et qui se manifeste en dehors des systèmes artistiques conventionnels, au cœur de nos vies quotidiennes. En fait, à suivre petit à petit le catalogue, on s'aperçoit progressivement qu'on nous emmène du côté de ce que j'appelle depuis le début des années 90 l'art de l'immédiat. Et cela, ce n'est pas du tout la même tisane que celle qu'on tente de nous vendre à Paris!

 

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Dessin d'Auguste Forestier exposé aux "Chemins de l'Art Brut VI" à St-Alban-sur-Limagnole en 2007 

 

     Savine Faupin nous parle de ses recherches sur des psychiatres d'avant-garde tels que Maxime Dubuisson à l'asile de Braqueville (le bien nommé...) à Toulouse (grand-père de Lucien Bonnafé, qui conserva les albums de dessins des pensionnaires des hôpitaux où son aïeul avait travaillé, dont les splendides dessins d'Auguste Forestier, avec leurs personnages aux chapeaux extravagants), ou le docteur Benjamin Pailhas dans son asile du Bon Sauveur d'Albi. On avait peu d'informations au sujet de ces deux-là jusqu'à présent.

Sns titre (la Vierge à moitié cuite, GC), 23x16cm.jpg     Claire Margat publie dans ce même catalogue une savante étude sur la collection de Georges Courteline, son "musée des horreurs" rebaptisé à la fin de sa vie - par une sorte de repentir? - "musée du labeur ingénu", collection d'œuvres naïves (dont un tableau du Douanier Rousseau, ou ci-contre un anonyme, auteur, selon la légende rédigée stupidement par Courteline, d'une "Vierge à moitié cuite"...) construite par lui à la fin du XIXe siècle  tout à la fois par fascination et dérision envers les réalisations de ces peintres autodidactes (j'y reviendrai dans une note ultérieure). Curieuse attitude de l'humoriste en question qui achetait trois fois rien, pour s'en moquer, secrètement intrigué par ailleurs, des tableaux aux perspectives étranges, aux objets rendus ambigus par des peintres amateurs qui s'attachaient peut-être plus au retentissement psychologique de ces objets sur leur esprit qu'à leur représentation photographique, ce que Georges-Henri Luquet appela intelligemment un "réalisme intellectuel", terminologie plus précise qui aurait dû supplanter le terme "d'art naïf", mais rebuta finalement car peut-être pas assez "vendeuse"... Claire Margat s'attache avant tout à ce paradoxe du collectionneur qui collectionne des œuvres pour marquer sa distance vis-à-vis d'elles. Elle trace dans son étude de savantes arabesques autour de cette ambivalence, qui se résume plutôt, en ce qui me concerne, à la position bien sotte d'un humoriste bourgeois ne comprenant rien à une tendance de la représentation qui commença au XIXe siècle à se faire remarquer, débordant les vieilles lunes de l'art académique. Comme l'art brut aujourd'hui peut-être se fait remarquer de même, dépassant un art contemporain à bout de souffle. A noter que l'étude en question réussit l'exploit de ne nous montrer que très peu de reproductions des peintures de la collection Courteline, alors qu'il en existe, certes cachées dans les bibliothèques et les archives , et au moins dans le catalogue de la vente finale de la collection à la galerie Bernheim en 1927, ainsi que dans un numéro plus  ancien de la revue Cocorico (le n°39 du 15 août 1900, numéro entièrement consacré à la collection de l'humoriste), où Courteline avait déjà publié les mêmes commentaires goguenards et pince-sans-rire que ceux qu'il inséra dans le catalogue de la vente chez Bernheim (ce qui doit nous montrer qu'en dépit du nouveau terme dont il baptisa sa collection à la fin de sa vie, il n'avait pas changé d'un iota en ce qui concerne le jugement à son propos).

 

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Peintre non identifié, sans titre (une baleine émergeant sous des anges et toutes sortes d'engins volants), 27 x 36 cm, ancienne collection de Georges Courteline, reproduction d'après une méchante photocopie en noir et blanc...

 

     Le catalogue nous parle des graffiti, et aussi du griffonnage, des dessins dits de "téléphone", tous ces croquis spontanés que tout un chacun exécute machinalement  en marge de réunions de travail, ou de cours d'étudiants. Roger Lenglet donne dans le catalogue un article fort stimulant sur ce domaine (où il ne se cantonne pas à vanter le griffonnage mais attire notre attention sur la valeur esthétique des mâchouillements, triturations nerveuses, chantonnements machinaux, tout un patrimoine qui s'efface à chaque instant...). On sait qu'il fut l'auteur d'un ouvrage sur Le Griffonnage, esthétique des gestes machinaux aux éditions François Bourin en 1992, où il donnait nombre d'exemples iconographiques de ces fameux griffonnages.l'autre de l'art,lam,savine faupin,art populaire et art savant,art naïf,art immédiat,musée du labeur ingénu,musée des horreurs,graffiti,poésie naturelle,pierre dhainaut,tristan tzara,poésie activité de l'esprit,auguste forestier,maxime dubuisson,benjamin pailhas,dessins d'enfants Ce genre de regard empathique avec ces dessins compulsifs est aujourd'hui possible en grande partie grâce aux surréalistes qui dès les années 20, dans leurs revues, attiraient l'attention sur les griffonnages des buvards de conseils de ministres... On sait aussi que des collectionneurs engrangent parfois au milieu de leurs collections d'œuvres dûment estampillées œuvres d'art des figurations cahotiques sur cartons, voire des planches de pupitres zébrées de graffiti poignants, qui sont autant de palimpsestes de générations d'élèves griffonneurs, autant d'automatistes qui s'ignorent...

 

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Trois sous-main en bois griffonnés par des élèves en marge de leurs cours, coll. privée, région parisienne, ph. Bruno Montpied 

 

 

      Pierre Dhainaut signe pour sa part dans le catalogue deux articles, l'un sur Tristan Tzara et sa défense de la poésie qui n'est pas seulement "expression écrite" mais aussi et avant tout "activité de l'esprit", ce qui permit au poète dadaïste d'accueillir à bras ouverts à la fois la poésie phonétique —notamment celle qu'il trouvait dans la poésie africaine— et l'art produit à l'occasion d'une rupture mentale comme ce fut le cas lorsqu'il écrivit un texte sur le peintre suédois Ernst Josephson. Ce dernier bouleversa de fond en comble son esthétique jusque là classique  en renouveau visionnaire à la faveur d'une période de folie.

 

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Monographie sur Josephson avec texte de Tzara (assez court), éd. Pierre-Jean Oswald, 1976

 

      Le second article de Dhainaut —dont il faudra bien un jour songer à réunir tous les textes extrêmement éclairants qu'il a donné sur les créateurs d'environnements, l'art naïf, les écrits bruts, les arts spontanés en général (on en trouve dès les années 70 à ma connaissance ; il rappelle que c'est André Breton qui lui apprit à voir l'art naïf)— son second article a trait à l'Anthologie de la poésie naturelle, cet excellent livre de 1949 que Camille Bryen et Alain Gheerbrant consacrèrent à la poésie involontaire telle que l'avait cernée en 1942 Paul Eluard (qu'il mettait en parallèle avec la poésie dite intentionnelle des écrivains patentés). Il s'agissait de la poésie des graffitis, trous dans les vitres, lézardes des murs, inventions loufoques d'autodidactes visionnaires comme il s'en était déjà rencontré dans les années 30 dans le film de Jacques Brunius, Violons d'Ingres ou dans la revue Minotaure.l'autre de l'art,lam,savine faupin,art populaire et art savant,art naïf,art immédiat,musée du labeur ingénu,musée des horreurs,graffiti,poésie naturelle,pierre dhainaut,tristan tzara,poésie activité de l'esprit,auguste forestier,maxime dubuisson,benjamin pailhas,dessins d'enfants

     L'enfance et ses dessins sont également convoqués dans le catalogue, et notamment dans leur rapport avec le groupe Cobra qui n'hésitait pas à se laisser influencer, comme Gaston Chaissac isolé dans sa Vendée de bigots, par les tracés bruts de décoffrage des enfants tout entiers à ce qu'ils tentent de représenter et producteurs de tracés simples et sobres, aux raccourcis saisissants.

 

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Œuvres éphémères en pâte à modeler créées par des enfants de 6 ans, ph. BM, 2008

 

    Bien d'autres sujets (j'oublie par manque de place de citer plusieurs autres références, comme par exemple le chapitre dû à Béatrice Chemama-Steiner sur des pierres sculptées sauvées de justesse, vestiges d'un mur taillé  par un pensionnaire de l'asile de Sotteville-lès-Rouen, Adrien Martias, entre 1932 et 1943 -date où il meurt parmi les 40 000 malades mentaux français morts de malnutrition pendant l'Occupation suite à un abandon programmé de leurs rations par les autorités vichystes), bien d'autres sujets sont évoqués dans cette expo qui s'avère décidément très excitante, et laisse à penser finalement qu'au LaM, on parvient avec maestria à gérer de front collections d'art moderne et collections d'art brut, puisqu'on le fait dans le respect de chaque corpus.

24/09/2014

Deux petits événements à retenir pour les "Happy few"

      Cette semaine, j'ai oublié de les mentionner, il y a deux rendez-vous.

     Le premier, c'est sur Radio-Libertaire demain matin (jeudi 25 septembre) de 10h30 à midi dans l'émission Chroniques Hebdo animée par Gérard Jan. Je suis invité à causer de ma participation à l'exposition actuelle de la Halle Saint-Pierre "Sous le vent de l'art brut 2, la collection De Stadshof", de l'animation du présent blog et aussi de mon article paru sur les bouteilles malicieuses du couple Beynet dans le n°3 de la revue L'Or aux 13 îles.

 

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Bouteille de Louis et Céline Beynet, des filles et des monstres, coll. BM

 

     Et le deuxième événement, quel art de la transition, n'est-ce pas?, c'est justement la présentation de la revue L'Or aux 13 îles de Jean-Christophe Belotti à la librairie du Sandre, rue du Marché Ordener dans le 18e ardt de Paris vendredi soir. Tous les amateurs de cette splendide revue sont cordialement invités à venir boire un coup et discuter avec les collaborateurs de cette revue. Voir le fichier PDF en lien ICI.  

12/04/2014

Art brut à Taïwan (4): Le jardin en folie d’un aborigène Amei, par Remy Ricordeau

Le jardin en folie d’un aborigène Amei

 

aborigène amei,aborigènes de taïwan,art brut taiwanais,environnements spontanés,poésie naturelle      Après avoir traversé la montagne d’Ouest en Est, je suis arrivé sur la côte pacifique de Taiwan. La région qui s’étend de l’estuaire des gorges de Taroko, un peu au nord de Hualien, jusqu’à la ville de Taidong, plus au sud, est une zone de peuplement aborigène. Jusqu’à sa sinisation plus ou moins forcée à l’époque de la colonisation japonaise (de la fin du XIXe siècle à la fin de la seconde guerre mondiale), la région était essentiellement habitée par les aborigènes Amei. Si à l’époque moderne beaucoup d’entre eux ont dû s’exiler pour chercher du travail en ville (le plus souvent comme manœuvres sur des chantiers de construction), beaucoup ont gardé des attaches avec la terre de leurs ancêtres et reviennent s’y établir à l’âge de la retraite. C’est le cas de Wu Tianlai qui, issu d’une famille de paysans Amei, avait quitté sa région pour gagner sa vie comme jardinier sur les terrains de golf à Taiwan et ultérieurement au Japon avant de revenir s’établir sur sa terre d’origine.

 

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Portrait de Wiu Tianlai par son fils Wu Zhexiong, DR

 

    Empreint de la culture traditionnelle Amei très respectueuse de la terre, dans le sens symbolique communautaire autant qu’écologique du terme, il avait hérité d’un terrain en bordure de mer au lieu-dit de la montagne aux buffles (Niu shan).

 

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Wu Tianlai, Le buffle en matériaux naturels trouvés et assemblés, mis en situation au-dessus de la propriété, photo Remy Ricordeau, 2014

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Wu Tianlai, entrée du site, ph. RR, 2014

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Wu Tianlai, côté plage, l'arbre à tongs, ph. RR, 2014

 

      Il y a plus d’une vingtaine d’années, il entreprit de le mettre en valeur en l’agrémentant de quelques-uns des nombreux bois flottés trouvés sur les plages environnantes. Dans un premier temps, il se contenta de les choisir en fonction de leurs formes suggestives sans autres interventions de sa part. Mais dans un second temps il se prit au jeu de les transformer légèrement en ajoutant quelques traits de peinture ou en effectuant quelques entailles sur le bois pour accentuer les formes qu’il voulait faire apparaître.aborigène amei,aborigènes de taïwan,art brut taiwanais,environnements spontanés,poésie naturelle

     Doué d’un goût certain dans le choix de ses matériaux et d’un sens de l’humour non dénué de provocation, l’âge de la retraite venant,  il décida de diversifier ses activités créatrices. Renouant avec la tradition totémique de ses ancêtres, il réalisa quelques sculptures de grande taille. Mais ce retour à la tradition s’effectua en vérité pour mieux la transgresser car beaucoup de ces sculptures sur bois comportent en effet des connotations grivoises assez peu orthodoxes. Ainsi prenait forme petit à petit un jardin en liberté dont il avait rêvé au cours de sa vie de jardinier salarié. Pour parachever le bestiaire qu’il s’était déjà créé, il s’initia enfin au travail du ciment afin de réaliser des pièces trop volumineuses pour être exécutées en bois.

 

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Wu Tianlai, une partie du bestiaire, ph. RR, 2014

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Wu Tianlai, l'intellectuel..., ph. RR, 2014

 

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Wu Tianlai, I love you, ph. RR, 2014

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Wu Tianlai, le diable en érection, ph. RR, 2014

 

     Fidèle à sa philosophie il sensibilisa son fils, Wu Zhixiong, à la nécessité de respecter le lieu et lui transmit le terrain pour lui permettre d’y vivre en ouvrant un café et un gîte afin d’y recevoir des visiteurs de passage. Lorsque je m’y suis rendu, ceux-ci étaient peu nombreux. Wu Tianlai et son fils étaient en outre absents, partis pour la journée effectuer quelques travaux à l’extérieur. Seule sa belle fille présente pour servir les clients put répondre à quelques-unes de mes questions. Elle m’expliqua que depuis plusieurs années déjà père et fils travaillaient de conserve à l’entretien et à l’embellissement du jardin. Elle me raconta qu’un an auparavant une partie des sculptures en bois avaient été détruites par un incendie consécutif à un court circuit. Depuis, le père et le fils avaient mis les bouchées doubles pour créer de nouvelles sculptures ou, tirant partie des œuvres en partie calcinées, avaient réussi à les intégrer de nouveau au jardin afin de rendre le lieu à sa magie originelle. Aujourd’hui, le fils étant devenu aussi créatif que son père, le jardin pouvait donc être considéré comme une œuvre conjointe.

 

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Wu Tianlai, sculpture calcinée, ph. RR, 2014

 

 

       Dans ce décor grandiose entre mer et montagne, il émane de ce jardin de la montagne aux buffles un souffle magique étonnant empreint d’une grande sérénité. L’originalité du  lieu me semble tenir au fait qu’il relève autant de la poésie naturelle que de la création brute. Mais foin de catégorisation car du fait de l’origine ethnique de ses créateurs, il est également un exemple intéressant de ce que l’on pourrait appeler un art populaire transgressif ; c'est-à-dire d’un art populaire qui s’est émancipé des caractéristiques  traditionnelles dont ses créateurs se sentent par ailleurs héritiers. Ainsi l’avenir de l’art et de la culture Amei passe assurément par le jardin de la montagne aux buffles.

       Remy Ricordeau

12/01/2014

Araignées au plafond

     Je suis sur le point de quitter ma chambre d'hôtel à Périgueux, et je ne sais pourquoi, alors que je n'ai aucune raison de le faire, et que je ne l'ai pas fait depuis que je suis entré dans cette chambre la veille au soir, je lève les yeux au plafond, peut-être pour faire le tour complet de ce que j'aurais pu oublier (d'ailleurs j'oublierai quelque chose: la clef). Et qu'est-ce que je découvre? Ces deux araignées-là, ou plutôt ces deux soleils, ces deux étoiles...

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Etoiles, araignées ou soleils créés par cloquage sur plafond, ph. Bruno Montpied, Périgueux, 2013

26/11/2013

Une étrange roche sculptée en forêt de Fontainebleau

 Cette note contient une mise à jour datée du 28 novembre

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Forêt de Fontainebleau, Roche de la Chouette (la Belle-Mère), tamponnée et datée au verso de 1930

 

   Curieuse carte postale, curieuse photographie sans nom d'auteur que voilà... L'intérêt de cette image à mes yeux étant que l'on n'a pas seulement affaire ici à une de ces photos de formes naturelles pittoresques sur lesquelles l'éditeur de la carte aurait plaqué une interprétation plus ou moins reconnaissable. On a en plus une action accomplie par une main anonyme qui à l'aide d'un ciseau de sculpteur a façonné la roche de façon, justement, à caractériser une interprétation de départ. Cette "Roche de la Chouette", ou cette "belle-mère", a été visiblement orientée par le sculpteur resté anonyme. C'est une démarche tout à fait voisine de celle de l'abbé Fouré qui sculpta au tournant des XIXe et XXe siècles les falaises de Rothéneuf près de St-Malo. Dans ce massif de Fontainebleau, ce genre d'interprétation visionnaire est comme on sait très commune (on se reportera au Guide de Fontainebleau Mystérieux de René Alleau publié en 1977 dans la collection des Guides Noirs des éditions Tchou-Princesse, qui entre parenthèses ne mentionne pas cette roche curieuse). Par contre, parmi toutes les roches surnommées en fonction des images que tel ou tel croyait y reconnaître (l'Eléphant, la tortue, etc.), il me semble qu'on en relève fort peu qui aient été accentuées par la sculpture, voire la peinture, et qu'on aurait pu ranger entre land art et art brut.

    Aux Gorges de Franchard, en forêt de Fontainebleau, moi qui connais assez bien le coin pour le visiter depuis des lustres en compagnie de nuées d'enfants des centres de loisirs parisiens, je n'ai jamais vu cette roche. La carte est datée de 1930. Ce n'est pas si éloigné de notre époque, et donc on peut raisonnablement espérer que la roche existe encore aujourd'hui. Mais où se trouve-t-elle exactement? Je pars à sa poursuite...

*

     Inutile de partir en quête, mes lecteurs s'en chargent presque aussi sec, et leur hâte me fait chaud au cœur... Un(e?) certain(e?) Dan me renvoie donc dans les commentaires (voir ci-dessous) à un site qui recense les roches de la forêt, et bien sûr on y apprend que la roche de la Chouette existe toujours, la voici donc:

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Etat 2012, site web sur la Forêt de Fontainebleau

 

     Le profil de "la belle-mère" a disparu, mais pas l’œil qui peut-être, cavité naturelle de forme comme bridée, donna l'idée au sculpteur anonyme des années 20-30 de poursuivre le profil en le taillant plus réalistement. Donc, de deux choses l'une, soit ce profil a disparu par usure, soit ce ne fut qu'un trucage. Et pour faire la part entre ces deux hypothèses, j'ai l'impression que mes lecteurs risquent de s'y casser les dents cette fois...

     Dernières précisions quant à la date de 1930. Elle est apposée au bas du texte en cinq mots de l'expéditeur de la carte au verso, et elle figure sur le tampon également. Mais cela ne suffit pas en effet. La carte a pu faire partie d'un lot qui publié auparavant ne s'était pas encore complètement écoulé en 1930. On sait que les textes en cinq mots ne furent permis qu'à partir de 1909... Et que certaines cartes furent réimprimées plusieurs années après le cliché original, c'était en effet une pratique commune dans les années 30. Cela expliquerait peut-être que l'on ne trouve pas de nom d'éditeur à côté de la légende (on ne voit qu'un logo, un dragon...). Donc la photo peut dater d'avant les années 30.

09/09/2013

Chemin faisant, qu'est devenu ce petit musée des années 70 entre Saint-Chinian et Assignan?

         Jacques Lacarrière évoque avec émotion et sympathie, dans cette bible de la randonnée en France qu’est son livre Chemin Faisant, au détour de quelques pages, "prés du hameau de Tudéry, entre Saint-Chinian et le village d’Assignan", un petit musée voué à la poésie naturelle que lui fit visiter un vieillard d’un autre temps (ce temps des ruraux païens se suffisant presque à eux-mêmes, tels qu’ils sont décrits dans les nombreux ouvrages de Raymond Humbert,  fondateur du musée rural des arts populaires de Laduz dans l’Yonne). Un petit paysan d’autrefois que la chasse aux rouges-gorges, dans son pays, révulsait et qui avait accumulé dans un local toutes sortes de vestiges de la création naturelle. Il était aussi guérisseur à l’occasion.

         Voici ce qu’écrit Lacarrière, entre autres :

         « Devant la maison, sous la treille, je découvre tout un amoncellement de pierres aux formes étranges, de fossiles, un petit reposoir abritant une Vierge faite de calcaires coralliens, portant les empreintes étoilées de polypiers et madrépores fossiles. A côté, une sculpture faite, elle aussi, de ces pierres ouvragées par l’eau, simplement empilées et liées par un léger mortier. Elle représente un homme en marche tenant un chien en laisse. (…) Il y a là des minéraux, (…) des racines aux formes de mandragores, des coquillages, des pierres colorées. Avec certaines, il a construit de petites figurines, dressé des personnages gnomiques ou féeriques, esquissé des scènes rudimentaires, tout un théâtre de bois, de nacre, de coraux, de paysages imaginaires. Le plus curieux, c’est que ce paysan autodidacte n’a rien lu, ne sait rien de précis sur tout ce qu’il possède. Chaque fois que quelqu’un vient, il le questionne, lui demande son avis, l’interroge sur l’origine de tel ou tel objet. Ainsi s’est formé son savoir : en parlant avec des inconnus. »

         Je ne sais s’il reste aujourd’hui, trente-six ans plus tard, quelque vestige de ce musée. Avis aux chercheurs, si vous passez par ici, n'hésitez pas à laisser quelque commentaire…

Bibliographie : Jacques Lacarrière, Chemin Faisant, mille kilomètres à pied à travers la France, éd. Payot, 1992 (Edition originale 1977, éd. Arthème Fayard) ; mille mercis à Cosmo Helectra qui m’a rappelé ce passage de Lacarrière et qui me signalait ces jours-ci que je pourrais en reparler ici, dans le prolongement de ma note évoquant le musée d'art naïf de Flayosc. Dont acte.

15/08/2013

Les contes de tradition orale et les environnements (1)

     Ce matin, j'ai envie d'entamer une petite série de références à la thématique contes et environnements spontanés. Comme ça, pour voir s'il y a beaucoup d'occurrences, et parce qu'aussi, étant récemment passé en Alsace, j'ai retrouvé un site qui possède plusieurs pièces en rapport avec le thème. Ce sera aussi l'occasion de mettre en évidence les passerelles qui peuvent exister entre culture populaire traditionnelle et environnements spontanés, art populaire contemporain.

 

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"La Clairière des Contes", Yalta, Crimée (Ukraine), cartes postales coll. Bruno Montpied


        Pour débuter, pour cette note, je vais revenir passablement en arrière, à l'époque de ma défunte revuette La Chambre Rouge. En particulier au dernier numéro (un double, le n°4/5, 1985). Régis Gayraud m'avait ramené d'URSS (c'était encore l'URSS à ce moment-là si je ne me trompe) un carnet de cartes postales, souvenirs de "la Clairière des Contes" à Yalta en Crimée. Ce carnet contenait dix cartes en couleurs, et dans la Chambre Rouge je décidai d'en reproduire une en noir et blanc, de plus en photocopie (en chapeau du sommaire de mon numéro).

 

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C'es cette carte que j'avais reproduite en noir et blanc dans La Chambre Rouge ; deux personnages aux trognes burlesques devisant gaiement

 

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La couverture du carnet de cartes postales ; les nains sur la photo paraissent vraiment trop démarqués de Walt Disney, comme s'il n'était plus possible après ce dernier d'imaginer les petits hommes qui portent secours à Blanche-Neige autrement... Du moins en Ukraine, c'était ainsi dans les années 80 de l'autre siècle...

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Ces trois petits cochons, adaptés à la sauce russe, avec balalaïka et petit accordéon, eux aussi paraissent un peu trop Disneyisés...


    Je ne crois pas avoir reçu d'explication à l'époque sur les légendes attachées aux sculptures que montraient ces cartes (apparemment si on regarde sur internet la "Clairière" existe toujours). Ce petit parc était apparemment organisé comme une base de loisirs à thème (si l'on se réfère à la vue des chalets ci-dessus, environnés d'un impressionnant cirque de montagnes). Etait-ce une collection de sculptures populaires? P't-être ben que oui, p't-être ben que non (en fait un peu des deux, mon général). Les styles de ces pièces paraissant variés, on pouvait inférer qu'ils n'étaient pas de la même main. Certaines statues, plus fantastiques que les autres, jouent avec les formes naturelles des bois choisis pour camper les sujets en rapport avec des contes. d'autres sont nettement plus réalistes, flirtant avec le kitsch.

 

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Qui est ce personnage coulant des joues...?

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Peut-être avons-nous affaire ici aux "musiciens de la ville de Brême"? (Eh bien, non! Voir le commentaire de Régis Gayraud au pied de cette note, il s'agit du conte "Quartette")


    En farfouillant sur internet,  on ne trouve pas grand-chose en français. A peine nous indique-t-on sur le site d'une agence de voyages ukrainienne, dans une notice rédigée dans un français approximatif, que ce fut un certain Pavel Pavlovitch Bezroukov qui initia ce site, ayant été rejoint ensuite par d'autres artistes (ce que j'avais subodoré). Régis Gayraud, appelé à la rescousse, m'a appris finalement qu'existait en russe un site web entièrement consacré à ce Musée de la Clairière des Contes. On y apprend - je crois Régis sur parole ici - que le nommé Bezroukov était un garde forestier fondu de contes de fée, si, si, et qu'il n'était pas un sculpteur professionnel (je parierais qu'il est l'auteur des personnages imaginés dans des formes de bois tourmentées)... Il avait bien fait appel à d'autres artistes. Les matériaux employés pour les sculptures évoluèrent au fil du temps, il n'y eut pas que du bois, mais aussi de la pierre, du verre, des matériaux recyclés, du plastique... A parcourir un peu au hasard ce site, on s'aperçoit que la Clairière a bien évolué, organisée différemment, que les Trois Petits Cochons ont été repeints et que le nombre, ainsi que le style des sculptures ont considérablement changé...

 

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Personnages du Magicien d'Oz, sculptures contemporaines de la Clairière des Contes


     Ce qui m'intéresse par ailleurs dans la thématique de ce parc, c'est le rapprochement que l'on pourrait faire avec d'autres pratiques, en l'occurrence celles de certains conteurs indiens, qui leur servent à narrer les récits traditionnels de leur pays, le Bengale occidental, lorsqu'ils dévident simultanément des rouleaux (appelés "patua") supportant des images elles-mêmes narratives, illustrant le conte raconté ou chanté. On peut en voir à Paris dans les collections du Musée du Quai Branly (qui ressemble à une contrepéterie).clairière des contes de yalta,régis gayraud,la chambre rouge,contes de tradition orale,contes et environnements spontanés,trois petits cochons,baba yaga,comptines,rouleaux patua,éditions rackham  Ce genre de racontée existe encore aujourd'hui (on peut en profiter pour signaler la belle édition réalisée en 2009 par les éditions Rackham qui ont édité sous forme de dépliant magnifiquement illustré (voir ci-contre), un patua intitulé Tsunami, d'après une chanson de Moyna et Joydeb Chitrakar composée au moment de la catastrophe survenue dans le Golfe du Bengale en 2004 ; d'après l'éditeur, il est précisé que ce livre conçu, sérigraphié et relié à la main par l'atelier des éditions Tarai à Chennai en Inde, serait le "premier rouleau patua édité sous forme de livre").

    On imagine facilement des criées aux contes organisées dans cette Clairière des Contes, les conteurs se déplaçant de saynète sculptée en saynète sculptée en fonction du conte à dire, chaque saynète jouant alors un rôle identique à celui tenu par les patuas dans les contes du Bengale.

(Suite à cette note, Henk Van Hes, sur son blog Outsider Environments Europe, rédigé en anglais, intéressé par Bezroukov, est allé quérir d'autres informations, voir ce lien)

06/05/2013

Iles, je jette mes chaussures par-dessus bord, car je voudrais bien aller jusqu'à vous...

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Photo Giorgio Furla, extraite du livre pour la jeunesse de Bruno Munari, De loin on dirait une île, éditions Delphine Montalant, Gand, 2002

         

     Cailloux roses ou translucides, bijoux d’un soir, de l’heure crépusculaire. La main, tentée tant de fois, cède par moments et cueille… Déception immédiate. Il faut les abandonner à leur écrin dans le sable comme du sucre roux, de même que furent répudiés ces brocs de bistrot dont les lettres désignant une marque d’alcool populaire avaient des caractères peints en bleu et saillant en léger relief. Ils avaient une si éclatante évidence qu’on aurait voulu en emporter un peu chez soi. Hélas, on se convainquait dans la minute suivante que, transplantés dans un autre décor rien n’en serait resté, le charme se serait enfui, comme celui d’une fleur coupée ou d’un insecte capturé.

         Ces petites pierres composent autant d’îles, autant d’œuvres d’art sous la lumière rasante du soleil au déclin, bleuissant les vagues, dorant la plage. Si profondément mariés à leur situation que la vie prend enfin sa valeur poétique, alors que le reste du temps elle serait plutôt cachée. La voici dévoilée, pleine comme fruit juteux, vie mûrie, enceinte de ses gouttes d’instants précieux.

         La plage est un tapis de cendres d’or, pailletée de signes trouvés, adorablement énigmatiques que seule la caméra pourra peut-être installer à tout jamais dans leur beauté vivante et en tant que telle fugace.

(Juillet 1988)

Munari De loin on dirait une île, 2002.jpg

Ce livre publié en 2002, peu connu de Munari, par ailleurs auteur original de la littérature jeunesse, cherche à propager le goût des pierres trouvées en bordure de plage, les comparant à des petites îles, montrant leurs dessins étonnants, révélant le parti qu'on peut en tirer grâce à nos projections imaginatives, en les interprétant, en les peignant, en les assemblant, en les mettant en scène... ; je suis sensible depuis fort longtemps à ce genre de recherche et j'ai donc souhaité aujourd'hui, sous un titre emprunté à un poème de Blaise Cendrars, allier l'évocation de ce livre à un texte que j'avais écrit en 1988 sur une plage du côté de Royan, en marge d'un petit film Super 8 que j'avais intitulé Ecrins de sable, entièrement consacré à la poésie des objets naturels trouvés sur le sable en bord de mer, film resté secret...


05/08/2012

Pierre Sourisseau sculpteur de souvenirs en chemin creux

     J'ai découvert un nouveau site de création en plein air dû à un autodidacte encore en Vendée, dans le même département que celui d'André Pailloux, ce bon Pailloux qui est en passe de devenir célèbre désormais depuis que ses coordonnées ont été jetées  en pâture au public (inconsidérément, je ne le répéterai jamais assez).

 

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Autoportrait du créateur Pierre Sourisseau en chef de chantier, ph. Bruno Montpied, 2012

         Le monsieur qui l'a créé depuis déjà quelque temps, depuis qu'il a pris sa retraite de maçon (encore un), s'appelle Pierre Sourisseau. Ses terrains où il a semé diverses sculptures et peintures, ainsi que des textes,  se situent dans la région des Herbiers, dans les terres donc. On peut donner son nom, car son travail, son œuvre, qui tiennent à la fois du mémorialiste et de l'artiste, tantôt naïf, tantôt réaliste (au point d'en être ici et là presque kitsch), sont assez particuliers pour qu'on tente de leur faire un peu de publicité. De plus, il a déjà fait l'objet d'une courte évocation dans un magazine diffusé à l'intention des retraités "entre Sèvre et Loire", le magazine Racines (article n°221 de juillet 2011 dû à Yvelise Richard).

 

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Vue d'une partie du petit musée de Pierre Sourisseau, 2012, ph. BM

 

         Grosso modo, il y a trois zones d'intervention. La première est en intérieur, il s'agit d'un petit musée où dans deux pièces, situées dans un petit bâtiment en annexe de son habitation principale, on trouve des peintures, des sculptures, et des objets divers, des textes visant à fixer les souvenirs de l'auteur, notamment de sa participation à la guerre d'Algérie durant un an, dans l'Oranais. L'autre grand sujet qui fascine M. Sourisseau étant les guerres de Vendée, ainsi que les filiations qu'il entretient via la lignée de sa femme avec les acteurs vendéens de ces conflits de l'époque révolutionnaire, notamment avec un certain Charles Deslandes. Il a établi l'arbre généalogique de sa famille en lien avec cette histoire (arbre illustré d'un tableau naïf).

 

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Pierre Sourisseau, peinture dans son petit musée, scène de la guerre de Vendée, ph.BM, 2012

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Pierre Sourisseau, souvenir de la guerre d'Algérie

 

      Un parallèle curieux entre ces deux séries d'événements s'est esquissé par la suite en moi lorsque je revisitai les photos que j'ai faites de ces œuvres. C'est étrange comme les soldats républicains venant menacer les paysans vendéens dans certaine peinture de Sourisseau paraissent ressembler aux soldats français face aux Arabes d'Algérie. Il s'agit de semblables affrontements de soldats de l'état républicain face à des populations indigènes qu'il s'agit de mettre au pas. Pourtant, dans l'esprit de M. Sourisseau, ce parallèle est loin d'être patent, m'a-t-il semblé, Quoiqu'il ne m'ait pas donné son opinion à l'égard de la guerre à laquelle il avait participé ("sans tuer personne", ajouta-t-il tout de même, et fréquemment, pendant nos entretiens).

 

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Le jardin de M. Sourisseau, au premier plan Charles Deslandes, l'ancêtre de la famille, le cavalier à l'arrière-plan, le Chevalier du Landreau, autre personnage historique régional et au loin, les bustes de Sarkozy et de sa femme Carla Bruni... Ph BM, 2012

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Pierre Sourisseau, Sarkozy et sa Carla, qui paraît représentée telle un pesant fardeau, ph. BM, 2012

 

     La deuxième zone concerne le jardin qui entoure sa maison et longe la route, d'où l'on peut apercevoir, si l'on ne passe pas trop vite, de la voiture, les quelques statues, point trop nombreuses, qui l'agrémentent avec sobriété.pierre sourisseau,environnements spontanés,archéologie naïve,guerres de vendée,guerre d'algérie

De haut en bas sur l'image ci-contre, Mitterrand, De Gaulle, Chirac, Sarkozy, Giscard, Pompidou, ph. BM, 2012

     La troisième zone s'étire sur près de 500 mètres, tout au long d'un chemin creux d'âge respectable, dont l'histoire fait rêver grandement l'auteur, qui passe devant sa maison et s'enfonce dans le bocage en direction d'une ancienne gare où allaient s'embarquer les appelés militaires, où passèrent aussi, à une époque encore plus ancienne, les Vendéens insurgés. Pierre Sourisseau, qui nous en fit faire la visite, tel un guide de monument historique, paraît toujours peu ou prou entendre les cliquetis des faux, ou des baïonnettes, ou les cris des hommes se pressant sur l'étroit et profond chemin chargé d'une histoire invisible à tout autre oeil que le sien.

 

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Pierre Sourisseau devant sa "hutte gauloise" sur le chemin creux, ph. BM, 2012

 

      Le chemin égrène sur une très grande longueur (originalité unique à ma connaissance) des statues, taillées directement dans le bois des arbres (naïves et visionnaires) ou modelées dans l'argile (très, trop, réalistes), des installations du genre écomusée, bricolées en plein air par cet historien autodidacte, des panneaux explicatifs, des installations plus ludiques aussi à l'intention de ses petis enfants (une fusée qui décolle à la manivelle un peu plus bas dans le chemin). On y évoque pêle-mêle les Gaulois, des saints chrétiens (St-Roch), les guerres vendéennes encore et toujours, des figures politiques (Sarkozy, Ségolène Royal, séquelles de la campagne présidentielle de 2007), certaines plus régionales (des maires locaux). De temps à autre, comme émergeant du fond d'une mémoire ancestrale plus païenne, des figures féériques ou fantastiques, hélas trop rares, poussent vers le spectateur leurs trognes ou leurs corps de racines, ce qui je dois bien l'avouer m'enchante davantage que tout le reste.

 

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Pierre Sourisseau, figure fantastique dans un arbre creux, ph.BM, 2012

 

      Pierre Sourisseau paraît ainsi hésiter, comme bon nombre d'autres autodidactes point trop sûrs de leur langage et déférents envers l'art savant, entre un réalisme de santons et un art naïf qui paraît d'emblée, en ce qui le concerne, correspondre pourtant à son langage naturel. Dans l'épaisse brochure de souvenirs qu'il a laissée derrière lui en 2008, il se recommande, comme pour asseoir une légitimité d'artiste qu'on pourrait lui contester puisqu'il n'a pas fait d'école, de l'enseignement et de l'appui d'un sculpteur local de monument aux morts, Yves Guiberteau. Parler de lui sur ce blog, qui est comme on sait acquis aux langages plus ingénus qui nous touchent davantage que les langages pompiers, pourra peut-être aider ce créateur original à choisir une voie plus en accord avec la langue féérique de la nature qui visiblement l'interpelle et nous enchante comme lui.

 

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Pierre Sourisseau, au bout du chemin creux, avec son "Tractosaure", voiture-arbre... qui fleurit encore, ph.BM, 2012

 

08/05/2012

Deux outre-vélos

     Deux vélos autres se sont manifestés sous mon regard à quelques jours d'intervalle. D'abord celui ci-dessous, une mante qui se prend pour un vélo, ce qui est assez peu banal. Trouvé sur le site d'Etienne Cornevin, Nouvelles Hybrides.

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      Et puis ce deuxième, venu du bord de l'Océan Atlantique, grâce à l'oeil avisé d'André Bernard. Très "surréaliste", si l'on pense à la selle d'abeilles, visible sur une ancienne (?) photo (?) de Meret Oppenheim (?)...

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Vélo d'huîtres, créé naturellement par le temps et la mer, photo André Bernard, 2012

  Il me revient que l'on trouve aussi de temps à autre, parmi les cartes postales sur des sujets insolites, certaines images exhibant ce genre de concrétions sur vélocipède.  Par exemple cette dernière carte extraite de ma collection personnelle.

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Vélo d'huîtres, carte postale sans date (années 70?)

     Le texte de la correspondante qui est au verso de cette carte non datée est d'un pathétique si poignant, en dépit de sa briéveté, que je ne résiste pas à vous le recopier (en modifiant légèrement le patronyme de son auteur):

"Bonjour, je m'appelle Pascal Erronée, j'ai 16 ans. Je ne part [sic] pas en vacances alors j'aimerais jouer à 3 mots pour une chanson. Voici mon numéro de téléphone: 4.... J'habite en Charente-Maritime, Marennes."

   Le jeu mentionné dans le texte de cette jeune fille qui-ne-partait-pas-en-vacances devrait donner la date approximative de cette courte missive qui ressemblait à une bouteille à la mer. Situation, hélas, banale...

    Enfin, pour complaire à RR qui grâce à sa mémoire sans faille (voir commentaire ci-après) se rappelle le vélo que nous vîmes ensemble dans le jardin de l'habitant-paysagiste naïf André Hardy à St-Quentin-des-Chardonnets (Orne), aujourd'hui en voie de démantélement et dispersion, voici le deux-roues que ce dernier avait installé sur sa pelouse. Sa mosaïque de coquillages peints en bleu et disposés assez régulièrement, à la différence des manières de la Nature, a certainement été inspirée peu ou prou par les fameux vélos couverts d'huîtres qu'on trouve exhibés ici et là sur les littoraux.

 

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Chez André Hardy, ph. Bruno Montpied, 2010

17/03/2012

Un saint en dentelle

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Saint Vaast dévaasté

Eglise de St-Vaast-la-Hougue (Manche), 2011, ph. Bruno Montpied

01/03/2012

Face de poutre

   La théorie des trois points suffisant pour faire un visage, cette barre de protection sur une route des Cévennes l'été dernier l'illustre parfaitement je trouve.

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Cévennes, ph. Bruno Montpied, 2011

17/02/2012

Nouveau jeu... qu'est-ce que c'est?

    Il faut que je l'admette, le jeu des 7 différences n'a rien donné... Alors j'en lance un autre, plus dans le style Schmilblic...A gagner la même chose que dans le jeu précédent, puisque les livres sont toujours là à poireauter:

   Soit le livre (en italien), abondamment illustré de Gustavo Giacosa, Noi, quessi dessa parola che sempre cammina, sur les inscriptions graffitées de Babylone, Giovanni Bosco, Helga Goetze, Oreste Nannetti, Melina Riccio et Carlo Torrighelli (2010)...

Art br fribourgeois.jpg

        Soit cet autre ouvrage, Art brut fribourgeois, catalogue d'une exposition de la Collection de l'Art Brut en 2008...

     Que faut-il trouver cette fois? Eh bien, que signifient les objets ci-dessous, à quoi servaient-ils? Le premier qui trouve la solution gagne un des deux livres.

 

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Photo La Patience, 2012


04/10/2011

Un Monch et un Paillard s'exhibent à Montreuil

    Hasard du calendrier et des événements, deux créateurs fort inventifs vont bientôt pouvoir montrer aux curieux leurs productions que personnellement j'apprécie déjà hautement, sans attendre l'assentiment général. Dans la même ville, le même week-end, c'est-à-dire dans le XXIe arrondissement de Paris à Montreuil-sous-Bois.

 

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    Cela se passera les 15 et 16 octobre après-midi pour Serge Paillard, 12, rue des Sorins (c'est près du métro Croix-de-Chavaux). C'est dans le cadre des portes ouvertes des ateliers d'artistes de cette bonne ville. Serge Paillard expose depuis quelques années les images qu'il confectionne de retour de ses explorations dans un pays imaginaire créé par lui, la Patatonie. On nous promet rue des Sorins que l'on pourra à nouveau observer des "merveilles archéologiques" venues  de cette Patatonie, "objets divers, gravures galactiques, empreintes pariétales, spectres circonspects, autant de fenêtres sur l'infini peaufinées par un vitrier hors circonstance, artiste extravagant, métaphysicien en culotte courte" (Jean-Claude Leroy). Peut-être seront-elles assez semblables aux dessins à l'encre ci-dessous.

 

monch,poésie naturelle,photographie modifiée,serge paillard,art singulier,patatonieSerge Paillard, Pomme de terre dite de la petite lampe, 2007 

SP, Pomme de Terre en Cosmos, 2007monch,poésie naturelle,photographie modifiée,serge paillard,art singulier,patatonie

 

       Ces Portes Ouvertes sont donc également un autre prétexte d'exhibition pour les travaux photographiques de Monch, que j'avais découverts je ne sais plus trop comment, par son intermédiaire direct je crois, par mail, voici déjà quelque temps. J'aime beaucoup le travail de celui-ci, tel qu'on peut le découvrir sur son site web. Surtout parce qu'il travaille sur les formes naturelles, des pierres ou du bois,monch,poésie naturelle,photographie modifiée,serge paillard,art singulier,patatonie faisant des séries de photos non retouchées des formes visionnarisées dans la nature (l'angle de vue, et l'instant où l'éclairage est propice, sont autant de "retouches" apportées au réel, ce qui remet quelque peu en cause l'aspect de "non retouché" absolu, qui est une vue de l'esprit en définitive ; il y a finalement toujours une projection de l'esprit du photographe). Ces visions naturelles, il les appelle des pareidolies, je ne connaissais pas le mot (pour la définition, allez faire un petit tour sur Wikipédia).monch,poésie naturelle,photographie modifiée,serge paillard,art singulier,patatonie Monch, connaissant les limites de l'objectivité humaine en matière de regard, compose aussi  des séries de photos sciemment retouchées (mais si peu). Le photographe joue alors à se mesurer davantage avec l'inconscient naturel dans lequel il avait commencé à se plonger avec innocence (mais y a-t-il un inconscient naturel?).

 

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Monch, Mais où est passée Mère-Grand

 

     Une autre série sur le site de Monch concerne des portraits interprétés, réalisés à partir de photos que lui ont confiées volontairement divers amis ou relations. Je me suis personnellement prêté au jeu. Un des résultats de la métamorphose que m'a fait subir Monch est paru dans la revue L'Or aux 13 îles n°2 dont je parlerai bientôt sur ce blog. Voici l'autoportait de Monch de cette série: 

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Monch, Retour aux racines...

     Comme on le voit, amateurs de poésie naturelle et autres pareidolies, le monsieur a un certain talent qui mérite un petit détour par Montreuil. Monch, 14h-20h, 15-16-17 octobre (vernissage  le 15, à partir de 14h), à l'Usine Chapal, 2, rue Marcellin Berthelot, Esc. D, 4e étage, M° Crois-de-Chavaux, Montreuil.

 

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Annonce expo Monch, "Emoi, émoi, émoi"

 

  

27/08/2011

Kadhafi squelettisé et bandit manchot emplumé

    Dans la transmission récente de photos estivales d'un genre particulier, mais bien plus réjouissantes que les usuelles, le hasard (qui n'existe pas comme on sait) a voulu que me parviennent deux effigies au garde-à-vous qui ont pour point commun, outre une rigidité longiligne, celui de venger, au moins symboliquement de vieilles haines à l'égard de figures répressives. L'une vient de Tripoli, et l'autre du XIVe ardt de Paris.

art pop révolutionnaire, Mohammed et Khadaffi.jpg

Ph. Tahar Hani, source France 24 (signalée par Régis Gayraud); vision prophétique de Kadhafi par un bricoleur spontané des rues prénommé Mohamed

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Apparition nocturne, rue Gazan (XIVe ardt), punition à base de goudron et plumes sur la personne d'un horrordateur par un usager en colère contre l'augmentation actuelle des amendes ; ph. Mathilde Maraninchi

11/08/2011

René Rigal, ou la sculpture-phasme

    Qu'il est doux de vagabonder dans le labyrinthe des minuscules départementales, bien loin des autoroutes où comme de juste, on ne trouve aucun inspiré du bord des autoroutes, cela tombe sous le sens. On voyage au cœur du néant sur ces rails de ciment, hors géographie, si loin de toute réalité que les régions et édifices que l'on aurait pu rencontrer n'existent que sur le papier, je veux dire, sur ces panneaux couleur de fèces qui nous donnent l'impression de flotter dans un monde virtuel. Sur les autoroutes, on ne sort pas de son ordinateur.

 

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Ph. Bruno Montpied

 

      Je vois tout à coup une flèche, "Musée éclaté". Je murmure dans ma barbe, on ne va pas aller voir bien sûr ce musée éclaté, pourtant, c'est un drôle de  nom... Et surprise, mon camarade au volant braque aussitôt, enfilant une route encore plus minuscule qui serpente en grimpant sur des collines en direction d'un village nommé Cardaillac. On est au nord de Figeac, et non loin de Capdenac. Le "Musée éclaté" se fait désirer, et l'on finit par y pénétrer, alors que ce n'est pas l'heure d'ouverture. Il y a un sculpteur à l'intérieur qui pourrait m'intéresser, me dit une dame qui anime ce musée, qui est en réalité "éclaté" parce qu'en plusieurs parties, genre écomusée rural sur les métiers et les écoles de jadis. Marie Mage, c'est son nom magnifique, nous conduit à la partie brocante, musée de tout (des museums of everything, y en a aussi dans nos belles provinces, y a pas qu'à Londres), où elle me montre le sculpteur en question, ou du moins ses oeuvres. Et je reconnais subitement les figures filiformesmusée éclaté,rené rigal,association hors-champ,marie mage,macary et pennet,galerie la menuiserie,jean-michel deslettres aussi dégingandées que des phasmes humains saisis dans le bois, c'est de René Rigal!

 

 

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René Rigal, Si tous les gars du monde voulaient se donner la main... Expositon le Musée éclaté, Cardaillac, été 2011, ph. BM 

   Ô, la belle coïncidence... Je n'en avais jamais vu autrement que sous la forme d'un charmant petit documentaire projeté dans un festival Hors-Champ à Nice (René ne tape pas la belote de Philippe Macary et Jean-Marc Pennet, 13 min, 2000 ; à noter que René Rigal apparaît aussi plus briévement dans un film de Paolo Mucciarelli, Truc d'esprit, art singulier en France, 30 min, 2006).

 

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Ph.BM

 

      Des sculpteurs autodidactes exploitant les formes naturelles du bois, les racines, les branches ou les souches, il en existe souvent. Dans le cas de René Rigal, disparu hélas tout récemment (il sculpta de 1978, date de sa mise à la retraite de conducteur de train, jusqu'à sa mort, survenue apparemment en novembre 2008voir commentaire ci-après), on a affaire à un exceptionnel créateur du fait de son choix de bois aux formes étirées, tendant au filiforme, à la liane serpentine, ce qui ne l'empêchait pas pour autant de voir en eux divers personnages ou animaux.musée éclaté,rené rigal,association hors-champ,marie mage,macary et pennet,galerie la menuiserie,jean-michel deslettres Dans le musée éclaté, c'était surtout des personnages humains qui avaient colonisé l'espace pour une période sans doute transitoire (je ne me rappelle plus très bien ce que Mme Mage nous a dit, c'était comme un tourbillon de rencontrer ces statues si étonnantes, si dansantes).

     Dans le livre édité par l'association Hors-Champ, le Petit Dictionnaire Hors-Champ de l'Art Brut au Cinéma, Gilbert Fenouille fait une remarque fort plausible: "René Rigal en a eu assez de suivre les rails du conformisme social et les horaires rigides. C'est peut-être pour ça qu'au moment de la retraite, il s'est mis à sculpter les bois tordus." La sinuosité de ses chevaliers à longues figures renvoie probablement à la capricieuse ligne de vie qu'il avait dû suivre dès le travail abandonné.

 

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Ph.BM

 

     Le film de Pennet et Macary ne durait qu'une douzaine de minutes et les renseignements sur M.Rigal manquent aujourd'hui passablement. Il faudrait probablement s'adresser à la galerie La Menuiserie à Rodez pour en apprendre un peu plus. Ce sculpteur a eu ses œuvres fort bien servies par un excellent photographe, Jean-Michel Deslettres. Des clichés de ce dernier ont été notamment publiésdans un petit catalogue non daté que réalisa la galerie La Menuiserie après la mort du créateur (donc cette année). Il est souhaitable cependant qu'on consacre un jour un peu plus de papier à l'évocation de l'ensemble des pièces sculptées de cet excellent créateur. 

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Photo Jean-Michel Deslettres sur la couverture du catalogue de La Menuiserie

 

Comment accéder au Musée Eclaté? On va jusqu'à la place de la Tour, 46100, Cardaillac. Tél 05 65 40 10 63 ou 05 65 40 15 65. www.musee-eclate-cardaillac.fr (7 lieux "chargés d'histoire" à visiter avec des guides, maison du semalier, saboterie, moulin à huile de noix, l'étuve à pruneaux...). Le village de Cardaillac est très charmant, et il y a un bistrot si je me souviens bien... 

02/05/2011

Coup de fusil

    Tous les jours j'arpente ce trottoir pour descendre au turbin et en revenir. Cela fait déjà un paquet d'années que je l'use, et mes grolles aussi dessus. Je ne l'avais pas remarquée cette lézarde.

Unelézarde, Paris Xe ardt, fév 2011, ph Bruno Montpied.jpg  

    Les fentes sur le goudron, je ne les vois pas toujours, même si autrefois il m'est arrivé de faire un petit film Super 8 à leur sujet (cela s'intitulait Sur les trottoirs de nos villes). Celle-ci, vue en perspective, dans le sens de la marche, cadrée comme je l'ai fait avec mon portable, pourrait faire penser tout au plus à une espèce de profil aux lèvres pincées, pas très folichon. Ce soir-là, je n'ai rien vu pourtant, que des lignes tremblotantes. et puis tout à coup ce fut là, évident.

 

Fusil de hasard, Paris Xe ardt,2011, ph.Bruno Montpied.jpg

      Un fusil, et un immense qui plus est. Tracé avec un réalisme étonnant. Tellement étonnant qu'on en venait à imaginer un signe prophétique.

 

07/04/2011

Gilles Ehrmann une expo rue Monsieur-le-prince pour flâneurs des deux rives

      Vous êtes conviés jeudi 7 avril à partir de 18 heures au vernissage de l'exposition Gilles Ehrmann, Champs de force à la librairie Le Flâneur des deux rives. (Il s'agit apparemment de photographies de reportage, oeuvres moins connues de Gilles Ehrmann, comme ces splendides rochers zoomorphes de Ploumanach qu'il me semble reconnaître sur la photo de l'affiche ci-dessous).

GillesEhrmann Affiche le flâneur des 2 rives.jpg

     Exposition du 5 avril au 14 mai, Librairie-Galerie Le Flâneur des deux rives. 60, rue Monsieur-le-Prince, (6e). RER Luxembourg. M° Odéon. 01.46.33.45.52. Du mardi au samedi de 11h à 19h30. Le dimanche de 15h à 19h. Entrée libre.