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29/10/2016

Aventures de lignes (7) : Régis Gayraud

Régis Gayraud

  

       Régis Gayraud n’est pas réputé pour ses travaux de peinture ou, comme dans l'exposition "Aventures de lignes", par ses dessins insolites, hésitant entre fausse naïveté et humour subtil, tout en recélant des clés de lecture (voir plus bas le décryptage enregistré qu'il a bien voulu nous faire parvenir concernant le dessin Allégorie de l'histoire de l'art au XIXe siècle). Il est en effet davantage connu comme slaviste, spécialiste des avant-gardes russes du début XXe siècle, notamment du poète et typographe Ilya Zdanévitch, et traducteur de russe.

    On ignore cependant qu’il s’est exercé à toutes sortes d’expérimentations, notamment picturales, dans ses jeunes années, où il commença aussi très tôt à écrire des récits d’un humour souvent noir et fort décapant. J’ai eu l’occasion à quelques reprises d’exécuter des dessins ou des peintures avec lui, avec toutes sortes de matériaux, parfois dans des épisodes d’ivresse qui nous amenaient à jeter notre production par la fenêtre dans la rue en pleine nuit…Au fond, Régis, en digne héritier des membres du groupe COBRA et des situationnistes, ne répugne pas à embrasser une attitude d’art total, faisant feu de tout bois. Il mène, comme d’autres dans l'exposition ci-dessus citée (Cerisier, Garret, Montpied, Ruzena…), l’activité de critique, de front avec une activité créatrice. Les quatre dessins qu’il présente dans « Aventures de lignes » ont été produits « en flux tendu » (!), pour les besoins de l'exposition.

           (Régis Gayraud a publié également, récemment, un recueil de poèmes, illustré en frontispice par un dessin de Bruno Montpied, Et mes moi l’un après l’autre décrochent, collection de l’Umbo, Passage du Sud-Ouest, 2016).

Allégorie (2) de l'histoire de l'art au XIXe siècle, 50x65cm, 2016.jpg

Régis Gayraud, Allégorie de l'histoire de l'art au XIXe siècle, 29,7 x 42 cm, 2016 ; œuvre exposée à "Aventures de lignes", galerie Amarrage, 88 rue des Rosiers, St-Ouen, du 22 octobre au 4 décembre ; veuillez écouter le décryptage de cette œuvre, enregistré par l'auteur, et inséré ci-dessous :


podcast
 

 

28/09/2016

Silburn et Mooky, Régis Gayraud mène l'enquête

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Silburn, Souvenir de Fresnes, 28-7-1940, coll. et photo Régis Gayraud

 

      J’ai déniché ce petit tableau il y a un peu plus de deux ans, aux Puces des Salins de Clermont-Ferrand. L’hiver, j’y passe presque chaque dimanche et n’y repère pas grand-chose, mais ce matin-là, cette œuvre sous verre modestement encadrée de ruban adhésif rouge m’a attiré par son aspect inhabituel sur un stand encombré de toute sorte de vieilleries comme on en trouve partout, pots à lait, rouets, vieux verres, cendriers, portemanteaux… Je ne connaissais pas le vendeur et ne l’ai jamais revu, et comme de juste, quand je lui demandai la provenance de cette œuvre, il me répondit qu’elle avait été tirée d’un grenier après un décès, « sur Clermont », qu’il en ignorait l’auteur mais qu’il se renseignerait et pourrait m’en dire davantage une fois prochaine, ce qui, bien sûr, n’était qu’une manière d’éluder la question sans avouer son incapacité.

      Plusieurs choses m’ont séduit dans cette image dessinée à l’aquarelle et, semble-t-il, au tire-ligne, sur un papier assez fin de médiocre qualité, qui s’est révélé ensuite adossé sur un morceau de carton publicitaire (apparemment, pour une revue technique automobile) réemployé comme fond, au dos duquel on avait collé une attache pour l’accrocher à un mur. C’était, tout ensemble, l’aspect général, cette imagerie précise, détaillée, et ingénieuse dans son naïf savoir-faire (le rendu du métal du seau, celui de la lampe, la forme précise des supports de l’étagère, par exemple), l’harmonie des couleurs sourdes, convenant parfaitement à l’atmosphère, cette atmosphère même, démoralisante, angoissante, et enfin, bien sûr, ce que racontait le tableau, qu’expliquaient les textes qui l’accompagnaient, et en faisaient pour ainsi dire un monument historique. Le personnage représenté était sans doute ce Mooky dont le nom apparaissait sur la valise placée devant lui en guise de table. Le même nom se trouvait signer la proclamation écrite en bas au crayon rouge comme un titre : « Quand j’étais victime de la guerre. Captif des Allemands, la prière et l’amour soutenaient mon courage ». A gauche, sur le lit, la mention « Souvenir de Fresnes 28/7/1940 » faisait surgir dans mon souvenir que la Gestapo incarcérait à Fresnes, dès 1940, toute sorte de récalcitrants. La signature n’était pas totalement lisible.

       J’ai acheté ce tableau pour une somme modique. Chez moi, j’ai tôt fait de découper légèrement le ruban adhésif pour séparer le tableau de son cadre, à la recherche d’une indication. Au dos, je découvre la mention d’une adresse, au crayon, où le nom de l’auteur de la peinture, jusque-là conjecturé, est cette fois clairement orthographié : « J. Silburn 59 A avenue Horace Vernet Le Vésinet S. & O. » Je remarque aussi que l’inscription en rouge signée par le nommé Mooky n’a pas été écrite directement sur le papier qui supporte le dessin, mais sur un autre papier plus grossier qui est collé au bord inférieur de celui-ci. J’en déduis que le tableau dessiné par Silburn et représentant Mooky a été offert par son auteur à ce même Mooky, qui, l’ayant accroché chez lui, y a ajouté son commentaire. Et j’imagine alors que Mooky et Silburn étaient compagnons de cellule, à Fresnes, en juillet 1940. La précision de la date, et aussi l’abondance de détails me suggèrent que le dessin n’a pas été réalisé de mémoire, mais a été fait là, dans cette geôle infâme. Mooky posait, et le temps de la pose était comme une pause dans l’horreur, pour le dessinateur qui travaillait comme pour le modèle qui affirmait sa dignité. L’émotion me prend à l’idée que je tiens entre les mains le témoignage d’un compagnonnage d’angoisse qui a pris tout son temps pour, ce matin, sur l’étalage d’un brocanteur négligent, me trouver.

      Par sa méticulosité, on dirait que l’artiste s’est ingénié à instaurer chez son compagnon et lui-même une sérénité qui voulait dire : « Nous survivrons ! ». Mais qui était-il, ce Silburn, capable, au moment d’être arrêté, de prendre avec lui sa boîte d’aquarelle ? En cherchant « Silburn Le Vésinet » sur l’Internet, je trouvai assez vite plusieurs mentions d’une Lilian Silburn, née à Paris en 1908 et décédée au Vésinet en 1993. Ce n’était pas n’importe qui. Directrice de recherches au CNRS pendant de longues années, elle était une indianiste réputée, sanskritiste, spécialiste du shivaïsme. Sur elle, on a écrit un livre, et elle-même en a écrit plusieurs. Initiée au soufisme, la scientifique était aussi une mystique, maillon dans une chaîne de maîtres et de disciples, et il semble qu’au Vésinet, autour d’elle, se soit aggloméré un petit groupe d’admirateurs fervents unis par ces exotiques croyances. Mais n’oublions pas que l’initiale du prénom portée sur le tableau est J. Je trouve alors une possible solution sur un site de généalogie. Dans un arbre en accès libre, on trouve le nom d’un James Henry Alexander Silburn, né à Londres en 1881 et mort lui aussi au Vésinet, en 1950. Les dates concordent. J’imagine bien un homme d’une soixantaine d’années tenir ce pinceau ferme et reposé. James Silburn était étalagiste. C’est un métier soigneux où il arrive qu’on conçoive de petits décors, ce qui explique peut-être cette familiarité avec l’aquarelle. Par ailleurs, James est le cousin de ladite Lilian. La famille Silburn, britannique, paraît s’être installée en France au début du XXe siècle et a fait souche, semble-t-il, au Vésinet. Née en France, Lilian, elle, était déjà française.

       Je sais qu’en 1940, parmi les premiers emprisonnés – et souvent par la police française qui aidait plutôt deux fois qu’une la police allemande - se trouvaient de nombreux ressortissants de l’Empire britannique, et souvent des « métèques » dudit Empire, que l’on traitait sans le moindre ménagement. Je me dis alors que c’est peut-être la raison – être sujets britanniques - qui précipita dans la geôle de Fresnes James Silburn et Mooky. Qui était Mooky ? Un autre Britannique ? Peut-être d’origine indienne ? Fais-je un délire d’interprétation si je décèle en lui des traits qui pourraient être indiens ?

      Qui était Mooky ? A moins que J. Silburn et lui ne soient qu’un seul et même homme (ce que je ne pense pas), le vieil homme à la chemise impeccable, au sage chandail gris-clair, silencieux dans son face-face stoïque avec les latrines puantes, conservera son secret. 

 

     PS : J’ai trouvé aussi une photo d’une cellule de Fresnes qui ressemble à s’y méprendre au décor du tableau, qui se révèle ainsi criant de réalisme.

 

      Régis Gayraud

 

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24-4-1913, prison de Fresnes, intérieur d'une cellule, photographie de presse, Agence Rol, base Gallica de la BNF

 

06/09/2016

Tours de force

       Qui n'a jamais reçu d'un correspondant à la belle âme une de ces cartes de vœux où s'étale un tableau dont la légende vous dit qu'il est l'œuvre d'un artiste handicapé « peignant avec le pied », si ce n'est « avec la bouche » ? Il y a quelques dizaines d'années, on recevait régulièrement dans les boîtes à lettres parisiennes des prospectus vantant des expositions de telles œuvres. Une édition s'est même spécialisée dans la reproduction des travaux de ces peintres du pied ou de la bouche, paraplégiques, tétraplégiques, manchots ou hommes troncs.

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Un portrait de Louis J. C. Ducornet par un certain (ça ne s'invente pas, sur notre blog...) Robillard

 

       Mais savez-vous que ces peintres ont un devancier qui, s'il n'est plus très célèbre, a été fort apprécié en son temps ? Louis Joseph César Ducornet (1806-1856) était né sans bras. Il était né aussi sans fémurs et n'avait que quatre orteils à chaque pied. Avec ces moignons de pieds, il réalisait en peinture de véritables tours de force, comme on peut en juger en regardant ses tableaux de paysages ou ses études de nus, exposés notamment au Musée de Lille. On dit qu'il se déplaçait accroché au dos de son père, il recevait étendu sur un édredon, mais cela ne l'empêcha pas d'être apprécié à la cour de Louis XVIII, qui le pensionna, ni d'avoir de nombreuses commandes.

       Il eut aussi plusieurs élèves, et l'un d'entre eux se nommait... Auguste Allongé (1833-1898). On ignore quel membre il utilisait pour peindre.

 

       Régis Gayraud

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L.J.C. Ducornet, Etude de tête de jeune homme

 

 

12/08/2016

Cecilia Gimenez et l'art naïf de certaines églises françaises (Journal de voyage en Espagne, 2)

    C'est l'été, je ne vous apprends rien. Et me revient tout à coup l'évocation que je fis sur ce blog du Christ restauré (rénové, je préfère dire!) par Mme Cecilia Gimenez dans une chapelle à Borja, non loin de Saragosse. Voir cette note (adornée de pas moins de 66 commentaires en son temps...). Les travaux préparatoires de cette restauration furent suspendus lorsque les paroissiens et les fanatiques du patrimoine religieux espagnol s'effrayèrent devant l'état transitoire de la dite restauration. Mais à mes yeux, et à ceux de quelques autres admirateurs de la geste brute, cet "état transitoire" paraissait une œuvre de plein droit, relevant involontairement de l'art brut. Elle est d'ailleurs restée en place (en tout cas, elle l'était encore à l'été 2015, lorsqu'une équipe du Poignard Subtil passa la voir), puisque, devenue phénomène de foire, attirant les foules en raison d'une notoriété ambiguë, la modification au départ vue comme sacrilège s'était transformée en bizarrerie digne d'être contemplée.

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Les deux états du Christ peint par un certain Martinez à gauche et par Gimenez à droite...

La fresque (2) au christ dans l'église.jpg

Situation en 2015 du Christ de Mme Gimenez dans l'église du Sanctuaire de la Miséricorde, à côté de Borja, ph. Bruno Montpied

Le christ (2) restauré par C G, 2015, phénomène médiatique_edited.jpg

Le Christ refait par Mme Gimenez est sacralisé désormais par une plaque de verre destinée à le protéger, ph. B.M., 2015 

 

    Relevant involontairement de l'art brut... Ou de l'art naïf religieux. C'est une photo de tableau dans une église auvergnate, récemment transmise par le camarade Régis Gayraud, qui m'a fait faire le rapprochement. Je trouve qu'il y a un apparentement possible chez certaines figures de ce tableau avec le christ gimenézien. Comme si cette dernière avait été sur la voie d'une vision bruto-naïve...

Egliseneuve d'Entraygues, tableau religieux naïf, ph Régis.jpg

Tableau naïf dans l'église d'Egliseneuve d'Entraigues (Puy-de-Dôme), ph. Régis Gayraud, 2016

10/07/2016

Il existe des voitures-objets comme il y a des cercueils-images

      Les commentaires de Régis Gayraud qui ont suivi ma note sur les habitats en tonneau (et non pas "ma tonne sur les habitats en auto"), plus une référence donnée par celui-ci en privé, m'ont fait revenir en arrière au temps des caravanes publicitaires du Tour de France. C'est vrai que, fût une époque, on considérait les camionnettes construites dans la forme des marchandises qu'elles servaient à vanter comme de hideuses choses montées sur roues. On voyait la laideur de la marchandise avant tout.  Aujourd'hui que ces marchandises se sont un peu démodées, on aperçoit davantage ce que certaines de ces camionnettes-objets avaient d'insolite dans leur prétexte à publicité. Déconnectées de cet aspect, elles peuvent même, comme me l'a écrit Régis, revêtir un charme proprement onirique, un peu comme, par analogie, ces cercueils du Ghana sculptés en formes d'objets ayant un rapport avec le défunt.

Camion Bottin TdF (idée de Félix Aublet) 1952.jpg

Un camion Bottin, le conducteur coincé en sandwich entre deux bottins... Extrait de ce site web où l'on trouve des exemples de voitures publicitaires des caravanes du Tour de France des années 1950-1960: http://customrodder.forumactif.org/t1182p15-les-vehicules...

Voiture pub TdF 50-60, cirque Bonetti.jpg

Camion du cirque Bonetti, un peu moins surprenant, cela dit...

Camion Bic TdF.jpg

Le camion Bic, de style nettement plus futuriste-daté...

Camionnette-bonbonne de butane Butagaz, années 50-60.jpg

La camionnette-bonbonne de Butagaz, un peu angoissante, et chère à Régis Gayraud

Camionnette-poisson Tdf.jpg

Cette voiture-ci faisait-elle partie des caravanes du Tour de France? Cela est moins avéré ; à noter que son idée provient peut-être de la notion de queue de poisson...

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Et pour finir, un cercueil ghanéen en forme de poisson (image découlant logiquement de la précédente), peut-être pour un pêcheur défunt? Ph. Thierry Secrétan

 

 

05/07/2016

La vie dans un tonneau

      J'aime bien ce conte du tonneau magique que racontait à l'occasion ce grand diseur qu'est Michel Hindenoch. Lorsqu'on laissait tomber quelque objet que ce soit à l'intérieur, cette chose s'y multipliait jusqu'à ras bord pour le bonheur, ou le malheur, de celui qui l'y avait jeté...

     Ici, essayons plutôt le bonheur (quoique... Voir Garou plus bas...).

Pépé-Vignes,-(Joseph, dit Pépé, Vignes),-tonneau, crayons de couleur, 1976 (2).jpg

Joseph "Pépé" Vignes, sans titre, crayons de couleur et graphite sur papier, 24 x 32 cm, 1976, coll. et ph. Bruno Montpied

     J'ai mis en ligne, je crois, au moins une fois déjà, ce dessin aux crayons de couleur de Pépé Vignes montrant un tonneau figuré à la fois de face et de profil, ressemblant à un chalet suisse. Tonneau (foudre plutôt) qui repose sur un accordéon, comme me l'a signalé autrefois monsieur de Belvert à la suite de ma première note sur ce dessin.

rue Pépé Vignes.jpg     Cette rencontre de piano à bretelles avec un tonneau résume en grande partie la vie de l'auteur du dessin, Pépé Vignes, que l'on n'a pas oublié dans sa bonne ville d'Elne (Catalogne française) puisqu'une rue porte son nom, comme nous l'a signalé naguère un commentateur de la note citée ci-dessus signant "Illibérien" (habitant d'Elne ; voir sa photo ci-contre). Joseph Vignes, fils et frère de tonneliers, lorsqu'il était enfant, dormait, contraint et forcé, dans un des tonneaux de l'entreprise familiale. Et l'accordéon était l'instrument favori de Vignes, dont il jouait pour animer nombre de fêtes et de bals dans sa région, en dépit des imbéciles qui se moquaient de lui en raison de sa simplicité ("Illibérien" - qui signe aussi, dans les courriels que j'ai échangés avec lui, "Jean de la Lune" - dit qu'il était "retardé ; un Espagnol aurait dit qu'il lui manquait un quart d'heure..."). Photo ci-contre: Pépé Vignes par Mario Del Curto (très myope, Vignes dessinait au ras de sa feuille... Peut-on être plus immédiat que cela en matière de dessin?tonneaux,habitats dans des tonneaux,architecture insolite,abris insolites,foudre,tonnellerie,joseph pépé vignes,art brut,rue pépé vignes,accordéon

     Voici quelques souvenirs de Jean de la Lune, l'Illibérien qui connut Pépé Vignes en 1960 (Vignes avait alors 40 ans, et notre Illibérien en avait 16):

     "Je vais vous dire qui était Pépé. Fils de tonneliers auvergnats installés à Elne, avenue du Général de Gaulle, Jo est  le mal-aimé de la famille.  Il n'a pas toute sa tête, il  ne fait rien, ne sert  à rien (c’est un peu un être inutile). Les Vignes,  c'est une famille nombreuse. Ils vivent non pas dans une maison, mais dans une sorte de hangar qui fonctionne comme un tout, atelier ou maison. Le papa  tient la tonnellerie avec un des fils. Il y aussi  deux  filles. Jo est l'aîné, il est né en 1920 − lorsque j'ai bien connu Jo, j'étais adolescent − lui avait 40 ans et moi 16 [nous sommes alors, donc, en 1960]. Dans tous les bals où Jo allait, il y avait ces imbéciles qui lui empoisonnaient la vie  − lui ne disait jamais rien, il était gentil. Des fois, il venait au bal avec son accordéon et en bon fils d 'Auvergnat, il aimait la bourrée. Les malfaisants lui faisaient jouer de l'accordéon et danser la bourrée à n'en plus finir. Mais comprenez qu'à la fin, ça devenait lassant de se retrouver avec la même bande de lourdauds qui empoisonnaient ce brave garçon. Pour ce qui est du tonneau dans la cour − je revois leur image encore en vous écrivant (c'est le chemin de l'école, je les voyais quatre fois par jour) − il y avait cinq ou six énormes tonneaux  −des foudres  énormes− et dans l'un d’eux, Jo dormait. C'était sa chambre à coucher ! Hiver comme été ce brave Jo dormait là ! Vous comprendrez maintenant que le dessin de son chalet prenne la forme d'un tonneau." (Jean de la Lune) 

     Cela m'est revenu lorsque j'ai eu envie de rassembler pour les besoins de la note présente quelques images ayant pour point commun le tonneau vu comme un habitat (si l'on peut dire cela pour le cas qui suit immédiatement).

    La seconde occurrence où figure un tonneau, elle aussi a déjà fait l'objet d'une note précédemment. Mais, dans une autre note qui se veut rassemblement et anthologie d'habitats-tonneaux, cela prend un sens élargi.

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Tombe de Léonce Chabernaud, Rochechouart, photo (carte postale) Jacques Thibault

     Pour ceux qui n'auraient pas lu les commentaires croisés de "l'Aigre de mots" et de "Pierre-Jean", publiés à la suite de la note donnée en lien ci-dessus, cette tombe représente le wagon-foudre d'un négociant en vins, anticlérical au point d'avoir voulu se faire enterrer sous un symbole qui moquerait les bigots de tous poils dans sa région et au-delà. Et il faut dire que cette sépulture de ce point de vue ne manqua pas sa cible... De plus, elle appelle par analogie d'autres coutumes funéraires pratiquées dans des cultures a priori bien éloignées des nôtres, comme cette coutume au Ghana dans l'ethnie Ga qui consiste à fabriquer des cercueils en forme d'objets ou d'animaux ayant eu un rapport avec la vie du défunt. J'en ai également déjà parlé.

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Extrait de Massif Central magazine, années 1990

     Revenons à nos tonneaux, cela dit. Non loin de l'Auvergne, dans le Velay, au sein d'une forêt entourant le magique lac du Bouchet, cachant la bouche d'un volcan, vivait autrefois un certain Pierre Brun, dit communément "Garou", homme à tout faire dans cette campagne du Bouchet-Saint-Nicolas. Pauvre d'entre les pauvres, il habitait un tonneau transformé en abri, avec un toit de zinc, une porte et une fenêtre, foudre de "500 hectolitres" que lui avait cédé par troc son marchand de vins favori du Bouchet. Il y survivait tant bien que mal, creusant les trous des morts au cimetière communal, éclusant pas mal de chopines. Il habitait ainsi le logement idoine, étant donné son occupation favorite... Un hasard pathétique voulut qu'en 1971, il termine sa vie en se noyant dans le lac voisin, buvant plus d'eau qu'il n'en avait jamais absorbé sa vie durant. S'il a disparu, il semble bien qu'en revanche son foudre soit toujours debout, abri de fortune pour les promeneurs de passage.

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L'abri de Garou, encore debout dans les années 1990... Photo Luc Olivier, Massif Central magazine

 

     L'idée d'un habitat conçu à partir d'un tonneau, même si elle renvoie souvent au mythe du célèbre Diogène, n'a pas eu à ma connaissance (qui reste tout de même fort limitée en ce domaine) d'applications nombreuses à notre époque si l'on excepte des applications d'ordre publicitaire. Voici deux exemples au moins, relevés en France. L'un, repéré en 2010 à Batz-sur-Mer, montre un stand de vente de vins de Bordeaux, logiquement installé dans un foudre.

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Batz-sur-Mer, ph. Bruno Montpied, 2010

    Le second a été rencontré ces jours-ci par notre correspondant spécial à Clermont-Ferrand, Régis Gayraud, sur la place de Jaude. Là encore, on a affaire à un marchand de vins, mais cette fois son stand est à "roulettes".

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Cette camionnette originale est un vestige de la caravane publicitaire du Tour de France 1952, ph. Régis Gayraud, 2016

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Voici la camionnette originale parée aux couleurs de Byrrh... 

      Alors, certes, certains esprits chagrins pourraient nous rétorquer que ce ne sont là que constructions au service du commerce, mais nous pourrons toujours leur répondre qu'en dépit de cela, continue de passer un message poétique, exploité à des fins de négoce bien sûr, mais toujours présent, concrètement prouvé. 

 

05/05/2016

Une visite chez Ni Tanjung, récit de Petra Simkova, notre correspondante à Bali

Une visite chez Ni Tanjung

par Petra Šimková

 

             Bali, île de Dieu, son art et ses cérémoniaux traditionnels. J'y vivais déjà depuis quelques années quand Bruno Montpied me parla d'une personne très originale, dont la création se  distinguait nettement des traditions enracinées depuis toujours.

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Ce qui subsistait, au moment du passage de Petra, des pierres peintes de Ni Tanjung, photos Petra Šimková, août 2008

 

            Dès lors, j'allais admirer ses œuvres étranges, des pierres arrondies et peintes situées sur un chemin à l'écart, bien loin des routes touristiques. Il y avait une sorte de « montagne » de pierres, où sur chacune était représenté un visage humain ; certains, déjà à moitié effacés par la pluie et le soleil, prenaient un air étrange, peut-être comme une présence un peu sombre. Mais à l'époque, je ne savais pas qu'un jour, je pourrais rencontrer leur auteur, la créatrice Ni Tanjung.

            Puis un jour, par une fin de matinée de janvier, je me suis retrouvée sur mon scooter à suivre une étroite route en zigzags. M'accompagnait madame Arimbi, l'assistante de M. Georges Breguet, qui avait organisé la visite.

 

            Nous passons l'endroit où, quelques années plus tôt, Ni Tanjung a été découverte en train de peindre ses pierres, et nous poursuivons jusqu'à celui où elle vit maintenant. Comme elle ne peut plus prendre soin d'elle-même toute seule, elle vit avec sa fille unique.

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Ni Tanjung avec une couronne de sa fabrication sur la tête, ph. Petra Šimková, février 2016

 

            Ni Tanjung réside au rez-de chaussée d'une maisonnette extrêmement modeste. Sa chambre est minuscule, avec une seule petite fenêtre. Le lit prend toute la place, et sur ce lit, Ni Tanjung, incroyablement maigre, trône comme une reine. Elle est entourée de toute sorte d'objets, bols de riz, boîtes de conserve, pièces de vaisselle et aussi d'une « couronne » de sa fabrication. Tout autour, il y a des objets en papier coloré qui ornent le seul mur de la pièce. Très intéressants, ils me font penser à des sortes d'éventails étranges, de différentes formes, tailles et motifs. Ils créent un grand contraste avec cet environnement austère et plutôt sombre. La base de ces assemblages est toujours une structure en fibres de feuille de palmier sur laquelle sont accrochées plusieurs représentations, humaines, animales ou surnaturelles. Tous ces objets sont très colorés et forment un ensemble important, certains sont même dessinés des deux côtés.

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Ni Tanjung et ses "buissons de figures", les manipulant comme un théâtre d'ombres traditionnel balinais, photos Petra Šimkovà, février 2016

 

            Nous sommes assis dans la cour qui donne sur la petite maison, pour boire un café balinais. Ni Tanjung, qui regarde discrètement à travers l'ouverture sans porte de sa demeure, commence à s'apprêter. Elle extrait de plusieurs boîtes des bijoux de sa fabrication qu'elle se glisse ensuite autour des poignets, des doigts, du cou. Sur une étagère se trouve encore la couronne multicolore qu'elle s'est fabriquée. Dans l'une des boîtes, il y en a une seconde, qui, à ma grande surprise, est constituée de ses cheveux.

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Ni Tanjung, dessins au pastel montés sur assemblage de tiges végétales, ph. Georges Breguet, 2016

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Ni Tanjung avec le miroir grâce auquel, selon Georges Breguet, elle regarde systématiquement ses œuvres après les avoir créées... Ph. Petra Šimková, janvier 2016

 

            Son autre objet de prédilection est un miroir. Le tenant dans ses mains, elle joue avec son reflet et le nôtre. Son reflet crée un dialogue. Il m'est venu à l'esprit que c'est peut-être dans ce miroir qu'elle voit tous les personnages qu'ensuite, elle crée sur le papier, tel le reflet de la vision de son monde intérieur enfoui aux tréfonds de son âme.

            Après un certain temps, elle finit par se coiffer de la «couronne» et me fait signe de la tête que je peux prendre une photo. J'ai le sentiment qu'elle est heureuse de cette photo, et bien qu'elle soit déjà d'un âge avancé et qu'elle ait eu une vie difficile, le visage que je fixe sur la photo a beaucoup de charme, et porte une étincelle dans ses yeux. Fait intéressant cependant, dès que je cesse les prises de vue, elle montre une expression très différente.

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Ph. Petra Šimková, janvier 2016

 

            Ni Tanjung se repose quelques minutes, et nous finissons lentement notre café, assises dans la pièce relativement sombre. Je remarque une guirlande de petites ampoules au plafond, qui sert à éclairer la pièce quand elle crée ses œuvres, car elle travaille essentiellement la nuit. C'est peut-être pourquoi son choix de couleurs est aussi contrasté. Son travail couvre presque tous les murs de la chambre, formant une sorte de théâtre coloré très particulier dont le centre est Ni Tanjung elle-même. Après un moment de repos, elle s'est de nouveau apprêtée sur le lit, et elle commence à danser et à chanter. L'expression de sa danse est très particulière, mais elle se déplace exactement comme les jeunes danseuses balinaises. Elle me regarde dans les yeux et j'ai l'impression que je comprends tout son chant, tous ses mouvements... Je me sens comme si le temps et le lieu de nos origines avaient disparu, et qu'il ne restait plus qu'une belle et authentique expérience, ainsi que son œuvre.

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Ni Tanjung exécutant, assise, une danse balinaise traditionnelle ; on aperçoit derrière elle une partie de la fresque qu'elle avait alors tracée sur le mur de sa maisonnette ; photo extraite d'un petit film de Petra Šimková, février 2016

 

           Nous nous faisons de longs adieux, nous nous serrons les mains avec des sourires, puis tous s'éloignent dans leurs pensées, leurs réflexions, ou encore pour certains d'entre nous, dans leurs réalités et leurs fantasmes insaisissables. Et moi, je suis heureuse d'avoir pu rencontrer personnellement cette artiste originale de Bali.

            

           (Traduit du tchèque par Régis Gayraud (et très légèrement remanié par B.Montpied)

___________ 

 

Merci à Georges Breguet, protecteur et défenseur de Ni Tanjung sans qui ce petit reportage in situ n'aurait pu se faire de façon aussi facilitée.

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Ni Tanjung en compagnie de Georges Breguet, ph. Petra Šimková, février 2016

 

31/01/2016

Noms prédestinants, une ribambelle... Avec Georges Courtois, et tant d'autres...

      "On est passé devant le juge d'instruction Cavaud, qui nous a offert l'hospitalité à la maison d'arrêt de Nantes, en préventive. Il faut le faire, hein, s'appeler Cavaud, pour un juge. Dans ma carrière [de "malfaiteur professionnel", NDR], j'en ai connu des magistrats comme ça : Cadenas, Peureux... ou des flics qui s'appelaient Poulard... Moi, je suis toujours resté Courtois."

    Georges Courtois, Aux marches du palais, mémoires d'un preneur d'otage, Le nouvel Attila, Paris, 2015

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Photo Samuel Cousin, 2015

      Après cette citation de Georges Courtois, spirituel malfaiteur, repartons à la cueillette aux noms prédestinants, aussi appelés aptonymes par de plus savants que nous.

     Et par exemple, il n'y a pas de place ici que pour un Montpied, il y a aussi des Tripied, qui sont, comme de juste, bouchers, cas de déviation légèrement contre-aptonymique, car enfin ils auraient pu s'occuper plus directement d'entrailles.

     Non loin d'eux, n'oublions pas le footballeur Jeremy Pied.

    Mais pour rester dans la boucherie, reprenons cet ancien commentaire d'Isabelle Molitor, à propos cette fois d'un lieu possiblement prédestinant : "Il y a des faits divers qui ont lieu dans des lieux aux noms quasi prédestinants, de vrais calembours par anticipation. A cause sans doute de l'aspect épouvantable de ces actes, les journalistes tournent autour sans oser l'indiquer, malgré toute leur envie, semble-t-il.

     C'était le cas cet automne avec la tuerie de Chevaline (dans les Alpes). Partout on lisait : "La Tuerie de Chevaline". C'était l'expression consacrée. Et personne n'a jamais osé parler de boucherie, alors que, bien sûr, chacun y pensait."

     Le hasard ne s'encombre pas de morale. Si cela m'est permis (et pardonné), je pointerai ici par exemple, ce scabreux clin d'œil du destin, très peu élégant, qui accompagnait la tuerie du Carillon et du Petit Cambodge dans le Xe ardt parisien en novembre dernier. On n'a pas beaucoup souligné le voisinage de l'hôpital St-Louis  à ce carrefour. Et en particulier, l'officine de transfusion sanguine qui se trouvait devant les deux établissements. Un panneau y invite depuis longtemps à donner son sang, ce qui, vu les événements de novembre 2015, a pris un sens des plus grinçants.

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Devant le Petit Cambodge, au carrefour rue Bichat/rue Alibert, le panneau de la transfusion sanguine masqué (provisoirement) par des fanions commémoratifs, ph. Bruno Montpied, 2016

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     Les amateurs d'humour noir ne me pardonneraient pas de ne pas continuer sur cette pente. Toujours du point de vue des lieux inclinant à certains actes, citons ces mots de Régis Gayraud, notre correspondant clermontois ès-noms et lieux prédestinants, lui-même reprenant des termes empruntés à France-Info TV, concernant une affaire de pédophilie et d'attentat à la pudeur s'étant passée en avril 2015 : « Le suspect, un agriculteur de 48 ans vivant seul, séparé de son épouse, dans sa ferme, rue Tourne cul à Montzéville (Meuse) faisait l'objet d'une enquête en cours suite à une plainte déposée à Verdun pour agression sexuelle sur mineurs et qui concernait trois membres de sa famille dont deux de ses nièces ». (France TV Info).

     Troublant pour le moins, non?

      Le même Régis nous a également communiqué l'information suivante :

     « Michel Fuhrer (je précise, c’est un Français), directeur technique du SESM, service pour l’entretien des sépultures militaires allemandes au sein du Souvenir Français, organisme chargé de l’entretien des tombes militaires de France. La Montagne, mercredi 12 février 2014 ». Encore plus saisissant, n'est-ce pas? Peut-être moins que la révélation très récente de Régis toujours, concernant un certain Marc Dufumier, agronome toujours en Limagne...

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Article de La Montagne sur Marc Dufumier plaidant pour une agriculture revenant vers l'artisanal

      Les cimetières fournissent souvent de l'eau à notre moulin, si l'on peut s'exprimer ainsi. Voir les trois occurrences photographiques ci-dessous:

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Tombe de la famille Revenant, cimetière de La Guillotière, Lyon, photo Emmanuel Holterbach, transmise par Jean-Christophe Guédon, que je remercie par la même occasion; on peut dire que cette famille entière − fait terrible! − était prédestinée patronymiquement à l'empire de la mort, espérons que cela est arrivé le plus tard possible, comme pour tout un chacun

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La rue qui passe le long du cimetière Montparnasse à Paris porte un nom en rapport avec les "refroidis" du voisinage, n'est-il pas? Ph. Bruno Montpied, 2009

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Tombe d'une certaine Simone Bonnenfant à Coltines (Cantal), ph. Cosmo Hélectra ; à noter la faute d'orthographe : sous cette stèle, seule paraît vraiment reposer cette "bonne enfant", ses parents en étant exclus par la coquille

      Des bonnes filles, pourtant, plusieurs parents concevraient davantage de se reposer sur elles, comme dans le cas de cette distribution des prix :

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Document transmis par Emmanuel Boussuge

 

      Restons dans ces occurrences plus fraîches, et revenons notamment du côté des sportifs, domaine inépuisable en terme de noms prédestinants. Il nous est arrivé de relever les noms d’un joueur de rugby, appelé Adrien Planté (dans l'équipe de Clermont-Ferrand) − qui peut ainsi planter plus facilement ses essais − et d’un joueur de basket appelé Mike Gélabale, qu'on imagine criant sans cesse son patronyme de façon burlesque pendant les  matchs chaque fois qu'il file vers le panier...

    On (pas noté le nom de la personne, donc qu'il se nomme s'il se reconnaît...) nous a également signalé un auteur de spectacles musicaux (conte et blues) en baie de Somme qui s’appelle Xavier Letocart. On espère pour lui que ce nom ne va pas porter ombrage à ses productions...

   Que dire encore de ces agents immobiliers, comme celui-ci, à Joigny  dans l'Yonne, qui s'appelle Bourreau (aptonyme ou contre-aptonyme ? Tout dépend de ce qu’il vend comme logements), ou celui-là, à Clermont, nommé Dubien, ce qui est la moindre des choses quand on vend des biens ? Ceci dit, méfions-nous des noms commerciaux bidouillés pour favoriser la fonction. Ce qui ne peut être soupçonné dans le cas de ce salon de coiffure, signalé encore par Régis Gayraud à Clermont-Ferrand (c'est aussi lui qui nous a mentionné le nommé Dubien), tenu par une certaine Mme de Quatrebarbes...

     Régis est d'ailleurs très favorisé par la chance en ce moment, si l'on en juge par cette autre note qu'il a concoctée à propos de la ville d'Auch en octobre 2015. Est-ce que l'opticien Dupuy, nous demanda-t-il dans un  premier courriel, vu dans cette ville, ne ferait pas non plus un bel aptonyme ? Derrière cette perfide question se profilait en réalité un aptonyme à tiroirs ‒ comme il y a des charades à tiroirs, telles que Luc Etienne les a fait connaître dans son livre éponyme (L'art des charades à tiroirs). Régis, donnant sa langue au chat, révéla le fin mot de sa plaisanterie:  "Dupuy peut vendre des lentilles, parmi d’autres articles dans son magasin. Des lentilles… du Puy ?" Ah, ah, ah...

    Enfin, finissons-en avec quelques autres cas. Un ami qui vit en Normandie me signale un M. Barrault, gardien de prison… et une Mme Sueur, prof de gym d’un de ses enfants. Comme on voit, tout cela est en rapport. De même pour ce dernier aptonyme que nous a communiqué Mathieu Morin récemment, le sieur "Picon Pierre", à qui l'on souhaite de ne pas abuser des apéritifs.

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Un grill qui a grillé (à Cesson-Sévigné)... Inévitable, diront certains (après les noms et les lieux, les boutiques prédestinantes ?) ; ph. Darnish, 2014 ; en souhaitant que ce ne soit pas le propriétaire qui ait servi de viande à ses brochettes...

10/01/2016

Shadok pour Régis Gayraud

    J'aime modérément les Shadoks, inventés par un certain Jacques Rouxel, pour des films d'animation diffusés à la Télévision au début des années 70 et repris dans les années 2000 (ça vous a une tonalité souvent potache, je trouve). Mais comme ils ont été récemment cités par Régis Gayraud dans un commentaire où il voyait un rapport avec certains dessins de Claude Haeffely (voir note précédente), je suis allé me renseigner. Et j'ai trouvé la devise Shadok ci-dessous qui, effectivement, tout en démarquant les "objets introuvables" de Jacques Carelman, apparus au même moment -1968- que les Shadoks (et, eux, d'une inspiration de bien meilleure venue), fait un peu songer au dessin haeffelyen (quoique ce dernier me paraisse lui être supérieur) :

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19/12/2015

Expo Iliazd à Moscou

Quand les commentateurs, et parfois aussi collaborateurs de ce blog, montent sur les tréteaux télévisuels russes... ; Régis Gayraud, ci-dessus, est invité à la télévision pour donner quelque témoignage à propos de l'exposition Iliazd qui se tient actuellement au Musée Pouckkine à Moscou et dont il est le responsable scientifique

 

     Iliazd, je ne sais pas si on le connaît parmi les lecteurs de ce blog, c'était un poète, un éditeur de livres d'art à la typographie audacieuse, un futuriste  russe d'origine géorgienne (Ilya Zdanévitch est né à Tiflis en 1894 et mort à Paris en 1975 ; il y était venu dès 1921 ; et, pour l'anecdote, il y mourut le jour de Noël, debout contre une porte, une tasse de thé encore à la main). Pour lui trouver un titre de gloire qui justifie que j'en parle sur ce blog, on ne manquera pas de signaler qu'il fut le découvreur de l'immense peintre populaire et naïf géorgien Niko Pirosmani, qu'il défendit en compagnie de son ami peintre Mikhaïl Le Dentu. Pirosmani, pauvre peintre d'enseignes de Tiflis, lui tira le portrait. Il joua un peu le même rôle auprès des futuristes russes qu'avait joué le Douanier Rousseau auprès de l'avant-garde française tournant autour d'Apollinaire et de Picasso, comme une caution populaire exprimant une approche plus directe du monde.

 

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Niko Pirosmani, portrait d'Iliazd, 1913

 

    Et Iliazd lui acheta plusieurs œuvres qui sont à présent conservées en Géorgie et en Russie. Poète, il inventa un langage d'outre-mots, le zaoum, bien avant les tentatives de poésie sonore des années d'après seconde guerre mondiale. Cela lui permit d'étayer sa polémique avec la novation prétendue des lettristes, type Isidore Isou. Iliazd publia en 1949 une anthologie sur la poésie sonore, intitulée Poésie de mots inconnus. Véritable touche à tout, esprit de grande culture, il fut aussi historien d'art, dénicheur de talents oubliés, comme cet écrivain français nommé Adrien de Monluc dont Iliazd édita en 1952 une curieuse satire, la Maigre, rédigée par Monluc pour se moquer d'une femme. Iliazd, fort logiquement, choisit pour ce faire une police de caractère typographique excessivement maigre. Il demanda à Picasso quelques gravures et ce dernier les traça d'une ligne elle aussi adéquatement fort ténue...

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Pages de l'édition Iliazd de La Maigre, extraites du catalogue de l'expo Iliazd de 1978 au Centre Georges Pompidou

 

Infos factuelles : le Musée National des Beaux-arts Pouchkine de Moscou accueille donc du 14 décembre prochain au 14 février 2015 l’exposition  « Iliazd. Le XXe siècle d’Ilia Zdanevitch » que Régis Gayraud a contribué à organiser en tant que conseiller et responsable scientifiques du catalogue. Cette exposition est la première consacrée à Iliazd en Russie. Ce sera la plus complète exposition Iliazd organisée à ce jour depuis l’exposition du MNAM Centre Pompidou en 1978. Elle comportera un grand nombre de documents inédits, récemment découverts dans les archives françaises et russes, et la collection complète des livres du poète-éditeur.

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Le jour du vernissage, tous à l'écoute du responsable scientifique...

  

26/06/2015

Du romantisme et des volcans

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Le romantisme en 2015 ; graffito vu à Clermont-Ferrand par Régis Gayraud

15/03/2015

Quatre de mes anciens films en projection, à l'époque où j'étais cinéaste amateur

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    Vendredi 20 mars, je participe avec quatre de mes anciens films tournés  en super 8 au Festival 8-9,5-16 de cinéma amateur des Pavillons-sous-Bois (Seine-St-Denis).  Ces derniers chiffres représentent les formats de cinéma acceptés par le festival en question, organisé conjointement par le CECAS de la ville des Pavillons-sous-Bois et la revue Cinéscopie animée entre autres par Michel Gasqui, un amoureux du cinéma amateur en format argentique, et notamment du cinéma Super 8. Je ne connais pas les autres participants à la programmation de cette édition, et ne peux donc rien en dire (mais je le ferai dès que je les aurai vus, si émotion il y aura...). Il semble tout de même qu'on ait affaire à des œuvres de création, fiction ou documentaire, et non pas à du cinéma de famille (l'anniversaire du petit dernier, les noces d'or de Papy et Mamie, etc., cinéma contre lequel a priori je n'ai rien, je m'empresse de le dire), et peut-être même des œuvres naïves comme il y a de l'art naïf.

 

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L'auteur au bord de la Manche, au cours d'un autre tournage, celui d'un film précédent appelé "Conversation aigre sur les malheurs du temps", 1977 ; ph. Jacques Burtin

 

 

    En ce qui me concerne, je prête quatre petits films tournés quasiment sans montage ultérieur, il y a trente ans, soit donc dans les années 1980. Ils se voulaient pour trois d'entre eux, Sur les trottoirs de nos villes, Œillères, et Ecrin de Sable,  comme des documentaires poétiques. Le quatrième, Un Paysage Changeant, est un minuscule film d'animation réalisé image par image avec les moyens du bord dans le petit studio que j'occupais à l'époque. Ils sont tous en Super 8 et sonorisés. Voici leurs "fiches techniques":

 

"Sur les trottoirs de nos villes (sonore, stéréo, 1981-1983, env. 4 min.)

“Sur les trottoirs de nos villes” est un poème visuel accompagné de deux textes, un de moi, et un tiré de Henri Michaux qui est une promenade effectuée au ras des trottoirs de Paris (dans le XIème) afin de tenter de révéler la beauté méditative des lignes et matières présentes sur le sol d’une ville, aussi suggestives et esthétiques pour l’esprit que des œuvres d’art abstrait telles qu’on peut les admirer dans les musées. L’art abstrait, seulement, dans ce cas, on marche dessus tous les jours…

 

Œillères (sonore en mono, 1985-1986, env 12 min.)

“Œillères” est une promenade à la surface de visages scrutés avec une certaine effronterie, de façon parfois fort insolente sous le nez des intéressés, au cours de deux tournages effectués à deux moments différents de l’année dans l’hippodrome d’Auteuil, du côté de la pelouse au milieu des turfistes aux allures fiévreuses de drogués du jeu. La musique lancinante de Mal Waldron et Marion Brown (un morceau nommé adéquatement “Contemplation"…) accompagne cet essai de portraits d’hommes en addiction au jeu, distillant une atmosphère de drame et de dépression. A signaler, pour ceux qui le connaissent, l'apparition à de certains moments, mêlé à la foule des turfistes, d'un certain Régis Gayraud, habitué de ce blog, et aussi d'un Roland Chelle, auteur du recueil "Vers luisants" à l'enseigne de la Petite Chambre Rouge.

 

Ecrin de sable (sonore, mono, 1988, env.11 min.)

“Ecrin de sable”, pareillement, est un poème visuel cherchant à mettre en lumière le merveilleux brut d’une plage où le sable est comme un écrin à des dizaines et des dizaines d’objets laissés là par la mer, coquillages, cailloux luisant comme des bijoux, épaves, etc. C’est une tentative d’hommage à la poésie brute d’une plage, avec sa lumière et ses cimaises horizontales.

 

Un paysage changeant (sonore en stéréo, 1983, env. 2min.)

“Un paysage changeant”, sur une musique extrêmement rythmée de Spike Jones, est un film d’animation réalisé avec de la peinture et divers petits accessoires. C’est comme un tableau essayant de se faire en direct devant la caméra, le tout en manifestant un rythme non prévu au départ et en réalité improvisé au tournage image par image, puis davantage révélé au visionnage par adjonction de la musique burlesque de Spike Jones."

Avis aux curieux donc... 

23/12/2014

Jean Galeani

     Ah, formidable initiative que celle de Régis Gayraud que d'être allé surfer sur internet en tapant le nom de Galeani, ce peintre dont j'avais mis en ligne il y a quelques années une toile retrouvée chez deux collectionneurs (ayant préféré rester anonymes). Brillant effort, que je suis toujours réticent à pratiquer personnellement, préférant la découverte de hasard, et peut-être sans doute, parfois trop vieux (et trop paresseux surtout) pour ce genre de recours...

     En cherchant à ce nom de Galeani, Régis a donc déniché l'interview de Pierre Dumayet mis en ligne sur le site de l'INA. Incroyable... On voit Dumayet, dont mes lecteurs fidèles se rappelleront que j'avais déjà signalé (en 2009) une autre interview, consacrée celle-ci au créateur d'environnement Frédéric Séron (toujours sur ce même site de l'INA), on voit Dumayet s'entretenir avec le peintre Jean Galeani, en 1955, alors octogénaire, sur le seuil, de son appartement puis dans son atelier, où il habitait depuis le début du XXe siècle en haut d'une cage d'escalier où faute de place et sans doute de meilleures conditions d'exposition il exposait certains de ses tableaux (l'Aigre de Meaux de son côté, toujours en commentaire de ma note sur le tableau Victoire, défaite de 1919, et après les révélations de Régis, a retrouvé l'adresse exacte où habita Jean Galeani, au 74, rue de Turenne dans le Marais à Paris, adresse qui est donnée dans un compte-rendu par le journal Le Petit Parisien en 1913 de l'affaire d'un autre tableau refusé de Galeani, intitulé La Justice ; on y apprend par ailleurs que le peintre était originaire de Montpellier). Il faut croire que Pierre Dumayet développait dans ces années 50 de l'autre siècle une sympathie récurrente pour les Naïfs et les créateurs autodidactes. Question à creuser...

Interview de Jean Galeani par Pierre Dumayet, 8 avril 1955, site de l'INA

 

    Comme en ont débattu les divers commentateurs qui se sont succédés après la révélation de Régis (voir donc ma note du 10-06-2011), les propos de Galeani dans cette interview paraissent refléter la position qui devait être celle des tenants de la révolution parmi beaucoup d'hommes du peuple à l'époque (avant la fin des années 30, avant les procès de Moscou), à savoir une indifférenciation entre communistes à la Lénine, que Galeani dit avoir "rencontré" (il montre dans le sujet une sculpture où l'on voit Lénine en forgeron) et anarchisme (certains des tableaux présente un christ "vivant" dont Galeani retient surtout l'injonction pacifiste "aimez-vous les uns les autres", tandis qu'un autre plus allégorique présente l'Autorité comme un pied géant venant écraser la foule ; cette critique de l'autoritarisme est au fondement même de l'anarchisme). Cela dit, il semble que Galeani, homme simple, ait gardé de l'affection même à Staline dont l'interview indique à un moment qu'il lui consacra un tableau, sans doute parce qu'il ne s'encombrait guère d'information, ou bien qu'il avait évolué au fil du temps de l'anarchisme au communisme, préférant se concentrer avant tout sur l'attitude anti-capitaliste (il paraissait détester l'argent, dont il se moquait, en lui consacrant un billet  encadré sous-verre telle une icône). A noter aussi la mention que Galeani avait été "parrainé" par Louise Michel qu'il avait également rencontrée lorsqu'il était plus jeune.

 

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Jean Galeani traînant sur une charrette son tableau La Justice du côté du Grand Palais où avait lieu le Salon d'Automne où le tableau avait été refusé ; photo 1913, agence Rol, source Gallica.bnf.fr

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Le même Galeani, alors bien plus jeune qu'à l'époque de l'interview de Pierre Dumayet, en 1913, posant à côté de la charrette chargée de son tableau ; on devine les vers de La Fontaine en bas à droite du tableau ; photo Agence Rol, site Gallica.bnf.fr 

 

     Avec ce film, Régis a pu nous donner d'autres liens également vers un reportage et des photos présentes sur le site Gallica de la BNF, photos faisant partie du domaine public, donc reproductibles à la seule condition d'en indiquer les références et la source, relatant l'affaire d'un autre tableau de Galeani refusé en 1913 par le jury du Salon d'Automne, tableau allégorique inspiré de La Fontaine, et intitulé la Justice, un juge sur le tableau étant campé par un loup brandissant la tête décapitée d'un âne, le coupable  qu'il avait condamné. Les vers de conclusion de La Fontaine (extrait de la fable "Les animaux malades de la peste") étaient reproduits en exergue sur le tableau (visibles à demi sur la photo ci-dessous): "Selon que vous serez puissant ou misérable,/Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir".

     On aimerait savoir bien entendu ce que sont devenus les tableaux de Jean Galéani. ils étaient nombreux, si l'on s'en réfère au mur que détaille à un moment de l'interview le vieux peintre pour Pierre Dumayet. Qu'est devenu ce grand tableau de 1913 La Justice, refusé comme la version plus grande de Victoire-défaite de 1919, lui l'ayant été au Salon de la Nationale (Galeani, naïvement, croyait qu'il aurait des chances dans de tels salons académiques, à moins qu'il n'ait été sûr de s'en faire jeter et que cela lui donnerait l'occasion de le faire savoir, là aussi naïvement ; c'est plutôt dans ces tentatives de communication, charrette à bras défilant dans Paris, inscription pour mémoire au verso de sa mouture réduite de Victoire, défaite, que l'on doit en effet remarquer qu'il se faisait pas mal d'illusions sur ses chances d'être entendu)? Qu'est devenu en particulier aussi le tableau montrant la roulotte où Galeani à une époque de sa vie (après les années 20?) décida de trimballer ses œuvres "de Cherbourg à la Bretagne"? Il y organisait paraît-il des "loteries" où l'on pouvait gagner ses œuvres... Ce qui nous indique que sans doute ses œuvres de l'époque partirent entre les mains de collectionneurs peut-être moins fortunés qu'à l'accoutumée. D'où elles purent continuer secrètement leur chemin vers les brocantes. Je n'ai pour l'instant pas retrouvé dans ma documentation imprimée de mention de ce Jean Galeani. C'est du reste à cause de cette absence de référence dans les ouvrages consacrés à l'art naïf que je n'avais pas cru bon de chercher sur internet. Erreur...! Il faut se rendre à l'évidence, beaucoup de peintres et de créateurs ont été oubliés des ouvrages d'Anatole Jakovsky, Albert Dasnoy et autres Bihalji-Merin. A nous aujourd'hui de les réhabiliter en clamant haut et fort, peut-être tout aussi "naïvement", que ces peintures et ces messages picturaux alliant naïveté (immédiateté) et anarchisme nous concernent. 

 

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Jean Galeani rigolard, photo Agence Rol, éditée en 1914 (mais datant probablement du même jour que la balade en charrette du tableau La Justice)

 

 

 

 

20/03/2014

Palindrome plaqué

    Mon estimable correspondant de province, Régis Gayraud, me fait parvenir la photo ci-dessous avec ce commentaire: "Ma nouvelle collection: les plaques minéralogiques palindromiques". Effectivement.

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Photo Régis Gayraud, 2014

31/08/2013

Poésie en plein ciel (les épis de faîtage de la Creuse et autres créations populaires de plein vent)

     Jusqu'au 22 septembre prochain, continue de se tenir l'exposition "Entre Terre et Ciel, les Epis de Faîtage en Creuse" à La Tuilerie de Pouligny (écomusée), en Limousin.

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     C'est Mme Andrée Clavaud qui paraît être l'inspiratrice souterraine de ce rassemblement basé sans doute sur sa collection, ses archives photographiques et autres. Elle avait déjà eu l'occasion de présenter une partie de ses collections dans un numéro ancien (le n°8 de juin 2004) du bulletin des Maçons de la Creuse,andrée clavaud,tuilerie de pouligny,épis de faîtage,art populaire insolite,poterie populaire bulletin qui par ailleurs délivre régulièrement d'autres livraisons qui parlent de la créativité populaire en Creuse et au delà (voir par exemple ma note récente dans son n°15 sur les environnements populaires avant le Facteur Cheval et sur le petit musée de René Montégudet à Lépinas, articles rédigés par mézigue)¹.

 

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Un gendarme perché sur un faîtage


     Dans la balade proposée dans cet écomusée (dirigé par Pierre Veysseix), on prendra note entre autres de la reconnaissance affichée par les concepteurs de l'exposition à un potier de Mortroux dont on a gardé le nom, Henri Renty, créateur d'épis de faîtage anthropomorphes aux faciès et aux attitudes humoristiques et naïves. Andrée Clavaud dans son article du Bulletin des Maçons de la Creuse, de son côté, désignait amusée diverses représentations masculines pourvues sans fard de leurs membres virils et plantées au sommet de quelques maisons creusoises (voir ci-contre).andrée clavaud,tuilerie de pouligny,épis de faîtage,art populaire insolite,poterie populaire

        Mais sans focaliser outre mesure sur ces figurations humaines, on peut aussi admirer la poésie de ces épis outrepassant largement leur fonction originelle (ils étaient "placés sur le poinçon du faîte des toitures pour en garantir l'étanchéité", nous susurre un commentaire technique) en montrant par exemple des empilements de fruits, comme dans l'image ci-contre,andrée clavaud,tuilerie de pouligny,épis de faîtage,art populaire insolite,poterie populaire devenus sculptures ou architectures baroques en plein ciel, incongrues sur le toit des maisons françaises, presque arcimboldesques, ouvrant l'esprit à d'autres perspectives quant au style de décors que l'on peut souhaiter pour son habitat. Ces fabricants d'épis de faîtage étaient des anti-fonctionnalistes avant la lettre.

 

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Edition Lieux Dits

     On aura tout intérêt à prolonger la recherche de cette poésie de plein vent en allant compulser l'instructif catalogue, Compagnons Célestes, qui accompagnait une autre exposition plus ancienne, intitulée "Compagnons célestes, épis de faîtage, girouettes, ornements de toiture", organisée à l'écomusée de Rennes du 10 avril 2010 au 3 juillet 2011. Si cet ouvrage est souvent très disert sur les techniques de couverture, et autres installations d'épis de faîtage en zinc, plomb ou terre cuite, dans un langage malgré tout accessible et clair, on découvre cependant au fil de ses pages toutes sortes de surprises. Les pièces photographiées sont essentiellement localisées en Bretagne, certaines provenant de collections publiques comme celle du musée du Vieux Château à Laval qui possède de fort belles girouettes peintes, rarement montrées faute de place (quelques-unes sont visibles dans ce catalogue). Un collectionneur privé, par ailleurs ancien couvreur, Yves Bellenger-Rouault, a aussi accepté de laisser photographier certaines de ses magnifiques trouvailles récupérées avant qu'elles soient jetées aux orties, semble-t-il. Voir par exemple "l'Allégorie de la Justice" en plomb ci-dessous particulièrement étonnante, en provenance d'un château de la région de Vitré:

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Ph. Norbert Lambart, Service de l'Inventaire du patrimoine culturel, Région Bretagne

 

    Le catalogue montre beaucoup d'épis de faîtage bien sûr, dont certains tout à fait inattendus (par exemple la Tour Eiffel ci contre installée sur le faîtage d'une maison de Plerguer en Ille-et-Vilaine qui relève presque de la catégorie des décors d'environnements populaires ; photo Norbert Lambart),andrée clavaud,tuilerie de pouligny,épis de faîtage,art populaire insolite,poterie populaire mais aussi d'autres décors de toiture que l'on connaît infiniment moins (si j'en excepte mon érudit ami Régis Gayraud qui avait attiré mon attention il y a peu sur ce genre de décor extrêmement original), j'ai nommé les lignolets.

 

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Lignolet sur un toit de maison à Le Mendy (hameau des Monts-d'Arrée), voir Glad, "le portail des patrimoines de Bretagne"

    Connaissiez-vous les lignolets? Personnellement, je n'en avais jamais entendu parler jusqu'à une date récente. Ce sont de petites découpures faites dans les ardoises au faîte de quelques rares maisons en Bretagne. Cela donne des frises qui doivent être très surprenantes quand on ne s'attend pas à voir à cet endroit des images en silhouettes noires se découpant sur le fond du ciel, à la limite de l'hallucination...andrée clavaud,tuilerie de pouligny,épis de faîtage,art populaire insolite,poterie populaire Surtout qu'elles sont petites apparemment, et, généralement placées en hauteur, donc peut-être difficiles à détailler précisément. Les sujets ont l'air assez variés, des cortèges d'animaux, des blasons, des cavaliers, des scènes de chasse... Bref, une technique de décor narratif en plein ciel tout à fait originale, et inattendue. N'est-ce pas?

Ci-contre quelques images de lignolets tirées du catalogue "Compagnons célestes"...



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¹ Pour obtenir ces bulletins il faut écrire à: "Les Maçons de la Creuse", 2, Petite Rue du Clocher, 23500, Felletin. Tél 05 55 66 90 81 ou 05 55 66 86 37.

15/08/2013

Les contes de tradition orale et les environnements (1)

     Ce matin, j'ai envie d'entamer une petite série de références à la thématique contes et environnements spontanés. Comme ça, pour voir s'il y a beaucoup d'occurrences, et parce qu'aussi, étant récemment passé en Alsace, j'ai retrouvé un site qui possède plusieurs pièces en rapport avec le thème. Ce sera aussi l'occasion de mettre en évidence les passerelles qui peuvent exister entre culture populaire traditionnelle et environnements spontanés, art populaire contemporain.

 

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"La Clairière des Contes", Yalta, Crimée (Ukraine), cartes postales coll. Bruno Montpied


        Pour débuter, pour cette note, je vais revenir passablement en arrière, à l'époque de ma défunte revuette La Chambre Rouge. En particulier au dernier numéro (un double, le n°4/5, 1985). Régis Gayraud m'avait ramené d'URSS (c'était encore l'URSS à ce moment-là si je ne me trompe) un carnet de cartes postales, souvenirs de "la Clairière des Contes" à Yalta en Crimée. Ce carnet contenait dix cartes en couleurs, et dans la Chambre Rouge je décidai d'en reproduire une en noir et blanc, de plus en photocopie (en chapeau du sommaire de mon numéro).

 

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C'es cette carte que j'avais reproduite en noir et blanc dans La Chambre Rouge ; deux personnages aux trognes burlesques devisant gaiement

 

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La couverture du carnet de cartes postales ; les nains sur la photo paraissent vraiment trop démarqués de Walt Disney, comme s'il n'était plus possible après ce dernier d'imaginer les petits hommes qui portent secours à Blanche-Neige autrement... Du moins en Ukraine, c'était ainsi dans les années 80 de l'autre siècle...

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Ces trois petits cochons, adaptés à la sauce russe, avec balalaïka et petit accordéon, eux aussi paraissent un peu trop Disneyisés...


    Je ne crois pas avoir reçu d'explication à l'époque sur les légendes attachées aux sculptures que montraient ces cartes (apparemment si on regarde sur internet la "Clairière" existe toujours). Ce petit parc était apparemment organisé comme une base de loisirs à thème (si l'on se réfère à la vue des chalets ci-dessus, environnés d'un impressionnant cirque de montagnes). Etait-ce une collection de sculptures populaires? P't-être ben que oui, p't-être ben que non (en fait un peu des deux, mon général). Les styles de ces pièces paraissant variés, on pouvait inférer qu'ils n'étaient pas de la même main. Certaines statues, plus fantastiques que les autres, jouent avec les formes naturelles des bois choisis pour camper les sujets en rapport avec des contes. d'autres sont nettement plus réalistes, flirtant avec le kitsch.

 

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Qui est ce personnage coulant des joues...?

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Peut-être avons-nous affaire ici aux "musiciens de la ville de Brême"? (Eh bien, non! Voir le commentaire de Régis Gayraud au pied de cette note, il s'agit du conte "Quartette")


    En farfouillant sur internet,  on ne trouve pas grand-chose en français. A peine nous indique-t-on sur le site d'une agence de voyages ukrainienne, dans une notice rédigée dans un français approximatif, que ce fut un certain Pavel Pavlovitch Bezroukov qui initia ce site, ayant été rejoint ensuite par d'autres artistes (ce que j'avais subodoré). Régis Gayraud, appelé à la rescousse, m'a appris finalement qu'existait en russe un site web entièrement consacré à ce Musée de la Clairière des Contes. On y apprend - je crois Régis sur parole ici - que le nommé Bezroukov était un garde forestier fondu de contes de fée, si, si, et qu'il n'était pas un sculpteur professionnel (je parierais qu'il est l'auteur des personnages imaginés dans des formes de bois tourmentées)... Il avait bien fait appel à d'autres artistes. Les matériaux employés pour les sculptures évoluèrent au fil du temps, il n'y eut pas que du bois, mais aussi de la pierre, du verre, des matériaux recyclés, du plastique... A parcourir un peu au hasard ce site, on s'aperçoit que la Clairière a bien évolué, organisée différemment, que les Trois Petits Cochons ont été repeints et que le nombre, ainsi que le style des sculptures ont considérablement changé...

 

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Personnages du Magicien d'Oz, sculptures contemporaines de la Clairière des Contes


     Ce qui m'intéresse par ailleurs dans la thématique de ce parc, c'est le rapprochement que l'on pourrait faire avec d'autres pratiques, en l'occurrence celles de certains conteurs indiens, qui leur servent à narrer les récits traditionnels de leur pays, le Bengale occidental, lorsqu'ils dévident simultanément des rouleaux (appelés "patua") supportant des images elles-mêmes narratives, illustrant le conte raconté ou chanté. On peut en voir à Paris dans les collections du Musée du Quai Branly (qui ressemble à une contrepéterie).clairière des contes de yalta,régis gayraud,la chambre rouge,contes de tradition orale,contes et environnements spontanés,trois petits cochons,baba yaga,comptines,rouleaux patua,éditions rackham  Ce genre de racontée existe encore aujourd'hui (on peut en profiter pour signaler la belle édition réalisée en 2009 par les éditions Rackham qui ont édité sous forme de dépliant magnifiquement illustré (voir ci-contre), un patua intitulé Tsunami, d'après une chanson de Moyna et Joydeb Chitrakar composée au moment de la catastrophe survenue dans le Golfe du Bengale en 2004 ; d'après l'éditeur, il est précisé que ce livre conçu, sérigraphié et relié à la main par l'atelier des éditions Tarai à Chennai en Inde, serait le "premier rouleau patua édité sous forme de livre").

    On imagine facilement des criées aux contes organisées dans cette Clairière des Contes, les conteurs se déplaçant de saynète sculptée en saynète sculptée en fonction du conte à dire, chaque saynète jouant alors un rôle identique à celui tenu par les patuas dans les contes du Bengale.

(Suite à cette note, Henk Van Hes, sur son blog Outsider Environments Europe, rédigé en anglais, intéressé par Bezroukov, est allé quérir d'autres informations, voir ce lien)

27/07/2013

Noms prédestinants, ça continue

     Pour commencer, voici une lettre intéressante de notre honorable correspondante Isabelle Molitor:

       "Cher Sciapode,

    Il y a des faits divers qui ont lieu dans des lieux aux noms quasi prédestinants, de vrais calembours par anticipation. A cause sans doute de l'aspect épouvantable de ces actes, les journalistes tournent autour sans oser l'indiquer, malgré toute leur envie, semble-t-il. 
     C'était le cas cet automne avec la tuerie de Chevaline (dans les Alpes). Partout on lisait : "La Tuerie de Chevaline". C'était l'expression consacrée. Et personne n'a jamais osé parler de boucherie, alors que, bien sûr, chacun y pensait.
    Et maintenant ce nouveau drame. Tué pour un ballon dans une fenêtre. L'article ci-dessous est agrémenté d'une carte. Et le ballon y est. On ne voit que lui.
      Isabelle Molitor"

     On songera également que l'individu rendu furieux par ce ballon sous le Ballon¹ finira au ballon.ballon de guebwiler,isabelle molitor,noms prédestinants,aptonymes,lieux prédestinants

     Et signalons au passage qu'un autre de mes correspondants, Jean Branciard, dans une note du 29 février 2012, avait déjà mis en évidence une possible influence de la toponymie sur les destinées des individus qui y résident.

+
   
    Pour rester dans les boucheries hippophagiques, signalons cette boutique et son enseigne vues à Romans dans la Drôme en juillet 2011 qu'il faut examiner de près afin d'y apercevoir l'imperceptible patronyme qui me fit tiquer.

Boucherie-Breyton-Romans.jpg

A priori, cette boucherie Breyton n'a rien à voir avec l'aptonymie... Mais si on y regarde de plus près, que voit-on?...

Chevalier-et-boucherie-chev.jpg

... Un chevalier amateur de viande de cheval! Quelle décadence dans la chevalerie moderne... Ph. Bruno Montpied, 2011

+

       Dépêche AFP du samedi 2 oct 2010, dans le cadre d’une affaire de harcèlement par internet d’un étudiant homosexuel qui aboutit au suicide de ce dernier, ce témoignage d’un voisin au nom insolite étant donné le contexte (le hasard ne s’encombre pas avec la morale): 

« Ce qui s'est passé est impardonnable. Chacun a droit à ce que sa vie privée soit respectée", estimait un étudiant de deuxième année, Luke Fess ».

+

        Régis Gayraud m'a également signalé en avril 2010 : « Jean Le Bitoux, fondateur du journal homo Gai-Pied, qui est mort récemment… »

 +

    Hervé Brulé, à la direction Eau et Biodiversité du ministère de l’Ecologie, s’occupe de la question des restrictions d’eau… (Yahoo info,  août 2010). L’eau, ça compte, quand on s’appelle Brulé (même sans accent circonflexe sur le u).

+

      Le footballeur Sydney Govou, de l’équipe de Lyon, avait à un moment un avocat nommé Thierry Braillard… (avr. 10)

+

        Philippe Lalane de son côté me transmet un bouquet d'aptonymes qu'il a relevés récemment, mais il me les transmet seulement oralement ce qui fait que j'ai pas forcément l'orthographe exacte des cas suivants: Mme Blé, gestionnaire de collège dans l'Eure ; Benjamin Millepied, chorégraphe (là, on peut se demander s'il ne s'agit pas d'un pseudonyme fabriqué de toutes pièces en rapport avec la discipline de cet artiste) ; M. Mangenote, accordeur de pianos...

+

        Et pour finir deux images...

 

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Ph. Jean-Pierre Willems (j'en profite pour le remercier hautement de m'avoir transmis cette très belle plaque)

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Ph. Darnish (Rouillé est une entreprise de carrosserie et de transports par poids lourds), 2013

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¹Le Ballon d'Alsace est lui-même couvert d'un ballon qui est un radar pour le trafic aérien je crois...



20/07/2013

Régis Gayraud, ce poète inconnu

     Voici un poème qui mérite d'être porté à votre attention, avec en prime à la fin, une lecture par son auteur (mais j'espère que vous parviendrez à l'entendre correctement, car il me semble que la qualité sonore est moyenne):

 

Les sinuosités des lacets de ses bottes

Me font signe de les suivre

Dans l’arsenal de stupidités sensuelles

Où j’aspire à une place d’essayeur.

 

Je sue ma semence d’assoiffé

Au son des sirènes,

J’expulse mille pulsions de supplices,

Je délaie la laideur des plaids

Dans des chambres d’hôtels où les gerflex flapis

Exigent leur offrande de javel.

 

Chaque matin face au miroir

Je décolle du bord de mes yeux

Les plumes poisseuses de l’ange de la mort

Qui s’est cogné la nuit aux murs de ma chambre.

 

Chacun sa coquille

Son bloc de glace son ruisseau de lave.

Et sous le crépitement de l’eau

Qui invite le feu

Dans leurs grandes noces aux habits de vapeur

Nul ne perçoit rien de nos balbutiements.

 

 Régis Gayraud

20-29 juin 2011


podcast

05/04/2013

Sortie nationale de "Recoins" n°5...

    Ah, ça faisait longtemps qu'on l'attendait ce nouveau numéro des amis de l'Auvergne absolue. Art, belles-lettres et rockn'roll doivent être toujours au programme, I presume...? Je "présume" parce que le silence a été bien gardé jusqu'ici sur la statue qui ne paraît pouvoir être dévoilée que le jeudi 11 avril prochain à la Cale Sèche (je ne sais même pas ce que c'est que cette Cale Séche, où je présume, là encore, que cette cale ne reste pas longtemps séche et qu'il faudrait plutôt l'appeler la Rue de la Soif...) à partir de 19h... au 18 de la rue des Panoyaux dans le XXe arrondissement à Paris. Voir l'affiche ci-dessous.

 

Recoins 5.jpg


     Qu'y aura-t-il au sommaire? Eh bien, je présume, je présume, qu'il y aura au moins ma contribution, un article développé sur le site d'art brut étourdissant de Madame C. en Normandie, auteur décédé en 2009 qui a laissé un jardin étrange entourant une villa aux terrasses barricadées de voiles de ciment et autres silex et nains de jardin incrustés, tapissé en son for intérieur de murs ressemblant aux parois d'une grotte en dentelle de plâtre et papier mâché (on en a parlé dans Bricoleurs de paradis et dans Eloge des Jardins Anarchiques). Et il y aura sans doute aussi la suite du texte fort énigmatique de Régis Gayraud dont il avait entamé la publication dans le numéro 4. Et à part ça? Mystère et boules de gomme... François Puzenat est toujours l'émérite maquettiste de cette revue discrète et prometteuse. Emmanuel Boussuge et Franck Fiat en sont toujours quelques-uns des animateurs assoiffés. Rendez-vous jeudi donc pour en découvrir davantage...

05/11/2011

Jambon pour les vaches?

     Régis Gayraud court toujours les routes et cueille des noms prédestinants aux coins des bois, témoin cette inscription imprimée sur un réservoir "d'alimentation animale" d'un éleveur en Corrèze. Que nourit-il avec ça (l'éleveur, pas Régis)? Des cochons? Non, simplement du bétail. Ce ne sont pas des farines animales. L'éleveur a fait attention, plus respectueux de ses bêtes que d'aucuns à une autre époque. Son patronyme, qui n'est pas l'alimentation promise (comme une lecture de l'image ci-dessous pourrait nous le laisser croire étourdiment), l'y aura peut-être incité.

Jambon et fils.jpeg

Photo Régis Gayraud, 2011 

23/10/2011

Les trois moitiés de monsieur Thiers

 

Cher Bruno, 

      Ce matin, au réveil -influence inconsciente de l'accouchement national?- il m'est revenu un vieil aptonyme présidentiel dont j'avais entendu parler il y a fort longtemps. Celui des "trois moitiés de Monsieur Thiers", comme l'écrivaient les feuilletonistes du XIXe siècle. En effet, Thiers se divisait en trois tiers qui étaient autant de moitiés, dont l'une était sa moitié officielle. Comprenne qui pourra!

     Petit rappel des faits.  Ce n'est pas d'aujourd'hui que le pouvoir s'accompagne de compulsion sexuelle. Le petit père Adolphe, le boucher de la Commune, entretenait trois liaisons amoureuses, qui plus est dans la même famille. Ainsi Thiers se divisait en trois. J'ai été vérifier sur Wikipédia noms et faits exacts et voici ce qu'on me dit : "En 1827, il se lie d'amitié avec la famille Dosne, surtout pour la relation secrète qu'il entretient avec la maîtresse de maison, Eurydice (elle a alors 32 ans et lui 36). En 1833, il épouse la fille aînée, Élise, ce qui lui permet de continuer à voir son amante. Élise apporte en dot un hôtel particulier place Saint-Georges (futur centre de la fondation Thiers). Il s'entiche également de la seconde fille de la famille, Félicie."

     Cette triple liaison était connue de tout le monde. A l'époque de la Commune puis quand il devint le premier Président de la Troisième République, Eurydice était déjà morte mais il continuait à vivre avec les deux sœurs.

Caricature de Thiers (voir texte de RGayraud surPS).jpg

      J'ai toujours pensé que Thiers avait quelque chose de schizophrène. Un peu comme la ville de Thiers, du reste, adossée comme une forcenée à sa montagne, tranchée en deux par une vallée qu'on appelle là-bas l'Enfer, et qui n'a pas trouvé mieux que de se spécialiser dans la fabrication des couteaux.

Amitiés,

Régis

02/12/2010

Recoins n°4

Couverture du n°4 de la revue Recoins.jpg

 

     Les recoins se sont agrandis, la revue, pour les besoins de ce n°4, a  repoussé les murs comme on dit pour se donner un peu plus d'air (format 25x20cm). Si je n'arrive pas à me départir de l'impression que la revue par certains aspects de sa mise en pages tient un peu comme à distance les sujets qu'elle présente à ses lecteurs, du fait du corps des caractères qui reste encore trop petit pour mes yeux fragiles, je comprends par ailleurs qu'étant donné la richesse des matières traitées dans ce numéro, les rédacteurs (tous des passionnés et des bénévoles) aient été placés devant des choix cornéliens sur la question de la mise en pages. On retiendra donc avant tout la nette amélioration de cette dernière, ainsi que de la ligne éditoriale.

 

 

Pierre Darcel,Les 4 danseurs et le dos de la Statue de la Liberté, ph. Bruno Montpied, 2010.jpg

 

Pierre Darcel, danseurs bretons en ciment couvert de coquilles de moules, coques, berniques, coquilles Saint-Jacques, ph. (inédite) Bruno Montpied, 2010

 

 

     Il s'est passé en effet quelque chose de plus, la revue a basculé dans une autre ère il me semble. On est là face à un saut qualitatif indéniable. Un de ses plus grands mérites est son excellent équilibre en dépit de sa variété. Car le sommaire marie les environnements spontanés (c'est moi qui m'y recolle avec un article sur un site nouveau en Bretagne, de Pierre et Yvette Darcel, statufieurs et mosaïstes, du côté de St-Brieuc), à la boxe, le rock n'roll, le blues ou la country, voire la musique antillaise d'avant le zouk (tiens il y a aussi un texte de Cosmo Helectra sur la musique de ski nautique, Cosmo un habitué de nos parages et animateur de l'émission Songs of praise sur Aligre FM tous les lundis soirs). Le mixage continue avec des articles sur un auteur de livres anticléricaux du  XVIIIe siècle, plus une très belle étude de Bertrand Schmitt sur un créateur tchèque Vladimir Boudnik (non, ni beatnik, ni spoutnik, quoique nom-valise on dirait, comme fait à partir des deux). Sont également convoqués deux très beaux textes de Régis Gayraud à thématiques contrastées (démontrant une fois de plus le grand talent du bonhomme, et je ne dis pas ça parce que c'est un ami, c'est plutôt le contraire, c'est parce qu'il crée aussi des choses de ce calibre qu'il est mon ami), une (trop) courte intervention d'Olivier Bailly sur Robert Giraud, une notice d'André Vers sur le Vin des Rues de Giraud, de l'art populaire dans les oratoires du Cantal, 

Pieta,Cantal,ph.Bruno Montpied, 1990.jpg

 

 

des compte-rendus de divers livres, des aphorismes (d'Olivier Hervy, en petite forme, j'ai trouvé), des brèves de comptoir comme celle-ci:

 

"La fin du monde, c'est mieux à la campagne, tu te fais pas piétiner"

(Tirée d'une anthologie de Jean-Marie Gourio, concoctée par l'auteur à partir de propos tenus dans les bistrots, pratique certes antérieure à Gourio, mais mettant en relief l'indéniable esprit des rues, volatil, anonyme, difficile à fixer en littérature, une création littéraire immédiate en quelque sorte)

 

Sommaire-Recoins-4.jpg

Sommaire de Recoins n°4

      Au sein de ce sommaire éclectique, et parce qu'il faut bien se limiter sur ce blog à quelques détails seulement, les deux interventions sur lesquelles j’ai tendance à focaliser sont celles de Régis Gayraud pour son texte « Méritoires d’outre-terre, feuilleton (1) », et l’étude de Bertrand Schmitt sur le poète, plasticien et théoricien tchèque Vladimir Boudnik.

     Du premier, on peut retenir son étourdissante habileté à plonger le lecteur dans un climat de pur onirisme qui a cette particularité de ne pas se cantonner au réveil - à cet entre deux où la conscience pas encore complètement extirpée du sommeil vacille entre deux mondes - mais bien plutôt à s’étendre progressivement, insidieusement à tout l’ensemble de l’activité diurne. Monde renversé, où la veille devient territoire du rêve, ce qui n’est pas sans laisser le lecteur au bord d’une certaine angoisse assez voisine de celle qui préoccupe un Roger Caillois par exemple dans les expériences qu’il relate dans son petit livre L’Incertitude qui vient des rêves. Régis l’a déjà écrit ailleurs (dans une enquête sur les rêves publiée naguère par le groupe de Paris du mouvement surréaliste –auquel soit dit en passant appartient Bertrand Schmitt), les rêves ont pour lui un autre aspect que celui de révéler des désirs enfouis et refoulés, selon la doctrine freudienne. L’activité onirique brasse les cartes des situations possibles, se prêtant ainsi à une véritable combinatoire des situations qui pourraient se produire. Ce qui explique qu’elle puisse prendre l’aspect d’un terrain propice aux prémonitions. Il semble que le texte de Régis publié dans ce nouveau numéro de Recoins joue quelque peu avec ce désir d’anticipation. Comme si l’auteur cherchait à diriger son destin, comme d’autres cherchaient à diriger leurs rêves.

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Vladimir Boudnik, du cycle Variations sur le test de Rorschach, 1967 (extrait des illustrations de la revue Recoins)

 

     L'étude de Bertand Schmitt qui présente le fort peu connu Vladimir Boudnik (1924-1968) m'a fait l'effet d'une véritable illumination. J'ai reconnu en lui - comme certainement cela a été le cas pour la rédaction de Recoins (il faut repérer dans la revue les photos d'Emmanuel Boussuge qui comme moi s'intéresse de fort prés aux images créées par le hasard, figures anthropomorphes des ferrures de portes, piquets de clôture, taches diverses) - un précurseur, ou un continuateur, de la création immédiate. Ce poète, plasticien, et théoricien tchèque, instruit des ravages profonds induits dans l'âme des hommes par les désastres de la Seconde Guerre Mondiale, chercha à créer une nouvelle forme d'expression qu'il appela "l'explosionnalisme", qui consistait entre autres à pousser les individus dans la rue à projeter leurs inconscients à travers les traces existant sur les murs. "Armé de fusains, de craies, de graphites, il lit et interprète les vieux murs, fait surgir de la chaux des fantômes endormis". Ce que Bertrand nous apprend des actions et de la quête de Boudnik le montre assez parallèle avec les idéaux des membres contemporains du groupe Cobra, convaincus de la transfusion de l'art dans la vie quotidienne des classes populaires, ou d'un Dubuffet, également contemporain, qui découvrait à cette époque-là le génie populaire individualiste des oeuvres de ce qu'il appela "l'art brut". Il écrit les phrases suivantes, qui font indéniablement écho à l'illustration et à la défense de la poétique de l'immédiat que je cherche à promouvoir sur ce blog: "Un [...] appel à la création immédiate et concrète avait été exprimé dans le premier manifeste de l'explosionnalisme...". "Cette exhortation à la création collective, directe et populaire contient aussi une remise en cause du statut séparé de l'artiste professionnel". Et voici aussi cette phrase empruntée aux écrits de Boudnik: "Regardez autour de vous! Sur le mur sale, le marbre, le bois... Ce que vous voyez est ce qui est à l'intérieur de vous. Ne sous-estimez pas les taches. Faites-en le tour avec votre doigt, redessinez-les sur le papier... Saisissez votre monde intérieur." C'est la leçon de Léonard de Vinci proposée à l'homme du commun! Travaillant en usine, il va former des groupes de prolétaires à l'étude et à la création de formes inspirées d'images aléatoires comme les taches, les traces que l'on trouve communément autour de soi (les nuages, les signes sur les peaux de bananes, n'est-ce pas Bruly-Bouabré?...). Il organise des expositions dans les couloirs de son usine "au grand ébahissement des cadres et des ouvriers"...

Extrait d'un documentaire sur Boudnik sur You Tube (plusieurs oeuvres de cet étonnant expérimentateur sont ainsi visibles ici)

 

       Il expérimente à tout va (il fera ainsi une suite d'interprétations des tests de Rorschach), cherchant apparemment à ce que suggère Bertrand Schmitt dans son si éclairant article à partir en quête des secrets de la matière, de l'énergie génitrice présente au sein de celle-ci. Bref, on a là  à l'évidence une étude tout à fait passionnante, et rien que pour ces textes-ci, la revue Recoins dans ce n°4, a déjà rempli son office d'illuminatrice. J'encourage naturellement tout un chacun à s'enquérir du reste de son contenu.

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Recoins  est disponible en écrivant et en s'abonnant 13, rue Bergier, 63000 Clermont-Ferrand. Adresse e-mail: revuerecoins@yahoo.fr

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A signaler également ce jeudi soir 2 décembre au Kiosque/Images, 105, rue Oberkampf, la présentation de l'ouvrage Les 12 travaux d'Hercule, édité par Recoins et Cie, sur les dessins de Pascal, un des créateurs fréquentant le foyer d'arts plastiques La Passerelle à Cherbourg (voir les notes que j'ai consacrées sur ce sujet).

La revue est disponible également sur Paris à la librairie de la Halle Saint-Pierre (XVIIIe ardt), ainsi que chez Bimbo Tower, passage Saint-Antoine dans le XIe arrondissement. D'autres librairies seront bientôt pourvues à leur tour.  

15/07/2010

Un petit bouquet de noms prédestinants

    Et si on remettait ça du côté des noms prédestinants? J'ai là dessous le coude une petite brassée de patronymes faisant sensation, collectés auprès des meilleures plumes:

« Sieur Bruno, j'ai lu pour vous dans le quotidien Le populaire du Centre–Haute-Vienne, le vendredi 6 fév. 2009, p.3 : "Sylvestre Coudert, expert forestier à Saint-Pardoux-Le-Vieux (Corrèze)". Je suppose qu'il connaît tout sur les pins sylvestres,  et que Sylvanus, le Dieu des forêts l'a inspiré et a soufflé fort sur son berceau... (Vous pouvez étendre l'interprétation en cherchant le sens de "coudert" en Limousin...). Michel Valière »

Alors j'ai un peu cherché l'origine du nom Coudert qui viendrait, on l'aurait parié connaissant le goût de Michel Valière pour la langue d'oc, de cette dernière, et désignerait un "espace inculte prés d'une ferme". Le monsieur dont parle Le populaire réunit donc à la fois fertilité et stérilité dans son patronyme. En psychologie, cela se rapproche de cette problématique que Gregory Bateson appelait la double injonction, le "double bind", qui peut faire le lit d'une certaine schizophrénie...

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«  Je voudrais citer ici celui de ce prof du lycée de Saint-Quentin (Aisne), dont ma tendre m'a parlé si souvent, qui s'appelait Monsieur de la Morvaunay. » Régis Gayraud. 

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Une institutrice est frappée par une mère d’élève à Pézenas dans l’Hérault, dépêche AFP (24-10-2008) :

« L'agresseure est identifiée mais n'a pas été interpellée afin que les auditions des témoins se poursuivent pour déterminer avec exactitude les circonstances de l'agression", a indiqué le capitaine Emmanuel Bobo, à la tête de la compagnie de gendarmerie de Pézenas, où la professeure a déposé plainte. »

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Le 1er Juin 2009 :

« Cher Bruno, je viens de relever pour vous hier après-midi à Châteauroux (Indre) : M. Alain Robinet, plombier-chauffagiste, dans cette ville. Avec mes plus cordiales amitiés. » (Michel Valière)

+

Jacques Vivant est mort…

« Nous venons d’apprendre le décès de Jacques Vivant ce mercredi 24 février. Jacques a fait partie de l’équipe d’instructeurs nationaux qui, aux côtés des fondateurs (des CEMEA) ont construit les démarches pédagogiques développées dès le début des années 50. Jacques Vivant a été instructeur national « chant et danses », aux côtés de William Lemit, et a été le promoteur de la danse sous toutes ses formes jusqu’au début des années 80 » (comm. par Francis et Michel Valière fin fév. 10).

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Le footballeur Sydney Govou, de l’équipe de Lyon, a un avocat nommé Thierry Braillard… (avr. 2010)

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« Jean Le Bitoux, fondateur du journal homo Gai-Pied, qui est mort récemment… » (Régis Gayraud, avril 2010) 

 

04/10/2009

Recoins n°3

      Recoins n°3 est sorti avec les feuilles qui se ramassent à la pelle, ce qui ne sera pas son cas, car le numéro a belle allure, en constante amélioration. La revue concoctée à Clermont-Ferrand par Emmanuel Boussuge avec la collaboration d'émérites Auvergnats pur sucre (ou pure gentiane), qui ont pour noms Benoît Hické, Franck Fiat, François Puzenat, Colas Grollemund, Julie Girard, Bill Térébenthine, Bastien Contraire, etc., la revue s'est épaissie (70 pages contre les 58 des deux premiers numéros, ce qui explique aussi la petitesse des caractères, car il faut bien payer tant de matière, ne s'en étonneront que les nantis et les bourgeois, n'est-ce pas Ani la moule?), nourrie qu'elle est de substantifiques moelles. Comme d'habitude, art, belles-lettres et rock'n roll sont convoqués aux quatre (re)coins de la revue.

Recoins n°3,sept 2009.jpg
Numéro 3 de Recoins, 7 euros... 

     Au sommaire, outre quelques articles sur le rock des origines (que je suis d'un oeil en éveil - car il faut être bien étroit d'esprit pour ne pas voir qu'il y a là une source de créativité populaire largement sous-évaluée dans nos contrées, n'est-ce pas Caligula Vagula?), que les auteurs traitent dans le sillage des ouvrages parus chez Allia, comme par exemple celui de Nick Tosches intitulé "Héros oubliés du rock'n roll", plusieurs contributeurs :

      Tout d'abord votre serviteur (charité bien ordonnée commence par soi-même, n'est-ce pas?) intervient à propos du meunier Marcel Debord, dont l'environnement, à ce qu'avait révélé Jean-Luc Thuillier en 2007 dans son livre Arts et Singuliers de l'Art en Périgord, a été ravagé par la tempête en 1999, après avoir longtemps fait le plaisir des rares passants qui le connaissaient, car il fallait être curieux ou très bien renseigné pour tomber sur ce site à l'écart d'une route largement secondaire, à quelques encablures de Brantôme. Je l'avais visité en 1992 et ne m'étais pas résolu à en parler, son auteur étant infirme, fatigué (de fait il mourut en 1994). Recoins me permet aujourd'hui de renouer le fil avec cet homonyme d'un célèbre situationniste. Mon article est illustré d'une dizaine de photos, cherchant à faire le tour de cet environnement peu étudié et répertorié. 

Marcel Debord,autoportrait, ph.Bruno Montpied, 1992.jpg
Marcel Debord, autoportrait en meunier, photo Bruno Montpied, 1992

     Autres intervenants dans la revue, Anna Pravdova et Bertrand Schmitt y publient un texte instructif sur Jan Krizek, qui fut un sculpteur à la croisée des routes entre surréalisme et art brut. Leur article préfigure des développements ultérieurs, tant on sent qu'ils s'y retiennent d'en dire trop. "Jan Krizek, sculpter en deux dimensions" est un amuse-gueule, une amorce.Jan Krisek,Linogravure,n°13 sur 38, 1958, coll.privée, Paris, ph.Bruno Montpied.jpg On retrouve également Régis Gayraud qui publie trois textes dont un est connu de ceux qui fréquentent les archives de mon blog (suivez le lien ci-contre, paresseux!). Un homme qui porte le même patronyme que lui et prénommé Joël, et lui aussi un habitué de cette colonne blogueuse (qui n'est pas la colonne sèche que nous avions rêvée, vous en souvenez-vous, chers Gayraud?), dépose un texte de "souvenirs familiaux", "Mots de ventre, mots de coeur" où il est question de mots privés familiaux. Et là, je crie au scandale. Dis donc le père Jojo, t'aurais pu me demander mon avis, car ce texte m'avait été promis en 1988 (et bonjour pour le réchauffé)! Pour une enquête que je menais alors, que je mis je dois l'avouer en stand-by durant les vingt ans qui suivirent mais que je n'ai jamais désespéré d'achever et de publier un jour...! J'ose donc espérer que ce texte n'est ici produit qu'en pré-publication.

Millange,Bourrée, Recoins n°3.jpg
Millange, une bourrée, publié dans Recoins n°3

     Du côté d'Emmanuel Boussuge, qui signe aussi parfois Eubée dans sa revue, on notera l'excellente et quasi exhaustive présentation du peintre naïf bien oublié, méconnu, Millange, dont il eut la révélation auprès d'une érudite cantalienne Odette Lapeyre (je l'ai rencontrée un jour  en sa compagnie, charmante vieille dame amoureuse de sa région du côté d'Antignac, elle renseigna Boussuge aussi sur le cas de François Aubert). Ce Millange, qu'Emmanuel qualifie de "peintre paysan", on pourrait tout à fait le qualifier d'Emile Guillaumin pictural. Comme ce dernier, qui fut on le sait un écrivain-paysan enrôlé sous la bannière des "écrivains prolétariens", il aimait à chanter les peines et les labeurs des champs, la vie rurale de son temps, le tout dans une palette vaporeuse qui confère une aura onirique à ses saynètes.

Millange,La Lettre de l'absent, Recoins n°3.jpg
Millange, La lettre de l'absent, publié dans Recoins n°3

Voici une impressionnante liste de librairies où on peut trouver Recoins n°3 à Paris : A la Halle Saint-Pierre bien sûr, mais aussi chez Libralire, dans le 11e, rue St-Maur, chez Bimbo Tower, passage St-Antoine (qui donne sur la rue de Charonne dans le 11e), à la galerie Nuitdencre, rue Jean-Pierre Timbaud (au 64), Un Regard moderne (rue Gît-le-Coeur dans le 6e), chez Parallèles, rue des Halles, chez Vendredi, rue des Martyrs, presqu'à l'angle avec le boulevard de Rochechouart, chez Atelier 9, dans la même rue mais un peu plus bas, chez Anima, avenue Ravignan, dans le 18e (la Butte Montmartre), au Monte-en-l'air, rue des Panoyaux (paraît-il), et également aussi à l'Atelier, la librairie qui se trouve en dessous du métro Jourdain, prés de la rue des Pyrénées (20e).

    D'autre part, oyez, oyez, demain lundi 5 octobre, à 19h30, dans  l'émission "Songs of praise" sur Aligre FM (93.1 à Paris), Emmanuel Boussuge, en compagnie du... sciapode, qui l'escortera fantomatiquement (car il devrait être question de rock'n roll et de musiques expérimentales et peu d'art brut, quoique... On devrait peut-être entendre, à cette occasion, un bout de la bande-son du film de Pierre et Renée Maunoury sur le créateur de l'art brut Pierre Jaïn), Emmanuel donc participera à l'émission hebdomadaire de cette émission vieille de vingt ans, pour présenter sa revue. Elle peut être captée par internet de partout in the world. Comme ça, si vous lisez cette note tardivement, vous pourrez encore vous rattraper.

     Sinon, on peut aussi s'abonner à la revue pour 29€ (4 numéros) en écrivant à Recoins, 13, rue Bergier, 63000 Clermont-Ferrand (e-mail: revuerecoins@yahoo.fr). 

16/05/2009

Dessin d'écrivain

Régis Gayraud, La bonne femme à la mort, 2007.jpg
Régis Gayraud, La grosse dame à la Mort, dessin et collage sur bristol alimentaire, 29-II-2007

01/05/2009

René Jenthon, souvenir de Régis Gayraud

            Lecteur fidèle, dites-vous, cher sciapode... Fidélité bien relative puisque je découvre cet écho seulement ce jour, soit une dizaine de jours après publication. Fidélité peu fluide, fidélité en grumeaux. Du haut du grumeau d'aujourd'hui, je note d'abord votre honnêteté, toujours fidèle, elle, en dépit des inexactitudes dont vous semblez redouter que je vous en fustige. Bien peu aurait eu le scrupule de relater par le menu, à votre instar, les conditions exactes d'une « découverte » ne leur « appartenant » pas tout à fait.

Roger Jeanton,vue générale frontale, ph.Bruno Montpied, 2002.jpg

Donc merci de l'avoir fait et d'avoir rendu, de ce fait, justice à Agnès (moi, je n'y suis pour rien) d'avoir remarqué ce site en léger contrebas de la nationale 9, quelques kilomètres avant l'entrée dans Saint-Pourçain, mais déjà sur la commune. Puisque vous tenez tant à ce que nous apportions des précisions, les voici.

           1) Agnès aperçut ce site pour la première fois en 1996, au cours de l'un des tout premiers de ces incessants voyages à travers toute la région qu'elle effectue depuis maintenant 13 ans.

           2) A cette époque, le propriétaire-créateur était encore en vie, Agnès avait le projet d'un jour s'arrêter, de tâcher de le voir tout en redoutant un peu ce tête à tête (un peu comme autrefois quand nous étions allés voir J-M. Massou dans sa forêt et qu'au dernier moment, nous avions flanché devant la maison silencieuse au fond des bois d'où, sans doute, on nous épiait).

           3) Le temps passa, Agnès passait plusieurs fois par an sur la route, n'avait jamais le temps de s'arrêter, un jour elle remarqua un panneau « A vendre » accroché à la clôture. Ca sentait le roussi.

           4) C'est à ce moment-là que vous « descendîtes » nous voir et que nous prîmes ensemble la route de Saint-Pourçain dans notre automobile qu'on aperçoit à droite de la photo du haut.

Roger Jeanton,le panneau de l'Etang-Bazin, ph.Bruno Montpied, 2002.jpg
Panneau entre la N 9 et la route longeant la propriété de Roger Jenthon en 2002, ph.Bruno Montpied

           5) A cet égard, pour l'intelligence du lecteur, il convient de remarquer que le jardin proprement dit ne se situait pas exactement « le long de la route principale », mais le long d'une petite route qui s'en sépare à l'occasion d'un tournant et suit presque parallèlement cette route principale (la N 9) sur plusieurs centaines de mètres, de sorte que l'on voyait parfaitement de ladite N 9 le site en question. La photo du haut [pour voir cette photo, se reporter à la note du 7 avril 2009 sur ce blog] est prise depuis la sorte de no man's land entre les deux routes, parsemé de quelques reliefs d'édifices certainement dus au même créateur : un ou deux bancs de bétons détériorés, et ce panneau indiquant « l'Etang Bazin ».

           6) Aujourd'hui, la maison a été effectivement revendue et repeinte, le panneau « l'Etang Bazin » subsiste toujours.

Roger Jeanton,la croix A toi Maman, ph Bruno Montpied, 2002.jpg
La croix évoquée ci-dessous par Régis Gayraud, à noter une petite erreur de mémoire de ce dernier, l'inscription sur la croix est libellée A toi maman ; ph.B.M. 2002

           7) Sur place subsiste toujours également la croix « A ma mère », qui se trouve de l'autre côté de la N 9 (soit à droite quand on vient de St-Pourçain). C'est une grande croix de fer parsemée de touches de peinture de différentes couleurs, peinture réfléchissante, de telle sorte qu'elle s'illumine (ainsi que la mention « A ma mère ») dans la lumière des phares des voitures, la nuit, comme pour rappeler aux automobilistes qu'un des leurs a tué là la mère Jenthon (c'est l'hypothèse d'explication qui s'impose à moi comme l'évidence d'une intuition, mais c'est peut-être faux). Au pied de la croix tente de pousser un lierre (comme en poussait un autour de la statue de la Liberté à laquelle vous faites allusion et que nous avons gardée, belle femme mi-Marilyn mi-Bardot, un cœur de fer - « sacré-cœur » comme on en voit de temps en temps sur les vieilles tombes - peint de rouge en relief au niveau du sexe), tandis que des fleurs de plastique s'abritent dans les ajours du fer.

Roger Jeanton,Statue de la Liberté,coll.Gayraud-Barbier, ph.B.Montpied, 2004.jpg
La statue de la Liberté de René Jenthon, ph.B.M., 2004
 

           8) Pour ce qui est du nom de Jenthon, nous l'avons appris d'une voisine habitant un pavillon plus loin, qui nous a aussi indiqué, un peu plus loin dans le même groupe de maison, celle du fils Jenthon, du jardin duquel montaient maints aboiements peu attirants.

Roger Jeanton,un renard,ph.B.Montpied, 2004.jpg
René Jenthon, un renard en métal peint, autre oeuvre sauvegardée, ph.B.M., 2004
Roger Jeanton,crocodile,ph.B.Montpied, 2004.jpg
René Jenthon, un crocodile, autre oeuvre sauvegardée, ph.B.M., 2004

           Il est amusant et désespérant à la fois de relater brièvement notre course à la ferraille qui marqua la fin de l'Etang Bazin. Comme vous l'avez bien dit, nous nous levâmes un jour persuadés qu'il fallait aller faire le voyage de Saint-Pourçain. Agnès avait appelé l'agence immobilière indiquée pour en savoir plus, etc. Et nous avons appris que maintenant, la maison était vendue et que les acquéreurs allaient faire le net. Dès que possible, le samedi suivant, nous partons là-bas, avec l'idée de, peut-être, tout récupérer s'il n'était pas trop tard, y compris en payant une somme aux nouveaux propriétaires. En arrivant, bien sûr, plus rien, mais un type en train de faire des travaux. Le nouvel occupant. On l'interpelle. On lui demande ce qu'il a fait des figures de métal de son jardin. Lui un peu interloqué et commençant à regretter en voyant notre insistance. « Mis à la déchetterie lundi dernier ». C'est ainsi qu'on appelle maintenant les décharges. Il nous l'indique la décharge, une route à droite quelques kilomètres après Brou-Vernet. On s'y précipite. Des tas de plastique. Des tas de végétaux. Des tas de bois. Des tas de béton. Des tas de détritus divers. Pas de fer. On avise un employé, qui se souvient très bien des objets en question : « Le ferrailleur est passé avant-hier. Il a tout pris. C'est parti à Issoire, à la fonderie. Mais là-bas, il y en a des tonnes. Ca y est peut-être encore. Va savoir. » Hésitation devant l'idée de retraverser toute la région. Et puis, nous sommes samedi, faire tout ce chemin pour risquer de trouver porte close. L'employé nous donne le numéro de téléphone de l'entreprise. Le lundi, nous finissons par avoir quelqu'un. Bien sûr c'est trop tard.

          Rarement l'impression de nous heurter à l'éternel fatum n'a été aussi forte.
         La morale de cette histoire? Il faut battre le fer pendant qu'il est chaud. Les ferrailleurs le savent, eux.

          Régis Gayraud

Roger Jeanton,Jockey (peut-être...), ph.B.Montpied, 2002.jpg
René Jenthon, un de ses personnages en silhouette, un jockey? Ph.B.M., 2002

14/11/2008

Aptonymes clermontois

  " (...) Quelques aptonymes clermontois pour la bonne bouche : Docteur Bigler, orthoptiste et M. Supplisse, directeur de la prison de Clermont.
Bien à vous, Régis Gayraud."

("Orthoptiste", spécialité paramédicale qui consiste en rééducation de l'oeil atteint de troubles tels que le strabisme par exemple.)

24/06/2008

Recoins n°2, Des fous de Tolbiac à Aubert d'Antignac

    Vient de paraître juste avant la grande migration estivale le n°2 de la revue Recoins qui se consacre, comme il est dit dans son sous-titre, aux arts, belles lettres et rock'n roll. Enfin, pas tout à fait seulement à cela. Cette revue, éditée à Clermont-Ferrand, et qui se qualifie aussi de "revue moderne d'arrière-garde", outre de nombreux articles sur le rock, la publication d'une bande dessinée, quelque détour vers la boxe pratiquée dans les rues du New-York du XIXe siècle, publie cette fois-ci (voir la recension succincte que j'avais déjà faite du n°1 dans mon Billet du Sciapode dans Création Franche n°26) plus d'articles concernant les sujets qui nous sont chers, à savoir le surréalisme, les environnements spontanés de bord des routes, et la littérature tournée vers les moeurs populaires qu'elle soit liée aux plus fous ou aux plus champêtres des figures du peuple.

Recoins n°2, juin 2008.jpg

   Au chapitre du surréalisme, Anna Pravdova nous donne une présentation instructive de Tita, jeune surréaliste tchèque qui a fait partie du groupe surréaliste de La Main à Plume, groupe de jeunes gens qui eurent à coeur de poursuivre vaille que vaille l'activité surréaliste dans la France occupée, pendant que leurs aînés, plus connus, avaient fui ou se cachaient, poursuivis ou menacés qu'ils étaient par le régime vichyste. Ces jeunes gens commencent désormais à mieux émerger de l'ombre où on les a longtemps tenus. A noter qu'un n° spécial de la revue Supérieur Inconnu, dirigée par Sarane Alexandrian et Marc Kober, et publiée tout récemment (printemps-été 2008, n° consacré à "la vie rêvée"), évoque elle aussi un autre membre de La Main à Plume, Marc Patin, en publiant deux récits de rêve avec leur analyse par l'auteur. Marc Patin, dont Tita illustra de dessins deux plaquettes de poèmes. Anna Pravdova nous révèle dans cet article la fin exacte de la jeune peintre juive qui fut arrêtée durant la tristement célèbre rafle du Vél d'Hiv, et déportée à Auschwitz via le camp de transit de Drancy.

Une solitaire dansant sur une piste de guinguette à Champigny-sur-Marne, photo Bruno Montpied, 1989.jpg
Une danseuse solitaire dans une guinguette de Champigny-sur-Marne, vue par B.Montpied en 1989 (pour s'associer avec l'évocation ci-dessous ; photo non éditée dans Recoins)

   "Quatre fous de Tolbiac", tel est le titre d'un texte absolument remarquable (et je vous prie de croire que ce n'est pas parce qu'il s'agit là d'un vieil ami que je dis cela) de Régis Gayraud sur des souvenirs (en réalité, plus que cela) relatifs à des figures de la rue parfaitement saisissantes, et angoissantes pour certaines d'entre elles. Il s'agit là, pour reprendre un terme cher à Mac Orlan et à Robert Giraud de pur fantastique social. Ecrit dans un style dépouillé (bien éloigné du style des années 80, que l'auteur qualifie lui-même de "maniéré", tout en phrases longues, et bourré d'excès divers, que je connais bien pour en avoir publié dans ma revuette La Chambre Rouge, vers 1984, quelques morceaux choisis, comme Faire chou blanc, plaquette tirée à part...), nous faisons connaissance avec quatre figures inoubliablement campées par Régis. Elles entrent de plein droit dans une longue tradition d'évocation littéraire des figures de la rue, qui nous est personnellement très chère.  Cela faisait fort longtemps que Régis Gayraud n'avait pas repris la plume de façon plus directement créative et surtout de façon publique. On le connaît en effet davantage comme traducteur de russe et essayiste, spécialiste du poète-éditeur Iliazd (comme le commentaire qu'il nous a laissé récemment le laisse deviner). On ignore -et c'est très dommageable- qu'il est un écrivain de première force, à la personnalité hors-norme et baroque, pourvue d'un humour parfois féroce...  Ce texte à lui seul vaut l'achat de ce n°2 de Recoins.

Maison de François Aubert à Antignac, photo B.Montpied, 2003.jpg
La maison de François Aubert à Antignac, avec l'entrée du musée minéralogique derrière la porte à tête de mort, photo B.Montpied, 2003 (reproduite dans Recoins

     Un autre texte vaut cependant également le détour, l'évocation documentée et fouillée par Emmanuel Boussuge (par ailleurs directeur de la publication) de la vie et de l'oeuvre du maçon créateur d'environnement spontané François Aubert à Antignac, dans le Cantal (agrémentée de quelques-unes de nos photos faites en accompagnant Emmanuel sur les lieux). Cette mini monographie, s'appuyant sur des souvenirs et des documents confiés par la fille de François Aubert, ainsi que des témoignages d'une érudite locale, Odette Lapeyre, restitue assez bien le cas Aubert. Ce dernier a laissé derrière lui une maison décorée de bric et de broc, avec des animaux en ciment armé de style naïf, un musée minéralogique (point commun avec le facteur Cheval qui comme on sait avait donné pour vocation à son Palais Idéal, dans les débuts, d'abriter un musée de pierres trouvées), une architecture employant des matériaux jurant les uns avec les autres, mariant l'intention farceuse au goût du désordre provocateur. Maison à vendre aujourd'hui et en péril (les statues ont été aujourd'hui cependant mises en lieu sûr, suivant la solution du "déplacement" -chère à Patricia Allio, voir le cas de Jean Grard- et sage décision si l'on se réfère à d'autres sites, comme ceux de Gabriel Albert en Charente, de Raymond Guitet en Gironde ou encore d'Emile Taugourdeau dans la Sarthe). Nous reviendrons personnellement, avec notre propre vision, sur le site de François Aubert à une autre occasion. Je renvoie pour l'heur les lecteurs à ce n°2 de Recoins décidément fort riche.

Maison de François Aubert, vue du côté droit, ph.B.Montpied, 2003.jpg
La maison de François Aubert, vue de la route, côté droit ; photo B.Montpied, 2003 (inédite)

Coordonnées pour acquérir la revue:

Sur Paris, on est sûr d'en trouver quelques exemplaires à la librairie incontournable de la Halle Saint-Pierre, rue Ronsard, 18e arrondissement. Sinon on la commande à Recoins, 13, rue Bergier, 63000, Clermont-Ferrand. (Contact e-mail: revuerecoins@yahoo.fr). Prix au numéro: 6€, abonnement 4 numéros: 20€ (+ toujours le "formidable cadeau"...).

   

08/04/2008

Hasards poétiques, par Régis Gayraud

Vu en vitrine de l’antiquaire "L’œil du pélican", 13, rue Jean-Jacques Rousseau, une maquette de cathédrale, belle réalisation d’art bout-de-ficelle élaboré à partir d’objets détournés de leur fonction initiale. Dans la décoration, on distingue des trombones, des clous de tapissier, et peut-être bien des balles de fusil. Paraît en contreplaqué recouvert de plâtre poli et peint, mais il y a également d’autres éléments que je n’arrive pas à définir.

Qu’allais-je faire rue Jean-Jacques Rousseau ? J’allais seulement, voyageur solitaire dans ma mélancolie, sur les traces des années perdues, du côté du "Pompadour", et j’ai composé cette petite chanson :

 

 

Te souviens-tu du Pompadour ?

Nous en rêvions tous les jours

C’était le temps du Pompadour.

Le miroir veuf au mur du fond

Ne mire plus le noir profond

De nos sourcils et se morfond

Dans les soucis neufs d’aujourd’hui

Que ceux qui tournent dans la nuit

En brûlant dans le feu ont fuis.

L’escalier qui grimpe à la tour

A perdu le nord des toujours,

Le steak au bleu et tes atours.

Trop loin m’ont emporté mes pas

J’y reviens et tu n’es plus là

Il n’y a plus de Big Buddha.

 

 

A l’issue de la rue Jean-Jacques Rousseau, dont la géographie me fera longtemps penser à celle des divers appartements que j’ai habités, invariablement encombrés d’objets empêchant la marche en ligne droite, je me suis assis à l’intérieur du café de la Bourse pour écrire tout ce qui précède et ce que j’écris en ce moment-même, tout en déplorant la fin de "la Cigale" et de "la Fourmi" et après avoir méprisé le café portant le nom prétentieux et provocateur de "Café des initiés". Crétins qui vous croyez libres, esclaves de vos déterminismes qui vous croyez des initiés parce que vous précédez la mode à venir dans deux ans.

le tabac la Fourmi sans son alter ego la Cigale, photo Bruno Montpied, 2008 .jpg

Là, au "Café de la Bourse", j’ai assisté à l’arrestation d’une jeune femme très digne – mais manifestement bouleversée – dans une petite voiture noire à l’élégance bourgeoise tout comme elle, arrestation effectuée par deux policiers dont l’un ressemblait plutôt à un de ces étudiants à barbe de chèvre d’aujourd’hui et l’autre, asiatique, tonfa au côté, souriant de toutes ses dents malgré sa détermination, sortait d’un film de karaté. Ils l’arrêtèrent tranquillement – pour quel motif ? – en lui barrant la route sans brusquerie, l’aidèrent même à se garer. Elle sortit de l’auto, tendit ses mains lorsqu’ils sortirent les menottes, et ils l’emmenèrent doucement vers le fourgon qui attendait au coin de la rue et que j’avais remarqué quelques minutes plus tôt sans comprendre qu’il était l’outil du drame à venir. Tout cela dans le plus grand silence, à deux mètres de ma table, de l’autre côté du carreau. Je fus le seul à le remarquer et j’eus l’impression de regarder une pièce de théâtre ou mieux un ballet bien réglé. Rien ne paraissait conforme, tout semblait arrangé d’avance. Je crois que je me souviendrai toujours de cette femme, qui avait l’air d’une jeune cadre dynamique, de ce désarroi fulgurant dans ses yeux, mais aussi de cette résignation et de cette façon de dire quelque chose du genre de « Vous m’avez eue », que je n’ai pas entendu mais que j’ai deviné.

Décidément, la rue Jean-Jacques Rousseau n’a cessé de me rappeler à elle. Quelques heures plus tard, chez le bouquiniste et antiquaire russe Lampert, dans un tout autre quartier, rue de Miromesnil, chez qui j’ai acheté quatre recueils de Boris Bojnev en édition originale, j’ai aperçu sur le bureau qui lui sert de comptoir une carte d’une librairie ésotérique sise au 15, rue Jean-Jacques Rousseau, c’est-à-dire exactement à côté de l’antiquaire "L’œil du pélican"102013324.jpg déjà noté plus haut, libraire que je n’ai pas remarqué le matin même, alors que mon regard avait été attiré par l’étrange maquette de cathédrale. En écrivant cela le soir dans le train qui me ramène à Clermont, je remarque que la boucle est bouclée. Moi qui n’achète jamais rien chez les antiquaires, qui m’intéresse peu à leurs devantures, qui n’entre qu’exceptionnellement dans leurs boutiques – d’ailleurs ce matin, après avoir hésité à entrer à "L’oeil du pélican", je suis peureusement resté sur le trottoir – deux fois aujourd’hui je me suis trouvé intéressé par une boutique d’antiquités, la deuxième fois j’y suis entré et y ai même fait des achats. Reste à savoir quel rôle joue dans cela la jeune femme blonde et triste à cette heure-ci prisonnière, et si la librairie ésotérique qui m’a fait signe depuis la rue Jean-Jacques Rousseau chez Lampert a quelque chose à voir avec elle.

 

Régis Gayraud, 6 septembre 2007