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22/03/2020

Créer en intérieur, une enquête

      Nous voici confinés, et pour un bout de temps semble-t-il...

     Je me demandais il y a quelques minutes si cette situation ne serait pas favorable (un mal pour un bien...) à métamorphoser les logements en zones recréées, avec des murs sculptés, incisés,, ou peints à la fresque, couverts de mosaïque ou de fragments d'assiette, voire avec divers éléments incrustés... Si vous avez eu vent de ce genre de décors ces jours-ci, si vous-même vous vous attaquez (il faut être propriétaire des lieux bien entendu), ou si vous vous êtes attaqués, aux murs de votre prison domestique autrefois, n'hésitez pas à m'en faire part, on pourra répercuter par vos images sur ce blog ce que vous m'enverrez. L'adresse mail pour ce faire n'est pas celle que vous donne le lien "me contacter", mais bien celle qui se trouve à la fin de mon "éditorial" du blog, cliquez sur la ligne "A propos" pour la trouver en faisant défiler le texte jusqu'au bout.

      Les prisonniers gravaient des graffiti dans les murs de leurs cellules, qu'avez-vous envie d'infliger à ces nouvelles murailles du confinement?

     Je vous donne ci-dessous un exemple de ce que j'entrevois, en l'occurrence un fragment du décor peint tout à fait ébouriffant qui existait chez Jean-Daniel Allanche à Paris près de la place Saint-Sulpice et tel qu'il a été révélé (et sauvé par dépôt des murs) par son ami Hervé Perdriolle.

DSC_3108 copie (plafond) ph P Schwartz.jpg

Jean-Daniel Allanche, son plafond peint (détail), photo Pierre Schwartz. 

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Vue des moquettes peintes par Jean-Daniel Allanche, 166 x 194,5 cm et 165,5 x194,5 cm, coll. privée.

09/12/2016

L'art clandestin de Pierre Caran

      Est paru en secret l'an dernier un bel ouvrage d'art auto-édité par Mme Thérèse Joly, la compagne de Pierre Caran, un créateur fort original (1940-2008), décédé d'un cancer qu'il avait essayé d'oublier, ou de surmonter, grâce à son activité humoreuse d'artiste recycleur qui se déploya durant les six dernières années de sa vie.

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Pierre Caran, ouvrage édité à l'initiative de Thérèse Joly, novembre 2015 ; en couverture, Totem, peinture à l'eau sur bois et collage, 2004.

 

      Totalement inconnu des amateurs d'art brut, d'art naïf ou singulier, d'art d'autodidactes – ce qu'était en matière artistique Pierre Caran apparemment, qui fit carrière comme médiateur culturel dans la région de Thonon-les-Bains, et donc était largement pourvu en matière de connaissances de toutes sortes – ce poète clandestin réalisa en secret une œuvre des plus attachantes, si l'on s'en rapporte aux nombreuses pièces présentées dans ce livre, variées et surprenantes, manifestant par leurs titres, mais aussi par les matières, couleurs, techniques mises en œuvre, le raffinement culturel de l'auteur, mixé paradoxalement à un dessin archaïsant, aussi stylisé que l'art enfantin, que ne reniait sans doute pas Pierre Caran.

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Pierre Caran, L'enfant, collage et assemblage d'éléments divers sur racine, peinture à l'eau, 2006. 

 

     Cette œuvre fut produite dans l'intimité, seulement connue d'un cercle de proches, dont deux d'entre eux, fort célèbres, Valère Novarina et Michel Butor ont donné des textes pour les besoins de l'ouvrage, la biographie du créateur et la description de l'œuvre étant pour leur part confiées à Emmanuel Boussuge, que les lecteurs de ce blog connaissent quelque peu. Même le livre aurait pu ne pas dépasser le cercle des proches, si Thérèse Joly n'avait pas eu l'heureuse idée d'en déposer quelques exemplaires¹ à la librairie de la Halle St-Pierre, où son animateur, Pascal Hecker, me le fit voir (une petite exposition, peut-être pas très "lisible", se tenait sur les murs de la librairie au même moment). Toutefois, on peut noter une unique exposition organisée après sa disparition, à la Chapelle Saint-Bon, à Thonon en 2009.

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Pierre Caran, Hommage à Valère Novarina, peinture à l'eau sur bois et pierre, 2006.

 

      L'œuvre comprend beaucoup d'assemblages, de galets, pierres, ou bois trouvés dans sa région, près du lac Léman², qu'il laissait tels quels, ou bien sur lesquels il intervenait, les repeignant selon les cas plus ou moins intégralement, les mettant en scène (c'était un homme qui aimait le théâtre et le cinéma), les associant parfois à des références littéraires (car il était aussi féru de littérature), les mêlant à d'autres matières réemployées. Il ne se contentait pas de ces interprétations sur objets naturels,pierre caran,thérèse joly,emmanuel boussuge,art clandestin,art d'autodidactes cultivés,art singulier,art récup',valère novarina,michel butor il peignit et dessina aussi (voir ci-contre son Autoportrait, de 2005), écrivit divers textes, toujours dans le même bref laps de temps  durant lequel la maladie lui mit le grappin dessus. Plusieurs de ces œuvres sont des évocations de scènes liées à sa maladie et aux traitements. Ce qui me frappe dans cette production, outre le raffinement dont il faisait preuve, c'est qu'il ne s'abandonne jamais à la facilité, comme tant d'autres artistes dits "singuliers" peuvent au contraire s'y vautrer. Ces derniers se contentent généralement de rapprochements évidents (produisant à la pelle des "Têtes à Toto", à l'aide par exemple de deux enjoliveurs et d'un peigne). Chez Caran, nulle paresse, un souffle poétique, greffée sur un vécu et une souffrance – jamais complaisamment mise en avant –, se déploie authentiquement.

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Pierre Caran, L'enfer sur terre, peinture à l'eau sur toile, 70x60cm, 2008 ; terrible peinture à mon avis.

 

      Emmanuel Boussuge, dans sa contribution, se demande où le situer : art brut? Art singulier?... Peut-être que pour ce genre de créateurs cultivés, autodidacte en matière artistique, on pourrait créer une nouvelle étiquette: l'Art clandestin? Il ne serait pas seul sous cette appellation, les jardins secrets d'écrivains par exemple étant légion (exemples, ceux de Victor Hugo, August Strindberg, Marguerite Burnat-Provins, etc.)...

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Pierre Caran, Reflets dans l'eau, peinture à l'eau sur papier, galets collés, 40x50cm, 2007.

 

      J'incite fortement mes lecteurs à acquérir cet ouvrage, histoire de distinguer un peu mieux où se situe aujourd'hui le véritable génie "singulier".

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¹ On peut toujours les y trouver, et sinon, on peut commander l'ouvrage (35€, port compris) à Mme Thérèse Joly en écrivant à joly.photos@free.fr , ou aux Editions des Amis de Pierre Caran, 4 avenue du général de Gaulle, 74200 Thonon-les-Bains.

² Thonon-les-Bains, rappelons-le, est située juste en face de Lausanne, de l'autre côté du lac Léman. Ville où s'abrite la Collection de l'Art Brut... On ne sait si Pierre Caran eut l'occasion d'aller visiter ce mirifique endroit, où il aurait trouvé de nombreux cousins par l'esprit, sinon par le style et la technique, de son art...