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04/04/2022

Bruno Montpied s'expose... à Lyon, à la galerie Dettinger

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      C'est ma troisième exposition personnelle à la galerie d'Alain Dettinger, place Gailleton à Lyon, dans la Presqu'île, et cette fois j'occupe tout l'espace de la première salle d'exposition (enfin presque tout, car il  y a toujours, comme en double file, de l'art africain de ci, de là – l'autre cœur de cible de la galerie parallèlement aux arts plastiques contemporains).

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Bruno Montpied, Destins croisés, technique mixte sur papier, 30 x 30 cm, 2021.

 

      "Diableries et autres destins croisés", tel est le titre que de concert, Alain et moi avons arrêté pour cette monstration qui durera du 8 avril 2022 prochain (date du vernissage) au 30 du même mois (avec peut-être, c'est à l'étude, un petit prolongement en mai). Cela réunit deux titres de dessins, "Diableries" et "Destins croisés" (voir ci-dessus). Trois petites semaines d'expo(-vente), ouverte du mardi au samedi. Trente dessins en couleur de format carré, 30 x 30 cm... Que j'aurais voulu au départ intituler "Carrément" au lieu du titre final, plus poétique certes, mais moins lié au concept de base de l'expo, ce format carré justement.

     Certes, il n'est pas d'une originalité absolue d'employer ce format carré, mais dans mon cas si, car je l'ai rarement utilisé. Il fallait jusque-là que ce soit ou portrait, ou paysage, il n'y avait pas de milieu...

    Et puis, d'un coup, cela m'a paru nécessaire, obligatoire, le carré résolvait le problème, la composition automatique aurait ainsi toute latitude de se déployer dans tous les sens, sans être bridée par les dimensions différentes des deux paires de bords. C'était comme si je voyais ce carré sans tenir compte de ses dimensions, 20 x 20 cm, 30 x 30 cm, ou plus grand encore, comme une étendue blanche sans limites, permettant l'essor des lignes et des couleurs avec la plus grande des libertés. Je mets ici en ligne quelques-unes des peintures dessinées – à moins que ce ne soit des dessins peinturlurés – tous produits en l'année 2021. En espérant que les amateurs soient nombreux à passer dans cette galerie enchanteresse durant ce bref laps de temps prochain...

 

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Bruno Montpied, Effroi devant le Dieu de la viande, technique mixte sur papier,30 x 30 cm, 2021.

 

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Bruno Montpied, Un cannibale bossu au bord de la mer, technique mixte sur papier, 30 x 30 cm, 2021.

 

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Bruno Montpied, Le Club des dégoûtés, technique mixte sur papier, 30 x 30 cm, 2021.

 

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Bruno Montpied, L'écraseur et la chouette au bord de la mer, technique mixte sur papier, 30 x 30 cm, 2021.

 

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Bruno Montpied, Onze nés des strates, technique mixte sur papier, 30 x 30 cm, 2021.

 

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Article de Christian Noorbergen dans l'Artension de mars-avril 2022. Merci à lui pour ces mots si flatteurs.

28/03/2022

"Les Solèls de Jacques Trovic", un film en préparation

      Cela fait un bout de temps que la réalisatrice Francine Auger-Rey m'a parlé de son projet de film sur Jacques Trovic, ce brodeur et "tapissier" autodidacte dont j'ai déjà parlé ici (en particulier pour annoncer sa disparition en 2018), que j'avais rencontré une seule fois personnellement, à Anzin, sa ville natale, en compagnie de Juliette et Jean-Louis Cerisier en 2009. Ce film, intitulé les Solèls de Jacques Trovic, long de 70 minutes, devrait bientôt sortir. Les "solèls", mot de patois du Nord, la région à laquelle Trovic était profondément attaché, renvoie aux soleils par lesquels il commençait toujours ses oeuvres en patchworks multicolores, sans doute – comme on le devine – parce que l'astre en question espaçait par trop ses apparitions dans ce pays de mines...

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Jacques Trovic, Combat de coqs, 1994, vue prise à l'exposition "Sur le Fil", à la Folie Wazemmes, à Lille, en 2009, ph. Bruno Montpied.

 

     Francine Auger-Rey a confectioné un site internet où l'internaute intéressé trouvera toutes sortes d'informations, et pourra également particper financièrement à la production du film: https:

//docu-solels-de-trovic.org/

       Pour ceux qui ne voudront pas prendre le temps de suivre ce lien, voici le résumé du projet filmique que m'avait transmis la réalisatrice il y a quelque temps:

Résumé du documentaire de création :  ″Les Solèls“ de Jacques Trovic

Ce documentaire raconte l’histoire d’un homme né en 1948 dans une ville du Nord : Anzin, cité de la fin des mines et de la sidérurgie moribonde. Dès l’adolescence, sur la table de la cuisine obscure de sa maison de coron,  il fait jaillir, malgré ses entraves et son milieu rude et modeste, une œuvre lumineuse et colorée. Ses mosaïques, ses tapisseries composées de patchworks et de broderies montrent un univers joyeux dont Trovic pressent qu’il est en train de s’éteindre. Son handicap, son épilepsie ont-ils été la circonstance fondatrice de son œuvre mais aussi ce qui brisa douloureusement son aspiration à rejoindre la communauté humaine ordinaire ? Cette tension sera, avec son indéfectible attachement à l’histoire, la culture, de son Nord natal, au cœur de la problématique de ce documentaire.

 

22/01/2022

Gérard Sendrey nous a quittés...

Gérard Sendrey (1928-2022).

 

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Photo Bruno Montpied, sur le seuil de son Site de la Création Franche, 1997.

 


       L'ami Gérard s'en est allé, ce matin, paraît-il (22 janvier 2022), des suites de la Covid.

      Il nous laissera de grands souvenirs, à nous, les artistes qu'il hébergea au long de nombreuses années dans son Site de la Création Franche, devenu ensuite Musée de la Création Franche (appelé à un enracinement de longue haleine dans le paysage bordelais, grâce aux travaux d'extension qui sont en préparation, travaux dont il était au courant, ayant eu le temps de consacrer un texte aux changements qui attendent le musée dans le numéro 55, paru en décembre dernier, de la revue Création Franche, fondée et longtemps dirigée par lui). Le terme de création franche lui revient de plein droit, puisqu'il en est l'inventeur.

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Gérard Sendrey, la dernière fois que je vins le voir à Bègles, à on domicile, situé juste à côté du musée, le 11 janvier 2017, ph. B.M ; ses yeux gardaient toute leur malice amicale ce soir-là.

 

    Si je ne partageai pas tous ses goûts (il professait aimer les gens avant les œuvres qu'elles pouvaient produire ; moi, c'était un peu le contraire...), je reconnus très vite qu'il était un de ces rares passeurs assez ouvert d'esprit pour ouvrir grandes les portes des lieux d'exposition qu'il avait su monter (comme la Galerie Imago, en 1988, juste avant le Site de la CF). Grâce à lui, le Site fut une galerie d'essai quasiment unique en son genre en France. Un bel exemple à suivre, quoique bien trop rare...

          Rien que pour cela, je lui garderai gratitude et sympathie tout le restant de ma vie. 
       L'homme, qui jouait au dadaïste expérimentateur à tout va, était d'une grande cordialité. Il laisse une oeuvre – puisqu'il était aussi artiste et un des plus prolifiques qui soient – abondante et variée.

 

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Gérard Sendrey, sans titre, une de ses innombrables encres tracées au calame, 2001, ph. et coll. B.M.

16/11/2021

Un livre magnifique sur Pierre Albasser, le "retraité qui dessine"

Cette note a fait l'objet d'une mise à jour et d'un remaniement le 2 décembre 2021.

 

       Les Emballements de Pierre Albasser, ça s'intitule. Que voilà une très belle réussite des éditions Le Temps Qu'il Fait, qui nous a habitués à sortir de très beaux ouvrages, rien qu'au niveau formel déjà. Et aussi du point de vue du contenu, par exemple ce Sentiment des rues de cet écrivain secret et délectable qui a pour nom Joël Cornuault, paru en 2017.

    Il s'agit ici d'une monographie consacrée à un de nos Singuliers, lointain surgeon de Gaston Chaissac dont il se distingue bien entendu, ne serait-ce déjà que par le choix exclusif et particulier de ses supports et de ses outils (supports: cartons d'emballage de toutes sortes, loin d'être seulement d'origine alimentaire, puisque "TOUT emballage en carton compact du ménage est exploité, avec des cartons de mouchoirs, de pâte dentifrice, de collyres, de chaussettes, de ruban adhésif" (GEHA), cartons qui sont déployés soigneusement à plat ; outils: feutres, marqueurs usagés, encre d'imprimante, fournitures d'occasion diverses...), mais aussi dont il participe par un graphisme ultra stylisé, par son goût des traits cerneurs et des formes emboîtées, et aussi par son goût d'expérimenter et de son refus de se répéter.

       C'est pourquoi j'ai choisi de donner un texte à ce beau projet de monographie, Pierre Albasser, un enfant caché de Chaissac, un texte qui en recombine deux autres, parus respectivement, en 1999 dans la revue Création Franche (un des tout premiers textes, si ce n'est le premier, qui parut sur Albasser, suite à sa participation à l'expo automnale du Musée de la Création franche), et en 2021, dans le magazine Artension, textes que j'ai remaniés pour l'occasion.

 

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Pierre Albasser emballé par ses Emballements, photo GEHA, octobre 2021.

 

       Alors, bien sûr, on va me dire "vous en dites du bien du livre sur Albasser, parce que vous avez écrit dedans..." Mais n'est-ce  pas naturel? Si j 'y ai participé c'est que j'y croyais... De plus, je ne me sens pas toujours obligé de parler de tout ce à quoi je participe (quelquefois même, je serais tenté de critiquer certains "contenants" si la courtoisie de ne me retenait pas). Si j'écris sur tel ou tel sujet c'est par passion et engouement. Il est normal d'en répercuter partout la manifestation, surtout lorsque la publication ne bénéficiera à l'évidence pas de "publicité". A force d'y penser, du reste, je crois que je mettrai bientôt en ligne ma bibliographie de textes récents, pour embêter tous ceux qui pourront me traiter de narcissique.

      Je ne suis pas seul dans cet ouvrage à donner des textes, il en est d'autres : en premier, GEHA, l'épouse impresario-archiviste-artiste postal, mais aussi Denis Montebello, Pascal Rigeade, Anna Rozen (très bien son texte, très-très bien), Isabelle Lollivier (responsable de la revue Santé mentale, où Albasser a donné plusieurs illustrations, une vingtaine par numéro ; comme il a participé à huit de leurs numéros, calculez combien ça fait d'illustrations...), Bernard Ruhaud, Dino Menozzi, Peter Bolliger... Et Georges Monti, l'éditeur, qui nous livre un bel entretien avec Pierre et Gudrun Albasser, à la fin, qui m'a bien amusé, en constatant l'assurance de Pierre pour répondre à Monti (et à Gudrun qui cherche "traîtreusement" à l'entraîner sur cette pente de l'AAAArt) que décidément, non, ce n'est pas une coquetterie s'il ne se présente pas comme "artiste", mais simplement comme un "retraité qui dessine".

      Pierre Albasser est souvent en vente sur e-bay ou dans les ventes aux enchères d'art contemporain (que je trouve personnellement calamiteuses) organisées régulièrement à Drouot, et je trouve depuis longtemps que cela nuit à la correcte appréciation de ses expérimentations et autres travaux, car les œuvrettes qu'il y dépose sont loin d'être ses meilleures. J'ai même parfois l'impression qu'il y distille un peu ses "fonds de tiroir". Et cela donne à la longue une image un peu pâle, réductrice, et finalement mensongère de sa production (j'en connais même qui, ne connaissant que ces images visibles sur tous les écrans du Net, mésestiment grandement Albasser). Or, la magnifique monographie des éditions Le temps qu'il fait constitue un éclatant démenti face à ce genre de fausse impression. On y trouvera des reproductions (de très belle qualité d'impression : décidément, bravo à l'éditeur) de ses travaux les plus aboutis, d'une grande variété, et, en même temps, d'une grande unité de signature. Je donne deux exemples ci-dessous de double-page.

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Pp 72-73 et pp108-109 des Emballements de Pierre Albasser au Temps Qu'il Fait.

 

      A parcourir ce bel album d'images, j'en retire la conviction que l'impresario (impresaria?) de Pierre, la nommée Gudrun, avait mis  de côté depuis longtemps les meilleurs crus de son cher et tendre "elfe" (moi, je disais lutin, mais d'autres le qualifient d'elfe ; va falloir qu'il se fasse tailler les oreilles en pointe pour être à la hauteur du qualificatif), comme lorsqu'on garde des millésimes pour les grandes occasions.

Le livre (144 p., 100 illustrations couleur) sera disponible dans toutes les bonnes librairies à partir du 22 novembre prochain. Voir le site de l'éditeur.

24/10/2021

Hamid Aït Dadda et Jaber Al Mahjoub, si ce dernier s'en va, le premier est toujours là

        Jaber était très connu des Parisiens qui croisaient autour de Beaubourg, du moins à une époque, quand il y faisait de la musique sur les trottoirs. Il était aussi connu du petit milieu des amateurs d'art singulier ou brut (difficile de le classer dans l'une ou l'autre catégorie). Il était amusant de noter aussi tous les endroits improbables (j'avais fait une note à ce sujet) où il avait réussi à se faire exposer, jouant probablement de sa faconde, séduisant par son épate. Il avait un côté camelot déjanté en effet, le Jaber.

     Après avoir vécu ces dernières années, d'après ce qu'il s'en disait, dans des conditions matérielles difficiles tout en étant âgé (il avait 83 ans, puisqu'il était né en 1938), il est parti ce 21 octobre, juste après que la Fabuloserie-Paris lui a consacré une petite exposition au vernissage de laquelle, paraît-il, il n'avait pu se rendre ; elle est prolongée au 1er étage de la galerie jusqu'à une date indéterminée pour le moment, en parallèle de celle qui débutait ce samedi 23 octobre, consacrée au créateur brut marocain Hamid Aït Dadda, prévue pour se terminer, elle, le 27 novembre. On trouvera sur Jaber nombre de renseignements, par exemple sur le site de la Collection Cérès Franco, installée à Montolieu (cette dernière l'ayant exposé dans les tout premiers, et ayant de ce fait acquis des œuvres de très bonne qualité, comme on pourra s'en convaincre aisément ici ; en effet, ce n'est pas faire injure à sa mémoire que d'avancer que les productions de Jaber avaient un peu perdu en inspiration dès les années 2000, je trouve, sauf exceptions). On trouvera également des pistes dans les deux livres qui lui avaient été récemment consacrés (disponibles à la librairie de la Halle Saint-Pierre).

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Jaber, sans titre, plâtre peint à la gouache et plexiglas, 46 x 43 cm, Collection Cérès Franco 162.

 

      Toujours vivant, lui, est présenté à la Fabuloserie-Paris donc – en collaboration avec la galerie Escale Nomad de Philippe Saada, qui le défend depuis plusieurs années (en compagnie d'autres artistes d'Essaouira au Maroc, comme Mohamed Babahoum, Asmah ou encore Ahmed Gnidila) –, Hamid Aït Dadda, âgé de 92 ans...

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Etrange portrait d'Hamid Aït Dadda, photo Escale Nomad/Fabuloserie.

 

      Voici quelques mots de présentation tels qu'ils se présentent sur le site de la Fabuloserie:

       "Agé de 92 ans. Né dans la région d’Essaouira, de la tribu des Haha, Hamid vient d’une famille assez aisée. Très affecté par la mort de sa mère, il souffre du remariage de son père et ne se sent pas de vivre avec sa nouvelle famille.

       Très jeune, il quitte donc le foyer pour aller à Essaouira, puis voyager dans les grandes villes du Maroc. Il vit de petits boulots : marchand, vendeur de rue…

         Grâce à ses voyages et à son retour à Essaouira, où vivent de nombreux étrangers, il apprend le français, l’espagnol, l’anglais et le portugais, ce qui lui permet de devenir guide touristique.

       Tous les visages, qui reviennent de façon obsessionnelle, sont les gens qu’il croise dans les rues et qui se moquent de lui. "

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Œuvres reproduites sur le site de la Fabuloserie

 

       Cette remarque sur les moqueries des passants à son égard, très touchantes je trouve, et ne grandissant pas ceux qui les profèrent, a tout l'air d'un leitmotiv:

    "Aït Dada est un homme intelligent, discret, qui s’est fait lui-même et qui a toujours été la risée des habitants d’Essaouira, ce dont il souffre. Il traîne sa douleur de vivre..."

     Les différents peintres d'Essaouira – j'en ai souvent causé ici – sont toujours aussi passionnants à prospecter. J'ai acquis personnellement, il y a quelques années, deux œuvres d'Aït Dadda. Je les mets en ligne ci-dessous.

 

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Hamid Aït Dadda, sans titre, 26x23 cm, peinture sur carton, ph. et coll. Bruno Montpied.

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Hamid Aït Dadda (à noter que dans sa signature, Hamid ne met pas toujours deux D à son patronyme, son orthographe en caractères romains n'étant pas nécessairement fixée), ss titre, 28 x 20 cm, sd (années 2010), ph. et coll. B.M.

 

LA FABULOSERIE-PARIS. 52 rue Jacob 75006 - 01 42 60 84 23. Du mercredi au samedi 14h - 19h. fabuloserie.paris@gmail.com

04/10/2021

Info-Miettes (38)

Bientôt un livre consacré à Pierre Albasser

Les emballements de PA, Le TqF.jpeg      Quelle chance a Pierre Albasser. Un éditeur de talent a décidé de consacrer une monographie à sa ludique production artistique, toute d'expérimentations diverses – j'ai nommé les Editions Le Temps qu'il Fait, de Georges Monti, déjà connues pour avoir publié divers livres en rapport avec la création spontanée de divers autodidactes (les livres de Charles Soubeyran – Les Révoltés du Merveilleux –, de Patrick Cloux, de Denis Montebello, la correspondance de Gaston Chaissac avec l'abbé Coutant...). C'est prévu pour novembre prochain, avec des contributions, de votre serviteur, mais aussi de GEHA (son "archiviste et impresaria" comme dit l'éditeur), de Pascal Rigeade, Dino Menozzi, Denis Montebello, etc - voir le lien que j'ai mis ci-dessus renvoyant au site du Temps Qu'il Fait. Le livre est actuellement en souscription (jusqu'au 19 novembre, notamment pour le tirage de tête – 50 ex. numérotés, accompagnés d'un dessin original sur carton d’emballage, signé par l’artiste). Ah... Je suis jaloux!

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Six peintures de Pierre Albasser.

 

"Dans un pli du temps", une exposition chez Art et marges, à Bruxelles, avec, entre autres, Serge Paillard

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Serge Paillard

      Du 7 octobre 2021 au 13 mars 2022, "Profitez d’une expérience contemplative hors du temps ! La brèche ouverte par l’exposition "Dans un pli du temps" invite à une réappropriation de la lenteur. Découvrez des œuvres réalisées dans une infinie patience, qui évoluent au fil de l’exposition ou convoquent d’autres temporalités." Parmi les artistes ou créateurs exposés, je relève notamment les noms de Serge Paillard, souvent évoqué et défendu sur ce blog, mais aussi de Augustin Lesage, Fanny Viollet, Joseph Crépin, Juliette Zanon, Kunizo Matsumoto,  Lionel Vinche, Raphaël Lonné, ou encore des travaux anonymes venus d'un HP belge... Cet éloge de la lenteur, ceci dit, j'ai l'impression d'en avoir déjà entendu parler ailleurs (ne serait-ce pas à la galerie d'ABCD à Montreuil, à côté de Paris, il y a quelques années? Mais oui, cela eut lieu en 2013, et cela s'appelait "De la lenteur avant toute chose", et le commissariat en avait été confié à Marion Alluchon, Emilie Bouvard, Camille Paulhan, Sonia Recasens et Septembre Tiberghien... ; on trouvait déjà dans cette dernière exposition au moins un exposant en commun - Kunizo Matsumoto). Pour lire le dossier de presse, c'est par ici.

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Une peinture sans titre de Juliette Zanon, 30 x 40 cm, vers 2016 (?), photo et collection Bruno Montpied.

 

Une autre exposition de Pape Diop

     On se souviendra  peut-être que j'ai déjà signalé ce créateur, actif dans un quartier déshérité de Dakar, nommé Pape Diop. Je l'avais découvert dans une première expo qui avait été montée par Sophie Bourbonnais dans sa galerie parisienne de la Fabuloserie. Voici qu'il est à nouveau présenté, cette fois à la Galerie du Moineau Ecarlate d'Eric Gauthier, au 82 rue des Cascades dans le 20e ardt. La galerie du moineau écarlate et Yaatal Art présentent:
Pape « Médina » Diop
Du 7 octobre au 20 novembre 2021.

Un petit film tourné par Modboye, la personne qui suit Pape Diop, dans un montage d'Eric Gauthier, est disponible sur Viméo (il y en a un autre après):

Musique (à signaler, pour Darnish, entre autres): Lee Scratch Perry, qui vient de nous quitter, un vrai créateur musical proche de l'art brut, et initiateur de la musique reggae)

 

J'aime beaucoup l'oeuvre de Frank Lundangi

     Nouvelle exposition de Lundangi dans la galerie qui l'expose régulièrement à Paris, la Galerie Anne de Villepoix. Là c'est déjà commencé depuis le 30 septembre, et c'est prévu pour durer jusqu'au 30 octobre. Titre de l'expo "Eclosion". C'est aussi le titre d'une des oeuvres délicates de l'artiste (qui vit en France, sur les bords de Loire).

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Franck Lundangi, Eclosions, Aquarelle et encre sur papier, 102 x 67 cm, 2020, ph. Galerie Anne de Villepoix. 

Galerie Anne de Villepoix, 18 rue du Moulin Joly 75011 Paris. Tél: +33 1 42 78 32 24 et +33 9 80 53 23 47 info@annedevillepoix.com . Ouverture Du Mardi au Samedi, de 9h30  à 18h30.
 
 
 
"Bruts et Raffinés II" à la galerie d'Hervé Courtaigne, rue de Seine (Paris 6e)
 

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      "A cette occasion, vous pourrez découvrir l'œuvre majeure de l'artiste spirite Victor Simon (1903-1976), à savoir le panneau droit, récemment retrouvé, du triptyque "Cosmogonie" de 1955. Le pendant gauche de cette oeuvre est conservé au  LaM en tant que dépôt de l'Union spiritualiste Phocéenne. Quant à son panneau central, il a été présenté lors de l'exposition "Reviendra-t-il ?" à la galerie Hervé Courtaigne en automne 2020."
 
L'expo dure jusqu'au 16 octobre, notez-le... Et soulignons aussi qu'à cette occasion, la galerie expose des œuvres de notre vieil ami Gaston Mouly (1922-1997). Peu fréquent depuis sa disparition...  
 
 
 
Lucienne Peiry sort un livre sur Armand Schulthess chez Allia
 
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A noter: Lucienne Peiry sera à la Halle Saint Pierre, à Paris, le samedi 20 novembre de 15h à 17h pour une présentation de ses dernières publications sur l’Art Brut (Nanetti, Ecrits Bruts...).
 
 
 

30/09/2021

Les Journandises, manifestation artistique sur le campus de Bourg-en-Bresse et ma venue le 12 octobre

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      Je dois dire, qu'avec l'âge, je m'y perds de plus en plus dans les annonces que je reçois. Les "Journandises", par exemple, dans le cadre desquelles je suis invité le 12 octobre prochain à venir débattre avec qui veut (des étudiants a priori) d'art brut, d'art naïf, d'art populaire, et, accessoirement, à partir de la maison peinte d'Eric Le Blanche dont je montrerai l'intérieur, via le film que j'ai écrit et coréalisé en 2019 en autoproduction (y a marqué "Zoom back productions" dedans, mais c'est un mot bidon)... C'est une manifestation qui se tient apparemment de manière régulière (du moins quand il n'y a pas de pandémie par-ci, par-là), dans une bourgade appelée Journans (c'est la première fois, n'étant pas de la région, que j'en entends parler ; mais comme il y a internet, maintenant, tout le monde fait dans l'implicite et comme si tout le monde savait ; donc, je regarde sur internet moi aussi et je vois que Journans, c'est dans l'Ain (hein? c'est au sud-est de Bourg-en-Bresse (prononcer Bourk-en-Bresse), et donc au nord-est de Lyon aussi). Mais je ne sais trop pourquoi, il se trouve que dans le cadre de ces Journandises, (la manifestation qui se tient à Journans s'appelle comme ça, donc), qui, elles-mêmes cette année, se tiennent dans le cadre de la Biennale Hors-les-Normes de Lyon (plus communément appelé BHN : un acronyme, ça fait toujours bien dans le décor) - ce qui accentue la complexité de la chose, tout de même, non? -, la manifestation (une expo de trois personnes, Jean Branciard, Hanna Chroboczek et Marcel Vinsard (1930-2016 ; un créateur sur qui j'ai abondamment renseigné par un livre et par des notes sur ce blog) dont c'est le vernissage pas plus tard qu'aujourd'hui, une rencontre avec mézigue autour d'un film donc (le  12 octobre à 18h30), et le 14 octobre, un atelier avec Jean Branciard qui incitera les étudiants de Bourg à fabriquer des bateaux à partir de matériaux recyclés) se tient non pas à Journans, ni à Lyon, mais sur le campus de l'université de Bourg-en-Bresse (je ne savais pas qu'il y avait une université là-bas, ne pensant personnellement qu'aux poulets quand j'entends le mot Bresse, qu'on me le pardonne, SVP...). Avouez qu'il y a de quoi s'y paumer, non, quand on n'est pas familier des secrets des dieux (c'est-à-dire des animateurs de la BHN), non?

     Donc... A bientôt?

13/08/2021

Aube Breton-Elléouët expose ses collages avec les tableaux de coquillages de Youen Durand

     L'association des Amis de Youen Durand,  ce Breton qui dirigeait la Criée de Lesconil, auteur d'une trentaine de petits chefs-d'oeuvre en mosaïque de coquillages, continue son travail méritant de passeuse de mémoire au service de l'art d'un autodidacte de grand talent. Pour cet été, du 17 août au 5 septembre 2021, elle a eu l'idée de lancer une invitation à Aube Breton-Elléouët, qui a des attaches en Bretagne (son mari était le poète et peintre breton Yves Elléouët, disparu trop tôt), afin qu'elle prête des collages. Le goût du merveilleux est le point commun qui rassemble les deux créateurs, pourtant de cultures différentes. Aube, fille d'André Breton comme on sait, si elle est aussi la fondatrice de la collection de DVD, Phares, consacrée à 24 figures du surréalisme, "éditée à fonds perdus", montre régulièrement sa sensibilité à l'égard des autodidactes qui vont dans le sens du merveilleux (elle était présente ainsi à la première, à la SCAM, du film "Bricoleurs de paradis" que j'ai co-écrit avec son réalisateur Remy Ricordeau en 2011).

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      Parmi les collagistes actuels, Aube Elléouët représente une figure éprise de la quête d'une image la plus unitaire possible, allant dans le sens du poème visuel merveilleux. Le n° 150 de la petite revue Regard, de l'artiste Marie Morel, vient de lui avoir été justement consacré, en avril dernier, avec une minuscule interview illustrée de plusieurs belles reproductions de ces collages. Je ne suis peut-être pas très bien informé à ce sujet, mais il me semble que les interviews d'Aube Elléouët ne sont pas fréquents.

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      Ici, cependant, je dois faire une parenthèse au sujet de ce numéro de Regard. Il contient une petite brochure encartée, qui reproduit des petits textes d'un M. Francis Pellerin qui à un moment se met à parler d'Eric Le Blanche... Dont les lecteurs de ce blog – ou de la revue Création Franche, ou encore de la revue Artension, auxquels j'ai donné des articles pour faire connaître ce peintre et dessinateur introverti et secret, qui avait peint l'intérieur de sa maison en Vendée dans le plus grand secret – se souviendront que j'ai déjà abondamment parlé (en lui consacrant de plus, en mars 2019, un film en auto production, L'Homme qui s'enferma dans sa peinture qui fut programmé à la Halle Saint-Pierre au mois de juin suivant).

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Le flyer que j'auto-éditai en juin 2019 pour présenter mon film sur Le Blanche à l'auditorium de la Halle Saint-Pierre et en débattre avec le public ; la réalisation du film est signée dans le générique de mon nom et de celui de Burtin, mais ce dernier est surtout participant de ce film en tant que conseiller technique, car bien qu'autodidacte, il maîtrise fort bien cet aspect dans la création d'un film ; c'était entre autres raisons (il fut un ami aussi autrefois, avant, hélas, de devenir une grenouille de bénitier) pour cela que j'avais recouru à lui, pressé que j'étais par le risque d'effacement de l'intérieur de la maison de Le Blanche, dont m'avaient alerté les cousins d'Eric.

 

      Ce M. Pellerin, hélas, est fort mal informé. S'il l'avait été, je veux croire qu'il n'aurait pas écrit ces mots dans ce petit livret de Regard: "...Le peintre et cinéaste Jacques Burtin s'investit totalement depuis quelques années afin de faire connaître cette œuvre hors normes, exceptionnelle. il a réalisé des films (que j'ai vus), a créé une association, organisé des expositions (une, d'importance, devrait avoir lieu cet automne à la Vendéthèque de la Châtaigneraie) et construit un site internet que je vous conseille vivement de visiter..." Quelle prétention, et quel tour de passe-passe...

    Il faut rétablir quelque peu la vérité et mettre certains points sur les i. D'abord il est tout à fait exagéré de présenter "l'œuvre" d'Eric Le Blanche comme "hors-normes" (au départ Le Blanche s'inspirait de la peinture gréco-latine...) et "exceptionnelle" (ce n'est pas par la qualité de ses peintures et dessins que Le Blanche est intéressant – comme je le dis dans mon film de mars 2019, film qui a précédé ceux de Burtin qui s'est empressé de faire les siens pour supplanter la communication que j'avais initiée autour de Le Blanche (à la suite de la demande de sa famille) – c'est par son comportement de peintre introverti projetant son imaginaire et ses admirations artistiques tout seul à l'intérieur de sa maison entre deux séjours à l'hôpital.

      M. Burtin ne s'investit pas depuis "quelques années" (cette façon de s'exprimer donne l'impression que Burtin s'occupe de Le Blanche depuis toujours et surtout seul, ce qui est faux (en réalité c'est moi qui lui ai fait découvrir l'existence de la maison de Le Blanche en août 2018, en l'engageant à tourner des images pour le film que je désirais faire ; j'étais venu un mois auparavant, en juillet 2018, faire tout un reportage photo à la demande de la famille, Soizic et Jean-Louis Sapey-Triomphe, que j'avais rencontrée à la Halle Saint-Pierre en juin 18). Quand M. Pellerin parle ainsi de Burtin, il valide, peut-être sans le savoir, une imposture qui me paraît en train de se mettre en place à l'instigation de ce même Burtin (ce dernier cherche en effet à monopoliser la communication autour de Le Blanche afin de propager sa vision idéaliste et réactionnaire du personnage).

     Ce serait oublier, non seulement ma propre action, mais aussi celle de l'Association Arts Métiss', en Vendée, à La Chemillardière, qui fut la première, avec ses animateurs, Laurent Pacheteau et Jean-Pierre Rouillon (ce dernier ayant acheté beaucoup de dessins qui traînaient par terre dans la maison lors d'une vente aux enchères, où ni moi, ni les parents de Le Blanche, et encore moins le sieur Burtin, n'étaient présents), à monter la plus complète des expositions¹ sur Le Blanche, les 4 et 5 juillet 2019, à partir des éléments du décor de la maison Le Blanche qu'ils avaient contribué à faire sauver (j'ai gardé moi-même quelques dessins), entre autres par les affaires culturelles du département de la Vendée (via M. Julien Bourreau) qui acheta au nouveau propriétaire de la maison les volets et les portes intérieures de la maison Le Blanche (située dans le village vendéen de Vouvant). "L'association" de M. Burtin, le site internet qu'il a créé, représente surtout avant tout lui-même, et sa femme. Son action tend à imposer, par une sorte de confiscation de l'interprétation du phénomène de cette maison peinte intérieurement, une seule façon d'envisager le phénomène, à base d'idéalisme et de religiosité des plus ringards. Le bouffon "Institut Eric Le Blanche" qu'il a inventé, au titre ridiculement trop grand pour son sujet et trop pompeux pour être honnête, est de l'ordre de l'auto proclamation, servant avant tout à faire la promotion dudit Burtin, se prenant pour un génie (chose que personne n'a vraiment envie de vérifier) et projetant cette illusion sur le pauvre Le Blanche, qui, effectivement, était un peu mégalomane lui aussi... C'est là sans doute la seule justification de l'hystérique activité de l'ineffable M. Burtin...

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¹ Ils en ont monté une autre, plus récemment, cet été même, aux Sables d'Olonne, les 2 et 3 juin à l'Abbaye d'Orbestier.

22/07/2021

Des fleurs dans le buisson, expo collective de bruts et singuliers au Musée des Arts Buissonniers

     Du 16 juillet au 18 septembre 2021, se tient la nouvelle proposition d'exposition estivale mise en forme par Pol Lemétais et l'association Les Nouveaux Troubadours, association qui anime le Musée des Arts Buissonniers, s'occupe également des stages du chantier de la Construction Insolite, en perpétuelle évolution sur la colline dominant le village de Saint-Sever-du-Moutier, et créant toutes sortes d'événements festifs (musicaux par exemple) dans cette charmante bourgade de l'Aveyron, tranquillement à l'écart.

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Anselme Boix-Vives, œuvre servant sur le carton d'invitation à l'exposition du Musée des Arts Buissonniers

 

    "Des fleurs dans le buisson", cela s'appelle. Cela devient une tradition, du reste ce complément "dans le buisson", puisque précédemment il y avait déjà eu "Du Bic dans le buisson", sur des travaux divers au Bic. Cette fois, l'orientation de l'expo est donc davantage thématique. C'est bien sûr aussi l'occasion de voir des créateurs et des artistes multiples, que l'on range selon les cas du côté de l'art dit brut ou de l'art singulier (artistes semi-professionnels, en marge, influencés par l'exemple esthétique ou moral de l'art brut). Voici ci-dessous la liste des personnes exposées (dont votre serviteur, qui a prêté quelques œuvres où l'on rencontre des fleurs).

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Donc, comme on le voit, il y a de quoi trouver son bonheur (c'est une expo avec ventes), avec des œuvres variées, Chapelière, Babahoum, Cecilia Markova, Frantisek Pecka, Charles Boussion, Zemankova (bien évidemment, la fée de la botanique "parallèle"...), Pépé Vignes, entre autres...

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Patrick Chapelière (exposé), un artiste qui se noie dans les fleurs...

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Bruno Montpied, Hypnotique Alice, 30 X 40 cm, 2007 (exposé).

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Cecilie Markova (1911-1998), sans titre, crayons de couleur sur papier noir, 63 x 45 cm, 1976, ph. et coll. Bruno Montpied (donc pas exposé au Musée des Arts Buissonniers) ; les médiumniques tchèques, auxquels on rattache Markova,, sont souvent hantés par la botanique...

 

Musée des Arts Buissonniers: L’exposition est présentée jusqu'au 18 septembre 2021 aux horaires d’ouverture du musée, ou sur rendez-vous. Association Les Nouveaux Troubadours - 12370 Saint Sever du Moustier. Tél : 05 65 99 97 97 - http://www.arts-buissonniers.com

 

20/05/2021

Info-Miettes (37)

Musées, galeries rouverts

     Citons quelques musées qui rouvrent depuis le 19 mai: à Laval: celui de l'Art Naïf et des Arts Singuliers (qui vient de finir de construire un site web) ; à Paris :  la Galerie Claire Corcia (qui prolonge son exposition consacrée à Hélène Duclos qui s'était retrouvée victime du confinement), la Galerie Pol Lemétais (avec des outsiders américains du 19 mai au 6 juin) et la Galerie Polysémie qui reviennent faire un tour pour un mois dans les locaux de l'ancienne galerie de Béatrice Soulié rue Guénégaud (6e ardt), la Galerie Les Yeux Fertiles (avec une exposition intitulée "Boîtes à mystères"), également dans le 6e, le Musée d'Art et d'Histoire de l'Hôpital Sainte-Anne, dans le 14e (qui prolonge jusqu'au 13 juin prochain son intéressante expo, "Follement drôle", pas vue du public, consacrée à l'humour des artistes pensionnaires d'hôpitaux psychiatriques, les oeuvres présentées provenant du MAHHSA et, fait bien plus inédit, de la Collection Prinzhorn à Heidelberg, voir l'article que j'ai consacré à l'expo dans le n°166 d'Artension en mars-avril dernier) ; A Villeneuve-d'Ascq, à côté de Lille, le LaM (dont mon petit doigt m'indique qu'ils préparent là-bas une exposition prévue pour l'année prochaine sur un sujet qui me tient tout particulièrement à cœur, car je l'ai, dans un de mes anciens textes, appelée de mes vœux : Art brut et surréalisme ; on sait que contrairement à la collection de l'Art Brut à Lausanne, les conservateurs du LaM en charge de l'art brut ont une sensibilité particulière envers André Breton et les surréalistes, l'idée de l'expo est donc logique) ; à Marseille : la Galerie Béatrice Soulié, désormais seulement installée dans la cité phocéenne, monte une "Rétrospective Louis Pons (1927-12 janvier 2021)" du 11 juin au 7 août 2021, voir  ici le dossier de presse ; en Belgique: le Musée de la Création Franche de Bègles est, on le sait, fermé pour travaux (environ deux années), cela ne l'empêche pas de faire des expo hors-les-murs comme celle qui s'ouvrira du 21 mai au 12 décembre  2021 à la Fondation Paul Duhem, à Quevaucamps.

 

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Vue de l'expo Outsider Roads organisée par Pol Lemétais dans l'ancienne galerie Soulié, ph. Galerie Lemétais. ; au mur divers outsiders américains  comme Kenneth Brown ou Henry Speller, voire John Henry Tooner...

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PIF, quésaco?

     Cet acronyme signifie Patrimoines Irréguliers de France. Il s'agit d'une association animée par trois Italiens, Roberta Trapani, Chiara Scordato, Danilo Proietti et un Français, Olivier Vilain. ils viennent de finaliser leur site web où l'on apprend plus sur leur action et leurs projets, qui flirtent avec les cultures alternatives. Ils s'intéressent comme moi aux environnements atypiques, mêlant dans un même sac environnements et artistes marginaux plus ou moins inventifs (Jean-Luc Johannet, Danielle Jacqui, Jean Linard...) et créations environnementales spontanées plus strictement populaires.

 

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Jean-Luc Johannet, une maquette de ville imaginaire exposée dans le hall de la Halle Saint-Pierre dans le cadre d'une exposition montée par le PIF en 2018, ph.  Bruno Montpied.

 

      Je les soupçonne parfois d'être attirés avant tout par les artistes marginaux, et un peu moins par les créateurs autodidactes amateurs (malgré les textes de Roberta Trapani qui est plus sensible à ces derniers que ses complices). Un autre point qui me chiffonne est le relatif sous traitement, sur leur site web, des références aux autres acteurs défendant le domaine (mon blog qualifié "d'historique" - merci pour le coup de vieux que je me prends au passage!) - n'étant pas oublié cependant, merci pour lui). L'action de ce collectif de quatre personnes, on s'en convaincra aisément en parcourant leurs professions de foi, se veut clairement politique, mettant en avant les mots utopie, libertaire, indiscipline, surréaliste-révolutionnaire, ZAD, clandestinité, illégalité, excusez du peu... Ils ont édité une revue, intéressante, mais au format et à la mise en pages un peu difficiles à aborder, Hors-les-normes, qu'elle s'appelle, empruntant son titre à l'art défendu à la Fabuloserie... Je signale aussi pour finir qu'ils font actuellement un petit reportage filmique sur la restauration de la tour Eiffel de Petit-Pierre dans le parc de la Fabuloserie (voir l'appel de ces derniers que j'avais répercuté, et qui a été couronné de succès, dégageant les fonds nécessaires à la restauration). A suivre, donc...

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Joseph "Pépé" Vignes, une expo à la Fabuloserie et un film

     A la Fabuloserie, à Dicy (Yonne), est montée pour cette saison (tout l'été) une expo bâtie à partir des œuvres de Pépé Vignes dans le fonds permanent de la Fabuloserie. Deux photos que m'a prêtées la Fabulose Sophie Bourbonnais donnent envie d'aller musarder dans cette belle région :

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Photo Archives Fabuloserie.

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Vue des différentes œuvres de Pépé Vignes à la Fabuloserie-Dicy, archives Fab.

 

    J'aime particulièrement les graphismes aux crayons de couleur (plus stables dans le temps que les feutres d'école que Vignes utilisait) de cet ancien tonnelier, qui en dépit d'une vue déficiente (il dessinait l'œil collé au support) mettait toute son énergie à concentrer dans ses bus, trains, voitures, bateaux, tonneaux, instruments de musique, bouquets de fleurs, poissons, avions,  l'amour qu'il portait à leurs aspects. Plus immédiate poésie visuelle que cela, tu meurs... Tous ceux qui se moquèrent de lui, le brocardant à l'envi quand il jouait de son accordéon dans les bals populaires à Elne et sa région (pays catalan), doivent rire jaune aujourd'hui quand ils découvrent par hasard qu'il est désormais considéré comme un grand créateur (en particulier lorsque l'on découvre la rue qui a été octroyée à sa mémoire à Elne).

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Photo Illibérien, prise à Elne.

 

      La Fabuloserie et Philippe Lespinasse se sont alliés pour que ce dernier réalise un film à partir d'extraits de la "capture" filmique  qu'Alain Bourbonnais avait tournée dans les années 1970. Le réalisateur a gardé quelques passages du film où l'on aperçoit Vignes dans son petit logement, et il a fait alterner ces extraits avec des fragments d'entretien avec divers témoins qui ont connu Pépé Vignes, comme Jean Estaque, cet artiste qui m'est cher, comme j'ai eu l'occasion de le dire dans plusieurs notes précédentes. On trouve le DVD du film dans la librairie de la Fabuloserie-Paris, rue Jacob (6e ardt).

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Joseph "Pépé" Vignes, avec ses lunettes à double foyer, ph. JDLL, transmise par "Illibérien".

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Jaquette du DVD de Philippe Lespinasse "Pépé Vignes: c'est du bau travail!", co-production Fabuloserie et Locomotiv films.

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Escale Nomad aussi dégaine ses trouvailles de printemps profitant du déconfinement... 

     Cette fois, la galerie nomade de Philippe Saada fait son nid, du 26 mai au 6 juin rue Notre-Dame de Nazareth (3e ardt) dans une galerie appelée "L'Œil bleu", voir ci-dessous...

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     On notera de prestigieux et classiques nouveaux venus dans le stock de Saada, quand on y découvre Emile Ratier par exemple, ou encore Carlo Zinelli et Fernando Nanetti, qui avait graffité les murs de la cour dans son hôpital psychiatrique à Volterra en Italie. Comment il s'y est pris, le Saada? il a fauché un morceau de mur de l'hosto, ou quoi?

18/05/2021

Une caricature de Régis Gayraud

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Régis Gayraud, "Pardon Madame...", dessin au crayon sur tache réalisée préalablement par Bruno Montpied aux crayons aquarelle sur papier, 31 décembre 2019, coll. B.M. 

01/05/2021

Plutôt qu'une nécrologie: je me souviens de mes rencontres avec Marie Jakobowicz

     Alors, c'est ainsi, je n'aurai plus jamais l'occasion d'entendre le téléphone sonner et à l'autre bout du fil résonner la célèbre entame " Allôôô...? Céééé Mâââ-rie...", m'annonçant l'inévitable monologue que Marie Jakobowicz, d'un ton un peu désabusé, comme refusant d'avance toute phrase qu'on pourrait lui rétorquer, s'apprêtait à débiter. Ça durait un petit moment, tellement, que j'en lâchais parfois l'écouteur, posais le téléphone et allais vaquer à d'autres occupations. Je revenais cependant bien vite, de peur qu'elle croit qu'on lui avait raccroché au nez... Et invariablement, je constatais qu'elle était toujours en train de parler à l'autre bout. Puis elle rompait brusquement la conversation, disait: "Bon, eh bien, au revoir...", tout à trac, sans que rien ait pu le laisser prévoir. Je me faisais avoir à chaque coup.

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Marie Jakobowicz au Musée de  la Création Franche à Bègles, pour l'exposition que le musée lui consacrait en 2016 ; ph. archives du Musée de la CF.

 

     Marie Jakobowicz (1934-2020) est  morte il y a un an, dans le XVe arrondissement de Paris. Je l'ai appris avec retard, grâce au Musée de la Création franche, à qui elle avait fait donation d'une centaine de ses œuvres ces dernières années (d'autres collections ont conservé de ses oeuvres, la collection Cérès Franco et la Fabuloserie). Nous n'étions que des connaissances, nos relations les plus suivies ayant existé surtout au début des années 1980. Pas vraiment ce que l'on appelle des amis, plutôt des complices, des collègues... Plus âgée que moi, d'une vingtaine d'année, j'étais tombé sur elle à la suite d'une petite annonce dans Libération. Un monsieur qui s'appelait André Chamson (si ma mémoire ne me trompe pas sur l'orthographe de ce patronyme), comme l'écrivain, invitait à exposer dans sa "galerie" du côté de Louveciennes. Je m'y étais rendu pour découvrir avec dépit qu'il ne s'agissait que d'un garage... Mais il m'avait donné le contact d'une personne qui s'intéressait à l'art brut et avec qui j'avais peut-être des points communs. J'ai alors dû lui téléphoner, et, un jour Marie a débarqué dans l'appartement que je partageais avec Christine, ma bonne amie de l'époque, dans le Xe ardt. Elle eut, je pense, toujours de l'intérêt pour les gens plus jeunes qu'elle. Elle donnait des cours particuliers de dessin à des enfants dans son appartement du XIIe arrondissement, très curieuse de ce qui allait provenir d'eux...

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Marie Jakobowicz, sans titre, dessin à l'encre, 21 x 29,7 cm, vers 1984; ph. et coll. Bruno Montpied.

 

       De qui ou de quoi parlâmes-nous? D'art brut sans doute, que je venais de découvrir à travers quelques fascicules du même nom, sans bien en comprendre les limites. Elle non plus je pense ne savait pas exactement à quoi s'en tenir (et je pense qu'elle ne s'en est jamais vraiment souciée davantage par la suite)... Nous étions désireux d'explorer la possibilité de montrer ce que nous dessinions et peignions, et l'art brut – on l'imaginait – paraissait pouvoir accueillir des gens comme nous, non issus des écoles d'art. Ce n'était pas de l'arrivisme de notre part, seulement un besoin naturel de confronter ce que nous créions à un public de gens extérieurs, puisque l'on concevait l'art comme un autre langage, plus essentiel, allant au cœur des choses. Elle me parla d'un ami, Jean Couchat, qui avait envoyé des dessins et avait été pris par la Collection de l'Art Brut à Lausanne (ouverte au public en 1976). C'était donc simple, il suffisait de faire comme lui, et d'envoyer des dessins. C'est ce que je fis. J'expédiais quelques photocopies de mes dessins à Lausanne, que je me vis prestement retourner avec une lettre de refus de Michel Thévoz, quoique bienveillante. Il m'écrivit – avec un mot dont il usait abondamment à l'époque –  qu'il ne voyait pas assez de "jubilation" dans mes dessins. En 1983, au Forum des Halles, devant les animateurs de l'Aracine, qui avaient monté leur deuxième exposition dans une salle louée au niveau -3 de ce centre commercial, mes dessins n'eurent pas plus de succès. On me répondit que j'étais trop "décoratif", que cela faisait "BD"... Bref, ça n'était pas pour eux (mais ce fut dit avec une certaine sévérité, bien différente du ton plein d'urbanité de Thévoz). Et  c'est vrai que je n'avais au fond rien à voir avec l'art brut, que Madeleine Lommel recherchait. Je le compris mieux plus tard.

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Bruno Montpied, le genre de dessin montré en 1983 aux collectionneurs d'art brut, comme ceux de l'Aracine ou de la Collection de l'Art brut ; ph. B.M.

 

      Je ne peux pas leur en vouloir. De plus, les dessins que j'avais choisis de montrer,  étaient très cernés, un peu figés. J'étais bien naïf de vouloir à tout prix les montrer. Et peut-être que je m'étais trompé de destinataires, qui plus est... Marie Jakobowicz, à cette époque, ne recueillait pas plus de suffrages. Cela changea avec le temps.

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La jaquette dépliée de la pochette de notices (en simples photocopies) ayant servi de catalogue pour la première exposition de l'association L'Aracine, à Aulnay-sous-Bois, "Jardins Barbares", 8 janvier-14 février 1982 ; archives B.M.

 

     L'Aracine, c'était Marie Jakobowicz aussi qui m'en avait parlé la première (en avait-elle entendu parler à la fac' de Vincennes, que Madeleine Lommel, la principale animatrice de l'association, fréquentait aussi?), en me prévenant en particulier de la première expo que l'association monta en région parisienne à la Maison de la Culture de la Seine Saint-Denis, à Aulnay sous-Bois en 1982. Cela s'appela "Les Jardins Barbares", expo mythique de l'association l'Aracine. Celle-ci réussit le tour de force de faire entrer dans un musée national, celui du LaM à Villeneuve d'Ascq, à côté de Lille, la collection d'art brut qu'elle avait rassemblée en à peine 15 ans. Soit dit entre parenthèses, les trois animateurs de l'Aracine (Lommel, Nedjar et Teller) obtinrent ainsi d'inclure  une collection d'art brut dans un musée d'art moderne et contemporain, ce que Dubuffet pour sa part avait décliné hautement, suite à la proposition du ministre de la Culture de l'époque, Michel Guy, au début des années 1970. Selon Dubuffet, l'art brut n'avait pas à être mélangé à l'art moderne. A Lausanne, la collection a trouvé un espace à elle seule dévolue, et c'est aussi bien.

    Au LaM, cela dit, la collection d'art brut jouit tout de même d'un espace indépendant, ce qui est étrange lorsque l'on se rend là-bas. L'art brut irradie des ondes qui le séparent des autres collections plus contemporaines et modernes, montrant bien qu'il est quelque chose d'autre, n'en déplaise à certains marchands et critiques d'art actuels.

     Autre aussi se sentait Marie Jakobowicz alors. Elle avait des préoccupations, des hantises bien légitimes (quand je l'ai rencontrée, elle ne savait pas encore de façon assurée ce qui était arrivé à son père, dont elle n'ignorait pas qu'il avait été déporté par les Nazis, tandis qu'elle et sa mère, plus un cousin, avaient été cachés par la concierge de leur immeuble à la cave, la veille de la rafle du Vel d'Hiv' ; elle apprit véritablement le sort de son père – tué par les Nazis à Auschwitz – seulement au début des années 1990). J'étais assez différent, polarisé sur d'autres motifs, et issu d'une famille de Français ordinaires. Critiques vis-à-vis de la société, nous l'étions tous deux, mais sans être de la même génération. En 1966, année de la mort d'André Breton, elle était dans le public du colloque sur le surréalisme à Cerisy-la-Salle (on retrouve ses interventions dans les actes du colloque dans certaines discussions suivant les conférences, actes qui ont été republiés chez Hermann en 2012). Moi, en 1966, j'avais 12 ans et j'ignorais tout de ces sujets, n'en ayant jamais entendu parler dans ma famille qui était globalement ignorante des événements culturels. 1968 arrivant derrière, Marie, qui avait 34 ans, fut touchée en profondeur par les événements, les nouvelles problématiques, les libérations des mœurs surgissant alors. Sur moi, qui n'avais que 14 ans au même moment, les événements provoquèrent aussi une onde de choc, quoique atténuée dans la gangue de coton où m'enfermait ma famille.

     Notre rencontre,  vers 1980 ou 1981, a tenu donc du hasard objectif. Par elle, j'entendis parler de Michel Nedjar, d'Art Cloche, d'Ody Saban... Qui relevaient plutôt des "Singuliers de l'Art" (Nedjar seul y figurait du reste), terme qu'Alain Bourbonnais et Suzanne Pagé avait mis à la mode au moment de l'exposition du même nom en 1978 au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris. marie jakobowicz,fabuloserie,collection de l'art brut,collection cérès franco,bruno montpied,colloque cerisy-la-salle sur le surréalisme,art singulier

   Après "les Jardins Barbares", je ne lâchai plus l'Aracine jusqu'au début des années 1990, me plongeant dans les problématiques de l'art brut de mon côté sans fin, tandis que Marie restait plus distante vis-à-vis de ces sujets. Elle se sentait plus concernée par la politique, les minorités opprimées – ou plutôt les minorées, si l'on pense aux femmes elles-mêmes –, par les migrants, et cela s'accentua à partir de 2000. Cela se déduisait de nos quelques échanges, mais je l'ai compris davantage en relisant la petite monographie que lui édita André Rober en 2015.

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Marie Jakobowicz, dessins, peintures, sculptures, écritures, éditions K'A, février 2015.

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Marie Jakobowicz, sans titre (?), dessin au pastel sur papier Canson noir, 50 x 65 cm, collection Cérès Franco.

 

     Quad je l'ai rencontrée elle était en plein dans la création de dessins au pastel ou à l'encre de Chine. Il semble que cette période ait duré de 1980 à 1985 (d'après une notice biographique parue sur le site web de la Collection Cérès Franco). Par  la suite, elle se mit à relativiser cette production (et l'abandonner, à mon avis une erreur ; elle disait même que cela lui venait trop facilement), préférant insister sur le fait qu'elle s'était mise à la sculpture, voulant avec ostentation montrer qu'une femme, même fragile comme elle (elle souffrait alors de vertiges de Ménière qui la faisait s'écrouler dans les lieux où elle restait trop longtemps debout), était capable de se colleter à des matériaux lourds, a priori peu maniables par une "faible" femme... Elle voulut aussi par la suite, au fil des années, me démontrer que l'art pour elle se devait de s'engager au service de causes politiques, en l'occurrence celle des Palestiniens, ou des migrants, ou de l'anti racisme. Je comprenais fort bien, étant donné son histoire personnelle, la tragédie familiale dont elle et sa parentèle avaient été victimes, qu'elle subissait une pression mentale terrible de ces côtés-là. Mais je n'étais pas d'accord avec cette mise sous tutelle de l'expression créative, et lui répétais, à chaque fois que je la voyais, que sa période des pastels était ce que je trouvai de plus fort dans sa production. En témoignage d'amitié, après l'exposition collective que Danielle Jacqui m'avait laissé le loisir d'organiser dans une salle, avec 16 artistes ou créateurs que j'avais sélectionnés, dans le cadre du 9e Festival d'art singulier d'Aubagne, elle finit par m'offrir un des dessins sur papier Canson qu'elle y exposa, en format raisin, le genre de format qu'elle affectionnait.

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Vue de la salle "carte blanche à Bruno Montpied" dans le 9e festival de l'art singulier d'Aubagne (2006) ; au premier plan, des sculptures de Bernard Javoy, et de Roland Vincent, au fond, de gauche à droite:  Marilena Pelosi, Michel Boudin, Marie Jakobowicz, Olivier Jeunon et Pierre Albasser ; ph. B.M.

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Marie Jakobowicz, sans titre, pastel sur papier Canson noir, 50 x 65 cm, ph. et coll. B.M.

 

     Je n'ai en effet quasiment jamais choisi (à quelques exceptions près au début de ma production) de plier l'inspiration qui préside à l'expression graphico-picturale à la défense ou l'illustration d'une cause politique ou idéologique. L'art à mon sens n'est jamais plus fort que lorsqu'il se déploie sans autre but que le message inconscient qu'il cherche à délivrer.

 

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Bruno Montpied, Portrait de Marie Jakobowicz, 30 x 30 cm, 2021.

 

 

13/04/2021

Nous en étions au 37e confinement.... (Une vision de Pierre Chevrier)

   "Nous en étions au 37è confinement…Onze ans !...Depuis onze ans périodiquement l’Etat imposait des temps plus ou moins longs où on ne devait pas quitter le domicile, et les conditions devenaient de plus en plus contraignantes à chaque fois ; car, après chaque dé-confinement, l’épidémie reprenait de plus belle et se renforçait, avec son lot de victimes ; le traitement était devenu une course à l’échalote, car le virus mutait très rapidement, rendant obsolète tous les vaccins qui avaient été mis en œuvre. L’application du dernier confinement datait de plus de deux ans, et cette fois, tout le monde était convaincu que la vie sociale ne reprendrait plus ; les gens s’étaient résignés à fonctionner en autonomie dans les villages.


     Chez nous, au début, on avait relié les maisons entre elles par des tunnels de fortune, un peu par amusement, juste histoire de braver les directives en allant chez les voisins porter quelques boissons ou échanger quelques plats ; ou jouer au tarot. Avec le temps, le système s’était perfectionné et on avait consolidé les passages, qui devinrent partie intégrante de nos habitations. De confinement en confinement, comme il nous semblait acquis que la situation mondiale ne pourrait
pas s’améliorer, on avait donc fini par construire des passages en dur ; et même, en creusant le sol (ce qui est particulièrement difficile par ici) des boyaux de communication qui nous mettaient hors de vue des brigades de surveillance, qui d’ailleurs arrêtèrent vite de circuler..."

      Pour lire la suite, on peut cliquer là dessus... : Pierre Chevrier VENTILATION 3.pdf

 

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Bruno Montpied, Ecroulement du masque, 31 x 23 cm, 2020.

26/02/2021

"Ogres et croquemitaines" se termine le 7 mars

       C'est – il faudra bientôt dire "c'était" – une de ces expositions fantômes comme il y en a pas mal ici et là dans notre beau pays, que seules les mouches auront vue, hormis quelques visiteurs au début, à son ouverture ou à son vernissage l'été dernier. Le Musée d'Art Naïf et d'Arts Singuliers de Laval qui l'a(vait) montée en propose in extremis une visite virtuelle (avec plutôt de l'art plastique contemporain et de l'art singulier, mais pas du tout d'art naïf...). Moi, j'ai horreur de ce type de visite, d'habitude (ça ne remplacera jamais le contact direct avec les œuvres, bien sûr). Mais là, c'est un peu un pis-aller, compris comme cela, je pense, par la communication et le commissariat de l'expo. Cherchez bien si vous voyez les quatre petites peintures de Bruno Montpied accrochées entre les deux salles principales de l'expo... Enfin, si ça vous intéresse, bien sûr : https://musees.laval.fr/360-ogres-et-croquemitaines/index...

 

Déjeuner de la petite ogresse (Le) | l'école des loisirs

Album d'Anaïs Vaugelade

Ogre ou ogresse, qui sont-ils? - Babzman

Une ogresse d'Anne Van der Linden...

15/02/2021

Le carnaval de Nice, la fête des masqués pourtant, annulé... Alors, un film sur Martine Doytier et ce carnaval

      Voici un lien vers un nouveau film d'Alain Amiel consacré à l'affiche que fit Martine Doytier pour le Carnaval de Nice de 1981, affiche qui fut rééditée en 1984 pour le centenaire de la manifestation. C'est à cette occasion qu'en allant regarder le carnaval de cette année-là avec mon amie Christine Bruces (en même temps qu'une expo Gustav-Adolf Mossa au musée Jules Chéret et un petit tour rituel au Musée International d'Art Naïf Anatole Jakovsky), j'avisai avec grand intérêt l'affiche de cette artiste que je découvris alors sans en apprendre beaucoup plus à l'époque (internet n'existait pas encore, d'une manière aisément accessible au tout venant). J'en reproduisis un fragment dans mon fanzine La Chambre rouge en 1985. J'ai consacré depuis quelques notes à cette artiste singulière qu'une association de ses amis s'évertue à ressusciter, préparant une rétrospective "dans un musée de la ville" pour bientôt (c'est annoncé à la fin du film).

 

03/01/2021

Info-Miettes (36)

Actualité de Benjamin Péret

          Un livre sort, édité par l'Association des amis de Benjamin Péret, intitulé Comme un haricot au clair de lune. Les collections Benjamin Péret de la Bibliothèque municipale de Nantes.

      "Les collections Benjamin Péret réunies par la Bibliothèque municipale de Nantes n’ont pas d’équivalent ailleurs en Europe, comme aux États-Unis. Cet ensemble est impressionnant autant par le nombre que par la qualité des documents. L'ouvrage est un complément indispensable à l'exposition La parole est à Péret qui s'ouvre à Nantes en janvier 2021." (Association des Amis de Benjamin Péret). Pour en savoir plus, cliquez sur le lien ci-dessus ("Un  livre", ou "L'ouvrage").

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Sortie de la revue Trakt n°12

benjamin péret,association des amis de benjamin péret    Paru en novembre dernier, j'ai oublié de mentionner la sortie de ce numéro où figure un article de mézigue sur la découverte aux Puces de sept peintures d'une artiste réservée, qui exposa rarement, en dépit du charme hors-modes de son univers visionnaire symboliste, Dominique Dalozo, d'origine argentine comme sa compagne Yvonne Bilis-Régnier, dont, d'ailleurs, je ne suis pas sûr que cette dernière ne soit pas l'autrice de quelques-unes des peintures retrouvées dont seules quatre sont signées de Dalozo (dont celle reproduite ci-contre). benjamin péret,association des amis de benjamin péret

     La revue nous apprend également, par le truchement de Jeanine Rivais, le décès du docteur Jean-Claude Caire (1933-2020), le passionné qui anima longtemps, en compagnie de sa femme Simone le désormais célèbre Bulletin des amis de François Ozenda. Il était impossible d'aller parler quelque part en leur compagnie chez un autodidacte quelconque sans avoir la surprise de retrouver tous les propos retranscrits dans leur bulletin à la suite d'un enregistrement secret dont personne évidemment n'était prévenu à l'avance. Cela faisait partie du folklore attaché aux pas de l'ineffable docteur. 

    Pour acquérir la revue ou savoir où on la trouve (la librairie de la Halle St-Pierre) c'est par là.

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Jean-Claude Caire, à Nice, ph. Bruno Montpied, 2008.

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Brut, Singulier, Hors-normes, Le Guide de l'Art Buissonnier, un nouvel Hors-série du magazine Artension

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      Autre parution, celle-ci début décembre 2020, ce Guide, un hors-série du magazine Artension – auquel j'ai collaboré par plus de 60 notices sur divers lieux et sites à travers les quatre régions dont j'avais la charge (Ile-de-France, Pays de la Loire, Nouvelle Aquitaine, Occitanie), plus une liste d'événements, un éditorial que j'ai signé en commun avec la rédactrice en chef du magazine, Françoise Monnin (qui signe parfois quelques  notices éparses dans mes régions), un texte aussi sur ma conception des arts spontanés – ce Guide est consacré à la présence de l'art brut, des environnements spontanés (populaires ou alternatifs), à l'art singulier, l'art naïf tels qu'ils se manifestent à travers divers lieux, associations, galeries, musées en France. Une critique cependant ici, l'art singulier tel qu'il est représenté dans ce Guide (pas par moi!), justement, commence à être noyé de plus en plus dans l'art contemporain alternatif de province, perdant peu à peu de sa spécificité qui reposait sur une originalité esthétique, un anarchisme des contenus, une référence en creux à l'art brut, un comportement de ses auteurs en rupture avec les traditions et les hiérarchies dans la diffusion des arts plastiques. Un peu plus de rigueur n'aurait pas été de trop dans la sélection de certaines adresses.

    Ce Guide aussi a quelques autres défauts (en plus d'être peut-être un peu cher –19,50€). On n'aperçoit pas assez, par exemple, la distinction entre les pages achetées par des annonceurs et les pages et photos qui relèvent strictement des rédacteurs.

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Pages du Guide ouvertes sur la Nouvelle-Aquitaine, avec deux photos et des notices de Bruno Montpied.

 

     Mais en dépit de ces quelques défauts, il représente cependant un outil supplémentaire utile à tous ceux qui cherchent du nouveau et des adresses du côté des arts spontanés et primesautiers en notre joli territoire. Il est trouvable en kiosque et chez les marchands de journaux, maisons de la presse, librairies diffusant habituellement Artension. C'est bien sûr une exhortation à repartir sur les routes buissonnières en espérant retrouver notre liberté et nos cultures alternatives le plus tôt possible (vaccinez-vous dès que vous le pourrez!)...

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Exposition Alain Sanfourche et Jean Dominique à Limoges

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21 rue Elie Berthet 87000 LIMOGES. Tél. : 05 55 34 35 47

 

 

 

 

 

 

 

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Exposition "Hors les murs" du Musée de la Création Franche

     Si on ne sait pas encore exactement, en dépit d'informations ayant filtré sur Sud-Ouest (dont je me suis fait l'écho dans le Guide de l'Art Buissonnier cité ci-dessus) ce que sera l'activité du musée durant la période de travaux assez longue qui s'annonce à partir de la mi janvier, avec fermeture du musée, qui sera le nouveau responsable de la Création Franche (Pascal Rigeade prenant sa retraite, qu'on lui souhaite la  meilleure possible bien entendu), et ce que l'on a prévu comme activités – ou non – à l'extérieur du musée, pendant ces deux années, on peut tout de même signaler une expo hors-les-murs d'ores et déjà en place à l'EHPAD Marion Cormier, situé à Bègles, du 15 décembre 2020 au 15 mars 2021. "Hyménée automnal : un chœur de conteurs", c'est son titre. Une sélection d'œuvres du musée est proposée aux résidents, "en résonance" avec trois récits similaires à des contes créés par des personnes "physiquement isolées mais réunies par ce travail d'écriture". Le terme de conte étant probablement envisagé de manière extensive, non relié rigoureusement à la notion de conte de tradition orale, qui lui n'a pas d'auteur précis.

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Yvonne Robert, La Noce à Julia, 1977, coll. Musée de la Création Franche.

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La Patatonie de Serge Paillard

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     Aux éditions Chatoyantes (joli nom!), est sortie en décembre, ultra discrètement, un nouvel ouvrage consacré au monde imaginaire, la Patatonie, inventé par le peintre et dessinateur Serge Paillard qui se blottit bien loin des sunlights de la médiatisation. Aux dessins exécutés d'après des visions déduites de sa contemplation divinatrice de pommes de terre, se sont ajoutées ces dernières années des broderies sur le même thème. Il s'agit d'un livre d'artiste, si l'on en juge par cette description technique: "Couverture rigide avec titre, texte de présentation et propos recueillis. Format 28 cm x 27,5 cm. Tirage prévu 50 exemplaires. Prix 150 €. Exemplaires numérotés et signés par l’auteur. Chemise intérieure Munken pure 400 gr. Contenant 11 doubles pages au format 27 x 54 cm. Impression sur papier aquarelle 190 gr."

On peut acquérir le livre en s'adressant à... :

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Les Amies et Amis de Martine Doytier font des promesses pour 2021

     Reçu ces jours-ci la newsletter de cette association, née l'année dernière (et pas repérée par les auteurs des notices sur l'art buissonnier en PACA, voir le Guide mentionné ci-dessus...). Elle propose un court film intitulé "Martine Doytier, l'étrange monsieur Martin" au sujet de l'automate (c'est lui, M. Martin, justement) qu'elle créa vers 1975, et qui sera bientôt restauré. Une exposition se prépare, des peintures sont retrouvées, un site internet est en gestation, bref l'année 2021 sera sans doute l'année de l'éclatante réapparition de Martine Doytier, étrange artiste atypique.

 

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L'association l'Art Brut en Compagnie présente ses vœux et ses projets pour l'année nouvelle

     Cette autre association, basée sur la collection d'art brut d'Alain Moreau – collection pour une fois réellement en rapport avec le véritable sens de l'art brut –, en recherche d'un local où pouvoir montrer et monter des expositions et autres animations sur les créateurs qui lui sont chers, nous envoie ses vœux pour l'année nouvelle tout en communiquant le programme des manifestations auxquelles elle collaborera dans les mois qui suivront. Voir ci-dessous :

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Raymonde et Pierre Petit, Départ pour l'Amérique du Cirque Pinder, coll. A. Moreau, ph. Dominik Fusina.

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Carte de vœux et programme à venir... Corrigée par moi (Alain Moreau me pardonnera).

16/11/2020

Benjamin Deguenon

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Carton recto-verso de l'exposition à la galerie Dettinger-Mayer qui aurait dû se tenir en novembre 2020, en plein reconfinement... Et qui n'aura été vue que de rares privilégiés (pas de prolongement de prévu, car d'autres artistes attendent derrière).

 

     Ce n'est pas les fermetures de galeries pour cause de confinement qui m'empêcheront de présenter les  découvertes des uns et des autres galeristes bien inspirés, comme Alain Dettinger à Lyon dont je soutiens régulièrement l'action, les recherches, les propositions d'artistes qu'il ne cesse de recueillir ici et là, avec sa curiosité tous terrains. En l'occurrence, il présente actuellement un très intéressant artiste béninois qu'il a rencontré à Cotonou, Benjamin Deguenon, que l'on pourrait ranger tout à fait dans un art brut contemporain

 

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Benjamin Deguenon, dessin au stylo Bic sur papier, série "Irréalités", 2020. Image reprise d'Instagram.

 

           Ce dernier semble avoir commencé en 1996 si l'on suit le site web de l'Agence Dekart (béninoise sans doute) où ces propos sont attribués à l'artiste : "Je pourrais dire que j'ai commencé en 1996 sans m'en rendre compte que c'est de l'art que je faisais."

 

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Benjamin Deguenon, dessin au stylo Bic sur papier, série "Irréalités", 25 x 32,5 cm, 2019. Image reprise d'Instagram.

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Benjamin Deguenon, Dispute, dessin au stylo Bic sur papier, série "Irréalités", 2017. Image reprise d'Instagram.

 

     Le CV que l'on trouve également sur internet (sur un blog à son nom, probablement animé par une connaissance de l'artiste, mais qui ne paraît plus avoir été continué depuis 2013) fait remonter sa première exposition à 2000 à Abomey dans une "Maison des arts contemporains" de la ville. Il n'y a pas d'écoles d'art au Bénin, si bien que, si l'on y pratique l'art, ce ne peut être qu'en autodidacte. Dans un méli-mélo des créateurs bruts avec les artistes contemporains locaux. Deguenon paraît avoir travaillé parmi des artistes plus ou moins complices avec la vedette artistique locale, Dominique Zinkpé (dont les œuvres, personnellement, ne m'impressionnent guère). Un nom d'artiste dont les lecteurs de ce blog se rappelleront peut-être, car je l'ai déjà évoqué relativement à un autre créateur appelé Monlemé Gladys, également béninois. Je disais dans la note que je lui avais consacrée en 2015 qu'il créait "quelque peu dans l'orbite d'un autre artiste de là-bas, déjà pas mal "lancé", le dénommé Dominique Zinkpé, créateur d'un centre culturel, qui lui-même a parmi ses influences admises le peintre d'origine haïtienne Jean-Michel Basquiat." Je soulignais dans la même note le côté déstructuré des compositions de ce dernier artiste.

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Benjamin Deguenon, dessin au stylo Bic sur papier, série "Irréalités", 25 x 32,5 cm, 2019.Image reprise d'Instagram.

 

           Or, cette "déstructuration" on la retrouve quelque peu chez Benjamin Deguenon, où toutes sortes d'objets, de formes, de fragments, notamment de morceaux de corps, parfois saignant, suintant, tranchés, amputés, flottent dans le vide de la feuille. L'artiste tente de rassembler ces éléments en les structurant comme il peut. D'où les troncs sans feuillage, parfois semblables à des potences, les fils à la patte ou aux poignets reliant les corps les uns aux autres, les queues traînantes servant de délimitation de sol, les serpents ou les bras démesurément allongés comme autant de traits cherchant à stabiliser les compositions...

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Benjamin Deguenon, dessin de 2019. Image reprise d'Instagram. Que représente-t-elle? Une artiste en train de façonner deux statuettes d'homme et femme, tandis que traînent à ses pieds toutes sortes d'objets comme autant de déchets au-dessus desquels l'art se dresse...?

 

                    Benjamin Deguenon paraît bien empêtré dans son environnement de "vieilles tôles, débris d’émaux colorés, fils en cuivre, ramassés dans la « jungle urbaine » puis percés, cousus, poncés, vernis et assemblés pour recréer l’espace de la toile." (Fabiola Badoï, sur un site web parlant de l'artiste). Il s'est essayé de manière peut-être un peu trop éclectique, dans une précipitation brouillonne, à diverses formes d'art, le dessin (la série "Irréalités") ne paraissant être apparu que récemment. Il a fait des assemblages à base de matériaux glanés recyclés. Il a fait des décors pour des pièces de théâtre. Il a pratiqué la peinture, l'aquarelle, les encres, le pastel, sans que ce que j'ai vu sur le Net puisse me convaincre que ce soit là le médium le plus idoine à ce qu'il veut exprimer.

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Benjamin Deguenon, assemblage peint, 2017. Image reprise d'Instagram.

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Benjamin Deguenon, aquarelle, 2019. Image reprise d'Instagram ; on voit dans cet exemple que c'est surtout le dessin qui donne de la force à l'image, les couleurs étant presque superflues.

 

             C'est qu'au Bénin, comme dans d'autres pays d'Afrique de l'Ouest, l'art surgit au carrefour de diverses influences. Des autodidactes purement inspirés doivent probablement composer avec le voisinage d'artistes locaux cherchant à se mesurer aux artistes occidentaux dont les réussites économiques doivent évidemment en fasciner plus d'un. Cela doit être difficile de maintenir sa ligne d'inspiration dans un tel environnement, pressé par les sirènes d'un succès possible dans le domaine de l'art (même genre de sollicitation que dans le domaine du sport, voir ce joli film intitulé Le Ballon d'or). La réputation de "l'art brut", qui pénètre progressivement en Afrique (voir le cas de Pape Diop que j'avais évoqué sur ce blog au début de l'année) vient en outre se surajouter à cette pression – un autre cas de créateur béninois est apparu dans ce corpus avec Ezéchiel Messou, réparateur de machines à coudre, obsédé par elles et les dessinant de façon obsessionnelle  au point de les sublimer en des compositions devenues étranges, voir ci-dessous).

 

Ezéchiel Messou, ss titre (machine à coudre, Lucind), stylo bic sur pap, 29,7x21cm, vers 2019 (2).jpg

Ezéchiel Messou, sas titre (machine à coudre "Lucind"), stylo Bic sur papier, 29,7 x 21 cm, vers 2019; ph. et coll. Bruno Montpied.

 

              Benjamin Deguenon, en dépit de tous ces vents divers, semble avoir dégagé malgré tout sa voie au milieu des sirènes de l'arrivisme, grâce notamment à ses dessins de la série qu'il a intitulée "Irréalités" (qui auraient pu tout aussi valablement se nommer "surréalités", d'ailleurs). C'est le mérite d'Alain Dettinger de l'avoir remarqué en le présentant dans sa galerie de la place Gailleton, en lui offrant sa première exposition personnelle¹ en France.

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¹ Benjamin Deguenon a certes fait des expositions d'échange, en 2012, en collaboration avec l'Association des Artistes de Belleville, à Paris et à Cotonou, mais il semble que ce soit avant tout dans le cadre d'expos collectives.

26/10/2020

Du nouveau pour la mémoire de Martine Doytier

     M. Alain Amiel m'a écrit – suite aux notes que j'avais consacrées à cette artiste – pour me signaler la constitution d'une Association des Amies et Amis de Martine Doytier, forte à l'heure où je trace ces lignes de cent adhérents (pour en faire partie, cliquer ici). Cela fait beaucoup d'amis... Cela s'accompagne de la création d'un site web  entièrement consacré à elle: http://martinedoytier.com/.

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Martine Doytier "enchaînée" sous les essuie-glaces d'une camionnette, de Ben apparemment (je dis "apparemment" car la photo – extraite du site des Amis de M.D. – n'a pas de légende, me semble-t-il).

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Martine Doytier avec son chien "qui n'aimait qu'elle", photo extraite du site web des Amis de M.D ; elle paraissait bien défendue...

 

      Sur ce site, on trouve un lien vers Instagram avec des photos d'œuvres retrouvées ainsi que des portraits de Martine Doytier, cette artiste qui fut classable un temps dans l'art naïf (elle fréquenta Frédéric Altmann et Anatole Jakovsky) et aussi dans une forme d'art visionnaire (assez tourmenté). Les photos représentent, me semble-t-il, souvent des détails de peintures (pour avoir le titre, les dimensions de la totalité du tableau il faut cliquer sur l'icône montrant un schéma de maison en haut de l'écran, je dis ça pour les Nuls dans mon genre que l'on a oublié d'initier aux arcanes d'Instagram). Est frappante cette grande peinture sur triptyque, que l'artiste laissa inachevée après son suicide en 1984, une sorte de portrait grouillant, visionnaire, des différents protagonistes de la vie artistique niçoise que côtoya Martine Doytier (voir ci-dessous).

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Triptyque de Martine Doytier (inachevé), Autour de Nice, avec son autoportrait en peintre vers la droite.

 

          Dans la première Newsletter de l'Association, je retiens la déclaration suivante au sujet des peintures non encore répertoriées de Martine Doytier : "Nous avons lancé une opération de recherche pour tenter de retrouver certaines des œuvres qui ne sont pas localisées ou qui nous sont encore inconnues ! Peu à peu, nous avançons, mais il y a encore beaucoup à faire ! A ce jour, environ une soixantaine d’œuvres est identifiée dont moins de la moitié est localisée. Cela veut dire que nous en connaissons les propriétaires et que nous sommes donc en mesure de documenter les œuvres, voire d'en demander le prêt lorsque nous organiserons une exposition." Le but de ces recherches et de la fondation de l'association est bien de construire le catalogue raisonné de l'œuvre de cette peintre restée si longtemps dans l'ombre de l'Ecole de Nice. C'est ce à quoi s'est attelé Alain Amiel, en même temps qu'à une biographie actuellement en chantier, quoique bien avancée.

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Martine Doytier, peinture au titre non identifié, 2F, huile sur Isorel, 1952, collection Jean Ferrero (que je remercie de me l'avoir montrée), ph. Bruno Montpied.

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Verso de la peinture précédente, coll. Jean Ferrero, ph. B.M.

 

     "Un appel est donc lancé à tous ceux qui détiendraient des documents ou des informations permettant de retrouver les œuvres de cette artiste." (Site web de l'association). Pour transmettre d'éventuelles infos inédites sur cette artiste, il faut écrire à : <catalogue.martinedoytier@gmail.com>. Un numéro de téléphone est aussi disponible pour ceux qui préfèrent causer de vive voix: +33 6 08 91 56 24.

      Qu'on se le dise.

15/10/2020

Figures, une expo d'art brut par Escale Nomad à la Galerie Rue Antoine

      Il n'y a plus beaucoup de temps avant la fin de cette exposition aussi secrète que captivante, montée par Escale Nomad, la galerie de Philippe Saada qui fait le coucou dans le nid des autres (traduire: qui loue temporairement des galeries), dans une petite galerie de la rue Antoine (dont elle a pris donc le nom) dans le XVIIIe arrondissement parisien, juste à côté de Pigalle.

Expo Figures septembre 2020.JPG

John Henry Toney, ss titre (femme de fantaisie), vers alt (2).jpg

John Henry Toney (1928-2019), sans titre (une femme de fantaisie),  peinture (marqueurs à peinture, acrylique ?) sur panneau de bois, sd (années 2000-2010 ?), coll. privée, Paris, et ph. B.M.

 

     Auparavant, Escale Nomad investissait, pour une durée plus courte, une galerie du Marais, rue Elzévir, où la galerie montrait souvent des bruts marocains, mais pas seulement : de l'art indien aussi, et puis, de plus en plus avec le temps, suite à sa participation répétée à l'Outsider Art Fair sans doute, des bruts venus de divers autres pays, la Belgique (Pascal Leyder, ou Joseph Lambert, que j'apprécie fort modérément ; vous vous ferez votre propre opinion dans l'expo rue Antoine), les USA (John Henry Toney, que j'aime beaucoup (voir ci-dessus), ou Inez Nathaniel Walker, visible pour deux dessins de cette dernière rue Antoine), l'Inde toujours (il y a un Kashinath Chawan caché dans l'expo Figures), l'Italie (Giovanni Bosco, présent aussi rue Antoine), le Brésil (Marilena Pelosi, devenue plus française que brésilienne avec le temps, elle aussi dans "Figures"), l'Afrique noire (Ezéchiel Messou et son obsession des machines à coudre de plus en plus délirantes ; il y en a quelques-unes dans l'expo). Bien sûr, le Maroc, la seconde patrie de Philippe Saada, est toujours à l'honneur, notamment avec Mohamed Babahoum, dont notre galeriste a grandement contribué – via les anciennes OAF ("anciennes", parce que, cette année maudite, elle ne se tiendra que de façon virtuelle, ce qui est à mes yeux une calamité, car rien ne remplace le contact physique avec les œuvres) – à diffuser l'existence auprès des grands collectionneurs et au niveau international (personnellement, je n'avais pas attendu cette reconnaissance pour accueillir son art). Un mur de la galerie Rue Antoine présente plusieurs de ses peintures, de même qu'il y en a plusieurs autres dans des cartons.

Ezéchiel Messou, ss titre (machine à coudre, Lucind), stylo bic sur pap, 29,7x21cm, vers 2019 (2).jpg

Ezéchiel Messou, sans titre (une machine à coudre "sublimée"), stylo, tampon sur papier, 29,7 x 21 cm, vers 2019 ; coll. privée, Paris, ph. Bruno Montpied.

 

      Philippe Saada est un marchand selon mon cœur, un frère d'un Alain Dettinger qui tient galerie place Gailleton à Lyon, c'est-à-dire un passionné qui est autant amateur au sens fort que galeriste, un amateur qui sait partager cependant, en tentant de faire connaître ses découvertes, pas nécessairement connues, ce qui lui fait prendre bien sûr d'énormes risques. Il fait partie de la race des défricheurs, et non des suceurs de roue, cette engeance qui pullule, hélas...

      Une de ses dernières découvertes, c'est cette femme, sorte de SDF, la tête pas très solide, qu'il a croisée à Essaouira, agressive, qui dessine et peint, semble-t-il avec les moyens du bord, répondant au seul prénom de Khadidja. Voir ci-dessous.

Khadidja, ss titre, 32x24cm, gouache sur papier, 2018 (2).jpg

Khadidja, sans titre, 32 x 24 cm, gouache (?) sur papier, 2018 ; ph. et coll. B.M.

     Il vous reste dix jours pour aller visiter cette expo. Rien à voir avec une exposition virtuelle, même organisée par une galerie américaine...

01/10/2020

De la sculpture automatique, un masque du facteur Georges Maillard

     Georges Maillard et ses Rocamberlus, j'en parle ailleurs que sur ce blog, en fait dans le numéro 163 d'Artension, actuellement dans les kiosques, puisque couvrant la période de septembre-octobre. Cet ancien facteur, au départ dans sa jeunesse ouvrier agricole et bûcheron, s'est mis, après avoir pratiqué la photographie en autodidacte, via un club photo organisé à l'intérieur de la Poste (il a une prédilection pour la photo réaliste populiste, assez proche de la photographie dite "humaniste"), dans  les années 1980, à assembler des pierres aux formes suggestives qu'il avait accumulées depuis des années, à toutes fins utiles. Il allait aux expositions de l'Atelier Jacob entre 1972 et 1982, et il connaissait un peu les sculptures de silex assemblés de Marcel Landreau qui les dressait à Mantes-la-Ville. Cela – il le reconnaît humblement, sans rien dissimuler, car le bonhomme reste modeste – a pu le guider vers ses personnages particulièrement grotesques, tour à tour tourmentés ou cocasses.

Le théâtre de la 1ère terrasse (de 3 quart) (2).jpg

Georges Maillard, le théâtre des statuettes sur la 1ère terrasse, photo Bruno Montpied, juin 2020.

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Georges Maillard, figure fantastique en ciment-colle sur la 2e terrasse ; ph. B.M., juin 2020.

 

     Mais ici, dans cette note, je ne veux évoquer qu'un petit à côté de sa production. Il ne se contentait pas d'ériger des assemblages de pierres toutes en circonvolutions, il les confrontait à des façonnages en ciment-colle qu'il a mêlés aux pierres sur les terrasses de son terrain pentu (voir la figure fantastique ci-dessus). Cela a donné de grandes figures comme l'ensemble dit des "Chimériques" dont j'ai publié une photo dans Artension. Parfois, il mariait les figures en ciment aux pierres au sein d'une statue, ne dédaignant pas des incrustations d'accessoires, pour souligner les contours des yeux par exemple. Ou bien il se servait du ciment pour réaliser des socles.

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Georges Maillard, Rocamberlu installé sur la 1ere terrasse, au-dessus de son garage, associant pierres, ciment, et accessoires incrustés ; ph. B.M., juin 2020.

 

      En maniant le ciment pour ces pièces principales, il lui en restait des chutes qu'il ne se résignait pas à jeter. Alors, d'une main et d'une truelle plus primesautières encore que lors de ses façonnages de figures chimériques, il faisait des masques, parfois des bonshommes, dans une sorte de régression vers les graphismes sommaires de son époque enfantine. Et les abandonnait entre ses Rocamberlus, à leurs pieds, ou bien appliqués contre un parpaing de sa clôture. On en voit dans la photo ci-dessous, placées dans les interstices de ses créatures, modestes œuvrettes auxquelles on ne prête pas attention de prime abord, et pourtant...

Restes de ciment dans les interstices des Rocamberlus (2).jpg

Georges Maillard, dans l'escalier vers une de ses terrasses, des figures en restes de ciment semées dans les interstices des Rocamberlus, ph. B.M., juin 2020.

Bonhomme en reste de ciment sur un mur de parpaings (2).jpg

Georges Maillard, bonhomme réalisé en chute de ciment, sur un mur de parpaings, ph.B.M., juin 2020.

 

      A ma dernière visite, Georges Maillard me proposa d'emporter quelque chose, et ma main, comme téléguidée par l'Ange qui me suit et me conseille, se porta sans hésiter vers l'une de ses humbles et pourtant expressives, figurations, un masque grumeleux et souriant, comme d'un être qui aurait beaucoup bourlingué, portant sur sa face les stigmates de quelques excès... Un nouveau compagnon...

 

Georges Maillard, masque ss titre, ciment, vers 2019, alt (2).jpg

Georges Maillard, masque en chute de ciment, 15 x 11 cm, vers 2019 ; ph. et coll. B.M. ; selon l'éclairage, le masque prend des expressions variées: ce jour-là, il paraissait soucieux et son sourire était comme épais, lourd...

 

*

 

Les Rocamberlus de Georges Maillard sont visibles depuis la rue, au 16 rue de Marines, Osny (communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise, dans le 95, Val d'Oise).

 

 

 

20/09/2020

Des morts, toujours des morts...

       Mort récemment, Jean-Marie Massou  (1950-2020) à Marminiac, sans que je sache comment, si, par exemple, comme Molière, il a fini en scène, c'est-à-dire, en ce qui le concerne, en chantant ses cantiques personnels au fond de la terre (voir vidéo ci-dessous) creusée amoureusement toute sa vie, au départ, avec le prétexte d'une recherche de civilisation préhistorique. (En fait, si, on peut savoir comment il est mort: affaissé au pied de son lit, découvert par son ami – et protecteur - l'ancien maire de Marminiac, André Bargues). Voici, parmi d'autres souvenirs de M. Bargues évoqués sur le blog d'un certain Lenous, qui a utilisé sans vergogne un de mes photogrammes sans citer sa source, bonjour le sans gêne ; c'est la photo qui sert pour illustrer la vidéo ci-dessous justement), ces propos prêtés à Massou: "Il est grand temps d’arrêter de procréer, mieux vaut adopter. L’apocalypse est bientôt là. Nous sommes plusieurs milliards sur cette terre. Les enfants, c’est fini. Ils n’ont plus d’avenir. Plus de travail. L’ozone décortiqué, le soleil blanc qui commence, plus aucun avenir à attendre. Si vous voulez faire l’amour, embrassez-vous dans une glace ou alors prenez la photo d’une copine."

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Jean-Marie Massou est parti explorer le royaume des ombres, photogramme du film d'Antoine Boutet, Le Plein Pays.

Jean-Marie Massou, photogramme Bruno Montpied, extrait du film Super 8 que je lui ai consacré en 1987 ; dans le document sonore, il chante un des "cantiques" de son invention.

 

      Mort encore, tout récemment, José Leitao (1938-2020) que j'avais évoqué dans mon Gazouillis des éléphants, après l'avoir rencontré à Ailly-sur-Somme, grâce à l'ami Laurent Jacquy. Que vont devenir ses sirènes, ses mains de Fatma, ses pions de jeux d'échec? D'ores et déjà, comme Laurent me l'a signalé, on pourra disposer un jour, au moins, de l'ensemble de ses oeuvres photographiées par Jacquy (si ce dernier songe à les léguer à quelque documentation de musée), à défaut de la sauvegarde de son œuvre, qu'il ne vendait pas.

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José Leitao (à droite) expliquant en 2011 sa technique à Laurent Jacquy, ph. Bruno Montpied.

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José Leitao, une de ses nombreuses sirènes, ph. Laurent Jacqy.

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José Leitao, Tu vois ça Oh non, sculpture en bois peint, ph.B.M., 2011 ; Un poing fermé, symbole du combat communiste...

 

       Et enfin, troisième évocation, celle de Yann Paris (1964-2020), pas très connu non plus, mort trop jeune (54 ans...), en laissant derrière lui, me prévient Laurent Jacquy, qui était son grand ami, près de 300 sculptures empreintes d'un esprit enfantin perpétué à l'âge adulte, traitant avec une naïveté assumée aussi bien des artistes, des musiciens (de rock ou de blues), des écrivains connus (Breton...) que des figures admirées des bandes dessinées de sa jeunesse.

jean-marie massou,josé laitao,laurent jacquy

Yann Paris, André Breton entouré de ses poupées hopi "Kachina"

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Yann Paris, Bodan (sic) Litnianski, 1913-2005, le chef surmonté de figurines d'Indiens et de billes, quelques éléments emblématiques de son jardin Viry-Noureuil dans l'Aisne. Ph.B.M., 2011.

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Yann Paris, Le professeur Tournesol, ph. .M., 2011.

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Yann Paris, Captain Beefheart. Ph. B.M., 2011.

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Yann Paris, des héros de Marvel.

 

 

12/09/2020

Ogres et croquemitaines à Laval

Affiche Ogres et croquemitaines.jpeg

Affiche de l'expo avec en illustration Michel Hénocq, le bien Malotru.

 

      Dans sept jours, ouvre au Musée d'Art Naïf et d'Arts Singuliers du Vieux Château, à Laval (Mayenne), une exposition à la thématique réjouissante pour l'imagination. Les ogres, et – revendiquons la parité hommes/femmes – les ogresses (les castratrices?), les croquemitaines, toutes ces figures destinées à faire peur pour des raisons éducatives paraît-il – venues de nos profonds souvenirs inconscients –, dérivent depuis nos rapports enfantins avec le monde des adultes, et des parents en particulier. Papa, Maman, sont les premiers géants, et parfois les premiers ogres et ogresses. C'est finalement les rapports de domination basés sur l'épouvante que veut illustrer cette exposition proposée par Antoinette Le Fahler, directrice du musée, et son équipe. Le musée ne communique pas pour l'instant sur les artistes qui ont été sollicités pour cette manifestation : j'ai appris, à l'heure où j'écris ces lignes, qu'il y aurait déjà au moins Danielle-Marie Chanut, Anne Van Der Linden, Joël Lorand, Denis Dubois, Hélène Duclos (travail fort intéressant sur lequel j'espère pouvoir un jour revenir) et Murielle Belin (ainsi que mézigue). Dans l'ensemble, on est allé pas mal du côté de plasticiens contemporains plutôt que de l'art singulier.

      Voici l'argument de l'exposition tel que présenté par le musée:

      "L’Ogre, figure populaire alimentant les frayeurs enfantines, symbolise à la fois la puissance paternelle, les violences familiales, le totalitarisme ou les prédateurs sexuels. Le thème de la dévoration présent depuis toujours dans toutes les civilisations est largement traité dans la littérature, les bandes-dessinées, les arts plastiques et visuels. L’exposition "Ogres et croque-mitaines" propose un regard sur la création contemporaine à travers une diversité d’expressions plastiques relevant des Arts Singuliers, de la Nouvelle Figuration, de l’Expressionnisme contemporain ou de la Pop Culture."

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Bruno Montpied, L'Ourson dans le ventre, 30,5 x 23 cm, technique mixte sur papier, 2019 (présenté dans l'exposition "Ogres et croque-mitaines" de Laval) ; ph. Bruno Montpied.

 

         La volonté de faire peur aux enfants, par exemple ceux qui sucent leur pouce (une des bases proposées dans l'étymologie du mot "croque-mitaine" – qui peut s'écrire avec ou sans tiret – consiste à suggérer que l'enfant qui s'entête à sucer son pouce va provoquer l'arrivée du mangeur de doigts...), est à l'origine d'une immense cohorte de personnages tous plus angoissants les uns que les autres, énumérés dans une liste donnée sur Wikipédia (le Babau, le Bonhomme sept-heures, L'Homme au Crochet,  le Spétin – qui se cache dans le brouillard et les lieux sombres –, El Coco, la Mano Negra,  les Nòchtgròbbe, corbeaux de la nuit..., la vieille Chabine dans le Berry, la Mère Tire-Bras en Sologne, le Picolaton,  etc...). La palme, selon moi, que je décerne spontanément, revient à la "came-cruse" gasconne, à l'apparence de jambe munie d'un œil à son genou, courant à travers les rues à la recherche des enfants désobéissants...

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Attention, le Coco arrive..., Francisco de Goya, 1797.

 

      Mais si personnellement, je peux faire attention à l'usage "éducatif" qui fut fait (et que l'on fait toujours) de ces épouvantails à enfants (on lira avec intérêt le petit livre de la folkloriste Nicole Belmont, Comment faire peur aux enfants, paru il y a plusieurs années (1999) au Mercure de France)ogres et croquemitaines,musée d'art naïf et d'arts singuliers de laval,géants,parents et enfants,ogresses, j'ai tendance dans mes dessins à traiter le thème avec désinvolture, oscillant entre la représentation horrifique volontairement poussée et le rendu grotesque et moqueur. Les ogres et ogresses sont souvent ridicules à mes yeux, la plupart du temps. Quatre de mes dessins en couleur figurent dans l'exposition du musée de Laval. Dont les deux que je mets en illustration ici.

 

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Bruno Montpied, Cherchant le Petit Poucet, 24 x 17 cm, technique mixte sur papier, 2011.

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Au vernissage, le 18 septembre, des "Ogres et Croque-mitaines", ph. Bruno Montpied.

29/08/2020

"Le Génie des Modestes" au Centre Emmaüs d'Esteville, avec votre serviteur

      On peut s'amuser à comprendre ce terme, "le génie des modestes", comme un jeu qui consisterait à repérer parmi les cinq artistes sélectionnés par Martine Lusardy pour le Centre Emmaüs d'Esteville, au nord de Rouen, le génie en question...! Car la formule est - involontairement - ambivalente... Alors qu'en réalité, il s'agit de présenter une sélection de créatifs modestes... ne disons pas "humbles", parce qu'au moins deux d'entre eux ne le sont guère (je vous laisse deviner lesquels). "Modestes", terme que l'on pourrait aussi interpréter comme légèrement réducteur, si on ne le prenait pas plutôt comme l'indice d'une sincérité dans l'acte de création.

 

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Les flyers, les communiqués de presse, du fait du report des dates de l'expo, sont devenus caducs, car pas réimprimables à volonté...

 

      Cette manifestation, prévue initialement du 1er avril au 30 juin 2020, a été reportée à des temps moins difficiles en terme de visite d'exposition, soit du 1er septembre au 15 novembre 2020 prochains (ouverte tous les jours de 10h à 18h). Elle présente les œuvres de Pierre Caran, Guy Colman Hercovitch, Demin, Namithalie Mendés et Bruno Montpied (votre serviteur).

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Pierre Caran, L'homme visionnaire, 30 x 24 cm, 2006, ph. et coll. Bruno Montpied.

 

        Pierre Caran, j'ai déjà eu l'occasion d'en parler à quelques reprises sur ce blog, Je renvoie donc les lecteurs à ces notes précédentes. Je ne connais pas le travail de Guy Colman dont je crois deviner cependant que comme certains nouveaux réalistes d'autrefois il aime les objets usés par le temps. Demin, j'ai aussi parlé de lui dans mes anciennes notes, lorsqu'il avait été exposé à la galerie d'Alain Dettinger à Lyon.

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Demin, sans titre (une sirène), vers 2017, ph. Demin.

 

       Namithalie Mendés, c'est une découverte de la librairie de la Halle Saint-Pierre où j'avais été frappé par ses dessins d'une grande ingénuité, ceux d'une enfant perpétuée à l'âge adulte en raison sans doute dans son cas d'une complexion psychologique particulière. Sa saga graphique (commencée à l'âge de dix ans et jamais interrompue depuis ; elle est née en 1994) raconte par séquences diverses sa vie réelle, et rêvée apparemment, manifestant un amour très profond de l'observation des autres êtres humains dont elle rapporte les dialogues dans d'innombrables bulles très vivantes. J'ajoute qu'elle ne veut pas laisser partir définitivement ses productions loin d'elle, car elle y est viscéralement attachée. De tous les créateurs ici exposés, elle est la seule à pouvoir entrer véritablement dans la catégorie de l'art brut.

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Namithalie Mendés, deux dessins aux feutres et crayons sur papier, exposés à la librairie de la Halle Saint-Pierre du 1er au 30 juin 2019.

 

       Quant à moi, je ne vais pas me présenter (à d'autres de le faire...), on peut toujours se reporter au photoblog que je tiens depuis 2013 en colonne de droite sur ce blog où j'égrène diverses productions de manière chronologique. Je dirai seulement que j'expose au Centre Emmaüs douze dessins, tous de mêmes dimensions (aux alentours de 32 x 24 cm, encadrés en 40 x 30 cm) dont celui ci-dessous. Ils sont tous disponibles à la vente.

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Bruno Montpied, Le Samouraï échoué, technique mixte sur papier, 31 x 23 cm, 2019.

 

*

POINT PRESSE :
Mardi 15 septembre, le Centre Emmaüs donnera rendez-vous aux pigistes et journalistes locaux qui le souhaitent afin qu'ils découvrent "Le génie des modestes", en visite accompagnée, à 17h.
UNE MANIFESTATION "La grande bouquinerie : foire aux livres solidaire", aura lieu le dimanche 27 septembre 2020 à 16h au Centre Emmaüs. Ceci démarre à 9h et finit à 18h. 

ADRESSE: Centre abbé Pierre - Emmaüs. Lieu de mémoire, lieu de vie, Route d'Emmaüs - 76690 Esteville
tél : 02 35 23 87 76 - port : 06 28 27 65 04. www.centre-abbe-pierre-emmaus.org

L'exposition, organisée sous le commissariat de la Halle Saint-Pierre, est ouverte tous les jours de 10h à 18h. 

09/08/2020

La Revue Trakt, "brute et singulière", le n°11

     Une revue qui tend à se consacrer au champ de l'autodidacte singulier (plus que véritablement brut, à moins qu'on ne considère ce dernier qualificatif comme synonyme de "brute"...), intitulée Trakt, est apparue ces derniers temps, apparemment originaire de Tours et des bords de Loire (Saint-Cyr-sur-Loire). Ils en sont déjà à leur n°11. Un collectif d'artistes se cache derrière, la réalisation et la rédaction en chef étant quant à elles plutôt le fait de Sébastien Russo.

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La couverture de la Revue Trakt n°11 (avec des coquetteries typographiques pas toujours évidentes, notamment sur le nombre 11...; à signaler également l'absence d'ours ou de colophon).

 

      Lorsque je l'ai découverte (à la librairie de la Halle Saint-Pierre où Pascal Hecker me l'avait chaudement recommandée), je m'étais dit que se revendiquer du brut et du singulier, c'était enfin une chose qui aurait dû se faire depuis longtemps : depuis 1989 exactement, où j'avais tenté de rassembler quelques individus autour de la question (las! Chacun n'avait eu de cesse de se tirer dans les pattes, le projet de départ qui aurait dû embrasser tous les champs de la création artistique non professionnelle, spontanée, naïve, brute, singulière, populaire, n'accoucha en définitive que de la seule revue Création Franche qui se recentrait sur les collections et les acquisitions du musée du même nom à Bègles : cette dernière publication existe toujours, comme chacun le sait sur ce blog, où j'en parle régulièrement – un n°52 venant même de sortir en juillet).

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Sommaire du n°11 de la Revue Trakt n°11.

 

     Or, la revue Trakt ne paraît traiter que fort peu de l'art brut au sens strict du terme. C'est avant tout l'art singulier, dans toutes ses acceptions contemporaines – avec sa forte propension à se laisser contaminer par l'influence des divers néo-expressionnismes contemporains, ou du soi-disant "surréalisme pop" en faveur dans la revue Hey! –, qui envahit ses colonnes. 

revue trakt n°11,art singulier,art modeste,publications autour des arts singuliers,sébastien russo,jean-françois veillard,néo-expressionnisme,louis et céline beynet,le musée des bouteilles décorées,ozendaPortrait du Dr. Jean-Claude Caire, Nice, 2008, ph. Bruno Montpied.

 

     Dans ce dernier numéro 11, on a beau recourir à une interview de Jean-Claude Caire par Jeanine Rivais (datée de 1995 ; on y retiendra une belle évocation d'Ozenda par Caire), ou à un rappel de l'activité de l'Atelier Jacob d'Alain Bourbonnais par Jean-François Veillard (au passage: pourquoi n'est-il rien dit de l'activité actuelle des héritiers de la Fabuloserie, en particulier dans leur galerie parisienne située toujours au même endroit, en face de l'ancien local de l'Atelier Jacob, dans la rue du même nom?), on sent bien que le balancier des goûts et inclinations du collectif d'artistes et animateurs de la revue continue de pencher du côté d'un néo-expressionnisme brouillon et d'un certain art (très peu) singulier.

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Une page de l'article de B.M., "Le Musée des bouteilles décorées des époux Beynet".

 

     Invité par Jean-François Veillard et Sébastien Russo à participer à la revue, je me suis donc dit qu'il serait peut-être de mise de proposer quelque chose qui fasse osciller le fameux balancier un peu plus du côté naïf et populaire insolite. J'ai donc proposé dans ce n°11 un article sur Le Musée des bouteilles décorées des époux Beynet, dont j'avais déjà eu l'occasion de parler ailleurs

    Dans ce même numéro, également, on peut retrouver un autre article causant aussi d'art populaire contemporain, ou de sculpture naïve, à savoir une courte (trop courte) évocation par Jean-François Veillard du sculpteur cultivateur d'asperges et éleveur de lapins Bernard Javoy, né en 1925 et disparu, je pense, en 2010 – en tout cas pas en 2000 comme il est indiqué dans l'article de Veillard.

    2000, c'est plutôt l'article que j'avais commis dans le n°19 de la revue Création Franche, comme de juste (datant précisément de décembre 2000). Un article que, peut-être, M. Veillard aura vu? En tout cas, un article qu'aura bien lu le rédacteur d'un autre blog, L'Internationale Intersticielle, pas toujours au point avec ses sources (notamment à propos du "Carillon de Vendôme").

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Bernard Javoy, couple sous un proche d'église, vers 2000, ph. et coll. B.M.

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Bernard Javoy, une servante et le garde-chasse (appariés par moi...), vers 2000, ph. et coll. B.M.

 

La revue Trakt est disponible à Paris à la librairie de la Halle Saint-Pierre ; sinon, on peut aussi les contacter via leur site web https://www.revue-trakt.com/

14/06/2020

François Jauvion et son panthéon singulier

      L'imagier singulier de François Jauvion, graphiste, "maquettiste pour l'industrie à l'origine", dixit Françoise Monnin qui signe l'introduction du livre – après une préface de Michel Thévoz –, est une sorte de Panthéon des admirations de l'auteur pour des auteurs d'art brut, des artistes d'art singulier ou moderne, ainsi que de quelques auteurs de bande dessinée (Gotlib), édité par Le Livre d'Art (également propriétaire du magazine Artension) et la galerie Hervé Courtaigne. Pas d'art naïf dans ce choix (on ne trouvera pas le Douanier Rousseau, pas plus que Bauchant, Vivin, Peyronnet, Séraphine, ou encore Bombois), si ce n'est Germain Van der Steen (mais ce dernier est parfois plutôt rangé du côté de l'art brut).

L'imagier singulier de FJ.jpg

Sur la couverture du livre, l'auteur s'est auto-portraituré, entouré de ses outils de graphiste, plus quelques éléments de son atelier suppose-t-on...

 

     Son titre, où je remarque surtout le mot d'"imagier", fait référence, de manière lointaine, aux imagiers pour enfants (qui servent à l'apprentissage du vocabulaire). Au centre de chaque planche, du reste, distribués autour de la figure centrale du créateur, présenté nu (sans être ressemblant particulièrement au véritable auteur traité : les voyeurs en seront pour leurs frais, on ne voit pas les anatomies d'Aloïse Corbaz, de l'abbé Fouré ou de la charmante Caroline Dayot, entre autres...), sont étalés les accessoires caractéristiques des vedettes de ce panthéon.

Carton de présentation du livre.JPG

Les planches originales du livre de François Jauvion seront exposées à la Galerie Courtaigne, rue de Seine dans le VIe ardt à partir du mardi 16 juin jusqu'au 19 juin ; une signature de l'artiste y sera possible durant cette période ; le 20 juin, le samedi, à partir de 14h, l'artiste sera ensuite à la Halle Saint-Pierre, qui inaugurera ainsi son premier événement post-confinement.

 

      Pour André Pailloux, dont j'ai signé dans ce livre la présentation, par un court texte placé en vis-à-vis de la planche à lui consacrée, rare auteur d'environnement populaire spontané présent dans cette sélection (on compte aussi l'abbé Fouré, le Facteur Cheval, Stan Ion Patras et ses stèles sculptées du cimetière roumain de Sapinta dans le Maramures, Petit Pierre – à ne pas confondre avec Pierre Petit, également présent dans ce livre), est ainsi entouré par les moulinets colorés, hypnotiques, dont il a hérissé son bout de jardin en Vendée et dont mes livres, Eloge des Jardins Anarchiques et le Gazouillis des Eléphants, ont déjà parlé ; il apparaît également dans une séquence de Bricoleurs de paradis, le documentaire que j'avais co-écrit avec Remi Ricordeau).

Mosaïque du panthéon Jauvion.JPG

 

     Le livre de Jauvion se situe dans un art hésitant entre la bande dessinée et le roman graphique, rempli de déférence à l'égard de l'art brut (en revanche, les personnalités choisies pour illustrer l'art singulier me paraissent choisies avec moins d'acuité ; il paraît y avoir prime à ceux qui font avant tout acte de présence sur les tréteaux, mais leurs oeuvres sont-elles si intrinsèquement valables que semble le croire François Jauvion?). 

24/05/2020

Des nouvelles du front brut: les expos, les musées de nos chères passions, les livres...

      Déconfinement oblige, certains musées ou collections d'art brut, ou naïf ou populaire, ou hors-les-normes, ou singulier, ou "of everything", vont-ils enfin redevenir accessibles? Pour tous les drogués de ces formes d'expression, le manque est immense. On ne peut pas se résoudre, en effet, à ces messages faussement guillerets de certaines adresses qui promettent ces derniers temps de faire débouler leurs collections sur nos canapés...

     Lorsque nos bibliothèques sont déjà bien fournies, les restitutions des œuvres sur écran – si on ne devait aborder ces dernières que sous l'angle de leur reproduction – me paraissent assez peu capables de rivaliser avec celles d'un beau livre, plus sensiblement appréciables. Et par ailleurs, ce qui reste irremplaçable – n'en déplaise à tous ces mortifères qui voudraient nous coller et nous séparer à jamais les uns des autres par écrans interposés – c'est la confrontation physique avec l'œuvre.

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La route avant Lanaja (Espagne), photo Bruno Montpied, 2015.

 

     De plus, dans le domaine de l'art brut, de l'art sans artistes, épars dans le décor de nos vies quotidiennes, mêlés à l'air ambiant, il est encore plus urgent de pouvoir repartir sur les routes (d'autant que, là, on est dans l'espace de la vie quotidienne, et que, donc, rien ne devrait nous y être fermé, hors espace privé individuel bien sûr).

    Et les Puces, et nos chers brocanteurs fournisseurs de perles rares, d'énigmes insolites et ingénues? Quand tout cela va-t-il rouvrir? Ce "monde d'après" doit-il donc être celui d'une société totalitaire ressemblant à l'univers infernal de 1984?

      J'ai appris pourtant que celles de Vanves avaient repris depuis le 16 mai dernier, sur un seul côté de trottoir, changeant en fonction des semaines – les brocs exposant tantôt côté rue, tantôt côté grille... A St-Ouen, aussi, les Puces ont repris, le week-end du 23-24 mai, il y avait foule. Avec la bouteille de gel hydro-alcoolique en poche pour s'essuyer les pognes sans arrêt, car les contacts avec les objets sont fréquents, et les brocs ne sont pas de la première jeunesse le plus souvent, pas aussi âgés que les objets qu'ils vendent, mais presque !

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Couverture du catalogue de l'expo "Les Barbus Müller" (contenant une deuxième réédition en fac similé du fascicule n°1 de l'Art Brut, consacré aux Barbus Müller, édité à l'origine par Dubuffet et Gallimard en 1947).

 

     Côté musées, le musée Barbier-Mueller à Genève, avec son expo sur les Barbus Müller et le catalogue auquel j'ai collaboré avec le dévoilement du nom de l'auteur des fameux Barbus, est de nouveau accessible (elle avait fermé quelques jours après que je suis venu présenter ma découverte sur place, la faute à Covid...). L'expo doit se tenir de maintenant à la fin de l'été. Le catalogue sera disponible en France à partir de fin septembre seulement, sa date de sortie ayant été repoussée par le distributeur In Fine (voir la couv' ci-dessus).

       Je ne parle ici que des lieux qui ont eu la bonté de me faire de l'info. il n'est pas interdit de donner d'autres infos en commentaire à la suite de cette note, si les lecteurs en savent davantage.

       Le Musée de la Création Franche rouvre quant à lui le 26 juin avec une rétrospective consacrée à Alain Lacoste, qui fut le premier artiste à être présentée à ce qui préfigura le Site de la Création Franche (devenu ensuite le Musée de la...), à savoir dans la galerie Imago de Gérard Sendrey (le patriarche fondateur des lieux) en 1988.  C'est prévu pour durer du 26 juin au 6 septembre. Il faut profiter de ce musée car il a prévu de fermer au début de l'année prochaine, je crois, pour des travaux qui doivent durer deux ans au moins, afin de pouvoir disposer ensuite de plus grands locaux.

      La Collection de l'Art Brut à Lausanne est également rouverte. Pour leurs expos, suivre le lien du mot Lausanne.

       La Halle Saint-Pierre n'a rouverte que du côté de sa librairie pour l'instant (j'y suis passé le 13 mai, donc mon info date un peu). Ni l'expo Ballen, ni la caféteria n'étaient accessibles. Il est recommandé d'y suivre, bien sûr, les fameux gestes-barrières. Mise à jour (du 2 juin): le 8 juin, l'expo Ballen rouvre.. Pour  ceux que cela attire...

       La galerie Christian Berst a rouvert...

 

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Objet de Jean Bordes, dit Jean de Ritoù, dit aussi "le Pec de Matiloun" (1916-1985) ; expo à la Fabuloserie dans l'Yonne.

 

       Fait capital, la Fabuloserie à Dicy a rouvert ses portes elle aussi (depuis le 21 mai) pour sa saison estivale, adaptée aux précautions anti-Covid bien entendu elle aussi (ne pas oublier son masque). Puisque l'Yonne est paraît-il le département où les Parisiens se sont le plus confinés, ce sera l'occasion pour eux d'aller jeter un coup d'œil à la collection fabulosante... Dans le parcours permanent, une expo Jano Pesset-Loli-Jean Bordes les attend, avec un livre sur Bordes, écrit par Pesset, dans une édition augmentée de celle qui avait paru à l'égide de la Halle Saint-Pierre et de l'Œuf Sauvage la revue de Claude Roffat (texte qui avait paru aussi dans le n°11 de la revue, je pense), à l'occasion d'une expo à l'ancienne mairie de Galey en Couserans (mai 2018). Il ne faut pas oublier de mentionner le parcours à l'extérieur du bâtiment labyrinthique conçu vers 1982 par son fondateur Alain Bourbonnais, où sont rassemblées les principales oeuvres de la Fabuloserie (du moins, celles qu'on ne peut décemment exposer à l'air libre...). Ce parcours a lieu autour de l'étang, avec un musée en plein air d'environnements variés quasi unique en France – dont l'extraordinaire manège de Petit Pierre toujours animé à heures fixes (pour revoir son lieu d'origine voir le film d'Emmanuel Clot édité sur Youtube) –, avec les distances qui s'imposent. A l'air libre, de toute façon, il y a encore moins de risques.

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Une belle collection de sculptures en argile vernissé d'Alain Genty, à un moment exposé ; ph. B.M. 2015 ; un exemple parmi d'autres du foisonnement d'œuvres dans cette collection d'art-hors-les-normes...

 

      Jano Pesset, j'ai en ai déjà parlé à l'occasion d'une expo à la Fabuloserie dans sa galerie parisienne. Je ne savais pas qu'en dehors de ses oeuvres en relief, il avait à une époque plus ancienne aussi pratiqué le dessin. J'ai récemment eu l'occasion d'acquérir une des oeuvres de cette partie de sa production. Il est dommage que personne n'ait eu l'idée, à commencer par la Fabuloserie qui le défend depuis si longtemps, de nous proposer un panorama plus complet de cette activité graphique. Combien de temps dura-t-elle? Combien d'oeuvres ainsi créées en deux dimensions furent produites? Je  ne connais pas de textes sur Jano Pesset qui donneraient des explications là-dessus.

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Jano Pesset, sans titre, dessin aux crayons de couleur, 29,7 x 21 cm, sans date ; photo et coll. Bruno Montpied.

 

   Le Palais Idéal du Facteur Cheval a également rouvert dans la Drôme à Hauterives.

    Le Musée des Arts Buissonniers dans l'Aveyron, quant à lui, annonce sa réouverture pour le 6 juin, avec une présentation de "l'Imagier singulier" de François Jauvion, prévu pour paraître le 11 juillet (date qui sera aussi la date d'ouverture de l'expo). Des planches originales du livre devraient être exposées au musée de St-Sever. François Jauvion se passionne pour les créateurs de l'art brut et de l'art singulier depuis quelques années et il a donc eu l'idée de leur consacrer un premier volume d'une sorte de panthéon personnel. Il a demandé à divers contributeurs de donner un texte pour accompagner chacun des 80 portraits. A titre personnel, je lui ai confié un texte sur André Pailloux.

      Signalons également qu'à partir du mois d'août le musée des arts buissonniers accueillera en résidence l'artiste singulier, amateur de maquettes architecturales visionnaires, Sylvain Corentin.

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         A Lyon, la Galerie d'Alain Dettinger rouvre ses portes elle aussi, et elle prolonge l'expo consacrée au Néerlandais Huub Niessen, sur le thème des "Dialogues", jusqu'au 20 juin.

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Huub Niessen.

 

       Comme on le sait peut-être, les librairies rouvrent également, et avec elles, leurs rayons Beaux-Arts où l'on peut trouver des catalogues d'expos qui n'ont pas rouvertes pour leur part, voire même ont fermé (comme par exemple la merveilleuse expo du musée d'Orsay consacrée à Léopold Chauveau et ses sculptures et dessins de monstres drolatiques si originaux – j'espère avoir l'énergie d'y revenir sur ce blog ; le catalogue lié à l'expo remplace avantageusement la visite que vous auriez ratée de l'expo ; j'ai pu comparer en m'y précipitant, juste avant le confinement de merde).

   Côté librairie, j'ai ainsi pu me procurer, dès les premiers jours de ce déconfinement, le catalogue de l'expo du Centre Pompidou-Metz, "Folklore", étudiant les rapports entre arts populaires et artistes modernes (entre folkloristes et artistes), expo qui a fermé avant de pouvoir être montrée, en espérant qu'elle rouvrira bientôt (elle devait être organisée à Metz jusqu'au 21 septembre) et, du moins, au cas où elle resterait derrière des portes closes – le Centre Pompidou de Metz doit être bien vaste je suppose... –, qu'on pourra la voir à Marseille au MUCEM où elle doit se rendre après Metz (dates prévues: du 20 octobre 2020 au 22 février 2021).

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16/05/2020

Samuel Ring?

     Achevant de regarder et de lire un album consacré aux photos de Paris d'un très bon photographe méconnu, dont j'avais repéré depuis pas mal d'années qu'il s'était intéressé à la culture populaire, notamment aux inspirés du bord des routes, Léon Claude Vénézia (1941-2013), je suis tombé sur la photo ci-dessous, dont la légende éoque Claude Brabant, de la galerie associative L'Usine, dont j'ai déjà parlé sur ce blog.

Samuel Ring, ds Le Paris de LC Vénézia.jpg

 

     La légende est de Vénézia lui-même, commentant ses souvenirs relatifs au cliché. Ce Samuel Ring faisait donc de la peinture, plus naïve-expressionniste apparemment que "brute", en 1982, rue du Buisson Saint-Louis, une rue que j'ai bien connue, de 1978 à 1982, puis à partir de 1998, quand je vins travailler dans une école située juste à côté. Les tableaux que tient ce Ring ne me disent rien. Peut-être que Claude Brabant en possède, puisqu'elle a mis Vénézia sur la voie? Cette défricheuse, également rédactrice en chef d'une revue, Empreintes, qui parle régulièrement d'art du bord des routes qu'elle a parfois photographié, a eu l'occasion d'exposer de temps à autre quelques artistes atypiques, autodidactes populaires, comme une certaine Marguerite Piralian, dont les assemblages et les mosaïques m'avaient séduit dans ces mêmes années 1980.

      Ce quartier du Buisson Saint-Louis, situé dans le bas de Belleville, avait dans les années 2010 - c'est peut-être toujours en place - une autre boutique dont la devanture laissait voir des tableaux trahissant dans certains cas une touche naïve. C'était rue Sambre et Meuse, près du métro Colonel Fabien, et donc très près de la galerie L'Usine de Claude Brabant (102 bd de la Villette). Connaissait-elle ce lieu? Voyez ci-dessous. Je n'ai jamais pu me résoudre à demander à en voir plus. Il n'y avait là, me disais-je, qu'une petite promesse...

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Boutique avec tableaux naïfs signés Ligeon, avec, parfois, sur certains tableaux juste l'initiale L, avec une couronne à son sommet - indice d'un monarchiste? ; ph. Bruno Montpied, Paris Xe ardt, 2012.

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Ph. B.M., 2014.

 

     Ces tableaux étaient dans l'ensemble tellement naïfs que je me demandais si je n'avais pas affaire ici et là à des peintures d'enfants qui seraient venus suivre des activités artistiques auprès de l'artiste de la boutique. Un collège se tenait juste en face. Parmi les tableaux, de factures et de niveaux hétéroclites, il y avait une vue du port de Dieppe, pas naïve, juste appliquée, avec marqué "Fauvisme" (on la voit dans la photo générale de la boutique ci-dessus, je dis ça pour Darnish...). De même, sur une autre étiquette, on apprenait le titre d'un autre tableau, avec un grand mot pour qualifier son style...: " Ship in storm. Surréalisme".

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Ph. B.M., 2014.

 

     Léon Claude Vénézia a beaucoup photographié dans les années 1970 à 1980 le Paris populaire avant d'aller vivre à Aix-en-Provence où il enseigna la photographie. Du temps où il sillonnait Paris, j'aurais pu le croiser (ne serait-ce que dans la galerie L'Usine où je fus exposé en 1987), nous avions beaucoup de thèmes en commun. C'était un émule d'Atget et de Brassaï, reprenant naïvement lui-même les thématiques de ses maîtres. Pour finir, regardons ce portrait de cordonnier qui illustre parfaitement ma catégorie des noms prédestinants.

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L. C. Vénézia, M. Soulié, cordonnier, rue Crozatier, Paris 12e ardt, 1976 ; un monsieur Soulié qui, contrairement à une certaine galeriste de la rue Guénégaud, au nom similaire, a choisi de rester un aptonyme en suivant par son métier le destin tracé par son nom... ; photo conservée à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris.

11/02/2020

"Le Cœur au ventre", une collection d'art singulier et brut

      "Le Cœur au ventre" – ce titre de l'expo qui va bientôt ouvrir, dans deux jours, chez Art et Marges à Bruxelles (314 rue Haute, dans le quartier populaire des Marolles) – provient du nom de la défunte galerie de Marion Oster, qui était ouverte dans le Vieux Lyon et qui a été fermée voici deux ou trois ans¹, l'art singulier ne perdurant pas, faut croire, sous la cathédrale de Fourvière... (En effet, il y a désormais pas mal d'années, il y eut un autre lieu favorable aux Singuliers dans cette même partie de Lugdunum, à savoir l'Espace Poisson d'Or qui lui-même était un avatar de la galerie du même nom qui était dans les Halles à Paris...). L'exposition commence  le 13 février et se terminera le 7 juin.

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Ludovic et Marion Oster dans leur ancien appartement de Lyon, tenant un couple de poupées de Monique Vigneaux (derrière, je crois reconnaître Louis Pons ?, Philippe Dereux?, Le Carré Galimard?, Mister Imagination et ses pinceaux anthropomorphes, entre autres...) ; la poupée est un thème et un support du reste récurrents dans leur collection ; © ph. Annabel Sougné, Art et Marges, 2018.

 

         Marion Oster est artiste, et collectionneuse, cette dernière casquette étant partagée avec son mari Ludovic, un féru de galeries, foires et autres Puces et brocantes. Leurs goûts se portent, pour une petite partie de leur collection, vers un art expressionniste contemporain, mâtiné d'art brut et d'art singulier. Ce qui correspond à une tendance actuelle – dont je ne suis que modérément friand, je m'empresse de le dire – qui identifie exclusivement dans l'art brut et singulier les mêmes composantes que dans l'art souffrant, l'art du pathos. Les corps se squelettisent, les tripes s'exhibent en toute impudeur, les êtres sont proches des cadavres, la personne se tord de douleur métaphysique ou pathologique... Parfois, comme dans le cas des œuvres de Stani Nitkowski, ce dernier étant très présent dans la collection des deux Oster, les corps sont en voie d'explosion (voir ci-contre expo à la coopérative Cérés Franco à Montolieu)...St Nitkowski-peau-mots-michel-macreau.jpeg Et c'est vrai que la maladie, la mort, la détresse sont des sujets qui travaillent souvent par-dessous beaucoup d'artistes, au risque de sombrer dans une certaine forme de misérabilisme new look, analogue à l'attitude du blessé léchant ses plaies. Citons dans cette collection les œuvres de Michel Nedjar, Jean-Christophe Philippi, Ghislaine et Sylvain Staelens, Philippe Aini, Lubos Plny, Jean Rosset, Denis Pouppeville...

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Lubos Plny, Galerie ABCD, Montreuil-sous-Bois.

 

     Cependant, la collection Oster est loin de se limiter à ce néo-expressionnisme. Beaucoup d'anonymes en font partie aussi, sur lesquels je n'ai recueilli que peu de renseignements, mais qui prouvent l'enthousiasme sincère de nos deux amateurs d'art pour des œuvres sans se préoccuper d'un quelconque pedigree placé en amont. Ils sont ainsi capables d'acquérir un objet d'art forain qui les aura interpellés au détour d'un marché aux Puces, en raison de son apparente "barbarie". La force de l'objet prime avant tout. Marion et Ludovic ne s'encombrent pas de théorie de toute façon, l'oeuvre leur parle ou pas, et les choisit ou non, pour devenir une compagne de vie dont ils ne se séparent plus après acquisition.

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Jeu d'art forain, coll. Marion et Ludovic Oster (acquis place du Jeu de Balle, non loin de chez Art et Marges à Bruxelles), ph. Bruno Montpied, 2017.

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Une vue de la collection Oster, comme elle se présentait à l'époque de l'installation lyonnaise ; © ph. Annabel Sougné, Art et Marges, 2018.

 

      Dans leur fourmillante collection, dont l'installation lorsqu'ils vivaient à Lyon côté Rhône a frappé tous ceux qui l'ont visité (et notamment les animateurs d'Art et Marges qui ont choisi du coup d'essayer d'en reconstituer l'aspect dans leur locaux de la rue Haute à Bruxelles), avec son apparence de grotte ou de crèche géante grouillant de formes, couleurs, aspérités, sinuosités dans lesquelles l'œil ne savait où se poser, comme errant dans un labyrinthe, on trouve aussi de plus énigmatiques créations. Comme celles d'Yves Jules, Angkasapura, Armand Avril, Babahoum, Ben Ali, Asmah, Bonaria Manca, Caroline Dahyot, Burland, Monchâtre, Giovanni Bosco, Guy Brunet, Jean Branciard, Jean Tourlonias, Juliette Zanon, Karl Beaudelère, Las Pinturitas, Martha Grünenwaldt, Monique Vigneaux, Ni Tanjung, Noël Fillaudeau, Paul Amar, Philippe Dereux, Pierre Albasser, Sylvain Corentin, Le Carré Galimard, Ted Gordon, etc. J'ai également l'honneur de figurer parmi toutes ces vedettes (l'œuvre ci-dessous provenant d'une expo à la galerie Dettinger-Mayer).

Mise à jour du 17 février :   

      On déplorera au passage que les animateurs d'Art et Marges, d'après ce que m'en ont dit des visiteurs présents au vernissage, n'aient pas jugé utile de placer des cartels à côté de chaque oeuvre afin de renseigner le public. Ce procédé peu respectueux des artistes et des créateurs se poursuit apparemment dans le catalogue où aucune information sur l'identité des artistes (certes nombreux) n'est apportée...

 

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Un aspect limité de l'intérieur de la Villa Verveine décorée par son habitante, Caroline Dahyot (ph.B.M., 2018) ; cette dernière a monté une installation de ses diverses œuvres dans le cadre de l'exposition "Le Cœur au ventre", installation qui tente à chaque fois de restituer un peu l'ambiance unique du décor intérieur de son habitat à Ault (Somme).

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Caroline Dahyot, Jamais tu ne te soumettras, tableau exposé au Petit Casino d'Ailleurs en 2018 ; personnellement, je trouve que l'art de Caroline n'est jamais mieux mis en valeur qu'en œuvres séparément exposées, et non accumulées comme dans ses installations ; ph. B.M.

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Bruno Montpied, L'avenir menaçant², 31,5 x 24 cm, 2013, coll. Marion et Ludovic Oster, ph. B.M.

 

       La naïveté pourrait tout aussi bien s'y faire une place dans cette collection, avec les poupées transformées, mais aussi les objets de piété éclairés par l'ingénuité de leurs auteurs, les ex-voto, les paperoles, les reliquaires (qui hésitent entre naïveté et morbidité, avec leurs bouts d'os considérés comme reliques adorées...), les petits tableaux sans prétention...

 

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Œuvre anonyme acquise récemment par les Oster, une bergère, son mouton, son fuseau, son chien, broderie en fil chenillé et collage, sans date (XIXe sans doute) ; ph.B.M.

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¹ Marion Oster a animé également auparavant, cette fois à Paris, durant près de quinze ans, l'Espace Lucrèce dans le 17e ardt.

² A noter que ce titre pourrait faire figure de signe avant-coureur du titre du récent livre de Joël Gayraud, L'Homme sans horizon...

17/01/2020

Claudie Gousset montée en grade à Gradignan mais pas gnan-gnan

    Claudie Gousset, originaire de Talence, je l'ai présentée sur cette colonne immense (longue bientôt d'une treizième année, 2020), quelque peu, en septembre 2015. Est-ce là que Martine Lamy, la conservatrice du musée Georges de Sonneville, l'a remarquée? Si cela était, saura-t-elle le reconnaître? Car les blogs, même s'ils ont vocation de semer à tous vents leurs découvertes, n'ont rien contre le fait qu'on ait l'honnêteté de les citer...

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Claudie Gousset,La vie en bleu, crayons de couleur et feutres, 50 x 40 cm.

 

   Claudie Gousset va donc exposer à Gradignan (c'est la banlieue de Bordeaux, bande d'ignares...) du 21 février au 5 avril prochain. Elle y sera en compagnie d'une certaine Geneviève Gourvil.

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Claudie Gousset, Alice au pays des merveilles.

30/11/2019

Info-Miettes (35)

Dominique Lajameux à la Fabuloserie-Paris

    Dernière exposition à la Fabuloserie de la rue Jacob (qui se termine le 7 décembre, dépêchez-vous...), une dessinatrice de première force, très sensible, très acharnée, inconnue de moi jusqu'à présent. Elle a déjà été exposée dans le cadre de différents festivals d'art singulier, chez Hang-Art ou à la galerie Polysémie notamment. Le carton d'invitation sur le web ne nous en dit pas grand-chose, en dehors d'un beau texte poétique de l'artiste. A voir et à découvrir en tout cas.

Dominique Lajameux, nov 19.jpg

D.Lajameux

 

La compagnie l'Excentrale...

     Le terme de "Massif excentral" que j'avais inventé naguère pour une série de notes sur divers lieux, facéties et créateurs insolites du Massif Central a été repris, avec mon blanc-seing, par de jeunes musiciens auvergnats qui se sont réunis, en plusieurs groupes, dont un, les Tzapluzaires, fait également écho à une autre de mes anciennes recherches, et sous la bannière, si j'ai bien compris d'une seule compagnie, l'Excentrale. Plus de renseignements sur leurs concerts, les groupes, les tournées, voir ce lien...

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    Par ailleurs, les Tzapluzaires collaborent de temps à autre avec le violoniste Jean-François Vrod, dont j'ai eu l'occasion de citer son intérêt pour diverses formes d'art brut ou singulier populaire, dans une note de ce blog, en 2012...

Mariage musical avec une taille de bois...

 

Un surréaliste peu connu d'après-guerre, Pierre Jaouën

 

      J'ai rencontré il y a plusieurs années Anne-Yvonne Jaouën, qui était une amie du critique d'art Charles Estienne. Elle avait été amenée à héberger dans sa maison de famille à Ploudalmézeau certains des artistes (notamment Krizek) qu'Estienne, critique d'art proche des surréalistes, invitait à séjourner dans la région finistérienne chez lui à Argenton. Des artistes (ceux que je préfère) tels que Toyen, Krizek, Fahr-el-Nissa Zeid, ou Marcelle Loubchansky, ou bien (je les goûte moins) René Duvillier, Jean Degottex, Serge Poliakoff, tous visiteurs que certains historiens de l'art moderne ont rangés par la suite sous l'étiquette d'"Ecole des Abers", du nom de ces bras de mer qui découpent la côte dans cette région. Anne-Yvonne, après m'avoir montré des peintures magnifiques qu'elle possédait de Toyen (des vues des bords de mer appelés estrans revisités par l'imagination picturale de l'artiste tchéque), me parla de son frère qui était peintre, mais elle ne me montra aucune reproduction de son œuvre. Un jour, simplement, en feuilletant la revue Le surréalisme même (n°2, 1957), je suis tombé sur un dessin (encre?) de ce frangin, prénommé Pierre.lajameux,fabuloserie-paris,l'excentrale,tzapluzaïres,massif excentral,pierre jaouën,arts situés,trinkhall,ni tanjung,collection de l'art brut,biennale théâtres,georges bréguet

      Je la trouvais intéressante, mais si seule, oubliée ainsi dans un coin de la revue, n'ayant pas nécessité plus de prolongement, du coup, je ne m'appesantis pas davantage. Voici que l'occasion est donnée d'en apprendre plus sur le talent de cet artiste discret, peu mis en lumière par l'histoire de l'art moderne (cependant, on lira l'intéressante notice insérée sur Wikipédia, très complète, qui parle de lui et des peintres défendus par Charles Estienne). Il fait un peu partie de cette famille de peintres ou poètes qui vivaient dans le sillage du surréalisme après-guerre, abritant leur talent dans une ombre nécessaire, comme Jacques Le Maréchal, ou Yves Elléouët,  ce dernier étant un proche de Jaouën, comme me l'a signalé Marc Duvillier, spécialiste des artistes d'Argenton apparemment...

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Une page extraite du livre d'artiste Mélusine d'emmanuelle k. (pseudonyme voulu sans majuscules) et Pierre Jaouën, image copiée du film Mélusine (38 min.).

 

     La galerie Hébert en effet, 18, rue du Pont Louis Philippe, près du métro Saint-Paul à Paris, héberge une exposition des planches d'un livre commun d'emmanuelle k. et de Pierre Jaouën (disparu en 2012), dont le texte a donné également lieu à un "oratorio pop" avec la participation des jazzmen Emmanuel Bex, Simon Goubert et François Verly (il existe un coffret avec DVD d'un film sur le livre, CD de cet oratorio et un livret). Ce livre est une réussite dans le domaine du livre d'art, ne serait-ce que par l'harmonie, la fusion de la disposition typographique avec les structures portantes, aquarellées, de Pierre Jaouën, qui rappelle, quoique dans un autre ordre d'idées au point de vue thématique, les livres de Guy Debord et d'Asger Jorn. Mais, même s'il est donné ici d'en voir un peu plus sur cet artiste qui se révèle, par prédilection semble-t-il, un paysagiste "abstrait", on aimerait que la même galerie ait l'idée de nous proposer par la suite une exposition entièrement et seulement consacrée à lui.

Expo du 27 novembre au 15 décembre 2019.

 

Un nouveau label dans le genre "prise de tête", les arts "situés"... A traduire du belge

"COLLOQUE : PENSER LES ARTS SITUÉS, 04, 05 & 06 décembre 2019. Cité Miroir - Espace Francisco Ferrer - ULiège - Accès libre"... voici l'annonce que j'ai reçue ces jours-ci en provenance de l'anciennement nommé MadMusée de Liège. Car ce musée, décidément pris d'une fièvre onomastique incontrôlée, a décidé aussi de se débaptiser et de s'appeler désormais Trinkhall... Pourquoi pas? D'autant qu'ils ont  désormais un nouveau bâtiment avec 600 m2 de surface pour exposer au mieux les oeuvres (souvent fort intéressantes) produites par différents handicapés mentaux (et trinquer dans le hall?). Mais pourquoi ce nouveau label d'"art situé"? Totalement ésotérique, si ce n'est parfaitement creux? Voici le laïus qui est servi par le musée pour expliciter, si possible le nouveau label:

    "La notion d’arts situés définit la politique muséale du Trinkhall. Elle repose sur un mode de perception et de compréhension des œuvres qui intègre la dimension fondamentale de leurs environnements : une œuvre d’art est un système de relations localisées dont l’expression esthétique est le moyen et l’effet. Toute œuvre d’art, en ce sens, est située. Mais certaines, plus que d’autres, étant donné leur apparente singularité ou leur relative marginalité, font entendre plus fortement la voix de leur situation.

 

4e Biennale de l'Art Brut: Théâtres, à la collection de l'Art Brut à Lausanne, avec entre autres Ni Tanjung...

    Du 29 novembre 2019 au 26 avril 2020, prend place une 4e biennale thématique à Lausanne, après "Corps", "Véhicules" et "Architectures". Cette fois, c'est le "théâtre" au sens de "performances", analogies avec les marionnettes, voire déguisement... La référence en creux au théâtre d'ombres indonésien du Wayang kulit a par exemple incité les commissaires d'exposition à y exposer Ni Tanjung à laquelle le LaM avait déjà pensé dans le cadre de son exposition "Danses".

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Georges Bréguet, l'anthropologue suisse qui s'est instauré protecteur de Ni Tanjung, la faisant connaître en Occident, 28 novembre 2019.

 

Anselme Boix-Vives en visite en Suède

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     Information tardive! Boix-Vives n'en finit pas de voyager à travers le monde. Une exposition lui a été consacrée du 26 mai au 15 septembre dernier avec la complicité du Centre Vendôme pour les arts plastiques au musée d'art d'Uppsala, en Suède donc... La manifestation comprenait 140 peintures et dessins ainsi que – chose inédite – quelques œuvres de ses petits-enfants Philippe et Julie Boix-Vives. 

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Julie Boix-Vives, la danse des échelles ; on est loin de l'œuvre du grand-père...

 

Et Anne-Marie Vesco, vous connaissez?

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Anne-Marie Vesco, Tête de profil, A-M.Vesco, huile et pastel sur paper, 78 x 63 cm, 2003.

 

Cette artiste dessine fort bien les éléphants. C'est déjà un bon point pour elle. Elle expose bientôt du 3 au 15 décembre dans une galerie, Le Génie de la Bastille (126 rue de Charonne dans le XIe ardt parisien), des petits formats. Vernissage samedi 7 décembre de 16 à 20 h et finissage dimanche 15 aux mêmes horaires. La Bastille...? Il y a encore un rapport avec les éléphants en plus (voir Hugo et son Gavroche).

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Anne-Marie Vesco, des mini formats...