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13/07/2018

La Fabuloserie, aperçu au "Consulat", espace open de style berlinois à Montparnasse

     Très actif depuis quelque temps, Antoine Gentil, qui s'était déjà fait remarquer  par des organisations d'expo au MAHHSA (musée de Ste-Anne émanant du Centre d'Etude de l'Expression), a invité la Fabuloserie à taper l'incruste dans un sacré foutoir installé provisoirement (quelques mois) dans une espèce de friche industrielle, aux murs nus, tout près de Montparnasse, dans ce quartier où les aménagements de Ricardo Bofill, il y a déjà longtemps (1985), avaient contribué à enfoncer le clou de l'effacement, vingt ans auparavant, de tout un quartier de petites maisons et d'ateliers d'artisans qui ne surent et purent résister – à rebours des habitants qui le réussirent plus loin, dans ce même XIVe arrondissement, du côté de la rue des Thermopyles et de la Cité Bauer. Ce sont les chantiers de l'actuelle gare Montparnasse (gare qui ne ressemble à rien),  en effet, qui avaient entraîné en 1965, par exemple, la disparition  du bâtiment où se trouvait l'atelier du Douanier Rousseau, rue Perrel, que l'on aperçoit dans l'admirable film de Jacques Brunius, Violons d'Ingres (1938) – atelier qui fut, par la suite, également, le lieu de travail de Victor Brauner.


podcast

Formulette recueillie par Jacques Brunius dans un recueil (de comptines et formulettes) resté inédit (merci à Lucien Logette de  nous l'avoir communiqué) ; lue par B.M., 2018

 

      Le "Consulat"¹, donc, est un vaste espace sur deux niveaux, prêté pour quelques mois, où l'on trouve disséminés sur des centaines de m², une friperie, des buvettes, un restaurant, une salle de concert, des tables de ping-pong, des chaises dépareillées et des canapés défoncés distribués au petit bonheur, des espaces d'exposition (au 2e étage) où voisinent, dans deux espaces distincts qu'on ne pouvait confondre, art contemporain d'une part, présenté anonymement, tel des puces, sous l'autorité d'un texte liminaire d'une prétention insondable (intitulé le "blind marché", titre d'un snobisme au ridicule achevé), et d'autre part, l'art hors-les-normes de la Fabuloserie, exposé jusqu'au 15 août, et mêlant lui-même art brut (Emile Ratier, Pierre Petit, Giovanni Battista Podesta, Guy Brunet, Jean Tourlonias, François Portrat, Edmond Morel, un grand tableau de fleurs, assez rare, d'Abdelkader Rifi) et artistes singuliers (Le Carré Galimard, Nedjar, Francis Marshall, Alain Bourbonnais, Verbena).

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Des éléments de l'environnement créé par François Portrat dans les années 1980, ph. Bruno Montpied, 2018.

 

       Si l'on oublie cependant le contexte désordonné de la première exposition, la zone dévolue à la Fabuloserie permettait de découvrir des ensembles d'œuvres souvent méconnues. Dommage cependant qu'on n'ait pas souhaité, du côté du responsable des expos  (un certain Samuel Boutruche), laisser les animateurs de la Fabuloserie, ainsi que le commissaire d'exposition, Antoine Gentil (le bien nommé), apposer tout de suite les noms des auteurs exposés, dès le vernissage (cela a changé par la suite), au nom d'un anonymat revendiqué (l'anonymat paraît devenir par les temps qui courent un argument à la mode, ici employé très superficiellement (comme souvent, avec tout ce qui est à la mode), puisque les noms des artistes circulent par dessous...).

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Emile Ratier, deux musiciens, ph. B.M., 2018.

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Michel Nedjar, quatre assemblages de tissus colorés, ph. B.M., 2018

 

       Pour ma part j'ai découvert dans l'expo de la Fabuloserie, parmi les cinq pièces d'Emile Ratier – des maquettes  et machineries de bois brun, faites au départ pour être actionnées –, trois dispositifs qui sont des machines à produire des sons, en fait des instruments de percussion ultra bricolés à ranger au nombre des instruments de musique alternatifs. J'ai été également  surpris par des assemblages de tissus colorés de Michel Nedjar, exposés seulement le jour du vernissage, que j'ai trouvés bien plus séduisants, et moins montrés que ses sempiternels "chairdâmes", sorte de poupées noirâtres d'exorcisme imaginaire, qui personnellement me dégoûtent, et qui sont faites pour dégoûter (scandale facile à produire). Hélas, l'artiste, victime d'un caprice de diva, a fait retirer ses œuvres les jours suivants, n'appréciant pas l'exposition voisine semble-t-il. Je publie ci-dessus les quatre assemblages dont je parle plus haut, présentés dans l'expo, donc, de façon éphémère. Même si le voisinage avec l'expo d'art contemporain assez inconsistante était discutable, il n'en reste pas moins que l'idée de montrer l'art hors-les-normes de la Fabuloserie en un tel lieu fréquenté par la jeunesse et par un public n'ayant peut-être jamais entendu parler de l'art brut l'art singulier, etc., n'en était pas moins une bonne initiative. Il faut tenter ce genre de passerelle, pour que les transmissions s'effectuent entre générations. Et peut-être aussi détourner le public de l'art contemporain absurdement mis en avant par les temps qui courent par toutes sortes d'intérêts capitalistiques². Il y va d'une forme de résistance.

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Pierre Petit, Laboratoire Frela, ph. B.M., 2018.

 

       L'accrochage, dans le fond,  à droite, sur un mur où ils sont seuls, de divers éléments provenant de l'environnement créé par François Portrat à Brannay dans l'Yonne (voir mon Gazouillis des éléphants où je lui ai consacré une notice), agencé par Marek de la Fabuloserie, frappait l'esprit du visiteur. Podesta était également présent par des peintures qui relèvent davantage de l'art naïf, en tout cas inattendus. Surtout, on restait charmé par le "Laboratoire Frela" et ses personnages délicieusement angéliques, humanoïdes ineffables, du retraité Pierre Petit, qui vivait autrefois à Bourges, et dont nous avons ici quelques maquettes et autres "maisons de poupée" d'un nouveau genre.

     Rien que pour cette exposition, rare à Paris – reléguée en marge de tout le reste dans ce labyrinthe de béton, de façon cohérente au fond, car on n'a pas affaire ici à de "l'art hors-les-normes" pour rien! : il reste en marge quel que soit le contexte d'exposition – il faut se rendre dans ce Consulat, en traversant jusqu'à l'espace fabulosant ces 3000 m² d'un trait, sans se disperser outre mesure dans les autres espaces, plutôt vides de sens (si ce n'est pour aller se boire une bière sur une terrasse aux herbes sauvages poussant sous des gratte-ciels ou des immeubles du genre cages à lapins, en rêvant des fantômes de Rousseau et de Brauner).

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Abdelkader Rifi, sans titre, env. 1m sur 1,20m, sans date, ph.B.M., 2018.

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¹ Ce "Consulat", nous apprend un article du Quotidien de l'Art, "est issu de l’association GANG, dirigée par Lionel Bensemoun, petit-neveu du fondateur des casinos Partouche. Il a créé avec l’artiste André Saraiva son agence événementielle La Clique et le club Le Baron, et vient de s’installer à Paris dans le 14e, pour une nouvelle saison (jusqu’en octobre 2018), dans l’espace des futurs Ateliers Gaîté de 3000 m2..." L'adresse de ce Consulat éphémère est au 2 de la rue Vercingétorix, 14e ardt donc.

² A ce sujet, on lira avec fruit le livre  d'Annie Le Brun, Ce qui n'a pas de prix, récemment paru chez Stock.

07/07/2018

Le mariage du paysage et de l'imagination, un exemple

      Pour compléter ma réponse à "Etienne" parue en commentaire à la suite de la note précédente consacrée à un tableau de Soutine, je me suis souvenu que j'avais rassemblé dans mes archives photos toutes les images que j'ai pu trouver, illustrant le thème des "paysages". Voici deux œuvres, une de 2013, et une plus ancienne, de 2003, qui me paraissent correspondre avec ce que j'envisage quand je parle de mariage de la perception du monde extérieur avec expression détachée de ce même monde.

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Bruno Montpied, La Montagne de la Tête, technique mixte sur papier, 29,7x21 cm, 2013.

Tableau 8F, Le pont des fées,  2003 (2).jpg

B.M., Le Pont des Fées, 8 Figure, technique mixte sur carton toilé, 2003.

 

     Ces deux œuvres me plaisent tellement que je ne les ai jamais mises en vente et que je les garde par devers moi, comme des talismans...

 

27/06/2018

Deux anciennes artistes d'"Aventures de lignes" se manifestent cet été : Marie Audin, Caroline Dahyot

    A l'automne 2016, j'avais rassemblé quelques artistes à part dans une galerie associative de St-Ouen, la Galerie Amarrage, dans une expo que j'avais intitulée "Aventures de lignes" (titre inspiré d'un texte d'Henri Michaux). Parmi eux, quelques-uns continuent d'exposer, je ne signale pas tout le temps quand ni où. Une fois n'est pas coutume, je vais en rassembler deux qui exposent durant cet été en deux points distincts du territoire.

Expo à Laval 2018.jpg

 

     Marie Audin a été repérée par la directrice du Musée d'arts naïfs et d'arts singuliers de Laval, Mme Le Falher, durant l'exposition que j'avais montée à Saint-Ouen avec d'autres artistes. Je n'en suis pas peu fier... Une fois une donation effectuée dans ce musée en bonne et due forme (une vingtaine d'œuvres), deux ans plus tard, voici que le MANAS (cet acronyme vous a des allures de ville amazonienne, je trouve...), lui consacre une expo en insistant (à juste titre) sur ce qui fait la singularité de cette artiste autodidacte (au départ dermatologue) : la technique originale qu'elle s'est bricolée en solo, le pricking (piquage à l'aide d'une aiguille dans le support, dessous, dessus...) avec broderie, peinture à l'encre et à l'aquarelle (cette technique provient bien entendu de son métier). Rappelons que c'est le Musée de la Création franche, à Bègles, qui avait exposé en premier Marie Audin (alors nommée Marie Adda), c'est d'ailleurs là que je l'ai à mon tour découverte (puis que j'ai publié un article sur elle dans la revue du musée, au titre éponyme de Création Franche). Je n'ai fait au fond que le passeur.

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Marie Audin, sans titre, mai 2014, ph. et coll. Bruno Montpied ; dans les travaux de Marie Audin, j'ai une préférence pour ses compositions semi abstraites, semi figuratives, dans des compositions poussées.

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Marie Audin (sans références) ; ici on rencontre en une seule image un ensemble de techniques mises au point par l'artiste: pricking, aquarelle, broderie, dessin... Marie Audin n'est pas toujours allée aussi loin dans ses œuvres ultérieures que dans l'œuvre ci-dessus. 

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Caroline Dahyot, un travail récent (et à chacun ses marqueurs, moi, je n'utilise pas ceux que l'on voit sur cette table).

 

     Autre femme à avoir exposé avec nous à St-Ouen, Caroline Dahyot. Elle sera tout l'été au Petit Casino d'Ailleurs (en compagnie du photographe – et cinéaste – Jean-Marc Gosse). On suppose qu'on y retrouvera ses peintures sur papier, sur tissu, ses reliquaires à poupées démantibulées, et ses appels à aimer dont elle n'est pas avare (voir les cœurs en escadrille ci-dessus). C'est ouvert sur rendez-vous et le mercredi matin au moment du marché...

11/06/2018

Infos-Miettes (31)

Briantais et Estaque chez LFLF2015 à St-Malo-de-Guersac

       Du 1er au 31 juillet prochain, ces deux artistes, dont j'ai plus d'une fois mentionné l'existence et les œuvres, rapprochent ces dernières pour une espèce de dialogue... Dans le cadre d'un de ces lieux comme il en apparaît régulièrement dans les mailles serrées du patchwork des petites communes françaises. Le vernissage est prévu pour le 7 juillet à partir de 16h. LFLF2015 (oui je sais, c'est plutôt cabalistique, et il faut trouver le coin où aura lieu l'expo : 56 ile d'Errand, Loire-Atlantique St-Malo-de-Guersac, tél: 06 18 97 13 63).

 

Créations populaires en Mayenne

      Et revoici une production de l'association CSN (Création Singulière et Naïve) – qui semble avoir laissé tomber le numéro de département qui flanquait son acronyme précédemment (53, le département de la Mayenne).

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Cénéré Hubert, un moulin illustré, photo Michel Leroux.

 

     Elle propose une exposition de quatre autodidactes singuliers , aux lisières de l'art naïf et de l'art brut, Gustave Cahoreau (dessinateur et sculpteur, bof...; voir ci-contre la tête chapeautée)bernard briantais,jean estaque,lflf2015,art singulier, Patrick Chapelière (passablement inégal, et souvent "décoratif" depuis quelque temps semble-t-il ; voir ci-contre œuvre de 2018)bernard briantais,jean estaque,lflf2015,art singulier, Raymond Lemée (ce dernier paraît recycler les crucifix : moi, je dis beurk!) et Céneré Hubert, à mon avis le plus intéressant des quatre (Michel Leroux et Jean-Louis Cerisier, qui interviennent dans cette association, ont souvent défendu ce dernier qui est un peu leur découverte ; ils m'ont du reste aidé à illustrer la notice que j'ai consacrée dans mon livre Le Gazouillis des éléphants à ce créateur, également l'auteur d'un environnement naïvo-brut à St-Ouën-des-Toits). L'expo se tiendra du 13 juillet au 26 août, à la Bergerie du château de Sainte-Suzanne, fort joli village mayennais, paraît-il.

(Ce sera ouvert tous les jours, de 10h00 à 19h00. Entrée libre. Un catalogue accompagne la manifestation. Il sera disponible (offert par le CIAP) à la librairie du château, face au lieu d’exposition).

 

"L'envol ou le rêve de  voler" à la Maison Rouge

      Du 16 juin au 28 octobre prochain, aura lieu à Paris une expo conjointement organisée par Antoine de Galbert et la collection ABCD sur le thème du rêve de voler. Ce sera la dernière de la Maison Rouge... Il y sera question sans doute, et entre autres, de Gustav Mesmer, cet aviateur en herbe, renouvelant le rêve des pionniers de l'aviation avec leurs drôles de machines volantes dont ont déjà parlé diverses autres publications et expositions fournies autrefois par la Collection de l'Art Brut. On se rappelle en particulier l'expo et le catalogue de "L'Art Brut dans le monde" qui contenait six petits courts-métrages dont un sur ce Mesmer. Mais ce ne sera pas le seul "Icare" de représenté dans cette expo puisque le dossier de presse annonce 130 artistes et créateurs, dont les œuvres (on en annonce 200) relèvent tantôt de l’art moderne, tantôt de l'art contemporain, tantôt de l'art brut, voire de l'art ethnographique ou populaire. Un peu du méli-mélo en somme, comme l'aime Antoine de Galbert...

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Gustav Mesmer

 

Carlés-Tolra, et l'amour, au Musée de la Création Franche cet été

      Deux expos en effet, distinctes, quoique dans un même lieu cet été à Bègles. "Le monde selon Carlés-Tolrá" d'une part, véritable rétrospective de cet artiste, grand ancien de l'art singulier (terme que l'on peut présenter comme synonyme de "neuve invention", voire de "création franche" – même si cette dernière expression cherche à intégrer également l'art brut, l'art naïf, même certaines expressions surréalisantes), du 15 juin au 2 septembre 2018, et "All I need is love" pour l'autre part, du 15 juin au 19 mai 2019. Sur l'expo Carlés-Tolrá, voici ce que précise le musée: "Pour la 90e année de cet auteur majeur de la collection Création Franche, le Musée lui consacre 6 salles où seront présentés, outre des œuvres du fonds de collection, des prêts exceptionnels du créateur comme ses premières peintures, des lettres échangées avec Jean Dubuffet dont il était proche et des œuvres de sa collection personnelle." On notera cette mention d'œuvres venues de la collection de l'artiste, chose qui reste peu connue chez Carlés-Tolra.

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Ignacio Carles-Tolrá.

 

     Dans le cadre de "All I need is love", qui est une sélection, un ré-accrochage  des collections permanentes du musée sur le thème de l'amour (votre serviteur  y a des œuvres présentées, je ne sais lesquelles, je rappelle que le musée conserve une donation de 129 (à peu de choses près...) de mes peintures et collages), une playlist a été proposée, en réalisation collaborative, à tous les internautes que cela stimulait. A signaler que l'animateur de ce blog y est allé également de ses propositions. Un petit jeu  peut donc s'esquisser (mais il n'y a pas de prix à gagner cette fois...). A vous de deviner au moins un morceau proposé par le Poignard... Cependant il me semble qu'il faut posséder un abonnement à Deezer, ou alors il faut écouter au musée toute la playlist (au moins 177 morceaux...).

 

Collection de l'Art Brut à Lausanne, nouvelle expo : "Acquisitions 2012-2018"

     Du 8 juin au 2 décembre 2018, vient de commencer la présentation d'une sélection d'œuvres acquises par la Collection depuis que Sarah Lombardi en est devenue la directrice. Cela donne plus de 150 œuvres en exposition. En même temps, paraît le fascicule de l'Art Brut n°26, avec des mini monographies sur certains créateurs récemment entrés dans la Collection, Charles Boussion, Gaël Dufrène,  Dunya Hirschter, Mehrdad Rashidi, Bernadette Touilleux, Royal Robertson, Michel Nedjar (pour la deuxième fois ; car il avait déjà fait l'objet d'une notice dans le fascicule n°16 en 1990, décidément Lausanne lui voue un véritable culte), etc.

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Charles "Cako" Boussion, "Tzar de jadis... Icône revisitée d'après un tableau sur bois, de Charles Cako Boussion, Montpellier, novembre 2011 à l'âge de 86 ans", peinture sur papier, 42x29,7cm ; ph. et coll. Bruno Montpied.

24/05/2018

Asmah à vendre...

     Une nouvelle œuvre à vendre, à voir dans la boutique du Poignard subtil....

09/05/2018

Info-Miettes (30)

Cartographies imaginaires avec Serge Paillard et des élèves angevins 

            A3 Cartographie Imaginaire.jpg           Flyer A5 verso - Cartographie imaginaire.jpg

      Exposition de cartographies imaginaires de Serge Paillard, mais aussi de Sophie Bouchet, auxquels, si j'ai bien compris, ont été adjoints des travaux exécutés sur le même thème par des élèves et des enseignants d'écoles situées en Anjou, dans les villages portant les doux noms de Pouancé Ombrée-d'Anjou et de Noyant-la-Gravoyère... Vernissage le 26 mai, expo du 27 mai au 15 juillet 2018, présentée à Nyoiseau dans le Maine-et-Loire, dans les locaux d'une association appelée Centrale 7...

 

La revue Jardins n°7 : une renaissance...

       "Après une pause de deux ans, la revue Jardins reprends sa route. Pour continuer à la publier, une maison d’édition a été créée, "Les pommes sauvages", qui a vocation à éditer d’autres publications sur le jardin et le paysage. L’esprit de la revue n’a pas changé : il s’agit, comme dans les six premiers numéros, d’explorer le jardin et le paysage dans leurs dimensions poétique, philosophique et existentielle. Dans chaque numéro, artistes, jardiniers, philosophes, historiens… sont invités à approfondir un thème.

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      Chaque voix qui interroge le jardin, comme l’annonçait le n°1 en 2010, y a sa place, chaque regard aimant qui, sans stériliser son objet, sans prétendre le cerner, fait apparaître son mystère, son genius lociPour les fidèles, le format de la revue n’a pas changé non plus, si ce n’est que nous avons décidé d’illustrer les articles avec des photographies. Le numéro qui vient de paraître est consacré au « chemin » : allées, sentiers, berceaux, escaliers, parcours labyrinthiques ou linéaires, ombragés ou ensoleillés, éléments toujours centraux dans la composition du jardin et dans la trame d’un paysage, porteurs de récits toujours inédits car sans cesse renouvelés.

    Vous pouvez découvrir le sommaire et des extraits des articles sur le site https://lespommessauvages.fr

Prix du numéro : 16 euros (+ 2 euros de participation aux frais de port. Abonnement à 3 numéros (3 ans) : 40 euros (+5 euros de participation aux frais de port). La revue peut se commander sur le site internet ou par chèque, accompagné de votre nom et de votre adresse : Editions les pommes sauvages, Les Gachaux 77510 Verdelot, France. "

(Rédaction de cette note : la revue Jardins de Marco Martella).

N-B : Le thème de ce numéro, "le chemin", est également au sommaire d'une autre revue, tout aussi littéraro-esthétique, la revue Mirabilia, dans son dernier numéro paru, le n°12,  de Vincent Gille et Anne Guglielmetti.

 

Joël Gayraud dédicace sa Paupière auriculaire à la Halle St-Pierre

      Joël Gayraud, qui a aussi collaboré à la revue que je citais précédemment, Mirabilia (dans son numéro 11 spécial "Italie"), a publié récemment un recueil d'aphorismes, de thèses et autres pensées, sous le titre La paupière auriculaire, aux éditions José Corti. Il vient à la Halle St-Pierre le samedi 12 mai, soit dans trois jours donc, à 12h30 (apparemment dans l'auditorium), pour le dédicacer aux amateurs. Je rappelle que j'avais consacré une note à son recueil de nouvelles Passage public, publié naguère aux éditions L'Oie de Cravan.

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 Stéphanie Sautenet à la Galerie Dettinger-Mayer

      Retour de cette artiste qui louche du côté du chamanisme, bref, d'une attitude visionnaire, dans la galerie d'Alain Dettinger où elle avait déjà exposé (en 2009). Son œuvre, très touffue, se reconnaît tout de suite à sa signature graphique très personnelle, et ses coloris atténués, donnant l'impression d'une brume dans laquelle baigneraient en permanence ses nombreux personnages, grouillant. Je réclame plus de contraste chaque fois que j'en vois, mais j'ai peut-être tort, car ce serait au fond récuser l'originalité de ces dessins saturés d'apparitions comme évanescentes, plongées dans une sorte de laiteuse lumière d'où émergent des tons verts et orangés singuliers.

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Exposition Stéphanie Sautenet, 4 place Gailleton, Lyon 2e ardt, du 19 mai au 9 juin 2018. Vernissage 18 mai, 18h30. Ouv. du mardi au samedi 15h-19h30. Tél : 04 72 41 07 80.

 

Jean Smilowski toujours exposé fidèlement par l'association La Poterne (et autres) à Lille

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Ci-dessus, la fresque peinte par Jean Smilowski transférée depuis son ancien "ranch" jusqu'à l'entrée de la mairie du Vieux-Lille ; ph. Bruno Montpied, septembre 2017.

 

Invasion de grenouilles à la Médiathèque La Grande Nouvelle à la Ferté-Macé

cartographies imaginaires,serge paillard,art enfantin,revue jardins n°7,éditions les pommes sauvages,mirabilia,chemins,art visionnaire,stéphanie sautenet,galerie dettinger-mayer,jean smilowski,cinéma et arts populaires      Marc Décimo, spécialiste du "fou littéraire" Jean-Pierre Brisset, originaire de La Ferté-Macé , monte une exposition de cartes postales qu'il a réunies sur le thème de la "grenouille minérale", en hommage sans doute à Brisset qui avait élaboré de savantes théories linguistiques (à base de jeux de mots) pour prouver que l'homme descendait de la grenouille. Il expose sa collection de cartes postales à la médiathèque de la ville du 26 mai au 16 juin prochains.

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(Médiathèque La Grande Nouvelle Le Grand Turc, 8 rue Saint-Denis 61600 La Ferté-Macé)

 

03/04/2018

D'Anglefort à Demin, nouvelle exposition chez Alain Dettinger à Lyon : deux univers originaux à découvrir...

     C'est une riche et originale exposition qui va bientôt commencer à la galerie d'Alain Dettinger au 4 place Gailleton à Lyon dans le 2e arrondissement (du 7 au 28 avril 2018).

Carton d'invitation à expo d'avril 18 chez Dettinger.png

Yves d'Anglefort, sans titre (mais qui doit être pourvu d'un numéro d'ordre non indiqué sur ce carton d'invitation...), 30x42cm, crayons de couleur et encre sur papier, 2017.

Carton d'invitation à la galerie Dettinger, avril 18.png

Demin, D 43, 29x42cm, stylo et crayon de couleur sur papier, 2017. Image du carton d'invitation.

 

     Les deux artistes présentés (en deux expositions parallèles dans les deux salles de la galerie : je parie pour d'Anglefort dans la première, ouverte sur la rue, et Demin – titre de son expo : "Les Altérations chimériques" - dans la seconde, plus intime) me sont chers en effet depuis quelque temps, m'ayant apporté la révélation de deux univers nouveaux et singuliers, tout en maintenant un rapport avec des traditions figuratives spontanées plus anciennes. C'est d'ailleurs la marque unificatrice de ces deux créations, outre le regard du galeriste émérite qu'est Alain Dettinger, dont j'ai maintes fois souligné le talent de dénicheur sur ce blog.

     Yves d'Anglefort a déjà exposé en plusieurs endroits : la Galerie Isola de Francfort ou la Galerie du Marché à Lausanne (c'est par eux que je suis tombé une première fois sur son œuvre). Pour en savoir plus sur sa biographie dont il ne fait pas mystère, on peut se reporter au site web qu'il anime lui-même. Il dessine en majorité (jusqu'à aujourd'hui tout du moins) des sortes de plans remplis de détails, de figures schématiques et d'inscriptions diverses, souvent aux thématiques historiques, le tout dans de vifs coloris. On peut se sentir désorienté de prime abord devant ces dessins multicolores où l'œil ne sait où se poser dans l'immédiat. Cela, du reste,  a été relevé par Sylvie Gallin-Lambert qui vient de lui consacrer un livre joliment illustré avec de nombreuses analyses détaillées de plusieurs dessins ¹. L'auteur, qui se qualifie lui-même "d'artiste art brut" (il a raison, il est un des rares à en avoir le droit, j'y reviens plus loin), se moque avec la plus grande des désinvoltures de la logique historique, en mélangeant les allusions, les citations à différentes périodes de l'histoire, comme le montre par exemple le dessin ci-dessous qui appartient à la collection ABCD...

Yves d'Anglefort ds la coll ABCD.JPG

Yves d'Anglefort, sans titre, coll. ABCD ; Cette "carte du courage.com" fait se rencontrer une cartographie romaine avec des références aux armées napoléoniennes, l'auteur se moquant allégrement de la continuité historique, cédant à tous ses caprices, pratiquant un dessin citationnel automatique au gré de sa fantaisie, souvent non dénué d'un besoin de provocation...

Yves d'Anglefort (Ferradou), dessin n°170, 2014 (2).jpg

Yves d'Anglefort, dessin n°170 (tous les dessins de d'Anglefort ont un numéro d'ordre plutôt qu'un titre, même si le recto dessiné comporte des encarts bourrés de texte, et le verso très souvent des commentaires fort développés (voir -ci-dessous)), 31x42 cm, 2014, ph. et coll. Bruno Montpied.

Yves d'Anglefort, C'est un plan pour envahir l'île de Ré...(2).JPG

Yves d'Anglefort, verso du dessin n°170 : "C'est un plan pour envahir l'île de Ré..." ; le dessin au recto représente les armées de Napoléon s'apprêtant à attaquer l'Ile de Ré pour aller délivrer l'aimée du dessinateur...

 

     Le dessinateur dit ne pas mettre de titre, trouvant cela l'apanage des faiseurs et des prétentieux (opinion discutable, il me semble), mais il strie ses compositions, et les versos de ses œuvres, de commentaires, de remarques marginales, qui ressemblent à des titres, comme autant de rebondissements produits par associations d'idée. Je me suis laissé dire que la galerie Dettinger-Mayer avait l'intention de placer dans son expo certains textes des versos à côté des œuvres exposées, ce qui est en effet une bonne idée .

N° 356 Plan du dessin du destroyer... vers 2017.jpg

Yves  d'Anglefort, dessin n°356, "plan du dessin du destroyer qui combat les ennemis de toi...", 31x42cm, vers 2017 ; comme on le voit, ce ne sont pas seulement des cartes que concocte Yves d'Anglefort, mais aussi des véhicules, des gros animaux...

 

    Yves d'Anglefort se dit "artiste art brut". On sait que, personnellement, je trouve ce mot d'artiste confusionniste, lorsqu'on l'applique aux auteurs d'art brut. On ne retient, en disant cela, que l'aspect de plasticien de ces individus créatifs, en évitant de rappeler que pour correspondre complètement à ce terme d'artiste, il faut aussi un numéro d'INSEE par exemple, vendre soi-même ses œuvres, en faire profession, démarcher des galeries, être reconnu par la société sous cette raison sociale, et aussi s'auto évaluer ainsi (comme me le faisait remarquer récemment un connaisseur du problème, Marc Décimo). Tout ceci peut s'appliquer à Yves d'Anglefort, mais beaucoup moins à la majorité des créateurs dont les œuvres sont collectionnées à Lausanne ou à Villeneuve-d'Ascq. Peut-on, cela dit, continuer à classer notre dessinateur dans l'art brut? La question est plus délicate. L'homme n'est absolument pas dépourvu de culture, notamment artistique, quoique l'histoire paraisse être sa discipline préférée. On a affaire à un homme qui s'est forgé sa propre culture sans passer par les grandes écoles et les universités. Il semble que ce soit par la complexité de ses compositions, parfois passablement foutraques, tout emplies de coq-à-l'âne visuels et écrits, que l'on peut tout de même le ranger aux côtés d'autres bruts. Complexité qui a peut-être quelque chose à voir avec le caractère bipolaire de sa personnalité, avoué par l'intéressé lui-même.

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Demin, dessin sans titre (dialogue de deux monstres ?), stylo et crayons de couleur, 29,7x42 cm, fév. 2018, ph. B.M.

 

    En ce qui concerne le second dessinateur exposé à la galerie Dettinger à partir de samedi prochain, il s'agit d'une autre tisane... L'homme dessine depuis seulement quelques mois, après avoir d'abord tenté la sculpture comme on peut en voir des exemples sur son site internet (encore un qui maîtrise la chose). Ces statues, ainsi que des peintures de Marie Morel, avaient d'ailleurs causé quelque émoi durant le dernier festival d'art singulier à Aubagne, lorsque les édiles municipaux (de droite) avaient demandé leur retrait pour "pornographie", ce qui avait provoqué la fin du festival, ses organisateurs n'acceptant pas la moindre censure. Personnellement, indépendamment de cette question de censure - idiote et rétrograde, cela va sans dire –, j'avais trouvé les statues, quelque peu "expressionnistes", assez peu réussies (c'est le moins que je puisse dire). Alain Dettinger me mit alors, à la fin de l'année dernière, deux dessins du même Demin sous les yeux et je fus au contraire tout de suite conquis, en en acquérant immédiatement un.

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Demin, dessin sans titre (l'auteur pour le moment ne met aucun titre, ni rien qui permette d'identifier ses œuvres), 40x29,7cm, stylo et crayons de couleur sur papier vers 2017, ph. et coll. B.M.

 

      Certes, Demin est par ailleurs psychanalyste (il n'en fait pas mystère). On pourrait croire par voie de conséquence à une inspiration qui serait brochée sur les hallucinations de ses clients. Il paraît particulièrement pressé de faire connaître son œuvre: cela a pour effet de provoquer la méfiance chez plusieurs médiateurs des arts spontanés, se demandant s'ils n'auraient pas affaire à une sorte d'arriviste. L'intéressé répond qu'il doit cela à sa posture d'hyperactif. Il faut que ça pulse...! Il expose ainsi dans plusieurs endroits, galeries, librairie, biennales... Moi, je ne veux regarder que le résultat de ses recherches graphiques, ces monstres obsessionnellement dessinés, sans titre, sans qualifications, aux extrémités souvent bourgeonnant en phallus de toutes tailles, en zigzags coralliens, en guirlandes de crocs... Ils se dressent face au regardeur, les yeux quelque peu hagards, comme fous et hilares, brindezingues au plus haut point, un peu hindous, un peu asiatiques...

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Demin, sans titre (la cage-poisson, titre que je lui donne à part moi), 42x29,7 cm, fév. 2018, ph.B.M.

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Demin, autre dessin sans titre (la femme et l'escargot?), vers 2017, ph. Demin.

 

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¹ Sylvie Gallin-Lambert, Yves d'Anglefort. Un aperçu de son œuvre, Einblick in Sein Werk, auto-édition, bilingue français-allemand, sans lieu ni date (2017 en fait). Ce livre est un premier document précieux sur les dessins d'Yves ; une seule fausse note : une couverture à l'illustration fort mal choisie, qui n'invite pas à ouvrir le livre (voir ci-dessous). On se procurera le livre auprès de divers sites de vente par internet en tapant les mots-clés "Yves d'Anglefort".

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30/03/2018

La Fabuloserie parisienne voit double: expositions Sylvia Katuszewski et Simone Le Carré-Galimard

     La Fabuloserie se dédouble ces temps-ci, ou met les bouchées doubles, comme l'on voudra... Travaillant toujours avec les artistes qui l'aiment, qui fréquentaient parfois son ancienne galerie historique précédente (l'Atelier Jacob pour ne pas le nommer), ou des artistes disparus dont elle possède des œuvres qu'elle veut bien céder (la Fabuloserie en Bourgogne a besoin de faire face aux lourdes charges financières qui lui incombent, surtout depuis la disparition de Caroline après son mari Alain Bourbonnais), la voici qui présente dans deux endroits distincts à Paris Sylvia Katuszewski et Simone Le Carré-Galimard.

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Portrait de Simone Le Carré-Galimard, ph. archives Fabuloserie, reproduite par A. Gentil en carte postale d'annonce de son exposition.

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Verso de la carte d'annonce de l'expo.

 

     Cette dernière, qui exposa à l'Atelier Jacob en 1976, est à voir rive droite, dans une curieuse boutique (57 bis, boulevard de Rochechouart, 9e ardt, à côté de l'ancien emplacement du cirque Médrano, M° Pigalle), présentée sur un mur peint en noir, à côté de diverses fripes (qui sont la marchandise usuelle de l'endroit), et hébergée par un jeune passionné d'art brut et apparentés, Antoine Gentil (que l'on a déjà remarqué comme commissaire d'exposition au MAHHSA et comme guide conférencier au sujet de Daniel Cordier à la dernière OAF), du genre individu haut en couleur, et plutôt inclassable (puisque fripier et commissaire d'exposition), à l'image des créateurs et artistes qu'il aime présenter ou collectionner... L'expo ne dure que jusqu'au 7 avril, il faudra donc vous dépêcher. Les œuvres présentées, une grosse quinzaine environ, sont de tout premier ordre. Il vaut mieux prendre rendez-vous, si vous venez de loin notamment, car l'animateur de la boutique peut parfois s'absenter.

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Les œuvres de SLG à la friperie du 57 bis boulevard de Rochechouart, ph. Bruno Montpied.

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Sylvia Katuszewski, œuvre en céramique, ph. Fabuloserie.

 

     Rive gauche, dans les locaux de la Fabuloserie parisienne, rue Jacob, dont j'ai déjà eu maintes fois l'occasion de parler, Sophie Bourbonnais et Marek Mlodecki, ce dernier toujours aussi ingénieux en matière de scénographie et d'accrochage, ont donc choisi d'attirer l'attention sur une artiste céramiste et dessinatrice, Sylvia Katuszewski, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler, puisque dans son œuvre, je suis principalement partisan de ses travaux graphiques, crayon et pastel, à la thématique semble-t-il volontairement limitée (les femmes, les mères et les filles).

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Sylvia Katuszewski, dessin aux crayons (mine de plomb?), au titre non relevé par moi à l'expo de la Fabuloserie, ph.B.M.

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Sylvia Katuszewski, dessin au pastel sur papier, titre non relevé, ph.B.M.

 

    Ce qui est curieux, chez cet artiste, c'est le chemin vers la naïveté et l'innocence qu'elle a choisi, face à un mari, lui aussi dessinateur (et un fortiche, qui plus est!), Marcel Katuchevsky, qui se dirige plutôt vers des compositions complexes, fouillées, presque cérébrales dans certains cas. Je dois avouer que je suis plus sensible à cette quête d'ingénuité – "la pierre angulaire de l'ingénuité", disait, il me semble, André Breton – qu'à la pente vers la complexité, même si je sais reconnaître, et admirer, la virtuosité qui l'accompagne.

L'exposition de Sylvia Katuszewski, "Terre, pastel, dessin", dure du  24 mars au 5 mai 2018. La Fabuloserie Paris, 52 rue Jacob Paris 6e ardt, 01 42 60 84 23, du mercredi au samedi 14h-19h.

29/01/2018

PIF, PAF, POUF

    "PIF (Patrimoines Irréguliers de France) est une association ayant pour objectif la protection et la mise en valeur d’univers inventés par des irréguliers de l’art. Bâtis, sculptés et/ou dessinés, ces patrimoines fleurissent dans les banlieues du système culturel, qu’ils court-circuitent pour leur résistance à être saisis, à être catégorisés. Ils associent plusieurs techniques, médiums et disciplines et évoluent avec les auteurs qui les créent, suivant le flux de leurs rêveries. Réels et irréels à la fois, ils sont donc évolutifs, éphémères, interdisciplinaires, inclassables. Ils demeurent souvent dans la clandestinité, risquant l’oubli. A travers des rencontres, des expositions et des publications, Patrimoines Irréguliers de France vise à faire sortir de l’ombre ces lieux autres, qui ouvrent une brèche dans le réel, en suggérant que la vie est rêve."

    C'est le laïus que m'a envoyé récemment la fondatrice, Roberta Trapani, avec deux autres acolytes, de cette association qui veut développer un certain flair (hi, hi) en matière d'"environnements singuliers", comme elle préfère dire pour désigner les "univers" de créateurs populaires ou d'artistes marginaux.  En effet, je souligne ce terme d'univers qui nous indique qu'il ne s'agit pas seulement d'attirer l'attention des amateurs sur des environnements ou des sites, mais aussi sur des objets. On peut supposer en effet que les animateurs de ce PIF (PAF¹-POUF) s'intéressent aussi bien à des œuvres morcelables qu'à des ensembles de pièces créées pour être solidaires dans l'espace, comme dans le cas des environnements spontanés des habitants-paysagistes bruts ou naïfs. Quoique jusqu'à présent, d'ailleurs, l'association ait passablement mis l'accent sur des artistes singuliers plutôt que sur des créateurs populaires – comme Jean Linard (et sa "Cathédrale" en mosaïque, mal digérée de visites chez Picassiette, mixée à de vagues architectures de tipi amérindiens) – que personnellement je ne considère pas du tout comme faisant partie des environnements populaires spontanés, ou de l'art brut. On devine en tout cas qu'il s'agit pour cette association, au fond, de ne pas élever de distingo entre artistes et créateurs, comme je le fais personnellement, tout au contraire, sur ce blog (et dans mes livres), soucieux que je suis d'attirer l'attention sur une inspiration qui naît en milieu non artiste. Car cela remet en cause la division du travail chez les artistes patentés, et la notion commune que nous avons tous de l'art, généralement perçu comme une activité plus ou moins sacralisée, praticable seulement par une caste d'élus. Ce n'est donc pas seulement un caprice terminologique de ma part. 

Expo Jean-Luc Johannet à la HSP février 2018.jpg

Le  dessin qui sert d'illustration à ce carton relève a priori d'une iconographie illustrative fantastique, proche de la bande dessinée (genre Fred) des années 1970, de la revue Planète aussi, d'un  certain psychédélisme futuriste et alternatif... ; elle ne rend pas trop compte des autres productions de cet artiste, qui me paraît avoir créé, aussi, si je me souviens bien,  des machines imaginaires.

 

     Le PIF présentera du 1er février au 25 février prochain une exposition, dans la galerie de la Halle Saint-Pierre, consacrée plutôt, justement,  à un artiste marginal (synonyme à mes yeux d' "artiste singulier"), Jean-Luc Johannet.

 

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Ce que fait de plus original, je trouve, l'artiste : cette maquette d'une ville de rêve... Expo dans la galerie au rez-de-chaussée de la Halle St-Pierre, ph. Bruno Montpied, février 2018.

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¹ Le PAF reste à créer en effet... Le Patrimoine Anarchique de France... Et le POUF : Patrimoine Oublié Ubuesque de France?

 

07/01/2018

Benjamin Péret à la Halle Saint-Pierre, quelques événements pour un riche retour sous la lumière

      Du 8 au 28 janvier, la Halle Saint-Pierre accueille une évocation de Benjamin Péret dans sa "galerie" du rez-de-chaussée, centrée sur les voyages qu'il fit entre 1955  et 1956, fasciné par les arts des Indiens et l'art populaire du Brésil. En effet, les éditions du Sandre, au même moment où elles publiaient mon Gazouillis des Eléphants – qui traite aussi d'art populaire – a sorti en novembre 2017 un beau livre consacré à Benjamin Péret et intitulé Les arts primitifs et populaires du Brésil, photographies inédites, qui illustre une fois de plus le profond intérêt qu'éprouvait le poète surréaliste pour l'art primesautier où qu'il se manifeste dans le monde. Si la galerie de la Halle présente sept vitrines d'exposition de différents documents et objets relatifs à cette période de la quête pérétienne, le tout sous le titre "Du merveilleux, partout, de tous les temps, de tous les instants", il convient de signaler – outre le vernissage (en entrée libre, comme tout ce qui concerne ces événements) autour de Péret qui aura lieu le jeudi 11 janvier prochain de 18h à 21h – également une après-midi consacrée à la présentation du livre, ainsi qu'à celle du dernier numéro  (le n°6) des Cahiers Benjamin Péret dans l'auditorium de la Halle, au sous-sol, le dimanche suivant 14 janvier, à 15h. Cela se fera en présence de Leonor de Abreu et de Jérôme Duwa, co-responsables du livre des éditions du Sandre, ainsi que de Gérard Roche (président de l'Association des amis de BP), celui-là même qui vient de signer la magnifique et vivante édition de la correspondance André Breton-Benjamin Péret chez Gallimard (2017).

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Une correspondance fascinante, pleine de vie, qui restitue les deux poètes avec une spontanéité et une chair que l'on ne rencontre pas de la même manière dans leurs autres écrits (même si Péret écrivait comme il respirait) ; certainement un des meilleurs volumes de la correspondance jusqu'ici parue concernant Breton. A n'en pas douter, ce furent eux les piliers du château étoilé...

 

     Il faut dire que l'actualité éditoriale est richement consacrée au retour de Benjamin Péret dans nos esprits et dans notre mémoire en ce moment. Il ne faut pas oublier de mentionner en effet la très bonne biographie de Barthélémy Schwartz, Benjamin Péret, l'astre noir du surréalisme, parue en 2016 chez Libertalia¹, qui permettra à tous ceux qui apprécient cet enfant terrible de la poésie, de l'amour sublime et de la révolte, s'ils ne savent pas de qui il s'agit exactement, de faire un copieux tour du personnage, documenté de faits, d'analyses et d'anecdotes savoureuses comme celle qui campe Péret, sortant de chez André Masson, et qui, chaque fois qu'il passait devant la loge où les concierges laissaient voir leur repas en famille, lançait : "Alors? Elle est bonne la merde?", ou encore cette autre, racontée par Marcel Duhamel, où, déambulant en voiture avec Tanguy, Prévert et Duhamel, il tirait au revolver en l'air au long des routes, comme un fêtard mexicain...

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Photo de Benjamin Péret extraite du livre aux éditions du Sandre ; Lampião et Maria Bonita, céramique polychrome, Mestre Vitalino, Caruaru, État du Pernambouc, coll. Museu de Arte Popular, Recife.

 

    Benjamin Péret, comme le souligne pertinemment Schwartz dans sa biographie, était un des rares autodidactes du mouvement surréaliste, avec Yves Tanguy, par ailleurs d'origine bretonne comme lui (Péret était nantais). Cela est à mettre en liaison directe avec son goût jamais démenti pour les techniques automatiques surréalistes, lui servant à lâcher les rênes d'une inspiration qui ne mettait jamais longtemps à traîner dans la boue les autorités, le clergé, l'armée, les juges, tout ce qui s'opposait à l'exercice de la liberté et de l'amour. Et cela explique aussi, outre le fait qu'il était de par ses origines prolétaires anti élitiste et anti bourgeois, sa compréhension profonde pour les arts populaires, les mythes et légendes dont il prisait essentiellement l'esprit magique, le merveilleux sous toutes ses formes (voir par exemple cet article qu'il consacra dans Minotaure aux armures délirantes de la Renaissance, ou aux automates) et vers la dernière partie de sa vie, pour deux figures importantes de l'art singulier (aux limites de l'art brut), Robert Tatin et Gaston Chaissac.

Benjamin Péret l'astre noir du surréalisme.jpg

    En effet, si l'on connaît le texte qu'il consacra à Chaissac, daté de 1958, dans l'édition de luxe des Inspirés et leurs demeures de Gilles Ehrmann, L'homme du point du jour, tel qu'édité dans le livre d'Henri-Claude Cousseau sur l'œuvre graphique de Chaissac chez l'éditeur Jacques Damase en 1982, texte différent (on découvre en effet des paragraphes alternatifs d'une version  à l'autre...) de la version intitulée Sur Chaissac dans Benjamin Péret, Œuvres complètes Tome VI (Association des amis de Benjamin Péret/libraire José Corti, 1992), on connaît bien moins le texte étonnant qu'il écrivit pour présenter Robert Tatin en 1948 (il venait de rentrer du Mexique en France), découvert par hasard semble-t-il, dans une galerie rue du Petit-Musc à Paris. Ce texte – inédit dans ses Œuvres Complètes – avait été proposé à Jean Dubuffet pour le projet d'Almanach de l'Art brut que ce dernier décida finalement de ne pas publier, en raison probablement de son désaccord ultérieur avec Breton. Il vient d'être (enfin) publié (en 2017, là aussi), en reprint d'après les tapuscrits, par la Collection de l'Art Brut, l'Institut Suisse d'Etude de l'Art et 5 Continents. Il nous montre que Péret n'eut de cesse de veiller aux irruptions de poésie sauvage qu'elles proviennent des jungles amazonienne ou mexicaine, ou de zones marginales de la créativité populaire en France. Voici un passage qu'il écrit au sujet de Tatin, alors seulement céramiste et peintre, et n'ayant donc pas commencé son environnement ébouriffant et syncrétique de la Frénouse à Cossé-le-Vivien en Mayenne (il recroisera la route des surréalistes au début des années 1960, ce que Péret n'aura  pas su puisqu'il décédera en 1959) : "Sa peinture a en effet  la force primitive de tous les arts archaïques (...) Robert Tatin revient donc aux origines mêmes de l'art, au point d'intersection qui contient en puissance l'infini des possibilités."  (L'Almanach de l'Art Brut, p. 473). Dans ce même Almanach, on trouve un autre texte sur les peintures populaires des cafés mexicains où l'on buvait de la pulque (alcool d'agave), Enseignes de pulquerias. Il me semble qu'il a été édité dans ses Œuvres complètes, dans le tome VII (à vérifier). A propos de ces Œuvres complètes (sept jusqu'à présent), on notera aussi un texte qu'il consacra à l'architecture délirante de Gaudi à Barcelone.

     Péret aurait vécu plus longtemps, nul doute qu'il aurait fait un tour plus appuyé du côté de tous les inclassables de l'art et autres poètes plastiques de la spontanéité apparus après les années 1960, du côté de l'art brut et dans ses marges. De l'art brut, je n'ai relevé jusqu'à présent qu'une  mention par Péret. Elle figure dans son texte contre l'art abstrait, La soupe déshydratée, paru dans l'almanach surréaliste du demi siècle (réédité par Plasma en 1978). Et il est dit quelque part (un texte d'exégète dans la récente édition de l'Almanach de l'art brut ? J'avoue avoir la flemme d'aller retrouver la source...) qu'il accompagna Breton et Dubuffet aux Puces lorsqu'il s'agit d'aller acquérir des masques en coquillage de Pascal-Désir Maisonneuve vers 1948, à l'époque où tout allait encore bien entre le pape de l'art brut naissant et le chef de file du mouvement surréaliste...

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¹ On rappellera aussi le film de Remy Ricordeau, déjà signalé sur ce blog, Je ne mange pas de ce pain-là, Benjamin Péret poète c'est-à-dire révolutionnaire, sorti en DVD, production Seven Doc, sorti en 2015. La première partie de son titre est repris du titre d'un des recueils de Péret, tandis que la deuxième récupère un autre titre, celui  d'une émission de radio de Guy Prévan de 1999, elle-même, comme il est précisé dans les commentaires ci-après par R.R.., reprenant un fragment du Déshonneur des poètes, ce livre de Péret contre la poésie de circonstance qui fit scandale chez les Aragonéluards en 1945, puisqu' y étaient visés les poètes stalino-nationalistes qui à la Libération confisquaient la vie culturelle à Paris.

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Association des amis de Benjamin Péret 
50, rue de la Charité
60009 Lyon

20/12/2017

La Fabuloserie Paris en pleine forme: expos Marie-Rose Lortet et Michaël Golz, deux événements pour finir l'année en beauté

     On entend dire ici et là qu'il n'y aurait qu'une galerie d'art brut à Paris. Mais on dit tellement de bêtises. On oublie notamment de prendre en compte la Fabuloserie qui a ré-ouvert une antenne parisienne rue Jacob dans le VIe arrondissement en plein Saint-Germain-des-Prés, certes récemment en ce qui concerne cette réouverture, mais en renouant avec un passé nommé "Atelier Jacob" (1972-1982). Ce fut d'ailleurs cet Atelier Jacob qui représenta dans la capitale  la première galerie d'art brut, ou "hors-les-normes" comme préféra vite dire son animateur Alain Bourbonnais.  Je me suis déjà fait l'écho de certaines des précédentes expositions de cette nouvelle "Fabuloserie Paris".

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     Sophie Bourbonnais et Marek Mlodecki qui l'animent, sont fort dynamiques ces temps-ci, en dépit des efforts qu'ils doivent consentir pour tenir la baraque, comme on dit. Ils ont monté une très bonne exposition des broderies fort inspirées de Marie-Rose Lortet, une ancienne de l'art singulier ou hors-les-normes, excellent exemple de ce que peut avoir de mieux à fournir l'art dit singulier, si galvaudé dans tant de festivals de province, où le moindre barbouilleur amateur de têtes à Toto, né de la dernière pluie, s'improvise facilement artiste à la Chaissac (sans bien sûr avoir rien compris à ce dernier). L'expo Lortet court jusqu'au 30 décembre, il faut donc se presser. On y retrouvera des "masques" de fil, parfois multiples au sein de compositions élaborées (ce qui me touche personnellement plus particulièrement), mais aussi quelques "architectures" de fil blanc comme celles qu'on avait pu admirer dans une exposition passée  à la Halle St-Pierre il ya quelque temps ("Sous le vent de l'art brut 2", 2014).

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Marie-Rose Lortet, Les ptites têtes en l'air, ph. Bruno Montpied, 2017.

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Marie-Rose Lortet, achitectures de fil présentées à l'étage de la Fabuloserie Paris, ph. B.M., 2017.

 

       Mais les Fabulosiens de la rue Jacob ne se sont pas contentés d'une seule expo. Eblouis, à juste titre, par la récente découverte de Michaël Golz, créateur allemand d'un pays imaginaire, l'Athosland, décliné en dizaines de fragments de cartographie s'emboîtant les uns aux autres dans un puzzle sauvage qu'ils ont décidé d'exposer dans une scénographie proliférante, comme contaminante, ils ont obtenu de la galerie voisine, de l'autre côté de la rue, qui fut autrefois le siège de l'Atelier Jacob d'Alain Bourbonnais (berceau de l'entreprise fabulosienne, je le répète), la galerie Eric Mouchet, qu'elle les laisse l'envahir avec le plan proliférant étonnant  du "pays d'Athos" créé par Michaël Golz (expo prévue pour durer jusqu'au 11 janvier 2018).

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"Athosland", la carte du pays imaginaire, comme un tsunami cartographique! Ph. B.M., 2017 ; "Une fois ses différentes parties assemblées, elle atteint une surface d'environ 14 x 17 mètres"... (texte de présentation sur le carton d'invitation à l'exposition de la collection de l'Art Brut à Lausanne du 9 juin au 1er octobre 2017).

 

      L'œuvre de ce dernier, outre le prodige mémoriel qu'elle représente (Golz semble se faire une représentation mentale complète du plan dont il assemble les parties sans erreur, les continuant sans problème de jointure autre que des manques en matière d'outils : pastel, feutres, crayons...), vaste plaine parcourue de nœuds d'autoroutes et de voies de chemins de fer, et couverte d'une mosaïque de terres agricoles et de ville tentaculaire, le tout traversé d'un gigantesque fleuve, vaut avant tout par le récit qu'il en fait et dont on a recueilli seulement quelques fragments, là encore, dans des témoignages écrits (voir le catalogue de l'exposition du kunstmuséum de Thurgovie – Kartause-Ittingen à Warth, Suisse – transférée ensuite à la Collection lausannoise de l'Art Brut), voire dans l'interview qu'en a fait Philipe Lespinasse dans son documentaire, Athosland (33 mn.) présent sur le DVD "Paul Amar, Michaël Golz, Josef Hofer, Anna Zemankova" (Lokomotiv Films/Collection de l'Art Brut Lausanne), film qui constitue une première porte d'entrée dans l'univers fantastique de Golz fabuloserie paris,galerie d'art brut,marie-rose lortet,michaël golz,sophie bourbonnais,marek mlodecki,philippe lespinasse.

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Athosland, la même carte que ci-dessus, présentée différemment lors de l'exposition au musée de Thurgovie.

 

      Le petit catalogue édité par le musée de Thurgovie, sous la direction de Markus Landert et Christiane Jeckelmann donne des indications précieuses sur le travail que poursuit Michaël Golz depuis son enfance, en compagnie ici et là de son frère Wulf (les auteurs du catalogue avancent la date de 1977 pour le départ définitivement intense de la création). Son pays de fantaisie emprunte au monde réel tout en étant parfaitement investi des désirs imaginatifs de son auteur. C'est un pays de liberté totale où le merveilleux est monnaie courante. Tout le monde y porte les cheveux longs.  On peut y prendre des congés à volonté, les robots accomplissant le travail à la place des humains (cela rappelle certains rêves situationnistes). On peut payer provisoirement  avec des brins d'herbe, des boutons ou des feuilles d'arbre quand on manque de monnaie (des marks alternatifs). On peut même ressusciter  temporairement ses proches décédés, dès qu'on en a envie, en appuyant sur des boutons dans les cimetières (Golz ajoute: "Quand vous en aurez assez, rapportez les morts au cimetière. Les Broutsch viendront les chercher pour les remettre en terre et les plongeront dans un profond sommeil, jusqu'au prochain réveil.")... Ce pays n'est pas que merveilleux, le mal y rôde aussi, sous la forme de sortes de démons, les "Teufels-Ô-Ifiche" (= "diables-Ô-Ifichen", l'auteur forgeant souvent des néologismes), que soutiennent des "indigènes malveillants" et des "Glätschviecher" (="Bêtes-glassiaires"), à la gueule gelée. Golz paraît fasciné par moments par la cruauté, en décrivant des bains de sang bouillonnant, des enfants arrachés à leurs mères à la naissance directement depuis l'utérus pour être engoncés de force dans d'étranges combinaisons de caoutchouc dont ils ne sortiront plus jamais.... Une pollution, causée par des fumées noires et puantes crachées par des usines, menace régulièrement l'atmosphère d'Athosland. Certains lieux portent l'empreinte de personnes qui ont compté dans l'histoire de l'auteur, inclinant le spectateur à penser qu'il se trouve, devant cette topographie en perpétuelle évolution (Golz collant parfois des versions nouvelles des fragments les uns par dessus les autres), en réalité devant une image gigantesque de la mémoire de son créateur, fondue avec la carte d'un territoire et d'un monde utopiques.

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Couverture du catalogue de l'exposition Michaël Golz au musée de Thurgovie et à la collection de l'Art Brut de Lausanne.

 

      Ce pays imaginaire, concrétisé par des images et des mots à parts égales donc, progresse sans cesse. Elle n'est pas sans me rappeler la création monumentale et multiple d'Henry Darger aux USA qui lui aussi se plongea tout entier dans la peinture d'un univers alternatif imaginaire, théâtre d'une guerre entre adultes et enfants, qu'il représenta sous forme de livre immense, Dans les royaumes de l'irréel. On peut également penser à Wolfli et à son univers infini où il régnait en super-empereur.

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Les classeurs de Michaël Golz à la Fabuloserie Paris, ph. B.M., décembre 2017.

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Michaël Golz, trois œuvres exposées à la galerie de la Fabuloserie, ph. B.M., déc.2017.

 

     Il apparaît d'ores et déjà difficile de mesurer toute l'étendue de cette invention topographique, l'auteur l'imaginant aussi vaste et proliférant, perpétuellement métamorphosé, que le monde réel. A part sa carte, il produit aussi des dessins isolés, en noir et blanc et en couleur, des classeurs remplis de dessins et d'inscriptions (voir ci-dessus) qui apparaissent comme les pendants narratifs de la carte, donnant beaucoup de précisions, notamment sur les personnages, les "bêtes-glassiaires" et les "diables" par exemple. L'ensemble est très proche de la forme d'une bande dessinée, et comporte de nombreuses onomatopées. Il semble que trois "héros" y figurent en permanence, peut-être des avatars de Golz lui-même avec son frère Wulf et sa sœur Dorothée. Certains de ces classeurs sont déjà dispersés du fait de ventes, mais Golz, qui veut les retravailler sans cesse garde des photos de ses pages sur son ordinateur. Si Golz en avait créé huit au moment de l'exposition au musée de Thurgovie, il planifiait d'en réaliser vingt au total... De plus, comme nous l'apprend le catalogue du musée de Thurgovie (épuisé, mais dont j'ai obtenu, grâce à la gentillesse de Sophie Bourbonnais et de Marek Mlodecki, la version française fort précieuse pour établir cette note), Michaël Golz a rédigé un tapuscrit en 2012, encore inédit à ce jour, qui permet de se faire une idée plus précise d'Athosland par un récit se présentant sous la forme d'un glossaire.

     La Fabuloserie Paris a réussi un coup de maître en parvenant à faire venir cette création incroyable en plein Paris, c'est là sans doute sa manière de nous faire un splendide cadeau de Noël.

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     On signalera également que la galerie parisienne de la Fabuloserie propose aux visiteurs un comptoir avec différents ouvrages en rapport avec l'art brut ou l'art hors-les-normes (comme quelques titres de la collection La Petite Brute), dont bien sûr divers livres liés à l'actualité de la Fabuloserie (comme la correspondance Bourbonnais-Dubuffet parue chez Albin Michel très récemment). Le Gazouillis des éléphants y est également présent.

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12/10/2017

Deux autres expositions à voir: "Pop collection" et Michel Zimbacca à l'Usine

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Couverture du carton annonçant l'exposition-vente de la collection de Pascal Saumade à l'Arts factory (11 octobre- 17 novembre 2017)

 

    J'ai un petit rab d'annonces à faire concernant deux expos. Rue de Charonne, dans la galerie de l'Arts factory, connue jusqu'ici pour être "le premier espace d'envergure entièrement dédié à la scène graphique contemporaine",  ils ont invité Pascal Saumade de la Pop galerie (galerie nomade, qui s'expose notamment à l'Outsider art fair ; une nouvelle édition est d'ailleurs pour bientôt, à l'Hôtel du Duc, rue de la Michodière dans le IXe ardt à Paris). J'ai eu l'occasion de parler de lui, qui fut l'organisateur de plusieurs expos en collaboration avec le musée des arts modestes de Sète. Une partie de sa collection – le tiers paraît-il  – est présentée rue de Charonne. Cela part dans tous les sens, bien en accord avec l'éclectisme revendiqué du galeriste-collectionneur, amateur en gros de tout ce qui constitue l'art populaire contemporain, autre nom de l'art modeste.

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Jean Pous dans Pop Collection, photo Bruno Montpied.

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Rnord (?), portrait d'une femme, crayon graphite, ph. B.M.

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Philippe Jacq, assemblage et terracotta, 2015-2017. Ph. B.M.

       On trouve des posters du Ghana (ils furent exposés par l'Arts Factory au temps où ils étaient installés rue d'Orcel dans le XVIIIe), des paños chicanos, de l'art "outsider" afro-américain (S.L. Jones par exemple), des artistes graphistes divers (Javier Mayoral, Anne Van Der Linden), de l'art brut (quatre dessins de Jean Pous, Guy Brunet - affiches, portraits -, Charles Boussion, Yves Jules, Patrick Chapelière, Jean Tourlonias, Pépé Vignes...), des dessins d'inconnus (R Nord), de l'art populaire sétois (Aldo Biascamano dont le tryptique sur la "pêche à la traïne" fait beaucoup penser aux faux ex-voto de Gérard Lattier), de l'art singulier (François Burland,  Jaber, Nidzgorski, Angkasapura, Sendrey, Jacqui, etc.), de l'art naïf même (Germain Tessier) et ce que Saumade et l'Arts factory appellent du "Rock'n'Folk Art" (voir liste ci-dessous). Tout cela mélangé dans une grande arlequinade de 300 œuvres où personnellement j'aurai tendance à opérer un tri, car tout ce qui est produit là n'est pas de la même provenance sociologique – l'usage social de l'art définissant aussi celui-ci. Sans compter que tout n'y est pas toujours de premier ordre au point de vue poético-esthétique. Il reste qu'on a toujours intérêt à suivre les curiosités de Pascal Saumade, qui est de la race des grands fureteurs.

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Liste des exposants à l'Arts factory, expo "Pop Collection".

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Michel Zimbacca à l'Usine

      Sous ce titre, j'ai l'air de vouloir renvoyer Zimbacca en arrière, il y a très longtemps au temps du travail. Car cela fait un bout de temps qu'il a pris sa retraite, quoique pas celle du merveilleux. Surréaliste discret (depuis son arrivée dans le groupe dès 1949) – ultra discret même –, on connaît surtout de lui des films, qui ont été réunis récemment en DVD, dont  L'invention du monde, très connu auprès des cinéphiles amateurs de documentaires sur l'art, et, en l'occurrence, sur le monde des arts tribaux (le commentaire était de Benjamin Péret). Certains seront projetés d'ailleurs le 28 octobre à 20h à la galerie L'Usine de Claude Brabant (102 boulevard de la Villette, dans le XIXe ardt parisien).

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     Cette même galerie a en effet l'insigne honneur de nous proposer une exposition rare d'autres œuvres de Michel Zimbacca : des peintures, des dessins, des collages et des objets. J'en suis personnellement curieux, moi qui recopiais récemment un récit de rêve de 1998 où justement j'interrogeais Zimbacca sur les travaux graphiques et autres qu'il avait pu faire et sur lesquels ils se montrait fort discret. Je l'ai toujours imaginé, se réservant pour lui et ses proches les fruits variés et éclectiques de ses flâneries mentales, de ses digressions et rêveries intimes, si profondément intimes qu'elles durent peut-être lui paraître de nature à être réservées au cercle de sa vie quotidienne. Ce qui provient de l'inconscient et du hasard en effet apparaît bien souvent comme risquant de se galvauder au contact du monde extérieur. C'est affaire de pudeur et de scrupules qui sont également pratiqués par les auteurs d'art brut et qui expliquent que l'on découvre les œuvres de ces derniers bien souvent de façon posthume. La galerie l'Usine, galerie pour happy few, au charme secret lui aussi, est sans doute l'endroit idéal pour présenter, de façon anthume heureusement, les résultats des prospections mystérieuses du poète Michel Zimbacca. Avis aux amateurs, l'expo ne dure que deux semaines...

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Une curieuse production spontanée de Michel Zimbacca, réalisée à la fin d'un repas sur un bout de nappe en papier qui fut partiellement brûlée, coll. B.M., 2002 ; un oiseau passablement dépenaillé est jeté en travers du papier déchiré, celui-ci adoptant – involontairement? – la forme d'une tête dont la bouche est soulignée par la couleur du papier brûlé, les yeux étant figurés pour le premier par un cercle dans une serre de l'oiseau et pour le second par l'œil de l'oiseau lui-même.

02/10/2017

Expositions en pagaille tous azimuts

      L'automne est là, les feuilles roussissent, avant de se faire bientôt ramasser à la pelle, les marrons commencent à jaillir de leurs bogues, je ne vous apprends rien, et, comme d'habitude, l'actualité des expositions connaît l'emballement habituel des rentrées. Cela me donne des scrupules : par lesquelles commencer? C'est du boulot, et je renâcle à me faire le complaisant écho de ces manifestations qui toutes ne me font pas sauter en l'air, surtout quand elles participent d'un certain ron-ron au point de vue du choix des exposants (j'en ai un peu marre de voir parler des mêmes artistes ou créateurs : Robillard et ses sempiternels fusils pour investisseur  en poncifs de l'art brut, Joël Lorand ou Ody Saban, les arbres qui cachent la forêt de l'art singulier). Alors, j'ai envie aujourd'hui de mettre plusieurs expos dans une même note, en vrac, sans trop de commentaires, et dieu, comme on dit (je n'irai pas jusqu'à lui mettre une majuscule), reconnaîtra les siens.

     Toutes celles que j'indique ci-après, cependant, après un tri rigoureux, me paraissent dignes d'intérêt, et sont donc une sélection automnale non exhaustive de ce qui a trait à l'art singulier, brut, outsider, spontané, surréaliste spontané, etc.

      Exposition Outsider Art III, "Art brut haïtien contemporain" : Charles Djerry, Jean-Baptiste Getho, Frantz Jacques dit Guyodo, Alexis Peterson, Fanfan Romain, Pierre-Paul Lesly. Du 5 octobre au 4 novembre 2017. Galerie Claire Corcia et Polysémie.

Outsiders haïtiens à la galerie Corcia, Guyodo.jpg

Guyodo à la galerie Corcia ; à noter qu'on a découvert cet artiste autodidacte (dont les graphismes, intéressants, ressemblent tout de même pas mal à d'autres œuvres déjà vues ailleurs dans le domaine de l'art brut, vous savez, tous ces dessins griffonnés au stylo Bic...) à l'expo du Grand Palais, "Haïti, deux siècles de création contemporaine" (19 novembre 2014-15 février 2015), où il était présenté avant tout comme un sculpteur, un récupérateur de matériaux variés, unifiant ses assemblages sous des couches de pulvérisation d'aluminium (technique qui fait beaucoup penser à celle des Staelens en France qui unifient également leurs assemblages de même manière, quoique en rouge, ou minium). A priori donc, ne relevant pas strictement, pour des raisons sociologiques de l'art brut annoncé sur l'intitulé de l'expo. A noter qu'on parle rarement d'art brut haïtien, plutôt d'art naïf. Ou d'art vaudou. Ces délimitations terminologiques sont bien délicates...

 

     Claude et Clovis Prévost exhibent leur "exposition multimédia (photographies, films et œuvres d'artistes depuis 1963), avec la contribution des Rocamberlus de Georges Maillard, en son jardin de pierres d'Osny dans le Val d'Oise" à la Villa Daumier à Valmondois. Ouvert le week-end du 9 septembre au 15 octobre 2017. C'est bien sûr à l'occasion de la réédition de leur livre Les Bâtisseurs de l'imaginaire, aux Belles Lettres. Sur leur carton d'invitation, une photo non légendée (voir ci-dessous) montre un monsieur barbu d'allure distinguée posant devant une sorte de portail germinatif qui paraît indiquer une inspiration naturelle, quoique mâtinée d'une certaine culture, donc relevant à mes yeux du corpus des environnements singuliers (genre Robert Tatin). Ce doit être, par élimination de ce que nous connaissons déjà des trouvailles de Claude et Clovis Prévost, le dénommé Georges Maillard avec ses "Rocamberlus". Mais on aimerait que les Prévost le confirment.

Georges Maillard peut-être, ph Clovis Prévost.jpg

Photo Clovis Prévost.

 

      La Galerie Les Yeux Fertiles pour sa part s'apprête à établir des "Connexions" entre art brut, surréalisme et art singulier. A ses visiteurs de rendre à César... ce qui appartient à chacune des étiquettes en question. Deux cas parmi les exposants que je situe mal, les dénommés "L. Smith" (créateur populaire afro-américain?) et "D.Valdés-Lilla" Au chapitre du surréalisme, on rangera seulement Masson et les Cadavres exquis, Mirabelle Dors (qui inventa une éphémère "tendance surréaliste populaire") et en prenant quelques libertés, Louis Pons. Du côté de l'art singulier, je placerai personnellement, Bettencourt, Rispal, Sefolosha et Chomo (souvent abusivement rangé dans l'art brut). A noter cinq contemporains dans cette liste, Pons, Sefolosha et Rispal, voire Charles Boussion, un authentique créateur d'art brut d'aujourd'hui, avec Lubos Plny aussi. Pourquoi avancer, dès lors, M. Morand, que la galerie ne se tourne pas vers l'art contemporain? Vous avez le contemporain sélectif? (Pourquoi pas, d'ailleurs?).

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A la nouvelle galerie de la Fabuloserie à Paris, l'expo d'automne est consacrée à Genowefa Magiera, seule cette fois.guyodo,art brut haïtien,art naïf haïtien,claud eet clovis prévost,environnement ssinguliers,georges maillard,rocamberlus,villa daumier,outsider art 3,galerie les yeux fertiles,surréalisme,art brut,art singulier On se souviendra en effet qu'elle fut une première fois présentée dans l'expo d'art brut polonais précédente, à la galerie parisienne et plus récemment à la Fabuloserie dans l'Yonne. C'est une trouvaille de Sophie Bourbonnais en compagnie de Marek Mlodecki, suite à des explorations en Pologne. Expo du 8 septembre au 21 octobre. Voir le lien. J'aime beaucoup ce genre de peinture d'une fraîcheur et d'une ingénuité absolues.

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Geneviève Magiera en vrac...

 

      Et la Maison sous les Paupières, à Rauzan, dans l'Entre-deux-mers, que devient-elle, me direz-vous (enfin, ceux qui suivent...)? Après une longue éclipse due à des petits problèmes de dérapage sur verglas cet hiver, son animatrice, Anne Billon a repris l'activité. Elle expose Bernard Briantais, le singulier Nantais dont personnellement j'ai déjà eu l'occasion de parler sur ce blog. C'est du 7 au 29 octobre. Le vernissage ce sera samedi prochain le 7, à 18h (ouverture de la galerie dès 14h). Adresse de la Maison sous les paupières... voyez l'affichette ci-dessous :

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      Sans transition, signalons aussi l'exposition plurielle de visionnaires et créateurs dissidents que concocte chaque mois de septembre, depuis des années, le Musée de la Création Franche à Bègles. Si la plupart des créateurs ou artistes présentés me sont inconnus, et je ne peux donc rien en dire de particulier, à part signaler leur présence, on notera tout de même qu'en fait partie Solange Knopf que j'ai plusieurs fois défendue ici même et aussi dans les colonnes de la revue du musée : je fais allusion à l'entretien que j'avais réalisée avec elle dans Création Franche n°41, en décembre 2014 (« Quelques questions à Solange Knopf au-delà des ténèbres »). "Visions et créations dissidentes", musée de la Création franche, du 30 septembre au 3 décembre 2017. A noter qu'à l'issue du vernissage qui a eu lieu le 30 septembre dernier, le nouveau maire de Bègles, Clément Rossignol Puech, a remis symboliquement les clés du musée au Président de Bordeaux Métropole, en l'occurrence Alain Juppé. Je crois qu'on espère au musée que ce transfert de propriété des locaux (et non pas de l'entité administrative et artistique qui reste l'apanage de la ville de Bègles) ouvrira la porte à des travaux d'extension dont la collection a bien besoin, étant donné son étendue croissante.

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Dessin de  Solange Knopf présenté sur le site de la galerie d'Ys en Belgique où elle a une exposition parallèle à celle de Bègles (du 8 au 29 octobre).

 

     

      Ailleurs, c'est la folie qui requièrent les efforts de deux organisateurs d'exposition et pas des moindres, d'une part le MAHHSA (Musée d'Art et d'Histoire de l'Hôpital Sainte-Anne, anciennement Musée Singer-Polignac ; on annonce pour bientôt son déménagement dans de nouveaux locaux, la Chapelle de l'hôpital...  – désertée pour cause de mort de Dieu?), pour deux expos dont une déjà en cours, "Elle était une fois, Acte I" (du 15 septembre au 26 novembre 2017) et "Acte II" (Du 1er décembre 2017 au 28 février 2018) – c'est "l'Acte I "qui est commencé – et d'autre part,  la Maison de Victor Hugo place des Vosges qui va bientôt présenter une formidable exposition, montée avec l'appui de diverse collections et fondations, et intitulée "La folie en tête, aux racines de l'art brut". Cette dernière, comme son sous-titre l'indique, se veut comme une mise en perspective de quatre collections psychiatriques du XIXe siècle (celle écossaise du Dr. Browne – une des plus anciennes, puisque fondée en 1838 –, celle d'Auguste Marie – qui fut un des premiers en France à créer un Musée de la folie, à Villejuif il me semble –, et celles de Walter Morgenthaler et de Hans Prinzhorn). Ces collections existaient  donc bien avant que la collection d'art brut de Jean Dubuffet ne se monte elle-même (à partir de 1945), parfois en s'incorporant justement certaines anciennes collections de psychiatres (comme celle du professeur Ladame, par exemple). L'exposition se tiendra du 16 novembre 2017 au 18 mars 2018 (vous avez le temps donc). La commissaire d'exposition, en dehors du directeur de la Maison de Victor Hugo, Gérard Audinet,  en est Barbara Safarova, présidente de l'association ABCD. On note la présence, au sommaire du catalogue, de contributions de Savine Faupin et de Thomas Röske entre autres. Mais je m'étonne de ne pas retrouver de contributions de Vincent Gille qui travaillait encore il n'y a pas si longtemps à la Maison de Victor Hugo et avait contribué à plusieurs reprises à tisser de fructueuses collaborations du musée avec la collection d'ABCD.

 du vernissage, le Maire de Bègles, Clémen

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Exposants au MAHHSA dans le cadre d'"Elle était une fois Acte I".

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Visuel proposé par la Maison de Victor Hugo pour l'expo "La folie en tête".

 

25/08/2017

Cyril Constantin, un artiste total très méconnu...

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Un ouvrage d'art récemment paru (2016) sur un artiste savoyard oublié.

 

     Le mot "singulier" est parfois un peu accommodé à toutes les sauces. Cyril Constantin, géant barbu qui n'aima guère quitter les bords du Lac du Bourget, fut un artiste que, je parie, peu de gens connaissent, un artiste certes autodidacte, mais assez difficilement rattachable au corpus des artistes dits singuliers (dont le père tutélaire est peut-être Gaston Chaissac). C'est un prototype d'artiste ayant fait carrière avant tout dans sa région. Né en 1904 à Chambéry, il passa la plus grande partie de son existence à Aix-les-Bains, avec une parenthèse à Tresserve, près du Lac, où il se bâtit sa propre maison qui se voulait un Temple de l'Art et un "Empire de Cyrilie" avec une monnaie propre. Il décède à Aix en 1995 à 91 ans.

     Certes, il n'a pas de formation en écoles des beaux-arts. C'est un autodidacte qui a des intuitions géniales. Au départ, il se crée une affaire de confection et chapellerie, il est sportif, et passionné de mécanique, suffisamment pour pouvoir construire un petit avion en kit qu'il appelle le "Pou du ciel". En 1937, il dépose un premier brevet d'invention. Ce goût de l'invention est sans doute ce qui le caractérise en premier, même si la plus grande partie de son existence se passe à la lumière de l'art. Lors de son mariage, il se déclare d'ailleurs avant tout "inventeur". La peinture lui est venue, écrit Geneviève Frieh-Giraud, sur "un coup de tête", en 1943. Il peint une grande toile, reproduite curieusement partiellement dans le livre, alors que cela paraît son œuvre-clé, en 1944, "Satan conduit le bal".

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Le peintre âgé devant sa toile "Satan conduit le bal", peinte dans sa jeunesse, photo extraite du livre Cyril Constantin artiste singulier ; il y a du Ensor dans ce tableau-là, qui fut offert par la suite à la ville d'Aix-les-Bains.

 

     Il va, semble-t-il, rencontrer un certain succès  dans les milieux parisiens, il expose en galerie, l'Etat lui achète deux tableaux "pour les Collections nationales". Il fréquente Frédéric Delanglade, le peintre surréaliste qui était aussi ami du Dr. Ferdière. Mais il ne paraît pas s'entendre avec ce milieu de galeristes parisiens, il s'embrouille lors d'un accrochage à la galerie de Katia Granoff. L'homme a du caractère, peut-être trop ? Il va surtout se contenter dans ces années d'après-guerre de créer un mouvement d'artistes dans sa région natale. C'est un bon vivant, il a tout du rapin friand d'agapes et de beuveries, les canulars ne sont pas pour l'effrayer. Il projette à un moment d'aménager le Lac du Bourget de façon révolutionnaire.

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Cyril Constantin projetait d'araser une montagne, la Dent du Chat, pour en faire une pyramide ; les roches enlevées serviraient de fondations pour des îles artificielles : l'Ile au trésor, l'île déserte, l'île aux rats, L'île Liputienne, le belvédère des dieux, etc. ; plan extrait du livre de Geneviève Frieh-Giraud.

 

    Sa peinture a quelque chose d'à la fois naïve et expressionniste. Hélas, si l'on se base sur ce que met en avant le livre de Geneviève Frieh-Giraud, les sujets qu'affectionnent le peintre manquent passablement d'imagination, se complaisant fréquemment dans l'iconographie chrétienne ou les autoportraits qui trahissent chez Constantin une admiration sans borne pour son reflet. C'est peut-être cette faiblesse d'inspiration dans les sujets qui ont rejeté ce peintre dans l'ombre. Il faudrait une exposition rétrospective bien choisie qui nous présenterait ses œuvres les plus originales pour se faire une idée plus juste. Car, c'est un des mérites du livre, on voit, de ci de là, tout de même, surnager quelques pépites, des tableaux, mais aussi des résultats d'expérimentations de tous ordres, la vocation initiale d'inventeur ayant fini par reprendre le dessus au cœur de l'art. Constantin grave, tripatouille la matière, invente un nouvel alliage, le cyrillium, qu'il trouve le moyen  de fondre avec le verre en compagnie d'un maître-verrier de ses amis.  Il mène toutes sortes d'expériences, il a un côté alchimiste. Puis il paraît abandonner à un moment, dans les années 1960, la peinture pour se consacrer à ce qu'il appelle la "cyrillovision", projection lumineuse de couleurs et de formes aléatoirement mélangées, en mouvement. L'époque où il se lance là-dedans est celle de l'art cinétique, d'autres sont aussi intéressés que lui par la création avec la lumière (Asger Jorn, le peintre danois, par exemple fixe sur des toiles les trajectoires de faisceaux lumineux qu'il a tracées dans l'air).

les buveurs.jpg

peinture, l'homme en rouge.jpg

le chemin, émail.jpg

les totems pour sa maison du lac.jpg

bougeoir en cyrilium.jpg

 

     Cyril Constantin a quelque chose de l'Italien Giuseppe Pinot-Gallizio, autre créateur autodidacte (à la base, il était pharmacien) peu connu en France, alors que ce fut un créateur génial, situationniste (au début du mouvement), promoteur d'une "caverne de l'anti-matière" aux parois couvertes de peinture, et initiateur de la peinture explosive, puis de la peinture industrielle produite par une machine crachant aléatoirement de la peinture sur des dizaines de mètres de rouleaux de toile blanche, le but étant la destruction du marché de l'art... Constantin participait ainsi - le sut-il? - des expérimentations de son époque, mais encore une fois, le sujet souvent religieux de ses peintures l'éloigne de toute velléité de rapprochement rigoureux avec les autres artistes d'avant-garde que j'ai cités, parfaitement athées, eux, et ennemis de toute adhésion à une quelconque religiosité.

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Cyril Cosntantin, exemple des résultats obtenus par le procédé de projection de la "Cyrillovision", photo extraite (comme celles ci-dessus) du livre de Geneviève Frieh-Giraud.

 

     Cependant, il peut être curieux de chercher à mieux connaître la vie et l'œuvre de ce personnage "singulier" que je ne fais ici qu'effleurer et que restitue au plus près l'ouvrage de Geneviève Frieh-Giraud, car l'homme était à n'en pas douter un phénomène hors du commun, quoique fils de son époque.

 

Pour se procurer le livre, on ira voir à la librairie de la Halle Saint-Pierre (à partir de septembre, car en août ils sont fermés), et sinon, on peut le commander directement à l'Association pour la sauvegarde du patrimoine de Tresserve, Mairie, 40 chemin de Belledonne, 73100 Tresserve.

13/07/2017

Petit séjour créatif dans l'Entre deux mers à "la Maison sous les paupières"

     D'un autre coup d'ailes avec mon chauffeur privé, je me suis blotti un mois à l'intérieur de "La Maison sous les paupières", cette galerie-maison installée au cœur du village girondin de Rauzan parmi les vignes, fondée par Anne Billon, ex animatrice du Musée de la Création Franche à Bègles. Histoire d'échapper à la canicule (délicieuse fraîcheur des anciennes demeures) et de prendre tout de même sur le coin de la figure, comme tout un chacun en juin, des seaux d'eau qui parfois jouaient leur petite musique expérimentale dans les dessins que j'y ai produits (en les oubliant dans le jardin). Une série de photos de quelques-uns des dessins créés a été insérée sur le Facebook de "la Maison sous les paupières", genre de plateforme à laquelle je ne m'abonne pas personnellement, mais si ça intéresse quelques lecteurs, c'est par ici qu'il faut cliquer...

 

Le visage dans la rose (2).jpgBruno Montpied, Le visage dans la rose, photo prise dans le jardin de "la Maison sous les paupières", 2017.

 

08/07/2017

Une parabole sur les rapports France-Afrique

     Cela fait plusieurs fois qu'avec divers interlocuteurs je vante les bénéfices (intellectuels...) qu'il y aurait à monter une exposition exclusivement consacrée à de brillants anonymes de l'art, naïfs, populaires, bruts, voire rien de tout cela, tout simplement autres, pourvus que les œuvres soient véritablement singulières et originales. Beaucoup de collectionneurs et chineurs invétérés possèdent de ces tableaux ou sculptures qui ont su capter leur attention, tout en étant bon marché très souvent, du fait qu'il est difficile de faire entrer ce genre de marchandise dans une quelconque démarche d'investissement... Pas de cote possible, on ne connaît rien de l'auteur, c'est déjà bien beau si on a une signature. Dans ce dernier cas, il est cependant passionnant d'essayer de retrouver l'auteur, dans le passé ou le présent. Je connais des amis du côté des Pyrénées qui n'hésitaient pas à une époque à rechercher dans le bottin toutes les personnes du même nom qu'ils avaient relevé sur une toile chinée dans un vide-greniers, et puis ensuite à appeler toutes les personnes... dans l'espoir de retrouver "l'artiste" inconnu. Sur ce blog, le lecteur a dû se convaincre que c'est le genre de recherche que nous sommes quelques-uns à aimer poursuivre (voir récemment le nom d'un sculpteur sur sable du début XXe siècle qui nous a interpellés : Winter Querée... Ou encore le cas du nommé Pierre Dange dans l'Yonne, sur lequel j'apporterai une information nouvelle dans mon livre, Le Gazouillis des éléphants, à paraître en novembre en librairie).

Anonyme d'origine africaine (2), Je te donne la friperie et le médicament, tu me donnes la forêt et le pétrole, ça colle....jpg

Anonyme, Je te donne la friperie et le médicament. Tu me donnes la forêt et le pétrole ; Ça colle ?, 52 x 67 cm, sans date, crayons graphite et couleur sur papier, coll. et photo Bruno Montpied.

 

     Ces anonymes œuvrent sans se soucier de se faire connaître. Ils sont de styles très divers, et ne se rangent pas nécessairement du côté de l'art dit brut. J'en donne un exemple ci-dessus. C'est le galeriste lyonnais Alain Dettinger qui est tombé sur ce dessin, parmi d'autres (une petite dizaine d'œuvres retrouvées). Aucun renseignement de la part du vendeur sur l'auteur. Est-il d'origine africaine? On ne sait. Il vivrait cependant en France... Tous les dessins comportent des textes qui commentent les scènes, représentées avec un bon coup de patte graphique, je trouve. Je n'ai pas photographié l'ensemble malheureusement, je me souviens de l'un d'entre eux qui comportait le texte suivant (je cite de mémoire): "Ma femme a accouché comme une chèvre"... Celui dont je mets la reproduction ci-dessus, dénonçant visiblement l'arrogance et la condescendance occidentale vis-à-vis de l'Afrique, est d'une causticité pince-sans-rire magnifique. Si quelque lecteur du blog en connaissait par hasard davantage sur cet auteur, qu'il n'hésite pas à intervenir en commentaire ou en privé.

Anonyme, Je te donne la friperie et le médicament. Tu me donnes la forêt et le pétrole ; ça colle (détail).jpg

     Quel responsable de lieu d'exposition aura l'audace d'organiser une manifestation uniquement consacrée aux anonymes de l'art, les véritables purs de l'art, créant avant tout pour eux-mêmes par amour de l'art et de l'expression? Ce serait la démonstration de l'existence de cette pulsion créatrice errante qui naît au sein de la vie quotidienne sans recours à une recherche de gloriole, au rebours des artistes cabotins avant tout préoccupés d'exhiber leurs nombrils...

 

30/06/2017

L'art partagé à Saint-Trojan (île d'Oléron), codicille

      Je me suis décidé entre les trois manifestations dont je vous causais récemment, j'ai commandé mon pilote-chauffeur, le jet est arrivé sur mon toit, et d'un coup d'aile je me suis propulsé à St-Trojan-les-Bains, où il pleuvait fort ma foi...

Vue large art partagé.jpg

Vue sur l'allée centrale de la troisième édition de l'Art partagé à Saint-Trojan, ph. Bruno Montpied, juin 2017.

 

       Peu importait, le soleil était à l'intérieur de l'entrepôt à festivals avec plein d'œuvres de belle qualité, sélectionnées par l'Association Œil-art, dirigé de main de maître par Jean-Louis Faravel, qui organise en alternance avec ses biennales de Rives en Isère cette autre manifestation, également tous les deux ans sur l'île d'Oléron. Celui-là travaille passionnément, et ne compte pas ses heures pour choisir ce qu'il veut montrer, le présenter de façon soignée, avec encadrements étudiés et accrochés par lui. Pour connaître le nom des artistes ou créateurs exposants, on se reportera à ma note précédente...

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Pierre Albasser n'a pas manqué de faire son apparition sur les cimaises, plus coloré qu'autrefois..., ph. B.M.

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Vue au fond de l'allée centrale, œuvres sous globe de Gilles Manero, et derrière, de droite à gauche sur les paravents blancs, d'Irène Gérard, de Mehrdad Rashidi, et d'Imam Sucahyo ; ph. B.M.

 

        Certes, on pourrait trouver qu'il y a beaucoup (trop) d'œuvres venues des centres d'aide par le travail et autres foyers d'aide sociale. Ce serait oublier qu'Œil-art les sélectionne dans leur majorité avec rigueur et exigence. Cela nous change de tant de lieux où l'on se contente de peu, remplissant la voiture sans grand souci de tri, avec la paresse de n'avoir pas cherché ailleurs qui plus est. Avec ces expos d'"Art partagé", une des grandes raisons de venir les voir, pour les amateurs, collectionneurs, et prospecteurs de tous calibres (les prix n'y sont pas trop élevés, c'est à noter pour les passionnés qui ne se recrutent pas nécessairement et uniquement chez les cossus - peut-être même ne se rencontrant que très rarement de ces côtés-là...), tient au fait qu'on est à peu près sûr d'y faire des trouvailles de tous premiers ordres, certes pas sous des noms connus (ce qui éloigne à coup sûr investisseurs et spéculateurs, et bon débarras, restons entre gens de bonne compagnie...!), mais manifestant une inventivité hors du commun.

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Imam Sucahyo, sans titre (des cavaliers guerroyant semble-t-il, mais sur... des chevaux?... des moutons?), ph. B.M.

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Mehrdad Rashidi, sans titre, crayon à dessin sur papier (environ 50x65 cm) ; ph.B.M.

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Un des dessins de Gilles Manero exposé à St-Trojan, ph. B.M.

 

        Allez donc à St-Trojan toutes affaires cessantes, l'exposition ne durant qu'assez peu de temps (jusqu'au 16 juillet). C'est le moment d'y découvrir, peut-être comme moi (mais je ne vous impose rien...), par exemple... : les œuvres d'un nouveau venu balinais, Imam Sucahyo, des dessins aux stylos bic multicolores étourdissants, côtoyant les dessins au crayon à dessin simple de l'Iranien Mehrdad Rashidi qui n'ont rien à envier à notre Gaston Chaissac, l'ancêtre de l'art singulier français ; les saynètes étagées sous globe de Gilles Manero, qui expose aussi, accrochés au mur, de fort beaux dessins visionnaires et presqu'abstraits, "minéralogistes", où il n'a pas oublié les frottages de son maître Max Ernst ; les puissants dessins de Dimitri Pietquin ; les travaux éclectiques de Marie-Jeanne Faravel ; les touffus dessins aquarellés de couleurs sépia de Jean-Christophe Humbert (le fils de Raymond et Jacqueline Humbert, qui a donc de qui tenir, on s'en convaincra en allant faire un tour au musée de Laduz cet été où Jacqueline monte une nouvelle exposition consacrée aux anciennes œuvres de son mari Raymond) ; les magnifiques dessins fouillés en blanc sur noir de Catherine Garrigues (également exposée à Lyon chez Alain Dettinger en ce moment...) qui font un peu penser à Unica Zürn ; les non moins magnifiques peintures d'une inconnue à mon bataillon, Hélène Blondin, active dans le Sud-Ouest à ce que m'a dit Jean-Louis Faravel, qui peint un peu comme moi en ce moment, des figures peu nombreuses sur un fond laissé en réserve ; les dessins naïfs, mais riches d'un point de vue graphique d'un créateur venu d'Allemagne, Christian Gautier...

 

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Quatre peintures sur papier d'Hélène Blondin (elle excusera, j'espère l'aspect sombre de ma photo...), ph. B.M.

 

     Je ne vous cite là que ceux qui m'ont littéralement tapé dans l'œil, pour le reste, reportez-vous, si vous voulez en savoir plus au site de l'association organisatrice, Œil-art, on y trouve un texte (d'Emmanuel Merle) et une image pour chacun des exposants.

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Marie-Jeanne Faravel, sans titre (il me semble), une histoire de nouage..., ph. B.M.

23/06/2017

Tourisme du côté de l'art singulier (et un peu de l'art brut) (3)

       Embêtons – voulez-vous? – les lecteurs du type R.R. qui se plaignent de ne pas pouvoir être au four et au moulin (et qui, également, et peut-être, n'apprécient que modérément l'absurde et le nonsense)... Et envoyons-les, non, pas sur les roses, mais à la fois (les vernissages étant tous le même 30 juin, ça va être dur pour ceux qui voulaient manger les petits fours partout) dans trois endroits différents, en trois points cardinaux,  à savoir à Saint-Trojan-les-Bains (Île d'Oléron) pour l'exposition de l'Art Partagé organisée par l'œil de lynx de Jean-Louis Faravel...St Trojan_1.jpg

St Trojan_2.jpg... Puis à Gisors (c'est plus près de Paris, ça), pour le bien nommé Grand Baz'art (jeu de mots sur le mot art à noter dans notre collection), où l'on verra entre autres une sélection d'art obscur de Michel Leroux,  Gd Bazar.jpgart obscur qui, à force d'être en pleine lumière va bientôt s'appeler l'art clair-obscur...

Et enfin, toujours le même jour de vernissage, histoire d'accentuer le grand écart, ne pas oublier d'aller "Ailleurs", c'est-à-dire, en l'occurrence à Fontcouverte (c'est tout en bas, dans le sud profond, l'Aude je crois, du côté de l'art improbable de Jean-Louis Bigou qui enchaîne les expositions depuis quelque temps, présentant simultanément art brut, art des handicapés, art enfantin...

Hein? Joli programme, qu'en dites-vous, R.R., pour vous couper en quatre, je veux dire en trois?

Et, de fait, à cause de cette date très demandée (début des vacances?), ce n'est plus d'art partagé qu'il faut parler, mais bien plutôt d'art simultané... Mais bon, je taquine (faut-il le souligner? Eh bien oui...), hormis le Baz'art de Gisors, qui ne dure que trois jours, pour les deux autres, si vous ne tenez pas aux petits fours, vous pourrez sauter dans des véhicules qui vous emméneront partout pour ne rien rater, puisque les deux autres expos durent un peu plus durant le mois de juillet.

Ailleurs Bigou.jpg

29/05/2017

Loli et Jano Pesset dans les murs de la Fabuloserie parisienne jusqu'au 10 juin, hâtez-vous...

      Rue Jacob, dans le VIe arrondissement de Paris, comme je l'ai déjà dit, la Fabuloserie, dont les principaux locaux et la collection incessible se trouvent à Dicy en Bourgogne (Yonne), a ouvert une "antenne" parisienne, où ont déjà eu lieu quelques expositions, une sur Michèle Burles, une sur des créateurs bruts polonais et actuellement la dernière en date, une expo consacrée à de merveilleux travaux, les "buissonneries" de Jano Pesset et  les broderies de sa femme Loli, que je trouve personnellement remarquables, d'une extrême originalité, fleurant bon une étrange inspiration, comme venue d'extrême-orient. L'idée de la Fabuloserie et de son animatrice, Sophie Bourbonnais, était de demander aux artistes de la collection de présenter en vente des œuvres récentes, et donc ne faisant pas partie de la collection de Dicy. Cela permet aux amateurs qui voudraient se constituer une petite Fabuloserie en réduction à la maison d'acquérir quelques pépites alternatives...

Buissonneries de Jano Pesset.JPG

Les broderies de Loli.JPG

      Jano Pesset et Loli ont eu peu d'occasions d'exposer à Paris, ce me semble, alors même qu'ils sont d'anciens artistes de la Fabuloserie puisque présentés par Alain Bourbonnais dès ses premiers pas de montreur d'art hors-les-normes dans la galerie qui s'appela de 1972 à 1982 l'Atelier Jacob, galerie située quasiment en face des locaux actuels de la Fabuloserie parisienne. Jano tient de l'anarchiste et du sage dans les discours qu'il parsème dans ses compositions en relief vernissé. Ce sont en vérité d'étranges œuvres d'art, mot dont il doit penser, je crois, qu'il sonne bien grandiose parfois, synonyme d'"art du vent", comme le suggère malicieusement un tableau, en trois dimensions comme les autres, qui est exposé à la Fabuloserie, collection permanente, à Dicy.

Jano Pesset (2), Le vantard, art du vent.jpg

Jano Pesset, avec le texte suivant du haut vers le bas et de gauche vers la droite: "LE VANTARD / L'ART DU VENT / son esprit n'avance qu'avec des béquilles il transpire en pesant bien ses gouttes / Le soufflet à flatteries et faussettes grand doreur d'ordures enfle sa tête en remplaçant le vide par des idées creuses. Mais l'air qui orne et ment n'est qu'un ornement / Proie des moulins à vent le vantard atteint de hauts sommets mais vite se vide et son cul plus lourd que sa tête le ramène à la raison. Ainsi sont leurres remis à l'heure" ; cette littérature résonne comme en écho des jeux de mots à la Boby Lapointe, dont il ne m'étonnerait pas d'apprendre qu'il est un auteur de chevet de Pesset ; un cousinage est à note  aussi avec divers textes remplis d'homophonies que commit à une époque dans plusieurs petits livres l'artiste Noël Fillaudeau, dont la Fabuloserie du reste possède aussi des œuvres ; ph. Bruno Montpied, 2017.

       Ce sont en réalité de véritables poèmes visuels aux formes tourmentées, tenant de la maquette de paysage, du tableau, de la sculpture, du poème-objet, réalisés grâce à une technique propre à Jano Pesset.

Jano Pesset (2), La peau de hérisson.jpg

Jano Pesset, L'Homme ressemble au HERISSON..., expo "Buissonneries" à la Fabuloserie Paris, ph. B.M., mai 2017.

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Jano Pesset, L'ORIGINE DU MONDE (version forestière) d'après Courbet, exposition "Buissonneries" à la Fabuloserie Paris, ph.B.M.

 

      Il a contribué à construire la signature esthétique de l'art-hors-les-normes, avec d'autres, citons par exemple Francis Marshall et ses poupées bourrées encadrant le personnage désormais célèbre de Mauricette, Alain Bourbonnais et ses turbulents eux-mêmes, Reynaldo Eckenberger, Pascal Verbena, Michel Nedjar (qui débuta, je crois, par l'Atelier Jacob), François Monchâtre, Mario Chichorro, Jean Rosset, Joël Negri, Andrée Moiziard, Marie-Rose Lortet, Le Carré Galimard, etc. Signature d'art singulier qui constitue l'identité (quelque peu carnavalesque) de la Fabuloserie bien davantage que – ou parallèlement à – l'art brut dont certaines œuvres sont aussi présentes pourtant dans la collection (Aloïse, Podesta, Pierre Petit, Petit Pierre, Albert Sallé, Sylvette Galmiche, Juva, etc.). Ces deux tendances qui irriguent la collection reflètent Alain Bourbonnais, qui paraît avoir hésité toute sa vie entre son goût personnel pour une certaine truculence provocante et l'art brut plus tourmenté tel que collectionné par Dubuffet.

Loli (2), sans titre 1, broderie avec encadrement de Jano Pesset, expo 2017 Fab Paris.jpg

Une des six broderies de Loli exposées jusqu'au 10 juin, dépêchez-vous, elles sont en vente, ce qui est extrêmement rare concernant ces merveilleuses broderies, déjà deux de parties sur les six..., ph.B.M., mai 2017.

 

 

Coordonnées Fabuloserie parisienne.JPG

 

 

21/05/2017

Festival du film d'art singulier à Nice: "C'est quoi"?

      "C'EST QUOI?", sous cette question brutalement formulée en grosses capitales, se présente le programme du 20e festival organisé par l'association Hors-Champ chaque année au début du mois de juin à Nice, dans l'auditorium du MAMAC, à la librairie Masséna,, voire depuis peu de temps dans les locaux de l'Hôtel Impérial où, à chaque fois, est projeté un nouveau film de Guy Brunet, cette fois-ci sur Marcel Pagnol... Demandez le programme... Avant que je ne me fende de quelque laïus ou réclamation...

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      Bon, il y a des choses classiques, les Prévost qui viennent signer la réédition de leur livre Les Bâtisseurs de l'imaginaire, comme ils l'ont fait naguère à Paris. Guy Brunet, la mascotte du festival, le raton-laveur incontournable... Les nouveaux courts-métrages de Philippe Lespinasse (Zemankova, connue au bataillon, Mikaël Glotz, beaucoup moins, et que se cache-t-il sous le titre "A bâtons rompus"? C'est là qu'un petit dossier de presse avec explicitations et visuels à la clé ne serait pas de trop, mister Wurtz! Voilà, c'était ma réclamation, c'est parti plus vite que je ne l'aurais voulu...)... Les incontournables de l'art singulier, Ody Saban et Adam Nidzgorski (manque juste Joël Lorand)... Le tapis rouge déroulé en matinée au MAMAC pour Pierre Albasser, le Chaissac du carton alimentaire (pour un film de 52 minutes, mazette, qu'est-ce qui s'est passé? Albasser a vampé Wurtz, on dirait, lui qui n'en voulait pas des moyens-métrages au début...)

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Dessin de Pierre Albasser, ph. Bruno Montpied, 2007.

 

      Et côté art brut stricto sensu (non, pas "sangsue"...), on a deux petits opus (opi?) sur Smilowki, et Sylvain Fusco (celui-ci m'intrigue, et le film sur lui, d'Eric Duvivier, me paraît du genre rare).

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Sulfateuse retapée à l'aide d'une pompe à vélo, collection du "raccommodage rustique" à l'écomusée de Cuzals (Lot), ph. B.M., 1991.

 

     Enfin, on annonce dans ce même programme un film sur les "ingénieux du Lot" produit et réalisé par l'Ecomusée quercynois de Cuzals. Et cela m'interpelle, me rappelant que j'ai mentionné un jour (conversation? texte ancien?)  les objets rapetassés ingénieusement pendant l'Occupation dans le Quercy (ç'aurait pu être ailleurs tout aussi bien), que cet Ecomusée – que j'avais visité avec Gaston Mouly à la fin des années 1980, puis avec Jean-François Maurice au début des années 1990 – conservait judicieusement. Ils appelaient cela je crois me souvenir "le raccommodage rustique". Il me semblait alors que ce corpus était peu retenu et étudié, encore moins préservé (est-ce que cela a beaucoup changé depuis, j'en doute...). L'Ecomusée de Cuzals était en 1991 le seul que je connaisse à avoir entrepris une telle sauvegarde. J'avais fait deux photos lors de ma visite, je suis allé en repêcher une pour ce blog (la sulfateuse ci-dessus)... Par contre je ne sais pas du tout si le film annoncé à Nice a un quelconque rapport avec cette section des objets rapetassés ingénieusement par des anonymes qui était remisée un peu à l'écart à Cuzals. A vérifier pour ceux qui pourront aller sur place... Mais "ingénieux du Lot", si on ne doit se fier qu'aux titres, ça fait penser avant tout à ces "raccommodages", dont un de mes amis brocs (la Patience) a le chic de collecter des exemples au hasard de ses chines.

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Objets collectés par Philippe Lalane (La Patience), chaussures faites en morceaux de pneus récupérés ; hypothèse aventurée par moi: cela servait pour aller marcher dans l'eau des rivières sans se blesser les pieds sur les cailloux... ; ph. B.M., 2016.

 

 

18/05/2017

Art brut polonais à la Fabuloserie (dans l'Yonne)

CollectionAndrzejKwasiborski-Fabuloserie.jpg

      Pour la belle saison, la Fabuloserie, cettte année, a choisi de présenter 130 œuvres de 25 créateurs et artistes issus de la collection "turbulente" d'Andrzej Kwasiborski, tous polonais (même le nommé Kosek qui n'est pas le créateur tchèque Zdenek Kosek, mais plutôt sans doute le Polonais Ryszard Kosek). C'est la poursuite de l'intérêt porté par les Bourbonnais et leurs complices, Marek Mlodecki et aussi Radek Labarszewski, pour des créateurs qui sont nombreux dans un pays où longtemps ils ne furent pas identifiés comme pouvant se situer dans ce que l'on a appelé depuis 1945, en France, l'art brut. Jusqu'à ces  dernières années, on les classait du côté de l'art populaire, et de l'art naïf. Ce qui n'était pas complètement usurpé, cela dit. Depuis quelques années, on a cependant remarqué, par exemple, les œuvres d'Edmund Monsiel, d'Henrik Zarski (dont des œuvres semblent exposées à Dicy cette année,collectionneurs turbulents, la liste des créateurs.JPG voir la liste des créateurs et artistes exposés ci-dessous), et autres, qui ne relèvent pas d'une révérence marquée à une peinture de genre, manifestant plutôt une fantaisie figurative déconnectée de la perception visuelle du monde, mettant en jeu en somme une figuration autre, dont les règles s'élaborent dans le jeu libre des lignes, des couleurs et des formes dans un cadre et sur un support qui sont des mondes en soi...

Collectionneurs turbulents, l'art brut polonais 2017.jpg

Patchwork proposé par la Fabuloserie à Dicy actuellement jusqu'à la fin de l'été.

 

      Il est à remarquer que les œuvres sont exposées, mêlées, dans le parcours de la Fabuloserie, aux œuvres de la collection permanente, dans une volonté de les faire dialoguer. 

Collectionneurs turbulents, laïus.JPG

On note que cette exposition a plusieurs titres ; ici, on nous parle de "collectionneurs turbulents, art hors-les-normes sans frontières 1", comme qui dirait un sous-titre, ou comme le titre d'une nouvelle série d'expos consacrées aux collectionneurs d'art hors-les-normes (donc "turbulents" pour faire référence au fondateur de la Fabuloserie, Alain Bourbonnais) dont cette expo est le premier exemple.

 

     C'est donc une seconde occasion de découvrir plus amplement la création brute polonaise, "seconde", parce qu'il y avait déjà eu il n'y a pas si longtemps, au Musée de la Création franche, à Bègles, une exposition similaire, intitulée (pieusement) "Les saints de l'art polonais" (voir la chronique que j'en avais faite sur ce blog). On retrouve quelques noms communs dans les deux expositions d'ailleurs, comme Zarski, Dembinski, Glowala et Kosek, tout en découvrant majoritairement des noms de créateurs nouveaux par nos contrées. A noter en particulier une créatrice déjà présentée dans l'antenne parisienne de la Fabuloserie, que j'ai trouvée exceptionnelle, Genowefa Magiera, vieille dame peignant au sein d'une  maison de retraite à ce que j'ai compris. On peut se faire une idée des œuvres présentées en feuilletant le catalogue sur Calameo.

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Genowefa Magiera, sans titre, peinture et collage sur carton, 42x19cm, vers 2016, coll. privée, Paris ; ph. Bruno Montpied

Genowefa Magiera, portrait photo.jpg

La créatrice en action...

 

12/05/2017

Repasseuse de patates chaudes...

La repasseuse de patates chaudes (2), dessin au stylo sur nappe de papier, 2005.jpg

Bruno Montpied, La repasseuse de patates chaudes, dessin au stylo Bic sur nappe en papier, 2005 ; (en écho à un commentaire récent de Zébulon à propos d'un autre dessin, de 2017, En marche..., récemment mis en ligne sur ce blog.

11/05/2017

Raymond Reynaud joue les Arlésiens...

      A lieu en ce moment (du 24 avril au 20 mai),  à Arles, montée apparemment avec l'aide de l'artiste singulier Gérard Nicollet, qui connut l'artiste vers 1991, une exposition Raymond Reynaud (dans les locaux d'une Eglise des Frères Prêcheurs) qui n'est pas seulement consacrée à ses peintures, aux dimensions parfois imposantes, mais aussi aux œuvres de ceux qu'il guida un temps vers une certaine liberté d'expression (qui, en définitive, débouchait sur un style pictural assez proche du sien, mêlé d'automatisme et de goût pour la décoration), et qu'il rassembla de 1977 à 1990 sous le nom de l'Atelier du Quinconce Vert, atelier qui changea par la suite de nom pour s'appeler quelque chose comme "le mouvement d'art singulier Raymond Reynaud". Ces "élèves" en liberté s'appelaient Jeanne Disdero, Martine Bayle, Renée Fontaine, Arlette Watelet, André Gouin...

Affiche La force en dedans, expo Arles.JPG

Affiche de l'expo consacrée à Raymond Reynaud et à ses amis artistes, pour le dixième anniversaire de sa disparition, Arles, 2017.

 

      Une troisième partie de l'exposition paraît s'être bâtie aussi de façon à reconstituer la salle que Reynaud (1920-2007) consacrait dans sa maison de Sénas, où il habitait avec Arlette, son épouse, elle-même peintre, plutôt naïve, à une sorte de petit musée des œuvres de divers amis qui passaient le voir. J'en fis partie suite à la visite que je leur rendis pendant quatre jours en 1989, qui me servit pour réaliser un entretien avec lui pour une émission sur Radio-Libertaire, et également pour rédiger un long article sur lui et son atelier du Quinconce Vert, pour le supplément en français d'un des premiers numéros de la revue internationale Raw Vision (son n°4 de 1991 ; cet article n'est, entre parenthèses, jamais cité dans les catalogues consacrés à Reynaud, alors que je pense avoir été un  des tout premiers à écrire sur lui et son mouvement), atelier qui constituait une entreprise didactique qui m'intriguait davantage que sa peinture, je dois l'avouer. Cette dernière, si elle prouvait son incontestable talent de coloriste, ne plaidait pas tellement pour son dessin, que je trouvais un peu flasque, comme on peut s'en rendre compte lorsque l'on voit un de ses dessins réalisés seulement en noir et blanc (Laurent Danchin, plus amateur d'euphémismes diplomatiques, qualifiait son graphisme de "tremblé"... Hum...). Il est vrai que ces traits, parcourus de tressautements, entretenaient peut-être des rapports étroits avec la maladie nerveuse qui le poussait vers les 17h à se cloîtrer tous les jours dans sa pièce intime jusqu'au lendemain.

Raymond Reynaud (2), Serie Pépettes, Masques et Vieux n°4, 24x22cm, 30 janvier 1991.jpg

Raymond Reynaud, n°4 de la série "Pépettes, masques et vieux", 24 x 22 cm, 30 janvier 1991, coll. Bruno Montpied.

 

       Ce qui comptait cependant à mes yeux, avant tout, comme le rappelle Gérard Nicollet dans le dossier de presse de l'expo, c'était sa gentillesse, son ouverture d'esprit, et surtout, plus encore que cela, ou concomitante à cela, son esprit concret de collaboration, de solidarité entre artistes. Il se mettait en quatre pour vous aider à participer à des expos dans sa région. C'est grâce à lui si je participai avec quelques peintures au premier festival d'art singulier qu'il organisait conjointement, au début de l'histoire de ce festival, avec Danielle Jacqui à Roquevaire-en-Provence. Vous en connaissez beaucoup, vous, parmi les artistes actuels, qui vous inviteraient spontanément à exposer avec eux? Reynaud était comme ça, généreux, partageux, altruiste, désireux de propager la création et l'art autour de lui, prosélyte...

portrait de RR, DR, dp La force en dedans.JPG

Raymond Reynaud au milieu de ses œuvres et du triptyque consacré à Jean de Florette, DR.

07/05/2017

Celui que j'élis

En marche... (2), 32x24 cm, 2017.jpg

Bruno Montpied, En marche..., encre, marqueurs divers, mine de plomb et crayons de couleurs,32x24cm, 2017 ; à noter : ce personnage a deux bouches...

26/04/2017

Jacques Reumeau et ses amis, une exposition à Laval, terre dont Reumeau ne paraît pouvoir s'échapper...?

      Ce fut le titre de l'expo montée récemment (du 1er au 16 avril derniers, une trop courte quinzaine de jours...) au musée de la Perrine, que je n'ai pu voir, mais dont je possède le catalogue, friand que je suis de recueillir le maximum d'informations supplémentaires sur ce personnage, ancienne figure lavalloise de l'art singulier et visionnaire qui a marqué de nombreux autres artistes de la même région. Ce sont du reste certains d'entre eux qui, au sein de l'association CNS 53 ("Création Naïve et Singulière en Mayenne"), dont j'ai déjà eu l'occasion à maintes reprises de parler ici (de même que de Reumeau), ont organisé l'exposition et édité le catalogue, au premier rang desquels Jean-Luc Mady et Marc Girard.

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Jacques Reumeau, Naissance du singe (pour Reumeau, le singe était-il donc ovipare?), 75x100cm, MANAS de Laval ; Reumeau allait observer les primates au petit zoo du Jardin de la Perrine à Laval... Sa peinture reflète, par une de ses séries, cette passion pour les singes.

 

      Il semble que ce projet  au musée de la Perrine fut surtout l'occasion de confronter la peinture de certains de ses amis ou connaissances à celle de Reumeau. C'est du moins l'impression que je retire en parcourant le catalogue. On y découvre, entre autres,  les œuvres curieuses de Barbâtre ou celles, plus naïves-véristes, de Philippe Le Gouaille, qui fut l'instituteur du jeune Reumeau, et qui, à ce titre, exerça une influence non négligeable sur sa vocation ultérieure de peintre, si l'on suit les confidences du peintre Barbâtre dans le catalogue. Ce Le Gouaille est parfaitement inconnu, et possède pourtant, semble-t-il, une œuvre forte, proche par son style de celle d'un Jean Eve par exemple.

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Jacques Reumeau, Le monde fantastique des oiseaux, 75x100cm, MANAS de Laval ; Reumeau eut envie, à un moment, de composer des paysages en quelque sorte habités par ses visions ; ce mixage entre réalité visuelle et fantasmes visionnaires était une piste originale, mais Reumeau alla-t-il assez loin dans ce domaine? Il est permis d'en douter si l'on regarde les exemples procurés dans le catalogue cité ci-dessus...

 

      Qu'il est mystérieux pour moi de constater à quel point l'aura de Jacques Reumeau n'a toujours pas dépassé le cercle de la Mayenne. Hormis quelques rares expos en dehors de cette zone (La Baule, Angers, voire une galerie parisienne sur l'île St-Louis...), l'activité de Reumeau se cantonna à Laval où il prit, on l'a dit suffisamment souvent, une dimension de figure locale. L'aspect hétéroclite de sa production est probablement cause de l'étroitesse géographique de sa réception... Et, de plus, aujourd'hui, ses œuvres ne tournent pas, puisque la majorité d'entre elles se trouvent conservées dans les réserves du Musée d'Art Naïf et d'Arts Snguliers de Laval (le MANAS), d'où elles sortent rarement pour voyager loin de la Mayenne. Ses amis n'ont-ils pas tendance, aussi, à le cantonner à sa région, comme si cette dernière était une île culturelle...?

*

     Par ailleurs, son ami, le peintre et critique Jean-Louis Cerisier nous a récemment confié un nouveau texte, publié aussi sur le site web Tiens, etc., de Jean-Claude Leroy, où il pointe, entre autres, les liens unissant Reumeau au thème de l'animalité...

 

Jacques Reumeau

Le paysage, le corps, l’animal

  

          Le peintre Jacques Reumeau sera passé comme une comète dans l’univers de la création inspirée autodidacte. Né en 1949, il n’aura vécu que 38 ans. Pourtant, il aura eu le temps de produire dans une sorte de fièvre créatrice une œuvre imposante, souvent dérangeante, puissante, parfois cruelle, parfois désespérée, malicieuse même à certains moments.

          Jacques a œuvré dans un état de possession. On comprend qu’il fut si sensible à l’environnement rural mayennais où les pratiques de sorcellerie et de magie noire avec ses guérisseurs et ses rebouteux étaient encore présentes dans les modes de pensée et de vie de l’époque. Le peintre était fasciné par les forces contraires. Il manifestait ce penchant dans ses recherches et ses choix de lecture à la bibliothèque municipale où je le côtoyais. Il arborait une apparence sombre dans son expression, son allure, sa silhouette, sa tenue vestimentaire.

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Jacques Reumeau en compagnie de Jean-Louis Cerisier, photo tirée d'un film Super 8 de 1987 (que pour la petite histoire j'ai aidé à rendre possible, à ce que je crois me souvenir, en prêtant une caméra Super 8).

 

          Cet univers obscur peuplait surtout ses œuvres, leur conférant un aspect mystérieux et inquiétant. Les paysages, traités à la sanguine noire, plus rarement délavés, sont perçus comme des lieux habités par des esprits, sinon hantés. Les esprits malins, la malice, le maléfice, le mal, ne sont jamais loin. Domine le noir, cette non-couleur dans laquelle s’affichait le peintre quand lui-même hantait les rues de Laval de sa démarche nerveuse, pressée, à l’affût d’on ne sait quelle force souterraine.

          Le peintre a bien perçu les caractéristiques du paysage mayennais avec son bocage dense, ses arbres resserrés formant des barrières végétales, ses successions d’espaces circonscrits. La perception du paysage par Reumeau est pourtant plus qu’une affaire de regard. Elle est de l’ordre de la vision.

          Œuvrant pendant 20 ans à peine, il aura mené sa carrière artistique de manière endiablée, s’y consacrant corps et âme, quand les tourments de son corps et de son âme justement lui laissaient quelque répit. Car il lui fallait composer avec cela aussi : un corps en souffrance ou en attente, rarement détendu, un esprit en désordre et un cœur qui saignait des plaies de son âme et de ses manques affectifs. Le corps et l’âme enlacés comme une double chaîne de vie et de mort.

          Reumeau était habité par une fièvre comparable à celle d’un héros dostoïevskien, tel Raskolnikov, insomniaque, agité en proie à d’insolubles conflits pour finir par se résoudre à une recherche de rédemption. Reumeau ne pouvait pas faire autrement que de pousser jusqu’au déraisonnable les limites de l’excès, excès de boisson et de tabac, excès d’insomnies, excès de violence, j’en passe… pour finir par chercher le chemin improbable d’une aurore fuyante.

          Le corps souffrant, éprouvé, l’esprit fiévreux, Reumeau s’en servait aussi de gisement, à l’image de ces Carrières de l’âme, titre du recueil de poèmes de son ami Gérard Bodinier, publié en 1976, illustré par le peintre. Le corps est omniprésent, d’abord symbolique dans les premières représentations prenant l’aspect de divinités, puis celui de petits personnages, de diablotins s’agitant sur des échelles, tels des fourmis au service de l’âtre de Lucifer. Ces personnages butinent littéralement le paysage pour en extraire la sève féconde. Enfin le corps métamorphique, kafkaïen, ayant fait exploser le schéma corporel se trouve réduit à ses viscères munis d’un œil, d’une bouche et d’un cloaque.

           Une autre constante habite l’œuvre de l’artiste, celle de l’animalité. Qui a à voir d’ailleurs avec le corps. Car dans sa démarche de démembrement du corps humain, Reumeau ne cherchait-il pas à se libérer de cet encombrant humain, le réduisant à l’envi à l’état d’homoncule ou de mandragore, pour aller plus avant encore vers la primitivité, la source de lui-même afin de débusquer la bête qui s’était installée en lui, à son corps défendant dans l’inconscient d’une enfance tourmentée. Les blessures avaient fait de lui un animal traqué. La bête qui précède l’homme, la poursuivre en la représentant, n’était-ce pas mettre en lumière tous les manques affectifs de sa jeunesse.

          Ce corps réduit, cette bête traquée, ces paysages hantés vont pourtant livrer bataille… jusqu’au bout. En la personne du peintre  qui, bien que sevré de médicaments, n’abdiquera pas. Parsèment les œuvres de la dernière période de Reumeau des couteaux, des coups, des membres arrachés, du sang, le combat tribal, le retour à l’origine de la vie et du monde, celui-là même qui depuis la nuit des temps lutte pour sa survie. La vie, celle-là même née de l’informe, des formes incertaines, de l’organique. Reumeau, défiant l’abattement qui le guettait, a réussi par son art à donner une forme à son désarroi et à ses visions.

 

Jean-Louis Cerisier, 2016.

03/04/2017

Du maquettisme à Saint-Nazaire

 

Cette note a été remaniée par rapport à de précédentes versions que j'estime désormais caduques, tels des brouillons.

 

      Depuis quelques temps, un correspondant ne cesse de vouloir me convaincre que des maquettes de paquebots que fabrique un passionné à St-Nazaire – en s'inspirant de ces bateaux de croisière qui ont des formes hésitant entre le tiroir-caisse et l'empilement de containers, que l'on fabrique aux chantiers de Saint-Nazaire, ce qui bien sûr donne du boulot aux ouvriers de la ville mais n'en fait pas pour autant des merveilles esthétiques – sont des chefs-d'œuvre d'art brut ou apparentés.  Je ne l'entends pas de cette oreille (ni de cet œil), et j'ai répondu plusieurs fois que je ne voyais pas l'intérêt de faire en plus petit ce qui est déjà moche en plus grand (car je pense avant tout – que l'on me comprenne bien! – aux reproductions de paquebots actuels),  mais ce correspondant insiste, car il lui apparaît sans doute que tous ceux qui s'intéressent aux arts populaires devraient penser comme lui... Ce monsieur ne voit que le travail minutieux du maquettiste (et il faut l'avouer, ce dernier a beaucoup travaillé sur ses bâtiments reconstitués, on ne peut le contester), et ma réponse le révulse. Il faut admirer à toute force les chefs d'œuvre qu'il m'indique...

PHOTO RETIRÉE À LA DEMANDE DE SON AUTEUR

Un des paquebots en maquette construit par M. Vince (St-Nazaire).

PHOTO RETIRÉE À LA DEMANDE DE SON AUTEUR

Autres maquettes de M. Vince à St-Nazaire.

 

          Il faut que je l'avoue, le maquettisme, envisagé du seul point de vue de la réduction minutieuse de ce qui existe, sans le moindre recours à une poésie quelconque, un maquettisme qui cherche à faire exact (même si, pour ce faire, l'auteur utilise des matériaux de récupération), ne m'intéresse en effet pas. Et en outre, il faut également le répéter, malgré l'évidence pour ceux qui sont déjà au courant, cela ne relève en rien de l'art brut, ni de l'art singulier. Ni même d'une poésie que l'on peut rencontrer dans d'autres types de maquettes, plus proches d'ailleurs des jouets –  je pense en particulier aux maquettes de bateaux sculptés naïvement par des marins, objets de patience confectionnés pour leurs enfants en attendant de pouvoir  les revoir au retour de leurs longues campagnes de pêche, ou aux bateaux naïvement logés au fond de leurs bouteilles, comme dans un rêve d'ivresse marine.

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Bateau confectionné en guise de patience, collection Humbert, musée rural des arts populaires de Laduz (Yonne), ph. Bruno Montpied.

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Paquebot en bouteille, voici de la poésie pure, cet énorme bâtiment étant dessiné et sculpté ingénument à l'intérieur de sa prison de verre, comme fixé pour l'éternité d'un songe... Coll. L. Jacquy, photo B.M.

 

         Le maquettisme visant à la copie, on en voit dans tous les musées de la marine, cela peut avoir un intérêt didactique, pédagogique, mais ce n'est pas sous cet angle que se place le correspondant dont j'ai parlé au début de cette note. Non, lui, veut voir de "l'art brut" dans ces maquettes, emporté qu'il est par l'usage de plus en galvaudé et confus du terme, par la faute de tant de commentateurs insuffisamment informés.... Eh bien, c'est une erreur...

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Une salle du musée de la Marine à Paris...

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...ou du musée maritime de Hambourg, où c'est bourré de maquettes, à des fins historiques, etc., mais sont-ce pour autant des musées d'art brut?

 

     Le maquettisme qui consiste à reproduire le plus exactement possible des véhicules, bateaux, trains électriques, maisons..., pourrait plutôt appartenir,  à la rigueur, à ce que l'on appelle du côté de Sète, "l'art modeste", qui rassemble toutes sortes d'expressions populaires, du collectionneur d'étiquettes de boîtes de camembert ou de petits soldats au peintre décorateur de flippers... Il y a des salons pour ce genre de hobby, avec leurs lots de "bénédictins" se consacrant entièrement à leur passion de la miniaturisation.

      La copie miniaturisée de la réalité ne me cause aucune émotion. Ce que nous recherchons avant tout, en effet, et au contraire, c'est de contribuer à dévoiler l'autre réalité sous-jacente qui se cache dans le dialogue permanent entre l'homme et le monde, que l'imagination de l'homme sert à révéler.  Ce sont les travaux où cette imagination est à l'œuvre qui nous interpellent. Je préférerai toujours les nefs de Jean Branciard (assimilable à l'art singulier), par exemple, aux maquettes réalistes qui ne nous apportent pas ce surplus d'imagination et de poésie dont nous sommes plusieurs à être affamés. Ou bien les maquettes incroyablement bricolées que l'on rencontre dans le véritable art brut, comme les deux exemples que je donne ci-dessous (après les nefs de Branciard) en donneront une suffisante  illustration. Voilà la véritable marine brute en réduction! 

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Jean Branciard, La péniche

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Jean Branciard, catamaran, vers 2008.

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Un bateau, le Myra,  par le sculpteur brut Auguste Forestier qui séjournait dans les années 1940 à l'hôpital psychiatrique de St-Alban-du-Limagnole, anc. collection du Dr. Ferdière, ph. B.M.

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Un bateau extraordinaire créé "en os de cuisine" par un Poilu "dans la zone des armées entre 1916 et 1917. Carte postale situant l'objet à St-Vigor-d'Ymonville (à l'époque en Seine Inférieure).

 

04/03/2017

Bruno Montpied, exposition à la Galerie Dettinger-Mayer, Lyon

Expo Montpied mars-avril 17 carton recto.JPG

Carton d'annonce de l'exposition à la Galerie Dettinger-Mayer avec, en reproduction, L'insurgé, 12x18 cm, acrylique et marqueurs sur papier, 2010.

 

      Onze ans après la première exposition que j'avais faite chez Alain Dettinger, 4, place Gailleton dans le 2e arrondissement de Lyon (dans la Presqu'île), aux côtés d'œuvres de Ruzena, m'y voici de retour avec une vingtaine d'œuvres sur papier choisies en fonction d'un thème, "les solitaires", car pour leur grande majorité, constituées de figures isolées. Ces personnages seuls, j'en ai toujours dessiné, dès le début de ma production dans les années 1980 (voir ci-dessous un exemple – Une tendance au tragique, 21,5x15,5 cm, 1981 – qui ne fait pas partie de la sélection qui sera montrée à Lyon).Une tendance au tragique (2), acr sur p, 21,5x15,5 cm,1.8.1981.jpg

      Et puis, passant à des compositions plus foisonnantes, longtemps "bourrées", j'avais délaissé ces solitaires, hormis quelques cas exceptionnels. J'y suis revenu depuis quelques années, ayant engrangé de nouvelles techniques, de nouvelles humeurs découlant du changement de ma personnalité avec le temps.

       J'éprouve le besoin désormais de plus de sobriété dans mes dessins, de laisser respirer l'œuvre en ménageant des intervalles en réserve, ou plus ou moins vides. Les œuvres présentées n'en sont pas moins variées, puisque je n'abandonne jamais le désir de me surprendre en les réalisant. Aux amateurs de le vérifier en allant voir mon expo – qui sera accompagnée de celle de dessins du Néerlandais Huub Niessen – chez Alain Dettinger, durée prévue du samedi 18 mars au samedi 8 avril prochains. Le vernissage aura lieu le vendredi 17 mars à partir de 18h30.

Carton verso.JPG

Lapine sanguine (2), 24x19cm,  2016.jpg

Bruno Montpied, Lapine sanguine, 24x19cm, encre, mine de plomb et marqueurs sur papier, 2016 ; œuvre exposée à la Galerie Dettinger-Mayer.

 

09/02/2017

Info-Miettes (29)

Le musée de l'art spontané

 

    Oui, il y a un musée pour la spontanéité et il est à Bruxelles. Semble-t-il longtemps concentré sur l'art naïf (envisagé dans nombre de cas dans son versant gentillet), il s'ouvre aussi à différentes formes d'automatisme autodidacte dans l'art (dans une démarche qui n'est pas sans rappeler celle du musée d'art naïf et d'arts singuliers de Laval). Comme c'est le cas, en février et mars, avec l'exposition "Au fil de l'encre" de Rosanna Brusadelli, dessinatrice qui crée en symbiose avec les formes naturelles, calquant son graphisme sur des arborescences et des réseaux, voire des rhizomes, ressemblant parfois à des échangeurs routiers.  Elle dessine à la plume "à profiler" en noir et colorie après coup, toujours à l'encre. Un travail en tout cas qui me retient, d'après le peu que j'ai vu jusqu'à présent..

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Rosanna Brusadelli 

Exposition du 14-02-2017 au 05-03-2017, Musée d'Art spontané, 27, rue de la Constitution, à 1030 Schaerbeeck (nord de Bruxelles).

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Dreamdew n°8

     Dreamdew, ça veut dire "Rosée de rêve". C'est un bulletin de 4 pages édité numériquement par Sasha Vlad et Bruno Jacobs, rédigé en anglais et provenant des USA. La publication est entièrement vouée aux rêves, comme de juste. Le dernier numéro (de février 2017) vient de m'être envoyé, et on y trouve des récits, plutôt brefs dans l'ensemble, relatifs à des lectures intervenues dans les rêves des divers auteurs des récits. Pour accéder à ce numéro, cliquez ici.

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Sasha Vlad, "Sur le plan horizontal, une fraîcheur noire. Sur le plan vertical, un éther neutre" (légende de Dan Stanciu), collage, date et dimensions non précisées ; œuvre non reproduite dans Dreamdew.

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Des "Singuliers de l'art" à Carquefou, au Manoir des Renaudières

            Une exposition, parmi les dernières qui vont se tenir dans l'année qui vient au Manoir des Renaudières qu'anime avec brio Chantal Giteau à Carquefou (banlieue de Nantes), en instance de départ à la retraite, promet d'être un perit feu d'artifice rendant grâce à l'art véritablement singulier.

Singuliers à Carquefou, Carton Recto (2).jpgCarton d'invitation à l'expo "Des singuliers de l'art", on reconnaît en bas à droite un dessin patatomancien de Serge Paillard, plus haut une roulotte en réduction de Paskal Tirmant, quelques personnages grotesques de Briantais, des corbeaux (peut-être de Manero? Il est difficile à identifier, celui-ci, parce qu'il a plusieurs manières), en déduisant que le reste, par élimination, est due à Goux et Cottalorda...

 

      "Véritablement", parce qu'en l'occurrence cela n'a rien à voir avec les festivals de Têtes à Toto que l'on déplore ici et là, et qui abîment l'étiquette d'art singulier par voie de conséquence plus du tout "singulier". Sont annoncés pour l'occasion Gilles Manero, Serge Paillard, Paskal Tirmant, Bernard Briantais (quatre artistes que j'ai chroniqués sur ce blog), et Claudine Goux (un pilier de l'art singulier et de la création franche), ainsi que Chloé Cottalorda (inconnue de moi). Le carton d'invitation est un collage original réunissant en un tout homogène des fragments d'œuvres de ces six artistes.

Singuliers à Carquefou carton verso.jpg

       En outre, seront présentés le samedi du vernissage, à 10h30, un film sur l'abbé Fouré, L'homme de granit, avec une intervention de Joëlle Jouneau, animatrice de l'association qui cherche à faire mieux connaître l'ermite de Rothéneuf, et surtout, à 14h30, un film plus inédit, car récemment produit (2016), La Dame de Saint-Lunaire, d'Agathe Oléron, consacrée aux recherches et découvertes de cette dernière sur l'étonnante créatrice d'une maison singulière à Dinard, Jeanne Devidal.

 

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 Disparition de Bernard Jugie (1940-2013)

 

 La-porte,-la-boîte-aux-lett.jpg           M'est avis que ce nom ne dira vraiment rien à la plupart de mes lecteurs en dépit de l'article que je lui avais consacré dans la revue Création franche (le n°37, décembre 2012), de quelques notes sur ce blog et d'une de ces expositions confidentielles dont la revue Recoins a le secret – c'était dans la galerie de la Halle Saint Pierre.

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Bernard Jugie, sans titre, panneau de bois peint et gratté, ph. et coll. Bruno Montpied

      J'avais repéré des indices de son activité de sculpteur et de peintre naïf et populaire en passant en voiture dans une rue de Billom (Puy-de-Dôme ; voir photo ci-dessus avec la boîte aux lettres, ph.B.M., 2012). Je poussais alors mes compagnons de route vers le Livradois en quête d'un château où se trouvaient peut-être de belles fresques naïves de l'époque napoléonienne (cette quête se heurta à une magnifique porte fermée). Quelques années plus tard, en 2012, on fit l'expédition directement à Billom pour savoir si on aurait plus de chances du côté de Billom. On appela l'intéressé au téléphone au préalable, grâce à l'entremise d'une créatrice de cette ville, Marie Paccou.

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Bernard Jugie, un renard obtenu par évidement d'un panneau d'aggloméré longuement travaillé, ph. et coll. B.M., 2012.

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Bernard Jugie, une lapine et ses lapereaux, ph. B.M., 2012.

 

     Qui se cachait derrière cette porte surmontée de tableautins naïfs (renard, oiseaux, faisans, nichoir, papillons...), on le découvrit bientôt avec bonheur. C'était un des ces créateurs solitaires qui produit des objets, des sculptures, des tableaux (fleurs, animaux, paysages) pour son plaisir et celui de quelques rares proches et amis... Un dépositaire d'un talent naïf, toujours aussi difficile à expliquer pour ce qui est de savoir pourquoi il avait élu domicile en ce corps-là, et pas ailleurs chez maints autres individus.

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Bernard Jugie, statuette sans titre, coll. privée, Paris, ph. B.M. 2012.

Bernard Jugie, ss titre (bouquet de fleurs), (2) vers 2012.jpg

Bernard Jugie, sans titre (fleurs dans un vase), vers 2012, ph. et coll. B.M.

 

      Bernard Jugie était modeste, parlait peu, et il était généreux. Je poussai à la roue pour acquérir des œuvres, conscient de l'éphémère de la situation. A trois, nous lui achetâmes quelques pièces qui sont pour le moment à l'abri. Est-il sûr qu'il en soit de même pour les œuvres que Jugie garda jusqu'à l'année suivante? On vient de m'apprendre en effet que la Camarde est venue l'année d'après le chercher. On aimerait savoir ce que deviennent les sculptures et peintures qu'il accumulait dans son petit musée sous les combles...

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Bernard Jugie, créateur à ses heures, ph. B.M., 2012.

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Joël Lorand dans une nouvelle galerie d'art singulier à Nantes, la galerie Perrine Humeau

     Tiens, ça faisait longtemps que je n'avais pas parlé de Joël Lorand, le globe-trotter de l'art singulier. II est toujours autant en recherche qu'au début. Après être passé par différentes périodes (les dernières étant les "personnages floricoles", les "boucliers cosmogoniques" et une série de dessins en noir et blanc - qui me laissent personnellement  sur ma réserve), le voici qui fait une incursion à Nantes dans une neuve galerie (ouverte en mars 2016) qui veut se consacrer à l'art singulier, plus qu'à "l'art brut" proprement dit (si l'on doit s'en référer aux créateurs et artistes choisis jusqu'à présent), la galerie Perrine Humeau, qui a déjà exposé entre autres Bernard Briantais (qui s'est fait connaître des amateurs d'art singulier en exposant préalablement au Manoir des Renaudières à Carquefou) et quelques créateurs venus de l'atelier de l'ESAT de Cholet.

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Joël Lorand, exposition du 2 février au 25 mars 2017. Coordonnées de la galerie en cliquant sur le lien ci-dessus.

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Scottie Wilson à la Galerie du Marché, Lausanne

 

     Une exposition d'œuvres d'un créateur classique de l'art brut – qui me paraissent inégales (si je dois penser que les œuvres exposées correspondent à celles qu'on voit sur le site de la galerie), mais baste, ça n'est pas si fréquent de voir des dessins de Scottie par ces temps de marché de l'art brut galopant – est organisée à la Galerie du Marché animée par l'affable Jean-David Mermod à Lausanne, du 25 janvier au 11 mars. Le danger avec les dessins de Scottie Wilson, c'est leur propension à tomber parfois dans le décoratif. Toutes les œuvres affichées sur le site web n''échappent pas toutes à cet écueil. Je n'ai pu m'empêcher d'être un peu déçu, surtout après avoir d'abord découvert l'œuvre ci-dessous que proposait comme une amorce alléchante le mail d'annonce de l'expo...

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Scottie Wilson, sans titre, technique mixte, 50x70 cm, Galerie du Marché

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Jean-Marie Massou est édité en disque chez un nouveau label dont le titre me rappelle quelque chose...

 

      Il y a quelque temps, j'ai parlé de M. Olivier Brisson et de son projet d'éditer un enregistrement des complaintes et autres mixages sur radio K7 de l'ermite de la forêt de Marminiac, Jean-Marie Massou, dont il nous dit qu'il n'a plus trop d'énergie désormais pour descendre dans les galeries qu'il a creusées durant des décennies à la recherche d'on ne sait quelle civilisation préhistorique (ce qu'il m'avait confié en 1987 lors de ma visite chez lui en compagnie de Gaston Mouly). Eh bien, le projet vient de se réaliser, un disque vinyl vient d'être réalisé (zut, je n'ai plus de platine...) avec cartes de téléchargement aussi (je n' y comprends plus rien à ces nouveaux supports... Le CD me paraissait pourtant bien pratique et bien plus simple). Il  fixe les expérimentations de Massou. Olivier Brisson, avec deux de ses compères (Matthieu Morin - ce nom me dit quelque chose... - et Julien Bancilhon - on comprend qu'il s'occupe de vinyls avec un tel nom, où l'on entend déjà du sillon sur un banc...), paraît passionné de mettre en lumière la possibilité d'une musique brute, moi, je dis "d'outre-normes" pour éviter toute possibilité de confusion. Pour ce faire, il a fondé, après un premier label qui s'appelait, si j'ai bien compris, "Vert pituite la Belle", une nouvelle collection... "La Belle Brute"... Fondée au milieu de 2016. Tiens? Ça ne vous rappelle rien?

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Curieux titre que ce "volume 1" de "musiques" de Jean-Marie Massou... Comment le décrypter? Une plateforme de départ en voyage pour la sodomie... ? (Sodo...rome, comme il ya des aérodromes, des vélodromes...?)

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Vous vous souvenez d'elle...? (Voir "la boutique du Poignard subtil" dans la colonne de droite de ce blog...)

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"Introspective" Michel Nedjar au LaM, une exposition d'art contemporain

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      Je n'ai pas grand-chose à ajouter au laïus du LaM qui annonce la rétrospective Nedjar, artiste et fondateur de l'association l'Aracine (à quand une expo aussi pour Claire Teller et Madeleine Lommel, qui restèrent infiniment plus discrètes?) dans ses locaux à Villeneuve-d'Ascq du 24 février prochain jusqu'au 4 juin. Tout y est dit (un bémol pourtant sur le "à la croisée de l'art brut et de l'art contemporain") :

"Michel Nedjar (1947), artiste à la croisée de l’art brut et de l’art contemporain, est l’un des membres fondateurs de l’association L’Aracine qui donna son exceptionnelle collection d’art brut au LaM en 1999. Ses poupées de chiffon et de boue sont à ce jour ses œuvres les plus connues, alors même que son importante production artistique est loin de s’y limiter. À travers cette nouvelle exposition, explorez toutes les facettes de son œuvre : poupées bien sûr, mais aussi sculptures, dessins, peintures et films expérimentaux, de 1960 à 2016, ainsi que les thèmes qui sous-tendent l’ensemble de son travail : l’enfance et le primitivisme, la vie et la mort, la magie et le voyage."

      Si je n'ai aucune inclination pour ses poupées "de chiffon et de boue" (qu'à part moi, je surnomme "les étrons"), je dois reconnaître avoir été plus enchanté par ses poupées "Pourim", que j'ai aperçues dans un livre édité par Gallimard,art singulier à carquefou,manoir des renaudière,chantal giteau,gilles manero,art spontané,musée de l'art spontané,rosanna brusadelli,bernard jugie,dreamdew,sasha vlad,art populaire contemporain,jeanne devidal,agathe oléron,joël lorand,galerie perrine humeau,galerie du marché,jean-david mermod,scottie wilson,jean-marie massou,la belle brute,olivier brisson,musique d'outre-normes ou bien encore ce qu'il appelle ses poupées "coudrées", comme doit en faire partie la "poupée" ci-après (j'espère ne pas me tromper). Du côté de ses peintures et de ses dessins, on sent une grande influence des œuvres d'art brut qu'il connaît fort bien, et dont, pour cette raison même,  il ne peut faire partie, à moins qu'on ne brouille toutes les notions.

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Michel Nedjar

 

04/02/2017

Les mises en boîte de Jean Veyret

       Les assembleurs d'objets en boîte sont pléthoriques depuis des années que l'on connaît les boîtes-poèmes d'André Breton ou celles de l'artiste para-surréaliste Joseph Cornell, ainsi que les objets à fonctionnement symbolique tels que les surréalistes les promurent dans les années 1930. Il y eut, pour consacrer ce nouveau support artistique, une grande exposition, intitulée "Boîtes" tout simplement (tenue de décembre 1976 à mars 1977 au Musée d'art moderne de la ville de Paris puis à la Maison de la Culture de Rennes, juste avant la fameuse exposition les Singuliers de l'art de 1978 dans ce même musée parisien).jean veyret,art d'assemblage,théâtre d'objets,boîtes à mise en scène d'objets

      Depuis, je n'ose imaginer ce qui a pu se produire dans ce domaine. Un de mes anciens amis, un surréaliste anglais, Peter Wood, excellait dans ce domaine, avant de tirer sa révérence bien trop tôt dans cette vallée de larmes. Ses assemblages sous boîte vitrée étaient fidèles à une certaine tradition surréaliste de l'image ésotérique. Il la tempérait avec une touche de naïveté ça et là.

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Peter Wood, sans titre, boîte peinte avec divers éléments assemblés, années 1980-1990, coll. et ph. Bruno Montpied.

      Récemment cependant, agréablement surpris (faut dire que j'étais conduit par Alain Dettinger, grand dénicheur de talents devant l'Eternel), j'ai été confronté à un autre style de boîtes, remplies elles aussi d'assemblages, celles d'un ancien instituteur, Jean Veyret, par ailleurs adepte avec son épouse Joëlle (elle aussi tâte des arts plastiques et du détournement de matières et d'objets) d'une forme d'archéologie amateur qui les pousse chaque été, la plupart du temps, dans les déserts, notamment ceux de la Mauritanie, où ils récoltent nombre de débris et bestioles desséchées qui viennent alimenter leurs rêveries ultérieures, une fois de retour au bercail...

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Jean Veyret, La guerre, boîte peinte avec assemblage d'accessoires divers, fil en laine, bois avec écorce, 40 x 28 x 12 cm, 2011, ph. et coll B.M., 2016 ; certes, le sujet est assez limpide, la colombe de la paix va être dévorée par un monstre à la gueule immense et vorace, mais cela est réalisé avec un sens des couleurs et des matières magnifique ; le contraste entre la pelote de fils, les ailes en plastique de la colombe, matériaux tous aussi fragiles les uns que les autres, et le bloc de bois fruste sur un fond sanglant, est très frappant, je trouve.

 

       Les assemblages de Jean Veyret recèlent une fraîcheur et une immédiateté poétique qui s'éloignent nettement de  l'esprit ésotérique qui préside aux boîtes à connotation onirique, un peu comme on pourrait distinguer la poésie d'un Prévert (du reste, poète apprécié par Jean Veyret) de la poésie d'une Alice Massénat (pour citer quelqu'un de contemporain, particulièrement "ésotérique")...

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Jean Veyret, L'apparition, date non notée,  ph. B.M., 2016.

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Jean Veyret, Le sacre, date non notée, ph. B.M., 2016.

 

     Bien qu'au début, paraît-il, cet artiste autodidacte ait commencé par des boîtes confusément interprétables. C'est sa compagne Joëlle, qui, réclamant (avec raison selon moi) du sens plus explicite, orienta involontairement le travail de son mari vers des assemblages  plus immédiatement lisibles : antimilitarisme, anticléricalisme, moquerie à l'égard du christianisme, dénonciation de l'éducation religieuse lobotomisante, poésie engendrée par des rapprochements humoristiques et des analogies surprenantes, toutes attitudes saines et salubres méritant d'être observées avec constance. D'autant que ça nous change enfin de ces boîtes remplies d'objets, certes jolis, léchés, choisis avec un goût exquis, destinées à nous faire sentir qu'on a affaire à un poème visuel qui sonne surréaliste parce qu'on n'y comprend rien et qu'on a affaire à des objets insolites particulièrement beaux...

 

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Jean Veyret, Coffret de représentant en Clous de Christ, date non notée, env. 25 x 35 cm, ph. B.M., 2016.

 

      Jean Veyret a été instituteur une bonne partie de sa vie, je l'ai déjà dit. On rencontre nombre d'artistes autodidactes parmi les professeurs des écoles en effet. Nul doute qu'un ouvrage paraisse un jour à ce sujet, comme il y en eut déjà un sur les artistes postiers (Josette Rasle, Ecrivains et artistes postiers du monde, éditions Cercle d'Art, Paris, 1997). J'ai abondamment parlé sur ce blog des œuvres de deux autres maîtres d'école, Jean-Louis Cerisier et Armand Goupil. Voici donc à présent les boîtes de Jean Veyret. L'instituteur est souvent féru de cultures diverses, pratique un métier altruiste tourné vers les enfants, désire améliorer la société en propageant toutes sortes d'idéaux via les élèves qu'il enseigne. Il n'est pas étonnant, qu'il puisse à côté de son travail, durant les temps de loisir qu'il possède – que l'on sait plus longs  que dans bien d'autres métiers –, tenter de s'exprimer à son tour. Il le fait souvent en autodidacte, ou, au mieux, avec des moyens et des techniques artistiques moins poussées que celles qu'on enseigne dans les écoles spécialisées des Beaux-Arts.

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Jean Veyret, Lobotomies, date non notée, ph. B.M. , 2016 ; les lobotomisés que l'on aperçoit ici, adéquatement choisis parmi des figurines Duplo (plutôt des Playmobil...), aux crânes creux, connues des enfants, se dressent devant une photo de classe religieuse... 

 

      Parallèlement à cette activité de metteur en boîte, qu'il poursuit depuis une trentaine d'années à peu près (et qu'il a très peu montrée, sa première exposition n'ayant été organisée qu'en 2013, à la galerie Dettinger-Mayer à Lyon, suivie d'une autre, tout récemment, fin 2016, dans le même lieu),  Jean Veyret a coulé aussi ses pas dans ceux des aventuriers qui de tous temps ont été attirés par les espaces sauvages ou inconnus des Occidentaux. Il partit à moto à travers le Sahara, stimulé par les premiers rallyes Paris-Dakar, fréquentés et organisés en amateur au début, puisque leurs premiers vainqueurs, côté voiture, avaient roulé en 4L Renault. On était très loin de l'actuel rallye avec ses caravanes de matériel, de technologie, sa couverture médiatique, son spectacle, donnant l'impression d'un divertissement du capitalisme instrumentalisant des territoires au profit de ses jeux du cirque.

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Chez Jean Veyret, la réserve aux boîtes-poèmes... ph. B.M. 2016.

 

     Jean Veyret cherche depuis quelque temps à exposer davantage. Avis aux professionnels de la diffusion artistique qui n'ont pas les yeux dans leurs poches... 

22/01/2017

Création Franche, la revue, n° 44 et n° 45

     Si, régulièrement, je me fais l'écho de la seule revue que nous ayons réussi à pondre en France au sujet de l'actualité des arts spontanés (la création, dite franchepar Gérard Sendrey,  fondateur du musée du même nom), j'avoue avoir pris du retard vis-à-vis du n°44, sorti en juin 2016. Pourtant, il contenait d'intéressants articles, dont un en particulier de Brigitte Gilardet, une chercheuse en histoire de l'art contemporain, travaillant au CNRS, auteur récent d'un (probablement) fort intéressant ouvrage,  Réinventer le musée, François Mathey, un précurseur méconnu (1953-1985), qui est paru aux Presses du Réel en 2014.Lucienne Peiry, ph. Chris Blaser.jpg Dans ce n°44, elle se préoccupe de braquer la lumière sur Lucienne Peiry (voir son portrait ci-contre par le photographe Chris Blaser) et, en particulier, sur l'ouverture de l'art brut vers les mondes extra-européens qu'opéra celle-ci, le temps où elle fut aux commandes de la Collection de l'Art Brut (une dizaine d'années de 2002 à 2012).

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Création Franche n°44, avec une œuvre de Dimitri Pietquin en couverture, juin 2016.

 

     Par ailleurs, la création franche, ayant le courage de ne pas laisser retomber les peintres naïfs, victimes de l'aura grandissante de l'art brut – et, il faut bien le dire, des oukases de Dubuffet et de ses partisans, qui avaient beau jeu de vouer aux gémonies l'art naïf si l'on se référe à ce que l'on a mis en avant dans cet art des années 1960 à aujourd'hui , une sorte d'art cu-cul, comme dit Yankel... –, rend hommage de temps à autre à certains d'entre eux, comme dans ce même n°44 de la revue, à Simone Le Moigne (article de Jean-Pierre Nuaud).

Gisèle Grun-Rousseau, portrait d'un marin nommé Forbin, Coll perm du M de la Création Franche, ph 2008.jpg

Gisèle Grun-Rousseau, sans titre (portrait d'un marin appelé Forbin), coll. permanente du musée de la Création franche, exemple d'art naïf contemporain de belle venue, ph. B.Montpied en 2008.

 

     Gérard Sendrey dans  le même numéro, comme Gilardet avec Lucienne Peiry, veut rendre hommage à un autre critique d'art, Dino Menozzi, qui anima très longtemps en Italie la revue Arte naïve qui s'ouvrit dans la dernière partie de son existence  aux arts singuliers. Par ailleurs, on trouve aussi un article d'archive (de 1991), de Jacques Karamanoukian, trop tôt disparu, s'étant fait l'écho de sa rencontre avec le créateur brut noir américain Sam Mackey à Detroit.

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Quelques numéros d'une valeureuse revue italienne sur l'art naïf et l'art singulier (marginal), Arte naïve... 

 

     Il y a bien sûr d'autres articles dans ce numéro, je ne vais pas tous les citer, il suffit de s'abonner. En ce qui me concerne, je signe un article, d'hommage là aussi, consacré à l'autodidacte Lino Sartori, mari de cette Andrée Acézat (à qui j'ai consacré un ouvrage dans ma collection La Petite Brute), influencé par la liberté de cette femme qui sut, à plus de 70 ans passé, abandonner tout ce qu'elle avait peint jusque-là pour se lancer dans une production de caricatures enfantines singulières. Lino Sartori, quant à lui, s'il peignit aussi sur divers supports en deux dimensions, choisit de préférence les souches de bois qu'il interprétait à la peinture, dans une démarche inconsciemment proche d'un Gaston Chaissac qui, on le sait, adorait peindre sur tout ce qui se présentait à lui, vieux bidons, planches de rebut, parpaings, marmites cabossées... Des œuvres de Sartori sont récemment entrées dans la collection permanente du musée de la Création franche.

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Lino Sartori, sans titre, tronc d'arbre évidé peint, coll. privée, région bordelaise, ph. B.M.

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Lino Sartori, sans titre (dialogue entre marionnettes?), 2007, coll. privée bordelaise, ph.B.M.

 

     Par ailleurs, est également sorti, en ce mois de janvier 2017, traditionnellement décalé par rapport à son mois annoncé en couverture (décembre 2016 ; la revue publie deux numéros par an), le n° 45 de Création Franche.

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Création Franche n°45, décembre 2016 ; en couverture, une œuvre d'une récente découverte de Pascal Rigeade : Léonie Pointis.

 

    Au sommaire, j'ai particulièrement retenu l'annonce par le directeur du musée, Pascal Rigeade, de la requalification du musée en "équipement d'intérêt métropolitain" depuis le 1er janvier dernier. Ce qui paraît signifier que les locaux deviennent propriété de Bordeaux métropole, alors que ce qui s'y expose et s'y anime reste de l'initiative de la ville de Bègles. Pascal Rigeade, dans son éditorial, délivre l'idée que cela pourrait induire des possibilités d'agrandissement et de modernisation pour le bâtiment actuel du musée. Ainsi qu'une communication accrue autour de ses manifestations. On sait qu'a été abandonné le projet de déménager le musée vers la Cité Numérique qui se trouve géographiquement plus près de Bordeaux. Il faut donc imaginer que les responsables de la Création franche rêvent maintenant plutôt de repousser les murs. Cependant, il faut noter parallèlement que le maire actuel de Bègles, Noël Mamère, qui a œuvré grandement à l'épanouissement du musée, ne se représentera pas aux élections en 2020. Il faut espérer que cela n'aura pas de conséquences sur l'avenir du musée, en place et actif depuis 1989 tout de même, et donc bien inscrit dans le paysage des arts spontanés à la fois régionalement, nationalement et internationalement.

      Par ailleurs, dans ce numéro on retrouve quelques contributeurs habituels : Paul Duchein (qui me paraît en petite forme), Dino Menozzi (sur une exposition d'"Irréguliers" à Cles, province de Trente, qui pose la question de "l'authenticité" préalable à toute création par ailleurs taxée d'"outsider" ; je dois dire que son texte, reposant les sempiternelles questions de délimitation terminologique m'a paru quelque peu embrouillé ; en particulier, qui  aurait l'idée – à part en Italie?– de reléguer encore  les "outsiders" et les "irréguliers" dans un quelconque ghetto?), Gérard Sendrey, Bernard Chevassu (qui revient sur les rochers de Rothéneuf de l'abbé Fouré sans véritablement apporter du neuf sur la question, et en véhiculant même une approximation à propos du gisant de la pointe du Christ – ce dernier n'est pas "Judicaël", comme avait cru bon de l'affirmer Frédéric Altmann, que l'on se rapporte à ce que j'ai révélé sur ce blog même, on se demande à quoi ça sert que je me décarcasse?), Jo Farb Hernandez (qui signale ses travaux de recherche sur les environnements spontanés en Espagne, ce que j'avais moi-même déjà relevé dans le n°43 de cette même revue en la citant, ainsi que d'autres ayant travaillé sur le même sujet (ce qu'elle bien entendu se passe bien de faire... ; le rédacteur en chef de la revue aurait pu – je le signale au passage – le rappeler en note)...

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Michel Maurice, sans titre, Musée des mille et une racines de Cornimont, ph. (inédite) B.M., 2016.

 

       En ce qui me concerne, j'ai offert à ce numéro un article qui dévoile pour la première fois dans une publication liée aux arts spontanés un petit musée pratiquement - je gage - inconnu du public des amateurs de ces arts, le Musée des mille et une racines de Michel Maurice (1937-2014) situé à Cornimont (Vosges ; il est dommage que la revue n'ait pas jugé utile de garder les coordonnées de ce musée que j'avais pourtant pris soin d'insérer à la fin de mon article, je les remets donc ici à la fin de cette note). Encore un créateur qui a collecté durant des décennies (50 ans) des formes naturelles en bois tantôt laissées telles quelles, tantôt réinterprétées, teintées, sculptées, etc. Cela avec beaucoup de goût. Après son décès, il est à noter que la municipalité de Cornimont, avec l'appui de ses proches, notamment sa fille Corinne, lui a bâti un musée tout exprès dédié.

Musée des Mille et Une Racines, 23, route de Lansauchamp, Cornimont (près de Gérardmer) . Ouvert tous les jours de 10h à 12 h et de 14h à 18h sauf les mardis ; fermeture du 14 au 30 novembre. Tél : 03 29 23 95 74.

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Michel Maurice, sans titre, (deux promeneuses?), musée des Mille et une racines de Cornimont, ph. B.M., 2016 ; photo non retenue par la rédaction de Création Franche.

Du côté de la Création Franche, à signaler dans les expositions à venir plus particulièrement une expo consacrée à l'art brut en Finlande du 14 avril au 11 juin 2017 qui promet d'être intrigante, tout autant que celle qui fut récemment consacrée à l'art brut indonésien.