11 novembre 2007

Infos Expositions un peu partout

    Le musée Im Lagerhaus de Saint-Gall en Suisse (voir ma note du 5 juin 2007) lance une nouvelle expo, intitulée (en allemand, mais je traduis comme je peux, en devinant): "Mère, Madone, Monstre", ce qui est une intéressante piste de recherche, n'est-il pas? Je ne comprends pas l'allemand, alors je vous renvoie si vos connaissances dans ce domaine sont plus grandes que les miennes au site du musée d'art brut et naïf de Suisse orientale. Et voici une image, dont je ne suis pas sûr de l'auteur, peut-être un certain ou une certaine "F.Shearer"...

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   Je continue de signaler des expositions en vrac, comme elles viennent. Paul Duchein nous a écrit qu'il réunissait au musée Ingres à Montauban,aa79a4965f98e72e8f77d45f172b36a3.jpg dans le cadre d'une manifestation plutôt littéraire, "Lettres d'Automne", du 13 novembre au 10 décembre, un ensemble d'"artistes de l'"Art Brut" et assimilés". Cette présentation est destinée à prolonger l'exposition de photos de Mario Del Curto (qu'est-ce qu'elles se baladent ces photos-là...) installées dans le même lieu. Mais Paul Duchein ne donne pas plus d'explications sur les créateurs exposés, et le site municipal de Montauban ne nous en apprend pas davantage. Alors cette info  risque fort de n'être réservée qu'aux Montalbanais et leurs voisins.

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Raymond Humbert, Mer - Porspoder (détail), 1988, ph.Jacques Vasseur (carton d'invitation à l'exposition)

   Des Paysages de Raymond Humbert, artiste et fondateur du musée rural des arts populaires de Laduz dans l'Yonne, comme on sait, sont présentés à partir du 16 novembre au musée des Beaux-Arts de Quimper. Ce qui doit faire plaisir en tout premier à son ancienne colaboratrice Marie-José Drogou, elle-même excellente artiste méconnue, chez qui le peintre venait en visite à Porspoder, dans le Finistère nord dans les années 70-80...38260350ff9b40fc80e0d2ece86bbcf4.jpg Il était normal que la Bretagne s'intéresse aux oeuvres de celui qui aimait ses paysages, et plus encore, les visions et les vertiges qu'il fixait sur ses papiers, entrevus dans le remous des vagues autour des récifs du grand Mouzou...

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B.Montpied, Famille brûlée, 32 x 25 cm, peinture sur papier, 2005

  

   Sinon, se termine aujourd'hui même, je sais, c'est pas sérieux (et ça l'était d'autant moins que j'y étais exposé...), j'aurais pu en parler avant, mais que voulez-vous, il faut croire que je suis avant tout altruiste... ou pas mal distrait! ... Se termine aujourd'hui même à Reggio-Emilia en Italie l'exposition Ai Marginali dello Sguardo (" Aux Marges du Regard"), l'art irrégulier dans la collection Menozzi, consacrée à la donation d'une partie de la collection

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de ce critique et historien de l'art naïf venu sur le tard à l'art singulier, Dino Menozzi, qui animait naguère la revue Arte Naïve. Cette donation prend place dans le cadre de la Bibliothèque Panizzi (connue entre autres pour héberger aussi des archives d'anarchistes italiens) plus spécifiquement dans son Cabinet d'art graphique "A.Davoli". On retrouve dans cette exposition un petit contingent de créateurs habitués de la Création Franche, dont Charles Boussion, Gaston Mouly,

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 Pierre Albasser ou Ruzena (sur qui j'aurai sans doute l'occasion de revenir), des "Singuliers" (Kurt Haas, Danielle Jacqui, Martha Grünenwaldt par ex.), mais aussi des créateurs venus des collections d'ateliers d'hôpitaux psychiatriques italiens (l'atelier "Blu Cammello" de Livourne, ou l'atelier "Adriano e Michele", par exemple).

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   Un catalogue plutôt bien imprimé est paru à cette occasion.

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Pages de couverture du catalogue, avec des dessin de Pierre Albasser en illustrations
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Dino Menozzi (à droite) avec le peintre Ivan Vecenaj, années 70?

20 septembre 2007

Face à face, le hasard et la transe, Galerie Flak

Me baladant samedi dernier sur la rive gauche du côté de la rue de Seine, j'emprunte la rue des Beaux-Arts avec la vague idée de retrouver par hasard une galerie où je croyais pouvoir découvrir des marionnettes du Mali que je cherchais sans vraiment les chercher (comprend qui peut...).
Il faut dire que j'étais avec un vieux camarade et que l'on bavardait avec entrain, au point de s'étourdir, on entrait au pif dans les galeries, sans bien regarder où l'on entrait. Ah, voici que j'avise la vitrine de chez Flak (j'ai toujours aimé cette galerie au patronyme onomatopéique où l'on voit de temps à autre des poupées Kachina).
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Tiens, il y a une curieuse expo en ce moment. On y confronte masques ethniques et masques ready-made. Qu'est-ce que c'est des masques ready-made ? C'est ainsi que spontanément je serais tenté de les qualifier. Ce sont des masques qui n'étaient pas de vrais masques au départ (du moins pas des masques pour se déguiser ou pour des rituels), mais des objets destinés à d'autres fonctions (masques à gaz de l'autre guerre, casque de Dark Vador, masques de protection pour le base-ball...) mais qui possèdent à leur insu des similitudes avec les masques de transe ou propitiatoires.
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 Similitudes dans les formes. Comme dans le cas de ce vieil étrier en cuir ridé qui ressemble à une trogne de sorcière et que l'on peut voir dans un coin dans le cabinet de curiosités modernes de chez Flak. En entrant dans la galerie, je me fais la réflexion que ce concept d'exposition ressemble furieusement à ce qu'a plusieurs fois tenté Paul Duchein du côté du Musée Ingres à Montauban. Et voilà-t-y pas que M.Duchein rôdait effectivement dans la galerie ce jour-là... Je me cogne quasiment sur lui.
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Je conseille à tout amateur de surprises, recherchant le décentrement du regard culturel d'aller faire un tour dans cette petite galerie inventive.
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(Les photos des masques, hormis celui de Dark Vador, proviennent du site de la galerie Flak -voir les liens insérés dans cette note- Ci-dessus, masque ancien de pompier,  du moins, je crois...)
Galerie Flak
            8 rue des Beaux-Arts, 75006 Paris, France.
Exposition du 12 Septembre au 3 Novembre
2007.

Un catalogue paraît à l'occasion de cette exposition :
Face à Face, Masques secrets, visages révélés
(Textes en français et en anglais de
Gilbert Lascault et Hubert Comte
120 pages couleurs)

07 juin 2007

Laduz, la passerelle et la transparence

   Du 16 juin au 16 septembre, une expo pour votre été dans un lieu enchanteur (ça sonne très pub de syndicat d'initiative) : les "Transparences" de Marie-Noëlle Fontan au Centre d'Art Populaire-Musée de Laduz  (oui, ils ont changé de nom... Avant c'était le "Musée Rural des Arts Populaires", faut-il croire que "rural" est désormais trop suranné?).

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   Le vernissage est pour le 16 juin. Comme on le voit sur les vignettes que j'ai extraites du site du musée, les oeuvres sont faites à partir de matières d'origine végétale. Les mains tissent-elles machinalement osiers et roseaux laissant les représentations réalistes s'évaporer, puis dans le vide désormais installé, s'ouvrant à d'autres images, d'autres formes aléatoires? C'est une oeuvre qui me rappelle irrésistiblement une autre que j'avais découverte il y a plusieurs années, celle de Marinette Cueco, au regretté Musée des Enfants du Musée d'art Moderne de la Ville de Paris.

  Le musée de Laduz s'est embarqué depuis à peu près cinq ans, toujours l'été, dans des projets visant à faire connaître l'art contemporain textile ou l'art contemporain du papier (les plis de Jean-Claude Correia en 2005, voir autre photo provenant du musée).a886a52a47db156a6e08a084ba7170a1.jpg 

   La politique d'exposition a donc progressivement évolué au fil des ans. Il n'y a plus d'exposition temporaire consacrée aux arts populaires, l'art contemporain entretenant des rapports de filiation avec l'art rustique est davantage privilégié.96b0ff349c9757a84eae0e5ac8324e90.jpg Cela me paraît une évolution logique étant donné les personnalités des artistes, qui président depuis le début aux destinées de cette sympathique collection, Raymond Humbert, très grand peintre méconnu décédé en 1990 (une grande exposition se termine au musée d'Auxerre ce mois-ci), Jacqueline Humbert, peintre "naïve" travaillant avec les techniques du pochoir et du fixé sous verre, Marie-José Drogou, peintre, photographe, professeur d'arts plastiques, Jean-Christophe Humbert, peintre plasticien et directeur de l'Ecole municipale des Beaux-Arts d'Auxerre, tous ayant été pendant de nombreuses années les auteurs de manuels d'apprentissage de différentes techniques artistiques destinées aux enfants (la plupart édités chez Dessain et Tolra ; à noter qu'on pouvait découvrir incidemment grâce à ces ouvrages les oeuvres de ces professeurs-initiateurs qui se cachaient sous les dehors de simples illustrations). 

  Dans le dernier prospectus édité par le musée, ses animateurs annoncent que leurs expositions d'art contemporain sont à envisager comme des "passerelles" reliant "les imaginaires passés et présents"... Ici, au Poignard Subtil, les passerelles, on est plutôt pour...

A noter qu'à partir de 2008, le musée n'ouvrira qu'en juillet et août. Finis, les vernissages lentilles-saucisse à la Pentecôte?

05 juin 2007

Im Lagerhaus, l'autre musée d'art brut en Suisse

  A feuilleter l'innombrable documentation sur l'art brut, on tombe parfois sur la mention du "Museum Im Lagerhaus" à Saint-Gall (St-Gallen en Suisse alémanique), spécialisé, ultra-spécialisé même, dans l'art brut et naïf suisse, uniquement suisse. Et pour corser le tout, ses deux animateurs principaux, Simone Schaufelberger-Breguet et Pierre Schaufelberger, lorsqu'on leur demande de préciser, ajoutent: oui, suisse et même de Suisse orientale...

  Nulle trace de chauvinisme derrière une telle spécialisation, comme je l'avais redouté en allant me promener à St-Gall récemment. Simplement, un désir de mieux faire  connaître une région méconnue à la fois sur le plan artistique et sur le plan géographique.

  Un autre des amis du musée, Peter Killer (j'adorerais m'appeler ainsi...), dans Le Säntis, montagne magique8fa300a72182a7a88207676e786fc2e0.jpg (publié dans le catalogue "Oh la vache", Art naïf suisse né autour de la montagne magique du Säntis, expo à la Halle Saint-Pierre en 1997 qui était entièrement pilotée par les animateurs du musée Im Lagerhaus) souligne qu'en Suisse l'art populaire singulier se rencontre avant tout dans deux zones "bien délimitées",  dans la zone ouest et dans la zone est. Rien au nord et au sud, donc...

  Ca tombe bien, il y avait déjà un musée d'art brut à l'ouest, celui de Lausanne pour ceux qui l'auraient oublié, il en fallait donc un à l'est et c'est à Saint-Gall qu'il est né voici déjà 19 ans... Non loin du massif de l'Alpstein que domine la montagne effectivement magique du Säntis (notre photo ci-dessus). Cependant, petite, ou grosse, différence avec Lausanne, on n'y montre pas seulement de l'"art brut". Les animateurs d'Im Lagerhaus (au fait, ça veut dire quelque chose comme "l'Entrepôt") se passionnent tout autant pour l'art brut (ils ont défendu Hans Krüzi ou Aloïs Wey par exemple) que pour les peintres paysans naïfs, voire naïfs-bruts, de l'Appenzell-Toggenburg (car c'est incroyable le nombe de générations de créateurs qui se sont succédées autour de cette fameuse montagne; on ne peut guère comparer ce genre de phénomène qu'à des pays comme Haïti où des dizaines de créateurs autodidactes se sont manifestés au fil du siècle; pourtant Haïti et la Suisse, le vaudou ou la vache, la pauvreté et la richesse, qu'est-ce qui les unit? Un seul trait commun peut-être, une certaine idée de la sauvagerie, les cérémonies vaudou et le rite des Sylvester Klaüse, les Hommes sauvages d'Urnasch, au pied du Säntis encore et toujours...). Ils aiment aussi ce qu'ils appellent à la manière anglo-saxonne les "Outsiders" (Ignacio Carles-Tolra par exemple). Ils laissent leur compas d'appréciation (un autre outil aussi utile qu'un poignard subtil) grand ouvert.

  Lors de ma visite ultra courte (deux heures de temps), avec la chance de tomber sur les deux animateurs du musée qui préparaient leur nouvelle exposition (sur des créateurs d'instruments de musique faits à partir de matériaux de récupération, Max Goldinger, Gottfried Röthlisberger et autres), je suis allé de découverte en découverte. Avez-vous entendu parler de Pya Hug?

ec051b6c206b00d73b6c34006aea0423.jpg(Dans le musée de cire de Pya Hug, d'après photo Mario Del Curto)

  Connaissez-vous Ulrich Bleiker? Aloïs K.Hüllrigl? Et John Elsas (formidable, John Elsas)? Et Maria Török? Tous ces créateurs, je ne sais où je dois les ranger, je n'ai vu d'eux que leurs oeuvres accrochées dans la collection permanente, ou bien seulement en illustrations dans des livres (il y a une petite librairie extrêmement bien fournie) sans rien comprendre du contexte sociologique de leur création. Mais ce que j'ai vu m'a exceptionnellement intrigué, me donnant l'envie d'en apprendre plus. e91a335e07ad6fbbe4c53663f7fb7cea.jpgLa langue allemande est l'obstacle à l'amplification de la découverte, mais grâce aux deux animateurs de l'endroit, Pierre et Simone Schaufelberger, qui ont eu le courage et la générosité d'apprendre à parler un excellent français, on doit espérer que les ponts resteront jetés entre l'est et l'ouest. Je n'ai pas encore dit à quel point ces deux personnes m'ont laissé une grande impression de culture, de savoir-faire, de passion désintéressée pour ceux qu'ils rassemblent et tentent magnifiquement de faire connaître... Eh bien, c'est chose faite.

   A l'avenir, j'espère pouvoir revenir plus au large sur les créateurs ci-dessus mentionnés.

 

 

   Les photos de cette note sont dues à B.Montpied sauf celle de Pya Hug qui a été extraite par nos soins de la monographie Das  wunderbare Universum von Pya Hug écrite par Simone Schaufelberger (sans date), disponible au musée "Im Lagerhaus" (pour les contacts, cliquer sur le lien surligné en bleu au début de la note).