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21/10/2019

La Vérité ?

     Je suis récemment parti à Bruxelles chercher "la Vérité", mais l'ai-je vraiment trouvée?

              Anonyme, la Vérité, argile, sd (XXIe siècle ptetre)(2).jpg

 La Vérité, argile et collage, 21 x 9 x 5 cm, sd (peut-être XXIe siècle), ph. et   coll. Bruno Montpied.                                

  Anonyme, la Vérité, argile, sd (XXIe siècle ptetre), verso (2).jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Vérité (verso)

17/10/2019

Dans le cadre de l'Outsider Art Fair (salon d'art outsider), une dédicace de votre serviteur pour deux publications récentes

    Oyez, oyez, amis et supporters éventuels de mes publications, je suis invité par la librairie de la Halle Saint-Pierre qui ouvre comme chaque année un stand dans l'Outsider Art Fair, le dimanche 20 octobre prochain entre 15 et 16h, à vous dédicacer des textes que j'ai publiés à l'intérieur de livres collectifs. Il s'agit de l'ouvrage qui a été tiré, sous la direction de Laurent Gervereau, du colloque "L'art brut existe-t-il?" organisé en mars dernier à La Force, à la Fondation John et Eugénie Bost. Mon intervention avait pris pour titre "Un autre Art brut", où j'attirais l'attention de mon lecteur vers la dimension populaire – pour une part extravertie si l'on songe au corpus des environnements spontanés à l'air libre – de la créativité brute.

Couverture des actes du colloque.jpg

Le Publicateur du Collège de P., Viridis Candela n°17, sept 18.jpg

    Je dédicacerai aussi l'étude que j'ai publiée dans le n°17 de la revue Viridis Candela du Collège de 'Pataphysique (septembre 2018) où je résume dans une édition papier mes découvertes qui ont révélé le nom de l'auteur des sculptures populaires connues, grâce à Dubuffet, sous le nom de "Barbus Müller". Sculptures qui sont parmi les toutes premières pièces à avoir fondé la primitive collection d'art brut. Cette dernière, comme le prouve cette étude pionnière, a débuté par des sculptures dues à un paysan auvergnat, d'origine populaire donc.

Pour accéder à l'OAF, où l'on découvre en outre tout un éventail de galeries et autres associations diffusant de l'art brut et singulier international, il faut se rendre à l'Atelier Richelieu, 60 rue de Richelieu dans le 9e arrondissement (entrée payante). L'OAF est ouvert du 17 au 20 octobre (jeudi 17 octobre : Avant-première "VIP" (terme ridicule, Ô combien.., par la boursouflure élitiste qu'il sous-entend)  de 14h00 à 18h00 ; vernissage entre 18h00 et 21h30 - vendredi 18 octobre : de 11h00 à 22h00  - samedi 19 octobre : de 11h00 à 20h00 - dimanche 20 octobre : de 11h00 à 18h00).

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16/10/2019

Pierre Caran

pierre caran,thérèse joly,galerie l'usine

    J'ai déjà eu l'occasion de mentionner l'œuvre secrète de l'autodidacte, en matière de création plastique, Pierre Caran (1940-2008), à l'occasion de la publication du beau livre d'art que lui consacra son épouse, la photographe Thérèse Joly. Voici qu'une occasion est donnée à tous ceux qui peuvent passer par Paris de voir une belle sélection de ses assemblages, peintures et autres dessins, alternant art naïf et expression plus brute, qui va être exposée à partir de ce vendredi 18 octobre à la Galerie L'Usine, 102 boulevard de la Villette dans le 19e arrondissement (M° Colonel Fabien). Le mieux étant de venir le soir du vernissage ce vendredi  à partir de 19h jusqu'à 22h. Car l'expo est ouverte le reste du temps, chaque jour certes, mais sur rendez-vous (tél: 01 42 00 40 48 ; usine102.fr). A signaler également que des œuvres de Caran seront également montrées tout le mois de novembre dans la galerie de la Halle Saint-Pierre avec des travaux d'autres artistes (Pascal Hecker, Demin et Bruno Montpied), mais nous y reviendrons.

pierre caran,thérèse joly,galerie l'usine

Pierre Caran, Cœur de tavaillon, 40 x 30 cm, 2005.

11/10/2019

Le véritable art brut, tournée des expositions pour le découvrir (2): Gaston Dufour à Lausanne

      Gaston Duf., tel était le nom estropié dont on l'affublait autrefois, par respect de la vie privée du malade. Dans le fascicule de l'Art Brut n°5 (1965), Dubuffet intitulait son article sur lui "Gaston le Zoologue".

    Mais, désormais, le nom est rétabli : Gaston Dufour. Pour rendre à César ce qui lui appartient : une oeuvre à la mine de plomb, puis aux crayons de couleur, fortement entichée de figurations à variantes d'après rhinocéros. Cet auteur ne s'est pas limité à la bête cornue, qu'il avait judicieusement choisie au départ (si l'on devait en effet se lancer dans un exercice de style d'après une bête, le rhino, le crocodile, l'hippopotame, animaux dont Dufour modifiait les noms, pour intituler certaines de ses variantes aux orthographes débridées, mais aussi l'éléphant, ou les poissons – qui ne retinrent pas, eux, l'attention de Gaston –, tous ces animaux-là présentent le profil idéal pour permettre de délirer consciemment à partir de leur apparence, en délivrant tout un éventail d'avatars ébouriffants). Parfois aussi, il représenta des personnages humains, appelés "pôlichinêllles" (il se goinfrait de "c" cédille et se pâmait surtout sous les accents circonflexes, peut-être à cause de leur aspect petit toit sous lequel s'abriter...?), voire des objets aussi, ici et là. Dubuffet, dans le chapitre du fascicule n°5 en dresse la liste, de même qu'il déploie les variantes orthographiques des titres des dessins: Rinâûçêrshose, Rhin'-Oçêrhâûshe, Rin'-hâûçêr'-hâûs'-he, etc.

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Gaston Dufour, Rinâûsêrôse Vilritiês, Collection de l'Art Brut, Lausanne.

 

     Une exposition montée par Lucienne Peiry, l'ancienne directrice de la Collection de l'Art Brut de Lausanne, intitulée "Rhinocéros féroce?", prend place du 11 octobre 2019 au 23 février 2020 au musée cantonal de zoologie, toujours à Lausanne. Avec un catalogue à la clé.

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   Mme Peiry a eu la riche idée de demander que soit placé au cœur de l'exposition un véritable rhinocéros empaillé, extrait des collections du musée de zoologie. Histoire de mesurer sans doute le va-et-vient entre confrontation de l'œil à cette bête et répercussion graphique en développements et mutations visionnaires créés par Dufour. On sait par ailleurs que le rhinocéros a tellement frappé ceux qui l'ont vu pour la première fois, que leurs descriptions, de retour de voyage, furent très probablement à l'origine du mythe de la licorne.

      Au fond, Gaston Dufour n'a fait qu'amplifier le mythe, avec ses propres "licornes", tout en  griffes, palmes, volants et drapés virevoltants...

04/10/2019

La pipe de Félix Fénéon

    Félix Fénéon est à l'honneur en ce moment. Ce collectionneur, critique d'art et anarchiste, après avoir été exposé au musée du quai Branly à propos de ses collections d'art africain (il appelait ça "les arts lointains"), a une seconde exposition consacrée plus spécifiquement aux artistes qu'il a défendus et parfois découverts, Seurat, Signac, Maximilien Luce, les futuristes italiens, Bonnard, Matisse, etc., au musée de l'Orangerie, toujours à Paris, prévue du 16 octobre 2019 pour durer jusqu'au 27 janvier 2020.

  Ô coïncidence, hasard objectif et autres synchronicités, figurez-vous que j'ai récemment déniché sa pipe sur le stand d'un ami brocanteur qui ignorait visiblement le personnage qui avait été sculpté sur son fourneau, très probablement à la suite d'une commande de l'illustre critique anarchiste, sans doute désireux de faire travailler de façon originale un petit sculpteur populaire de sa connaissance (qui n'a malheureusement pas laissé son nom sur la pipe)... La ressemblance entre le portrait que fit Signac de son célèbre défenseur et ami Fénéon d'une part, et ce fourneau d'autre part, me paraît tout à fait réussie...

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Félix Fénon, détail du portrait de Fénéon par Signac (titre complet: Opus 217. Sur l'émail d'un fond rythmique de mesures et d'angles, de tons et de teintes, portrait de M. Félix Fénéon en 1890).

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La pipe dite de Félix Fénéon, début XXe siècle, photo et coll. Bruno Montpied. 

30/09/2019

Le véritable art brut, tournée des expositions pour le découvrir (1)

    Le titre de cette note est un peu provocateur? Voire... J'ai comme l'impression qu'en France, ces temps-ci, on s'éloigne de plus en plus du véritable art brut, tant est envahissante la passion d'intégrer l'art produit dans les ateliers pour handicapés dans l'art contemporain, via "l'art brut". Ce dernier est tripatouillé par les marchands désireux de l'assimiler à l'art contemporain, histoire d'avoir une clientèle plus large venue de cette dernière aire, déçue par l'art contemporain aux inspirations exsangues. Et l'art des handicapés mentaux, plus ou moins dirigé par les animateurs des ateliers, recèle des moyens de permettre ce genre de confusion...

    Il est donc peut-être utile de signaler quelques expositions où l'on peut voir ce qui correspond mieux à la définition de l'art brut, productions artistiques créées dans un état d'urgence, indépendamment des Beaux-arts traditionnels, sans recherche volontaire de profits monétaires, sans besoins d'exhibition autre que liés à une foi, ou à un exercice désintéressé de cette forme de communication (montrer spontanément ses dessins à ses proches...). On conçoit que ce genre de pratique, en tout contraire à l'exploitation commerciale de l'art – une pratique qui outrepasse et nie l'économie, sacro-sainte dans ce monde capitaliste – puisse révulser tous les partisans du capitalisme appliqué à l'art, au point même de la passer de plus en plus sous silence.

    Dans cette note, je commencerai par la "Galerie de Toute chose" (The Gallery of Everything), à Londres, où a commencé le 29 septembre une exposition de peintures médiumniques, intitulée "Le médium du médium" (si je traduis correctement...), et sous-titrée "les pratiques de l'art spiritualiste au tournant du siècle et au delà", où l'on peut découvrir quelques chefs-d'œuvre étourdissants de créateurs peu connus dans nos contrées. La manifestation se décline en deux volets, une à la galerie du 4 Chiltern street, et l'autre aux Frieze masters à Regents Park. Comme on sait, l'art médiumnique est une des composantes de l'art brut.

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    J'en extrais deux images, dont la première ci-dessus, montrant un grand tableau de Marian Spore Bush (intitulé Guerre, et daté autour de 1938) est proprement extraordinaire (les armées marchent dans la partie haute recouvrant les 2/3 de la composition, tandis que des monceaux de têtes de mort en résultent en bas ; une sorte de tornade symbolique représente la transformation des vivants en macchabées, sans doute). Je ne résiste pas à la tentation de le rapprocher d'un autre créateur, peu connu lui aussi, mais français (breton), non médiumnique en revanche, Claude Poullaouec, dont seules les anciennes cartes postales ont révélé jusqu'à présent le talent naïvo-brut. En effet, on se demande bien où ses oeuvres étonnantes ont pu aller? 

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Claude Poullaouec, fasciné par le défilé des escadres militaires anglaises et françaises en rade de Brest (à Plougonvelin, où il travaillait, il était bien placé pour les voir passer) ; la disposition des bateaux et des différentes silhouettes, comme dans la tradition des ombres et autres canivets, me fait penser par association de formes au tableau de Marian Spore Bush ; que sont devenues ces peintures? Coll. B.M.

 

     Autre artiste médiumnique étonnant qu'on pourra découvrir à la Gallery of Everything (se reporter au lien que j'ai mis ci-dessus pour en savoir plus), ce Tchèque appelé František Jaroslav Pecka, qui paraissait adorer faire sourdre des volutes floraux des profils délicats de femmes, qui font penser aux représentations féeriques. On sait d'ailleurs que dans le spiritisme tchèque, les esprits avaient la "main verte", l'âme botanique, tandis que leurs homologues des mines du Nord de la France avaient des goûts plutôt de type architecturaux (voir l'exposition qui commence le 4 octobre, au LaM de Villeneuve d'Ascq consacrée à Augustin Lesage, Fleury-Joseph Crépin, et Victor Simon¹).

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František Jaroslav Pecka, vers 1920, exposition the Gallery of Everything.

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¹ L'exposition (4 octobre 2019 au 5 janvier 2020) n'est pas seulement concentrée sur les trois créateurs médiumniques cités en titre, on pourra aussi y rencontrer d'autres oeuvres, en rapport avec l'univers des artistes médiums, de Christian Allard, Théophile Bra, Victor Brauner, André Breton, Yvonne Cazier, Vincent Ceraudo, Fleury Joseph Crépin, Fernand Desmoulin (dont des dessins inédits ont été récemment exposés à la Galerie L'Art absolument dans le 13e arrondissement), Robert Desnos, Abdelkrim Doumar, Paul Éluard, Abdelhakim Henni, Auguste Herbin, Louise Hervé & Chloé Maillet, Victor Hugo, Vassily Kandinsky, Mathilde Lavenne, Lempereur-Haut, Rainier Lericolais, Augustin Lesage, Frédéric Logez, Timo Nasseri, Stéfan Nowak, Mme Bouttier, Frantisek Pecka (le même qu'à Londres), Danièle Perronne, Victorien Sardou, Nicolas Schöffer, Victor Simon, Lucien Suel et Elmar Trenkwalder.

18/09/2019

Visions et Créations "dissidentes", le cru 2019

VCD 2019 avec Joseph Donadello.jpeg

     Dans trois jours, commence la nouvelle édition de l'exposition automnale du Musée de la Création Franche à Bègles (huit créateurs: le Hollandais Jos van den Eertwegh, les Cubains Carlos Huergo et "Chucho" : Luis de Jesus Sotorrios Fabregas (tous les deux en provenance du Riera Studio), le Suisse Pascal Vonlanthen et les Français Christine Achard, Joseph Donadello, Thibaut Seigneur et Ghislaine Tessier, dite communément "Ghislaine"). Elle se déploie pour le trentième anniversaire du musée, ouvert en 1989, alors appelé Site de la Création franche, appellation qui succédait à la Galerie Imago, lieu d'exposition séparé de l'actuel bâtiment (c'était une petite échoppe – une maison simple – située presque en face de la mairie de Bègles), le tout créé par l'artiste singulier Gérard Sendrey.

       Il y était question de "création franche", terme forgé par Sendrey, pour cibler tous les artistes et créateurs marginaux, œuvrant dans leur coin, qu'on les range dans l'art brut (Pépé Vignes), l'art populaire individualisé (Jean Dominique), l'art rustique moderne (Gaston Mouly), l'art naïf (Joseph Sagués, Jean-Louis Cerisier), voire le surréalisme contemporain (comme André Bernard ou Guy Girard), et surtout l'art singulier (synonyme de "neuve invention" à la collection de l'Art Brut à Lausanne, ou de "création franche"), dont de nombreux anciens de cette catégorie font partie de l'actuelle collection béglaise (Sanfourche, Lacoste, Goux, Chichorro, Pauzié, Saban, Carles-Tolra, etc.) ainsi que des auteurs de générations suivantes  (comme l'auteur de ces lignes, Montpied, ou Manero, Ruzena, Albasser, etc.).

       L'étiquette de "création franche" avait donc, au départ de l'aventure il y a trente ans, un pouvoir recouvrant bien développé, qui ne se limitait pas au seul art brut.

       Mais, aujourd'hui, on préfère à Bègles mettre en avant davantage ce dernier terme, puisqu'on parle pour l'expo anniversaire, parallèle à celle des "Visions et Créations dissidentes", de "l'Art Brut et apparentés". Pourquoi? Bien sûr, comme il n'y a plus d'autorité centrale à Lausanne qui pourrait interdire l'utilisation de ce terme (comme ce fut longtemps le cas, du temps de Jean Dubuffet, inventeur du terme, et de Michel Thévoz, son fidèle disciple et premier conservateur de la collection lausannoise), tout le monde aujourd'hui se jette sur le mot pour le manipuler à l'envi. Tant et si bien d'ailleurs qu'il est en voie accélérée de galvaudage généralisé. Une chatte n'y retrouverait pas ses petits. On tend par exemple à confondre art brut et art des handicapés. Alors que ces derniers travaillent dans des ateliers dirigés. On oublie que l'art brut n'a pas de directeur de conscience ou de travail... On réclame par ailleurs des droits d'auteur pour les créateurs de l'art brut, comme si ces derniers étaient des artistes comme les autres, et comme si leur production n'avait pas quelque chose à voir avec le dépassement de tout, notamment de l'économie. Bien sûr, ceux et celles qui demandent cela pensent avant tout aux handicapés des ateliers, confondus désormais avec l'art brut...

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Une œuvre de Carlos Huergo, vue sur le site web du Riera Studio, atelier qui promeut un "art brut project" à Cuba, quelque chose qui me paraît ressembler à ce qui se fait en Europe avec les ateliers divers et variés qui défendent l'intégration des créateurs handicapés mentaux parmi les artistes contemporains ; on trouve sur la Toile la photo ci-dessous où l'on voit les responsables de la Collection de l'Art Brut de Lausanne (Sarah Lombardi en tête) fraternisant avec les animateurs de ce Riera Studio...

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      Le mot art brut finira par ne plus rien dire, à force d'être employé à tort et à travers pour des raisons intéressées (l'art brut a une telle réputation que cela fait riche de se parer de ses plumes). Et c'est peut-être le but caché de plusieurs dans le champ de l'art savant, faire rentrer l'art brut dans le rang...

       Je reviens à l'édition 2019 des Visions et Créations "dissidentes". Pourquoi je mets des guillemets à l'adjectif? Parce que je ne suis pas sûr que les auteurs que l'on range sous ce vocable soient volontairement des rebelles, des dissidents. Ils créent, ils s'expriment à leur manière, et, comme ils n'ont pas appris de recettes, il s'inventent des techniques d'expression. Ils font ainsi œuvre originale sans l'avoir voulu. Ce sont les médiateurs, ceux qui les médiatisent – collectionneurs, amateurs passionnés, critiques d'art –, qui voient en eux une "dissidence".

      Dans la présentation de l'exposition sur le site web du musée, deux autres points suscitent en moi des remarques. Je cite : "Quelles que soient leurs origines, ces auteurs proposent un langage artistique résolument personnel et anticonformiste refusant la norme, et tout conditionnement culturel. Leur ignorance de l’académisme et de ses règles esthétiques normées en fait des créateurs affranchis et libres de toutes contraintes."

   "Tout conditionnement culturel": est-ce si vrai ? Personne n’échappe complètement à un conditionnement culturel.

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Joseph Donadello, Le beau Richard, peinture industrielle et collage sur panneau de bois, 4-2-1998, (repeint le 9-7-2011 peut-être), 32 x 44 cm. Donné par Bruno Montpied au Musée de la Création franche en 2017. A-t-on ici échappé au "conditionnement culturel"?  

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Joseph Donadello, Sisi (sic, en réalité Sissi, sans doute l'impératrice d'Autriche), peinture industrielle sur panneau de bois, 10-9-1988, 46 x 35 cm, donné par B.M. au Musée de la Création franche en 2017. Sissi, personnage popularisé par le cinéma grâce au charme de Romy Schneider, participe d'un certain "conditionnement culturel" , non? Et c'est tant mieux, après tout...

 

        Et cette affirmation relative à l'affranchissement et à la liberté vis-à-vis de toutes les contraintes? 

     Ce n’est pas parce qu’un créateur autodidacte échappe sans l’avoir fait exprès aux règles de composition classique qu’il est pour autant totalement « affranchi et libre de toutes contraintes »… Ne risque-t-il pas généralement de retomber sous l’empire d’autres contraintes, qu’il se sera forgées tout seul, à commencer par les limites imposées par ses propres capacités créatrices ? On a remarqué par exemple qu’un dessinateur automatique ne saura pas aller au-delà d’un tracé sinueux, tout en courbes, tant est difficile de dessiner spontanément des lignes droites, des angles droits, des carrés, des rectangles… Le geste dit « libre » engendre des courbes plutôt que des lignes droites. C’est par conséquent un nouvel esclavage, et non pas une liberté.

   Il serait plus juste de reconnaître seulement dans l’activité créatrice d’un autodidacte l’exercice et l’emploi de solutions plastiques et graphiques inusuelles, bricolées en autonomie par des pratiquants de l’art ignorants des procédés et des recettes apprises dans les centres de formation (ce que j'ai déjà dit plus haut). Bien obligés de créer leurs propres techniques, ils inventent de nouvelles formes d’expression. C’est le seul apport de leur activité d’autodidacte de l’art : une fleur nouvelle au bouquet des expressions possibles. Une fleur qui n'est pas pour autant l’emblème d’une nouvelle liberté de langage.

    Cette dernière ne peut naître que de la combinaison d’une technicité très personnelle (et pourquoi pas à la suite d'une éducation artistique) avec un tempérament indépendant de toute attitude mimétique, à l’écoute de ses « visions », de ses rêves, de ce qui le hante… Si l’autodidacte s’enferme dans sa technique bricolée personnellement, il y a fort à parier que sa « liberté » et son « affranchissement » resteront fort bornés .

 

 

19/08/2019

"Je veux bien poser toute nue..."

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Dessin humoristique anonyme, collection Jean Estaque, ph.Bruno Montpied, 2015.

10/08/2019

Réhabiliter l'art naïf de qualité, trier le mauvais grain de l'ivraie...

       Cela fait déjà un certain temps que je milite pour une revalorisation et un ré-éclairage de la peinture naïve, dont, à mon avis, il faudrait retrancher beaucoup d'artistes trop mièvres, trop systématiques (les petites foules multicolores à la brésilienne, les chats, les natures mortes sans relief, les "cucuteries" comme dit le collectionneur Yankel...), qui ont contribué à dévaluer l'art naïf de qualité.
 

L-A Déchelette, la restauration des Saints.jpg

Louis-Auguste Déchelette

 
      Il faudrait réorienter les projecteurs au contraire sur les insolites (Dechelette), les frustes (Louis Roy), les rugueux (Ghizzardi ; voir ci-contre son autoportrait), Ghizzardi-Autoportrait.jpgles oniriques (Skurjeni, Trouillard, Beranek, certains Haïtiens), les cas-limites que l'on confond avec l'art brut (Séraphine, Emerik Fejes, Ilija Bosilj, Hirshfield, Trillhaase, Bödeker...), sans parler des anonymes insolites et talentueux qui sont présents en maintes collections , etc.
 

Autoportrait assis sur une chaise, ph Musée de thurgovie.jpg

Erich Bödeker, Autoportrait assis sur une chaise, musée de Thurgovie, Suisse.

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Erich Bödeker, groupe, photo transmise par les Amoureux d'Angélique.

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Erich Bödeker, Famille royale (?), photot transmise par les Amoureux d'Angélique.

 

art naïf,

Bruno Bruno, Romantica, huile sur toile, 65 x 50 cm, Lyon, 1973, ph. et coll. Bruno Montpied ; ce tableau a été chiné à l'origine par Jean-Louis Cerisier qui a eu la gentillesse de me le céder.

art naïf,

L. Plé, sans titre (un homme en train de se noyer), huile sur toile, 22,5 x 33,5 cm, sd (milieu XIXe siècle ?), ph. et coll. B.M.

 
       Je parle ci-dessus de "cas-limites". Il y a en effet, de temps à autre, de la part des défenseurs de l'art brut, régulièrement des tentatives de récupération de nombreux artistes ou créateurs qui avaient été jusqu'à une époque classés dans l'art naïf (Séraphine, Scottie Wilson, Auguste Moindre (voir ci-contre les deux tableaux de paysage photographiés par moi à l'Atelier-Musée Fernand Michel de Montpellier), Boix-Vives, Wittlich...), avant que l'art brut développe sa notoriété. Auguste Moindre (2).jpg
     Il serait temps d'adopter la démarche contraire, et de rendre à César ce qui appartient à César.
       Chez les meilleurs Naïfs, à ne pas confondre donc avec l'art mièvre, il y a aussi de l'onirisme et de la distorsion qui assurent un charme incomparable à leurs œuvres où l'imaginaire vient fêter des noces inédites avec le spectacle du motif extérieur. Georges Schmits, en Belgique, s'inspirant de Georges-Henri Luquet, appelait cela du "réalisme intellectuel". Certes on est dans ce que l'on appelle "la peinture de genre" (portraits, paysages, nus, natures mortes), et alors? Ce qu'il y a de passionnant avec ces peintres, qui certes ne dédaignaient pas de se confronter à l'art académique (Rousseau rêvait de s'égaler aux peintres "pompiers", genre Bouguereau et Gérôme), c'est qu'ils sont débordés par des pulsions qui laissent s'exprimer l'inconscient de leur relation au monde extérieur. Le défaut de leur technique, auquel ils remédient par un bricolage personnel, est la première "trahison" de cet inconscient qui suinte... Dubuffet, en repoussant l'art naïf, essentiellement je trouve par décision stratégique – il voulait se distinguer à tout prix d'Anatole Jakovsky qui avait déjà constitué un corpus vaste et varié d'oeuvres d'autodidactes, à l'instar d'autres critiques d'art internationaux (je pense à Otto Bihalji-Merin, Albert Dasnoy, Thomas Grochowiak...) –, a commis une erreur de nature régressive, contrairement aux surréalistes, André Breton en tête, qui admiraient sans séparation auteurs d'art brut ou d'art naïf. Les tentatives de déshabillage de Paul pour donner à Jacques, auxquelles les successeurs de Dubuffet se sont livrés ces dernières années en expurgeant l'art naïf de certains de ses éléments talentueux (Séraphine en est emblématique) ont essayé de corriger et d'effacer l'erreur de Dubuffet. Mais en masquant, ce faisant, la valeur de l'art naïf lui-même.

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Abram Topor, un paysage, collection privée région parisienne (Abram était le père de Roland Topor), photo B. M.

E. Daider (dec par Cl Massé), le Grand Bal, bas-relief en plâtre peint, don famille Michel,1970 (2).jpg

E. Daider, Le Grand bal, bas-relief en plâtre peint, oeuvre découverte par Claude Massé, don famille Michel, Atelier-Musée Fernand Michel,1970 ; ph. B.M. ; cet auteur est inconnu, ce me semble dans le corpus connu de l'art naïf, du moins dans celui qui a été circonscrit par les livres de Jakovsky ou de Bihalji-Merin ; de celui-ci, on consultera toujours avec fruit, pour se faire une idée des plus qualitatives et variées, son monumental ouvrage, rédigé en compagnie de Nebojša-Bato Tomašević, L'Art naïf, Encyclopédie mondiale, paru chez Edita en 1984.

31/07/2019

Après le Gazouillis (4): Les statues d'Alfonso Calleja continuent de voyager (et qui sait où elles vont atterrir désormais)...

      Décidément, mon Ange des Inspirés ne veut guère m'abandonner à mon triste sort... Quelle mouche m'a piqué – sinon une piqûre administrée par l'un de ses sbires ailés –, pour que j'aille le week-end dernier aux Puces de St-Ouen, où j'avais moins envie d'aller depuis des années, à cause des prix pratiqués, du peu de chance d'y tomber sur des objets et des œuvres singulières, au rebours des Puces de Vanves où cela arrive, en revanche, plus régulièrement...?

        Je traînais à l'affût dans le marché Paul Bert quand, tout à coup, avec les deux camarades qui m'accompagnaient, nous tombâmes dans un premier temps sur des statues en ciment représentant naïvement une girafe, un éléphant et un zèbre disposés à l'entrée d'un stand. Nul antiquaire pour nous renseigner à l'horizon... Ces statues me faisaient penser vaguement à des pièces venues d'un jardin de sculpteur autodidacte, du type de ceux que j'ai recensés dans mon inventaire du Gazouillis des éléphants. Je pensais vaguement à des statues animalières qui auraient pu provenir de chez Horace Diaz, en lisière de Lodève dans l'Hérault. Elles n'avaient pas de socle, détail qui avait son importance.

       Nous ne nous y arrêtâmes pas longtemps et partîmes plus loin. Dans une allée plus bas, tout près du marché Serpette voisin, là, je me retrouvai nez à nez, encore avec des statues animalières, plus une statue de Peau-Rouge se tenant bien raide, une main portée à son visage en visière.

Le Peau Rouge, autre angle_edited (2).jpg

Photo Bruno Montpied, St-Ouen, 2019 ; l'éléphant placé à gauche, aux pieds du Peau-Rouge est à retrouver plus bas dans cette note, dans une photo le montrant du temps de sa splendeur...

Hyènes peut-être, signé avec prénom syvain et date (1983 ptetr) (2).jpg

Statues au marché Paul Bert, St-Ouen ; on remarque des inscriptions gravées dans le ciment des socles des statues, ici peut-être des hyènes (?)... On lit le nom de l'auteur, une date (1983?), et un prénom, "Sylvain" ; ph. B.M.

 

      Cette statue-là me disait davantage que les précédentes... Et, tout à coup, j'avisai le socle, ou les socles, devrais-je préciser, car elles en étaient toutes pourvues, avec des inscriptions, d'un nom gravé dans le ciment, CALLEJA, une date par-ci par-là, un prénom également gravé, variable selon les statues, très probablement se référant à ceux des petits-enfants de l'auteur : il ne pouvait s'agir que d'Alfonso Calleja, que j'avais rencontré en 1991  ! Ouvrier de l'usine voisine de pâte à papier (la Cellulose du Pin, où il avait laissé une partie de sa santé), à Gujan-Mestras, sur le Bassin d'Arcachon, dans le jardin de sa maison appelée "Soleviento", il faisait des statues, cela me revenait, à partir de souhaits exprimés par ses petits-enfants (de 1969 à 2004). On lisait sur certains socles "Monique" ou "Sylvain"...

A C, Le Peau-Rouge Charlot au loin, 91 (2).jpg

Alfonso Calleja, son Peau-Rouge en plein guet, un Charlot au lointain..., ph. B.M., 1991.

A. Calleja, près du portail, éléphant, etc. ph 91 (2).jpg

Chez Alfonso Calleja, vue partielle du jardin depuis le portail d'entrée ; on reconnaît l'éléphant que j'ai retrouvé ensuite au marché Paul Bert ; ph.B.M., 1991.

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Alfonso Calleja, photographiés en 1991, j'avais déjà repéré sur les socles des statues d'Alfonso des prénoms gravés, ici "Nicole", et la date de 1970 ; ph. B.M.

 

      Ces statues avaient donc passablement voyagé. Parties du jardin de l'auteur, que j'avais rencontré, et dont j'avais photographié le jardin avec ses statues en 1991 (voir certaines de ces photos reproduites dans mon Gazouillis des éléphants, à la région Aquitaine, et ci-dessus le même Peau-Rouge alors dans son état neuf...), celles que je venais de retrouver à St-Ouen, avaient d'abord transité par un autre lieu sur le Bassin d'Arcachon, au Cap-Ferret. Que l'on se reporte à cette note pas si lointaine que j'avais mise en ligne le 24-09-2018 au sujet d'une (éphémère?) sauvegarde de certaines des statues de Calleja par un monsieur Georges Schellinger, lui aussi antiquaire de son métier (d'où peut-être le lien avec Saint-Ouen)... C'était raconté par un journaliste de la Dépêche du Bassin, Jean-Baptiste Lenne, dans un numéro de 2018 (voir ci dessous la reproduction des photos du haut de l'article où l'on retrouve le fameux Peau-Rouge, toujours guettant... l'horizon, sans doute, de ses prochains voyages!...).

Article La Dépêche du Bassin, n°1160, du 16 au 22 août 2018_edited.jpg

Sur le haut de l'article, à côté de la photo de (l'éphémère?) propriétaire de statues de Calleja, on reconnaît, sur la photo de droite, derrière un arbuste, un détail du Peau-Rouge, déjà quelque peu écaillé, et donc déjà dans l'état où je le vis à St-Ouen...

 

      A croire cette dépêche, certaines des statues de Calleja étaient mises à l'abri pour un certain temps. Il semble bien que non, donc, en définitive... Leur départ n'a pas traîné, si l'on observe que l'article date de l'année dernière... Elles paraissent continuer à se déplacer. Et c'est étrange comme mon Ange des Inspirés a su les mettre sur ma route... Me prévenir de leur présence non loin de chez moi, comme s'il y avait aimantation...

     Les musées intéressés à acquérir et sauvegarder des fragments d'environnements spontanés seraient bien inspirés d'aller voir du côté de St-Ouen...

24/07/2019

Pareidolies, comme s'il en pleuvait

     Les pareidolies, ces projections de la mémoire qui reconnaît des visages, des corps, des objets, des expressions dans le spectacle du monde autour de soi, ne sont pas toujours aussi subjectives qu'on veut bien le dire. Car si d'autres que nous reconnaissent les mêmes identifications dans les accidents des formes naturelles ou manufacturées, c'est qu'elles ont tout de même une part de caractère concret, objectif. Et donc qu'elles ne relèvent pas tant de l'hallucination, mais plutôt d'une mémoire collective propre à une communauté de gens, qui gardent leur œil aux aguets... Sans compter qu'il existe parfois des figurations tout à fait patentes pour l'ensemble de la population mondiale sur les écorces, les surfaces des volcans, dans les nuages, sur les murs lépreux, les concrétions des grottes, le mobilier urbain, les bouches de métro, les pignons des maisons, les taches des bandes piétonnières, etc., dont Internet fait en permanence son miel, comme cette "tête à Toto" qui se dessina un jour à la surface de la lave d'un volcan...

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Grimace volcanique dans un cratère de l'archipel d'Hawaï, juillet 2016.

 

    L'ami Darnish a retrouvé des photos de 2011 prises à Rennes sur des troncs d'arbres. C'est mon prétexte pour enfiler des perles sur un collier, en en proposant quelques autres (comme je l'ai déjà fait, de-ci de-là, sur ce blog) pour leur faire cortège... D'autres photos : de moi, d'autres amis, ou venues du Net...

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Photos Darnish, à Rennes, 2011.

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Ceci dit, cette excroissance invraisemblable, mais authentique, captée dans le Bois de Vincennes en 2013 par Myriam Peignist, est nettement plus extraordinaire... Comme si l'arbre s'était mis à cauchemarder, possédé par un singe s'incarnant dans son écorce.

     

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Apparition d'un colérique (marc de café au fond d'une casserole), photo Bruno Montpied, 2015.

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Un livre pour la jeunesse des éditions Grandir, d'auteurs japonais qui traquent les apparitions de figures dans des bourgeons.

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Photo Tadao Tominari et Toru Mogi.

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Photo Tadao Tominari et Toru Mogi.

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Photo Bruno Montpied, 2010, Paris 18e ardt.

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Là, c'est peut-être trop beau pour être vrai, ce torse féminin "découvert" dans une cuillère de yaourt un matin... photo non référencée trouvée sur le net...

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L'idole de Port-la-Nouvelle, à la jupe vorace... ph. B.M., 2014.

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Transmission de pensée (algues séchées et criblées de sable), plage près de Concarneau, ph. B.M., 2014.

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Visage dans un imperméable accroché à un portemanteau, Lyon, 2016, ph B.M.

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Elevage d'hallucinations, plage de Saint-Malo, 2010, ph. B.M ; voilà bien un lieu idéal pour les amateurs de bord de mer et chasseurs de pareidolies, on élève avec ces brise-lames rognés par le sel et le temps des apparitions fantastiques de tous ordres, voir ci-après... : Les totems de St-Malo...

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L'affligé, St-Malo, 2010, ph. B.M.

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L'ébaubi, St-Malo, 2010, ph. B.M.

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Le soupeseur, St-Malo, 2010, ph. B.M.

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Un nez, que dis-je un nez, un roc, une péninsule..., St-Malo, 2010, ph. B.M.

 

   Et, pour clore provisoirement cette série, cette cuvette de W-C abandonnée, humiliée, dans la rue Francœur, dans le 18e ardt parisien, 2019, ph.B.M....

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15/07/2019

Les "Bricoleurs de paradis" bientôt à Loctudy pour un débat autour des arts spontanés dans le cadre de l'expo "L'Art du coquillage"

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    Au centre culturel situé au 29 rue de Kerandouret, à Loctudy (Finistère), sera projeté, à l'initiative de l'association des amis de Youen Durand, le 26 juillet, à 21h le film Bricoleurs de paradis (52 min.) que j'ai co-écrit avec son réalisateur Remy Ricordeau en 2011. Cette projection qui sera suivie d'un débat, je l'espère nourri, avec le public, sur la question de la création populaire, brute ou naïve, s'inscrit dans le cadre d'une exposition intitulée "L'Art du coquillage" qui se tient au manoir de Kerazan à Loctudy, du 23 juillet au 13 août, également organisée par la même association des amis de Youen Durand. On y retrouvera les tableaux de Youen Durand et une évocation des travaux en coquillage sous différentes formes, notamment dans le cadre des objets souvenirs pour touristes par exemple.

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     Ce dernier (1922-2005), ancien responsable de la criée du port voisin de Lesconil, a été en effet l'auteur d'un magnifique ensemble de tableaux naïfs en mosaïque de coquillages, créés entre 1957 et 2000, racontant la mer et les hommes qui en tiraient des ressources, légués ensuite à la municipalité de son village. 

ballet aquatique, 67x78 cm, 1988, coll privée.jpg

Youen (ou Yves) Durand, Ballet aquatique, 67 x 78 cm, 1988, collection privée, photo extraite du livre de Marie-Christine Durand, Yves Durand, L'art des coquillages.

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Document fourni par l'association des amis de Youen Durand, voir leur site web.

 

   L'association, créée pour tenter de prolonger la mémoire de Youen Durand, s'efforce chaque année de monter des expositions et autres animations pour entretenir la flamme du souvenir. Elle a été naturellement conduite à relier le travail de cet artiste amateur à celui d'autres autodidactes œuvrant, ou ayant œuvré, avec des techniques de mosaïques de coquillages comme lorsqu'elle a retrouvé quelques oeuvres du "douanier" Alexandre Duigou, qui avait créé autrefois un petit musée en étage dans la ville close de Concarneau (j'en avais parlé dans ma défunte revuette L'Art immédiat n°2 en 1995 ; Duigou y présentait des statues, des maquettes, des tableaux en mosaïque de coquillages). Ce fut l'objet de l'exposition de l'année dernière ("Youen Durand invite Alexandre Duigou, Raconte-nous les coquillages") du 6 août au 2 septembre.

Expo 2018 avec Duigou.JPG

*

ENFIN, PETIT RAPPEL ULTIME : deux jours avant d'aller à Loctudy, je débattrai avec le public après la projection d'un autre film que j'ai réalisé et écrit cette fois (en collaboration avec Jacques Burtin), Eric Le Blanche, l'homme qui s'enferma dans sa peinture (85 min), terminé en mars 2019. Cela se passera le 24 juillet à 20h30 à l'espace Jean Galipeau, à La Chemillardière, sur la commune de St-Mesmin (Vendée) dans le cadre de l'exposition de plusieurs travaux d'Eric Le Blanche sauvegardés par l'association Arts métiss et le département de la Vendée. Voir note précédente sur le sujet.

09/07/2019

Info-Miettes (35)

Jean-Louis Cerisier à l'ouest

     L'ami aux cerises expose avec une certaine Emilie Collet grâce à l'association LFLF2015 au 56 Ile d'Errand 44550 Saint-Malo-de-Guersac. Du 17 Juillet au 31 Juillet. Et ce, tous les jours de 16h à 20h. Ou sur rendez-vous : 06 18 97 13 63. Qu'on se le dise. Info pour tous ceux qui iront traîner leurs guêtres par là. Le 44, c'est la Loire Atlantique, où je me suis laissé dire que Jean-Louis Cerisier, né à Châteaubriant dans le même département, habitait désormais. Retour aux sources...

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Peinture récente de Cerisier...

 

François Monchâtre et Alain Pauzié au Musée d'Art Naïf et d'Art Singulier (MANAS) de Laval

     Restons dans l'Ouest. J'aurais même dû commencer par là pour un voyageur venant de l'est, et de Paris par exemple, à Laval, au musée du Vieux Château qui a ajouté à sa déjà riche collection d'art naïf tout un département consacré à l'art singulier (dont le signataire de ces lignes fait partie), va ouvrir une expo consacrée à un ancien de l'art singulier, Alain Pauzié, qui s'était fait connaître autrefois (dans les années 1990) en peignant sur des semelles de chaussure. A l'exposition "Art brut et compagnie" les animateurs de la Halle St-Pierre à Paris, qui montaient l'expo en 1995, avaient du reste trouvé très spirituel de m'exposer à côté de lui. Montpied avec les semelles... Très finement observé, vous dis-je.

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      "La rétrospective qui lui est consacrée présente 110 œuvres datées de 1969 à 2016. On pourra y retrouver peintures, dessins, art posté, semelles peintes, « Bons à rien », et cuirs scarifiés", nous dit le dossier de presse.

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       Déjà commencée depuis le mois de juin, on pourra également voir tout l'été (ou presque) une autre personnalité importante de la mouvance des grands singuliers, François Monchâtre, à qui le musée de Laval consacre une rétrospective également, en 55 oeuvres, qui va de ses premiers OPNI (Objets Peints Non Identifiés) montrés chez Iris Clert dans les années 1970, en passant par ses machines dites "automaboules" (dont la Fabuloserie a toujours montré un brillant exemple à Dicy), jusqu'à ses cohortes de "Crétins", personnages clonés redoutables.

         Comme on le voit, le MANAS de Laval, qui édite désormais des "Petits MANAS illustrés", accompagnant chaque exposition-dossier, a mis les petits plats dans les grands pour cette saison estivale. 

 

"Du Bic dans le buisson", Saint-Sever-du-Moustier

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Dessin de Gabriel Evrard

     Pour cette expo-là, cette fois, il faudra descendre plus au sud, vers Saint-Affrique, dans l'Aveyron, dans le charmant et discret village de St-Sever-du-Moustier où chaque été le Musée des Arts Buissonniers s'efforce d'organiser une manifestation artistique hors des chemins battus (d'où le "buisson" dans le titre de l'expo qui renvoie aussi au nom du musée).jean-louis cerisier,lflf2015,île d'errand,art naïf,art singulier,alain pauzié,manas de laval 

      Cette année, les responsables du lieu sont allés creuser du côté des oeuvres exécutées à coup de stylo Bic. Bonne idée. L'outil en question facile à se procurer,  traîne dans les poches, disponible à tout instant pour satisfaire le besoin irrépressible de griffonnage. Plus immédiat que lui, il n'y a rien. A part le café renversé, la tache de sang, le jus des fruits ou des sèves...

   La liste des artistes, dont on pourra apercevoir sans doute une oeuvre pour chacun d'entre eux, paraît alléchante et foisonnante que l'on s'en convainque en la détaillant ci-dessous. Parmi eux, je distinguerais particulièrement Kashinath Chawan, Karl Beaudelère, Janko Domsic, Guyodo...

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Au Carla-Bayle (Ariège), un certain Lucien Grelaud...

     Peintre et créatif varié apparemment, ce monsieur qui n'est exposé que durant cinq jours, du 10 au 15 juillet (ça commence demain donc), porte un patronyme qui pourrait faire jaser les amateurs d'aptonymes. Il serait trop facile, et surtout malveillant, en effet, de l'accuser d'être porteur des fameux grelots que l'on attribue aux bonnets des anciens fous... C'est Martine et Pierre-Louis Boudra, qui animent toujours leur petit Musée des Amoureux d'Angélique au Carla-Bayle (village d'art comme St-Paul-de-Vence, la notoriété en moinsse...) qui m'ont avisé de cette exposition (c'est eux, "l'association Gepetto"). Cela m'a l'air tout à fait alléchant.

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 Dimitri Pietquin et "Art Brut et apparentés, 30 ans de création franche"

      Dimitri Pietquin est un quadragénaire (et non pas un "quarantenaire" comme je l'ai entendu dire dans les media à plusieurs reprises ces jours-ci, nouvelle mode idiote de journalistes illettrés sans doute) épris de véhicules, ce qui est assez fréquent parmi les pratiquants d'ateliers pour handicapés mentaux – sans doute par réminiscence d'anciens jouets manipulés durant l'enfance? –, qu'il dessine grâce, nous dit le carton d'invitation à son exposition à Bègles (du 7 juin au 1er septembre 2019), à sa "technique mixte", en tout cas souvent auréolés d'une brume comme due à une vaporisation de fixatif trop zélé... Voir le trolley figurant ci-dessous...

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      A Bègles, autre exposition en parallèle (du 7 juin 2019 au 5 janvier 2020), consacrée à l'anniversaire de ce qui s'appela autrefois la galerie Imago, puis le Site de la Création franche, puis enfin le Musée de la Création Franche, une aventure qui a duré trente ans déjà... Et, coïncidence aussi, on attend également en ce début de juillet (il tarde beaucoup d'ailleurs, je trouve) le n°50 de la revue du même nom dont les trente ans ne seront fêtés que l'année prochaine (le 1er numéro a paru en octobre 1990 en effet). Un certain nombre de rencontres sont prévues dans le cadre de cette expo ("Art brut et apparentés, 30 ans de création franche"), voir ci-dessous.

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Rature ci-dessus parce qu'on m'a invité, en tant que "partenaire particulier", à remplacer Nico Van der Endt, indisponible, alors que le carton était déjà imprimé (eh oui, j'ai été dès le départ un soutien de la création franche, en 1989 ; à tel point que je pourrais moi aussi prétendre au qualificatif d'"historique", au même titre qu'un Bernard Chevassu, par exemple...).

05/07/2019

Antonio Ligabue, proposé par le museum Im Lagerhaus à St-Gall comme un "Van Gogh suisse"

      Antonio Ligabue, ce peintre autodidacte, présenté depuis belle lurette comme un Naïf ou un Expressionniste spontané italien par divers commentateurs (Zavattini en Italie, José Pierre ou Jakovsky en France), qui vécut entre 1899 et 1965, est né, on le sait peu, à Zürich, et a passé sa jeunesse en Suisse dans différentes régions, dont l'Appenzell, jusqu'à ses 19 ans, âge auquel il fut expulsé de Suisse vers l'Italie – où il dut se résoudre à vivre, en dépit d'une nostalgie de son pays de jeunesse qui le poussa quelquefois à des velléités de retour, bien vite réprimées par les carabiniers...

 

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Ligabue, c'est le Douanier Rousseau qui aurait lâché les fauves dans ses jungles.

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"Antonio Ligabue, le Van Gogh suisse"...

 

    Ayant vécu la majeure partie de sa vie en Italie, et ayant des parents tous deux originaires de ce pays, l'attribution de la nationalité italienne est généralement conférée au peintre... Le musée Im Lagerhaus ("L'entrepôt"), à St-Gall, spécialisé dans l'art brut et naïf de Suisse orientale, lui consacre une exposition du 2 avril au 8 septembre 2019 pour souligner qu'en fait on pourrait tout autant attribuer une imprégnation culturelle suisse à Ligabue,  histoire en quelque sorte de réparer ce que le musée considère comme une injustice commise par le pays à l'égard de cet artiste sauvage étonnant, à la vie terrible... Pour comprendre les tenants et aboutissants de cette tentative de réparation, il faut plonger quelque peu dans la biographie d'Antonio Ligabue...

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Violence des luttes prédatrices... Un des nombreux tableaux de luttes ou de menaces bestiales de Ligabue.

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Antonio Ligabue, renard fuyant avec son butin...

 

   Sa mère, Elisabetta Costa était une émigrante, donc, originaire d'Italie (précisément la province de Belluno) ainsi que, semble-t-il, son père, sur lequel sa biographie ne peut donner de renseignement bien précis. Il y a beaucoup de mystère autour de celui-ci... On sait seulement que sa mère épousa deux ans après la naissance d'Antonio, et un an après que ce dernier avait été confié à des parents adoptifs d'origine allemande (Ligabue gardera du coup toute sa vie l'allemand comme langue maternelle...), un Italien, Bonfiglio Laccabue, qui légitima l'enfant, sans que l'on sache s'il était son vrai père biologique ou seulement un beau-père. Ce Laccabue était originaire de Gualtieri, ville proche de Reggio-Emilia. C'est à partir de ce patronyme qu'Antonio changera son nom, au départ celui de sa mère, Costa,  en adoptant Ligabue, dérivatif de Laccabue. Le musée Im Lagerhaus souligne que le petit Antonio ne rencontra cependant jamais ce père (il fut remis à ses parents adoptifs après ses neuf premiers mois), qu'il n'avait pas reçu la nationalité suisse et que donc il était officiellement domicilié à Gualtieri, la ville de l'homme qui l'avait reconnu...

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Un des nombreux autoportraits d'Antonio Ligabue.

 

     Comme si ces rapports troublés avec ses parents biologiques ne suffisaient pas, le jeune Antonio entama avec sa mère adoptive, Elise Hanselmann, une relation d'amour/haine particulièrement étrange (à se demander s'il n'y eut pas une relation "symboliquement incestueuse" sous-jacente ?). Il semble, de plus, qu'Antonio ait développé des difficultés relationnelles avec ses semblables assez tôt, puisque, à son adolescence, il est admis dans un institut pour handicapés dont il sera expulsé trois à quatre ans plus tard, en raison de "mauvais comportements" (sa biographie précise qu'on lui avait reconnu parallèlement une certaine habileté dans le dessin). A la suite d'une crise violente contre sa mère adoptive (crise passionnelle?), il est interné quatre mois. De façon intermittente, il tente d'exercer le métier d'agriculteur, et mène une vie errante. Durant ces vagabondages, on pense qu'il fut peut-être amené à rencontrer certains peintres naïfs ambulants de l'Appenzell. Sa biographie n'est pas diserte là-dessus, mais on peut penser qu'il est fait allusion ici à cette "école" de peinture spécialisée dans les "poyas", ces peintures d'alpage montrant des cortèges de bovins serpentant dans la montagne au moment de l'estive (dont j'ai parlé dans le passé sur ce blog).

     En 1919, une nouvelle crise de violence à l'égard de sa mère adoptive pousse cette dernière à porter plainte contre lui. Il semble qu'elle n'ait pas mesuré la portée de cet acte. La Suisse l'expulse du pays en estimant qu'il n'a qu'à revenir au fameux bourg de Gualtieri. Il va tenter d'y vivre malgré son désir de retourner en Suisse vers sa mère adoptive (il a 20 ans), avec un statut d'étranger parmi les autochtones, de même souche que lui pourtant. Toute sa vie, il gardera l'accent allemand, et conservera la langue du reste (ce qui l'amènera pendant la guerre à servir d'interprète à l'armée allemande ; cela ne lui portera pas bonheur puisqu'il aura une altercation avec un soldat qui le mènera à se faire interner un moment, une fois de plus). Cela ne l'aide pas à trouver du travail. La municipalité lui apporte un peu de secours, certains habitants lui font la charité, sa mère lui envoie quelques subsides. Il vit de petits boulots occasionnels, et continue à errer le long du Pô, et dans les bois. Il reste un "Autre" partout où il va, étranger en Suisse comme en Italie. Il se met à peindre avec plus d'assiduité à la fin des années 1920, à sculpter l'argile aussi. Certains artistes s'intéressent à lui et le soutiennent. Des périodes d'internement psychiatrique à Reggio-Emilia se suivent régulièrement. Entre temps, sa notoriété en tant que peintre a grandi. Il reçoit des prix, on tourne des documentaires sur lui (voir ci-dessous) il gagne de l'argent, il peut donner libre cours à sa passion des motos, il  a un chauffeur et une voiture... Il expose à Rome, il devient une gloire nationale, et s'éteint en 1965.

Film de Raffaele Andreassi, 1962 (23 min.).

 

    Sa peinture représente souvent des bêtes tous crocs dehors, la gueule ouverte exagérément soulignée, leurs yeux dilatés, comme s'il fallait faire peur aux spectateurs, souligner la peur que ces spectacles inspirent, souligner la force bestiale de prédateur de ces animaux si terriblement concentrés dans leurs actes de prédation... Ligabue s'est fait photographier et filmer en train de se mesurer à ces gueules ouvertes, en imitant leurs postures, comme s'il fallait qu'en les singeant il puisse s'incorporer la signification, le sens de leurs actes, et un peu de leur "âme". La violence et la force brute des animaux devait puissamment faire écho en lui, étant donné qu'il avait lui-même éprouvé à plusieurs reprises dans sa vie des élans d'agressivité.

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Antonio Ligabue, photographe non identifié.

 

     Dans le film d'Andreassi ci-dessus, on le voit errer, un miroir autour du cou (on pense au miroir de l'Indonésienne Ni Tanjung), sur les rives marécageuses du Pô, poussant des cris d'oiseaux sauvages, regardant son visage dans le miroir pour voir s'il se rapproche de l'aspect des gueules ouvertes des bêtes qu'il tente d'imiter, pour ensuite peut-être mieux les représenter. Il y avait du chaman en lui...

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Antonio Ligabue, Le grand jaguar.

 

02/07/2019

Rappel: l'exposition Eric Le Blanche commence le 4 juillet...

     Petit rappel pour les amateurs intéressés à en savoir plus de visu sur Eric Le Blanche, cet artiste autarcique, replié sur lui-même, schizophrène, dont je défends la mémoire et la projection picturale sur les murs extérieurs, et surtout intérieurs de sa maison, vécue comme un cocon, une seconde peau, maternelle, familiale, à Vouvant, en Vendée (maison aujourd'hui remodelée, aux décors effacés): une exposition à l'Espace Jean Galipeau ouvre ce jeudi 4 juillet (jour de vernissage, débutant à 18h30, discussion sur l'oeuvre et l'art brut à 20h30 en ma présence et celle de Jacques Burtin, ainsi que des membres de l'association Arts métiss organisateurs de la manifestation). On pourra y découvrir un certain nombre de portes peintes recto-verso, prêtées par le service du patrimoine culturel de la Vendée (qui a acheté une vingtaine de portes et volets peints), des photos des fresques à l'intérieur de la maison (dont certaines prises par votre serviteur), des nombreux dessins sur papier et carton, divers documents... L'exposition  dure jusqu'au 1er septembre.

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Vue partielle de l'expo en cour de montage à l'Espace Jean Galipeau, ph. Laurent Pacheteau ; on discerne de gauche à droite, une photo d'un profil peint sur la façade sur rue, puis, en dessous, le bas-relief des "fées" (photo d'Elizabeth Hours) qui était sur cette même façade, deux autres photos des dessins sur la façade sur rue, et de la façade sur jardin avec le cartouche où ELB avait écrit "Villa Palatine", pour intituler sa maison, des photos montrant les visages d'ELB et de sa mère Jeanne Lagaye, des photos de l'intérieur de la maison, une fresque au plafond et la manteau de fourrure qu'aimait porter à l'occasion ELB dans les rues de Vouvant, enfin une photo prise avant la dispersion des meubles en 2017 où l'on voit un détail d'une toile de l'oncle d'ELB, le peintre Rousseau Decelle, placée devant une pile de dessins A4 ; on a positionné également à côté de cet ensemble de photos une toile de Rousseau Decelle représentant sous les traits d'une baigneuse la mère d'ELB, Jeanne posant pour son beau-frère peintre.

Expo Galipeau les portes.JPG

Autre vue de l'expo en cours de montage: on aperçoit ainsi au premier plan deux portes avec un côté seulement de leurs peintures, et au second plan une autre porte montrant une forme fantomatique du genre monstre qui était la porte de la cuisine donnant sur le jardin ; par ailleurs les membres d'Arts métiss ont également accroché au mur plusieurs dessins, présentés tantôt sous-verre (sans luxe superflu), tantôt nus, parfois même se chevauchant, afin de tenter de restituer la présentation d'origine voulue par ELB, qui, quant à lui, ne se souciait nullement d'exposer devant un public autre que lui-même ; le mettre en scène aujourd'hui d'une manière académique avec cadres, éclairage ad hoc, comme on expose des artistes patentés, est à mon sens un début de trahison par rapport à la manière d'ELB de vivre son art, très quotidienne, fondue avec sa vie. Arts métiss a bien été obligée, dans son projet de montrer ces extraits de l'oeuvre en trois dimensions, oeuvre en perpétuelle métamorphose, très inscrite dans une temporalité, d'opérer une "trahison". Elle l'a fait, semble-t-il, en essayant de trahir le moins possible... C'est pourquoi des films, dont celui que j'ai réalisé en compagnie de Jacques Burtin, Eric Le Blanche, l'homme qui s'enferma dans sa peinture, ainsi qu'un extrait de ce dernier (la traversée de la maison en un long plan-séquence), seront projetés durant l'exposition, celui que je viens de citer devant être projeté le jeudi 24 juillet à 20h30, toujours à l'espace Jean Galipeau.

 

    Attention, il est indiqué sur le flyer et dans les coupures de presse parues sur l'expo que l'Espace Galipeau se situe à St-Mesmin. Cela se situe plus précisément sur la commune de St-Mesmin. En réalité l'Espace, qui est une grange aménagée, jouxtant la crêperie "Chez Chmi", est  dans le hameau de La Chemillardière. Voir les cartes ci-dessous. Je dis cela évidemment pour les amateurs qui ne seraient pas du coin...

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La région où se situe l'exposition, en dessous de Cholet, la Vendée.

Emplacement par rapport au bourg de St-Mesmin.JPG

La situation du hameau de La Chemillardière avec son Espace Jean Galipeau, placé au nord-ouest du bourg de St-Mesmin.

Ouest-France 29-30 juin 19.jpg

Article dans Ouest-France, illustré par une photo de dessins d'Eric Le Blanche. Merci à Laurent Pacheteau pour la communication de cet article.

Eric Le Blanche ressuscité (BMontpied), Artension n°156, juil-août 19.jpg

Paru dans le dernier numéro d'Artension (le n°156 de juillet-août 2019), cet encart, dû à votre serviteur, Bruno Montpied, à l'intérieur d'un article plus général sur la dimension immobilière des habitants-paysagistes naïfs ou bruts, "Fantaisies immobilières au pays des habitants-paysagistes", inséré lui-même dans un dossier sur les "Maisons de rêve".

 

26/06/2019

A. Dumas? En réalité: Antoinette Dumas

     Le 9 février 2018, je m'étais fait l'écho d'une rencontre avec les toiles d'une certaine A. Dumas ("une naïveté toute en rousseurs", titre de ma note...) dont la signature était la seule trace que j'avais trouvée pour identifier l'auteur de peintures d'assez grand format, dénichées sur un trottoir des Puces, et ma foi, qui avaient capté mon regard. A l'époque, on avait bien cherché un peu sur internet, et on n'avait rien trouvé, Régis Gayraud et moi-même.

Antoinette Dumas

Antoinette Dumas, sans titre (une cueillette de champignons - des cèpes?), 90 x 105 cm, huile sur toile, entre 1963 et 1977, photo (2019) et coll. Bruno Montpied.

 

     Et puis, l'autre jour, encore aux Puces, chez le même marchand que l'autre fois, je suis retombé sur trois autres tableaux nouveaux de cette Mme Dumas... Le premier, ci-dessus, avec ses troncs laiteux hallucinés, a des teintes de coulis à la fraise, surtout pour le sol de son sous-bois où les paysans de Mme Dumas cueillent des gros champignons que je crois identifier comme des cèpes, très stylisés, autant que les personnages, qui sont tous dessinés d'après deux modèles uniques, masculin et féminin, répétés de tableau en tableau, comme par exemple dans cet autre ci-dessous, avec son cortège de couples clonés (il n'y a que les robes qui sont diverses, par la couleur, cette dernière étant visiblement la grande affaire de la peintresse).

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Autre tableau sans titre d'Antoinette Dumas (un cortège de mariage apparemment), env. 90 x 100 cm, huile sur toile, entre 1963 et 1977, ph. B.M., 2019.

   

     Il ne faut jamais se décourager avec internet. Certaines informations y apparaissent parfois en différé, comme si les moteurs de recherche moulinaient, frustrés de ne pas nous avoir fourni tout de suite ce que nous cherchions la fois précédente avec nos mots-clés. Peut-être aussi que certaines données sont numérisées progressivement.  Cette fois-ci, c'est le camarade Régis Gayraud qu'il faut louer d'avoir été persévérant avec cette A. Dumas. Il a en effet trouvé une notice, d'un Dictionnaire biographique peu connu, le Delage des arts plastiques modernes et contemporains, qui était tout à coup visible pour tout lecteur qui demandait "A . Dumas art naïf". Je la résume et l'adapte, ce qui nous permet de disposer d'une  première identification de notre peintresse :

       « DUMAS, Antoinette, née le 30 décembre 1888 à Saint-Laurent-de-Belzagot, Charente (16). Meurt le 20 octobre 1977 à Saint-Laurent-de Belzagot. A commencé à peindre en 1963 [donc à 75 ans].  Auteur d'art naïf, sur toiles de grand format récupérées sur des sacs. Elle commence tardivement à peindre des scènes qui mêlent des figures à des frondaisons de couleur rouille La Promenade au bois (s.d) qui figure au musée du Vieux Château de Laval ou dorées, Les Foins en Charente (s.d.). [Il existe une autre toile au Musée du Vieux Château de Laval, la Clairière, selon la Base Joconde du Ministère de la Culture]".

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Antoinette Dumas, sans titre (les paons), env. 90 x 100 cm, huile sur toile, entre 1963 et 1977, ph.B.M., 2019. 

 

      Curieuse peintre, il me semble, qui commence très tardivement la peinture – 75 ans, c'est attendre bien longtemps pour s'y mettre, tout de même... – et décide de ne faire que des grands formats, apparemment toujours des toiles, assez fragilement fixées sur des châssis de fortune, et de surcroît pas très tendues. Durant les quatorze dernières années de sa vie. La touche ne cherche pas la netteté, les compositions sont parfois peu élaborées, les personnages se ressemblent tous, stéréotypés, les troncs des arbres la fascinent, tandis que leurs frondaisons servent de motifs de remplissage, aux limites d'une ornementation abstraite décorative qui fait songer à de la tapisserie... On aimerait en apprendre encore davantage sur cette Antoinette Dumas dont deux toiles, de 1969, sont conservées au musée d'art naïf et d'art singulier de Laval depuis cette année-là justement (offertes par l'auteur).  

      

22/06/2019

Michel Valière nous a quittés

      Michel Valière est mort le 22 février dernier, d'une longue maladie, dit-on... Et, même si je n'avais plus de contact avec lui depuis longtemps, je dois dire que cette nouvelle m'a fait mal. Une sorte d'adage résonne en moi... Lorsqu'un vieillard meurt, c'est comme une bibliothèque qui brûle. Et ici, mieux qu'ailleurs, l'adage se vérifie.

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Michel Valière (et sa femme, Michèle Gardré-Valière) en compagnie de Franck Vriet et sa femme, à Brizambourg (Charente), ph. Bruno Montpied, 2006 ; nous visitions ce créateur de statues en plein air situé non loin de chez Gabriel Albert, qu'il connaissait bien, et avec qui il avait réalisé des statues (peut-être en commun?), apparemment plutôt animalières.

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Le Corbeau de la fable Le Corbeau et le Renard de La Fontaine, imaginé par Gabriel Albert à partir d'un dessin de costume pour une pièce de théâtre ; cette attribution m'avait été signalée par Michel Valière ; ph.B.M. 2006.

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   L'homme, que j'avais rencontré au LaM de  Villeneuve-d'Ascq, en marge d'une journée sur les environnements spontanés, en 2005, alors que venait de paraître un de ses ouvrages chez Armand Colin, Le Conte populaire, approche ethnographique, s'est engagé à fond durant toute une période dans la défense et la sauvegarde du jardin de 420 statues naïves de Gabriel Albert à Nantillé (Charente-Maritime), sauvegarde qui paraît en voie d'être acquise aujourd'hui (voir la note que j'ai consacrée au cahier de l'Inventaire du Patrimoine de la région Poitou-Charentes entièrement centré sur  l'environnement de Gabriel Albert, cahier que Valière a supervisé ; on lira avec fruit, en cliquant sur le lien ci-avant, le débat enrichissant qui s'instaura à la fin de la note, en commentaires, entre Michel Valière, Emmanuel Boussuge et mézigue). Mais, à côté de cela, c'était avant tout un puits de science en matière ethnographique, et de cultures, de langues populaires (notamment en occitan). Les lecteurs anciens de ce blog se rappelleront peut-être ses commentaires érudits et fort pointus (trop?), sous le pseudonyme de "Belvert", qui renvoyait à son propre blog, toujours ouvert à l'heure où j'écris ces lignes... C'était, en dehors de son savoir ethnologique (il s'est consacré beaucoup au collectage de témoignages oraux dans la région du Poitou), en effet, un grand linguiste spécialisé dans les parlers poitevins-saintongeais, ainsi qu'en occitan (né à Paris, il a grandi à Lespignan, dans le Biterrois et l'Hérault). Il nous avait gratifiés sur ce blog, on s'en souviendra, de commentaires pointus sur les tsapluzaïres, ces tailleurs de copeaux, sculpteurs amateurs à leurs heures de loisir, que l'on rencontrait encore jusqu'à ces dernières années dans le Massif Central.

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        Par ailleurs, Michel Valière était un grand connaisseur de l'art populaire et avait contribué à monter avec d'autres des musées. Mais je ne parviens plus à me rappeler de lequel d'entre eux il m'avait parlé. Son rapport avec des gens dans mon genre montre que sur ses "vieux jours", il s'était ouvert aux nouveaux surgeons de l'art populaire que sont l'art naïf, l'art brut (ce n'est absolument pas signalé dans la notice qui lui est consacrée sur Wikipédia). Même l'art singulier l'intéressait (à ce titre, je lui avais offert une  de mes peintures sur papier, Un rugby aux règles étranges, qui faisait une vague allusion à l'ancêtre du rugby, la soule, jeu violent pratiqué dans le Sud-Ouest). Sa curiosité était vaste et variée. Il faut espérer que quelque bonne âme aura eu l'heureuse idée de l'enregistrer, comme lui-même sut le faire pour beaucoup d'interlocuteurs dépositaires de culture populaire. 

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Bruno Montpied, Un rugby aux règles étranges, 30 x 40 cm, 2005, coll. Michel Valière, ph. B.M.

13/06/2019

Quand André Breton définissait l'art brut...

Dédicace à un vieil ami qui refuse de comprendre de quoi il retourne quand je parle d'art sans artistes...

 

       André Breton, définit un jour, de façon brève, l’art brut à sa fille Aube.

      Voici dans quels termes, en effet, dans sa lettre du 12 octobre 1948, Breton décrit son projet d'Almanach de l'art brut à sa fille, alors âgée de treize ans :

       "Tu te demandes peut-être ce que ça peut être que l'art brut? Cela groupe tous les tableaux et objets que font quelquefois des gens qui ne sont pas artistes : par exemple un plombier-zingueur, un jardinier, un charcutier, un fou, etc. C'est extrêmement intéressant". (Passage souligné par moi)

Lettres à Aube, 2009.jpg

2009.

06/06/2019

Eric Le Blanche, l'homme qui s'enferma dans sa peinture, un film de Bruno Montpied et Jacques Burtin

     Pour présenter cette nouvelle découverte liée à l'art brut et aux environnements intérieurs d'autodidacte – des peintures murales dans une maison ouverte seulement après la mort de leur auteur, Eric Le Blanche (1951-2016), à Vouvant, en Vendée (une terre de créateurs populaires en plein air ou en intérieur), et des milliers de dessins punaisés par-dessus, par un créateur inconnu ayant œuvré dans un secret quasi complet (souffrant d'une schizophrénie qui le coupait apparemment du monde extérieur) – j'ai choisi cette fois, non pas le livre ou la revue sur papier, mais le cinéma documentaire. En compagnie d'un collaborateur cinéaste lui-même autodidacte (quoique savant et fort bon technicien formé sur le tas, comme on dit), Jacques Burtin – qu'on aura déjà aperçu sur certaines pages de ce blog – nous avons en effet terminé en mars dernier, en auto-production, un film de 85 minutes, Eric Le Blanche, l'homme qui s'enferma dans sa peinture. Ce n'est pas le premier long-métrage sur un auteur unique d'art brut, car nous avons été doublés par un film sorti l'année dernière sur Robillard par Henri-François Imbert, nous nous contenterons d'être dans le peloton de tête...

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Eric Le Blanche, fresques murales dans sa chambre, ph. Bruno Montpied, juillet 2018.

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Eric Le Blanche, fresque dans l'escalier menant à l'étage, représentant Eve, ph. B.M., juillet 2018.

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Eric Le Blanche, fresque sur les murs, les portes dans une chambre à l'étage, ph. B.M., juillet 2018.

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Deux dessins d'Eric Le Blanche, gouache ou cirage sur cartons, coll. et ph. B.M.

 

     Je présente le film à l'auditorium de la Halle Saint-Pierre, en avant-première, le samedi 22 juin à 15h (réservation conseillée). Voir la newsletter pour prendre contact avec la Halle. Je serai présent à cette occasion pour répondre à d'éventuelles questions et faire face aux éventuelles remarques.

      C'est une première étape avant l'édition ultérieure en DVD, je l'espère bien.

    Par ailleurs, à partir du jeudi 4 juillet (jour du vernissage où toutes et tous passant par la Vendée cet été sont bien entendu invités) jusqu'au dimanche 1er septembre 2019, aura lieu une exposition, organisée par l'association Art Métiss',intitulée "Eric Le Blanche, art brut" à l'Espace Jean Galipeau, dans le hameau de La Chemillardière, sur la commune de St-Mesmin, non loin de Vouvant. Voir le flyer ci-dessous pour plus de renseignements (ou bien, pour plus de lisibilité, voir le PDF).

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       Nous projetterons dans le cadre de cette expo le film Eric Le Blanche, l'homme qui s'enferma dans sa peinture, le 24 juillet à 20h30. Là aussi, je serai présent, ainsi que peut-être aussi le deuxième réalisateur, Jacques Burtin.

29/05/2019

Cinq dignitaires ubuesques...?

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Anonyme, sans titre, dimensions non communiquées, terre, collection privée, photo Denis Kariger.

 

     Certes, je ne sais rien de la provenance de ces cinq personnages grotesques aux allures quelque peu bouffonnes, modelés en une terre qui ressemble à du pain sculpté. Cela a l'air très contemporain. Une culture imprégnée de bandes dessinées et/ou de fantasy me paraît transpirer en creux... Je parierai pour un sculpteur plutôt jeune. Peut-on les rapprocher de quelques personnages historiquement situés? Je ne le crois pas. L'artiste qui leur a donné forme, à mon avis, en a usé selon sa fantaisie. Automatiquement. Et ce sont ces cinq plénipotentiaires à l'allure comique qui ont surgi de ses doigts, sans le moindre plan préconçu.

     Mais si les lecteurs étaient mieux renseignés que moi et le collectionneur qui possède ces statuettes, qu'ils ne se gênent pas nous instruire...

22/05/2019

Info-Miettes (33)

"Zoographie", sur l'animal dans l'art, à Fontcouverte (Aude)

Affiche Zoographie OK1_modifié-mail1.jpg

     Jean-Louis Bigou, l'animateur du blog sur "l'Art Improbable dans l'Aude et ses alentours" (voir en particulier sa note de mars dernier sur les poupées de Mme Ska présentes au musée du Jouet à Figueras en Espagne que l'on avait pu admirer pendant une expo sur "les Poupées" à la Halle St-Pierre il y a quelques années), annonce une expo sur un bestiaire illustré par de "l'art brut", art actuel (pour ne pas dire art contemporain?), art ethnique (pour ne pas dire "art primitif"), pour réfléchir sur les rapports entretenus par l'homme avec l'animal, longtemps considéré comme une machine, incapable de sensibilité et de capacités cognitives, voire d'une certaine forme de conscience. Cela dit, miam c'est bon, le cochon.

De l'individualisme dans l'art populaire, un article d'E.Boussuge dans la revue L'Autre Côté

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Sommaire du n°4 de la revue L'Autre Côté.

     Emmanuel Boussuge, dans le n°4 de cette revue qui se consacre à remettre en question une certain nombre de penseurs français consacrés (Foucault, Deleuze, Badiou, etc.), auxquels elle reproche un certain goût pour le vocabulaire abscons et des théories critiquables, a synthétisé deux notes qu'il avait naguère publiées sur ce blog (voir ici et ). Il illustre ses propos comme sur ce blog par des exemples pris dans les croix de chemin, les linteaux du Cantal et les sculptures de François Michaud, tailleur de pierre que j'ai, on s'en souviendra, maintes fois défendu.
      Pour prouver l'individualisme présent dans l'art populaire (et remettre en cause la thèse selon laquelle ce dernier doit être envisagé comme une masse de signes  culturels codifiés uniformes, il serait peut-être plus convaincant de rassembler – dans une somme dont la diversité ferait de fait davantage autorité – d'autres cas d'individualistes créatifs et populaires, pris dans d'autres secteurs de l'art populaire, et pas seulement dans les croix de chemins et autres linteaux.   
    Par ailleurs, on ne peut pas non plus passer sous silence qu'il y a bien de l'uniformité pour une grande part de l'art populaire, en raison de la pression sociale, des habitudes, des règles de l'artisanat, de l'habitude de copier les uns sur les autres, et sur les artistes de la ville que l'on démarquait en les réduisant naïvement... Au sein de la culture artistique populaire, les individualistes, à mon avis, restent des êtres d'exception (Nicolas Bouvier le met particulièrement en lumière dans son livre sur l'art populaire suisse – voir son édition chez Zoé) qui se détachent au milieu d'une production populaire respectueuse de divers "cahiers des charges" (pas nécessairement ennuyeuse du reste, malgré son "uniformité"). 
       Ces individualistes, présents dans différentes catégories d'art populaire, il faut les recenser, avant de passer à la polémique... 
 
Les 40 ans du sauvetage du Manège de Petit Pierre à la Fabuloserie, le 25 mai prochain à Dicy
 

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     La Fabuloserie à Dicy (Yonne) communique:
    Pierre Avezard (1909-1992) dit Petit Pierre – atteint d'une maladie génétique qui déforme son visage et rend toute communication orale très difficile – quitte très tôt l'école et travaille comme garçon de ferme. Bricoleur de génie, il crée son Manège avec du bois, de la tôle découpée, des objets de récupération et l'anime grâce à un ingénieux système de courroies et d'engrenages. Le dimanche, le public était accueilli sur le terrain pour découvrir ce chef d’œuvre de l'art populaire. Vieillissant, Petit Pierre ne peut plus en assurer l'entretien et le Manège est en danger.

    Après de nombreuses péripéties, il est accueilli à La Fabuloserie en 1987 par Alain Bourbonnais, qui en entreprend le patient démontage et transport, avec une équipe de bénévoles. Il décède malheureusement l'année suivante et ne verra pas le résultat de ces efforts. En 1989, reconstruit à l'identique et restauré, le Manège est inauguré dans le parc du musée.

 Pour célébrer cette aventure, La Fabuloserie propose une exposition photographique des grands moments de l'épopée et vous invite bien entendu à admirer le manège en activité avec une animation toutes les heures.
    Par ailleurs, le spectacle "Petit Pierre", mis en scène et joué par Maud Hufnagel, se déroulera dans la salle polyvalente du village (10€/adulte ou 5€/enfant en sus à régler sur place avec réservation obligatoire par mail à lafemme@loeilabarbe.fr).

   Enfin, la collection permanente de plus de 1000 œuvres a fait l'objet d'un nouvel accrochage, avec la mise en avant de superbes dessins de Jaber dans le "Tunnel".
  Pour clôturer la journée de façon conviviale, une collation sera offerte aux visiteurs par l'équipe du musée. 

Autocar Paris - Dicy
Samedi 25 mai:
Départ 10h30 Porte d'Orléans (derrière station Total)
retour à Paris vers 20h30.
servation obligatoire sur fabuloserie89@gmail.com
Chèque 30€/personne (trajet+visite)
à l'ordre de: La Fabuloserie
à adresser :52 rue Jacob 75006 Paris

   

 

 

 

 

    Si l'on vient par ses propres moyens à l'heure du repas, il faut prévoir son pique-nique (solution de repli à l'abri en cas de mauvais temps). Un autocar depuis Paris est prévu (voir ci-contre), mais je ne sais s'il reste encore des places.

Pascale Roux et Sarah V. chez Alain Dettinger à Lyon

     Alain Dettinger est un grand défenseur des artistes féminines, comme on sait. J'ai reçu deux nouveaux cartons illustrant ce fait. L'un reproduit un dessin à l'encre sur carton intitulé "Santa Rata penada" (Sainte rate punie?) de Pascale Roux, faisant partie d'une expo sur le thème de "l'amour à mort", curieuse image semblant représenter une sorte de chauve-souris aux ailes tatouées de silhouettes masculines (d'anciens amants?), des enfants la flanquant de part et d'autre, un autre lui sortant  par le bas...

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Pascale Roux, Santa Rata Penada, 100 x 70 cm, encre sur carton, 2018.

    L'autre, me plaisant davantage, reproduit comme une vulve sublimée par des couleurs vaporeuses, résultant d'un dessin aux crayons de couleur, cependant intitulé "Ventre glacier"... Là, l'expo a deux thèmes: "Vierges ouvrantes" et "traversées". Tout un programme...

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Sarah V., Ventre glacier, 34 x 34 cm, crayons de couleur sur papier, 2018.

 

Du samedi 8 juin au 29 juin 2019, 4 place Gailleton, Lyon 2e ardt, tél 04 72 41 07 80.

Une grande exposition de plasticiens contemporains et singuliers à la Coopérative Collection Cérès Franco à Montolieu, "Croqueurs d'étoiles"

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Vue extérieure de la Coopérative Collection Cérès Franco, photo © Jacques-Yves Gucia.

 

   Françoise Monnin, par ailleurs rédactrice en chef de la revue Artension, est commissaire d'exposition à Montolieu (Aude) pour une expo réunissant 86 artistes sur le thème du voyage dans la Lune (nous sommes à 50 ans de l'arrivée de l'homme sur la Lune en 1969 ; une autre expo, très différente, et il faut bien le dire, bien moins vivante, est aussi montée sur le même thème au Gand Palais à Paris), conçu de manière extensive, tourné davantage sur l'évocation imaginaire et métaphorique de l'astre. L'expo est intitulée "Croqueurs d'étoiles". Car l'adage ne le dit-il pas, les artistes ont la tête dans les étoiles...

    Il y a à boire et à manger dans ce rassemblement, mais si l'on se fonde sur la mosaïque affichée sur le site web de la Coopérative, l'ensemble reste fort stimulant. Voici un tout petit choix (on se réfère au lien à la ligne précédente pour en découvrir plus) :

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Art populaire mexicain, sans titre, bois peint, Collection Cérès Franco.

jean-louis bigou,zoographie,bestiaire dans l'art,emmanuel boussuge,l'autre côté,art populaire individualiste,madame ska,fabuloserie,petit pierre,galerie dettinger,pascale roux,sarah v.,art féminin Mirabelle Dors, Consensus, Plâtre et pâte fixés sur bois, 38 x 45 x 2 cm, 1975, Collection Cérès Franco.

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Eli Malvina Heil (il me semble que cet artiste a été montré au Musée de la Création franche de Bègles, me trompé-je?), sans titre, peinture vinylique sur toile, 55 x 73 cm, 1974, Collection Cérès Franco.

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Jeannine Mongillat, Sans titre, collage et papier mâché, 24 x 34 x 9cm, 1990, Collection Cérès Franco.

 

    On y aperçoit en particulier un large panorama des nouvelles créations d'André Robillard, qui, à l'évidence, ne sont plus de son seul fait, et bénéficient de l'aide souterraine du collectionneur qui le mécène. Robillard, ce n'est plus de l'art brut, mais une nouvelle forme d'art contemporain ayant couché avec l'art brut, quelque chose d'hybride. Le langage autonome de Robillard se brouille dans ces réalisations un peu trop maîtrisées, je trouve.

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André Robillard (et autres?), OVNI Fusée martienne, 15 x 39 cm, 2012, collection particulière.

 

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André Robillard (et autres?), Soucoupe volante, 150 x 350 x 350 cm, feutres sur bois, 2008, collection particulière.

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André Robillard (et autres?) et une partie de ses assemblages, 1999-2019, collection particulière photo © FL-Alain Machelidon

"Les Croqueurs d'étoiles", Coopérative collection Cérès Franco, Montolieu, du 20 avril au 3 novembre 2019. 

Jano Pesset à l'Atelier-Musée Fernand Michel à Montpellier tout l'été

    Paris avait pu admirer certaines de ses oeuvres il n'y a pas si longtemps à la Fabuloserie-Paris. Il y était en compagnie de quelques trop rares oeuvres de son épouse Loli. C'est au tour de Montpellier de pouvoir aller admirer son travail, des assemblages de bois de lierre et de noisetier travaillés et teints où se détachent des personnages drolatiques et des inscriptions diverses, philosophico-anarchisantes, durant tout l'été. A noter la remarquable notice que lui avait consacrée Laurent Danchin, reproduite sur le flyer d'annonce de l'exposition (voir ci-dessous, mais pour le lire mieux voir ici le PDF).

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     Jano Pesset (né en 1936) incarne un type d'artiste d'origine populaire qui s'est fait artistiquement en solitaire (un prolo self-made man...), ayant rompu avec les formes usuelles dans l'art populaire, et influencé par les cultures véhiculées par les révoltes de mai 68. Il a exposé dès le départ avec la Fabuloserie, dont il est un des artistes emblématiques.

14/05/2019

Rue de Seine ou rue Elzévir, à Paris, deux façons de découvrir l'art imaginatif, singulier ou brut

     La rue de Seine, depuis quelque temps, voit régulièrement de l'art brut, ou singulier, voire "outsider" pour parler franglais comme à la galerie Hervé Courtaigne¹, se présenter sur ses cimaises, est-ce le début d'une tache d'huile?

      En face de chez Courtaigne, on peut voir ainsi en permanence des bruts et de l'art populaire de curiosité dans la petite galerie qui fait l'angle avec la rue de l'Echaudé de Laurent de Puybaudet (42 rue de Seine, www.laurentdepuybaudet.com). Plus loin, dans la galerie Les Yeux Fertiles, animée par Jean-Jacques Plaisance et Benoît Morand (27 rue de Seine), on aime aussi de temps à autre glisser un "brut" (Charles Boussion, Thérèse Bonnelabay, Madge Gill ou Gabritschevsky) parmi des surréalistes historiques (Jacques Hérold par exemple), ou quelques visionnaires (Fred Deux), voire quelques grands Singuliers (comme Yolande Fièvre, Ursula, Philippe Dereux... Marilena Pelosi à l'occasion). Dans l'ensemble, ces galeristes restent cependant prudents, préférant miser sur des valeurs déjà consacrées dans le milieu des amateurs d'art d'autodidactes inspirés. C'est le cas avec l'exposition Bruts et Raffinés, apparemment, qui commence bientôt, dans deux jours, le 16 mai et qui s'achèvera le 16 juin à la galerie Hervé Courtaigne.

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      Les artistes ou créateurs présentés sont Anselme Boix-Vives, Jacqueline B. (Jacqueline Barthes), Gaston Chaissac, Ignacio Carles-Tolrà (dont il y a eu récemment une rétrospective au Musée de la Création franche, et dont il y aura une exposition très prochainement, à ce que m'a dit mon petit doigt, à la galerie de la Fabuloserie-Paris, dans la rue Jacob qui est perpendiculaire à la rue de Seine...), Philippe Dereux, Fred Deux, Gaël Dufrêne, François Jauvion, Yolande Fièvre, Antonio Saint-Silvestre, André Robillard (incontournable...), Robert Tatin, Augustin Lesage, Germain Vandersteen, Pépé Vignes, et Scottie Wilson. Cherchez les véritables bruts dans le tas... Et amusez-vous à rendre à César ce qui appartient à César (rien à voir avec le Nouveau Réaliste spécialiste des compressions) sur la mosaïque de l'affiche courtaignesque ci-dessus... A part Dufrêne, récemment mis en avant par la galerie, et peut-être cet Antonio Saint-Silvestre que personnellement je ne connais pas, les autres sont comme on le voit un peu connus déjà...

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Affiche de l'exposition prochaine de l'Escale Nomad rue Elzévir ; oui, je sais, c'est pas très alléchant, mais soyez curieux, ne vous arrêtez pas à ce pauvre habit, et vous ne serez certainement pas déçus...

 

      Sur la rive droite, se tiendra, plus confidentielle, une seconde exposition intitulée assez immodestement, je dois dire – quoique probablement avec humour mégalo...– "Petit tour du monde de l'art brut" par Philippe Saada, dans le cadre de sa galerie ambulante, Escale Nomad. Il loue la galerie Six Elzévir (au 6 de la rue Elzévir comme de juste... L'adresse est dans le nom de la galerie ; on est dans le Marais, 3ͤ arrondissement parisien) du 4 au 9 juin prochains. Cette fois, Philippe Saada est parti un peu plus loin que l'Inde et le Maroc, ses terrains de "chasse" de prédilection (même si le Maroc est encore présent dans cette expo avec Babahoum et deux créateurs apparemment nouveaux pour moi). Il annonce des trouvailles réalisées en Belgique, aux USA et au Japon (il est parti loin, ce coup-ci, Escale Nomad devient globe-searcher d'art brut). Je ne peux pas dire grand-chose des créateurs annoncés à part Babahoum que j'apprécie particulièrement et dont j'ai souvent parlé sur ce blog, voir en suivant ce lien... C'est une galerie et un dénicheur à suivre, prenant des risques avec tous ces noms inconnus (et de plus, les déguisant sous des affiches vraiment trop moches!). Mais suivez mon conseil, allez-y jeter un œil... C'est souvent derrière cette discrétion très particulière que se cache le pot-aux-roses...

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Babahoum, dessin aux crayons et à l'aquarelle (?) sur papier, 26 x 37 cm, vers 2018, ph. et coll. Bruno Montpied.

 _____

¹ Dans le laïus de la galerie Courtaigne, il nous est dit ceci à propos des "outsiders": "Dubuffet a affirmé que les artistes "outsider" (même si le nom n'existait pas à son époque, évidemment), en échappant à la "culture" des mouvements établis, étaient les dépositaires de la véritable innovation qui est l'essence du travail artistique." Rappelons tout de même que le terme d'art outsider a été inventé par l'ancien surréaliste Roger Cardinal en 1972 à l'occasion d'une expo montée en Grande-Bretagne. Il servait à englober à cette époque aussi bien l'art brut que l'art d'artistes contemporains autodidactes et marginaux. Dubuffet était encore vivant à l'époque (il meurt en 1985)... Donc le nom d'outsiders existait bien "à son époque"... Les Singuliers de l'art, titre de l'expo de 1978 au musée d'art moderne de la ville de Paris, au titre trouvé paraît-il par Alain Bourbonnais, au fond, était un terme synonyme des outsiders de Roger Cardinal. Ce dernier terme pourrait se traduire par art alternatif.

07/05/2019

Avec le printemps, revient le festival Hors-champ du "film d'art singulier", le 22e du nom...

    C'est à Nice, en trois lieux, que l'association Hors-champ, animée par Pierre-Jean Wurst et quelques autres acolytes restant usuellement dans l'ombre, monte son festival annuel, dans les tout premiers jours de juin. Voici l'affiche de cette 22e édition...

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     Trois lieux, disais-je, la Bibliothèque municipale Louis Nucéra, la librairie Masséna et l'auditorium du Musée d'art moderne et d'art contemporain... En effet, au départ le festival n'était prévu que pour le samedi, avec une programmation se voulant foisonnante et multiple – ce qui avait pour conséquence de la part de son programmateur de sélectionner avant tout des films courts pour pouvoir en placer un maximum dans la matinée et l'après-midi ; de plus une programmation variée et multiple a l'avantage de moins fatiguer les spectateurs... Mais, à la longue, plusieurs réalisateurs, auteurs et amateurs de cinéma documentaire (les fictions sont toujours "blacklistées" en effet, on ne sait pourquoi, la durée de ces films-là n'en étant pas la seule cause ; on sait qu'il existe de nombreux films de fiction ou des "biopics" sur des auteurs d'art brut ou d'art naïf, Ligabue, Aloïse, Séraphine, récemment Cheval, Pirosmani...). ont fait valoir que Hors champ pourrait tout de même faire un effort du côté des moyens métrages (50 minutes) voir longs métrages (il n'y en a pas eu des masses jusqu'à présent, un de 90 minutes environ, sur Robillard, l'année dernière, d'Henri-François Imbert, et un tout récemment (mars 2019) de l'animateur de ce blog (Bruno Montpied) et de Jacques Burtin, intitulé Eric Le Blanche, l'homme qui s'enferma dans sa peinture, de  80 minutes environ, consacré à une nouvelle découverte d'un peintre intime s'étant exprimé en partie sur les murs intérieurs de son logis – j'y reviendrai dans les semaines qui viennent, car là aussi il y aura projection publique ; j'ai mise en ligne l'année dernière une photo de ses fresques dans la note qui se cache sous ce lien).

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Le programme...

 

     A ne pas manquer dans cette programmation, projeté à la bibliothèque Nucéra : le film de Luc Ponette sur Gabritschevsky (que l'on peut trouver en DVD dans le catalogue de l'exposition de 2018 à la Galerie Chave), ce Max Ernst spontané, interné pendant près de 40 ans en Allemagne, plus près du surréalisme que de l'art brut. Ne manquez pas non plus un film, plus merveilleux encore, le court film sur une révélation bien peu connue par nos contrées, l'Ecossais Angus Mc Phee, tisseur d'objets en herbe séchée, lui aussi disponible en DVD. Si l'on veut savoir comment se définit l'art brut (je pense à un commentaire récent de M. Kolotoko), eh bien, là, on y est en plein. En guise d'hommage à Jacques Trovic récemment disparu, sera (re?)projeté le film de Jean-Michel Zazzi qui lui avait été consacré (où l'on aperçoit le célèbre mais discret Pierre-Jean). Le petit film d'animation de Jeunet et Segaud est tout à fait charmant et sympathique. Deux films de Mario Del Curto et Bastien Genoux, sur des créateurs que je ne connais pas ne peuvent que susciter la curiosité car ces auteurs nous ont habitué depuis longtemps à leur curiosité bien orientée.

 

02/05/2019

Je parie que vous ne connaissez pas Vivi Fortin

      Yves Fortin, dit VIVI Fortin, signe aussi de temps à autre 6+6. Moins mystérieux que ça en a l'air de prime abord, c'est en fait – comme les plus déchiffreurs de mes lecteurs l'auront tout de suite déduit! – une traduction numérique de son diminutif (présenté en majuscules) où il voit le chiffre 6 en caractères latins répété deux fois. Monsieur 12 donc... Comme les douze apôtres, ou les douze salopards au choix (ou les deux ensembles fusionnés...)? Il habite en Vendée, non loin de chez Pierre Sourisseau, le sculpteur de la Croix-Bara, avec qui il travailla du reste comme plâtrier-carreleur, son ancien métier (suite à des problèmes de santé, il a été obligé de s'arrêter, mais ne pouvant rester inactif, il s'est lancé dans "l'art"). Tous deux se sont fait sculpteurs, plutôt naïfs – à la limite, surtout en ce qui concerne Vivi Fortin, du fabricant de santons. Donc, un peu à la limite du naïf basculant dans le kitsch (peut-être par excès d'amour pour la réalité photographique et la ressemblance)... Sourisseau a en effet, pour sa part, dans son œuvre sculptée multiforme et multi-styles de ces tendances au moulage plus vrai que nature. Ce n'est pas de cette manière qu'il fait preuve de talent et d'originalité d'après moi, mais plutôt quand il dévie dans le visionnaire et la "naïveté". De même, Fortin peut s'éloigner du réalisme kitsch, mais lui, c'est plus par goût de la fantaisie et de la blague.

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Vivi Fortin (6+6), Bière + Viagra = effet, 30 cm de haut env., entre 2011 et 2019. Ph. Bruno Montpied, 2019.

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Vivi Fortin, Branchés pour la vie, 25 cm de haut environ, entre 2011 et 2019, ph. B.M, 2019.

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Vivi Fortin, Humains pris dans la toile du Net!, 40 x 40 cm env., entre 2011 et 2019, ph.B.M., 2019.

 

      Le santon, c'est un peu la décadence de la naïveté populaire. Vivi Fortin est au bord de ce précipice. Il veut aller vers le vérisme, mais quelque chose en lui le retient d'y basculer complètement : sa fantaisie foncière, sa truculence peut-être, ses impulsions, comme celles qui le poussent à flanquer un écureuil sur la façade de la maison où le propriétaire commanditaire des travaux lui avait demandé simplement de refaire le crépi, tout simplement parce que l'idée lui en a été "imposée", dit-il, et qu'il n'a pu faire autrement que se libérer de cette idée en l'exécutant...

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Vivi Fortin a dispersé dans son jardin nombre d'animaux, 40 cm de haut env., entre 2011 et 2019, ph. B.M., 2019

 

      Il utilise un matériau très ductile apparemment, le MAB (rien à voir avec la reine du même nom...), acronyme de Matériau Adhésif du Bâtiment, d'après ses dires, une sorte de ciment-colle qui permet de former des personnages bien lisses – de taille plutôt réduite dans leur majorité (30 cm en moyenne?) – presque aussi lisses que s'ils avaient été modelés. C'est cela qui les fait ressembler à des santons.

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Vivi Fortin aime les sirènes de toutes couleurs, entre 2011 et 2019, ph.B.M., 2019

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Vivi Fortin aime aussi les libellules, à qui il confère des visages à l'expression benoîte, entre 2011 et 2019, ph.B.M., 2019.

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Vivi Fortin, d'autres libellules installées dans la cour de la maison, entre 2011 et 2019, ph. B.M., 2019.

 

      Il a commencé sa série de sculptures (qu'il estime aux environs de 700 sujets) en 2011. Il ne les laisse pas beaucoup dehors dans le jardin, parce que cela l'ennuie d'avoir à repeindre tout le temps ses statuettes (plutôt que "statues", car elles ne mesurent pas plus de 30 à 40 cm de haut). Son garage s'est aménagé à la longue comme une sorte de galerie avec des rayonnages présentant pêle-mêle ses réalisations comme des articles d'un magasin qui hésiterait à prendre le qualificatif de petit musée... Il lui arrive d'en céder, mais ce n'est pas le but de l'opération au départ.

Le garage, les rayonnages à Gauguin, etc, resserré (2).jpg

Vivi Fortin, exemple de rayonnages à saynètes sculptées en MAB, entre 2011 et 2019, ph. B.M., 2019.

 

     Ses sujets sont fort divers, la plupart du temps inspirés de ce qu'il voit à la télévision. Si certaines saynètes servent à illustrer un jeu de mots, comme dans le cas des "branchés" ci-dessus, d'autres sont des allusions nettes à l'actualité politique ("Arrêtez les Réseaux sociaux, passez au Rosé social"). Je trouve même Fortin assez représentatif d'une composante sociologique à l'œuvre ces temps-ci en France, celle qui irrigue en grande partie (du moins au début du mouvement?) ceux qui se rangent sous l'étiquette de ces "gilets jaunes" qui ne se revendiquent d'aucun parti politique, et répudient tout porte-parole qui tenterait de la leur confisquer, justement, la parole. Il y a, non pas une forme de "populisme"chez Fortin, mais plutôt un rappel républicaniste populaire marqué, avec des saynètes rappelant des thèmes révolutionnaires de l'histoire de France (comme le soulèvement de 1830 avec sa copie du tableau de Delacroix, "La Liberté guidant le peuple", qui fut popularisé par sa reproduction sur les billets de 100 frs avant 2002). Ce rappel de la Révolution ne va pas sans contradiction, car Vivi Fortin paraît révérer également les Vendéens des guerres contre le pouvoir républicain, comme un bas-relief récemment installé à l'arrière de sa maison paraît le prouver... Et si la référence au "peuple" est marquée ici et là dans certaines de ses oeuvres, on n'oubliera pas de pointer aussi une référence à Napoléon (plutôt dans son époque de Bonaparte que dans son époque impériale, ce qui constitue ici, chez Fortin, une résurgence contemporaine d'une tendance bonapartiste qui fut, aux alentours de 1850-1860, dans les campagnes françaises, très vive dans les milieux ruraux, avec l'arrivée au pouvoir de Napoléon III). Bonaparte est représenté à cheval dans un coin du jardin, non loin de Henri IV et de sa poule au pot du reste, souvenir scolaire d'un roi cher au peuple. Donc, Fortin est-il un républicaniste avec vague réminiscence bonapartiste? On sait que, sous Bonaparte, pointait l'empereur, le dictateur qui engloutit le peuple des campagnes dans l'enfer des guerres européennes...

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Vivi Fortin, La liberté guidant le peuple, saynète inspirée du tableau de Delacroix, entre 2011 et 2019, ph. B.M., 2019. 

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Vivi Fortin, au-dessus d'un coq, symbole des Gaulois, qui symbolise aussi le peuple, a inscrit un texte nettement anti Macron ; à noter la présence du billet de 100 frs qui reproduisait le même tableau de Delacroix que celui évoqué par la saynète ci-avant, où "les casseurs et les Femen", selon ce qui est écrit, étaient déjà "dessus"... ; à noter encore la statuette à gauche représentant Jean-Marie Le Pen caricaturée en molosse avec la légende: "Calmos"... ; entre 2011 et 2019, ph. B.M., 2019.

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Vivi Fortin, Travail, Famille, Pâtes-riz, Pour les invisibles, saynète clairement en référence aux Gilets jaunes (la première à ma connaissance dans l'art naïf contemporain à les représenter), avec devise pétainiste détournée et moquée, 2018-2019, ph. B.M., 2019.  

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Vivi Fortin, Napoléon Bonaparte à cheval, entre 2011 et 2019, ph. B.M., 2019.

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Vivi Fortin, bas-relief  compartimenté, avec Vendéen, cœur vendéen, Van Gogh, transposition de l'Angélus de Millet, glaneuses..., 2019 ; © photo Vivi Fortin, 2019.

 

      A noter que Fortin, si son goût voulait le porter davantage vers la peinture en deux dimensions, sans nécessairement ajouter du relief, pourrait très bien nous donner de belles œuvres naïves, comme le prouve un tableau en ciment peint, servant de plateforme dans sa cour et montrant divers paysages.

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Vivi Fortin, entre 2011 et 2019, ph. B.M., 2019.

14/04/2019

2019, année des médiums?

     L'art médiumnique fait un retour en force en ce moment. On annonce une expo Lesage, Crépin, Victor Simon pour bientôt au LaM. Dans le cadre de l'exposition "World Receivers", au Musée Lenbachaus de Munich, sont présentées trois créatrices inspirées par les "esprits", Hilma af Klint, Georgiana Houghton et Emma Kunz.

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Cette exposition montre qu'avant qu'apparaisse l'abstraction chez un Kandinsky, certaines artistes médiums avaient dès le XIXe siècle déjà recouru à des graphismes sans rapport à des motifs pris dans la réalité visuelle, Hilma af Klint dans le cadre de son rapport à la théosophie, Georgina Houghton dans le cadre du spiritisme et Emma Kunz dans le cadre de la Naturopathie (ne me demandez pas ce que c'est), bien entendu chacune ne connaissant pas les autres.

 

     Dans une autre, plus particulièrement consacrée aux femmes.dans l'art brut, qui se tient au Kunstforum à Vienne (Autriche) on  peut trouver également des médiums dessinatrices (titre exact: "Flying High: Künstlerinnen der Art Brut" ("Du haut vol : les femmes artistes de l'art brut") du 15 février au 23 juin 2019.

   A l'Es Baluard, le Musée d'Art Contemporain de Palma de Majorque, une exposition  est entièrement consacrée à l'art médiumnique des femmes, intitulée « Médiums et visionnaires », du 15 février au 2 juin 2019.


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     M'intéressant plus particulièrement,  a commencé aussi en Allemagne, fin mars, une série d'expositions sur le thème de la "Croissance de l'âme" ("l'importance de la plante comme expression artistique des états mentaux", apparemment...) au Wilhelm-Hack-Museum de Ludwigshafen, l'intitulé exact étant « Plantes de l'âme : Fantaisies végétales entre symbolisme et outsider art » (du 31 mars au 4 août 2019) . Miam, miam... Cette manifestation n'a pas lieu qu'à Ludwigshafen, elle a aussi des expos adventices dans d'autres institutions, comme le musée Haus Cajeth ou la Fondation Prinzhorn toutes deux basées à Heidelberg. Des parallèles y sont tracés entre symbolisme et surréalisme d'une part, et l'art médiumnique d'autre part. Parmi les artistes et auteurs exposés, on pourra trouver  Ciurlionis, William Degouve de Nuncques, Max Ernst, Barbara Honywood, Paul Klee, Hilma af Klint, František Kupka, Séraphine Louis, ou encore Odilon Redon.

      Toutes ces informations proviennent en partie d'un collectionneur allemand d'art médiumnique qui a prêté plusieurs de ses œuvres à certaines de ces expositions. Pour se faire une idée de sa collection, on peut visiter son site web, intitulé le COMA (acronyme - significatif? - pour "COllection of Mediumnistic Art").

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Cecile Markova (dessinatrice médiumnique tchèque), crayons de couleur sur papier noir, 63 x 45 cm, 16-10-76, coll. privée, Paris ; photo Bruno Montpied.

 

    Il y a une curieuse remarque à faire valoir entre l'art médiumnique  autrefois produit en Bohème (celui du musée de Nowa Paka), aux esprits férus de courbes botaniques, et l'art médiumnique des anciens mineurs du Nord de la France, aux esprits en revanche plus amateurs d'architectures, et de lignes droites... D'un côté des esprits adeptes de l'arrosoir et du plantoir, et de l'autre, des esprits plus amateurs de truelle et de fil à plomb?

03/04/2019

Première exposition parisienne de Ni Tanjung et c'est à la Fabuloserie-Paris

La Fabuloserie
 
 
 Ni TANJUNG

A l'ombre du volcan Agung

VERNISSAGE samedi 6 AVRIL 15h - 21h
En présence de Georges BREGUET, anthropologue,
figure tutélaire de NiTanjung depuis une quinzaine d'années.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Lucienne Peiry et Erika Manoni, qui a réalisé  Ni Tanjung, de l'aube à la nuit, film de 18 mn, ont découvert  l'artiste grâce à Georges Breguet qui les a emmenées à Bali en 2013.
IA leur retour ce dernier fait don d’œuvres de sa propre collection à la Collection de l’Art Brut de Lausanne.
Cette année, le LaM de Villeneuve d'Ascq  a fait l'acquisition de quelques arborescences,   présentées lors de la récente exposition Danser brut.

LA FABULOSERIE PARIS vous convie à la première exposition de Ni TANJUNG à Paris.
 
 
 
 
 
 
Exposition du 6 avril au 18 mai 2019

LA FABULOSERIE PARIS - du mercredi au samedi 14h - 19h
52 rue Jacob 75006 - 01 42 60 84 23 - fabuloserie.paris@gmail.com

 

      Je considère cette exposition comme un véritable événement. Les productions de Mme Tanjung (ce qui traduit exactement les mots "Ni" Tanjung), dont j'ai déjà plusieurs fois parlé sur ce blog, sont en effet en tous points emblématiques de ce que peut être l'art brut. A un moment où beaucoup s'interrogent sur la définition du terme, voici une belle occasion de se confronter à un exemple éclairant, qui ne nous vient pas d'Europe, mais bel et bien d'Asie, en l'occurrence de Bali en Indonésie.

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L'environnement-autel de Ni Tanjung à Bali, photographié par Georges Breguet en 2004.

 

    Ni Tanjung se fit remarquer de l'anthropologue Georges Breguet à cause d'une sorte d'autel de pierres peintes en forme de figures qu'elle avait entassées en bordure de route. C'est par cette réalisation que l'on commença de parler d'elle à la Collection d l'Art Brut de Lausanne, Breguet en ayant parlé à Lucienne Peiry, alors conservatrice de la Collection. Ni Tanjung fut présentée dans l'exposition "L'art brut dans le monde" (2014), qui, à bien des égards, fut une exposition qui marqua un virage sérieux dans l'appréhension du phénomène art brut. Ces pierres à figures annonçaient à l'évidence les buissons de visages que cette femme à l'incroyable vitalité se mit par la suite, ses jambes ne la portant plus, et alors qu'elle était immobilisée dans un local exigu, à créer de façon acharnée, aucun obstacle ne pouvant la ralentir (pas même l'évacuation qui l'obligea à être déplacée, un temps, à la grande ville de Denpasar lors de la menace d'éruption du volcan Agung).

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Ni Tanjung, coll. et photo Bruno Montpied.

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Ni Tanjung, coll. et photo B.M.

 

     Elle compose en effet ce que j'appelle des "buissons", à l'aide de fibres (de bambou, semble-t-il) qui lui servent à y enfiler des visages dessinés aux crayons de couleurs ou au pastel sur des papiers divers, dont parfois du kraft. Elle n'hésite pas à percer ces papiers, faisant tenir l'ensemble dans un équilibre d'apparence instable mais qui se révèle à la longue pourtant relativement solide. Une tige principale, comme une colonne vertébrale, relie les différentes branches de ces buissons, branches qui portent les visages comme autant de fruits inattendus. De temps à autre, Ni Tanjung mêle à ces matériaux de base, d'autres matières, comme des bouts de papiers dorés, et autres couleurs brillantes, avec lesquelles elle confectionne aussi en marge des sortes de chapeaux dont elle se coiffe, elle ou ses visiteurs (voir un exemple sur une des photos insérées dans le flyer de présentation de l'expo par la Fabuloserie ci-dessus). Il lui arrive aussi d'effectuer, tout en restant assise, des fragments de danse traditionnelle balinaise dont elle garde un vif souvenir – du temps où, dans sa jeunesse, elle la pratiquait.

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Capture d'un instant de danse et chant de Ni Tanjung filmé par Petra Simkova en 2016.

 

     Lorsqu'elle gratifie ses visiteurs de ces danses, elle montre sans détour qu'elle n'a pas rompu totalement le lien avec les traditions populaires balinaises. De même avec ses assemblages de visages de papier. Ces derniers représenteraient, selon Georges Breguet, soit des visages de personnes réelles, soit plutôt des visages d'ancêtres, ou d'esprits, les plus rouges étant ceux de mauvais esprits et de démons. Lorsqu'elle brandit ces montages sur fibres, en empoignant le bas de la tige principale, elle les agite exactement comme les montreurs d'ombres balinais du théâtre dit du Wayang Kulit.


Cette photo du Wayang Museum "est fournie gracieusement par TripAdvisor".

 

      Il y a donc une filiation  avec l'art populaire balinais, tout en manifestant simultanément une rupture à la faveur de laquelle une création originale a surgi. Ni Tanjung paraît en effet délirante, s'exprimant dans un sabir difficile à déchiffrer, mais de ce labyrinthe mental surgit une expression qui par son originalité lui permet de maintenir le contact avec un public extérieur, en l'occurrence un visiteur occidental : Georges Breguet, qui recueille pieusement ses œuvres et les fait connaître en Occident, ce qui en retour à Bali fait reconnaître Ni Tanjung.

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Ni Tanjung dans un nouvel abri en juin 2018, ph. Georges Breguet.

 

     Ce sont précisément des œuvres de cette nature, rapportées de Bali à Genève, où vit Georges Breguet, qui seront exposées (et mises en vente) à partir du samedi 6 avril prochain à la Fabuloserie-Paris. Je suis heureux d'avoir permis cette rencontre entre Sophie Bourbonnais et Georges Breguet, durant ma propre exposition dans la galerie l'automne dernier (je dois ma propre rencontre avec Breguet à Lucienne Peiry, que je remercie ici).  

23/03/2019

Imam Sucahyo à Marseille

     J'ai déjà évoqué le nom d'Imam Sucahyo, il me semble. Mais sans en dire grand-chose, et surtout sans dire tout le bien que j'en pense. Il n'est pas Balinais comme je l'avais dit trop vite dans un premier temps, mais originaire de Tuban (près de Surabaya, cette ville dont le nom sonne dans une chanson de Brecht et Weil, accolé à celui d'un certain "Johnny") et vivant à Java.podcast
Tout cela toujours en Indonésie, état-archipel, comme on sait.

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Imam Suchyo ; photo Georges Breguet dans la galerie Cata Odata à Ubud (île de Bali).

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Imam Sucahyo, sans titre relevé, technique mixte sur papier, avec inscription au bas de la composition, 39 x 27 cm, 2015, ph. et coll. Bruno Montpied.

 

     Sa peinture est très foisonnante, très colorée, très embrouillée aussi parfois, mais toujours très rude et brute. D'après différentes sources trouvées sur la Toile, il semblerait que l'artiste soit au carrefour de la culture islamique de sa communauté d'origine et de croyances plus animistes, le conduisant à des rapports étroits avec les morts. C'est en Indonésie qu'existe un endroit, le pays du Toraja, dans le sud Sulawesi (île plus connue sous le nom d'îles Célèbes), où l'on installe les morts (plus exactement, les représentations des morts) au balcon de cavités creusées dans les falaises. J'en ai déjà parlé à propos de l'auteur de buissons de figures dessinées sur papiers enfilés sur des fibres de bambou, la créatrice brute, Ni Tanjung (à signaler une expo consacrée à cette dernière très prochainement, pour laquelle j'ai un peu aidé en faisant l'intercesseur, à la Fabuloserie-Paris, avec des œuvres prêtées par Georges Breguet ; ce sera la première expo de Ni Tanjung à Paris!).

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Statues représentant des morts au Toraja ; photo extraite du blog de voyages One chaï.

 

     La vie d'Imam Sucahyo aurait été plutôt accidentée jusqu'à présent. On parle d'usage de drogues à une époque de sa vie. L'art serait ainsi perçu par lui comme une planche de salut à laquelle il se raccroche pour se consoler et fuir  une société où ses semblables ne lui ont guère fait de cadeau jusqu'à présent.

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Ima Sucahyo, dessin exposé à la Biennale de l'Art partagé de Jean-Louis Faravel, à St-Trojan-les-Bains, en 2017.

 

     On rencontre de nombreuses inscriptions mêlées aux circonvolutions de ses figures, dans une ornementation dense. Ce serait des bribes de conversations entendues au vol autour de lui. Son graphisme et sa production variée (il est capable d'installations qui n'ont rien à envier comparées à celles d'artistes occidentaux, je pense par exemple à Roger Ballen, qui occupera en septembre 2019 la Halle Saint-Pierre,, sur les deux niveaux s'il vous plaît (on lui déroule le tapis rouge à celui-ci !)) pourraient  le faire rapprocher d'auteurs d'art brut, mais il paraît plus exact de le comparer, plutôt, avec des artistes marginaux, comme Noviadi Angkasapura, qui a été exposé naguére au Musée de la Création franche à Bègles.

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Installation d'Imam Sucahyo. DR

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Exposé chez Polysémie à Marseille.

 

    La galerie Polysémie, qui se tourne de plus en plus souvent vers des créateurs et artistes extra-occidentaux (Afrique, Iran, Indonésie), vient de commencer de consacrer une exposition à Imam Sucahyo. Cela se tient depuis le 9 mars, et est prévu pour durer jusqu'au 20 avril (dommage que cela n'ait pas été en même temps que l'expo "Dubuffet, un barbare en Europe", qui devrait commencer en mai au MUCEM, les amateurs auraient pu faire d'une pierre deux coups). Voici le dossier de presse.

16/03/2019

Mme Delavaux, grande prêtresse de l'art brut orthodoxe, prend des pincettes pour évoquer ma découverte sur les Barbus Müller

    Céline Delavaux, qui s'est fait connaître avec le Collectif de réflexion autour de l'Art Brut (CrAB), il y a quelque temps, et par quelques livres, déjà, sur l'art brut – dont un qui était fort bien écrit, L'Art brut, un fantasme de peintre, aux éditions Palette - sort un nouveau livre chez Flammarion, Art Brut, le Guide.

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      Autant vous dire qu'il aurait pu aussi bien s'appeler l'Art brut pour les nuls. On vous y dit ce qu'il faut penser de l'art brut, en proscrivant certaines assertions, classées comme fausses, d'un coup de tampon appuyé ("Faux", nous proclame-t-on : "l'art brut, c'est comme l'art des fous", "l'art brut, c'est fait avec des matériaux bruts", "l'art brut, c'est comme l'art naïf", etc.). C'est que Mme Delavaux se positionne comme championne de la vision orthodoxe de l'art brut. Elle tient à ce que l'on pense l'art brut correctement.

     Personnellement, ça me gêne un peu. Qu'il y ait du flou, des tâtonnements pour aborder le sujet ne me dérange pas tant que cela. L'orthodoxie a tendance à apporter  une forme d'ossification ou de vitrification.

        Cela dit, cet auteur pense surtout que l'art brut est un cheval de bataille pour repenser l'art (why not?). Et c'est pourquoi elle veut continuer d'employer le terme d'"artiste", pour les auteurs d'art brut, parce que ce serait un moyen selon elle de faire entrer dans le crâne de chacun que l'art est constitutif de l'humanité, et n'a donc pas à se penser comme le privilège d'une caste, privilège que Dubuffet, avec raison, je trouve, avait dénoncé (Céline Delavaux le rappelle aussi, avec honnêteté). Pas sûr cependant, selon moi, que ce terme d'artiste, employé pour les créateurs bruts comme pour les artistes professionnels, suffise à lui seul à constituer le cheval de Troie qui remettra en question de l'intérieur les conceptions dominantes de l'art dans le public et la clique des historiens et médiateurs de l'art. C'est même plutôt le contraire que cela produit, et qui va bien avec la fusion, que tentent d'opérer les marchands, et tous ceux qui sont intéressés à ce genre de confusion, entre art contemporain, art moderne et art brut (comme la constitution du musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art moderne  du LaM à Villeneuve-d'Ascq l'a inaugurée d'ailleurs voici déjà vingt ans, en 1999, avec le dépôt de la collection  d'art brut de l'Aracine). De plus, mettre tous les auteurs d'art dans le même sac – au lieu de remettre en question l'art séparé de la vie quotidienne – constitue une régression propice à la vision d'un art comme le produit d'une élite. Les marginaux de l'art brut, par leur côté maudit insinué dès l'origine dans la notion d'art brut, viennent ainsi augmenter simplement le bataillon des nouvelles marchandises culturelles. Le cheval de Troie est retourné contre lui-même.

    Ce guide m'a, par ailleurs, passablement étonné à cause de l'un de ses paragraphes où mon travail sur ce blog est mentionné. C'est dans un chapitre sur les anonymes, où Mme Delavaux parle surtout des Barbus Müller, auxquels, comme les les vrais lecteurs de ce blog le savent, je suis très attaché, pour avoir mis en ligne sur le Poignard, l'année dernière, du 12 au 7 avril 2018, une enquête où je dévoilais que j'avais trouvé l'identité de l'auteur (et comment je m'y étais pris, avec l'appoint de Régis Gayraud) de ces fameuses statues de lave ou de granit, que Dubuffet avait choisi de présenter dès les origines de sa collection d'art brut.

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Le dernier paragraphe de ce chapitre du livre de Céline Delavaux est reproduit plus bas dans cette note.

 

      Il n'est pas sorcier de se reporter à cette enquête, il me semble. C'est gratuit, qui plus est... Pour ceux qui ne l'auraient pas fait, suivez ce lien et vous tomberez sur la première note (j'ai étagé les notes de la date la plus avancée dans le mois d'avril, le 12, à la plus éloignée six jours plus tard, le 7, avec six "chapitres"). Pour passer d'une note à l'autre, il suffit de cliquer sur les mots "à suivre", placés en toute fin de note (ou de chapitre). Mais, bien sûr, il  y a de la lecture... Ce que Mme Delavaux a peut-être eu la flemme d'entreprendre, se contentant peut-être de Wikipédia où une main amie a fait une mise à jour de l'article qui existait encore naguère sur les Barbus...

    Car, après avoir souligné le mystère dans lequel Dubuffet, en 1947, aurait volontairement plongé ces "pièces de la statuaire provinciale", elle évoque, dans un paragraphe étrange, d'une manière  désinvolte, la découverte "que j'aurais faite" (Ô, ce conditionnel... C'est lui qui m'irrite) sur "un blog spécialisé dans l'art singulier", blog qu'elle n'a, bien entendu, pas jugé nécessaire de  mentionner dans son libellé exact, ce qui aurait permis à ses lecteurs de se faire une opinion, et blog qu'elle qualifie au passage de manière fautive, mais surtout, assez méprisante... Voir ci-dessous.

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Le passage en question...

 

      Je ne vais pas argumenter outre mesure, et encore moins vitupérer, contre ce merveilleux petit paragraphe bien pesé, semblant brandir des pincettes invisibles, sans la moindre justification. Il suffit peut-être de donner la version qui aurait dû être celle d'un paragraphe plus juste, et plus pensé, si son auteur avait fait l'effort de lire mon enquête du blog (ou celle que j'ai publiée, résumée, dans le n°17 du Publicateur du Collège de 'Pataphysique) :

      "En 2018¹, Bruno Montpied, rédacteur d'un blog, Le Poignard subtil, a découvert l'identité de cet anonyme célèbre dans l'histoire de l'art brut : il s'agit d'un cultivateur auvergnat, ancien zouave, nommé Antoine Rabany, mort en 1919. Ce sculpteur autodidacte exposait ses statues dans un jardin, au Chambon-sur Lac (Puy-de-Dôme) et les vendait pour quelques francs..."

      J'attends toujours que les chercheurs spécialisés (ou non!) viennent contester les arguments et les preuves, a priori incontestables, que j'ai apportés dans cette enquête. Seuls certains collectionneurs ont su tout de suite reconnaître le sérieux de ce travail (nommons les premiers : Bruno Decharme, et James Brett).

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Barbus Müller agrandis, d'après photo stéréoscopique publiée dans mon livre, Le Gazouillis des éléphants. Pour le moment, ces deux-là, parmi plusieurs autres visibles sur la photo, sont portés disparus... Jusqu'à quand?

______

¹ Il y a une erreur dans le texte de Mme Delavaux. C'est en 2018, et non pas en 2017, que j'ai dévoilé l'identité du sculpteur des Barbus. En 2017, j'avais seulement avancé, en publiant deux photos inédites montrant le jardin aux statues au sein de mon ouvrage Le Gazouillis des éléphants (paru en septembre 2017), que les statues présentes sur les photos devaient être très probablement des Barbus Müller, et que ces œuvres avaient été exposées à Chambon sur Lac dans le Puy-de-Dôme. Je ne donnais donc à cette occasion que la localisation exacte du lieu de production. Mme Delavaux a visiblement pris ses informations dans la notice de Wikipédia, sans la lire attentivement. Cette notice est correcte (si ce n'est une petite erreur sur le prénom de l'archéologue Lejay, qui s'appelait Albert et non pas "André"...)

 

08/03/2019

"L'art brut existe-t-il?", Colloque à la Fondation John et Eugénie Bost

Affiche annonçant le colloque 1.JPG

     Un colloque, un de plus, avec son lot de spécialistes, de conservateurs, d'universitaires, de personnalités historiques (Michel Thévoz qui s'en vient nous dire de manière provocatrice: "l'art brut n'existe pas"...), et quelques francs-tireurs (André Stas, et le signataire de ces lignes), assez peu membres de la grande cohorte des "officiels". Organisé par quatre personnes, Laurence Bertrand-Dorléac, Laurent Gervereau, Pascal Rigeade et Nicolas Surlapierre. Si on veut lire le programme en PDF, il faut cliquer ICI.

Journées du 25 et du 26 mars (programme corrigé).PNG

Le 26 mars, projection de Bricoleurs de paradis, le film réalisé par Remy Ricordeau, mais que j'ai co-écrit avec lui, comme je l'ai corrigé sur ce flyer (dans le programme du colloque, en effet, on a recommencé l'erreur fréquente qui consiste à nous attribuer la réalisation conjointe du film).

 

      Personnellement, j'y viens porter la parole de l'art brut envisagé du point de vue des arts populaires spontanés anciens ou contemporains, dont,  à mes yeux, font partie les environnements populaires spontanés que j'ai recensés en 2017 dans mon inventaire Le Gazouillis des éléphants. J'interviens donc le mardi 26 à 17h pour une projection et un débat autour des Bricoleurs de paradis, et le lendemain, le mercredi 27, pour une petite intervention lue-parlée sur la question de cet "autre" art brut, plus extraverti, plus communicatif, et plus connecté à une poétique de l'immédiat. A noter que les textes des différentes interventions des participants à ce colloque devraient être publiés dans un livre édité chez Lienart, disponible dès le premier jour de cette manifestation.

Affichette journée du 27 mars 3.JPG

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28/02/2019

Kobus? Vous avez dit Kobus?

     J'ai récemment acquis deux beaux bas-reliefs au bois luisant, et ressemblant à du caramel, suite au repérage de Philippe Lalane, alias "La Patience". Ils sont visiblement de la même main, ce que me confirma l'antiquaire auprès de qui je les ai obtenus. Mais seul l'un des deux est signé, d'un nom énigmatique, inconnu au bataillon : KOBUS.

   Cela ressemble à un patronyme d'allure alsacienne apparemment (je crois qu'Emile Erckmann et Alexandre Chatrian, écrivains alsaciens qui signaient du nom composé d'Erckmann-Chatrian,, ont campé un personnage de ce nom dans un de leurs romans)...

 

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Kobus, Après l'enterrement d'un ami, bois taillé en bas-relief, 32,5 x 54,5 cm, sans date (fin XIXe siècle?), ph. et coll. Bruno Montpied.

     Ce tableau à l'évidence caricatural montre une tablée de convives réunis à la suite de l'enterrement d'un "ami". Chacun s'adonne à diverses libations, les visages ont des expressions grotesques pas tellement avantageuses pour la plupart. "L'ami" paraît bien  vite oublié (les "regrets éternels" inscrits sur la couronne mortuaire en haut du tableau, ne paraissent pas, en effet, destinés à le rester bien longtemps, "éternels"). Cet enterrement paraît une excellente occasion de boire au compte du mort, ou plutôt à celui de ses héritiers, et peut-être, plus précisément, de sa veuve...  Car, à droite, n'est-ce pas cette dernière qui est figurée, entreprise par un des anciens compagnons du mort, empressé auprès d'elle, comme s'il trouvait l'occasion bonne, la femme étant revenue "sur le marché", comme on dit familièrement... A gauche, en haut de la composition, comme en arrière-plan, à peine taillé dans le bois et paraissant par conséquent spectral, on peut se demander si ce n'est pas le défunt qui, devenu fantôme, assiste, plus que perplexe, et comme atterré (après avoir été enterré), depuis l'au-delà, à la scène...?

     Le bas-relief moraliste me paraît inspiré d'une gravure d'époque stigmatisant  cette assemblée d'hypocrites intéressés. Peut-être l'auteur, sculpteur autodidacte, prisait-il les caricaturistes de la fin du XIXe siècle? Cette hypothèse se confirme si l'on examine le second bas-relief ci-dessous, qui paraît de la même main...

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Kobus, Aux Bains froids, bois taillé en bas-relief, avec baguettes ciselées en guise de cadre (pour rappeler les décors de piscine de l'époque?), 40  x 55 cm, sans date (fin XIXe siècle?), ph. et coll. Bruno Montpied ; noter la signature à gauche vers le bas.

 

    Si l'on s'attarde sur les divers personnages et saynètes représentés dans ce bas-relief, on repère assez vite le personnage à droite, tout habillé, sans doute une sorte de maître-nageur chargé d'apprendre la natation à certains clients de ces Bains. Il en tient un en laisse, du reste, mais il ne remarque pas, suprêmement indifférent,  que celle-ci se rompt,  entraînant peut-être la noyade du client... Il  est bien trop préoccupé par la lecture du journal Le Tam-Tam.kobus,caricatures,bas-reliefs,le tam-tam,journal satirique,art naïf insolite

     Ce dernier fut un journal satirique qui eut trois séries entre 1872 et 1918. C'est un indice important pour expliquer le projet du sculpteur. Pas placé au hasard dans la composition, il se veut peut-être discret hommage à la revue satirique qui inspirait l'auteur...

      Plusieurs autres saynètes attirent l'œil. Le baigneur sur le bord de la piscine à droite semble pétrifié d'appréhension à l'idée de se jeter à l'eau, plus par peur de couler (voyez les nombreuses bouées en forme de ballons qui ceinturent son ventre) que par crainte de la basse température. Cette dernière est mesurée en bas à gauche par un autre baigneur qui tient un thermomètre. Un couple d'hommes, un maigre, un gros, paraissent destinés à faire rire par leur contraste physique. Juste à côté, un individu vient d'en précipiter un autre dans le bain (oh, la bonne farce...). Vers la gauche, un personnage déjà plongé dans l'eau contemple, consterné, un plongeur qui ne prend aucunement garde à qui se trouve en dessous... Plus loin, encore, à gauche, un élégant, en costume et gibus – une sorte de directeur des thermes ? – paraît faire remarquer, d'un doigt accusateur, à un baigneur bossu que sa bosse n'est peut-être pas la bienvenue dans ces lieux... Ce que l'intéressé ne paraît guère apprécier. Dans le bain, des pieds heurtent des mentons, la place paraissant comptée...

      J'ai bien sûr un peu cherché à retrouver des gravures satiriques qui auraient brodé sur le thème des bains froids (chargés de redonner tonicité aux muscles, entre autres), je n'ai trouvé que cette gravure de Daumier, pas composée de la même manière, quoiqu'on y retrouve le thème du gros et du maigre, un homme qui plonge, et l'affluence dans le bain.

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     L'antiquaire qui a découvert ces panneaux sculptés les aurait trouvés à Beauvais, dans une famille de bistrotiers aveyronnais qui descendait de ce Kobus, qui aurait vécu dans les années 1920, en se partageant entre Paris et l'Auvergne. Un Alsacien devenu bistrotier auvergnat monté à la capitale? Une énigme de plus à résoudre, ou pas.