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29/08/2020

"Le Génie des Modestes" au Centre Emmaüs d'Esteville, avec votre serviteur

      On peut s'amuser à comprendre ce terme, "le génie des modestes", comme un jeu qui consisterait à repérer parmi les cinq artistes sélectionnés par Martine Lusardy pour le Centre Emmaüs d'Esteville, au nord de Rouen, le génie en question...! Car la formule est - involontairement - ambivalente... Alors qu'en réalité, il s'agit de présenter une sélection de créatifs modestes... ne disons pas "humbles", parce qu'au moins deux d'entre eux ne le sont guère (je vous laisse deviner lesquels). "Modestes", terme que l'on pourrait aussi interpréter comme légèrement réducteur, si on ne le prenait pas plutôt comme l'indice d'une sincérité dans l'acte de création.

 

Verso du flyer d'annonce de l'expo.jpg

Les flyers, les communiqués de presse, du fait du report des dates de l'expo, sont devenus caducs, car pas réimprimables à volonté...

 

      Cette manifestation, prévue initialement du 1er avril au 30 juin 2020, a été reportée à des temps moins difficiles en terme de visite d'exposition, soit du 1er septembre au 15 novembre 2020 prochains (ouverte tous les jours de 10h à 18h). Elle présente les œuvres de Pierre Caran, Guy Colman Hercovitch, Demin, Namithalie Mendés et Bruno Montpied (votre serviteur).

Pierre Caran, L'homme visionnaire, 30x24cm, 2006 (2).jpg

Pierre Caran, L'homme visionnaire, 30 x 24 cm, 2006, ph. et coll. Bruno Montpied.

 

        Pierre Caran, j'ai déjà eu l'occasion d'en parler à quelques reprises sur ce blog, Je renvoie donc les lecteurs à ces notes précédentes. Je ne connais pas le travail de Guy Colman dont je crois deviner cependant que comme certains nouveaux réalistes d'autrefois il aime les objets usés par le temps. Demin, j'ai aussi parlé de lui dans mes anciennes notes, lorsqu'il avait été exposé à la galerie d'Alain Dettinger à Lyon.

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Demin, sans titre (une sirène), vers 2017, ph. Demin.

 

       Namithalie Mendés, c'est une découverte de la librairie de la Halle Saint-Pierre où j'avais été frappé par ses dessins d'une grande ingénuité, ceux d'une enfant perpétuée à l'âge adulte en raison sans doute dans son cas d'une complexion psychologique particulière. Sa saga graphique (commencée à l'âge de dix ans et jamais interrompue depuis ; elle est née en 1994) raconte par séquences diverses sa vie réelle, et rêvée apparemment, manifestant un amour très profond de l'observation des autres êtres humains dont elle rapporte les dialogues dans d'innombrables bulles très vivantes. J'ajoute qu'elle ne veut pas laisser partir définitivement ses productions loin d'elle, car elle y est viscéralement attachée. De tous les créateurs ici exposés, elle est la seule à pouvoir entrer véritablement dans la catégorie de l'art brut.

Deux dessins exposés à la HSP, Birzday etc (2).jpg

Namithalie Mendés, deux dessins aux feutres et crayons sur papier, exposés à la librairie de la Halle Saint-Pierre du 1er au 30 juin 2019.

 

       Quant à moi, je ne vais pas me présenter (à d'autres de le faire...), on peut toujours se reporter au photoblog que je tiens depuis 2013 en colonne de droite sur ce blog où j'égrène diverses productions de manière chronologique. Je dirai seulement que j'expose au Centre Emmaüs douze dessins, tous de mêmes dimensions (aux alentours de 32 x 24 cm, encadrés en 40 x 30 cm) dont celui ci-dessous. Ils sont tous disponibles à la vente.

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Bruno Montpied, Le Samouraï échoué, technique mixte sur papier, 31 x 23 cm, 2019.

 

*

POINT PRESSE :
Mardi 15 septembre, le Centre Emmaüs donnera rendez-vous aux pigistes et journalistes locaux qui le souhaitent afin qu'ils découvrent "Le génie des modestes", en visite accompagnée, à 17h.
UNE MANIFESTATION "La grande bouquinerie : foire aux livres solidaire", aura lieu le dimanche 27 septembre 2020 à 16h au Centre Emmaüs. Ceci démarre à 9h et finit à 18h. 

ADRESSE: Centre abbé Pierre - Emmaüs. Lieu de mémoire, lieu de vie, Route d'Emmaüs - 76690 Esteville
tél : 02 35 23 87 76 - port : 06 28 27 65 04. www.centre-abbe-pierre-emmaus.org

L'exposition, organisée sous le commissariat de la Halle Saint-Pierre, est ouverte tous les jours de 10h à 18h. 

24/08/2020

Sortie dans les librairies en France (enfin) du catalogue de l'exposition sur les Barbus Müller de Genève...

      C'est prévu pour le 10 septembre si on accorde tout crédit au site web du diffuseur-éditeur In Fine. Car, à moins d'être allé le chercher à la librairie de la Halle Saint-Pierre, rue Ronsard, dans le XVIIIe ardt de Paris, seul point de vente où il était disponible depuis la réouverture des librairies et autres centres culturels, sa mise à disposition du public avait été passablement retardée par la malheureuse pandémie (il aurait dû être disponible en France en mai, si je me souviens bien). L'exposition au musée Barbier-Mueller, à Genève, a rouvert depuis quelque temps déjà, ayant prévu de se terminer le 1er novembre 2020 (j'étais allé présenter le fruit de mes découvertes à Genève début mars, juste avant que tout se referme...; l'exposition a été heureusement prolongée pour pallier la période où elle a été close).

Couv du catalogue expo sur les BM avec récit de la découverte.JPG

Couverture du catalogue de l'expo sur les Barbus Müller.

 

    C'est l'occasion de faire le point sur l'énigme liée à ces sculptures en lave et en granit que Dubuffet choisit – en les découvrant chez les marchands Charles Ratton et Joseph Müller, entre 1945 et 1946 – d'associer à la notion d'Art Brut (qu'il commençait à peine de bâtir), tant elles lui paraissaient originales, en rupture avec d'autres effigies de style populaire. Après deux textes de Baptiste Brun et Sarah Lombardi, qui s'attachent au contexte historique de l'entrée des "Barbus Müller" (sobriquet inventé par Dubuffet à cause de quelques barbes aperçues sur certaines sculptures et du nom de Joseph Müller qui en possédait le plus grand nombre) dans l'orbite de l'Art Brut, j'ai donné dans ce catalogue¹ une étude où je révèle le nom de l'auteur de ces sculptures – auvergnat, comme l'avait subodoré Charles Ratton – un paysan, ex-soldat, surnommé "le Zouave", qui habitait aux alentours de 1900 le village de Chambon-sur-Lac dans le Puy-de-Dôme, où il possédait divers terrains. Cette étude est accompagnée d'une iconographie variée, enrichie – élément nouveau par rapport à la première édition, moins développée, de cette étude (cf. le n°17 de la revue Viridis Candela, le Publicateur) – de trois photos relatives à un scoop touchant à un détail significatif du village de Chambon, en rapport étroit avec "le Zouave", détail qui ancre un peu plus la mémoire des Barbus Müller dans cette bourgade... (Je laisse la primeur de ce scoop au catalogue de l'expo du musée Barbier-Mueller, il serait peu élégant de déflorer tout de go le sujet).

antoine rabany dit le zouave, bruno montpied, musée barbier-mueller,

Le village (aux alentours de 1920?) ; comme on le voit, le lac est situé nettement plus loin; à gauche on aperçoit  le baptistère du Xe siècle situé au plus haut du cimetière ; le jardin d'Antoine Rabany (hélas, ici masqué par des frondaisons) était situé juste en dessous.

 

     Avis donc aux amateurs d'énigmes artistiques et d'Art Brut. Si vous ne pouvez attendre le 10 septembre, précipitez-vous à la libraire de la Halle St-Pierre, où il doit bien rester quelques-uns des exemplaires commandés en avant-première...

 

antoine rabany dit le zouave, bruno montpied, musée barbier-mueller,

Le "chercheur, peintre, écrivain, etc.", Bruno Montpied, lors de la visite de Chambon-sur-Lac, devant l'ancienne cabane du jardin aux sculptures d'Antoine Rabany, en mars 2018 ; photo Régis Gayraud.

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¹ Je dois remercier ici Georges Bréguet qui me mit en relation avec Laurence Mattet, la directrice du musée Barbier-Mueller, qui vit tout de suite le parti que pouvait tirer le musée de ma découverte dans le cadre de l'exposition qu'ils étaient en train de préparer. Et encore un grand merci à Guillaume Zorgbibe et Régis Gayraud qui tous deux ont joué un grand rôle dans mon élucidation de l'auteur des Barbus Müller.

23/08/2020

Les jolis caviardages de Bretagne... et d'ailleurs

Le Porno, chemin des pélerins, ph Darnish.JPG

En suivant les pélerins, on peut parfois faire d'étonnantes découvertes ; ph Darnish, sur la commune de Sainte-Anne-d'Auray, août 2020.

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     On pourrait supposer qu'au bout (un très long bout pour le coup...) de ce chemin si particulier, on finisse par tomber sur cette autre rue au nom lui-même transformé dans un sens voisin, à Paris :

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Photo Régis Gayraud, juin 2019.

14/08/2020

Une éolienne bizarre, interprétation paranoïa-critique n°2

Eolienne ancienne, ou bien...Abords de Laval (2).jpg

Photo Bruno Montpied, près de Laval (Mayenne), août 2020.

 

    Aux abords de Laval, alors que Régis Gayraud et moi-même nous nous faisions la réflexion que les parages de la ville de Rousseau et de Jarry, en venant de l'est, n'étaient aujourd'hui pas bien beaux (avec les ronds-points, les échangeurs en veux-tu, en voilà...), nous avisâmes tout à coup un édifice en ruine qui ressemblait à une vieille éolienne¹. N'était-ce que cela? Deux hypothèses surgirent alors en nous...


podcast

Interprétation paranoïa-critique (l'instrument de supplice ou le dispositif optique), par Régis Gayraud et Bruno Montpied, août 2020.

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¹ A priori, il aurait pu s'agir d'une éolienne de Bolée (pompant l'eau grâce à l'énergie du vent), du nom de son inventeur, Ernest-Sylvain Bollée (1814-1891), comme me l'a suggéré mon corressondant, Eric Bougréau, de Tours. A l'intérieur, elle comportait un tableau électrique. Cette éolienne, cependant, ne paraît pas figurer dans la liste des éoliennes répertoriées sur Wikipédia, où la seule encore en place est localisée à Villiers-Charlemagne. La nôtre est située à Bouge (joli nom...) dans la commune de Louvigné, à quelque dizaines de mètres de la D57. D'après notre camarade émérite historien des techniques en tous genres, Régis Gayraud, il s'agirait plus exactement d'une éolienne de Girard (au nom prédestinant, puisqu'une éolienne, ça gire pas mal).        Mais, comme on l'aura compris, ce fut, devant cet édifice, inconnu de nous sur le moment, un beau prétexte à interprétation paranoïa-critique, improvisée de la même manière que celle que nous avions réalisée au cours d'un périple précédent, dans l'Allier, à St-Pardoux, voir note plus ancienne, le 12 mars dernier.

09/08/2020

La Revue Trakt, "brute et singulière", le n°11

     Une revue qui tend à se consacrer au champ de l'autodidacte singulier (plus que véritablement brut, à moins qu'on ne considère ce dernier qualificatif comme synonyme de "brute"...), intitulée Trakt, est apparue ces derniers temps, apparemment originaire de Tours et des bords de Loire (Saint-Cyr-sur-Loire). Ils en sont déjà à leur n°11. Un collectif d'artistes se cache derrière, la réalisation et la rédaction en chef étant quant à elles plutôt le fait de Sébastien Russo.

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La couverture de la Revue Trakt n°11 (avec des coquetteries typographiques pas toujours évidentes, notamment sur le nombre 11...; à signaler également l'absence d'ours ou de colophon).

 

      Lorsque je l'ai découverte (à la librairie de la Halle Saint-Pierre où Pascal Hecker me l'avait chaudement recommandée), je m'étais dit que se revendiquer du brut et du singulier, c'était enfin une chose qui aurait dû se faire depuis longtemps : depuis 1989 exactement, où j'avais tenté de rassembler quelques individus autour de la question (las! Chacun n'avait eu de cesse de se tirer dans les pattes, le projet de départ qui aurait dû embrasser tous les champs de la création artistique non professionnelle, spontanée, naïve, brute, singulière, populaire, n'accoucha en définitive que de la seule revue Création Franche qui se recentrait sur les collections et les acquisitions du musée du même nom à Bègles : cette dernière publication existe toujours, comme chacun le sait sur ce blog, où j'en parle régulièrement – un n°52 venant même de sortir en juillet).

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Sommaire du n°11 de la Revue Trakt n°11.

 

     Or, la revue Trakt ne paraît traiter que fort peu de l'art brut au sens strict du terme. C'est avant tout l'art singulier, dans toutes ses acceptions contemporaines – avec sa forte propension à se laisser contaminer par l'influence des divers néo-expressionnismes contemporains, ou du soi-disant "surréalisme pop" en faveur dans la revue Hey! –, qui envahit ses colonnes. 

revue trakt n°11,art singulier,art modeste,publications autour des arts singuliers,sébastien russo,jean-françois veillard,néo-expressionnisme,louis et céline beynet,le musée des bouteilles décorées,ozendaPortrait du Dr. Jean-Claude Caire, Nice, 2008, ph. Bruno Montpied.

 

     Dans ce dernier numéro 11, on a beau recourir à une interview de Jean-Claude Caire par Jeanine Rivais (datée de 1995 ; on y retiendra une belle évocation d'Ozenda par Caire), ou à un rappel de l'activité de l'Atelier Jacob d'Alain Bourbonnais par Jean-François Veillard (au passage: pourquoi n'est-il rien dit de l'activité actuelle des héritiers de la Fabuloserie, en particulier dans leur galerie parisienne située toujours au même endroit, en face de l'ancien local de l'Atelier Jacob, dans la rue du même nom?), on sent bien que le balancier des goûts et inclinations du collectif d'artistes et animateurs de la revue continue de pencher du côté d'un néo-expressionnisme brouillon et d'un certain art (très peu) singulier.

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Une page de l'article de B.M., "Le Musée des bouteilles décorées des époux Beynet".

 

     Invité par Jean-François Veillard et Sébastien Russo à participer à la revue, je me suis donc dit qu'il serait peut-être de mise de proposer quelque chose qui fasse osciller le fameux balancier un peu plus du côté naïf et populaire insolite. J'ai donc proposé dans ce n°11 un article sur Le Musée des bouteilles décorées des époux Beynet, dont j'avais déjà eu l'occasion de parler ailleurs

    Dans ce même numéro, également, on peut retrouver un autre article causant aussi d'art populaire contemporain, ou de sculpture naïve, à savoir une courte (trop courte) évocation par Jean-François Veillard du sculpteur cultivateur d'asperges et éleveur de lapins Bernard Javoy, né en 1925 et disparu, je pense, en 2010 – en tout cas pas en 2000 comme il est indiqué dans l'article de Veillard.

    2000, c'est plutôt l'article que j'avais commis dans le n°19 de la revue Création Franche, comme de juste (datant précisément de décembre 2000). Un article que, peut-être, M. Veillard aura vu? En tout cas, un article qu'aura bien lu le rédacteur d'un autre blog, L'Internationale Intersticielle, pas toujours au point avec ses sources (notamment à propos du "Carillon de Vendôme").

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Bernard Javoy, couple sous un proche d'église, vers 2000, ph. et coll. B.M.

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Bernard Javoy, une servante et le garde-chasse (appariés par moi...), vers 2000, ph. et coll. B.M.

 

La revue Trakt est disponible à Paris à la librairie de la Halle Saint-Pierre ; sinon, on peut aussi les contacter via leur site web https://www.revue-trakt.com/

29/07/2020

Un portrait du célèbre Facteur cavalant...

     J'ai réagi avec une sorte d'esprit de l'escalier vis-à-vis d'un portrait insolite que je n'avais fait qu'entrevoir il y a plusieurs mois de ça (et quand je dis "entrevoir", c'est-à-dire voir avec l'inconscient...). J'avais fait une note sur des statues d'Alfonso Calleja, de Gujan-Mestras, retrouvées par moi, en compagnie de deux amis, dans un stand d'antiquaire aux Puces de St-Ouen. On peut la retrouver ici. Sur la première photo mise en ligne sur mon blog on voit, derrière une statue d'Indien la main sur le front en position de guetteur, les deux amis en train d'observer quelque chose cachée derrière un mur. Je la remets ci-dessous.

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Photo Bruno Montpied, 2019.

      Agrandissons l'arrière-plan....

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     Ils ne regardent pas en effet un objet posé sur la table à gauche. Ce dernier aurait dû attirer mon attention tout autant, sinon plus, que les statues de Calleja. Mais ces dernières me surprenaient, venues jusqu'à St-Ouen depuis le Bassin d'Arcachon. Et je ne pouvais faire face à deux surprises en même temps...

      Je décidais d'y repasser peu avant le déferlement du Covid. Et cette fois je me concentrai sur le personnage représenté. Un facteur pour le buste, et un cheval pour le reste du corps... Un centaure d'un genre spécial, un facteur... cheval... Comme aurait dit l'inspecteur Bourrel: "Bon sang, mais c'est bien sûr!". J'étais devant un portrait inédit du Facteur Cheval. Le rébus de l'homme-cheval, était pour le coup charmant, modelé avec grâce. La technique – un modelage en terre cuite colorée réalisée avec du mouvement et, simultanément, de l'instantanéité – servait fort adéquatement le portrait à base de calembour. Je ne fis ni une ni deux, j'acquérais l'objet.

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Sans titre inscrit sur l'œuvre, ailleurs appelée "Le Centaure", 45 x 20 x 32 cm, photo et coll. B.M.

 

      Par la suite, il me revint qu'un autre artiste, Laurent Jacquy, avait lui-même eu cette idée de figurer ainsi le Facteur, dans l'effigie d'un timbre imaginaire conçu par lui. Cela venait vite à l'imagination ce genre d'image.  Rancillac, de son côté, avait préféré superposer le museau d'un cheval au portrait du Facteur, de manière à ce qu'un troisième œil lui apparaisse au milieu du front. C'était, à mon goût, une image plus plate.

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Laurent Jacquy, timbre imaginaire.

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Affiche d'expo  "Avec le Facteur Cheval" au Musée de la Poste, en 2007, faite d'après Rancillac.

 

     Une signature était inscrite en creux dans l'encolure, à la lisière du dos plus clair, avec une date : "Serge Castillo,  26 jan 2007"... Cela, c'est mon camarade Régis Gayraud, expert en farfouillages sur la Toile, qui le reconstitua, car la signature manuscrite, qui avait été gravée dans la terre quand elle était encore encore molle, était d'emblée dure à lire. L'antiquaire de St-Ouen prétendait ne pas savoir le nom de l'artiste. Or, en cherchant un peu sur le Web, on retrouvait la trace de l'objet, intitulé par une autre marchande, bordelaise, "le Centaure". facteur cheval,centaure,serge castilloAvec quelques précisions sur Serge Castillo, sculpteur contemporain, actif à une époque du côté d'Uzès dans le Gard (mais aujourd'hui ayant un atelier, semble-t-il, plutôt du côté de Belle-Ile-en-Mer), ayant exposé – tout se tient – au Palais Idéal du Facteur Cheval en 2005, comme il est signalé sur son site internet, à la rubrique "parcours". Un artiste contemporain certes, qui n'a rien de naïf ou de brut, d'un autre temps pourtant, aux portraits fort sensibles, souvent consacrés à des gens simples venus du peuple, portraits d'écoliers, d'immigrés espagnols fuyant la répression franquiste (cet artiste d'origine espagnole doit avoir quelque souvenir de ce côté-là...). Je dois dire que j'admire sans la moindre réticence, notamment, ses portraits, toujours en terre polychrome, par exemple Rimbaud, Adam et Eve, si proches de personnes vivantes d'aujourd'hui, Carmen..., tels qu'on peut en voir plusieurs sur son site internet.

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Serge Castillo, Rimbaud (et son paletot idéal?)

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Serge Castillo, Adam et Eve.

15/07/2020

Le musée de proximité de Tamaya Sapey-Triomphe

     Tamaya, je l'ai rencontrée à la suite de mon film sur Eric Le Blanche. Petite-fille de la cousine d'Eric, ayant connu enfant ledit Eric en accompagnant son père Frédéric, artiste numérique apparaissant dans le film que j'ai écrit (Eric Le Blanche, l'homme qui s'est enfermé dans sa peinture, mars 2019), elle avait envie de découvrir le film et plus généralement des informations sur l'art brut et consorts (notamment pour documenter une émission qu'elle s'apprêtait à faire sur Radio-Nova le lundi en début de soirée).

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Attroupement le 10 juillet 2020 devant le Musée de Proximité d'Angerville ; ph. Bruno Montpied.

 

     Récemment, pour son diplôme de fin d'études en architecture, elle a monté durant trois grosses semaines, à Angerville, "en dessous" d'Etampes, un projet un peu 'pataphysique, un "Musée de Proximité".

Plan 2 du musée de proximité d'Angerville (avec légendes BM).jpg

Plan dessiné par Tamaya Sapey-Triomphe, légendé par Bruno Montpied.

Dispositif 2 du périscope (2).jpg

Le périscope vu de l'intérieur ; ph. B.M.

 

     Ayant "squatté" – très légalement, en respectant tout un cahier des charges côté agence immobilière et instances administratives du lieu – un cabinet de coiffure abandonné depuis 25 ans, elle y a installé un dispositif bricolé à base de planches et de cartons. L'idée étant de présenter à 5 mètres du trottoir, visible par un petit trou tracé dans un badigeon de blanc d'Espagne (ou de Meudon, ou de Bougival, etc.), et au bout d'un "périscope" géant, une œuvre ou un objet ayant de la valeur pour son auteur ou son prêteur (seul donc à faire le choix de ce qui serait présenté, dans une politique "muséale" ultra démocratique donc).

Une spectatrice essaye le trou du périscope (2).jpg

Une spectatrice colle son œil à l'œilleton de la vitrine de gauche ; ph. B.M.

Le dresseur d'auréole de BM au bout du périscope (à 5 m)(2).jpg

Ce que voyait la spectatrice ci-dessus, un dessin en couleur de Bruno Montpied, Le dresseur d'auréole (2020), placé cinq mètres plus loin au fond de la boutique ; ph. B.M.

La vitrine de la collection permanente du musée de proximité (2).jpg

Dans la vitrine de droite du "musée", la collection "permanente" ; ph. B.M.

 

      Cet objet n'était destiné qu'à rester un seul jour au bout du périscope (voir vitrine de gauche de la boutique). Après quoi, il passait dans la vitrine de droite, appelée la "collection permanente". Une permanence tout éphémère en réalité, puisque le musée de proximité devait s'arrêter le 14 juillet...

Le Dresseur d'auréole, 32x24cm, 2020 (2).jpg

Bruno Montpied, Le Dresseur d'auréole, Série des "Auréolés", 32 x 24 cm, 2020.

 

     J'ai été heureux de m'associer à ce projet, pour le principe, en prêtant un de mes dessins récents, Le Dresseur d'auréole, pour la seule journée du 10 juillet. En dépit du fait que, malgré le concept généreux que mettait en application le projet de Tamaya Sapey-Triomphe – accoucher d'un musée qui serait le fait de tout un chacun, un musée sans conservateur, reflet de la multiplicité des goûts culturels des prêteurs, en évolution permanente, un musée de l'immédiat, comme il y a un art de l'immédiat –, l'idée restait assez chimérique, intellectuelle (ce qui n'est pas un gros mot sur mon clavier), partageable par peu de gens, car mettant en jeu une sorte d'avant-plan culturel finalement assez complexe. Comme pour l'art de l'immédiat, si la production pouvait relever de l'immédiat, la réception, elle, ne l'était pas à tout coup...

     Mais au fond, peu importait, l'idée était belle, et la réalisation hors du commun par ces temps moroses de peu d'inventivité, et de peu de poésie. Grâces en soient rendues à la prometteuse et tonique Tamaya.

TST à l'entrée de son musée de proximité, le 10 juil 2020 (2).jpg

Tamaya S-T. à la réception de son musée de proximité, un peu semblable à une voyante tireuse de cartes ; ph.B.M.

14/07/2020

Gabriel Albert et ses 420 statues, la restauration en cours

Merci à Michel Leroux pour nous avoir signalé ce petit film qui expose assez précisément l'étape du processus de restauration du jardin de Gabriel Albert à Nantillé (Charente-Maritime).

09/07/2020

Bacchanale 1978

Jean Lafon, Bacchanale, 19x24cm, 1978 (2).jpg

Jean Lafon, Bacchanale, 19 x 24 cm, huile sur panneau de bois, 1978, photo et collection Bruno Montpied.

 

      Ce petit tableau m'a sauté aux yeux alors que je quittais les trottoirs de ma brocante parisienne favorite. Le mouvement vert de ces quatre danseurs (deux hommes, deux femmes ? Tous adeptes des cheveux longs – en accord avec la mode des années 1970), pris d'une sorte de transe naturiste en ce virage d'un chemin encerclé par des montagnes, m'a littéralement hameçonné. Verdeur de leurs attitudes, verdeur des reflets sur leurs peaux... Comme s'ils étaient nés de la végétation qui les entoure.

        Voici que, le temps passant, des artistes inconnus (qui est ce Jean Lafon qui signe ici avec application et netteté ?) émergent auprès de moi, qui vécus ces mêmes années 70 sans avoir croisé le moindre artiste de ce genre à l'époque (je ne connaissais alors pas ces mots : art naif, art brut, art singulier...). 1978, c'est l'année de l'exposition, à bien des égards séminale, des "Singuliers de l'Art" au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris. Ce Jean Lafon en entendit-il parler? De mon côté, étudiant en lettres, je commençais tout juste à dessiner, et tombais amoureux d'une muse dans un sanatorium à la montagne. Montagne derrière laquelle, peut-être, Jean Lafon peignait cette "bacchanale"...

02/07/2020

Disparition d'un grand collectionneur

      Désormais, il faudra écrire sur les pages d'histoire de l'art brut l'inscription  Gerhard Dammann (1963-2020).

      Directeur médical de la Clinique psychiatrique de Münsterlingen et directeur des services hospitaliers psychiatriques du canton de Thurgovie, en Suisse, Gerhard Dammann, d'origine allemande, était psychiatre, psychologue et psychanalyste. Sa femme Karin et lui étaient des collectionneurs passionnés d’œuvres créées dans le contexte psychiatrique, associées à l’art brut et l’art outsider, avec des incursions aussi du côté de l'art médiumnique.

       J'adresse toutes mes condoléances à sa femme et à ses quatre filles. Cette nouvelle m'a, je l'avoue, passablement ému, même si je ne faisais pas partie des intimes.

Lit sculpté de Bonneval, coll Dammann, voir collecting madness vol 1.jpg

Le lit sculpté de Bonneval, photo extraite du catalogue "Collecting Madness, outsider art from the Dammann Collection" (exposition 2006 à la Fondation Prinzhorn à Heidelberg).

 

           Dans le cadre de l'OAF, vers 2016, on s'était croisé lui et moi au détour d'un couloir. J'avais apprécié la finesse, la simplicité et la courtoisie du personnage. On était entre collectionneurs au fond, même si je n'avais guère les mêmes moyens. Simplement, on était avant tout entre sincères amateurs. Il s'était spécialisé, en accord avec son métier, dans la collection de la folie, comme le titre d'un catalogue de la Fondation Prinzhorn à Heidelberg, "Collecting madness", le rappelait, en accompagnant une exposition de sa collection. Catalogue Collecting madness, outsider art from the Dammann collection001.jpgMais il ne se limitait apparemment pas à ce champ d'exploration, puisque, outre certaines pièces remarquables en provenance d'asiles divers (comme un lit étonnant à l'auteur énigmatique, venu d'un asile près de Chartres, peut-être celui de Bonneval), il lui arrivait de mettre la main sur des œuvres dites "médiumniques", peut-être pour masquer l'absence totale d'informations les concernant, comme le tableau ci-dessous, intitulé au sommet de la bâtisse représentée: "Le Château des deux sœurs jumelles".

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Auteur inconnu, Le Château des deux sœurs jumelles, 123 x 135 cm, sans date, provenance France, collection Gerhard et Karin Dammann.

 

      Lorsque Gerhard Dammann m'a interrogé sur ce que je pensais de ce tableau, je n'ai pas pu lui rétorquer grand-chose, comme je n'avais guère donné d'éclaircissements non plus à François Vertadier de la galerie Polysémie qui l'avait détenu auparavant et qui lui aussi avait demandé aux internautes via sa newsletter des informations. Il est d'ailleurs intéressant de donner les précisions suivantes que m'avait délivrées M. Vertadier (en janvier 2016):

"Des inscriptions : au dos rien, mais impossible à décoller de son support, car il est fait de plusieurs morceaux.

Sur le dessin, pas de  signature mais quelques mots :

Gros, devant les jambes d’un personnage entre deux fenêtres.

Bas nylon, au centre en bas.

Galilée, pour le  personnage dans la partie haute de la tour de droite.

Et surtout au tampon T SCHEWEICHLEIN au dessus du personnage en dessous. Est-ce l’auteur ou quelqu’un d’autre ? A ce jour, mystère. Je n’ai trouvé aucune trace d’artiste ou de personnalité de ce nom."

      Je gage qu'aujourd'hui, quatre ans après, on n'a guère progressé au sujet de ce tableau. De plus, pour bien l'analyser, il faudrait, de prime abord, une reproduction en meilleure résolution. Le château en question avec ses loges me fait penser personnellement à un théâtre de marionnettes. Les "sœurs jumelles" n'ont pas l'air très jumelles justement. Certains détails, comme la caravelle (du moins est-ce ainsi que je l'identifie) survolant la composition, permet de dater l'oeuvre des années 1960 environ... 

      J'ajoute que M. Vertadier m'avait également informé que le tableau aurait été connu d'André Breton, et que parmi les nombreuses mains entre lesquelles il est passé, avant d'atterrir, donc, finalement, chez Gerhard et Karin Dammann, il y aurait eu une femme très connue des milieux surréalistes, amie avec  Breton (Joyce Mansour par exemple? Hypothèse gratuite que je lance ici...).

 

Conférence et présentation de la collection du couple Dahmann par Gerhard Dammann, en 2011, dans les cadre des Hôpitaux Universitaires de Genève.

 

14/06/2020

François Jauvion et son panthéon singulier

      L'imagier singulier de François Jauvion, graphiste, "maquettiste pour l'industrie à l'origine", dixit Françoise Monnin qui signe l'introduction du livre – après une préface de Michel Thévoz –, est une sorte de Panthéon des admirations de l'auteur pour des auteurs d'art brut, des artistes d'art singulier ou moderne, ainsi que de quelques auteurs de bande dessinée (Gotlib), édité par Le Livre d'Art (également propriétaire du magazine Artension) et la galerie Hervé Courtaigne. Pas d'art naïf dans ce choix (on ne trouvera pas le Douanier Rousseau, pas plus que Bauchant, Vivin, Peyronnet, Séraphine, ou encore Bombois), si ce n'est Germain Van der Steen (mais ce dernier est parfois plutôt rangé du côté de l'art brut).

L'imagier singulier de FJ.jpg

Sur la couverture du livre, l'auteur s'est auto-portraituré, entouré de ses outils de graphiste, plus quelques éléments de son atelier suppose-t-on...

 

     Son titre, où je remarque surtout le mot d'"imagier", fait référence, de manière lointaine, aux imagiers pour enfants (qui servent à l'apprentissage du vocabulaire). Au centre de chaque planche, du reste, distribués autour de la figure centrale du créateur, présenté nu (sans être ressemblant particulièrement au véritable auteur traité : les voyeurs en seront pour leurs frais, on ne voit pas les anatomies d'Aloïse Corbaz, de l'abbé Fouré ou de la charmante Caroline Dayot, entre autres...), sont étalés les accessoires caractéristiques des vedettes de ce panthéon.

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Les planches originales du livre de François Jauvion seront exposées à la Galerie Courtaigne, rue de Seine dans le VIe ardt à partir du mardi 16 juin jusqu'au 19 juin ; une signature de l'artiste y sera possible durant cette période ; le 20 juin, le samedi, à partir de 14h, l'artiste sera ensuite à la Halle Saint-Pierre, qui inaugurera ainsi son premier événement post-confinement.

 

      Pour André Pailloux, dont j'ai signé dans ce livre la présentation, par un court texte placé en vis-à-vis de la planche à lui consacrée, rare auteur d'environnement populaire spontané présent dans cette sélection (on compte aussi l'abbé Fouré, le Facteur Cheval, Stan Ion Patras et ses stèles sculptées du cimetière roumain de Sapinta dans le Maramures, Petit Pierre – à ne pas confondre avec Pierre Petit, également présent dans ce livre), est ainsi entouré par les moulinets colorés, hypnotiques, dont il a hérissé son bout de jardin en Vendée et dont mes livres, Eloge des Jardins Anarchiques et le Gazouillis des Eléphants, ont déjà parlé ; il apparaît également dans une séquence de Bricoleurs de paradis, le documentaire que j'avais co-écrit avec Remi Ricordeau).

Mosaïque du panthéon Jauvion.JPG

 

     Le livre de Jauvion se situe dans un art hésitant entre la bande dessinée et le roman graphique, rempli de déférence à l'égard de l'art brut (en revanche, les personnalités choisies pour illustrer l'art singulier me paraissent choisies avec moins d'acuité ; il paraît y avoir prime à ceux qui font avant tout acte de présence sur les tréteaux, mais leurs oeuvres sont-elles si intrinsèquement valables que semble le croire François Jauvion?). 

11/06/2020

L'homme en voie de désagrégation, des photos récentes de José Guirao

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José Guirao, 1. Autoportrait, 28 mai 2020.

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J.G., 2. Autoportrait, 27 mai 2020.

Autoportrait 3 , 27 mai 2020.jpg

J.G., 3. Autoportrait, 27 mai 2020.

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J.G., 4. Autoportrait, 27 mai 2020.

 

     Déconfinement pourrait être synonyme de décongélation. Mais, comme il pourrait arriver avec des aliments qui se sont ramollis, voire décomposés pendant leur stage dans les congélateurs, avec le retour à température ambiante, on pourrait parfois avoir la mauvaise surprise, en les prenant dans nos mains, de les y voir couler, se déliter, s'évaporer...

     C'est un peu la question que je me suis posé en regardant les photos numériques que m'a récemment transmises l'ami José. Est-on sûr que l'Homme n'est pas ressorti fort fragilisé de cette phase de repli individuel, perclus d'angoisse devant la révélation de son statut d'être mortel?

02/06/2020

Diabolique Formose... Méta-Formose...

      Une note ancienne sur ce blog (sur le Cahier naïf de Blanche Nicard) a fait songer une de nos vieilles connaissances, Remy Ricordeau, en particulier la reproduction d'un Diable dessiné par l'enlumineur spontané Augustin Gonfond au XIXe siècle. Je le remets ci-dessous...

Augustin Gonfond, monstre d'aspect satanique, extrait de l'Ouro de Santo Ano, 1904 (2).jpg

Augustin Gonfond, monstre d'aspect satanique, extrait de l'Ouro de Santo Ano, enluminure, 1904.

 

    Certes, cela évoque instantanément l'iconographie traditionnelle, notamment médiévale, qui montre le Diable et ses démons, avec peut-être, dans le cas de ce Gonfond un surcroît d'inventivité avec ces cornes serpentines, cette double queue torsadée aux extrémités figurant des profils de chimères aux crocs généreux.

       Ricordeau, a pensé quant à lui à des gravures repérées au cours d'une lecture d'un certain Georges Psalmanazar (1679?-1763) Georges Psalmanazar, Supercherie formosane.jpg, bien connu des amateurs de récits de voyage imaginaire – on trouve sur lui des notices dans différents livres traitant des langages et des pays imaginaires, et surtout dans la précieuse Encyclopédie de l'Utopie et de la Science-Fiction de Pierre Versins. Il a mystifié en effet tout un aréopage de savants anglicans dans l'Angleterre du XVIIIe siècle, en faisant croire à ses récits d'exploration de l'île de Formose (aujourd'hui Taïwan), où il n'était en réalité jamais allé. Sa Description Historique et Géographique de Formose, île vassale de l'Empereur du Japon, parue en 1704, contient des évocations fantaisistes des coutumes et de la vie des habitants de Formose, plus ou moins démarquées d'autres récits parlant des Aztèques et des Incas, voire de descriptions embellies de la vie au Japon. L'auteur est allé jusqu'à proposer un alphabet, et des monnaies imaginaires.

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La Description de l'Île de Formose (édition anglaise), par Georges Psalmanazar (pseudonyme ; on ne sait pas le véritable nom de cet imposteur, probablement originaire de Provence, dans la région d'Avignon).

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Exemples de monnaies de Formose décrites par Psalmanazar, appelées: Rochmo, Copan, Taillo, Colan, Riaon (on dirait un poème phonétique à la Hugo Ball)...

 

     Son livre est émaillé de diverses illustrations, dont celles montrant des esprits. C'est à ces dernières que Ricordeau trouve une certaine proximité avec le Diable de Gonfond. On ne sait rien de l'auteur de ces gravures. 

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Idole démoniaque ; à noter la menton au pied de ce qui ressemble au socle d'une sculpture, la mention "Simon sculp." ; cette gravure figure dans l'édition anglaise du livre.

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"Le prince des mauvais esprits formosans", gravure extraite de l'édition française du livre; source Gallica.bnf.fr/médiathèque du musée du quai Branly.

 

    Si on ne peut pas trouver véritablement d'identité formelle entre les apparences de ces esprits malins, du graveur de Psalmanazar à Gonfond, on peut constater toutefois une commune exacerbation de l'imagination graphique, quasi frénétique, dans les deux cas.

24/05/2020

Des nouvelles du front brut: les expos, les musées de nos chères passions, les livres...

      Déconfinement oblige, certains musées ou collections d'art brut, ou naïf ou populaire, ou hors-les-normes, ou singulier, ou "of everything", vont-ils enfin redevenir accessibles? Pour tous les drogués de ces formes d'expression, le manque est immense. On ne peut pas se résoudre, en effet, à ces messages faussement guillerets de certaines adresses qui promettent ces derniers temps de faire débouler leurs collections sur nos canapés...

     Lorsque nos bibliothèques sont déjà bien fournies, les restitutions des œuvres sur écran – si on ne devait aborder ces dernières que sous l'angle de leur reproduction – me paraissent assez peu capables de rivaliser avec celles d'un beau livre, plus sensiblement appréciables. Et par ailleurs, ce qui reste irremplaçable – n'en déplaise à tous ces mortifères qui voudraient nous coller et nous séparer à jamais les uns des autres par écrans interposés – c'est la confrontation physique avec l'œuvre.

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La route avant Lanaja (Espagne), photo Bruno Montpied, 2015.

 

     De plus, dans le domaine de l'art brut, de l'art sans artistes, épars dans le décor de nos vies quotidiennes, mêlés à l'air ambiant, il est encore plus urgent de pouvoir repartir sur les routes (d'autant que, là, on est dans l'espace de la vie quotidienne, et que, donc, rien ne devrait nous y être fermé, hors espace privé individuel bien sûr).

    Et les Puces, et nos chers brocanteurs fournisseurs de perles rares, d'énigmes insolites et ingénues? Quand tout cela va-t-il rouvrir? Ce "monde d'après" doit-il donc être celui d'une société totalitaire ressemblant à l'univers infernal de 1984?

      J'ai appris pourtant que celles de Vanves avaient repris depuis le 16 mai dernier, sur un seul côté de trottoir, changeant en fonction des semaines – les brocs exposant tantôt côté rue, tantôt côté grille... A St-Ouen, aussi, les Puces ont repris, le week-end du 23-24 mai, il y avait foule. Avec la bouteille de gel hydro-alcoolique en poche pour s'essuyer les pognes sans arrêt, car les contacts avec les objets sont fréquents, et les brocs ne sont pas de la première jeunesse le plus souvent, pas aussi âgés que les objets qu'ils vendent, mais presque !

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Couverture du catalogue de l'expo "Les Barbus Müller" (contenant une deuxième réédition en fac similé du fascicule n°1 de l'Art Brut, consacré aux Barbus Müller, édité à l'origine par Dubuffet et Gallimard en 1947).

 

     Côté musées, le musée Barbier-Mueller à Genève, avec son expo sur les Barbus Müller et le catalogue auquel j'ai collaboré avec le dévoilement du nom de l'auteur des fameux Barbus, est de nouveau accessible (elle avait fermé quelques jours après que je suis venu présenter ma découverte sur place, la faute à Covid...). L'expo doit se tenir de maintenant à la fin de l'été. Le catalogue sera disponible en France à partir de fin septembre seulement, sa date de sortie ayant été repoussée par le distributeur In Fine (voir la couv' ci-dessus).

       Je ne parle ici que des lieux qui ont eu la bonté de me faire de l'info. il n'est pas interdit de donner d'autres infos en commentaire à la suite de cette note, si les lecteurs en savent davantage.

       Le Musée de la Création Franche rouvre quant à lui le 26 juin avec une rétrospective consacrée à Alain Lacoste, qui fut le premier artiste à être présentée à ce qui préfigura le Site de la Création Franche (devenu ensuite le Musée de la...), à savoir dans la galerie Imago de Gérard Sendrey (le patriarche fondateur des lieux) en 1988.  C'est prévu pour durer du 26 juin au 6 septembre. Il faut profiter de ce musée car il a prévu de fermer au début de l'année prochaine, je crois, pour des travaux qui doivent durer deux ans au moins, afin de pouvoir disposer ensuite de plus grands locaux.

      La Collection de l'Art Brut à Lausanne est également rouverte. Pour leurs expos, suivre le lien du mot Lausanne.

       La Halle Saint-Pierre n'a rouverte que du côté de sa librairie pour l'instant (j'y suis passé le 13 mai, donc mon info date un peu). Ni l'expo Ballen, ni la caféteria n'étaient accessibles. Il est recommandé d'y suivre, bien sûr, les fameux gestes-barrières. Mise à jour (du 2 juin): le 8 juin, l'expo Ballen rouvre.. Pour  ceux que cela attire...

       La galerie Christian Berst a rouvert...

 

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Objet de Jean Bordes, dit Jean de Ritoù, dit aussi "le Pec de Matiloun" (1916-1985) ; expo à la Fabuloserie dans l'Yonne.

 

       Fait capital, la Fabuloserie à Dicy a rouvert ses portes elle aussi (depuis le 21 mai) pour sa saison estivale, adaptée aux précautions anti-Covid bien entendu elle aussi (ne pas oublier son masque). Puisque l'Yonne est paraît-il le département où les Parisiens se sont le plus confinés, ce sera l'occasion pour eux d'aller jeter un coup d'œil à la collection fabulosante... Dans le parcours permanent, une expo Jano Pesset-Loli-Jean Bordes les attend, avec un livre sur Bordes, écrit par Pesset, dans une édition augmentée de celle qui avait paru à l'égide de la Halle Saint-Pierre et de l'Œuf Sauvage la revue de Claude Roffat (texte qui avait paru aussi dans le n°11 de la revue, je pense), à l'occasion d'une expo à l'ancienne mairie de Galey en Couserans (mai 2018). Il ne faut pas oublier de mentionner le parcours à l'extérieur du bâtiment labyrinthique conçu vers 1982 par son fondateur Alain Bourbonnais, où sont rassemblées les principales oeuvres de la Fabuloserie (du moins, celles qu'on ne peut décemment exposer à l'air libre...). Ce parcours a lieu autour de l'étang, avec un musée en plein air d'environnements variés quasi unique en France – dont l'extraordinaire manège de Petit Pierre toujours animé à heures fixes (pour revoir son lieu d'origine voir le film d'Emmanuel Clot édité sur Youtube) –, avec les distances qui s'imposent. A l'air libre, de toute façon, il y a encore moins de risques.

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Une belle collection de sculptures en argile vernissé d'Alain Genty, à un moment exposé ; ph. B.M. 2015 ; un exemple parmi d'autres du foisonnement d'œuvres dans cette collection d'art-hors-les-normes...

 

      Jano Pesset, j'ai en ai déjà parlé à l'occasion d'une expo à la Fabuloserie dans sa galerie parisienne. Je ne savais pas qu'en dehors de ses oeuvres en relief, il avait à une époque plus ancienne aussi pratiqué le dessin. J'ai récemment eu l'occasion d'acquérir une des oeuvres de cette partie de sa production. Il est dommage que personne n'ait eu l'idée, à commencer par la Fabuloserie qui le défend depuis si longtemps, de nous proposer un panorama plus complet de cette activité graphique. Combien de temps dura-t-elle? Combien d'oeuvres ainsi créées en deux dimensions furent produites? Je  ne connais pas de textes sur Jano Pesset qui donneraient des explications là-dessus.

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Jano Pesset, sans titre, dessin aux crayons de couleur, 29,7 x 21 cm, sans date ; photo et coll. Bruno Montpied.

 

   Le Palais Idéal du Facteur Cheval a également rouvert dans la Drôme à Hauterives.

    Le Musée des Arts Buissonniers dans l'Aveyron, quant à lui, annonce sa réouverture pour le 6 juin, avec une présentation de "l'Imagier singulier" de François Jauvion, prévu pour paraître le 11 juillet (date qui sera aussi la date d'ouverture de l'expo). Des planches originales du livre devraient être exposées au musée de St-Sever. François Jauvion se passionne pour les créateurs de l'art brut et de l'art singulier depuis quelques années et il a donc eu l'idée de leur consacrer un premier volume d'une sorte de panthéon personnel. Il a demandé à divers contributeurs de donner un texte pour accompagner chacun des 80 portraits. A titre personnel, je lui ai confié un texte sur André Pailloux.

      Signalons également qu'à partir du mois d'août le musée des arts buissonniers accueillera en résidence l'artiste singulier, amateur de maquettes architecturales visionnaires, Sylvain Corentin.

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         A Lyon, la Galerie d'Alain Dettinger rouvre ses portes elle aussi, et elle prolonge l'expo consacrée au Néerlandais Huub Niessen, sur le thème des "Dialogues", jusqu'au 20 juin.

Huub Niessen dialogues expo en mai-juin 2020.png

Huub Niessen.

 

       Comme on le sait peut-être, les librairies rouvrent également, et avec elles, leurs rayons Beaux-Arts où l'on peut trouver des catalogues d'expos qui n'ont pas rouvertes pour leur part, voire même ont fermé (comme par exemple la merveilleuse expo du musée d'Orsay consacrée à Léopold Chauveau et ses sculptures et dessins de monstres drolatiques si originaux – j'espère avoir l'énergie d'y revenir sur ce blog ; le catalogue lié à l'expo remplace avantageusement la visite que vous auriez ratée de l'expo ; j'ai pu comparer en m'y précipitant, juste avant le confinement de merde).

   Côté librairie, j'ai ainsi pu me procurer, dès les premiers jours de ce déconfinement, le catalogue de l'expo du Centre Pompidou-Metz, "Folklore", étudiant les rapports entre arts populaires et artistes modernes (entre folkloristes et artistes), expo qui a fermé avant de pouvoir être montrée, en espérant qu'elle rouvrira bientôt (elle devait être organisée à Metz jusqu'au 21 septembre) et, du moins, au cas où elle resterait derrière des portes closes – le Centre Pompidou de Metz doit être bien vaste je suppose... –, qu'on pourra la voir à Marseille au MUCEM où elle doit se rendre après Metz (dates prévues: du 20 octobre 2020 au 22 février 2021).

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16/05/2020

Samuel Ring?

     Achevant de regarder et de lire un album consacré aux photos de Paris d'un très bon photographe méconnu, dont j'avais repéré depuis pas mal d'années qu'il s'était intéressé à la culture populaire, notamment aux inspirés du bord des routes, Léon Claude Vénézia (1941-2013), je suis tombé sur la photo ci-dessous, dont la légende éoque Claude Brabant, de la galerie associative L'Usine, dont j'ai déjà parlé sur ce blog.

Samuel Ring, ds Le Paris de LC Vénézia.jpg

 

     La légende est de Vénézia lui-même, commentant ses souvenirs relatifs au cliché. Ce Samuel Ring faisait donc de la peinture, plus naïve-expressionniste apparemment que "brute", en 1982, rue du Buisson Saint-Louis, une rue que j'ai bien connue, de 1978 à 1982, puis à partir de 1998, quand je vins travailler dans une école située juste à côté. Les tableaux que tient ce Ring ne me disent rien. Peut-être que Claude Brabant en possède, puisqu'elle a mis Vénézia sur la voie? Cette défricheuse, également rédactrice en chef d'une revue, Empreintes, qui parle régulièrement d'art du bord des routes qu'elle a parfois photographié, a eu l'occasion d'exposer de temps à autre quelques artistes atypiques, autodidactes populaires, comme une certaine Marguerite Piralian, dont les assemblages et les mosaïques m'avaient séduit dans ces mêmes années 1980.

      Ce quartier du Buisson Saint-Louis, situé dans le bas de Belleville, avait dans les années 2010 - c'est peut-être toujours en place - une autre boutique dont la devanture laissait voir des tableaux trahissant dans certains cas une touche naïve. C'était rue Sambre et Meuse, près du métro Colonel Fabien, et donc très près de la galerie L'Usine de Claude Brabant (102 bd de la Villette). Connaissait-elle ce lieu? Voyez ci-dessous. Je n'ai jamais pu me résoudre à demander à en voir plus. Il n'y avait là, me disais-je, qu'une petite promesse...

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Boutique avec tableaux naïfs signés Ligeon, avec, parfois, sur certains tableaux juste l'initiale L, avec une couronne à son sommet - indice d'un monarchiste? ; ph. Bruno Montpied, Paris Xe ardt, 2012.

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Ph. B.M., 2014.

 

     Ces tableaux étaient dans l'ensemble tellement naïfs que je me demandais si je n'avais pas affaire ici et là à des peintures d'enfants qui seraient venus suivre des activités artistiques auprès de l'artiste de la boutique. Un collège se tenait juste en face. Parmi les tableaux, de factures et de niveaux hétéroclites, il y avait une vue du port de Dieppe, pas naïve, juste appliquée, avec marqué "Fauvisme" (on la voit dans la photo générale de la boutique ci-dessus, je dis ça pour Darnish...). De même, sur une autre étiquette, on apprenait le titre d'un autre tableau, avec un grand mot pour qualifier son style...: " Ship in storm. Surréalisme".

Fauvisme, surréalisme... (2).jpg

Ph. B.M., 2014.

 

     Léon Claude Vénézia a beaucoup photographié dans les années 1970 à 1980 le Paris populaire avant d'aller vivre à Aix-en-Provence où il enseigna la photographie. Du temps où il sillonnait Paris, j'aurais pu le croiser (ne serait-ce que dans la galerie L'Usine où je fus exposé en 1987), nous avions beaucoup de thèmes en commun. C'était un émule d'Atget et de Brassaï, reprenant naïvement lui-même les thématiques de ses maîtres. Pour finir, regardons ce portrait de cordonnier qui illustre parfaitement ma catégorie des noms prédestinants.

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L. C. Vénézia, M. Soulié, cordonnier, rue Crozatier, Paris 12e ardt, 1976 ; un monsieur Soulié qui, contrairement à une certaine galeriste de la rue Guénégaud, au nom similaire, a choisi de rester un aptonyme en suivant par son métier le destin tracé par son nom... ; photo conservée à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris.

10/05/2020

De l'art involontaire à la poésie naturelle

     Voici un art qui n'a pas besoin de ministre de la culture auprès de qui aller pleurer pour défendre ses subventions. Car il est dans nos yeux, notre regard. Cela a à voir avec les ready made de Marcel Duchamp, l'artiste détesté de Mme Esterolle. Cet art, c'est par exemple un dispositif insolite dû à des dépôts de hasard sur un trottoir...

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Photo José Guirao, février 2020 ; une installation involontaire, comme un matelas amoureux d'une bouteille et qui fait tout pour la protéger...

 

... Un mannequin sanguinolent, trucidé par un surréaliste de passage...

Le mannequin sanglant, 2020 03 16, 10h52.jpg

Photo José Guirao, mars 2020.

 

      Ou encore une bouche d'incendie tentaculaire, prête à saisir quelque proie au passage, ou à partir en quête, à défaut...

Bouche d'incendie 2019 11 23.jpg

Photo José Guirao, novembre 2019.

 

      La poésie involontaire (pour emprunter ce terme à Eluard), ce peut être aussi ce que l'on a appelé la poésie naturelle, dont Camille Bryen et Alain Gheerbrant firent une anthologie en 1949. Ce peut être des dessins de lézardes dans les murs ou sur le bitume (je songe à mon petit film en Super 8 Sur les trottoirs de nos villes, de 1982), ou des contours signifiants dans des vitres trouées.

 

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Photogramme d'après Bruno Montpied, Sur les trottoirs de nos villes (6 min.), 1982.

 

     On se reportera avec fruit à la catégorie listée à droite de mon blog : Art involontaire. On y retrouvera plusieurs notes parues à ce sujet les années précédentes sur ce blog. Celle ici présente s'y ajoutera.

 

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La sorcière assise ; photo Bruno Montpied, Cannes, vers 1988 ou 1989.

 

      Une catégorie connexe, c'est la poésie du hasard naturel, et ce que l'on appelle les paréidolies, ces projections, ou ces reconnaissances, de notre mémoire durant la contemplation de formes significatives dans le spectacle du monde extérieur. J'en ai  déjà parlé, la dernière fois, c'était il y a un an. C'est un domaine assez vaste là aussi, qui débouche bien souvent sur des personnes fortement tentées d'interpréter, de jouer des formes trouvées dans la nature, pierres, bois flottés et tutti quanti (il y en a un certain nombre dans les arts populaires spontanés, qu'on se reporte entre autres à mon Gazouillis des éléphants)...

    Les arbres extraordinaires aussi sont un sous-ensemble des formes naturelles qui parlent à l'imagination.

Les deux troncs (2).jpg

Ancien tronc de tilleul à Lafauche (Vosges) ; ph. B.M., 2016.

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If millénaire, La Lande-Patry (Orne) ; ph. B.M., 2010 ; signalé par Remy Ricordeau.

 

       Mais revenons à notre art involontaire, expression parfois d'une autre nature, celle qui est inscrite dans l'homme, et qui pousse par exemple certains individus à triturer de la corde et obtenir de façon automatique, germinative, un dessin et une matière aussi singulières qu'inutiles...

Cordelette tressée  (sans doute machinalement par Bertand Massénat) (2).jpg

Cordelette triturée machinalement par M. Bernard Massénat, anc. coll. Alice Massénat.

 

      ... Ou à ces dessins d'animaux obtenus par le hasard de décollage de silhouettes publicitaires ou décoratives peut-être, en tout cas, sûrement involontaires.

Mur d'animaux en ombres, Nivolas-Vermelle (2).jpg

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Dessins laissés par de la colle, après décollage de silhouettes découpées en bois peint? ; aperçus en compagnie de Fatimazara Khoubba et Alain Dettinger, à Nivolas-Vermelle (Isère) ; ph. B.M., 2016.

 

     Enfin, évoquons en conclusion provisoire, ces petites compositions, du hasard toujours, fragments de couleurs encadrés dans un but non artistique, plutôt avec une finalité professionnelle...

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Anciennes couches de peinture, dégagées par des peintres en bâtiment probablement, peut-être pour des restaurations à venir : le "pas toucher!" prend un sens ambivalent assez drôle, plutôt sacralisant ; Galerie Vivienne, à Paris ; ph. B.M., 2018 (merci à Régis Gayraud avec qui je découvris ces petites œuvres du hasard).

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06/05/2020

A propos du dénommé Lariflette, un site à préciser...

     L'ami Darnish, avec son commentaire sur le cahier de Blanche Nicard (voir note précédente), m'a fait ressouvenir de deux photos genre Instamatic que je possède depuis des années, montrant un jardin dans une région assez peu riante a priori, avec un portail bricolé et décoré sans grande audace (un début balbutiant de décor brut en somme), et une girouette dans un coin surmontée d'une figure de ce Lariflette dont parle Darnish, personnage qui est étranger à ma culture (comme Pif le chien, et autres, venus d'"illustrés" que je ne lisais pas dans mon enfance).

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Site inconnu lié à "Lariflette", photographe inconnu, date inconnue (années 1980 probablement)... Archives Bruno Montpied.

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La girouette avec le dénommé Lariflette, localisation inconnue, bis repetita... Archives B.M.

 

      Qui a bien pu m'envoyer ces photos? Par extraordinaire, je ne l'avais pas noté. J'ai interrogé deux connaissances, croyant me souvenir que cela avait pu provenir d'eux. Et puis non. Aujourd'hui, je me demande si ça ne venait pas de Jean-François Maurice, à l'époque où nous nous parlions encore... De toute manière, vu l'endroit où il est désormais, ce n'est pas lui qui pourrait me donner la réponse quant à cette ébauche de site (très embryonnaire), et ce qu'il a pu devenir. Si un lecteur a une idée...

04/05/2020

Le cahier d'une enfant, Blanche Nicard, pendant la Grande Guerre

     Une ancienne voisine, sculptrice dans le binôme d'artistes Ange et Dam', Blandine Gautier, a mis récemment en ligne sur Youtube un petit film consacré à un cahier de dessins fort naïfs, retrouvé dans les archives de sa grand-mère, Blanche Nicard, mariée Rocchiccioli par la suite (elle vécut de 1905 à 1994). Il date de 1918, à la fin de la Grande Guerre donc. Blanche avait 13 ans.

Film de Blandine Gautier sur le carnet illustré de sa grand-mère Blanche Nicard (13 ans au moment du cahier).

 

        Voici quelques scans extraits du cahier de Blanche, et prêtés par Blandine (que je remercie hautement ici) :

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Pas si "confinée", la Blanche, puisque, apparemment, elle se réfugiait dans les abris souterrains qui protégeaient des tirs allemands du puissant canon appelé "la Grosse Bertha" qui bombardait de loin Paris.

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          Je trouve fort précieux ce type de manuscrit illustré. Non seulement, il touche émotionnellement par la fraîcheur de ses graphismes, mais aussi, il offre un exemple de ce que peut être une écriture graphique naïve dans sa transition de l'enfance à l'âge adulte. Chez la plupart, la naïveté disparaît au cours de cette transition. Chez quelques peintres, dits "Naïfs" (avec pertinence, et sans arrière-plan dénigrant), ou Bruts (pour les plus innovants d'entre eux), le don perdure inexplicablement, "l'écriture" s'approfondissant et se métamorphosant quelque peu. Pour Blanche, il semble qu'il n'y eut pas de prolongement à l'âge adulte de ces velléités graphiques. A peine se souvient-on dans sa famille (témoignage de Blandine Gautier) qu'elle pratiqua la musique par la suite au point de la faire apprendre aux sept enfants qu'elle mit au monde, dont l'un d'entre eux, Claude, tante de Blandine, joue du piano dans le film...

      Ce carnet – intitulé par Blandine, par adaptation à la situation de pandémie actuelle, "Journal de confinement", alors qu'il ne s'agissait que d'un carnet au fond fait pour se distraire, par une adolescente qui dessinait des scènes de son époque, et sans rapport étroit non plus avec la grippe dite espagnole qui sévissait à la même époque (ma propre grand-mère a été fauchée par elle) –, ce carnet est à rapprocher, par la qualité de ses graphismes ingénus, d'autres cahiers ou journaux illustrés dont j'ai parlé sur ce blog dans des notes plus anciennes, par exemple le livre de Marguerite Bonnevay, celui de Joseph Laporte, ancien soldat de la campagne d'Egypte, ou encore le manuscrit de Gabriel Papel.

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Le cahier de taches pliées de Gaston Croizé

 

      J'avais été, dans cette même série de livres à un exemplaire, fort séduit par un autre cahier, rempli de taches symétrisées type des tests de Rorschach, qui était passé en ventes à Drouot voici plusieurs années. L'auteur s'appelait Gaston Croizé et son recueil datait des environs de 1910 (voir illustration ci-dessus). On peut aussi penser au journal illustré de l'ancien marin aux aquarelles japonisantes semi-naïves, Paul-Emile Pajot, dont la revue 303, consacrée au patrimoine des Pays de la Loire, publia un choix des plus belles pages dans son n°108 en 2008. J'aurais dû également parler des enluminures à la fois naïves et raffinées d'un disciple du Félibrige, réalisées autour de 1900 à St-Remy-de-Provence par Augustin Gonfond, sur qui je possède de la documentation depuis des années, mais dont j'ai négligé de m'occuper lorsque je vis un autre blog parallèle l'évoquer...

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Augustin Gonfond, portrait de sa fille Joséphine, 1895, musée des Alpilles, St-Rémy-de-Provence.

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Augustin Gonfond, monstre d'aspect satanique, extrait de l'Ouro de Santo Ano, 1904, musée des Alpilles, St-Rémy-de-Provence.

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Journal du musée des Alpilles de St-Rémy-de-Provence qui servit en 2005 de catalogue à leur exposition sur Gonfond.

 

 

24/04/2020

Le jardin de paradis d'Emil Milan Grguric (Croatie)


Film de Pavel Konečný, 2018. Cet environnement, constitué de statues à l'extérieur de la maison de l'auteur, montre également de somptueux bas-reliefs à l'intérieur, sur les murs et les plafonds notamment. Ceci dit en écho avec la note que j'ai mise en ligne le 22 mars dernier...

20/04/2020

La mort vous ira très bien...

 


podcast

"La Grippe" par Jane Birkin et Etienne Daho, reprise (en 2004) de la chanson de Brigitte Fontaine et Jacques Higelin (de 1967).

14/04/2020

De quelques durs à cuire

    Joseph Donadello, du côté de Saiguèdes en Haute-Garonne – comme m'en a récemment prévenu une association, créée en 2019 par Alain Moreau à Villefranche-sur-Saône, "Art brut en compagnie" ("en" et non pas "et") – est toujours en forme. Une sirène est sortie récemment de ses mains de nonagénaire (il est né en 1927). Plusieurs de ses précédentes statues, cédées à divers collectionneurs, ont dû lui occasionner des vides insupportables dans son jardin de bord de route, et il a dû bien vite reprendre sa truelle et ses moules pour boucher les trous. 

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Joseph Donadello, Sirène aux poissons, photo Art brut en compagnie, 2020.

 

     La même association poursuit en donnant des nouvelles d'un autre dur à cuire du même genre, que le Covid n'a pas touché : André Robillard (né en 1931, il aura 90 ans l'année prochaine), servi à domicile dans sa maison de l'Hôpital Daumézon du côté de Fleury-les-Aubrais, pour le protéger au mieux. Il dessine, il joue de l'accordéon, et avant midi s'accorde toujours un petit apéro. La vie est belle...

 

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André Robillard dessinant sur son lit, au milieu de ses collections, photo Dominik Fusina, 2016.

 

      D'autres créatifs sont – d'après Alain Moreau toujours – en bonne forme, comme André Pailloux, l'homme aux vire-vents de Vendée dont j'ai parlé à plusieurs reprises (j'ai fait un portrait écrit de lui dans un livre de François Jauvion à paraître bientôt, consacré à des portraits dessinés d'auteurs d'art brut et marginal), ou encore Guy Brunet, et Alain Genty, l'étonnant céramiste que la Fabuloserie a beaucoup aidé à faire connaître.

 

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Alain Genty, une de ses terres vernissées (un dragon), coll. privée, ph. Bruno Montpied, 2013.

 

   Cette association nouvelle, bâtie autour de la collection d'Alain Moreau, a des projets d'animation et d'exposition sur Villefranche, et cherche un lieu pérenne pour abriter son ensemble d'œuvres de 70 créateurs (chiffre actuel). Pour en savoir plus, on peut consulter le dépliant que je donne en lien (PDF), qui expose l'argument de l'association. On se souviendra peut-être que j'ai déjà parlé sur ce blog des entreprises d'Alain Moreau.

     Autre créateur, cette fois en Vendée (au Pas Français, à La Flocellière), à donner lui aussi de ses nouvelles, par le truchement d'une messagerie électronique (aide de sa femme), Vivi Fortin, qui s'est constitué un petit musée de statuettes dans son garage et un peu dans son jardin. J'ai parlé de lui naguère. Il m'annonce avoir fait une nouvelle version d'un personnage qu'il m'avait cédé lors de mon passage l'année dernière. Cela s'intitule "Chacun de nous est un livre ouvert". Un homme est assis sa tête au bout des bras, tandis qu'un livre ouvert a pris la place de cette dernière sur son cou... Vivi (VI+VI, soit six + six en chiffres romains, ça donne VIVI) est, comme on le constatera, donc, toujours en pleine forme.

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Vivi Fortin, Chacun de nous est un livre ouvert (première version), MAB peint, 19 x 11 x 7 cm, vers 2019 ; ph. et coll. B.M.

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Vivi Fortin, deuxième version de Chacun de nous est un livre ouvert, collection de l'artiste, 2020.

 

07/04/2020

La tour Eiffel, horizon pour aspirants aux chimères

     La célèbre Dame de fer qui symbolise la ville de Paris a été reproduite à l'infini, notamment par (et chez) ceux qui sont eux aussi des sortes de bâtisseurs de rêve au petit pied, à savoir les habitants-paysagistes naïfs ou bruts, ayant laissé derrière eux maints jardins et environnements spontanés et insolites. L'art populaire aussi en est particulièrement hanté, son aspect de tour de Babel pointée vers l'infini plongeant dans une rêverie hantée de chimères tous les amateurs de travaux d'Hercule interminables. C'est un modèle insurpassable dans la direction duquel ils se doivent d'aller... Ils en perçoivent immédiatement l'absolue inventivité, le prodige de sa technique révolutionnaire pour l'époque (une architecture de fer, sa forme "babélienne").

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Henri Travert (ancien ouvrier) et sa tour Eiffel (une quinzaine de mètres de haut environ), à L'Aunay des Vignes, Fougeré, Maine-et-Loire, photos (vue générale et détail avec les fers à cheval soudés qui composent la tour..) Bruno Montpied, 2003 et 1991. 

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Une représentation de la tour par un fils d'Henri Travert, peinture et assemblage de baguettes de bois sur panneau.

 

      J'y repensais ces derniers jours après avoir reçu de M. Philippe Didion (j'en profite pour le remercier) la photo de la tombe d'un certain Claude Maudeux, maire de sa commune, dans le cimetière creusois de Vigeville, couverte par la maquette d'une autre tour Eiffel comme de juste, placée là non seulement par admiration pour les maçons creusois qui bâtirent tant de bâtiments célèbres de Paris, mais aussi pour faire la nique aux symboles religieux des sépultures voisines (l'anticléricalisme étant chose bien partagée dans le Limousin)...

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Photo Philippe Didion, 2019.

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La tombe à la tour Eiffel, ph. Philippe Didion, 2019.

 

      Elle me fait penser par association d'idée à une autre maquette de tour, placée cette fois plus en hauteur, en tant qu'épi de faîtage, en Ille-et-Vilaine, telle qu'elle a été dévoilée dans le catalogue d'une ancienne exposition de l'Ecomusée du pays de Rennes (2010-2011) "Compagnons célestes, épis de faîtage, girouettes, ornements de toiture" (édité par Lieux dits en 2010).

épi tour eiffel à Plerguer (IetV).jpg Epi de faîtage à Plerguer, photo Norbert Lambart.

   

       Chez les habitants-paysagistes naïfs ou bruts aimant animer leurs espaces intermédiaires entre habitat et route – une bonne partie d'entre eux le font pour le public des passants dans une communication immédiate avec leur voisinage, sans penser aux prolongements médiatiques que cela peut induire... –, des tours Eiffel surgissent de temps à autre telles des mascottes.

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Tour Eiffel d'André Bindler à l'Ecomusée d'Alsace à Ungersheim près de Mulhouse, ph. B.M., 2013.

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André Hardy (à Saint-Quentin-les-Chardonnets, Orne) avait confectionné au moins deux tours Eiffel, une dans chaque partie de son jardin, en voici une, coincée entre autruche et bœufs, ph. B.M., 2010.

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Joseph Donadello a lui aussi réalisé à Saiguèdes (Haute-Garonne) une tour, parmi de nombreuses statues et autres monuments recréés naïvement, ph. B.M., 2008.

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Emile Taugourdeau (Sarthe), dans son jardin aux 400 statues (environ, et non pas 900, comme dit Mme Taugourdeau dans Bricoleurs de paradis...), à côté de Bernard Hinault, avait installé une tour..., ph. B.M., 1991.

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Jean Grard, à Baguer-Pican (Ille-et-Vilaine), avait sculpté une tour qu'il avait appelée la Picanaise (une version régionale de la tour, en somme) et où il avait installé des personnages aux yeux faits de billes, ph. B.M., 2001.

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Marcel Dhièvre, sur sa maison à Saint-Dizier (Haute-Marne) qu'il avait nommé "Au petit Paris", avait, entre autres thèmes, lui aussi évoqué la tour Eiffel, ph. B.M., 2013.

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Peut-être la plus extraordinaire des tours Eiffel, celle de Petit Pierre (Pierre Avezard) telle que conservée dans le parc de la Fabuloserie, à Dicy, dans l'Yonne, où a été sauvegardé son "Manège" (constitué d'autres réalisations étourdissantes d'ingéniosité naïve), en provenance du site originel qui était à la Faye-aux-Loges dans le Loiret ; cette tour fut bâtie par son auteur ayant grimpé à l'intérieur jusqu'à son sommet ; ph. B.M., 2015.

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Tour Eiffel d'un certain Perotto à Darney (Vosges), parmi d'autres maquettes de monuments recréés, ph. B.M., 2016.

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Une tour Eiffel très stylisée, en mosaïque, créée par Aldo Gandini à Montrouge (Hauts-de-Seine), ph. B.M., 2012.

 

      En dehors des créateurs d'environnements spontanés, on trouve aussi chez certains auteurs d'art brut, ou d'art naïf et populaire, des effigies de la fameuse tour, réalisées à plat ou en volume.

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Arsène Vasseur, meuble original d'hommage à la tour Eiffel, réalisé dans sa maison à Amiens (Somme), et conservé au Musée de Picardie.

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Anonyme, vue de la tour Eiffel (peinture et gravure sur panneau de bois en léger relief), avec l'ancien palais du Trocadéro en fond vraisemblablement (à moins que ce ne soit l'Ecole militaire?), ph. et coll. B.M.

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Détail d'une enluminure naïve d'Augustin Gonfond, extraite du Livre de communion de sa fille Joséphine, 1890.

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M. Manilla, tour Eiffel en os et têtes de mort, calavera en zincographie, Musée national de l'estampe, Mexico ; tradition populaire mexicaine.

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Rochelle, scène de mariage semblant se passer au début du XXe siècle à Paris (présence de soldats en pantalons garance (un garde suisse est aussi présent, mais il y en a eu jusque vers 1950 à Paris), dirigeable d'un certain type dans le ciel), mais peinte peut-être après 1920, car il s'agit là d'une huile peinte sur de l'Isorel, matériau apparu après cette date apparemment ; une tour Eiffel en arrière-plan signe la ville où se déroule l'action ; ph. et coll. B.M.

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Miguel Hernandez, Les crêtes de Paris, 55 x 46 cm, huile sur isorel, 1951.

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Virgili, tour Eiffel, ancienne collection de l'Aracine, aujourd'hui au LaM de Villeneuve-d'Ascq.

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Joseph Donadello, autre effigie de la tour (datée de 1899, probablement par erreur, si Donal pensait à sa date de construction, 1889), cette fois à plat, parmi ses collections de peintures personnelles, ph. B.M., 2015.

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Anonymes, carte postale ancienne, une tour probablement éphémère, bâtie pour une fête de bienfaisance en 1928 à Oyonnax.

Tour Eiffel en osier à l'Ecole Nationale d'Osiericulture à Fayl-Billot, Haute-Saône, ph B.Montpied 2007.JPG

Tour Eiffel en osier, Ecole nationale d'Osiericulture, Fayl-Billot (Haute-Saône), ph B.M., 2007. 

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Moins connue peut-être, il existe une tour Eiffel souterraine! En mosaïque d'ossements, dans les Catacombes parisiennes, ce qui la rapproche de l'estampe populaire mexicaine ci-dessus.

 

    Enfin, pour ne pas fatiguer outre mesure nos lecteurs, terminons sur deux images véritablement inattendues, d'abord celle ci-dessous...

 

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Cherchez la tour... parmi cette panoplie d'accroche-tableaux qui étaient encore récemment présentés en devanture de la boutique Sennelier sur les quais de la Seine.

 

     Enfin, il fallait y penser, mais "ils" y ont pensé, les marchands de sex-toys du quartier de Pigalle à Paris, il fallait à l'évidence réunir les souvenirs touristiques de Paris aux jeux sexuels qui font l'apanage bien connu de ce quartier, l'aspect phallique de notre monument de fer y inclinant naturellement...

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Godemichets en forme de tours Eiffel, pour bien la sentir passer..., ph. B.M., 2016.

 

     Dernière image – car je me suis dit qu'elle manquerait par trop à cette note, qui nous la donne à voir sous différents regards - il me paraît judicieux de montrer ce que regarde la tour, elle... Du moins, comme ci-dessous, lorsqu'elle se tourne  vers le nord-ouest, dans un tableau à l'étonnante perspective aérienne, véritablement fourmillant de détails... qui sont autant de petits hommes...

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André Devambez (1867-1944), vue de la tour Eiffel, l'exposition de 1937 (le palais de Chaillot au  fond de la perspective), Musée des Beaux-Arts de Rennes.

 

22/03/2020

Créer en intérieur, une enquête

      Nous voici confinés, et pour un bout de temps semble-t-il...

     Je me demandais il y a quelques minutes si cette situation ne serait pas favorable (un mal pour un bien...) à métamorphoser les logements en zones recréées, avec des murs sculptés, incisés,, ou peints à la fresque, couverts de mosaïque ou de fragments d'assiette, voire avec divers éléments incrustés... Si vous avez eu vent de ce genre de décors ces jours-ci, si vous-même vous vous attaquez (il faut être propriétaire des lieux bien entendu), ou si vous vous êtes attaqués, aux murs de votre prison domestique autrefois, n'hésitez pas à m'en faire part, on pourra répercuter par vos images sur ce blog ce que vous m'enverrez. L'adresse mail pour ce faire n'est pas celle que vous donne le lien "me contacter", mais bien celle qui se trouve à la fin de mon "éditorial" du blog, cliquez sur la ligne "A propos" pour la trouver en faisant défiler le texte jusqu'au bout.

      Les prisonniers gravaient des graffiti dans les murs de leurs cellules, qu'avez-vous envie d'infliger à ces nouvelles murailles du confinement?

     Je vous donne ci-dessous un exemple de ce que j'entrevois, en l'occurrence un fragment du décor peint tout à fait ébouriffant qui existait chez Jean-Daniel Allanche à Paris près de la place Saint-Sulpice et tel qu'il a été révélé (et sauvé par dépôt des murs) par son ami Hervé Perdriolle.

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Jean-Daniel Allanche, son plafond peint (détail), photo Pierre Schwartz. 

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Vue des moquettes peintes par Jean-Daniel Allanche, 166 x 194,5 cm et 165,5 x194,5 cm, coll. privée.

12/03/2020

La source de la vie de St-Pardoux (Allier)

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La source, photo Bruno Montpied, Saint-Pardoux, février 2020.

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Ph. B.M., février 2020.


podcast

INTERPRÉTATION par Bruno Montpied et Régis Gayraud devant cette source de St-Pardoux, reconnue par eux comme un étrange monument dédié à la source de vie..., 23 février 2020.

Anc source (de vie...) à St-Pardoux (2).jpg

Ph. B.M., février 2020

25/02/2020

Exposition des "Barbus Müller" avec leur auteur démasqué, à Genève...

     Les lecteurs attentifs de ce blog se souviendront sûrement que j'ai raconté sur ce blog même, en avril 2018, par le menu, la chronologie de mes découvertes concernant l'identité de l'auteur d'une partie du corpus de sculptures sur pierre volcanique, dites des "Barbus Müller" (sobriquet inventé par Jean Dubuffet, en 1945, au début de sa collection d'Art Brut). Je l'avais, il est vrai, déjà esquissée dans mon livre Le Gazouillis des éléphants, paru à l'automne 2017, où j'ai publié deux paires de clichés sur verre inédits qui montraient un jardin semé de statues qui ressemblaient furieusement à ces fameux "Barbus Müller".

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Vue de détail d'un des clichés-verre, pris à la belle saison par un photographe inconnu, et ayant appartenu aux archives du photographe Goldner.

 

    On peut toujours se reporter à mes notes en allant sur ce lien (on y tombe sur le premier "chapitre" qui, à la fin, envoie par un autre lien vers le second chapitre qui lui-même, à la fin, envoie vers le troisième chapitre, qui etc., et ainsi de suite jusqu'au sixième). Je ne sais trop pourquoi, Google paraît avoir refusé de les indexer, en dépit de leur nombre conséquent pourtant. Me doutant que ma découverte ne serait pas suffisamment validée, si je me contentais de la publier sur internet, je fis en sorte de trouver des publications sur papier pour en donner au moins une version condensée. Viridis Candela, la revue des Pataphysiciens, et la revue sicilienne Osservatorio Outsider Art, successivement, me permirent de réaliser ce projet.

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Première page de la revue OOA n°16, automne 2018, "L'origine des Barbus Müller: du mythe du faussaire au mythe de l'art brut".

 

    Il fallait aller plus loin. Notamment pour donner des informations nouvelles glanées depuis dans une recherche qui promet de toute manière des prolongements (notamment, on peut espérer voir resurgir des "Barbus" du fond des collections ou des brocantes où ils végètent, sans être clairement identifiés comme faisant partie du même corpus). C'est donc au Musée Barbier-Mueller, à Genève, lieu historique qui possède, au milieu des ses collections d'"arts lointains" onze "Barbus Müller", qu'est revenue l'idée de monter une exposition qui rassemble une vingtaine de sculptures, grâce à des prêts de collections extérieures en plus de leurs propres pièces. A côté de ces Barbus, seront proposées des œuvres d'arts lointains qui permettront au public d'établir  des comparaisons.

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Couverture du catalogue de l'exposition prochaine sur les Barbus Müller, à paraître le 3 mars 2020.

 

     C'est que ces sculptures – la plupart du temps des têtes – du fait qu'elles furent longtemps privées d'auteur, et parce que leur aspect puissamment stylisé les apparentait dans quelques cas à des fétiches, étaient souvent raccordées à des sources hétéroclites, parfois complètement aventurées, surtout si l'on n'était pas trop regardant sur leur caractéristiques stylistiques pourtant marquées. Le corpus – que j'ai évalué à 43 pièces toutes associables les unes aux autres de façon à peu près cohérente et unifiée –, s'est bâti à partir de plusieurs collections les ayant fait reproduire,  après la labellisation "Barbus Müller" par Dubuffet (d'après les collections de Charles Ratton, de Henri-Pierre Roché, du sculpteur Saint-Paul, de Joseph Müller, ou de Félix Stassart, datant toutes des années 1930 à 1950), grâce à des attributions auto-décrétées par les collectionneurs et les experts de ventes publiques sur la foi de témoignages et surtout de ressemblances formelles, de caractéristiques stylistiques, et de matériaux communs (la pierre volcanique).

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Illustration tirée de "Adieu ma petite collection", souvenirs de Henri-Pierre Roché parus dans l'Œil n°51 en 1959 ; la statue de gauche a été ensuite acquise par le Musée Barbier-Mueller et donc incorporée à la série des Barbus Müller de façon intuitive...

 

      Il n'y avait eu, jusqu'à mes découvertes d'un auteur unique d'origine auvergnate, installé à Chambon-sur-Lac (Puy-de-Dôme), nommé Antoine Rabany, dit "le Zouave", aucune tentative de traçabilité rigoureuse de ces sculptures. Les deux paires de clichés sur verre publiées dans le Gazouillis des éléphants me permirent de remonter, depuis les Barbus inventés par Dubuffet en 1945, plus tôt, à savoir jusqu'en 1908, date du plus ancien témoignage sur le lieu de production et sur son auteur. Et de là, de démontrer que ces sculptures partirent très tôt se disperser au gré des antiquaires qui en achetaient.

    Lorsqu'il est dit que l'écrivain et critique d'art Henri-Pierre Roché (dans un numéro du magazine L'Œil de 1959, année de la mort de Roché, né en 1879)  put acquérir,"alors qu'il était tout jeune", une de ses trois  sculptures – qu'il qualifie de "bourguignonne", et qui fut ensuite jointe par Dubuffet aux Barbus Müller –, on nous donne une clé pour reconnaître que l'histoire de ces sculptures étonnantes ne commence pas avec Charles Ratton et Joseph Müller, qui, de leur côté, les avaient acquises en 1939 auprès d'une antiquaire parisienne, Mme Vignier.

 

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Henri-Pierre Roché, portrait multiple ; © Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© droits réservés.

 

     "Tout  jeune", est-ce une exagération...? En 59, Roché avait 80 ans. Faut-il imaginer qu'il acquit – à Semur-en-Auxois, nous dit la légende de la photo – cette sculpture dans les années 1920, voire avant, et donc peut-être alors que leur sculpteur était encore vivant ? Antoine Rabany dit le Zouave, l'auteur identifié par moi, avec l'aide de Régis Gayraud, est en effet mort, je l'ai déjà dit, en 1919. Ses pierres taillées en forme de têtes variées partirent très tôt de son jardin, puisque le témoignage que je donne en entier dans  le catalogue de la nouvelle exposition du musée Barbier Mueller, signale que, dès cette année 1908, des sculptures se retrouvaient déjà à Evreux chez un antiquaire... Henri-Pierre Roché aurait donc pu, peut-être, au cours d'un voyage en Auvergne, rencontrer Rabany sur son lieu de production, au lieu de tomber sur sa statue à deux personnages (une mère et son enfant selon moi, plutôt qu'un "diable lui parlant à l'oreille") dans la localité de Semur-en- Auxois. Mais le destin en décida autrement...

 

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     A l'occasion de cette exposition, qui est prévue pour durer du 4 mars au 27 septembre 2020, un catalogue est publié donc, comprenant la réédition du fascicule 1 de l'Art Brut, consacré entièrement aux Barbus Müller, édité et non diffusé en 1947 par Gallimard, puis réédité une seconde fois en 1979, déjà par le même Musée Barbier-Mueller, avec un texte inédit de Jean-Paul Barbier-Mueller. Dans le catalogue proprement dit, on trouvera également trois contributions, de Baptiste Brun, de Sarah Lombardi et donc de votre serviteur, Bruno Montpied. Divers documents nouveaux et inédits paraissent à cette occasion, dont un scoop que je produis pour la première fois, ne l'ayant pas dévoilé jusqu'ici, le réservant au musée Barbier-Mueller... L'ensemble fera figure, à n'en pas douter, de document historique incontournable concernant la préhistoire de l'Art Brut.

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Le fascicule I de l'Art Brut qui, n'ayant pas été diffusé, resta un "premier" fascicule avorté ; Dubuffet fit paraître en effet, plus tard, au début des années 1960, un plus officiel numéro I de la série des fameux fascicules de l'Art Brut.

18/02/2020

Critique du primitivisme à la Halle St-Pierre

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Conf baptiste brun sur Dubu et la crit du primitivisme févr 2020- 2.JPG

     Pris par d'autres lectures, je n'ai pas encore eu l'occasion d'entamer plus que le début du gros pavé commis récemment par Baptiste Brun sur la "critique du primitivisme" qu'il s'ingénie à penser comme un des chevaux de bataille de Dubuffet avec son entreprise de l'Art brut. Sur le site des éditions Les Presses du Réel en particulier, on peut lire ces lignes qui cherchent à résumer la direction principale du livre de Brun: "Tordre le cou au primitivisme : voilà l'un des enjeux du travail de Jean Dubuffet (1901-1985). Le lecteur pourra trouver l'affirmation paradoxale tant l'artiste semble être le parangon du primitivisme artistique dans la seconde moitié du XXe siècle. Tout pourtant dans son travail concourt à récuser l'existence d'un art supposé « primitif », pierre de touche d'une conception européenne et raciste de l'art, repliée sur elle-même et ébranlée au sortir de la Seconde Guerre mondiale. En poussant à l'excès les codes du primitivisme de son temps, le peintre en dévoile lucidement les ressorts et les présupposés."

     L'art dit primitif serait tout uniment "la pierre de touche d'une conception européenne et raciste de l'art, repliée sur elle-même et ébranlée au sortir de la Seconde Guerre mondiale"? N'est-ce pas aller vite en besogne? Je ne suis pas sans doute aussi cultivé que Baptiste Brun en matière d'histoire du primitivisme, mais il me semble tout de même que derrière ce mot on n'a pas mis, au cours de l'histoire de l'art moderne, que de la condescendance paternaliste... Le mot "primitif" a été utilisé à plusieurs sauces, me semble-t-il. Ne l'utilisa-t-on pas pour qualifier les peintres de la pré-Renaissance en Italie et en France, qui ignoraient encore les lois d'une perspective géométrique? Le mot, et l'art des peuples non occidentaux,  auprès de tant d'artistes modernes – Picasso, Derain, Modigliani, Vlaminck, etc. – étaient vus comme extrêmement positifs et séduisants, ce qui était une réorientation, opérant un virage à 180° par rapport aux antiquités gréco-latines des classiques. La primitivité n'était-elle pas vue aussi alors comme un accès direct à une expression plus spirituelle, plus proche du ressenti-pensé, accès, approche que les artistes modernes du début XXe siècle recherchaient obscurément en se détournant de la reproduction du réel rétinien? On ne se tournait pas seulement vers les arts lointains (comme disait Fénéon qui fut l'un des premiers à collectionner des œuvres d'art africaines ou océaniennes, bien avant les collectionneurs d'après Seconde Guerre), on admirait les primitifs de l'intérieur, l'art populaire des campagnes, comme Courbet vis-à-vis de l'imagerie populaire, ou Gauguin face à la sculpture naïve bretonne, ou encore Filiger, l'ami de Gauguin, qui s'inspirait des Primitifs italiens et de l'imagerie populaire alsacienne... Primitif était synonyme de "premier", tout aussi bien pour ces artistes. Les raccourcis expressifs, la stylisation, le goût d'aller droit au but (synonyme d'art "premier") propres aux artistes-artisans populaires impressionnaient  favorablement les artistes modernes.

      Que Dubuffet ait opéré une critique de la dimension paternaliste – et raciste chez certains critiques et amateurs d'art qui ne sauraient être majoritaires chez les admirateurs des arts primitifs – du primitivisme me paraît également sujet à discussion. S'il me paraît avoir rejeté l'interprétation primitiviste de son "art brut", c'est au même titre qu'il a balayé devant sa porte l'art des enfants, l'art populaire et l'art naïf, vus comme insuffisamment inventifs et insuffisamment asociaux. Il lui fallait bâtir sa notion en éliminant toutes les annexions possibles aux catégories voisines. 

      Baptiste Brun vient donc en parler à la Halle Saint-Pierre, Que ceux qui veulent en savoir plus viennent l'écouter (personnellement j'aurais bien voulu, mais à cette date, le 22 février, je serai malheureusement occupé ailleurs...).

11/02/2020

"Le Cœur au ventre", une collection d'art singulier et brut

      "Le Cœur au ventre" – ce titre de l'expo qui va bientôt ouvrir, dans deux jours, chez Art et Marges à Bruxelles (314 rue Haute, dans le quartier populaire des Marolles) – provient du nom de la défunte galerie de Marion Oster, qui était ouverte dans le Vieux Lyon et qui a été fermée voici deux ou trois ans¹, l'art singulier ne perdurant pas, faut croire, sous la cathédrale de Fourvière... (En effet, il y a désormais pas mal d'années, il y eut un autre lieu favorable aux Singuliers dans cette même partie de Lugdunum, à savoir l'Espace Poisson d'Or qui lui-même était un avatar de la galerie du même nom qui était dans les Halles à Paris...). L'exposition commence  le 13 février et se terminera le 7 juin.

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Ludovic et Marion Oster dans leur ancien appartement de Lyon, tenant un couple de poupées de Monique Vigneaux (derrière, je crois reconnaître Louis Pons ?, Philippe Dereux?, Le Carré Galimard?, Mister Imagination et ses pinceaux anthropomorphes, entre autres...) ; la poupée est un thème et un support du reste récurrents dans leur collection ; © ph. Annabel Sougné, Art et Marges, 2018.

 

         Marion Oster est artiste, et collectionneuse, cette dernière casquette étant partagée avec son mari Ludovic, un féru de galeries, foires et autres Puces et brocantes. Leurs goûts se portent, pour une petite partie de leur collection, vers un art expressionniste contemporain, mâtiné d'art brut et d'art singulier. Ce qui correspond à une tendance actuelle – dont je ne suis que modérément friand, je m'empresse de le dire – qui identifie exclusivement dans l'art brut et singulier les mêmes composantes que dans l'art souffrant, l'art du pathos. Les corps se squelettisent, les tripes s'exhibent en toute impudeur, les êtres sont proches des cadavres, la personne se tord de douleur métaphysique ou pathologique... Parfois, comme dans le cas des œuvres de Stani Nitkowski, ce dernier étant très présent dans la collection des deux Oster, les corps sont en voie d'explosion (voir ci-contre expo à la coopérative Cérés Franco à Montolieu)...St Nitkowski-peau-mots-michel-macreau.jpeg Et c'est vrai que la maladie, la mort, la détresse sont des sujets qui travaillent souvent par-dessous beaucoup d'artistes, au risque de sombrer dans une certaine forme de misérabilisme new look, analogue à l'attitude du blessé léchant ses plaies. Citons dans cette collection les œuvres de Michel Nedjar, Jean-Christophe Philippi, Ghislaine et Sylvain Staelens, Philippe Aini, Lubos Plny, Jean Rosset, Denis Pouppeville...

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Lubos Plny, Galerie ABCD, Montreuil-sous-Bois.

 

     Cependant, la collection Oster est loin de se limiter à ce néo-expressionnisme. Beaucoup d'anonymes en font partie aussi, sur lesquels je n'ai recueilli que peu de renseignements, mais qui prouvent l'enthousiasme sincère de nos deux amateurs d'art pour des œuvres sans se préoccuper d'un quelconque pedigree placé en amont. Ils sont ainsi capables d'acquérir un objet d'art forain qui les aura interpellés au détour d'un marché aux Puces, en raison de son apparente "barbarie". La force de l'objet prime avant tout. Marion et Ludovic ne s'encombrent pas de théorie de toute façon, l'oeuvre leur parle ou pas, et les choisit ou non, pour devenir une compagne de vie dont ils ne se séparent plus après acquisition.

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Jeu d'art forain, coll. Marion et Ludovic Oster (acquis place du Jeu de Balle, non loin de chez Art et Marges à Bruxelles), ph. Bruno Montpied, 2017.

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Une vue de la collection Oster, comme elle se présentait à l'époque de l'installation lyonnaise ; © ph. Annabel Sougné, Art et Marges, 2018.

 

      Dans leur fourmillante collection, dont l'installation lorsqu'ils vivaient à Lyon côté Rhône a frappé tous ceux qui l'ont visité (et notamment les animateurs d'Art et Marges qui ont choisi du coup d'essayer d'en reconstituer l'aspect dans leur locaux de la rue Haute à Bruxelles), avec son apparence de grotte ou de crèche géante grouillant de formes, couleurs, aspérités, sinuosités dans lesquelles l'œil ne savait où se poser, comme errant dans un labyrinthe, on trouve aussi de plus énigmatiques créations. Comme celles d'Yves Jules, Angkasapura, Armand Avril, Babahoum, Ben Ali, Asmah, Bonaria Manca, Caroline Dahyot, Burland, Monchâtre, Giovanni Bosco, Guy Brunet, Jean Branciard, Jean Tourlonias, Juliette Zanon, Karl Beaudelère, Las Pinturitas, Martha Grünenwaldt, Monique Vigneaux, Ni Tanjung, Noël Fillaudeau, Paul Amar, Philippe Dereux, Pierre Albasser, Sylvain Corentin, Le Carré Galimard, Ted Gordon, etc. J'ai également l'honneur de figurer parmi toutes ces vedettes (l'œuvre ci-dessous provenant d'une expo à la galerie Dettinger-Mayer).

Mise à jour du 17 février :   

      On déplorera au passage que les animateurs d'Art et Marges, d'après ce que m'en ont dit des visiteurs présents au vernissage, n'aient pas jugé utile de placer des cartels à côté de chaque oeuvre afin de renseigner le public. Ce procédé peu respectueux des artistes et des créateurs se poursuit apparemment dans le catalogue où aucune information sur l'identité des artistes (certes nombreux) n'est apportée...

 

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Un aspect limité de l'intérieur de la Villa Verveine décorée par son habitante, Caroline Dahyot (ph.B.M., 2018) ; cette dernière a monté une installation de ses diverses œuvres dans le cadre de l'exposition "Le Cœur au ventre", installation qui tente à chaque fois de restituer un peu l'ambiance unique du décor intérieur de son habitat à Ault (Somme).

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Caroline Dahyot, Jamais tu ne te soumettras, tableau exposé au Petit Casino d'Ailleurs en 2018 ; personnellement, je trouve que l'art de Caroline n'est jamais mieux mis en valeur qu'en œuvres séparément exposées, et non accumulées comme dans ses installations ; ph. B.M.

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Bruno Montpied, L'avenir menaçant², 31,5 x 24 cm, 2013, coll. Marion et Ludovic Oster, ph. B.M.

 

       La naïveté pourrait tout aussi bien s'y faire une place dans cette collection, avec les poupées transformées, mais aussi les objets de piété éclairés par l'ingénuité de leurs auteurs, les ex-voto, les paperoles, les reliquaires (qui hésitent entre naïveté et morbidité, avec leurs bouts d'os considérés comme reliques adorées...), les petits tableaux sans prétention...

 

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Œuvre anonyme acquise récemment par les Oster, une bergère, son mouton, son fuseau, son chien, broderie en fil chenillé et collage, sans date (XIXe sans doute) ; ph.B.M.

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¹ Marion Oster a animé également auparavant, cette fois à Paris, durant près de quinze ans, l'Espace Lucrèce dans le 17e ardt.

² A noter que ce titre pourrait faire figure de signe avant-coureur du titre du récent livre de Joël Gayraud, L'Homme sans horizon...

04/02/2020

Un tableau de Camille Van Hyfte, avec interprétation quasi automatique de Bihalji-Mérin

      Ici, j'ai l'occasion, simultanément, d'entamer une nouvelle catégorie de ce blog, les écrits de personnalités en rapport avec les arts de l'immédiat ("Ecrivains et arts de l'immédiat"), en l'occurrence l'historien d'art Oto Bihalji-Mérin, pour sa façon d'interpréter un tableau sous une forme poético-littéraire, peut-être pas totalement contrôlée, comme je l'ai déjà pratiqué personnellement dans des notes précédentes de ce blog (voir cette autre catégorie que je crée aussi aujourd'hui, "Lecture d'images", à ne pas confondre avec la rubrique "Délires d'interprétation", quoique la frontière soit parfois ténue...). Le but premier est de rendre avant tout l'écho de l'image chez l'interprétateur, honnêtement, sans faire de fioritures littéraires, et en laissant passer des propos relevant d'associations d'idées, d'intuitions... Ici, on retire vraiment l'impression que Bihalji-Mérin a lâché les chevaux du rêve éveillé dans son évocation du tableau de Van Hyfte, d'une manière peu usuelle, me semble-t-il, chez lui.

     C'est en cherchant des informations sur le peintre belge Camille Van Hyfte, peintre boucher hippophagique¹ d'origine flamande, et coureur cycliste aussi, par la suite installé en France, dans l'Oise, à Mouy (au nom curieux, on dirait un assentiment mou...) dont un vieux numéro de la revue Phantômas (n°7-8, de 1956, spécial Art Naïf) reproduisait en noir et blanc un tableau, que j'ai rebondi ensuite vers un livre de 1960 où il y avait le même tableau en couleur avec l'interprétation de Bihalji-Mérin, que je reproduis ci-dessous : 

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Camille Van Hyfte (1886-1960), Intérieur avec fleurs, ancienne collection Edmonde Charles-Roux, reproduit en couleur dans Oto Bihalji-Mérin, Les peintres naïfs, Delpire éditeur (1960).

 

     "Ainsi son Intérieur avec fleurs, d'une perspective gauche et ramassée, offre-t-il une harmonie de tons fanés, comme étouffés, où même le bouquet traité en touches vives semble s'éteindre dans l'atmosphère vieillotte et petite-bourgeoise. On dirait que les tables aux pieds tournés, les deux chaises et les deux fauteuils, seuls meubles de cette chambre vide, attendent d'entrer en scène. Sous les énormes fleurs, le vase de porcelaine blanche ornée de motifs, a quelque chose d'insolite. Il n'y a jamais eu personne pour le poser là. La disproportion dans le rapport des objets entr'eux, comme le rapprochement inattendu des tons, laissent une impression étrange : on croirait que quelque chose vient de se passer là, que nous sommes incapables de savoir, ou que quelque chose d'insoupçonnable va arriver, et peut-être pas dans le domaine humain."

 

 

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¹ Le seul boucher hippophagique de l'art naïf à ma connaissance!

02/01/2020

Art de rue discret, pour happy few et autres amateurs de messages subliminaux en lisière de mobilier signalétique

      Amusant que des gus aient investi des panneaux de sens interdit, tout près de la Halle Saint-Pierre, à Montmartre, car, entre autres, cela joue sur les mots. Ces sens nouveaux sont autrement interdits car relevant d'une forme de vandalisme, bien bénin certes, mais allez savoir, avec tous les pisse-froid qui peuvent croiser dans les parages... Et les spectateurs – sûrement pas nombreux – qui les auront aperçus, d'en rester eux-mêmes tout interdits. car, sans être géniaux par l'image obtenue par détournement du graphisme initial, les images réalisées – un tailleur de bloc blanc, un porteur de planche blanche – sont finement insérées dans le panneau circulaire, si évanescentes (en dépit de leur présence indiscutable) qu'on ne les aperçoit pas. Même les conducteurs de voitures, plus occupés à leur conduite qu'à repérer ce street art discret ne doivent guère les percevoir... Les deux significations sont unies indissolublement sur un même support, tout en diffusant rigoureusement, sans que l'une masque l'autre, leurs deux sens distincts.

art de rue marginal, sens interdit, panneaux de signalisation détournés, street art discret

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25/12/2019

Ni Tanjung à la galerie Patricia Dorfmann?

      Annoncé pour janvier, j'ai vu passer, un peu éberlué je l'avoue, un projet d'exposition de Ni Tanjung (du 30 janvier au 22 février 2020), dans une galerie d'art plastique contemporain – qui elle aussi donc se tourne vers l'art brut: par opportunisme? – la galerie Patricia Dorfmann... Les premiers mots qui m'ont fait tiquer, c'est dans le sous-titre qui suit sur le site web de la galerie le nom de Ni Tanjung : "la reine du volcan Agung", sous-titre passablement tape-à-l'œil, et quelque peu grotesque par son côté sensationnel, n'ayant que peu de choses à voir¹ avec Mme Tanjung, pauvre des pauvres, vivant sans bouger sur son grabat, non loin du volcan en question certes, n'ayant en commun avec ce dernier qu'une certaine force éruptive canalisée dans l'expression sans frein de buissons de figures en papier crayonnées en couleur, inspirées du théâtre d'ombres balinais (et plus relativement, je trouve, des formes de danse traditionnelle). C'est typiquement le genre de titre publicitaire – probablement à base de bons sentiments (magnifier une gueuse par renversement des hiérarchies habituelles) – qui vise à se mettre le public dans la poche, quitte à paraître ronflant et difforme aux yeux des connaisseurs.

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Le volcan Agung menaçant, décembre 2017, © photo Petra Simkova.

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Site web de la galerie Patrica Dorfmann, page expo.

 

     Et puis, autre motif de surprise gênée, on nous signale aussi dans l'annonce en tête de gondole du site web que l'expo est sur "proposition de Lucas Djaou", sans citer, d'emblée, personne d'autre (il faut lire le communiqué de presse en lien pour entendre parler des antécédents, et encore, de manière succincte)... Alors, là, ça sonne un peu comme un détournement pas très correct, correct. A ne lire que cette annonce, il semble que la galerie – à moins que cela n'émane du seul monsieur Djaou – a complètement oublié que c'est d'abord à M. Georges Bréguet essentiellement que l'on doit la connaissance, sur Paris (je m'en suis ouvert sur ce blog dès 2016), de l'œuvre de Ni Tanjung. C'est encore lui qui a prêté très récemment (du 6 avril au 18 mai de cette année 2019), à la Fabuloserie-Paris, rue Jacob dans le VIe ardt (sur ma suggestion, entre parenthèses), des œuvres de la même Ni Tanjung, créatrice brute qu'il protège, soutient matériellement, et fait connaître depuis des années, initialement par le biais de la collection d'Art Brut de Lausanne (voir l'exposition essentielle "L'Art Brut dans le monde", montée par Lucienne Peiry)? La Fabuloserie a été la première galerie parisienne à avoir l'audace d'exposer ces buissons de figures (dessins aux crayons ou aux pastels montés sur architecture de fibres de bambou) si étonnants.

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Vue partielle de l'exposition Ni Tanjung à la Fabuloserie-Paris, salle du rez-de-chaussée (printemps 2019), photo Bruno Montpied.

 

    A la Fabuloserie, le jour du vernissage, je me souviens avoir croisé ce M. Lucas Djaou. Qui maintenant s'est accaparé la "proposition" Ni Tanjung, sans grand mérite. Cela prend l'allure d'un détournement intéressé... Pourquoi n'avoir pas tout simplement laissé Georges Bréguet présenter sa protégée dans cette nouvelle galerie? Il reste toujours le plus habilité à expliciter son travail. Le communiqué de presse publié récemment sur le site de la galerie Dorfmann n'apporte en effet rien de mieux, paraphrasant plutôt qu'autre chose ce que nous avait déjà appris M. Bréguet.

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¹ On pourrait me rétorquer la note consacrée, sur ce blog même, au témoignage de Petra Simkova, habitante de Bali, qui avait rendu visite sur ma demande à Ni Tanjung. Dans son texte (de 2016), elle use de ce terme de "reine" parce qu'au moment de sa visite madame Tanjung confectionnait des couronnes en papier multicolore et brillant dont elle se coiffait, ou dont elle couvrait ses visiteurs (une forme d'anoblissement généralisé en somme). On pourrait se demander si Lucas Djaou, ou les responsables de la galerie Dorfmann, n'auraient pas lu ce témoignage paru sur mon blog, du reste (ils ne le citent pas en tout cas ; mais qui a l'honnêteté de citer les blogs de toute façon?). Je pourrais répondre qu'en extrayant ce terme de son contexte, en le propulsant en sous-titre de leur expo, ils lui donnent un autre sens, publicitaire, qui n'a rien à voir, et devient même idiot.