04 mai 2008

Bodan Litnianski, le jardin en péril de Viry-Noureuil

     Francis David nous a fait découvrir en 1984 Bodan Litnianski dans son ouvrage Le Guide de l'Art Insolite Nord/Pas-de-Calais, Picardie (Editions Herscher, Paris), puis longtemps après, Agnès Varda, a fait figurer son étrange jardin dans son poétique documentaire Les glaneurs et la glaneuse, ce qui assurera sans doute à la mémoire de Litnianski de ne pas être trop oubliée lorsque son oeuvre aura disparu de la surface de la terre.

 Le jardin des merveilles de Bodan Litnianski, éd.Vivement dimanche, 2004.jpg
Le jardin de Litnianski à Viry-Noureuil, photo Bruno Montpied en avril 2008.jpg

     Car cette disparition est en bonne voie, hélas... Me rendant récemment à Amiens pour sa Réderie (brocante), j'ai fait un petit détour par le site de Bodan à Viry-Noureuil dans l'Aisne. La végétation s'y est développée de façon galopante, si l'on se réfère aux photos du livre de Denys Riout et Benjamin Teissèdre, paru chez l'éditeur Vivement Dimanche (basé à Amiens) en 2004, un an avant la mort de Bodan Litnianski (ce dernier est né en 1913, il avait donc aux environs de 91 ans), ouvrage qui comportait du reste une préface d'Agnès Varda.

Piliers du jardin de Bodan Litnianski, côté droit par rapport à la route, ph.B.Montpied, avril 2008.jpg

 

     Au point de donner l'impression qu'elle a avalé, telle une jungle vorace et vampire, de l'intérieur, les piliers faits d'objets de rebut agglomérés, les passerelles les reliant entre eux avec leurs nombreuses figurines de baby-foot en plastique, forêt de piliers qui suggérait un Alhambra fantasmagorique recomposé à partir des décharges où allait fouiner perpétuellement ce génial récupérateur de matériaux divers qu'était Litnianski ( son principal métier avait été maçon depuis qu'il était arrivé d'Ukraine en 1930; mais je crois me rappeler que lorsque je l'avais visité en 1989, en compagnie de José Guirao et de Serge Ancelet, il m'avait dit faire alors le chiffonnier). Deux forêts donc, en quelque sorte affrontées...

Bodan Litnianski, les lianes à la conquête de l'enfant au crâne ouvert, ph.B.Montpied, avril 2008.jpg

     L'épouse de Bodan vient à son tour de décéder, à ce que nous a confié un des voisins de la propriété, désormais bien abandonnée. Seuls les piliers du pourtour du jardin apparaissent aujourd'hui, à se demander si Bodan, ou quelqu'un d'autre n'avait pas déjà fait table rase des piliers de l'intérieur. L'ensemble ressemblant assez aux pyramides maya du Yucatan enfouies sous la jungle d'Amérique Centrale...

Bodan Litnianski, partie arrière du jardin, ph.B.Montpied, avril 2008.jpg    Bodan Litnianski, détail d'un pilier sombrant dans la grisaille, ph.B.Montpied, avril 2008.jpg

      J'ai consciencieusement fait le tour, photographiant en détail ce qui se laissait encore voir. Des piliers, nouveaux par rapport à ma visite de 1989, avaient été ajoutés derrière la maison d'habitation, comme réminiscents de fragments du Palais Idéal du facteur Cheval (mais ce n'est qu'un parallélisme de hasard, rendu possible par l'idée, commune aux deux autodidactes, d'ériger des colonnades fantomatiques). Bodan Litnianski disait qu'il pouvait réaliser une colonne en une journée seulement, empilant ce qu'il trouvait sous la main parmi les matériaux ou objets (beaucoup de poupées) qu'il avait préalablement triés (c'était ce collectage et ce tri qui lui causaient le plus de travail). Mais les rencontres, les voisinages des objets et des formes agglomérés au hasard possèdent à les regarder de prés (et la photographie est un précieux auxiliaire révélateur de ce point de vue) une grande force poétique, comme s'ils avaient été réanimés d'avoir été ainsi incrustés, absorbés dans le grand magma de ce torrent figé charrié par le puissant égoût de la société de consommation-consumation...

Bodan Litnianski, détail de ses agglomérats, Viry-Noureuil, ph.Bruno Montpied, avril 2008.jpg

     Réanimés parce qu'abîmés aussi, regardons ces têtes aux boîtes crâniennes ouvertes, ces têtes échevelées penchées mélancoliquement, cet homme-lion gesticulant, ces poupées aux peaux brûlées couvertes de cloques et semblables à des poupées d'exorcisme...Bodan Litnianski, détail de ses assemblages, jardin de Viry-Noureuil, Aisne, ph.B.Montpied, avril 2008.jpgBodan Litniansli, détail de ses oeuvres dans le jardin de Viry-Noureuil, ph.B.Montpied, avril 2008.jpg

 

Bodan Litnianski,détail de ses oeuvres qui s'abîment dans son jardin de Viry-Noureuil, ph.B.Montpied, avril 2008.jpg

      

     Quelle étrange unité à travers le disparate et l'apparente incohérence des assemblages... Tout cela ne mériterait-il pas qu'on essaye de le sauver et de le préserver? Les couleurs déjà s'évaporent (les arborescences coralliennes sur les tuyaux par exemple), la grisaille s'installe, le grand mur pignon à droite de la propriété, entièrement fait d'objets et de matériaux hétéroclites maçonnés rigoureusement et solidement devient plus que jamais un Mur des Lamentations érigé au départ face à la société de consommation avec peut-être un peu de malice inconsciente mais prenant un autre sens maintenant que ce jardin est entré dans l'agonie...

Bodan Litnianski, mur pignon à droite de la propriété par rapport à la route, Viry-Noureuil, ph.B.Montpied, avril 2008.jpg

 

 

28 avril 2008

La première Nuit du facteur Cheval

    Voici une information trouvée sur le site officiel du Palais Idéal du facteur Cheval à Hauterives dans la Drôme... 

"PREMIERE NUIT DU FACTEUR CHEVAL LE SAMEDI 14 JUIN A 20h30


    La première Nuit du Facteur, en partenariat avec le musée de la Poste poursuit l'exposition "Avec le Facteur Cheval" jusque dans le jardin extraordinaire de Ferdinand Cheval qui accueillera chaque année un autre bâtisseur de l'imaginaire.
Sir Edward James ( 1907 - 1984 ) et le site extraordinaire de
Las Pozas au Mexique seront à l'honneur.

Visites, projections, mise en lumières, musiques auront un parfum de Mexique... pour la rencontre entre ces deux créateurs.

ENTREE LIBRE dans la limite des places disponibles"



13 avril 2008

Marges à la sauce parisienne

    On a déjà remarqué qu'il n'y avait guère d'environnements bruts sur le territoire des grandes agglomérations. Il faut aller le plus souvent en banlieue pour en trouver (du moins autrefois, car  aujourd'hui, il semblerait que même les banlieues deviennent stériles de ce point de vue, surtout la banlieue parisienne). Je l'ai déjà dit dans ma note du 7 mars à propos du géant Isoré. La pression sociale, la promiscuité des grandes villes, l'embourgeoisement aussi (tellement patent à Paris en particulier) en sont cause. Sans compter les réglements liés au bâti, les contraintes des copropriétés...

    Dès qu'un individu exerce une action sur son décor à Paris, ce n'est généralement que dans le secret de son intérieur, et lorsqu'il se trouve en place publique cela découle souvent d'un comportement à la limite du pathologique triste. Un environnement naïf sur lequel je reviendrai plus tard fait exception à la règle sur la rive gauche, bâti dans une zone pavillonnaire préservée par chance ou miracle... Pour satisfaire à un besoin très nettement individualiste dans son essence, il faut en effet jouir d'un espace individuel, sans contrainte collective marquée. Les maisons individuelles sont devenues rares à Paris, et donc les environnements qui pourraient s'y développer le sont devenus aussi.

Environnement accumulatif, Paris, ph.Bruno Montpied.jpg
Photo Bruno Montpied, 2008

    Je suis récemment tombé sur un habitat tenant à la fois du jardin, de la remise et un peu aussi, il faut bien le dire de la décharge, en lisière d'un bâtiment prestigieux, le contraste entre les deux étant assez remarquable. Je ne peux pas trop indiquer son emplacement histoire de ne pas nuire à son habitant. Ce dernier ne paraît du reste pas trop accommodant, lorsqu'on découvre la proclamation plutôt agressive qu'il a apposée à l'entrée de son jardin, situé  en contrebas d'un escalier public. Il a dressé un drapeau français, ainsi qu'un européen, bien en évidence au-dessus du jardin, et cela paraît cause de conflit avec le voisinage.

Environnement accumulatif, l'entrée, Ph B.Montpied, 2008.jpg
L'entrée du site, clochette, crucifix, coq gaulois, bibelots, inscription ("mise en demeure"...), statue de nageuse, poupées... ph.Bruno Montpied, 2008
Panneau et mise en demeure de l'auteur du jardin, ph.B.Montpied, 2008.jpg
Photo B.M, 2008

    Le lieu est insolite, non pas en raison de l'esthétique du décor créé, fait d'accumulations de débris divers -et comme cela arrive souvent dans nombre de sites de type accumulatif, orné de poupées démantibulées, de fragments de figurines, de mannequin vaguement attifé Mannequin du jardin accumulatif, ph B.Montpied, 2008.jpg - il est atypique à cause de sa situation extrêmement marginale dans le tissu urbain, sous un escalier, coincé le long d'un bâtiment imposant où se prépare la relève du cinéma français, légèrement proliférant, sans excès non plus, son auteur prenant soin aussi de laisser la végétation s'y développer, ce qui est toujours bien vu à Paris où l'on manque de verdure...Environnement accumulatif à Paris, vue plongeante de l'entrée, ph.B.Montpied, 2008.jpg

     Il est assez cousin des habitats précaires de SDF qui se rencontrent ici ou là, jouissant de tolérances éphémères de la part de la force publique, comme l'homme en cabane à roulettes ci-dessous, 

Homme vivant dans une caisse-cabane à roulettes, rue Pernelle, 1er ardt, ph B.Montpied, 2003.jpg
Paris, 1er arrondissement, Photo B.M., 2003

ou cet habitat de clochard passage Hébrard dans le Xe arrondissement où pendant un moment son auteur accumula en pleine rue l'ameublement d'un véritable studio en plein air, avec salle de bain, salon, salle à manger à ciel ouvert, au vu et au su de tous, plus transparente demeure que celle-ci, tu meurs (littéralement d'ailleurs...)...

Habitat précaire dans le 10e ardt, Paris, ph.B.Montpied, 2007.jpg
Paris 10e arrondissement, photo B.M. 2007

   On l'associera aussi aux créations ambulantes de diverses figures de la rue, tel  que celles sur quatre roues de "Monsieuye X", révélées par Marc Décimo dans son livre "Les Jardins de l'Art Brut", ou la tenue vestimentaire toute de fils brodés de multiples couleurs que portait un vieil Arabe dans les rues du centre de Paris voici quelques années (individu que je n'ai jamais réussi à identifier, ni à photographier, si quelqu'un avait des photos ou des informations supplémentaires à son sujet, il est le bienvenu ici).

"Monsieuye X.", photo Marc Décimo dans  "Les Jardins de l'Art Brut", éd. Les Presses du Réel, 2007

23 mars 2008

Séraphin Enrico perdu et retrouvé, par Olivier Thiébaut (1995)

   Avec plus de dix ans de retard, je publie sur ce blog alors qu'au départ elle était prévue pour le papier de mon bulletin L'Art Immédiat n°3 la contribution d'Olivier Thiébaut (datée de 1995) au sujet de Séraphin Enrico qui avait créé un environnement à St-Calais dans la Sarthe, des statues diverses et variées dont une Vénus portant l'inscription "la luna rossa" sur son fessier dénudé ... Inscription qui finit par être reprise par Thiébaut pour intituler le jardin qu'il a ouvert à Caen où il conserve un certain nombre de fragments d'environnements qu'il a préservés ou exhumés, à l'exemple du site d'Enrico. Ce jardin de la Luna Rossa à Caen est le deuxième exemple en France après la Fabuloserie et son parc d'environnements à Dicy dans l'Yonne de tentative de conservatoire des environnements spontanés, par nature éphémères et terriblements "immédiats".

Francis David, couverture des Bricoleurs de l'Imaginaire, Musées de Laval, 1984.jpg

   Notons que le site de Séraphin Enrico avait d'abord été repéré par Francis David dans le catalogue Les Bricoleurs de l'Imaginaire, Inventaire pour une région (Musées de Laval, 1984). Olivier Thiébaut a, en 1996, publié un ensemble de textes sur ses découvertes, Bonjour aux promeneurs! aux éditions Alternatives, où il parle entre autres de Séraphin Enrico (son texte étant une variante, en outre un peu écourtée, de celui qu'il m'avait donné et que j'insère ci-dessous). 

   "Né le 3 juillet 1898 à Mougrando (Italie), Séraphin Enrico est issu d'un milieu modeste. Cimentier à l'âge de 14 ans, il découvre la rude épreuve du travail. En 1915, il est mobilisé dans les chasseurs alpins italiens.

Séraphin Enrico, portrait photo années 60, document Olivier Thiébaut.jpg
     
Séraphin Enrico, autoportrait en ciment teinté, document Olivier Thiébaut, 1995.jpg

     La Grande  Guerre lui fait subir les souffrances du froid: il a les mains gelées par la neige, et perd un doigt.    Après la guerre, il décide de partir pour la France qui a besoin de main d'oeuvre dans le bâtiment.

    Séraphin Enrico travaille sur plusieurs chantiers, à Grenoble et Chambéry, puis s'installe à Grand-Lucé dans la Sarthe. Il se marie quelque temps plus tard avec Virginie Vineis. En 1925, il déménage à Saint-Calais, et achète un terrain à la sortie du bourg, sur la route de Vibraye. Situé dans une petite vallée, le lieu est idéal pour y construire sa maison et son merveilleux jardin.

     A partir de 1959, il entreprend la réalisation d'une propriété qui devient son "grand-oeuvre", une sorte de jardin d'Eden. Sculptures, bassins, fontaines, tonnelles, alcôves et souterrains agrémentent sa maison sur un terrain en espaliers dominant le cours de l'Anille. Pendant une vingtaine d'années, armé d'une simple brouette et de truelles, Séraphin Enrico construit un univers de rêve. Les ciments et mortiers colorés lui servent de matériaux de base. Son goût pour la sculpture et la peinture se traduit dans son travail par la réalisation de personnages et d'animaux peints qu'il installe dans des décors appropriés. La peinture florentine, le sport, la mythologie et les femmes en tenue "sexy" sont ses principales sources d'inspiration. Le caractère placide de Séraphin Enrico semble en contradiction avec ses oeuvres et sa réputation. Considéré souvent comme un farfelu et n'étant pas vraiment reconnu par les habitants de Saint-Calais, il met son imaginaire au service d'un autre public en inventant des aires de jeux pour les enfants.Séraphin Enrico, le jardin avec les visiteurs enfantins sur les statues, vers 1968, document Olivier Thiébaut.jpg Au milieu des années soixante, le jardin de Séraphin Enrico est un foisonnement de couleurs et de sculptures, c'est l'attraction locale où l'on peut lire "Entrée Libre": des centaines de familles viennent lui rendre visite. M. Mercier, son ancien voisin, se souvient: "L'oeuvre était de taille! Il y en avait partout, rangées en rangs d'oignon. On n'avait jamais vu ça, ce genre de chose. On se demandait d'où cela pouvait bien lui venir. C'était son pays, son petit coin de paradis où il s'exprimait, car il était plutôt discret, le père Enrico, et pas toujours très commode! Il avait du caractère. Son goût pour la décoration ne le quittait pas. Tous les soirs, il travaillait à faire ses bonnes femmes, quand il s'y mettait, on ne pouvait plus l'arrêter. Même à son travail, ses employeurs lui reprochaient de faire un peu trop de décorations ou de fioritures inutiles dans les chantiers. C'est surtout avec les enfants qu'il s'entendait, c'était spontané avec eux! Certains parents n'aimaient pas trop d'ailleurs laisser traîner leurs enfants, ils le prenaient pour un satyre, en voyant certaines de ses oeuvres. C'était un drôle de bonhomme, le père Enrico, et il avait ses idées à lui! Je me souviens qu'il avait fait une vache et plusieurs bonnes femmes qui avaient un système de rigole dans le dos, ça récupérait l'eau quand il pleuvait et elle sortait par le zizi. Il avait aussi creusé des souterrains dans son jardin qui partaient d'en bas et remontaient jusque sous sa maison, il voulait même traverser la route. Mais on a dû l'arrêter, parce qu'on a retrouvé un jour sa femme qui étendait le linge, enterrée jusqu'à la poitrine. Ca s'était effondré! Il avait fait aussi des choses en hauteur avec des personnages montés les uns sur les autres, mais ça c'était du solide! M.Enrico connaissait bien le ciment. Quand il a dû partir, il a tout abandonné, le pauvre, ça a été certainement très dur pour lui. C'est triste à dire, mais je me souviens qu'ils en ont mis du temps pour tout enlever, c'était du béton armé extrêmement dur!"

Séraphin Enrico, cariatides retrouvées et restaurés par Olivier Thiébaut à Caen, 1995.jpg

     Jusqu'en 1972, Séraphin Enrico va travailler inlassablement à son jardin, dépensant toute son énergie et tous ses revenus dans sa réalisation. Sans argent, il va continuer ses travaux en fabriquant alors lui-même son ciment avec les pierres de la rivière qu'il réduit en poudre. A 74 ans, il quitte la région contre son gré, pour aller finir ses jours avec sa famille à Divonne-les-Bains dans l'Ain. C'est dans cette nouvelle maison qu'il a réalisé ses dernières sculptures, décidé à recommencer malgré son âge, encore et encore!

     Séraphin Enrico meurt en 1989, laissant derrière lui une oeuvre méconnue.

     La méconnaissance de cet ensemble unique et son isolement "culturel" ont certainement contribué à sa disparition. Aujourd'hui  [en 1995] la municipalité de Saint-Calais semble n'en avoir gardé aucune trace, malgré le reportage télévisé diffusé en 1973 (un documentaire sur la destruction du jardin malheureusement perdu ou égaré). Depuis cette époque, les oeuvres de Séraphin Enrico dorment sous une épaisse couche de terre.

Séraphin Enrico, une tête d'une de ses sculptures retrouvée dans la terre par Olivier Thiébaut en 1995.jpg

     En mai 1995, grâce au témoignage de M.Justin Stern, et grâce à de vieilles photographies conservées par les voisins, nous retrouvons l'emplacement d'une ancienne mare où quelques sculptures ont été enfouies.

      La tentation est trop forte! Une fouille est entreprise pour la découverte du travail de Séraphin Enrico et pour le plaisir des yeux. Pendant une dizaine de jours, nous creusons dans l'ancienne mare. Une multitude de fragments sont mis au jour, et à notre grande surprise, peinture et ciment n'ont pas été altérés: écritures et dessins apparaissent comme un livre ouvert dans le sol.

Séraphin Enrico, le buste d'une de ses statues émerge du sol où elle avait été enfouie, document Olivier Thiébaut, 1995.jpg

     Certaines de ces sculptures devaient atteindre trois mètres de haut et sont recouvertes de petites phrases ou devises italiennes (Il giro del lago; Pane, pace, Amore, Libertà; Santa Maria; Vénus; La luna rossa; Spectaccolo del natura; la petto materne; Pittura Fiorentino; Sono libera!...). La facture et l'originalité des pièces révèlent la grande inventivité de leur auteur: ciments polis, cheveux en mortier colorés, incrustations d'objets, systèmes hydrauliques. Baigneurs, Vénus, madones et créatures aux profils asiatiques vont pouvoir à nouveau contempler le ciel, sous l'aile tendre des "séraphins".

     OLIVIER THIEBAUT, 1995."

(Tous les documents ici mis en ligne et confiés à moi en 1995 appartiennent à Olivier Thiébaut)

09 mars 2008

Touslas, tout passe, tout casse? Que non pas!

   Note dédiée à Emmanuel Boussuge et à Jean Branciard 

   Voici quelque temps déjà que mon jeune camarade Emmanuel Boussuge m'a glissé malicieusement sous les yeux une carte postale ancienne relative à un "monument aux morts", bricolé de façon naïve, situé à Saint-Jean-de-Touslas dans le département du Rhône.

Carte postale ancienne montrant le monument aux morts de St-Jean-de-Touslas, coll.E.Boussuge.JPG

Monument aux morts en mosaïque et en rocaille, auteur abbé Pierre Cognet, vers 1919, carte postale d'époque, coll. Emmanuel Boussuge

    On se dit devant ces fragiles, quoiqu'évocatrices ô combien, traces de sites bâtis ou confectionnés par des autodidactes, dans un premier temps, que ces lieux n'appartiennent qu'au passé. Tant ce petit bout de papier jauni par le temps, par son côté hors d'âge, semble devoir enfermer son sujet dans une île spatio-temporelle à jamais isolé de nous, de notre présent. Or, il ne faut pas hésiter à interroger la possiblilté que ce lieu ait pu franchir le temps à travers une passerelle protégée.

    Je n'ai donc pas trop traîné avec le monument aux morts de Saint-Jean-de-Touslas. Depuis quelque temps, j'ai une connaissance dans la région lyonnaise, que les lecteurs de ce blog ont du reste rencontré en même temps que moi puisqu'il s'y est manifesté par un commentaire évoquant son oeuvre toute en assemblages forts et poétiques (que j'aurai bientôt l'occasion de présenter plus copieusement), j'ai nommé Jean Branciard. Plus besoin de se déplacer pour vérifier les lieux, je propose l'affaire à celui qui est le plus près dans la région,à savoir lui. Cela l'intéresse. Il se rend sur place, et il ramène de précieuses informations, que je vous livre à présent.

   Le monument existe toujours, sur la place du village, à l'encoignure de deux maisons (il est d'une taille beaucoup plus grande que sur la carte postale). Il est en bon état, on veille sur lui, l'auteur s'appelle l'abbé Cognet, qui a été curé à St-Jean de 1903 à 1932 (comme cela est signalé sur le site du Pays Mornantais). Il a bénéficié des bons soins d'un autre curé, le père Braichet, lui-même sculpteur, décédé voici une dizaine d'années, qui entretint les décors en mosaïque de l'abbé Cognet et qui y ajouta en de petis endroits ses propres oeuvres (voir les petites sculptures dans une niche au bas de la photo du monument actuel).

Le monument aux morts de l'abbé Cognet, St-Jean-de-Touslas, état 2008, photo Jean Branciard.jpg

Le monument aux morts, état actuel (on rélève en inscriptions les mots "Bonjour, Amitiés" sur la partie inférieure du monument, partie qui correspond à la photo de la carte postale ancienne ; il est possible que ce monument ait été continué après la photo de la carte postale, voir l'auvent en tuiles...), photo Jean Branciard, février 2008

   Le site du Pays Mornantais indique que l'abbé Pierre Cognet a créé ses mosaïques entre 1905 et 1925. Il paraît s'être exercé sur trois zones principales dans l'espace de son village de St-Jean-de-Touslas: le monument aux morts, les murs extérieurs de la sacristie, cette dernière étant accollée à l'église du village, et enfin certains murs et corridors du presbytère, où ses interventions paraissent plus timides.

Les murs couverts de mosaïques naïves de l'abbé Cognet sur la sacristie, photo Jean Branciard, 2008.jpg
      
La sacristie de l'église de St-Jean-de-Touslas et ses décors de mosaïque naïve, photo du Site du Pays Mornantais.jpg

   Sur les murs de la sacristie, il s'est amusé à représenter les différents châteaux de sa région dont il a incrusté les reproductions en mosaïque au milieu de compositions décoratives. Son monument aux morts, qui me paraît de tous ses décors le plus frais et le plus primesautier, reproduit les noms des six soldats de la commune morts à la Grande Guerre. Il est à souligner qu'il s'agit là d'un des rares monuments aux morts en France dûs à une initiative individuelle, de plus dans l'espace public. Un autre monument aux morts de style nettement plus pompier fut réalisé en 1929 à quelques distances de celui de l'abbé, la différence d'allure et de caractère des deux monuments saute aux yeux, selon ce qu'en m'en dit mon correspondant. L'existence de ces décors et leur préservation ont bien sûr été favorisés par le fait que leurs auteurs étaient des ecclésiastiques, et donc en tant que tels, personnalités généralement autorisées par la communauté des ouailles, les critiques ne venant généralement dans ce cas que de leur propre hiérarchie (comme ce fut le cas pour l'abbé Paysant avec son Eglise Vivante et Parlante de Ménil-Gondouin dans l'Orne, dont on sait que les interventions et le musée furent anéantis après sa mort, vers 1920, avant de réapparaître ces dernières années et d'être restaurés). 

Intérieur du jardin du presbytère de St-Jean-de-Touslas, avec des mosaïques et des objets traditionnels, ph.Jean Branciard, 2008.JPG

Intérieur du jardin du presbytère à St-Jean-de-Touslas, mosaïques de l'abbé Cognet; cet endroit conserve aussi des objets d'artisanat et de traditions populaires ; photo Jean Branciard, 2008 

31 janvier 2008

Naïfs démiurges, voyeurs conséquents!

    De temps à autre, je compulse mes archives, à la recherche d'une référence, d'une information plus précise, d'un souvenir... Ou plus souvent sans but autre que le compulsage compulsif, automatiquement, en réalité mû par une nécessité intérieure qui ne veut pas parler à voix haute...

    Voici que mes yeux retombent sur cet entrefilet extrait d'un article sur "Les Facteur Cheval" paru dans un almanach "banlieue" de la revue Actuel, numéro hors-série, datant vraisemblablement de 1974 ou 75...:

   "Il y a vingt ans, Monsieur Colaniz, maçon à la retraite, modela une statue de femme nue qu'il installa devant sa maison et qu'il repeignit avec soin jusqu'à sa mort. (Boulevard Circulaire, 93420, Villepinte)".

   Je ne suis jamais allé à Villepinte voir si la femme nue était toujours là, toujours "soigneusement repeinte". Je suppose bien que non. Je m'en console avec d'autres, modelées par des créateurs un peu partout. Dès qu'on se rend compte qu'on sait faire surgir du néant quelque être ressemblant, on est terriblement tenté de se faire démiurge et voyeur! 

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Statues de femmes de Gabriel Albert à Nantillé, Charente-Maritime, photogrammes (1988) extraits des Jardins de l'Art Immédiat, ensemble de films Super 8 sur divers environnements spontanés, B.Montpied
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Oeuvres de Frédéric Paranthoën.
 Parmi les statues que ce marin retraité rangeait à la fin de sa vie la plupart du temps dans son garage au lieu de les exposer à la vue des passants dans le petit jardin qu'il possédait au rez-de-chaussée d'un petit immeuble de Royan, on peut découvrir une jeune Tahitienne en costume d'Eve (l'exotisme autorisant la nudité, comme dans le cas des photos coloniales de jeunes Africaines vivant nues à la manière traditionnelle), photogramme (1988) Les Jardins de l'Art Immédiat, B.Montpied
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Statue de femme nue par François Michaud, installée derrière un Napoléon sur le mur de clôture de sa seconde maison à Masgot dans la Creuse (datable de la deuxième moitié du XIXe siècle, avant 1880...), photo B.Montpied, 1988.
  

  

20 janvier 2008

Marcello Cammi: une oasis de plus qui disparaît

  

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Signature de Cammi au verso de ses dessins: "M Cammi Bordighera col vino unico al mondo" ("Cammi Bordighera avec du vin unique au monde"), 1988

    Ah, quel homme c'était ce Marcello Cammi, plus vieux communiste qu'"anarchiste révolutionnaire" comme il a été dit quelque part par quelqu'un de mal informé. Vieux "coco" avec la langue pas dans la poche, vieux socialiste partageux plutôt, pour éviter toute confusion...e34ac15898a4e70d951024906af4e89b.jpg

Marcello et Vittoria Cammi, photo site web Artsens   

     Il vivait à Bordighera sur la Riviera italienne, où de façon improbable il avait créé un jardin de sculptures étonnant qui s'annonçait de la rue sous le terme générique de "Galleria d'Arte". Une galerie d'art en plein air, du moins pour les sculptures, car il faisait aussi des peintures qui étaient abritées dans un petit atelier. Des peintures et des dessins sur taches de vin qu'il interprétait au stylo, renouvelant la leçon de Vinci, son vieux prédécesseur, qui enseignait de regarder les murs aux taches de lèpre pour faire travailler l'imagination graphique ou picturale.7fd79410a7e7d0aada4a820a41fa9a1e.jpg C'était improbable, surtout pour un Français qui venant de la richissime Côte d'Azur, laissait derrière lui palais, yachts, et grands hôtels luxueux. Tomber sur une friche pareille, hérissée d'oeuvres rugueuses et noyée dans une végétation de jungle vineuse (la treille envahissait presque tout le jardin) tenait du mirage.

    J'étais tombé dessus par Raymond Dreux, cet artiste un peu hippie, disparu récemment (en 2005), qui avait fondé un temps du côté de Laurac-le-Grand  (prés de Castelnaudary) un musée de l'Imaginaire sans Frontières, avec des artistes singuliers comme son amie Ciska Lallier. Au téléphone, fort enthousiaste, il m'avait parlé de "40 000 statues" façonnées par Cammi sur son petit territoire -rien que ça! (en réalité cela devait tourner plutôt à quelques centaines)-, le tout réparti sur les deux rives d'un petit torrent canalisé qui avait, qui a toujours, pour nom le rio Sasso.

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La passerelle créée par Cammi, avec Raymond Dreux sur la rive droite, fantôme de l'autre côté du pont... (Photo B.Montpied, 1990)

    J'ai raconté dans le Bulletin de l'Association des Amis de François Ozenda d'abord (n°41, juillet 1990), puis dans Raw Vision (n°6, été 1992 ; photos de Pierre Marquer; traduction en anglais de Peter Wood, ce qui ne fut pas signalé dans la revue, malgré ma demande), ma visite à ce jardin. Elle se passa sous la pluie, un comble pour cette région bénie des dieux habituellement côté météo, ce qui rendit mes photos sombres et un poil trop floues. Je revois ce souvenir aujourd'hui dans un brouillard de mémoire qui se mêle à une atmosphère vaporeuse, l'eau tombée du ciel s'élevant du sol sous l'effet de la chaleur. Il faisait moite dans ce jardin, et il fait désormais éternellement moite dans le souvenir que je garde de cette jungle vinassouse.

 

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     Marcello Cammi, ultra cordial et exubérant, baragouinait un langage fait d'un mélange d'italien et d'emprunts à d'autres langues pour essayer de me transmettre toutes sortes de propos qui lui paraissaient importants de transmettre. Il paraissait avoir été déporté à Mauthausen, il en gardait bien entendu une souffrance, il ne pouvait oublier les autres déportés qui étaient restés là-bas, il les avait sculptés sur les rives du rio Sasso, comme émergeant du limon, comme s'ils revenaient pour crier qu'on ne les oublie pas, rampants pathétiques.

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    Les statues de Cammi étaient pour la plupart couleur de terre, et sous l'humidité de ce jour-là,  couleur de rouille. Par moments, elles prenaient même des allures fécales. Elles se pressaient dans le petit espace au bord de la rivière, par-dessus laquelle Marcello avait eu la bonne idée de jeter une passerelle dont les balustrades des deux côtés étaient constituées de personnages, certains faisant des sortes de ronds de jambe.

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Photos B.Montpied, 1990

      C'était un site comme une petite île au milieu du cancer urbain désordonné de la ville, l'un des plus étonnants qu'on n'ait jamais vu en Europe. Une oasis au vrai sens du terme si l'on songe qu'il était entouré des vestiges d'une palmeraie.  Commencé  vers 1952, il s'acheva avec la mort de l'auteur en 1994. Les problèmes de pérennité du lieu commencèrent dès lors à se poser. Sa veuve Vittoria ne pouvait à elle seule protéger le lieu qui appartenait à la commune. Cette dernière ne faisait rien pour sauver le site. Le rio Sasso, encombré en amont de divers débris, déborda plusieurs fois ces dernières années. Les sculptures en pâtirent bien évidemment. Jusqu'au jour où une crue plus dramatique que les précédentes se chargea de faire table rase de ce qui restait. La passerelle fut emportée et avec elle, la plupart des statues furent détruites. Des lecteurs italiens de ce blog, Gabriele et Francesca Mina, m'ont envoyé quelques photos récentes montrant les vestiges encore en place. Presque rien.

   
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Photos Gabriele et Francesca Mina, vers 2007 
  

 Une petite trentaine de sculptures seraient conservées par la commune, qui sur un site, montre quelques oeuvres, sculptures et peintures. J'ai également appris que la Fabuloserie avait également pu récupérer quelques oeuvres en 2001. Des Français, venus revoir le site qu'ils aimaient, ont été arrêtés par la police locale alors qu'ils avaient enfourné dans leur voiture des statues qu'ils voulaient simplement sauver... Geste désespéré que je comprends, que nous devrions tous comprendre! Car, pourquoi des oeuvres d'art, jetées à la mer suite à  l'indifférence communale, devraient-elles rester propriété des vandales?

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Photo B.Montpied, 1990

     Un site de plus qui disparaît... Il reste comme toujours à garder sa mémoire. Gabriele et Francesca Mina en particulier veulent faire un ouvrage sur les environnements de Ligurie, dont le jardin de Marcello Cammi (leur adresse e-mail que je suis autorisé à transmettre: gabrielemina@hotmail.com). Si vous avez des documents sur le jardin, de n'importe quelle époque, vous pouvez contacter ce blog (voir e-mail indiqué ci-joint dans la colonne de droite).

      On consultera pour plus de photos l'album que je mets en ligne à partir d'aujourd'hui (Voir également colonne de droite)

13 janvier 2008

Environnement à signaler

    Je ne n'ai pas souvent l'occasion de citer le site web Art-insolite.com. Nous avons eu des mots en privé, suite aux critiques que j'avais formulées à l'égard de la restauration du site de Fernand Châtelain dans l'Orne (et les critiques, c'est décidément trop insupportable).

   Et puis, le site s'intéresse en majorité à des créateurs et des "plasticiens" (comme les snobs préfèrent les appeler) qui relèvent davantage de l'art singulier du type "tête à Toto" (ce faisant, ils ne se rendent pas compte qu'ils sont en train de tuer l'intérêt qui aurait pu croître davantage pour les créateurs véritablement authentiques de l'art singulier) que de l'art véritablement d'essence populaire et naïve, voire brute. On y mélange allègrement les créateurs d'environnements relevant de l'art contemporain (Jean Linard, René Raoult, Jacques Warminski ou Raymond Moralés par exemple, qui se rapprochent de créateurs type Niki de Saint-Phalle par le contenu de leurs références culturelles) avec les inspirés d'origine populaire (anciens ouvriers, artisans, paysans). Ces derniers me touchent souvent davantage, par la fraîcheur de leur démarche. Quant aux "singuliers", envahis de plus en plus par des faiseurs et des arrivistes bâcleurs qui jouent aux artistes, il paraît urgent de monter des expositions qui puissent faire le tri (c'est ce que je me suis employé à faire pour ma part  au Festival d'Art Singulier d'Aubagne en 2006, en présentant à l'amicale instigation de Danielle Jacqui et Frédéric Rays, 16 créateurs).

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Statue naïve de Pierre Hodcent dans le Perche, photo Art-insolite.com

    De temps en temps cependant, de loin en loin, les animateurs d'Art-insolite.com  font une découverte du côté des créateurs populaires. Je ne suis pas dogmatique. Je ne vois donc pas de raisons de ne pas citer ces découvertes, afin de servir une information objective. Je reproduis ici deux photos, récupérées vaille que vaille, c'est-à-dire mal, sur Art-insolite.com, montrant un petit environnement du Perche, quelques statues naïves dues à un certain Pierre Hodcent. Je les trouve assez belles et sympathiques.

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Photo Art-insolite.com, janvier 2008

    Libre aux internautes qui le désirent d'aller sur ce site voir plus confortablement les photos originales (qui jouent à apparaître et disparaître de façon particulièrement agaçante, "tu m'as vue? Coucou, je m'en vais..."; Heureusement, on peut quand même les bloquer...). Cliquer sur ce lien pour cela.

09 janvier 2008

Charles Billy toujours en place

    J'avais demandé confirmation auprès de différents habitants de la région, mais ça ne bougeait pas. Finalement, j'y suis allé voir moi-même.

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Titre du jardin de Charles et Pauline Billy sur l'arche au-dessus du portail de leur ancienne propriété, photo 2008 B.Montpied

   Le "Jardin de Nous Deux" de Charles et Pauline Billy est toujours debout. Un peu patiné certes, mais encore solide. Le site, avec sa maison sont désormais non visitables, rachetés par une personne privée (du temps de ses créateurs, le jardin était ouvert au public durant la belle saison moyennant un petit droit d'entrée, et il y  avait foule). Des panneaux solaires installés sur le toit de la maison semblent indiquer une sensibilité écologiste chez les habitants actuels, et donc que peut-être l'environnement de maquettes en pierres dorées du Beaujolais, réalisé par Charles Billy entre 1975 (date de son départ en retraite, il avait été entre autres traceur en gaines et soutien-gorges -ça fait rêver!- puis formier en chaussures) et 1991, date de sa mort subite (sans qu'il ait pu complètement terminer son jardin), cet environnement a des chances de les avoir séduits. Ce qui représenterait un exemple de pérennisation d'un environnement spontané par succession de différents propriétaires, ce qui n'est pas du tout fréquent (en général, le nouveau venu, vandale légal, fait place nette et renvoie l'oeuvre vite fait à la fosse, d'où il ne reste plus aux archéologues de l'art brut, tel un Olivier Thiébaut par exemple, qu'à les exhumer...si possible). 

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Le portail d'entrée de la propriété de feu Charles Billy, état 2008, ph.B.Montpied

    Je souligne que le lieu est désormais inaccessible aux visiteurs. C'est pourquoi je ne redonne pas ici l'adresse et la localisation exactes du jardin aux maquettes de pierres dorées.

Biblio: B.Montpied, Charles Billy, artisan comme au Moyen-Age, in Artension n°7, déc.1988.

          B.Montpied, Charles Billy et le jardin des pierres d'or, in Raw Vision, n°3, été 1990.

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Charles Billy, interrogé par B.Montpied en 1990, devant les sept bassins de l'allée d'entrée de son jardin, ph.J-L.Montpied
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Au loin on aperçoit, c'était fait pour être aperçu de la route, un personnage s'apprêtant à emboucher une bouteille, c'est un détail du Monument au Beaujolais, une des dernières réalisations de Charles Billy en 1990 (en regardant la photo de 1990 que j'insère ci-dessous, on verra Charles Billy prenant la pose du personnage qu'il était sur le point de créer)
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Il est écrit sur le pilier du monument: LE BOJOLEI SAI BON

27 octobre 2007

Le vingt-huitième numéro de "Création Franche"

 

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  Le n°28 de la revue Création Franche, qui paraît apparemment deux fois l'an, vient de sortir (numéro de septembre). Au sommaire, toujours une suite d'articles sur des créateurs variés, avec ce principe maintes fois réaffirmé auparavant par le rédacteur en chef Gérard Sendrey (artiste et deus ex machina du musée éponyme de la Création Franche, situé comme on sait au 33, ave du Maréchal de Lattre de Tassigny, 3313