28 mai 2009
Souvenir des Pierres qui Parlent, Marie-Antoinette Bassieux
Qui se souvient des "Pierres qui Parlent" et de leur petit musée à Dieulefit dans la Drôme?
Une dame fort âgée, Marie-Antoinette Bassieux l'avait créé dans une boutique vitrée où elle abritait sur des rayonnages des dizaines et des dizaines de cailloux, galets de rivière ou autres. Elle avait perçu des images inscrites à leur surface. Convaincue que bien entendu le public distrait n'a pas toujours la disponibilité requise pour reconnaître ces signes, à ses yeux pourtant évidents, Mme Bassieux avait consenti à souligner d'une légère touche de pinceau trempé dans l'encre noire les contours des personnages qu'elle avait reconnus.
L'inconscient naturel de ces pierres, ou l'imaginaire de Dieu (m'est avis que c'était l'hypothèse envers laquelle penchait en premier le coeur de Mme Bassieux...), n'était pas tout à fait naïf en l'occurrence. Ces images trahissaient une culture artistique moyenne, comme si Dieu, avec un coeur qui ressemble parfois à celui d'une midinette, avait beaucoup regardé des estampes, des profils enclos dans des médaillons, des scènes animalières quelconques. Un Dieu bien provincial somme toute (à la mode de jadis, je dis ça pour "G.M."), qui avait glissé ces copies en catimini dans les pierres, poursuivant je ne sais quel but, mais les voies du Seigneur ne sont-elles pas impénétrables?
Cependant, ces pierres interprétées finissaient par charmer. Sans doute parce que quel que soit le motif aperçu dans les matériaux naturels, l'oeil du spectateur reste amusé, intrigué devant tel phénomène de divination. Il y a comme une magie qui opère lorsqu'on se rend compte que l'interprète a sorti un personnage de rien, de l'informe, où pourtant elle l'avait perçu à l'état embryonnaire. Et peut-être que cette magie est d'autant plus opérante lorsqu'elle se manifeste dans le cas de ce genre de création aux sujets à la limite du banal, du convenu.
La collection de Mme Bassieux, dont a parlé en son temps Pierre Bonte (il l'avait interviewée) dans un de ses Bonjour M.le Maire, fut un moment transférée dans un "Naturodrôme", à Crest dans la Drôme toujours et comme le nom de cette collection consacrée à la poésie naturelle l'indique. Puis elle revint de guerre lasse à son point de départ, à Dieulefit (dont le nom, on s'en convaincra aisément, était déjà tout le programme de Mme Bassieux...). L'interprète des pierres m'écrivit quelques lettres pour me faire part des avatars affectant ses collections. Elle aurait bien aimé trouver un lieu qui protége de façon assurée ses pierres "parlantes" aprés son séjour terrestre. Que sont-elles devenues aujourd'hui? C'est ce que je me demandais ces jours-ci. Alors, si vous le saviez, ne vous privez pas d'éclairer nos lanternes...
00:09 Publié dans Archives du peuple singulier, Art immédiat, Art populaire insolite, Art singulier, Poésie naturelle ou de hasard | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : marie-antoinette bassieux, musée des pierres qui parlent, dieulefit, poésie naturelle, art insolite










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Commentaires
En tout cas, le Dieu provincial qui inspire Marie-Antoinette dans ses interprétations me "parle" bien plus que tant d'autres Parisiens qui, eux, ne font pas dans la sobriété. La magie de ces pierres, comme tu le soulignes, tient essentiellement dans cette économie des moyens utilisés.
Qui peut le plus, peint le moins... Vieux dicton d'arrière-province bien connu...
Ecrit par : GM | 02 juin 2009
NB : c'est en regardant tes derniers dessins (à la mine de plomb et pastel) que j'aime bien, que je modifie l'adage : Qui peint le moins, peut le plus...
Ecrit par : Gm | 02 juin 2009
Il y a un an j'ai téléphoné au musée de la nature de Crest, car j'aurai tant voulu voir ces pierres ; ils ne connaissaient pas le nom de Marie Antoinette Bassieux... J'ose espérer que tout n'a pas été détruit . Tenez moi au courant si vous retrouvez trace de ces sculptures.
Ecrit par : fillon | 05 août 2009
Par quel truchement aviez-vous entendu parler de ces "Pierres-Qui-Parlent"?
Et merci pour l'information qu'il y a toujours, donc, un Musée de la Nature à Crest, apparemment réinstallé dans un ancien cinéma.
En 1994, date où j'ai reçu la dernière lettre de Mme Bassieux (qui avait autour de 90 ans à cette date), elle m'avait annoncé le retour de ses Pierres chez elle, à Dieulefit, le "Naturodrôme" allant fermer ses portes à Crest faute d'argent. Elle m'avait parlé d'un neveu qui peut-être s'intéressait à ses pierres qu'elle ne désirait plus présenter à cete date de façon publique, ouverte sur la rue comme ça l'était encore vers 1987. Il est possible qu'elles soient ainsi préservées dans un recoin secret de Dieulefit ou des environs... Il faut aller sur place. Mme Bassieux habitait place de l'Eglise...
Ecrit par : Le sciapode | 05 août 2009
Cette collection existe bien toujours à Dieulefit. Ceux qui sont intéressés par cette collection peuvent me joindre à l'adresse carolebassieux@orange.fr.
Ecrit par : Bassieux | 11 août 2009
Merci Mme Bassieux de vous être manifestée et de nous apprendre l'existence prolongée des "Pierres qui parlent". Je suis sûr que d'autres que moi, n'est-ce pas "Fillon"?, seront ainsi ravis de se mettre en contact avec vous.
Ecrit par : Le sciapode | 11 août 2009
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