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28/05/2009

Souvenir des Pierres qui Parlent, Marie-Antoinette Bassieux

     Qui se souvient des "Pierres qui Parlent" et de leur petit musée à Dieulefit dans la Drôme?

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Marie-Antoinette Bassieux, pierre interprétée, vers 1985 ; photographe inconnu

      Une dame fort âgée, Marie-Antoinette Bassieux l'avait créé dans une boutique vitrée où elle abritait sur des rayonnages des dizaines et des dizaines de cailloux, galets de rivière ou autres. Elle avait perçu des images inscrites à leur surface. Convaincue que bien entendu le public distrait n'a pas toujours la disponibilité requise pour reconnaître ces signes, à ses yeux pourtant évidents, Mme Bassieux avait consenti à souligner d'une légère touche de pinceau trempé dans l'encre noire les contours des personnages qu'elle avait reconnus.

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Marie-Antoinette Bassieux, pierre interprétée, vers 1985 ; ph.inc.

      L'inconscient naturel de ces pierres, ou l'imaginaire de Dieu (m'est avis que c'était l'hypothèse envers laquelle penchait en premier le coeur de Mme Bassieux...), n'était pas tout à fait naïf en l'occurrence.  Ces images trahissaient une culture artistique moyenne, comme si Dieu, avec un coeur qui ressemble parfois  à celui d'une midinette, avait beaucoup regardé des estampes, des profils enclos dans des médaillons, des scènes animalières quelconques. Un Dieu bien provincial somme toute (à la mode de jadis, je dis ça pour "G.M."), qui avait glissé ces copies en catimini dans les pierres, poursuivant je ne sais quel but, mais les voies du Seigneur ne sont-elles pas impénétrables?

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Marie-Antoinette Bassieux, pierre interprétée (une souris grignotant une partition), vers 1985 ; ph.inc.

      Cependant, ces pierres interprétées finissaient par charmer. Sans doute parce que quel que soit le motif aperçu dans les matériaux naturels, l'oeil du spectateur reste amusé, intrigué devant tel phénomène de divination. Il y a comme une magie qui opère lorsqu'on se rend compte que l'interprète a sorti un personnage de rien, de l'informe, où pourtant elle l'avait perçu à l'état embryonnaire. Et peut-être que cette magie est d'autant plus opérante lorsqu'elle se manifeste dans le cas de ce genre de création aux sujets à la limite du banal, du convenu.

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Marie-Antoinette Bassieux, pierre interprétée, vers 1985 ; ph.inc.

      La collection de Mme Bassieux, dont a parlé en son temps Pierre Bonte (il l'avait interviewée) dans un de ses Bonjour M.le Maire, fut un moment transférée dans un "Naturodrôme", à Crest dans la Drôme toujours et comme le nom de cette collection consacrée à la poésie naturelle l'indique. Puis elle revint de guerre lasse à son point de départ, à Dieulefit (dont le nom, on s'en convaincra aisément, était déjà tout le programme de Mme Bassieux...). L'interprète des pierres m'écrivit quelques lettres pour me faire part des avatars affectant ses collections. Elle aurait bien aimé trouver un lieu qui protége de façon assurée ses pierres "parlantes" aprés son séjour terrestre. Que sont-elles devenues aujourd'hui? C'est ce que je me demandais ces jours-ci. Alors, si vous le saviez, ne vous privez pas d'éclairer nos lanternes... 

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Marie-Antoinette Bassieux, Tintin, pierre interprétée, vers 1985 ; ph.inc.

Commentaires

En tout cas, le Dieu provincial qui inspire Marie-Antoinette dans ses interprétations me "parle" bien plus que tant d'autres Parisiens qui, eux, ne font pas dans la sobriété. La magie de ces pierres, comme tu le soulignes, tient essentiellement dans cette économie des moyens utilisés.
Qui peut le plus, peint le moins... Vieux dicton d'arrière-province bien connu...

Écrit par : GM | 02/06/2009

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NB : c'est en regardant tes derniers dessins (à la mine de plomb et pastel) que j'aime bien, que je modifie l'adage : Qui peint le moins, peut le plus...

Écrit par : Gm | 02/06/2009

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Il y a un an j'ai téléphoné au musée de la nature de Crest, car j'aurai tant voulu voir ces pierres ; ils ne connaissaient pas le nom de Marie Antoinette Bassieux... J'ose espérer que tout n'a pas été détruit . Tenez moi au courant si vous retrouvez trace de ces sculptures.

Écrit par : fillon | 05/08/2009

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Par quel truchement aviez-vous entendu parler de ces "Pierres-Qui-Parlent"?
Et merci pour l'information qu'il y a toujours, donc, un Musée de la Nature à Crest, apparemment réinstallé dans un ancien cinéma.
En 1994, date où j'ai reçu la dernière lettre de Mme Bassieux (qui avait autour de 90 ans à cette date), elle m'avait annoncé le retour de ses Pierres chez elle, à Dieulefit, le "Naturodrôme" allant fermer ses portes à Crest faute d'argent. Elle m'avait parlé d'un neveu qui peut-être s'intéressait à ses pierres qu'elle ne désirait plus présenter à cete date de façon publique, ouverte sur la rue comme ça l'était encore vers 1987. Il est possible qu'elles soient ainsi préservées dans un recoin secret de Dieulefit ou des environs... Il faut aller sur place. Mme Bassieux habitait place de l'Eglise...

Écrit par : Le sciapode | 05/08/2009

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Cette collection existe bien toujours à Dieulefit. Ceux qui sont intéressés par cette collection peuvent me joindre à l'adresse carolebassieux@orange.fr.

Écrit par : Bassieux | 11/08/2009

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Merci Mme Bassieux de vous être manifestée et de nous apprendre l'existence prolongée des "Pierres qui parlent". Je suis sûr que d'autres que moi, n'est-ce pas "Fillon"?, seront ainsi ravis de se mettre en contact avec vous.

Écrit par : Le sciapode | 11/08/2009

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Effectivement, cette collection n'a pas bougé d'un pouce depuis 15ans, si bien que personne n'en profite malheureusement... Si quelqu'un tient vraiment à venir la voir à nouveau, sur place, c'est encore possible. Il vous suffit de me contacter à l'adresse suivante : adrien.bassieux@laposte.net

Écrit par : Adrien BASSIEUX | 10/06/2010

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C'est bien dommage de ne plus voir cette collection de pierres interprétées qui font partie du patrimoine dieulefitois .

Pourquoi ne pas constituer un mini musée dieulefitois pour mettre en valeur toutes ces pierres, pour l’intérêt des habitants du village et des touristes et en mémoire de Marie Antoinette Bassieux qui paraissait très inspirée !...

Écrit par : claude delclaux | 20/02/2017

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Monsieur, la balle est dans votre camp, surtout si vous êtes sur place. Vous avez deux commentateurs précédents qui sont des membres de la famille de Mme Bassieux et qui vous donnent leurs adresses mail. Avez-vous essayé de les joindre?

Écrit par : Le sciapode | 21/02/2017

Je n'ai pas reçu de courriel depuis pas mal de temps quant à cette collection. Néanmoins j'ai pu la faire visiter par 2 sympathiques personnes il y a 2 ou 3 ans, qui m'avaient contacté par ce blog. Une rencontre très agréable !

Écrit par : Adrien BASSIEUX | 13/07/2017

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Bonjour M. Bassieux,
J'ai inséré quelques photos des pierres de Marie-Antoinette Bassieux avec une notice sur elle dans mon livre "Le Gazouillis des éléphants" (monumental inventaire des environnements créés par des autodidactes populaires en France depuis le XVIIIe siècle), à paraître dans toutes les bonnes librairies en novembre prochain. En espérant que cela relancera la mémoire à propos de cette créatrice attachante.
Bien cordialement.

Écrit par : Bruno Montpied | 13/07/2017

Il est heureux que les précieuses interprétations minéralogiques de Mme Bassieux soient conservées en de bonnes mains et puissent être vues par les amateurs qui en manifestent la demande, comme je ne manquerai pas de le faire le jour où j'irai explorer les merveilles de la Drôme. Par ailleurs, je me permets de suggérer aux lecteurs du Poignard subtil de prendre connaissance d'un article d'André Breton, «Langue des pierres», publié dans le Surréalisme même en 1957 et repris dans Perspective cavalière. Dans ce texte particulièrement inspiré qui fait de l'étude érudite un véritable poème en prose, Breton évoque les enchantements, propres à l'enfance et à tous ceux qui ne la renient pas à l'âge adulte, de la recherche passionnée des pierres, et l'idée d'universelle analogie qui s'y révèle. Puisse le gamahiste, cet astrologue à rebours, qui séjourne dans le subconscient de chacun d'entre nous, ne se lasser jamais de scruter le lit des rivières, la grève des océans ou simplement le ruban de granit qui coule au long des trottoirs.

Écrit par : L'aigre de mots | 13/07/2017

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C'est joli,ça, gamahiste....

Je pense aussi à l'Ecriture des pierres de Caillois.

Écrit par : Valérie | 14/07/2017

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A signaler, Valérie - puisque vous citez Caillois, différent de Breton comme vous savez, puisqu'il cherchait, paradoxalement, à mettre en exergue la pierre dans son aspect brut, dans son existence non interprétée par l'homme, dans son essence en quelque sorte, l'homme étant vu par Caillois comme une partie de l'univers et de la nature et non pas comme un sujet se projetant sur cette même nature - à signaler, donc, la magnifique édition récente par le Museum national d'histoire naturelle et les éditions Xavier Barral, intitulée "La lecture des pierres", consacrée à Roger Caillois (2014). L'ouvrage rassemble trois ensembles de textes, "Pierres" (1966), "L'écriture des pierres" (1970) et "Agates paradoxales" (1977). Il est impeccablement imprimé et mis en pages, avec des reproductions, nombreuses et choisies avec soin, des minéraux de la collection que Caillois donna au muséum d'histoire naturelle (où on peut l'admirer parfois hélas de manière trop partielle au Jardin des Plantes à Paris). Si vous êtes une admiratrice de "l'Ecriture des pierres" que l'on trouva longtemps en poche d'après l'édition Skira, cela vaut le coup de casser un peu sa tirelire et de se procurer ce fort volume incontournable, qui propose les images des pierres les plus belles de la collection Caillois, placées en vis-à-vis de ses réflexions toujours stimulantes.

Écrit par : Le sciapode | 16/07/2017

Le gamahiste est celui qui recherche et collectionne les gamahés, ces pierres talismaniques où seraient gravées des images hiéroglyphiques. C'est un doublet de « camaïeu », en latin « camaheus », « camée », mot peut-être issu lui-même de l'arabe «qama'il», « boutons de fleur », selon le dictionnaire étymologique de Bloch et Wartburg.

Écrit par : L'aigre de mots | 15/07/2017

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Merci..

Écrit par : Valérie | 16/07/2017

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