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16/08/2026

Des Pierres qui se remettent à parler

     En 2009, sur ce blog, puis en 2017 dans mon Gazouillis des éléphants (réédité – faut pas que je me lasse de le répéter – en 2024 chez Hoëbeke-Le Sandre, si bien qu'il est toujours disponible si vous le cherchez), j'avais évoqué les pierres peintes à l'encre de Mme Bassieux, une ancienne nonne qui collectait les pierres des chemins pour en révéler les figures qu'elle prétendait y voir. J'avais visité son petit musée à la fin des années 1980 à Dieulefit (le nom de cette bourgade à lui seul annonçait la philosophie de cette visionnaire de campagne), et il m'avait semblé que les images peintes sur ses cailloux, Mme Bassieux les inventait pour une bonne part ex-nihilo (à partir de rien, en bon français), tandis que d'autres restaient davantage du domaine – bien répertorié et décrit par nombre de bons auteurs – de la paranoïa critique à la Dali (première manière, je ne parle pas de la période Avida Dollars), d'une attitude simplement visionnaire en somme, découlant de la perception de formes dans les minéraux, comme tout bon amateur de paréidolies peut en détecter en laissant son inconscient vaticiner à partir d'elles. Chez Mme Bassieux, les images me paraissaient ainsi pour beaucoup plaquées sur ses pierres, sans qu'il y ait eu vision, paréidolie au départ.

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Pierres de Marie-Antoinette Bassieux choisies pour leur aspect visionnaire ; photos Bruno Montpied, juillet 2026 au musée Cécile Sabourdy.

 

      Un bon lot de ses pierres a été prêté récemment au musée Cécile Sabourdy, dans un "projet de dépôt", suite à ma recommandation auprès de l'ex-directrice du musée et ma médiation entre elle et la famille (qui s'était manifestée auprès de moi, du reste, via ce blog à la suite de la note mise en lien plus haut). Une première exposition s'y est tenue du 15 novembre 2025 au 19 mars 2026.

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Vue d'une partie des salles de l'exposition de 2025-2026 ; photo archives Musée Cécile Sabourdy.

 

     A la suite de cette dernière, quelques exemplaires de ces pierres à images ont été accrochés dans une salle du rez-de-chaussée dans la collection permanente. Elles ont bénéficié des mêmes petits rayonnages qui avaient reçu quelque temps auparavant les bouteilles peintes de Céline et Louis Beynet, autres oeuvres que j'avais poussé le musée à acquérir.

     Les pierres choisies l'ont été en fonction de l'appréhension à sens unique de l'ex-directrice, Stéphanie Birembaut, qui a veillé selon ce que l'on m'en a dit lors de ma récente visite en juillet dernier à leur présentation. A savoir que cette appréhension n'a visé que le côté visionnaire, paréidolique de ces interprétations encrées. Et je peux le comprendre. Pour une conservatrice soucieuse de fasciner le public amené à visiter ces collections, on choisit bien souvent l'angle le plus séduisant, le plus parlant. Et l'esthète en nous penche avant tout vers les travaux d'ordre visionnaire. Mais je le répète, il arrivait aussi à Marie-Antoinette Bassieux de plaquer ses images sur les cailloux, comme si ces derniers n'étaient que des supports lambda, parce qu'elle voulait chanter la création, avant tout divine, selon sa philosophie religieuse. Je me dois de le souligner. Un exemple m'en est fourni par cette pierre où l'on reconnaît une souris en train de grignoter une partition, genre d'image que je crois difficile à halluciner sur une pierre...

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Photo archives Marie-Antoinette Bassieux, années 1980.

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Cette jeune fille recueillie, là aussi, me paraît posée sans réellement découler de la forme de la pierre, hormis l'aspect ovoïde de son crâne ; le réalisme du dessin, également, ne paraît pas pouvoir être imputé à la matière de la pierre ; ph. B.M., juillet 2026.

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Autre exemple de visage "plaqué"... ; cependant, je nuance: en dépit de son côté réaliste, ce visage qui paraît invectiver par son contraste avec la matière dont il est issu reste fort séduisant à regarder ; ph. B.M., juillet 2026.

13/08/2026

Trois expositions à voir au musée Cécile Sabourdy cet été

 
       "Effet cocktail" : 
 
    Sont exposés cet été au musée de Vicq-sur-Breuilh (50 kms en dessous de Limoges) Cécile Sabourdy, André Bauchant, Maurice Loirand, Eva Lallement, Germaine Coupet dite Existence, Raymonde et Pierre Petit, Marie-Antoinette Bassieux (voir note à suivre sur ce blog), tous artistes ou créateurs que l'on range dans l'art naïf (ou l'art brut, en ce qui concerne le couple Petit, Eva Lallement étant, elle, à la frontière de l'art singulier). Ce réaccrochage de la collection permanente du musée, au rez-de-chaussée du bâtiment (qui s'est récemment pourvu d'une extension), préfigure, paraît-il, l'orientation muséale de l'année prochaine qui devrait approfondir cet ancrage du côté de l'art naïf. En espérant que ce dernier restera du même (excellent) niveau que les artistes cités ci-dessus. 
    On attend une nouvelle directrice ou un nouveau directeur à Vicq, sa précédente responsable, Stéphanie Birembaut, ayant quitté le musée pour prendre la direction du musée de Rochechouart.
 

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Cécile Sabourdy (1893-1970), Dans les tranchées de l'arrière, jeune femme offrant des fruits à nos soldats (14-18), non daté, huile sur toile, collection privée, exposé au musée en 2020 ; photo Bruno Montpied.

 
      "Pierre Albasser de A à Z, 30 ans d'art singulier"
     Le musée propose également une vaste exposition de notre vieil ami adepte de mises en forme picturales sur cartons d'emballage qu'il effectue (effectuait? Car on dirait que les outils sont devenus plus neufs récemment) à l'aide de traceurs usagés.
 

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Pierre Albasser, Barilla, 36,5 x 28,5 cm, 2019 (pas forcément exposé à Vicq-sur-Breuilh) ; photo archives Albasser.

 
 
       "L'idiome du village", collection Jean-François Vrod
 
    Des trois expositions, c'est peut-être celle qui a le plus éveillé ma curiosité lors de mon passage à Vicq: il s'agit d'une sélection de créateurs inconnus débusqués par le musicien traditionnaliste et progressiste Jean-François Vrod, que l'on peut classer entre art populaire, art naïf voire art brut. Vrod en effet décèle au sein de ce dernier une composante populaire marquée, et il a bien raison de mon point de vue. J'en parlerai plus largement dans un article à paraître dans le numéro d'Artension à paraître début septembre. Les lecteurs du Poignard ont dû noter que je (re)collabore régulièrement avec ce magazine depuis l'été 2019 (j'y avais en effet participé plusieurs années auparavant, entre 1988 et 1991 environ).
 

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Philippe Durand, cinq figurines en bois taillé ; l'auteur a été découvert par Jean-François Vrod dans deux points de vente, situés à Paris et à Mende, d'une coopérative appelée "Artisans et paysans de la Lozère"; photo communication du musée Cécile Sabourdy.

28/05/2009

Souvenir des Pierres qui Parlent, Marie-Antoinette Bassieux

     Qui se souvient des "Pierres qui Parlent" et de leur petit musée à Dieulefit dans la Drôme?

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Marie-Antoinette Bassieux, pierre interprétée, vers 1985 ; photographe inconnu

      Une dame fort âgée, Marie-Antoinette Bassieux l'avait créé dans une boutique vitrée où elle abritait sur des rayonnages des dizaines et des dizaines de cailloux, galets de rivière ou autres. Elle avait perçu des images inscrites à leur surface. Convaincue que bien entendu le public distrait n'a pas toujours la disponibilité requise pour reconnaître ces signes, à ses yeux pourtant évidents, Mme Bassieux avait consenti à souligner d'une légère touche de pinceau trempé dans l'encre noire les contours des personnages qu'elle avait reconnus.

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Marie-Antoinette Bassieux, pierre interprétée, vers 1985 ; ph.inc.

      L'inconscient naturel de ces pierres, ou l'imaginaire de Dieu (m'est avis que c'était l'hypothèse envers laquelle penchait en premier le coeur de Mme Bassieux...), n'était pas tout à fait naïf en l'occurrence.  Ces images trahissaient une culture artistique moyenne, comme si Dieu, avec un coeur qui ressemble parfois  à celui d'une midinette, avait beaucoup regardé des estampes, des profils enclos dans des médaillons, des scènes animalières quelconques. Un Dieu bien provincial somme toute (à la mode de jadis, je dis ça pour "G.M."), qui avait glissé ces copies en catimini dans les pierres, poursuivant je ne sais quel but, mais les voies du Seigneur ne sont-elles pas impénétrables?

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Marie-Antoinette Bassieux, pierre interprétée (une souris grignotant une partition), vers 1985 ; ph.inc.

      Cependant, ces pierres interprétées finissaient par charmer. Sans doute parce que quel que soit le motif aperçu dans les matériaux naturels, l'oeil du spectateur reste amusé, intrigué devant tel phénomène de divination. Il y a comme une magie qui opère lorsqu'on se rend compte que l'interprète a sorti un personnage de rien, de l'informe, où pourtant elle l'avait perçu à l'état embryonnaire. Et peut-être que cette magie est d'autant plus opérante lorsqu'elle se manifeste dans le cas de ce genre de création aux sujets à la limite du banal, du convenu.

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Marie-Antoinette Bassieux, pierre interprétée, vers 1985 ; ph.inc.

      La collection de Mme Bassieux, dont a parlé en son temps Pierre Bonte (il l'avait interviewée) dans un de ses Bonjour M.le Maire, fut un moment transférée dans un "Naturodrôme", à Crest dans la Drôme toujours et comme le nom de cette collection consacrée à la poésie naturelle l'indique. Puis elle revint de guerre lasse à son point de départ, à Dieulefit (dont le nom, on s'en convaincra aisément, était déjà tout le programme de Mme Bassieux...). L'interprète des pierres m'écrivit quelques lettres pour me faire part des avatars affectant ses collections. Elle aurait bien aimé trouver un lieu qui protége de façon assurée ses pierres "parlantes" aprés son séjour terrestre. Que sont-elles devenues aujourd'hui? C'est ce que je me demandais ces jours-ci. Alors, si vous le saviez, ne vous privez pas d'éclairer nos lanternes... 

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Marie-Antoinette Bassieux, Tintin, pierre interprétée, vers 1985 ; ph.inc.