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29/11/2009

Comme enragé

Protest song, bande piétonnière usée, rueVivienne, Paris 1er ardt, ph. Bruno Montpied, oct 2009.jpg
Protest song, bande piétonnière usée, rue Vivienne à Paris, oct 2009, ph.Bruno Montpied
(ou "un couple improbable de danseurs de tango...", selon un de mes lecteurs, Gilles M.)

25/11/2009

Comment les enfants voient-ils l'au delà? Enquête

D'après vous, qu'est-ce qu'il y a après la mort ?

 

I : On devient un squelette, on va dans les cimetières, on fait peur aux gens qui viennent visiter le cimetière.

N : On devient un animal... Celui qu'on voulait être dans la vie. Moi, je voudrais être un écureuil.

Y : On reste cadavre. On dort. On fait des rêves heureux.

détail d'une tombe au cimetière de Murat, ph.Bruno Montpied, 2007.jpg Ph. Bruno Montpied, cimetière de Murat, 2007

J : On devient zombie. Mort-vivant. Et puis après, on essaye de vous attraper. Parce que les zombies attaquent les vivants, les êtres humains, les chiens, les chats... C'est un monsieur qui est très méchant, un inventeur, c'est lui qui a transformé les morts en zombies.

F : On vous met dans un drap blanc, puis au cimetière, directement dans la terre.

I : On va dans le ciel, on est des esprits, on ne les voit pas (invisibles). Dieu, il nous met dans l'enfer ou au paradis.

B : On se fait enterrer et ensuite direct au paradis ou direct en enfer.

N : On nous enterre et après on a une autre vie qui est la même qu'avant et qui se répète.

S : On est enterré, on devient un mort.

Costume d'Halloween, vu sur le blog Anonymous Works.JPG

Costume d'Halloween, vu sur le site Anonymous Works, USA

Z : Si on se fait incinérer, on est dans un bocal et si on est enterré, le corps se transforme petit à petit en terre. Il n'y a plus rien.

N : Notre corps devient un squelette. On le met comme dans une boîte. Le squelette disparaît petit à petit.

C-E-V : On existe encore, on devient un fantôme qui va au paradis. C'est comme un hôtel. 

H : C'est un château le paradis. Y a pas de serviteurs... Il y fait chaud. Y a pas d'hiver.

N : Aussi, on brûle notre corps, on devient un elfe qui protège tout le monde. Au paradis, il fait chaud. Tout se passe bien. Il y a Dieu. Il a la peau noire. Il est vieux et il a de la famille au paradis, et il a aussi un enfant qui porte une couronne qui s'appelle Jésus. La famille de Dieu elle porte une couronne. 

F : On est mort, il y a des gens qui nous voient. Nous sommes blancs avec des yeux tout noirs. Les vivants ont peur de nous.

Gironella, squelette sculpté sur liège,extrait du blog d'Eric Poindron).jpg
Joaquin Vincens Gironella, squelette sculpté en liège, extrait du blog d'Eric Poindron, Le Cabinet de curiosités

 K : On va sur une planète nommée la Mort. Elle est exactement pareille que la Terre. Elle a un bouclier qui la rend invisible à la Terre. C'est la planète des morts. Il y a deux parties, une pour les méchants qui ont fait des bêtises et une pour les gentils.

L : On meurt quand on est vieux, on devient squelettes. Les gens vont pour mettre les os dans le cimetière. 

I : Le paradis, c'est une ville ronde, très grande, on y obtient tout ce qu'on veut. 

 Is. : J'ai un arrière-grand-père qui est mort en Chine. On l'avait mis dans une boîte en haut de.... Il était dehors. Les gens venaient le voir. Il ne parlait pas. Il ne bougeait pas. Son visage était pareil que lorsqu'il était vivant. On ne savait pas s'il dormait ou s'il était mort. Ma grand-mère, elle pleurait (rire...).

F : J'ai un tonton que j'ai pas connu qui est mort à cause d'une forte maladie. Ma mère était allée voir quand il était mort. Moi j'étais pas né. Il est à la Guadeloupe maintenant dans un cimetière prés d'un lac. Après la mort, on peut survivre dans les cœurs des gens qui restent. Dieu peut faire vivre les morts d'une autre manière.

A : Les animaux, on les brûle. On enterre les cendres sous la terre. Leurs esprits restent sous la terre et pensent à leur vie passée.

R : On part au paradis qui est joli. C'est une ville dans le ciel où à la place du plancher il y a des nuages.

Fous. : On va en enfer. C'est un endroit tout cassé. On passe son temps à se battre et le ciel de l'enfer est rouge à cause de la colère des morts, et les nuages sont noirs.

Cimetière de Sapinta, photo Association Geppetto,2008.jpgCimetière de Sapinta en Roumanie, tombes sculptées et gravées par Stan Ion Patras et ses successeurs, photo transmise par l'Association Geppetto (Carla-Bayle)

A : On va au paradis, c'est la campagne. Il y a des vaches et des chevaux. Des fontaines de jus d'orange. On s'y baigne. On mange des éclairs au choco et du poulet-frites. 

D : On devient invisible et on va dans le ciel, on a des ailes.

Ir : On va au paradis, et ceux qui ont menti dans la vie vont en enfer. Il y a plein de pièges. On s'assied sur des chaises avec des clous.

N : On renaît quand on est mort, on revit... Les animaux, eux, deviennent des objets. 

R : On a la belle vie. On mange de bonnes choses... On fait tout ce qu'on veut avec Dieu. C'est un homme qui a été le premier sur la Terre. Quand il est mort il est allé au paradis direct. Après, il y a les animaux qui sont venus... Comme il y avait beaucoup de singes, ils se sont transformés en hommes....

Fous. : On reste comme on est mais on est transparent. On descend de l'enfer pour détruire les personnes qui nous ont fait mal. On revient sur terre comme fantômes... Et on essaye de trouver le bonheur.

A : On danse, on fait la fête tous les soirs. On n'y grossit jamais... Dieu c'est lui qui fait les repas. Il est maigre et gros à la fois. Il est habillé en blanc et il a un bouclier en bronze. C'est le chef !

Détail d'une tombe au cimetière de Murat, photo Bruno Montpied, 2007.jpg
Cimetière de Murat, détail d'une tombe, ph.BM, 2007

 Ir. : Ceux qui vont en enfer y restent cinq ans. Après ils revivent. Au paradis, ils restent un an. Ils reviennent en animaux. 

(Atelier d'écriture dans une BCD, avec des enfants de 7 ans, mai 2009)

23/11/2009

Une exhumation: "L'Homme-Serpent" de Pierre Jaïn

« L'Homme-serpent »

Fig 1, Homme-Serpent, ph. Benoît Jaïn.jpg
1. Os, fer, L: 15,3 cm , H: 10,5 cm , P: 7 cm, vers 1965, collection Benoît Jaïn

       Cet objet a été découvert lors des fouilles menées pendant l'été 2006 dans l'ancien jardin de Pierre Jaïn, à Keryoré sur la commune de Kerlaz dans le Finistère. C'est au cours de son récent nettoyage (août 2009), que la trouvaille a révélé sa véritable nature ; les petites traces laissées par des outils indiquent visiblement l'intervention du sculpteur ; ainsi, sur la face postérieure, à la perpendiculaire de la base du nez, deux marques de sciage sont nettement apparentes (Fig. 2).

Fig 2, ph.Benoît Jaïn.jpg
2.

     Enfoui pendant près d'une quarantaine d'années - entre 1967, année du décès du sculpteur et 2006, année de son exhumation - l'objet est en assez bon état. Il s'agit du cartilage d'une corne de vache, demeuré à l'état brut ; à peu près en son milieu et à sa base, un trou de 2 cm de diamètre laisse deviner sa structure interne cloisonnée. A son extrémité, le petit bout de crâne subsistant représente la tête d'un personnage vu de profil (Fig. 3).

Fig 3, ph.Benoît Jaïn.jpg
3.

     Le nez est long et recourbé ; par sa forme, selon le point de vue adopté, la bouche, peut paraître petite et fermée sur des lèvres fines ou alors, plus large et ouverte sur des petites excroissances comme des dents. La mâchoire est soulignée par la forme naturelle de l'os, la jonction du crâne et du cartilage se poursuivant sur toute la hauteur de la tête du personnage ; un trou perçant la cloison de l'os figure un œil à l'expression triste. Un clou en fer rouillé y est introduit, l'os ayant été exhumé dans cet état. Cet élément matériel mais aussi l'esthétique et la forme générale de cette petite sculpture viennent interroger son association possible avec les thèmes abordés par le sculpteur Jaïn dans l'environnement de son jardin.

      L'os était enfoui à une faible profondeur, au pied d'un tertre de 1,50 m de hauteur élevé par Jaïn à proximité d'un jeune pommier au début des années 1960. Il y avait aménagé une niche abritant une sculpture en bois, toujours existante, figurant un homme nu et barbu portant un cache-sexe (Fig.4, ci-contre)Fig 4, Adam, ph.Benoît Jaïn.jpg; la « Hutte d'Adam » était reliée par une chaîne à une autre composition, le « Baquet d'Eve ». Cette demi-barrique renversée, décorée de ciment incrusté d'objets divers, redécouverte en 2006, était le refuge d'une autre sculpture représentant une femme nue couchée (Fig. 5) inspirée de La Tentation d'Ève d'Autun, un bas-relief d'époque romane.Fig 5, Eve, ph.Benoît Jaïn.jpg L'ensemble de cet aménagement formait ainsi une évocation personnelle du paradis terrestre (Fig. 6).

Fig 6, ph. Dr.Maunoury, 1964.jpg

     L'os était-il fixé sur les montants en bois encadrant la « Hutte d'Adam », comme laisse présumer ce clou ? Probablement car une scène du film super 8 tourné par le Docteur Maunoury et son épouse en 1965 permet d'entrevoir un objet à la forme similaire aux abords de l'aménagement.

     Simple conjecture, en observant cette œuvre singulière, il est possible d'imaginer que cette tête humaine et son appendice animal est une créature fantastique, une sorte de monstre hybride, mi-homme mi-serpent, marchant sur son ventre. Et comme cet « Homme-Serpent » semble exprimer ici un grand désarroi, comment ne pas voir en lui Nahash, le « Serpent » de la Genèse qui entraîne la chute d'Adam et Ève en les faisant goûter au fruit défendu ? La thématique religieuse et biblique est omniprésente dans l'œuvre de Jaïn, grand mystique aux interrogations millénaristes.

     Par son matériau, cet objet n'est pas unique dans la création de Jaïn puisqu'il en réalisa environ une trentaine entre 1964 et 1966, alors qu'il souffrait en silence d'une psychose hallucinatoire chronique. La Collection de l'Art Brut conserve neuf os sculptés et colorés ; les héritiers de l'artiste en possèdent une douzaine dont une tête de personnage, également déterrée à Keryoré au début des années 1990 (Fig. 7).Fig 7, Pierre Jaïn, Tête en os, ph.Benoît Jaïn.jpg Sculptée à l'épiphyse d'un fémur, semblable aux pièces conservés à Lausanne (cf. notamment Pierre et Renée Maunoury, « Pierre Jain », in L'Art Brut, fascicule n° 10, p.92) elle est singulièrement expressive et, à l'inverse du sombre « Homme-Serpent », celle-ci détonne par son sourire farceur.

Benoît Jaïn

(Saint-Brieuc, 1er Novembre 2009)

Post-scriptum du sciapode: On ne s'étonnera pas de constater que ce farceur de Pierre Jaïn, ton grand-oncle, a choisi pour représenter ce "serpent" tentateur (proche d'un pommier dis-tu) un os à la forme phallique bien conquérante.