Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/10/2010

Stéphanie Lucas, une Jérôme Bosch dans l'art singulier?

    Dans le récent catalogue du 11e festival d'art singulier d'Aubagne (terminé le 29 août dernier), suite à son arrivée in extremis du reste dans la sélection finale du festival, à ce que m'a précisé une distinguée membre de l'association organisatrice, j'avais été passablement estomaqué, puis conquis par des reproductions de tableaux d'une certaine Stéphanie Lucas. Depuis, j'en ai appris un (tout petit) peu plus. Sans formation artistique, sans trop d'information en matière d'histoire de l'art (semble-t-il) non plus, Stéphanie peint sur des tableaux de bonne dimension (environ 60x80cm). L'oeuvre, comme on va le constater ci-dessous, est d'aspect foisonnant! tableaux steph 021.jpg

70 x 70 cm

   L'auteur de ces images paraît priser les mondes imaginaires, univers où sa fantaisie appliquée aux jeux des formes, aux sensuels chromatismes, aux rapprochements audacieux entre des êtres chimériques, au sein d'une végétation et une nature traitées avec délectation, peut se donner libre cours. Comme les enfants qui adorent bâtir des mondes étanches par rapport à la réalité qui les environne, Stéphanie Lucas semble prendre un plaisir extrême à ces mondes parallèles, où les métamorphoses fixes, faute de se déployer dans un art de mouvement, comme le cinéma peut le proposer, se renouvellent d'un tableau à l'autre.

tableaux steph 023.jpg 82 x 65 cm

     Nous sommes ici dans un univers non situé, comme si on nous proposait une tranche de jungle non localisée. Nous entrons de plain pied dans un maelström de sinuosités face auxquelles notre regard s'accommode peu à peu, reconnaissant comme des chapelets de prunelles formant les rayons (ressemblant à des tresses) d'une roue d'engrenage (ou de rouet?) enfoui dans une dégringolade de diablotins, d'effilochages bleus, où se glissent des serpents perplexes, tandis que dans les fonds de cet amas faisant songer à un tricot on croit discerner des vermicelles roux. Des asticots, des scolopendres, des bêtes plus dures à identifier, grignotent, pincent, dévorent patiemment semble-t-il les lianes et les grains qui font la trame de ce monde. Ici, je ne décris qu'un aspect succinct d'un tableau parmi d'autres (celui qui est reproduit ci-dessus).

tableaux steph 024.jpg

  58 x 90  cm

     Notre artiste, si elle n'est pas informée des autres créateurs de mondes imaginaires (des plus anciens - je songe au parricide anglais Richard Dadd -  aux plus contemporains - Stéphanie est cousine sans le savoir des univers de Ruzena ou d'Isabelle Jarousse, son vocabulaire de personnages, de plantes et autres formes étant plus foisonnant et peut-être moins obsessionnel), ne serait-elle pas par ailleurs plus habituée d'une information liée à l'histoire naturelle? Est-elle familière des planches zoologiques, botaniques par exemple? Elle qui constitue à n'en pas douter par ses inventions plastiques une zoologie et une botanique parallèles. 

     On sait par ailleurs que Stéphanie est mariée à Loïc Lucas, lui-même artiste passionné d'images ayant de forts rapports avec les planches anatomiques, particulièrement celles qui reléveraient de la biologie cellulaire (une exposition de ses oeuvres s'est tenue récemment à la galerie Christian Berst, expo dont je m'étais fait briévement l'écho sur ce blog ; j'ajoute que mon intérêt pour la peinture de Mme Lucas n'a rien à voir avec ce lien conjugal que je ne connaissais pas au moment où j'ai vu le catalogue du festival d'Aubagne). On peut à cette occasion aussi se demander pourquoi l'oeuvre de Stéphanie elle-même ne rentrerait pas elle aussi dans une collection d'art brut. A moins qu'au contraire, ce soit l'oeuvre de son mari qui pourrait plus idoinement se ranger dans l'art contemporain,  section du merveilleux contemporain, voire dans un surréalisme sans étiquette, un surréalisme errant?