Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/09/2010

Maïtre Goupil, peintre cachottier, sa biographie

Armand Goupil, monogramme, extrait de la peinture du 14-IV-61.jpg         Voici que la lumière s'est faite pour moi au sujet du peintre autodidacte Armand Goupil, car l'un de ses trois enfants, prénommé et nommé comme lui Armand Goupil (pour la commodité de la relation, je l'appellerai Armand junior), a pris contact pour me donner des informations complémentaires très précieuses au sujet de son père (grand merci monsieur). Je n'avais pas grand chose à dire en effet, jusque là, sur ce dernier, tout au plus des hypothèses à émettre d'après les quelques peintures que j'avais pu voir et photographier au gré des brocantes où elles avaient surgi depuis trois ou quatre ans (voir mon article: Bruno Montpied, "Armand Goupil, peintre inconnu, peintre domestique" dans Création Franche n°29, avril 2008, et les diverses notes publiées sur ce blog).

         Cependant ces hypothèses et rumeurs n'étaient pas très éloignées de la vérité comme on va le voir.

Armand Goupil,Samba sans but sans bas, 1960.jpg

Armand Goupil, Samba Sans but Sans bas, 16-VII-60

 

        Armand Goupil sénior est né le 8 juin 1896 à La Suze-sur-Sarthe, dans un pays où il passa la plus grande partie de son existence. Il est décédé en 1964, soit à soixante-huit ans, au Mans, où il avait pris sa retraite, d'un accident vasculaire cérébral. Ses parents étaient gens fort modestes. Le père, ouvrier tanneur au départ, finit par acheter un bal-restaurant où se tenaient des noces, des banquets. Goupil, remarqué par un instituteur, se dirigea vers l'Ecole Normale pour devenir instituteur lui aussi, intégrant la promotion 1912-1915. Au sortir de ces études, il rentra immédiatement sous les drapeaux pour devenir soldat en pleine guerre, à laquelle il participa sous le fort de Vaux à la bataille de Verdun en 1916. La chance voulut qu'il y soit fait prisonnier (oui, la "chance" car "mort qu'on n'a pas tué", comme il disait à son fils, cette situation lui permit d'éviter les combats), le jour de ses vingt ans. Il fut envoyé en Allemagne, où, refusant de travailler, il fut interné en camp de représailles. Il faillit y mourir de faim, en gardant par la suite une fragilité intestinale qui devait l'affecter le restant de sa vie. 

Armand Goupil,sans titre,18-IX-57.jpg

 

          Il est libéré en 1918, et est tout de suite nommé instituteur à Lamnay dans sa Sarthe natale. C'est le seul poste qu'il exercera jusqu'à sa retraite en 1951. Il épousera l'institutrice du village et fera avec elle trois enfants (dont deux sont encore en vie aujourd'hui). La vie de ce village l'accaparera grandement, puisqu'il y aidait beaucoup de monde, servant à l'occasion d'écrivain public et de secrétaire de la caisse d'Epargne le dimanche matin (le dimanche après-midi étant consacré aux comptes, se souvient son fils Armand junior qui en garde un souvenir accablé...). Comment fit-il pour assurer son rôle de pater familias avec un tel emploi du temps voué à aider à tout moment ses concitoyens? Mystère... Toujours est-il qu'il peignait déjà, même à cette époque, dans les rares temps libres qui lui restaient (Armand junior se souvient d'une de ses premières peintures, à l'adolescence, qui représentait un pont de la Suze), les peintures qu'il estimait (et laissait voir) étant trop travaillées selon son fils, trop banales et convenues.
 

Armand Goupil,sans titre,20-I-62.jpg

 

         C'est surtout à partir de 1951, date à laquelle il prend sa retraite et qu'il déménage au Mans, et où il va s'empresser d'oublier son village envahissant, qu'il se lance dans la peinture du "matin au soir" (se souvient Armand junior). En treize années - puisqu'il disparaît brutalement en 1964 - il va produire semble-t-il plusieurs centaines de peintures, la plupart à l'huile, sur des supports modestes, la plupart du temps sur des cartons d'emballage. Ce ne sera qu'une fois cette oeuvre dispersée, et publiée sur Internet, notamment sur ce blog, que le fils, Armand Goupil, découvrira que nombre d'oeuvres lui avaient été cachées par son père, ainsi du reste qu'aux autres membres de la famille. Les oeuvres à thématique anticléricale ne sont pas faites pour le surprendre puisque l'on connaît bien les opinions des instituteurs laïcs de l'entre-deux-guerres (cela n’empêchait pas Armand Goupil d’apprécier les rencontres avec le Don Camillo de son village, seule personne avec qui il pouvait avoir des conversations d’une certaine tenue intellectuelle, mais curé qui cependant se cachait lorsqu’il rendait visite à l'athée…). Les oeuvres érotiques paraissent inspirées peut-être de l'iconographie présente dans les revues naturistes plus ou moins dissimulées à l'écart par son père, qu'Armand junior se rappelle avoir découvertes après le décès. Ce qui surprendra plus le fils sera la révélation de la contradiction qui habitait son père, aux moeurs austères, féru de discipline et de morale, soucieux du qu'en dira-t-on campagnard, et très chatouilleux quant aux comportements de ses enfants susceptibles de manquements aux lois morales. Les peintures aux sujets coquins fonctionnaient certainement comme une soupape de sûreté, un défoulement mené sur un mode au moins symbolique pour ce père corseté, dans un temps où la vie sexuelle faisait l'objet d'un persistant tabou.

Armand Goupil,Hosanna!Ose,25-XI-60.jpg

         Armand se souvient aussi de sculptures que faisait son père. La famille conserva les peintures les plus convenues. L'ensemble des peintures plus « libres », faites sur les supports de rebut, a été dispersé par un descendant de la famille qui était pressé de faire place nette. Ces oeuvres n'intéressaient pas trop la famille qui n'y décelait pas de valeur particulière, encouragée en cela par la modestie d'Armand Goupil qui avait intériorisé son oeuvre, la réalisant avant tout pour lui-même, dans une démarche assez commune avec celle des créateurs de l'art brut auxquels on ne peut cependant assimiler Goupil (à cause de l'aspect figuratif de son oeuvre, non détachée de la perception rétinienne). Peut-être aussi pour la maintenir à l'abri des regards familiaux. Sa fin brutale ne lui permit pas de la garder du reste éternellement cachée. Son épouse la conserva dans un meuble fort longtemps, d'une façon fétichiste, et lorsqu'elle disparut, ce fut alors qu'elle fut vendue en bloc à un brocanteur qui passait par là. Ce dernier la dispersa méthodiquement, vendant chaque peinture un euro pièce... D'intermédiaire en intermédiaire, les peintures continuèrent alors à circuler, prenant un peu plus de valeur monétaire à chaque nouvelle main. Le mouvement s'est-il aujourd'hui arrêté... ou bien?

Armand Goupil,sans titre, 16-XI-58.jpg

      Ce graphisme domestique, au voyeurisme naïf, basé parfois sur des calembours, mériterait cependant qu'on aille y voir de plus prés en lui consacrant par exemple un petit ouvrage, pourquoi pas?

 

 

Commentaires

Admirable Goupil, qui est à mes yeux l'une des plus confondantes découvertes du Poignard subtil ! Il y a chez ce peintre une liberté d'inspiration exceptionnelle, d'où émane une fraîcheur et une gaieté rares. Il me fait penser, en moins précieux, à Clovis Trouille, en moins cérébral, à Magritte, en moins léché, au Picabia des dernières années. Ces comparaisons négatives ne sont pas là pour l'amoindrir, au contraire, mais pour mieux cerner la qualité d'évidence de ses images. Il partage avec les grands noms précités le même irrespect solaire et joyeux pour les fantoches de la religion et la pantalonnade des bonnes mœurs, mais il le transpose avec une sorte d'innocence supérieure qui se révèle autant dans le contenu que dans l'exécution. Et cela, sans qu'on puisse y déceler le moindre naïvisme.

Écrit par : L'aigre de mots | 06/09/2010

Répondre à ce commentaire

Vous avez raison, Aigre de mots, pas de naïveté de style chez Armand Goupil, à première vue, si on se base sur les images que j'ai mises en ligne. Il s'en approche cependant quelque peu (je le montrerai bientôt grâce à de nouvelles peintures que m'a communiquées tout récemment son fils Armand II).
Si vos références aux peintres me paraissent tout à fait valables (surtout Trouille et le Picabia tardif), j'ai pensé beaucoup pour ma part à le ranger du côté des figuratifs insolites autodidactes, alternative étiquette picturale qui pourrait être associée aux Pataphysiciens, ou à l'Oupeinpo, voire au groupe Panique (Arslan, Olivier O. Olivier, Christian Ziemert et ses peintures à base de calembours, etc.).

Écrit par : Le sciapode | 07/09/2010

Répondre à ce commentaire

Oh oui un joli petit catalogue hommage, quelle bonne idée !!

Écrit par : Claire Ambiphoque | 07/09/2010

Répondre à ce commentaire

Je m'associe au commentaire enthousiaste de l'Aigre de Mots, il n'y a aucun terme à en rejeter. C'est là une superbe découverte et c'est bien d'un grand peintre qu'il s'agit, une fois encore apparu dans ce coin d'Ouest de la France - on n'est pas bien loin de Laval - où semblent se concentrer tant de génies prétendument naïfs. Bravo, cher Sciapode, voilà qui confirme s'il le faut l'évidente raison d'être de votre site. Et hommage, aussi, à Goupil junior : il n'est que trop rare que la génération suivante ne se perde pas en conservation jalouse, ou en déni de filiation, ou en cupidité méchante, mais octroie spontanément son aide à la connaissance.
RG

Écrit par : Régis Gayraud | 08/09/2010

Répondre à ce commentaire

Je ne comprends pas, cher Régis, le refus du "naïf" qui revient à l'occasion sous votre plume. Il y a naïfs et naïfs. Pour moi, le bon naïf est synonyme "d"immédiat". Le peintre naïf de qualité est celui qui a su traduire en peinture son émoi intact devant un moment vécu et profondément ressenti. Certains critiques d'art du siècle dernier parlent à ce sujet de réalisme intellectuel. Quand j'utilise le mot "naïf", c'est à cela que je pense. Nulle niaiserie, nulle mièvrerie, tout au contraire. Il est des cas où l'on est à deux doigts de basculer dans la cuculterie certes, mais avant ces deux doigts, il y a une pulsation poétique indéniable que je serais désolé d'apprendre que vous ne savez pas reconnaître. Serait-ce crainte de l'innocence? Allons, pas vous...

Écrit par : Le sciapode | 08/09/2010

Répondre à ce commentaire

Bonjour, je suis très heureuse de voir que je ne suis pas la seule à ne pas être restée insensible devant les oeuvres d'Armand GOUPIL. J 'ai craqué et en ai acheté un certain nombre il y a 3 ans ,mais depuis je ne cesse de penser qu'il serait bien de les faire découvrir car je pense qu'elles expriment un grand talent.
Je veux bien participer au catalogue hommage et je pense que nous serons nombreux car sur les puces il y avait la bousculade, c'était très convivial et il se dégageait une interrogation et une grande reconnaissance à cet inconnu qui était bien présent avec ces oeuvres: nous avions tous envie de faire sa connaissance.

Écrit par : nadine martineau | 23/05/2011

Répondre à ce commentaire

bonjour
je possede un certain nombre de guaches de Goupil ...je voudrais en acheter d 'autres ...quelqun a une idee ou je pourrais en trouver? merci

Écrit par : antonio cagianelli | 15/03/2012

Répondre à ce commentaire

Je trouve ces images vulgaire.

Écrit par : KADIDIATOU | 12/02/2013

Répondre à ce commentaire

A Kadidiatou:

Ah?
Qu'entendez-vous par là? (Pierre Dac: par là, j'entends pas grand-chose...)

Écrit par : Le sciapode | 12/02/2013

Répondre à ce commentaire

Il y a Kadidiatou, il y a Amarouche sur une autre page. Attention, cher Sciapode, j'ai l'impression que vous vous faites "troller", comme on dit dans l'argot d'internet, et même, semble-t-il, par des bigots barbus.
Quant à Armand Goupil, il mériterait une expo à la halle Saint-Pierre ou ailleurs. Au lieu des branchés de "Hey" et leurs machins qui cassent pas trois pattes à un canard (oui, je sais, ça fait des entrées, ça renfloue les caisses, il faut en passer par là pour plaire à Delanoë, etc., etc...), ça serait autre chose. Et avec vous comme commissaire d'exposition, of course.

Écrit par : Atarte | 13/02/2013

Répondre à ce commentaire

Vous vous trompez sur le rapport à Ivanhoé. La mairie aimerait que la Halle rate ses expos, afin de pouvoir récupérer les locaux et les refiler aux associations du 18e ardt, citoyennistes et autres. Pour cela la mairie étrangle petit à petit la Halle en lui diminuant sa subvention, en lui augmentant son loyer, et autres tracasseries.
Du coup la Halle est condamnée, pour se maintenir à flots toute seule, à monter des expos qui marchent.
Et les expos genre Hey!, ça plaît aux branchés effectivement, on s'y bouscule pour voir cette esthétique épate-bourgeois contemporains (du corps abîmé à la Joël-Peter Witkin, du fantastique kitsch à la Giger pour ados boutonneux, des choses excessives flirtant avec l'antique grand-guignol pour donner l'impression aux bourgeois qu'en plus d'être riches ils ont le privilège de se croire affranchis ; au fond les riches ça ne veut pas de morale, ça veut avoir le droit de faire ce qui lui plaît, c'est sans gêne et ça aime la vulgarité).

Écrit par : Le sciapode | 13/02/2013

Répondre à ce commentaire

Bonjour. Si projet d'ouvrage il y a. Je veux bien me coller à la mise en page. À bon entendeur!

Écrit par : matthieu morin | 26/03/2014

Répondre à ce commentaire

Bonjour, je possède 20 de ses tableaux. Si vous êtes intéressé, contactez-moi par mail.

Écrit par : Breton du sud | 01/09/2016

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire