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14/09/2016

L'homme aux patates révèle de nouveaux éléments sur la Patatonie

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     Nouvelle exposition de Serge Paillard et de son ami archéologue et explorateur le professeur Caldnitz, je présume, le tout commençant dans quatre jours... De retour de cette contrée mythique de Patatonie dont Serge Paillard eut la révélation en dessinant d'innombrables pommes de terre. Ces dernières recélaient des messages venus de ce grand lointain intérieur... Et, bientôt, ne tardèrent pas à apparaître diverses trouvailles archéologiques que Serge Paillard a déjà exposées à quelques reprises, notamment à Montreuil en 2011. Voir ci-dessous quelques-unes de ses trouvailles, ainsi qu'une rare carte de la Patatonie (mais il existe aussi une "photo satellite de la Sidérie orientale"...). Ci-dessus, l'affiche de la nouvelle expo à la Maison Rigolote de Laval (ancienne maison qu'un artiste lavallois a léguée pour qu'on en fasse un lieu d'exposition pour les artistes qui lui succéderaient) nous montre une pierre qui présente une figuration quasi spectrale, qui me fait penser aux silex où Robert Garcet en Belgique, sous sa tour d'Eben-Ezer, voyait, en ce qui le concernait, des signes de civilisation disparue... En réalité, si on consulte le site internet de Serge, on apprend que cette pierre appartient à une "Grotte dite des Anciennes Existences".

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Vestiges patatoniens que l'on pouvait voir à un moment à Laval dans l'atelier de l'artiste, ph. Bruno Montpied, 2012

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Rare document, montrant la carte de la Patatonie, qui ressemble à la mappemonde d'une planète inconnue, Montreuil, ph.B.M., 2011

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Serge Paillard, Premier souvenir de Patatonie (émergence du Visage), dessin à l'encre sur papier, 29,7x21 cm, vers 2009, ph.B.M.

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La Maison Rigolote, à Laval, ph. B.M., 2016

05/05/2016

Une visite chez Ni Tanjung, récit de Petra Simkova, notre correspondante à Bali

Une visite chez Ni Tanjung

par Petra Šimková

 

             Bali, île de Dieu, son art et ses cérémoniaux traditionnels. J'y vivais déjà depuis quelques années quand Bruno Montpied me parla d'une personne très originale, dont la création se  distinguait nettement des traditions enracinées depuis toujours.

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Ce qui subsistait, au moment du passage de Petra, des pierres peintes de Ni Tanjung, photos Petra Šimková, août 2008

 

            Dès lors, j'allais admirer ses œuvres étranges, des pierres arrondies et peintes situées sur un chemin à l'écart, bien loin des routes touristiques. Il y avait une sorte de « montagne » de pierres, où sur chacune était représenté un visage humain ; certains, déjà à moitié effacés par la pluie et le soleil, prenaient un air étrange, peut-être comme une présence un peu sombre. Mais à l'époque, je ne savais pas qu'un jour, je pourrais rencontrer leur auteur, la créatrice Ni Tanjung.

            Puis un jour, par une fin de matinée de janvier, je me suis retrouvée sur mon scooter à suivre une étroite route en zigzags. M'accompagnait madame Arimbi, l'assistante de M. Georges Breguet, qui avait organisé la visite.

 

            Nous passons l'endroit où, quelques années plus tôt, Ni Tanjung a été découverte en train de peindre ses pierres, et nous poursuivons jusqu'à celui où elle vit maintenant. Comme elle ne peut plus prendre soin d'elle-même toute seule, elle vit avec sa fille unique.

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Ni Tanjung avec une couronne de sa fabrication sur la tête, ph. Petra Šimková, février 2016

 

            Ni Tanjung réside au rez-de chaussée d'une maisonnette extrêmement modeste. Sa chambre est minuscule, avec une seule petite fenêtre. Le lit prend toute la place, et sur ce lit, Ni Tanjung, incroyablement maigre, trône comme une reine. Elle est entourée de toute sorte d'objets, bols de riz, boîtes de conserve, pièces de vaisselle et aussi d'une « couronne » de sa fabrication. Tout autour, il y a des objets en papier coloré qui ornent le seul mur de la pièce. Très intéressants, ils me font penser à des sortes d'éventails étranges, de différentes formes, tailles et motifs. Ils créent un grand contraste avec cet environnement austère et plutôt sombre. La base de ces assemblages est toujours une structure en fibres de feuille de palmier sur laquelle sont accrochées plusieurs représentations, humaines, animales ou surnaturelles. Tous ces objets sont très colorés et forment un ensemble important, certains sont même dessinés des deux côtés.

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Ni Tanjung et ses "buissons de figures", les manipulant comme un théâtre d'ombres traditionnel balinais, photos Petra Šimkovà, février 2016

 

            Nous sommes assis dans la cour qui donne sur la petite maison, pour boire un café balinais. Ni Tanjung, qui regarde discrètement à travers l'ouverture sans porte de sa demeure, commence à s'apprêter. Elle extrait de plusieurs boîtes des bijoux de sa fabrication qu'elle se glisse ensuite autour des poignets, des doigts, du cou. Sur une étagère se trouve encore la couronne multicolore qu'elle s'est fabriquée. Dans l'une des boîtes, il y en a une seconde, qui, à ma grande surprise, est constituée de ses cheveux.

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Ni Tanjung, dessins au pastel montés sur assemblage de tiges végétales, ph. Georges Breguet, 2016

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Ni Tanjung avec le miroir grâce auquel, selon Georges Breguet, elle regarde systématiquement ses œuvres après les avoir créées... Ph. Petra Šimková, janvier 2016

 

            Son autre objet de prédilection est un miroir. Le tenant dans ses mains, elle joue avec son reflet et le nôtre. Son reflet crée un dialogue. Il m'est venu à l'esprit que c'est peut-être dans ce miroir qu'elle voit tous les personnages qu'ensuite, elle crée sur le papier, tel le reflet de la vision de son monde intérieur enfoui aux tréfonds de son âme.

            Après un certain temps, elle finit par se coiffer de la «couronne» et me fait signe de la tête que je peux prendre une photo. J'ai le sentiment qu'elle est heureuse de cette photo, et bien qu'elle soit déjà d'un âge avancé et qu'elle ait eu une vie difficile, le visage que je fixe sur la photo a beaucoup de charme, et porte une étincelle dans ses yeux. Fait intéressant cependant, dès que je cesse les prises de vue, elle montre une expression très différente.

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Ph. Petra Šimková, janvier 2016

 

            Ni Tanjung se repose quelques minutes, et nous finissons lentement notre café, assises dans la pièce relativement sombre. Je remarque une guirlande de petites ampoules au plafond, qui sert à éclairer la pièce quand elle crée ses œuvres, car elle travaille essentiellement la nuit. C'est peut-être pourquoi son choix de couleurs est aussi contrasté. Son travail couvre presque tous les murs de la chambre, formant une sorte de théâtre coloré très particulier dont le centre est Ni Tanjung elle-même. Après un moment de repos, elle s'est de nouveau apprêtée sur le lit, et elle commence à danser et à chanter. L'expression de sa danse est très particulière, mais elle se déplace exactement comme les jeunes danseuses balinaises. Elle me regarde dans les yeux et j'ai l'impression que je comprends tout son chant, tous ses mouvements... Je me sens comme si le temps et le lieu de nos origines avaient disparu, et qu'il ne restait plus qu'une belle et authentique expérience, ainsi que son œuvre.

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Ni Tanjung exécutant, assise, une danse balinaise traditionnelle ; on aperçoit derrière elle une partie de la fresque qu'elle avait alors tracée sur le mur de sa maisonnette ; photo extraite d'un petit film de Petra Šimková, février 2016

 

           Nous nous faisons de longs adieux, nous nous serrons les mains avec des sourires, puis tous s'éloignent dans leurs pensées, leurs réflexions, ou encore pour certains d'entre nous, dans leurs réalités et leurs fantasmes insaisissables. Et moi, je suis heureuse d'avoir pu rencontrer personnellement cette artiste originale de Bali.

            

           (Traduit du tchèque par Régis Gayraud (et très légèrement remanié par B.Montpied)

___________ 

 

Merci à Georges Breguet, protecteur et défenseur de Ni Tanjung sans qui ce petit reportage in situ n'aurait pu se faire de façon aussi facilitée.

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Ni Tanjung en compagnie de Georges Breguet, ph. Petra Šimková, février 2016