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15/04/2009

Madeleine Lommel n'est plus...

       J'ai lu en cherchant ce qui pouvait se trouver sur la Toile au sujet de Madeleine Lommel les voeux d'un blogueur qui souhaitait à cette dernière, au début de l'année, de ne pas refuser la paix si elle s'offrait à elle en 2009. Propos devenus ces jours-ci étrangement ambigus. Madeleine l'a de fait trouvée cette paix, malheureusement pour l'éternité... Et c'est une part de miracle qui s'en est aussi allé avec elle.

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Le Château-Guérin à Neuilly-sur-Marne, ancien siège de la collection l'Aracine de 1984 à 1997

      Sacrée bonne femme... Le Château-Guérin, à Neuilly-sur-Marne en sera désormais hanté. C'est dans ce bâtiment prêté à l'association l'Aracine par la mairie que Madeleine Lommel, Claire Teller et Michel Nedjar commencèrent d'abriter en dur la petite collection d'art brut qu'ils avaient déjà exposée en 1982 (leur première exposition, où j'étais allé, avait eu lieu dans une maison de la culture à Aulnay-sous-Bois, elle s'intitulait "Jardins barbares"; elle fut suivie d'une autre en 1983 dans une salle d'exposition éphémère du Forum des Halles à Paris). 1984 fut l'année d'ouverture du petit musée de Neuilly-sur-Marne. On y fit nombre de découvertes, Robillard venait déjà avec son accordéon, j'y rencontrai Gaston Mouly, Maugri, dans les premiers temps, lorsqu'il n'était pas rare de rencontrer des auteurs d'art brut en chair et en os (car cela se fit plus rare au fil du temps). Toutes sortes de mordus de l'art brut, écrivains, collectionneurs, amateurs désargentés, entremetteurs divers, artistes, libraires, etc, venaient faire un tour aux vernissages. Les trois fondateurs de l'Aracine, dont Madeleine était à l'évidence l'âme (lame?) décisive, eurent le mérite de créer ce lieu, ce foyer de rencontres autour d'une source de création secrète, clandestine, qui permettait d'aider à vivre au milieu des eaux froides du calcul égoïste.

Verso-carte-adhérent-Aracin.jpg

      Certes, elle était connue pour son caractère difficile. Je me rappellerai toujours à quel point elle règnait en maîtresse absolue sur son petit royaume de Château-Guérin, se servant parfois des aides bénévoles comme de vulgaires kleenex... Elle avait sa vision de l'art brut, moins déconnectée vis-à-vis de ses racines populaires que dans les théories de Dubuffet et Thévoz, ce qui aida à ce que je ne perde pas le contact avec elle le temps passant, l'internet, avec ses distances, permettant des relations plus attentives avec de tels personnages, davantage que les contacts directs. Elle avait été ouvrière, dans la coiffure, à ce qui avait été écrit dans la petite brochure éditée pour Les Jardins barbares (l'expo d'Aulnay-sous-Bois). Et ses opinions politiques se portaient plutôt vers les communistes. Etait-ce pour ces raisons que son coeur penchait aussi vers les gens de peu, et croyait à leur rédemption par la grâce de la création sauvage? Sans doute...  elle avait un faible pour les vieillards en particulier, allant jusqu'à imaginer un art sénile, aux styles caractéristiques. Elle-même dessina durant un temps, mais il semble qu'elle abandonna par la suite (à vérifier cependant), touchée par des critiques qui lui avaient fait remarquer la proximité de ses dessins avec ceux de Madge Gill. Cela peut paraitre fondé en regardant ce dessin que j'ai gardé d'elle, tel qu'il figurait au recto de la carte d'adhérent à l'association l'Aracine (les cartes comportaient plusieurs dessins variés que les adhérents choisissaient).

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Madeleine Lommel, dessin sans titre au recto d'une carte d'adhérent de l'association l'Aracine (années 80)

      Elle aura réussi, avec tous ceux qui aidèrent à la constitution, à l'animation et à la conservation de la collection de l'Aracine, l'immense exploit d'avoir pu faire entrer une collection d'art brut dans un musée français (il semble que ce fut par l'entremise d'Henri-Claude Cousseau), ce qui constitua pour elle une revanche sur le départ mal digéré de la collection de Jean Dubuffet pour la Suisse. L'Etat français est en effet resté d'une cécité confondante à l'égard de l'art brut, ainsi que des autres arts populaires (voir par exemple les avatars des collections des défunts ATP reconvertis en MuCEM à Marseille où elles n'en finissent pas de végéter en attendant que leur usine à gaz soit enfin construite dans dix mille ans...).

      Rien que pour cela, nous ne l'oublierons pas.

Claude, Clovis Prévost, Chomo, André Robillard...

Programme art à la marge, film des Prévost à l'Utopia à St-Ouen-l'Aumône, 24 avril 2009.jpg

      Oyez, oyez, oyez... Pour ceux qui aimeraient voir en vrai sur grand écran les films de Claude et Clovis Prévost sur Chomo et André Robillard (quelle actualité pour ce dernier...), il faudra aller le 24 avril au cinéma Utopia de St-Ouen-L'Aumône. Deux films sur Chomo (qui fera l'objet d'une exposition aux alentours de l'automne - à partir du 10 septembre exactement - à la Halle Saint-Pierre, l'avez-vous noté sur leur site?) et un sur André Robillard, dont j'ai déjà mis sur ce blog quelques images en ligne. Il paraît que le cinéma est tout proche de la gare. Cette programmation va de pair avec une exposition intitulée "L'Art à la Marge" où l'on retrouve Michel Nedjar, Francis Marshall et plusieurs créateurs venus apparemment d'Art en Marge et autres ateliers d'art pour personnes atteintes de divers handicaps et incapacités (la Pommeraie entre autres), mais aussi des artistes contemporains moins connus que les deux ci-dessus cités et sans rapport avec l'art brut apparemment...

2 films des Prévost à l'Utopia de St-Ouen-l'Aumône, 24 avril 2009.jpg