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15/10/2018

Une réaction d'Antoine de Galbert à la publication récente de "L'art brut" chez Citadelles et Mazenod

      L'Outsider Art Fair est dans trois jours, grande foire d'art brut, comme on sait, et  voici qu'une volée de bois vert paraît précisément maintenant, sous la forme d'un mail circulaire, à l'encontre du livre récemment paru sous la direction de Martine Lusardy, L'art brut, aux éditions Citadelles et Mazenod. Il est signé d'Antoine de Galbert. Je le reproduis ci-dessous par souci d'information, au cas où divers amateurs ne seraient pas sur le mailing de l'auteur.

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A propos de la parution de « L’art brut » dans la collection Citadelles/Mazenod.

 

       Je viens de recevoir ce beau livre dont l’ambition est de donner à l’art brut la place qu’il mérite dans l’histoire de l’art mais il ne correspond malheureusement pas aux exigences scientifiques qui ont fait la réputation de cette collection.

       Le fait que la maison rouge n’apparaisse à aucun moment dans cet ouvrage n’est pas un oubli, mais une volonté délibérée d’en ignorer le travail. Bien plus incroyable encore est l’absence systématique dans ces pages de l’incontournable collection de Bruno Decharme et du travail remarquable de l’association ABCD. Et ne parlons pas de la bibliographie plus qu’incomplète. Je m’étonne que les Editions Mazenod aient pu confier la direction éditoriale de ce livre à une personne animée par tant de ressentiments inexplicables.

      En vérité, cet art n’appartient à personne, et les nouveaux regards qui se tournent vers lui depuis peu exaspèrent ceux qui en avaient abusivement la garde.  Il y avait une part d’aigreur dans les positions défendues par Jean Dubuffet qui a théorisé sa pensée contre le  milieu officiel dont il se sentait exclu ; une part de jalousie, dont certains de ses héritiers ont peine à se défaire. Mieux vaut défendre ce que l’on aime que l’inverse, et rien ne sert d’opposer un art à un autre.

      La maison rouge, inaugurée en 2004, m’a sans cesse donné l’occasion de décloisonner les mouvements ou les époques, dans un pays où il existait peu de passerelles entre les arts. J’ai souvent pâti de cette dichotomie absurde et idiote, qui générait  mépris et intolérance, d’un côté comme de l’autre,  alors qu’il suffisait de contextualiser chaque forme d’art pour lui trouver un intérêt. Il ne m’a jamais semblé que le dramatique enfermement mental et social des artistes de l’art brut, soit une bonne raison pour maintenir leurs créations dans la pénombre d’un ghetto culturel. Bien au contraire, c’était leur faire honneur de les présenter à un public plus large.

       Nous avons organisé un grand nombre d’expositions d’art brut : Henry Darger, La collection Arnuf Rainer, Augustin Lesage et Elmar Trenkwalder, Louis Soutter, Eugen Gabritchevsky, la Collection ABCD/Bruno Decharme…  De nombreuses expositions thématiques comme Inextricabilia (proposée par Lucienne Peiry) ou plus récemment L’envol, ont accueilli de ces œuvres, empruntées au musée de Villeneuve d’Ascq, à la Collection de l’art brut de Lausanne, à la collection Prinzhorn, et à bien d’autres… et nous avons régulièrement commandé des textes à des éminents spécialistes appartenant au sérail.

        Antoine de Galbert,

        président de La maison rouge.

 

       Personnellement, si je trouve normal qu'Antoine de Galbert vienne protester contre le fait que le livre paru chez Citadelles et Mazenod oublierait de citer les nombreuses expositions montées par lui et son équipe à la Maison rouge, de même que le livre passerait sous silence la collection ABCD, effectivement une des plus belles et plus riches collections d'art brut en France, je ne comprends absolument pas qu'il puisse parler, par ailleurs, de "ceux qui avaient abusivement  la garde" de l'art brut et qui seraient exaspérés par les "nouveaux regards" (décloisonnant) qui se portent sur l'art brut depuis quelque temps, parmi lesquels il faut compter donc ceux de la Maison rouge.

       Il n'y a jamais eu d'autres gardiens du temple brut que Dubuffet et Thévoz pendant longtemps (et après tout, cela permit d'imposer dans le monde de l'art, qui l'avait largement ignoré jusque là, malgré les efforts des avant-gardes de la première moitié du XXe siècle, ce champ particulier de création où tous deux trouvaient de l'unité). C'est seulement à partir de 1995-1996, à l'occasion de l'exposition "Art brut et compagnie", montée à la Halle St-Pierre par Laurent Danchin et – tiens! – justement la Martine Lusardy interpellée aujourd'hui par Antoine de Galbert (car c'est elle, "la personne animée par des ressentiments"), que la Collection de l'Art Brut de Lausanne a accepté de prêter à l'extérieur de leur institution des œuvres de leur collection, dans un projet qui confrontait diverses collections à celle de Lausanne pour la première fois (l'Aracine, le petit musée du Bizarre, le Site de la Création franche, la Fabuloserie et la collection Cérès Franco). Ce projet d'il y a plus de vingt ans devançait ceux que la Maison rouge fit de son côté par la suite, à partir de 2004 donc (et qui furent, effectivement de fort instructives manifestations). On ne  peut donc reprocher à Mme Lusardy d'avoir été une gardienne du temple de l'art brut, car elle aussi avait "décloisonné", bien avant M. de Galbert. Il se trouve seulement que tous ceux qui se passionnent pour l'art brut n'ont pas forcément les mêmes manières de comprendre l'art brut.

     Mais peut-être, cela dit, faudrait-il regarder plus attentivement ce que l'on envisage aussi parfois derrière tous ces "décloisonnements" (que les surréalistes, pour leur part, avaient initiés, bien avant qu'un Dubuffet ne vienne faire main basse sur l'art qu'il étiqueta "brut"). S'il s'agit de rendre l'art brut soluble dans l'art contemporain le plus cérébral –  afin d'élargir la clientèle des galeries d'art brut – comme a tendance à vouloir le faire un galeriste comme Christian Berst, personnellement, je trouverais normal d'émettre quelque avis opposé, sans pouvoir être taxé pour autant de "gardien abusif de l'art brut", terme au fond qui ne veut pas dire grand-chose (et désigne peut-être, de la part de celui qui l'utilise, un désir secret de s'emparer, à son tour et à son seul profit, de l'art brut en question?).

      Il est plus que normal de défendre ce que l'on aime. Ce qui n'entraîne pas qu'on veuille l'enfermer dans un ghetto non plus...

Commentaires

« Exaspérations de gardiens du temple », « ghetto culturel », mais quoi! c’est oublier comment certains passionnés en ont marné pour faire connaître ces artistes, dans des conditions qui n’étaient pas du tout celles de M. de Galbert ou même de M. Decharme. Vous n’avez pas l’impression qu’au milieu de tout cela, il y a comme une frontière sociale, voire socio-culturelle, qui passe et qui fractionne? Avec de l’argent, c’est, bien sûr, facile de réaliser des rêves d’expositions que les passionnés d’art brut (canal historique) ne pouvaient même pas tenter d’imaginer espérer faire un jour. Vous avez eu beaucoup de chance avec la vie, M. de Galbert, donc un peu d’humilité. Au lieu de quoi, on sent l’universel mépris du nanti envers l’intellectuel passionné qui ne gagne pas un sou avec sa passion, envers celui qui n’a même non plus assez de sous pour en perdre en la servant (parce que M. de Galbert vous dira que son beau jouet lui a coûté plus qu’il ne lui a rapporté, ce qui est peut-être vrai), envers le conservateur de musée qui se trouve en plus être fonctionnaire, donc essentiellement méprisable. Discours sans classe. Si on peut reprocher quelque chose à ce livre, c’est surtout son prix, mais voilà, cela ne vient pas (ne peut pas venir) à son esprit.

Écrit par : Loup Concombre | 16/10/2018

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"Vous avez eu beaucoup de chance avec la vie, M. de Galbert, donc un peu d’humilité..."

Chez les riches comme chez les pauvres, il y a des gens sympas et d'autres détestables.

Écrit par : La buisse | 17/10/2018

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Moi, y a un autre truc qui m'agace dans la réponse d'Antoine de Galbert, c'est cette phrase, qui sent son mépris de classe pour les non-spécialistes, qui pourraient tout de même avoir, de par leur travail sur le terrain depuis des lustres, rigoureux, sérieux, reconnus par les esprits honnêtes, leur mot à dire sur l'art brut et consorts : "...nous avons régulièrement commandé des textes à des éminents spécialistes appartenant au sérail."
L'adjectif "Eminents", ça me fait aussi sec penser à une vieille baderne, à un gros bonnet de la critique venu des milieux, dits respectables, de la bourgeoisie culturelle...

Écrit par : Le sciapode | 17/10/2018

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Les bourgeois aiment bien "commander" des textes à des intellectuels. C'est exactement cela, ils les considèrent comme leurs larbins, leur laissent picorer les reliefs du repas en bout de table lors des banquets d'inauguration et adorent quand lesdits intellectuels, dans leur charmante naïveté, les remercient en fin de compte d'avoir bien voulu daigner faire appel à eux.

Écrit par : Loup Concombre | 26/10/2018

Vive Robespierre !

Écrit par : Yves d'Anglefort | 17/10/2018

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Plutôt que se plaindre continuellement, jeter l’opprobre sur les nantis, haïr les riches, se complaire dans l’aigreur et le ressentiment ne faut-il pas plutôt remercier ceux qui mettent leurs moyens financiers au service de cet art magnifique ? « Avec l’argent c’est bien sûr facile… » écrivez-vous. Non ! Ce n’est pas facile de proposer de « belles expositions », il faut le talent, le savoir-faire, l’honnêteté morale et intellectuelle.
S’il faut reprocher quelque chose à ce livre, c’est d’être un projet de type « stalinien », c’est-à-dire qui écrit l’histoire comme ça l’arrange, qui élimine et condamne les initiatives qui font de l’ombre à celle qui en a la responsabilité éditoriale.
Quant au commentaire du Sciapode, il semble encore animé par un zeste de paranoïa. A. de G. parle « d’éminents spécialistes », ce qui signifie aussi « qui sont supérieurs aux autres par leur qualité, par leur excellence ». Ben oui ! Dans tous les domaines, il y a des gens qui, par leur travail et leur talent, acquièrent des connaissances, un savoir-faire hors du commun. L’excellence de la Maison Rouge aura été de savoir s’entourer de ces gens-là, ce qui inclut aussi ceux qui travaillent sur le terrain, sont rigoureux, etc. Relisez les publications, les signatures des auteurs, regardez la liste des expositions, des collaborateurs etc. Il y a des initiatives qui marquent par leur qualité, celle de la Maison Rouge en fait partie, pouvez-vous, pour une fois, mettre un peu de sourire et d’émerveillement dans vos regards ?

Fautdire

Écrit par : Fautdire | 26/10/2018

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Excusez-moi, mister Fautdire, mais c'est vous qui avez l'air passablement aigri, d'une aigreur mâtinée d'un jésuitisme bêlant à toute épreuve, avec vos "sourires" et votre "émerveillement dans les regards", on se croirait dans une crèche avec le petit Jésus...
En ce qui concerne les "spécialistes", peut-être jugerez-vous instructif de vous rappeler les propos de Gérard Van Bruaene qui fut en rapport avec Dubuffet et les artistes du groupe Cobra: "Il ne faut pas trop être le spécialiste de rien"... Quant à Dubuffet lui-même, j'avoue apprécier cette déclaration qu'il avait publiée dans son livre de 1946 "Prospectus aux amateurs de tout genre" (où cela est intégré dans une lettre à Maurice Auberjonois du 28 août 1945):
"Méfiance en tous domaines aux "spécialistes"! L'art n'est pas comme le jeu du bridge. Ce n'est pas un Ku Klux Klan. il s'adresse à tous, il s'adresse à l'homme. C'est le rapetisser beaucoup que d'en faire un jeu d'initiés et de connaisseurs. C'est l'art décadent chinois qui est cela et il a grand tort. Il faut lutter à toutes forces là contre, sortir l'art de ses chambrages, le remettre dans la rue. C'est au passant non averti, moi, que j'en veux. Mon plus grand plaisir est d'émouvoir quelqu'un qui n'a jamais auparavant aimé de peintures. Que le plombier, l'épicier expriment alors ce qu'ils éprouvent, cela m'intéresse bien plus que les commentaires de M. André Lhote."

De plus, si vous aviez cliqué sur le lien que j'ai mis dans la note ci-dessus (voir le mot "instructives"), vous auriez vu que j'ai souvent eu l'occasion d'informer mes lecteurs de différentes expos tenues à la Maison rouge, lieu que j'ai personnellement trouvé souvent passionnant, comme dans le cas des dernières expos Black Dolls ou Ceija Stojka par exemple (la dernière expo, "L'Envol", par contre, m'a paru passablement raté, en raison des œuvres contemporaines envahissantes et assez peu inspirées, j'ai trouvé).

Écrit par : Le sciapode | 26/10/2018

Fautdire ou faux-nez?

Écrit par : Loup Concombre | 26/10/2018

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