Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/12/2007

Figures éclatées

    Trois figures en voie de démantèlement, voici ce que je propose à cette heure. Une, vue dans le hasard d'un frottage au blanc d'Espagne sur une vitre de magasin désaffecté à Valuéjols dans le Cantal en juillet dernier. La deuxième est la version noir et blanc d'un visage à la bouche vissée, éclaté dans la traînée de rouille d'une épave du petit cimetière de bateaux du port de Camaret, photo prise à l'été 2003. La troisième est le résultat d'un frottage à la mine de plomb effectué sur la poutre d'une vieille maison du Cézallier durant l'été 2004, le but étant de retrouver, par le détour de la technique inventée par Max Ernst, rien de moins que la "façon de créer de la nature", comme aurait dit mon ami Strindberg... C'est pourquoi je réunis ces trois images ici même...

3374c77db74d806d127327c01c83b34f.jpg
Photo B.Montpied, Valuéjols, 2007
c88fa2eb5e848d69deeaf57f5c8577d7.jpg
Ph.B.Montpied, Camaret, 2003
8304a2b8ab2c5ab9a0f3a91ec5c0561c.jpg
Bruno Montpied, Dans le buisson d'épines, frottage à la mine de plomb, 2004

22/12/2007

Couteau subtil, il cherche la brèche...

    Ce cliché d'un ami photographe autodidacte, José Guirao, date d'une trentaine d'années à présent.

7d885dfde8f8c025b6743cdcf9001314.jpg
José Guirao, photographie sans titre prise dans une cour d'école, début des années 1980

   Pris dans une cour d'école où l'ami en question officiait, il est très énigmatique. L'enfant coiffé d'un chapeau de Zorro éprouve de son doigt ganté de noir le tranchant d'une lame qu'il destine à un usage que l'on peut interpréter comme inquiétant...

   Pour moi, cependant, il y a là une provocation inconsciente, un jeu théâtral avant tout, un théâtre spontané qui ne maîtrise pas toutes les interprétations que les adultes pourraient faire du geste de l'enfant. Il y a du sadisme implicite dans ce geste, certes. Il y a aussi, simultanément, du mimétisme et du détournement dans cette attitude. De la provocation. Je privilégie cette dernière hypothèse, vous savez, le "geste surréaliste le plus simple consisterait à descendre dans la rue le revolver au poing," etc... Et pour moi, ce porteur de couteau, qui est un jouet, cherche aussi à percer une brèche dans l'espace-temps, car l'enfant de par sa nature tend à faire communiquer les mondes parallèles entre eux.

   Cet enfant préfigure Will et Lyra les héros d'A la Croisée des mondes, ce magnifique chef-d'oeuvre de la littérature de fantasy que l'on doit à l'écrivain Philip Pullman (à qui j'ai emprunté son poignard subtil). Rien n'empêche d'interpréter aussi cette photo dans ce sens.

Dictionnaire du Poignard Subtil

ART POPULAIRE:
723f767dcdb51f07e8cfb28bd14df423.jpg
  
   "C'est quoi la culture populaire?
   C'est une culture de création. A l'opposé d'une culture de consommation, les paysans n'ont jamais acheté un épouvantail pour mettre dans leurs champs. Contrairement à l'art bourgeois qui doit durer, se veut exemplaire, l'art populaire est un art de l'immédiat motivé par un besoin collectif et créé avec les moyens du bord. La plume, le bois, la paille.
    Et périssable?
   Périssable et renouvelable continuellement. Evolutif. (...) C'est aussi le bonhomme de neige, la boulette de mie de pain que l'on roule à la fin d'un repas. L'expérience vécue en communauté. Le forgeron qui découpait une girouette pour le toit de son voisin ne la réalisait pas selon les canons de la beauté. Il racontait une histoire. Le tonnelier qui fabriquait un tonneau, le faisait à la vue et au sus de tous. Il partageait la même vie que celui qui s'en servait. C'était un lien journalier. Aujourd'hui, l'idée de promotion sociale a remplacé celle de fraternité."
    Raymond Humbert, extrait de Les cul-terreux: honneur aux morts!, Propos recueillis par Odile Van de Walle dans le n°16 de la revue Autrement, dossier Flagrants délits d'imaginaire, novembre 1978.
98d0ff889bfb866c200911826f722f35.jpg
Photo B.Montpied, Loir-et-Cher (non loin de Vendôme), 1992

20/12/2007

Zorro et zig-zags

         Christine me racontait l'histoire de ce facteur de son enfance quand elle passait ses vacances du côté d'un bourg nommé Pleumeur-Gautier dans les Côtes-du-Nord (comme on disait alors). Les gens du coin l'avaient surnommé "Zorro". Il buvait, à chaque visite qu'il faisait pour distribuer ses lettres, une bolée de cidre ou autre. Il s'alcoolisait insidieusement et progressivement. Il finit par avoir des hallucinations, vivait dans une cabane, très maigre, voyait des poules partout la nuit. Les yeux exorbités.
             Il restait sur le pas de votre porte, figé, les yeux dans le vide jusqu'à ce qu'on lui ait donné sa rasade ou sa bolée. Il finissait ses tournées à pied, car il ne tenait plus sur sa bicyclette. Ils avaient fini par l'appeler Zorro à cause de la chanson de Salvador, "Zorro-oo-oo est arrivé-é-é... Sans se presser-eh-eh...", mais aussi à cause des zig-zags que le facteur désormais perpétuellement ivre traçait à travers la campagne.
            Pourtant ce Zorro-là ne vengeait personne. C'était plutôt sur lui que l'on se vengeait, des avanies que tout un chacun subissait dans sa vie. On se vengeait peut-être aussi de ce qu'il symbolisait, ce trait d'union qui permettait aux hommes de communiquer encore les uns avec les autres. Ou bien tout simplement, s'ennuyait-on dans ces campagnes perdues. Et chaque message qu'il transportait précipitait ce naïf Mercure chaque fois un peu plus vers la noyade finale.
            (1982-1983)
923a9c756e424296da05e86da6f8f37e.jpg

 

17/12/2007

Un pompier qui n'est pas pompier

    C'est bientôt l'époque des calendriers des postes ou des pompiers. A ces derniers, je donne facilement, d'autant plus qu'ils ont sauvé la mise à un ami collectionneur il n'y a pas très longtemps (et ce blog doit beaucoup à cette collection), l'immeuble ancien ayant tendance à brûler comme un rien...

2dcfaad7c4b7e151100f59cb60bd4c29.jpg

    Alors, pourquoi ne pas leur suggérer d'ajouter à leurs images trop souvent kitsch ( l'Art Modeste peut-il les récupérer à son usage?), voire ringardes, histoire de leur redonner quelque fraîcheur, l'image ci-contre représentant un monument d'hommage à un pompier, ou plus précisément, au Pompier, le Pompier inconnu, le Pompier générique (et généreux bien sûr)?

6810db3c02c4e43dcb54dab1d7dd1817.jpg

     Je n'ai rien trouvé de passage dans la commune de Pierre-Buffière (au sud de Limoges) au sujet de ce buste d'allure plutôt massive. La sculpture de granit se trouve au cimetière. Monument au pompier inconnu? Qui pourrait me renseigner?

e1eade1fcb7d20b7a86dd1a4ab04c474.jpg
Photos Bruno Montpied, 2006