25/09/2010
Contactomanie onirique
Magie des objets révélée dans un rêve
Le 11 septembre 2009, j’ai fait le rêve suivant :
Je sais que je peux créer de la magie en mettant ensemble divers objets. Néanmoins, je me demande ce que “mettre ensemble” pourrait signifier: assembler les objets, ou les arranger d’une certaine manière? Je ne suis pas sûr. A la fin, je réalise que pour créer de la magie avec des objets il suffit que les objets se touchent l’un l’autre.
J’avais eu des rêves auparavant au sujet des objets que j’essayais de recréer visuellement, donc, évidemment, ce rêve me suggérait d’agir sur sa « révélation » aussi. En dépit du fait que le rêve était purement verbal (ce qui est plutôt rare dans mon univers onirique, concernant les images et les objets, étant donné que je suis avant tout une personne visuelle), j’ai dû choisir un moyen de l’exprimer visuellement.
Premièrement, ceci m’a mené à prendre en considération – à nouveau! – l’état de l’objet, qui m’a toujours grandement intéressé. (Et comment cela ne serait-il pas, étant donné surtout le fait que de nos jours l’objet est en danger de désintégration du fait de l’attaque insidieuse du virtuel?) Qu’est-ce, me demandais-je, qui constitue un objet, après tout ? Je pris conscience que je voulais utiliser dans mes visées “magiques” toutes sortes d’objets (réels, simulés, grands, petits, simples, complexes, humbles, dramatiques, intacts, cassés, etc.), et ne pas être limité seulement à ceux autour de moi. Le moyen du collage me donnait cette liberté et, en même temps, me permettait d’utiliser des objets (plutôt des images d’objets, à vrai dire!) qui ne correspondaient pas par la taille, exactement comme ils apparaissent souvent dans les rêves (reconnaissant dans cette manière la véritable source de mon inspiration).
Deuxièmement, j’étais très excité d’explorer le phénomène « du toucher» survenant entre des objets dits « inanimés ». Par suite, on peut voir que ce ne sont pas seulement les humains qui communiquent avec des objets (comme cela fut mis en évidence dans des expériences tactiles variées et probablement la psychométrie), mais aussi que les objets communiquent entre eux, et, comme mon rêve le signala, que leur communication est accrue jusqu’à atteindre la magie par le simple acte du toucher.
Je rends publique cette expérience personnelle onirique dans l’espoir qu’elle déclenchera d’autres réponses de la part des surréalistes qui estiment les objets, les rêves et les phénomènes tactiles – tout autant que leur magie combinée.
Sasha Vlad
(Traduction de l'américain par Bruno Montpied, révisée par Sasha Vlad)
Sasha Vlad, contactomanie onirique, 2010
SV, contactomanie onirique, 2010
SV, contactomanie onirique, 2010
00:22 Publié dans Surréalisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sasha vlad, contactomanie onirique, surréalisme contemporain, magie de l'objet |
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21/09/2010
Cuisse de nymphe
Une drôle de gourgandine est venue sous mes mains ces jours-ci... Souriante, d'un sourire de Joconde enfantine, elle va chevelure rousse au vent, sûre de son fait. Elle découvre coquine sa jarretelle en haut de sa cuisse rose, genre, "tu as vu ma jambe? Elle est faite au moule, non ?"... Etrange survenue sur mes papiers, comme il m'en est rarement arrivé. C'est comme une immigration de personnes isolées ces temps-ci qui viennent me visiter. Je les accueille avec hospitalité et gratitude pour la surprise qu'elles me procurent.
Bruno Montpied, Cuisse de nymphe part en vadrouille, 24x18cm, 2010
23:36 Publié dans Art singulier | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : bruno montpied, art singulier, cuisse de nymphe, jarretelle |
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Brassée automnale de "visionnaires et créateurs dissidents"
Huit créateurs à mettre du 25 septembre au 28 novembre prochains sur le devant d'une scène depuis plus de vingt ans dédiée à la création autre, j'ai nommé le Musée de la Création Franche, comme chaque automne, les yeux qui restent curieux se tournent vers Bègles.
Parmi ces huit, je fais mon choix et j'en retiens trois. Un que j'aime bien pour ces divinations devant des pommes de terre où il aperçoit des îles pleines de projections inconscientes, Serge Paillard. Le voici enfin exposé parmi les créateurs francs, juste récompense d'un travail particulièrement original (voir l'article que je fis sur lui dans SURR n°5 à l'automne 2005).
Serge Paillard, "Et elle rêva que viendraient des Temps Lumineux", encre sur papier, 30xx24 cm, 2006
Deux, Giuseppe Barrochi, présenté ici par l'institution de la Tinaia à Florence en Italie, dont le catalogue montre trois dessins remarquables aux crayons de couleur, mélanges d'images et de mots paraissant inspirés des actualités journalistiques et des sentiments personnels du dessinateur.
Giuseppe Barochi, sans titre, 50x70 cm, 2009
Et trois, les dessins étranges, originaux de Huub Niessen, venu des Pays-Bas, ancien journaliste ayant abandonné le métier pour cause de "troubles psychologiques" et présenté par le galeriste passionné d'art outsider Nico Van der Endt.
Huub Niessen, "St-Franciscus" (Saint-François?), 16,6x23,3 cm, 2009
Cela fait trois bonnes occasions de venir faire un petit tour à Bègles le week-end prochain.
00:54 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Art singulier | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : création franche, art singulier, art brut, la tinaia, giuseppe barochi, serge paillard, huub niessen, nico van der endt, visions et créations dissidentes |
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20/09/2010
LaM art mod, LaM art brut
L'événement se faisait attendre depuis de nombreuses années, et le voici enfin réalisé, le musée d'art moderne de la région lilloise à Villeneuve-d'Ascq est de nouveau accessible au public, enrichi de nouvelles collections. Il s'appelle désormais le LaM.
Maquette du LaM, avec en bleu l'extension récente avec administration salle d'exposition temporaire, partie consacrée à l'art brut, etc. ; photo Bruno Montpied, juin 2010
LaM, ça veut dire paraît-il, (attention, prendre sa respiration): "Lille Métropole musée d'art moderne d'art contemporain et d'art brut". Ou peut-être plus brièvement, en creux, Lille art Moderne? Ca joue aussi sur les mots, "l'âme" se dilate, s'ouvre à de nouvelles expressions et c'est là que l'art brut qui trouve pour la première fois un département à part entière au sein d'une institution muséale prestigieuse française, jouant le rôle de la nouvelle expression, contribue grandement à cette dilatation. C'est la grande nouveauté incontestablement. La collection de l'association l'Aracine trouve ici un écrin passablement plus ample que celui du minuscule Château-Guérin à Neuilly-sur-Marne dans les années 80-90 de l'autre siècle.
Une partie des salles consacrées à l'art brut en cours d'accrochage, juin 2010, ph. BM
Le musée ouvre ses portes au public le 25 septembre prochain, mais j'ai eu l'occasion de le visiter alors qu'il était encore en chantier d'accrochage au mois de juin dernier. Les salles, parfois fort hautes de plafond, étaient presque vides, et des tableaux modernes signés de grands noms accrochés aux murs mais encore non déballés de leurs caisses de protection composaient de drôles d'oeuvres virtuelles.
Un Rouault malevitché ou isouié?, juin 2010, ph. BM
La partie du complexe muséal consacrée à la présentation de la collection d’art brut (en grande partie constituée de la donation consentie par l’association l’Aracine (toujours en activité) a quelques salles, dont j’ai pu saisir qu’elles avaient des thématiques, les inventeurs de machines, les médiumniques par exemple, ou les habitants-paysagistes (avec Théo Wiesen et ses totems, Virgili et ses tables à figures mosaïquées, Jean Pous, Jean Smilowski, et peut-être dans le futur Arthur Vanabelle ?). Une grande salle est destinée aux expositions temporaires, à l’articulation des salles vouées aux collections d’art moderne et contemporain (dans un souci peut-être de futures expositions transversales entre ces champs contrastés ?).
Salle des habitants-paysagistes, un cavalier de Théo Wiesen et des "fantômes" des totems de ce dernier en attente de l'installation des originaux, juin 2010, ph.BM
Lors de ma visite de juin, un Lesage se faisait relifter dans la solitude et un silence religieux.
LaM, juin 2010, ph. BM
Deux tableaux de Bauchant pouvaient se voir dans une salle à part, composant une esquisse de collection naïve qui pourrait suggérer dans le futur de fructueuses confrontations avec l'art brut, qui sait? Il y a en effet au sein de la collection du musée d'art moderne tout un ensemble de peintures naïves datant de l'entre-deux-guerres qui pourrait permettre ce genre de rapprochement (l'art brut a été conçu après guerre dans le sillage de la vogue pour l'art naïf, Dubuffet avait même tenté de s'allier avec Jakovsky pour faire des recherches ensemble).
Un tableau de Bauchant (1927) dans les collections du LaM, ph BM, juin 2010
Mais dans l’ensemble c’est surtout l’art moderne et contemporain qui se taille la part du lion dans ce musée. Le plan du musée avec la nouvelle extension fait songer à des racines, ou à une main, ou à un système circulatoire, une irrigation. La toile d'araignée ou la dentelle qui habille le musée, comment l'interpréter? J'avoue une certaine perplexité. Quelle place est assignée à l'art brut face aux collections d'art moderne et contemporain?
Ce qui est sûr, c'est le choc et les étincelles que ne manqueront pas de causer la rencontre des oeuvres de l'art brut, avec leur sincérité crue, dans l'esprit des visiteurs amenés à les comparer aux oeuvres si élaborées et pesées des Rouault, Matisse et autres Braque. Nul doute que l'art brut résistera haut la main à cette confrontation. Mais peut-être se dira-t-on aussi que sa place aurait pu être mieux assurée aux côtés des oeuvres de l'art naïf et des oeuvres des arts populaires ruraux (type ATP - dont les collections comme par hasard en ce moment continuent de végéter en attendant que sorte de terre le fameux musée censé être lui aussi bâti dans une autre grande ville française, Marseille, à l'autre extrêmité de la France) ?
00:31 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Art naïf, Confrontations, Galeries, musées ou maisons de vente bien inspirés | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : lam, l'aracine, art brut, théo wiesen, virgili, arthur vanabelle, environnements spontanés, habitants-paysagistes |
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