17/05/2014

Les Rochers de l'Ermite de Rothéneuf: une source photographique différente des cartes postales

Cette note contient une petite mise à jour (en rouge)

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Plaque photographique en verre réalisée par un anonyme, probablement une plaque de projection (positif sur plaque de verre), 8,5 x 10 cm: j'aurais envie de dater la photo entre 1910 et 1920, après 1918 en tout cas, vu les vêtements portés par les visiteurs des rochers, et donc après la mort de l'abbé Fouré (il semble que de son vivant il ne laissait pas souvent les photographes travailler sans sa présence sur les clichés ; il existe cependant des photos sur certaines cartes postales où il ne figure pas...) ; je rappelle que sa mort date de 1910 ; un autre détail milite pour une année d'après la mort de l'abbé, les piquets, troncs d'arbustes, qui servent de balises pour les sentiers où passer pour se rendre jusqu'aux moindres détails des roches sculptées ; il me semble que ces piquets apparurent du temps des exploitants des Rochers, la famille Brébion, soucieuse sans doute de sa responsabilité vis-à-vis des estivants qui s'aventuraient sur ses rochers peu faciles à arpenter, parfois glissants...

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Le bras de mer à marée haute, vu depuis les rochers et du gisant de St-Budoc, là où se trouvaient les figurants de la plaque de verre récupérée par moi auprès d'un ami brocanteur ; c'est sur ses rochers situés en face des rochers sculptés qu'était placé le photographe

   Qu'est-elle devenue, cette jeune fille dont le visage reflétait ce jour-là, pour le photographe situé par delà le gouffre, de l'autre côté du ressac, une expression peu commode? La photo paraissait faite pour eux, elle en robe légère, car il devait faire chaud) et son compagnon à la cravate nichée étroitement dans un haut col dur (qui devait passablement l'étrangler), ainsi que pour deux femmes sur leur gauche, moins concernées semblait-il...

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Les deux femmes à droite, un peu avachies, accompagnaient-elles le couple qui faisait face au photographe?

   Les plaques photographiques positives sur verre de taille 8,5x10 cm, ancêtres des diapositives, ont, paraît-il été utilisées fin XIXe début XXe siècle, avec possibilité d'avoir duré jusqu'en 1920-1930, ce qui paraît possible ici justement. Sur cette vue, les rochers sculptés ont bien moins d'importance que les humains, contrairement à beaucoup d'images, par exemple dans les cartes postales plus connues sur ces rochers taillés par le fameux abbé Fouré, dont j'ai déjà eu maintes fois l'occasion de parler sur ce blog.

     De tous ces figurants des temps enfuis, reste-t-il le moindre survivant? Ils ont toutes les chances d'être partis au pays des fantômes, hormis peut-être la petite fille devant le gisant et le tombeau de Saint-Budoc, le patron de l'ermite, qui donne la main à sa mère prudente, et qui tient de l'autre peut-être un cornet de glace qu'elle déguste avec concentration... Si la photo date de 1920, elle aurait 100 ans aujourd'hui, car je lui suppose six ans à l'époque du cliché. Elle n'aurait de toute façon pas pu avoir de souvenirs de l'abbé, étant née après sa disparition. C'est du reste rappeler qu'il n'y a plus aujourd'hui la moindre chance de rencontrer encore quelqu'un qui aurait pu rencontrer l'abbé, du genre de ce vieil homme qui raconta dans les années 80 à un jeune homme que je croisai dans les rues de Rothéneuf (dans les années 90) qu'il se souvenait de l'ermite qui l'avait pourchassé dans les rochers, parce que l'enfant qu'il était alors avait commis quelque déprédation sur les sculptures sans doute. L'abbé courait après lui en poussant des sortes de borborygmes, en rapport peut-être avec sa surdité... Cette anecdote me pousse toujours à me représenter  l'abbé tel une sorte de Quasimodo grotesque poursuivant simiesquement les importuns en sautant de roche en roche...

   

Commentaires

Les plaques photographiques en verre, lorsqu'elles étaient en négatif, servaient à la reproduction sur papier (et la qualité des photos tirées sur les papiers d'aujourd'hui à partir de ces photos est souvent stupéfiante), les plaques en positif, effectivement, étant réservées à la projection. Je connais un peu la question pour en avoir déniché dans les archives de certain artiste et poète que j'ai beaucoup étudiées. Ces plaques de projection, ancêtre des diapositives, coûtaient, m'a-t-on dit, assez cher, aussi seraient-elles relativement rares et surtout, ce détail donne une indication sociologique supplémentaire sur les commanditaires. Et puis, pour quelle projection était-ce prévu? Dans le cercle familial, sans doute : encore fallait-il posséder un projecteur. Mais il y avait des passionnés, et un garagiste était déjà, en 1920, aussi, un passionné de mécanique et un esprit technique, sans doute...

Écrit par : Régis Gayraud | 17/05/2014

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Mon cher Régis, vous avez raison de souligner qu'un garagiste aurait pu être l'auteur de cette photo sur plaque de verre, s'il avait été suffisamment passionné de nouveaux moyens techniques, mais en réalité il y a eu erreur. L'auteur n'est pas "M.Leduc, garagiste du côté d'Evreux", comme je l'avais écrit dans cette note avant d'opérer une mise à jour. Le brocanteur qui me l'a vendu a confondu avec un autre lot acheté par lui en même temps. Pour l'instant je ne puis mettre qu'"Anonyme" comme légende à ce cliché.

Écrit par : Le sciapode | 22/05/2014

Je pense aussi à des gens aisés en vacances du coté de Saint Malo. Les vêtements qu'ils portent me semblent l'indiquer. Je les imagine rentrer ensuite dans une de ces somptueuses villas sur le front de mer déguster un petit apéritif en ce mois de Juillet ensoleillé...Belle trouvaille en tous cas.

Écrit par : Darnish | 17/05/2014

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Un Byrrh pour les dames, un Noilly Prat pour la domestique une fois passée l'eau citronnée des enfants, et deux triples secs-noyau de Poissy serrés pour ces messieurs! Firmin le chauffeur se sert un Picon-bière après avoir rangé la Delage.

Écrit par : Régis Gayraud | 24/05/2014

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Ce qu'il y a de terrible dans cette photo cela dit, c'est que j'ai l'impression que cette femme en blanc me regarde, moi et moi seul.

Écrit par : Le sciapode | 24/05/2014

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Ah! Mon cher Sciapode, éternel érotomane, voilà qui va occuper vos petits matins blêmes, entre le réveil et le saut du lit. Empoignez-vous, empoignez-vous, faites-vous plaisir et ne craignez rien, elle ne risque pas de grimper jusqu'à votre garçonnière, elle est sous terre depuis longtemps!

Écrit par : Régis Gayraud | 25/05/2014

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Elle vous voyait, oui. C'est pour ça qu'elle a l'air un peu revêche.

Écrit par : Patrick Atarte | 25/05/2014

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C'est pas gentil tout ça... Et du reste quel mal y aurait-il à s'empoigner, je vous le dis, Régis Gayraud? Ça ne vous arrive jamais?
Vous avez une façon de réduire le sentiment du Sciapode qui est assez triviale et peu poétique je trouve. Alors que ce qu'il disait là a quelque chose de pathétique je trouve...

Écrit par : Patapizza | 25/05/2014

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