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26/05/2013

Infos-Miettes (21)

  Depuis novembre dernier, pas d'infos-miettes, palsambleu, il faut remédier à ça mon cousin... Ce n'est pas que les nouvelles manquent, au contraire, mais c'est que je n'ai pas toujours envie de servir la soupe... Tous les égoïstes (en voie de multiplication, non?) me comprendront.

Serge Paillard se donne un site

      Voici qu'il fait sa communication comme tout un chacun, le Sergio amateur de patatovision. On lui a bâti un site web, et c'est plutôt réussi, qu'on en juge plutôt ici. A partir d'aujourd'hui je le joins à la liste de mes liens (à droite).

serge paillard

Serge Paillard, Pomme de terre en lune, comme surprise


Charles Steffen à la collection de l'Art Brut du 23 mai jusqu'au 29 septembre

     C'est beau les dessins de ce monsieur Steffen (1927-1995), américain qui dessinait sur de grandes feuilles de papier genre kraft avec des crayons de couleur et de la mine de plomb.

 

serge paillard

Charles Steffen, 1995, © Estate of Charles Steffen


   Bizarres sont ses personnages. "Quand il ne dessine pas, il boit beaucoup et fume, surtout la pipe", dit le dossier de presse de la Collection de Lausanne. Il habite chez sa mère, avec sa sœur et son frère, dans un état psychique qui ne lui permet pas de s'insérer dans le monde du travail. Il dessine beaucoup mais sa soeur qui a peur que cela finisse par alimenter un incendie lui en fait détruire une bonne partie. De 63 à 89, rien  ne subsiste. Seule la production des six dernières années est parvenue jusqu'à nous... Ça fait tout de même 2000 dessins... Leurs sujets sont des nus, des danseuses, des crucifixions (drôe de mélange), des fleurs aussi, des personnages de sa vie quotidienne, comme sa mère dans son fauteuil roulant ou alitée. Mais il lui arrive de dessiner aussi des sujets moins classiques comme des flaques d'eau sur les trottoirs. Un personnage étrange surgit également dans son oeuvre à partir d'un moment, une sorte d'être humain mixé avec une plante du type tournesol, une plante humanisée en quelque sorte, cyclopéenne. C'est en tout cas un des exemples les plus inspirants qui nous soient parvenus via l'art brut américain. Il y aura une notice sur lui dans le fascicule n°24 de la collection de l'Art Brut, rédigée par la nouvelle conservatrice de la Collection, Sarah Lombardi.

serge paillard

Charles Steffen, Mère et enfant, Nu au tournesol, 1994, mine de plomb et crayon de couleur sur papier kraft, 112.5 x 76.5 cm ; Photo Atelier de numérisation - Ville de Lausanne; Collection ce l'Art Brut, Lausanne

Albasser sans miroir

serge paillard       Etrange titre d'info-miette, isn't it? C'est que Pierre Albasser qui toujours dessine sur cartons d'emballage avec feutres usagés et récupérés expose du 4 juin au 13 juillet 2013 (vernissage le jeudi 6 juin à 18h30) à la Galerie Anti-Reflets, 2, place Aristide Briand, à Nantes (tél: 02 40 89 23 69). Il se donne ces petites contraintes fidèlement depuis le début, depuis qu'il est à la retraite, et n'en finit pas de découvrir l'univers graphique qui en découle.

 La Maison Bleue de Da Costa Ferreira, suite

    Une deuxième tranche de travaux pour restaurer l'ensemble des petits monuments couverts de mosaïque par l'ouvrier d'origine portugaise Euclides Da Costa Ferreira à Dives-sur-Mer est prévue pour cette année, m'annonce l'Association "La Maison Bleue de Da Costa" (siège social: Mairie, rue du Général De Gaulle, 14160 Dives-sur-Mer, http://lamaisonbleue.unblog.fr).

Anna Zemankova vient faire un tour chez Christian Berst serge paillard

     Du 31 mai au 20 juillet, c'est la célèbre dessinatrice de l'aube, Anna Zemankova qui aura des dessins exposés à Paris dans la galerie Christian Berst. C'est une "classique" de l'art brut, et un de mes créateurs préférés. La botanique débridée de cette dame qui se levait aux aurores avant toute sa petite famille, dépliant son attirail en catimini et traçant ses automatismes probablement imprégnés des rêves de la nuit qui achevait de se dissiper de son corps, est à mettre en rapport avec celle d'autres médiumniques que l'exposition d'art brut tchèque montée par Alena Nadvornikova nous avait fait découvrir il y a quelques années à la Halle Saint-Pierre. On a beau jeu de décrire ses plantes comme porteuses de sensualité, comme on le dit aussi pour les fleurs charnues et ruisselantes de jus mystique d'une Séraphine Louis, mais on peut tout aussi bien se contenter de souligner le raffinement graphique de ses lignes et de ses doux tons. Le raffinement seul...


Galerie Christian Berst, 3-5, passage des gravilliers 75003 paris | mardi > samedi 11h > 19 h | +33 (0)1 53 33 01 70 | contact@christianberst.com


LaM de Villeneuve-d'Ascq, "Corps subtils", expo d'art brut et d'art indien à partir de la collection de Philippe Mons

    Là, c'est prévu pour aller du 8 juin au 20 octobre. Enfin une expo d'art brut au LaM qui depuis sa réouverture avec une extension des bâtiments pour présenter leur nouvelle collection d'art brut essentiellement basée sur la donation de l'association l'Aracine a adopté un rythme assez tranquille. Il ne fallait en effet pas s'attendre au même dynamisme que celui pratiqué à la Collection de l'Art Brut à Lausanne. Le LaM, c'est sur un même front de l'art moderne, de l'art contemporain, et de l'art brut. Donc, leurs grandes expositions, leurs expositions secondaires (celles qui s'intitulent "théma", "Corps subtils" en est une) alternent en fonction des trois départements, au risque de faire oublier tel ou tel, au gré des publics préférant l'un ou l'autre de ces secteurs.

 

serge paillard


     En l'espèce, on a affaire à une proposition de confrontation entre 350 œuvres d'art indien issus de l'art tantrique et des œuvres d'art brut. Voici un extrait du laïus de présentation de l'expo: "Il s’agit de partir à la recherche de cette fusion du moi et du monde que l’on prête autant à la folie qu’à l’expérience mystique, autant à des œuvres relevant de l’art tantrique que de l’art brut. La question est posée d’une « existence esthétique » qui traverserait l’éthique et le religieux comme le champ des créations artistiques. Les œuvres réunies par Philippe Mons forment une fable à même de nous enseigner les liens entre « amour fou » et expérience de fin du monde, « expérience intérieure » et appréhension globale du monde".

Travaux d'aiguille au Musée de la Création Franche, avec Jacques Trovic entre autres

    J'aime beaucoup également les "tapisseries" de Jacques Trovic, qui sont à dire vrai plutôt des fresques brodées. J'ai déjà eu l'occasion de les évoquer lorsqu'il y a eu à Lille l'expo "Sur le Fil" (l'un des commissaires de l'exposition était Barnabé Mons qui collabore également à l'organisation de l'expo précédemment citée, "Corps subtils"). J'étais allé le visiter en compagnie de bons amis qui m'introduisirent auprès de lui dans sa modeste maison d'ouvrier, dans un alignement de corons. La pluie et la grisaille environnante reculaient ce jour-là comme elles le font sans doute perpétuellement devant la couleur et la cordialité de l'ambiance qui régnait chez Trovic.

 

serge paillard

Jacques Trovic, "tapisserie" représentant une course du Tiercé, tenue et tendue par Jean-Louis et Juliette Cerisier, ph.Bruno Montpied, 2009 (Chez Trovic, quand des créateurs divers de l'art singulier se rendent visite les uns aux autres... Notre médiation n'est-elle jamais mieux faite que par nous-mêmes?)

 

     Le voici qui expose au Musée de la Création Franche à Bègles, en compagnie de deux autres créateurs, Jacky Garnier et Adam Nidzgorski, du 17 mai au 23 juin, c'est déjà commencé donc. On se reporte au site web du musée (tiens, il y a une nouveauté depuis quelque temps, des vidéos tournées par le directeur de l'endroit Pascal Rigeade, qui inaugurent sans doute une collection de témoignages des créateurs ou de leurs proches, actuellement Louis Pelosi (pour Rosemarie Kocsÿ), Marilena Pelosi (rien à voir avec le précédent), André Labelle, André Robillard...).

Bernard Thomas-Roudeix expose à Paris

     Où ranger Thomas-Roudeix? Art singulier, art contemporain (voire même en l'occurrence "expressionnisme contemporain"? L'oeuvre est remarquable, de qualité, intrigante, peintures à l'huile ou céramiques émaillées, comme la statuette ci-dessous, "L'élégance du fumeur" qui fait un pied-de-nez à la diabolisation actuelle des intoxiqués de la nicotine. Il expose actuellement dans une galerie ouverte depuis peu (avril 2013) au pied de la Butte Montmartre. serge paillard,anna zemankova,charles steffen,art brut,art naïf,art singulier,création franche,pierre albasser,environnements naïfs,da costa ferreira,corps subtils,lam,philippe mons,barnabé mons,jacques trovic,jean-louis cerisier,juliette cerisier,bernard thomas-roudeix,éric gougelin,galerie le coeur au ventre

Thomas-Roudeix avec Jörg Hermle et Bernard Le Nen, du 11 mai au 9 juin, à la galerie Art d'aujourd'hui, 8, rue Alfred Stevens, Paris 9e ardt. Tél: 01 71 37 93 51 ou 06 52 34 98 24. Ouvert du jeudi au dimanche 15h/20h.

Eric Gougelin à la galerie Le Cœur au Ventre, Lyon

     Je connais assez mal le travail d'Eric Gougelin dont on m'a rappelé récemment qu'il avait fait un travail sur les momies (un livre aussi je crois) avec Jean-Michel Chesné. Comme moi et les momies ça fait deux, je n'avais pas dû y accorder une grande attention, fuyant un peu le mortifère (ce qui n'a rien à voir avec la poésie du macabre qui me séduit davantage)...

 

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Eric Gougelin

       Mais la Galerie Le Cœur au Ventre, basée dans le Vieux-Lyon dans le quartier Saint-Georges, 5e ardt (27 rue Tramassac exactement, tél 06 86 10 36 70, ouv. du jeudi au samedi de 14h30 à 19h et sur rendez-vous), m'a envoyé un carton annonçant sa prochaine exposition ("Explorations sans voyage") chez eux qui reproduit une très belle image (ci-dessus). Comme une coupe anatomique dans l'inconscient, avec les strates mises à nu de souvenirs, images aperçues et transposées dans le grand mixeur de la mémoire touillée, et puis aussi on songe à un paysage de montagne où la neige se serait déposée aux reliefs, laissant de l'encre ruisseler dans les torrents des gorges rongées par quelque acidité... Je comprends qu'on puisse avoir plaisir à se rouler dans une telle efflorescence. Alors, j'oublie les momies...

24/05/2013

Un magnifique livre d'Anna Pravdova sur Jan Krizek

    C'est une œuvre pie que vient de publier Anna Pravdova à Prague, République tchèque, un magnifique livre d'art sur Jan Křížek édité par les bons offices de la Narodni Galerie de Prague (la Galerie Nationale). On aurait pu croire en effet l'œuvre et la vie de cet artiste extraordinaire en bonne voie d'oubli total tant les aléas de la vie, les persécutions policières, les conditions politiques défavorables (en Tchécoslovaquie en 1948 avec l'avénement du stalinisme, comme en France avec ses lois hostiles aux étrangers), la misère économique avaient conspiré dans son cas à l'empêcher de rester dans nos mémoires, et au point aussi de son vivant à le pousser à cesser de créer dans sa discipline préférée, la sculpture¹.

 

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Couverture du livre d'Anna Pravdova ; le dessin qui l'illustre provient du 3e de couverture de la plaquette rédigée par Michel Tapié en 1948 et édité par L'Art Brut et les éditions René Drouin à Paris (voir ci-dessous); le sous-titre, je parierai avec un peu de jugeotte et l'aide de Google traduction que cela peut se traduire par la phrase de Křížek que cite Anna Pravdova: "Chez moi, l'homme ne doit pas disparaître" (à propos entre autres de la volonté de l'artiste de ne pas abandonner la figure humaine dans sesœuvres)

 

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Couverture de la plaquette écrite par Michel Tapié en 48 à l'enseigne de l'Art Brut et de la Galerie René Drouin, coll. BM ; le dessin de couverture a été aussi repris sur le 4e de couverture du livre d'Anna Pravdova, soit à rebours de cette plaquette

 

    Avec ce livre qui vient de sortir en République tchèque, voici désormais qu'un véritable monument rétablit en quelque sorte la balance... Un véritable exploit, le livre est très beau, richement illustré d'oeuvres pour la plupart inconnues, et vraisemblablement très complet. J'écris "vraisemblablement" car il est bien entendu publié en langue tchèque (ce qui fait que moi qui suis plutôt monolingue je ne peux que faire confiance à la rigueur, déjà réputée, d'Anna Pravdova, épaulée par ailleurs dans cet ouvrage par un texte extrêmement documenté de Bertand Schmitt sur les rapports Křížek/art brut/surréalisme), un résumé en français et en anglais essayant à la fin d'éclairer de façon parfaitement condensée les lecteurs non slavophones sur le contenu du livre ².

 

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Jan Křížek, 172 x 32 x7,5 cm, bois de chêne, 1956, Musée des Beaux-Arts de Brest métropole océane

      Au même moment que sort le livre, une exposition Křížek, Jan Křížek (1919-1985) a umělecká Paříž 50 let, organisée par la Galerie Nationale de Prague (avec la collaboration du Musée des Beaux-Art de Louny, ville natale de l'artiste, et de l’Institut français de Prague) et prévue du 31 mai au 29 septembre, est en cours d'installation au Manège du Palais Wallenstein à Prague (Valdštejnská jízdárna), avec Anna Pravdova en commissaire d'exposition. Ce sera l'occasion d'y voir plus de 300 oeuvres de Křížek, ainsi que celles d'autres d'artistes fréquentés par lui dans ses années parisiennes durant l'après-guerre (il fit également des séjours dans d'autres régions de France, par exemple du côté de Vallauris en 1949 où Picasso l'aida pour trouver du travail à sa femme chez les potiers et où il put faire des essais de céramiste ; il fit un séjour en Bretagne du côté d'Argenton et de Ploudalmézeau dans la famille Jaouen). Diverses collections tchèques ont été bien entendu mises à contribution mais des prêts ont été également consentis par des collections françaises, le Musée de la Cohue à Vannes, les FRAC Limousin et Bretagne (assez riches en Křížek), le Musée des  Beaux–Arts de Brest, la Collection ABCD. Voir en note 3 le découpage de cette exposition que m'a transmis avec beaucoup d'amabilité Bertrand Schmitt.

 

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Jan Křížek, argiles du FRAC Bretagne (la plus haute faisant 25 cm), reproduites dans le livre d'Anna Pravdova

 

     Seul regret, il paraît impossible de se procurer le livre si l'on ne voyage pas jusqu'à la République tchèque. Alors, c'est peut-être une idée de vacances pour cet été?...

 

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Jan  Křížek, 50,8 x 27,4 cm, 1958,œuvre reproduite dans le livre d'Anna Pravdova

 

    Je l'ai déjà dit, Křížek a pu au début de sa carrière artistique être adoubé à la fois par la Compagnie de l'Art Brut, alors animée par Michel Tapié, à qui Dubuffet avait laissé les clefs du "camion", lui-même voyageant au même moment en Tunisie (à la poursuite d'un art simple et authentique lui aussi), et par les surréalistes, auprès desquels il fut défendu par Charles Estienne, critique d'art qui avait passé du soutien à l'art abstrait, perçu comme évoluant vers un académisme, à celui du tachisme. Dans le cas de l'art brut, Tapié avait cru voir une analogie entre les sculptures de Křížek et celles des "Barbus Müller" qui occupaient alors le petit local souterrain de la galerie René Drouin. Křížek n'avait pourtant rien du profil exigé pour faire partie de l'art brut (il était pétri de culture artistique, cherchant comme Slavko Kopac, ou Jean Dubuffet, voire comme plusieurs autres artistes de cette période d'après-guerre, à rebâtir sur des terrains vierges, à retrouver les sources du geste créatif primordial ; il s'orientait en ce qui le concerne davantage du côté des cultures archaïques telles que les cultures romane, ou grecque, ou encore crétoise, sumérienne, voire précolombienne ; il cherchait à exposer, n'ayant pas nécessairement besoin d'un médiateur pour se faire connaître comme c'est toujours le cas au contraire dans l'art brut où les créateurs concernés se fichent totalement de leur "communication" et de leur commercialisation possible, se contentant d'œuvrer dans le secret, soumis à des pulsions de création irrépressibles).

 

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Jan Křížek, photo d'atelier à Paris dans les années 50, reproduite dans le livre d'Anna Pravdova

 

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Jan Křížek, peinture et collage, 25,5 x 27,5 cm, reproduit dans le livre d'Anna Pravdova

 

 

      Il y eut aussi contact entre Křížek et le surréalisme. Revient souvent quand on parle de ces rapports l'évocation de la correspondance avec André Breton publiée par le Musée de la Cohue à Vannes et le FRAC Bretagne à l'occasion de l'exposition des oeuvres de l'artiste en 1995 à la galerie du TNB à Rennes et et au musée de Vannes (cette correspondance est reprise en tchèque dans le livre d'Anna Pravdova). Křížek y incitait le surréalisme à être plus franchement irrationnel dans sa pratique et son vécu de l'automatisme, porte ouverte sur le "Merveilleux", sa lettre du 12 février 1959 à Breton paraissant dans un premier temps lui adresser des reproches directement (ce dernier, dans un courrier très réactif du 14 février suivant s'en défendit, avec raison, arguant à propos de l'usage de l'automatisme: "Si quelqu'un, sans céder à aucune pression, s'est opposé à toute domestication des forces ainsi libérées, c'est moi, les textes abondent pour en témoigner". La critique de Křížek était en effet un peu maladroite). Dans une autre lettre du 28 février, toujours adressée à Breton, Křížek exprima en une phrase un aspect essentiel de sa quête d'alors, phrase qui permet dans les dimensions de cette modeste note d'éclairer assez bien le personnage et sa recherche: "Est-ce que vous ne croyez pas que nous pourrions y trouver [dans "l'opération qui tend à restituer le langage à sa vraie vie"] un vrai homme, l'homme prémégalithique, un ancêtre de Taliesin qui serait super lucide et super responsable, un homme totalement irrationnel, constitué essentiellement par la "matière première" où "le parler et dire" (la peinture et la sculpture) n'étaient pas encore séparés?". Toutes proportions gardées bien sûr, sur le Poignard Subtil, nous aussi sommes toujours en quête de ce "vrai homme". Il y a du travail...

 

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Œuvre de Jan Křížek reproduite dans le livre d'Anna Pravdova, 15 x 60 cm

 

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¹ Je me suis fait l'écho sur ce blog de son départ, à lui et sa femme Jirina Křížková sur la Corréze en 1962 où, devenus réfugiés politiques et pourvus d'un titre de séjour (comme me l'a précisé récemment par courriel Bertrand Schmitt), et non pas "sans papiers" comme je l'écrivis un peu vite, ils vécurent d'apiculture et de divers travaux agricoles dans une petite cabane construite par eux près de Goulles, Křížek ne sculptant plus, hormis en "deux dimensions", c'est-à-dire en dessinant les esquisses de statues possibles (le dessin étant pour lui une autre forme de sculpture, davantage que la peinture) - il ne sculpta plus qu'une fois, exceptionnellement, pour l'anniversaire des 50 ans de sa femme, quand il réalisa une pièce à seule fin de lui prouver qu'il pouvait toujours y arriver ; en effet durant ces vingt années d'éloignement du monde de l'art, il se contentait de penser les sculptures qu'il pourrait tailler. Voir ma note du 1er mars 2012 sur ce blog qui évoque le legs de 900 œuvres (230 linogravures, quelques toiles, des dessins, aquarelles, encres, gouaches, des services à thé et bougeoirs en argile peint, donc non cuits semble-t-il, certains étant reproduits dans le livre d'Anna Pravdova). De 1962 à 1985 date de sa mort, il "régla son problème" avec l'art comme il disait, coupant les ponts avec ses anciennnes relations artistiques parisiennes. En 62, en quittant dans le dénuement Paris avec sa femme, il avait dû récupérer les statues qu'il avait laissées à la galerie Craven qui déménageait de Paris. Ne pouvant les stocker nulle part, il dut les briser à coups de marteau.... Dans le livre d'Anna, on trouvera des photos extrêmement touchantes de l'intérieur de la maisonnette en bois du Bartheil, près de Goulles, avec des œuvres sans doute anciennes que Křížek avait conservées accrochées en haut des murs de planches, photos si nettes qu'on se croirait invités chez les Křížek de leur vivant... Et, ma foi, si l'ambiance paraissait modeste, elle était en même temps parfaitement sereine et baignée de poésie pure.

 

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Jan  Křížek, cette sculpture datée 1978, de 39,5 x 15 cm, déposée au Musée du Cloître de Tulle, reproduite dans le livre d'anna Pravdova, est probablement la sculpture exceptionnelle que fit Křížek pour l'anniversaire de sa femme à une époque où il avait cessé de pratiquer la sculpture autrement que de façon purement spéculative 

 

² Anna Pravdova et Bertrand Schmitt avaient déjà publié dans Recoins n°3, à l'été 2009, un article intitulé "Jan Křížek, sculpter en deux dimensions". Toujours disponible chez Recoins, 23, rue Charles Fabre, 63000 Clermont-Ferrand.

³ Voici les renseignements fournis par Bertrand Schmitt concernant l'exposition citée ci-dessus: "Elle suit un parcours chronologique, construite et articulée en plusieurs chapitres", me dit-il. Sans entrer dans les détails, on peut citer ces différentes parties. Il y a « De Rodin au tachisme » (pour évoquer les premiers temps de l'oeuvre  křížékienne (1938-1945). Puis... « A la recherche de "l’unité perdue", le travail de Jan Křížek avec Václav Boštík »(1939-1945). « Autour du Foyer de l’Art brut » (1946-1948 ; cette partie se divise en deux, la première reconstituant - de façon inédite, je pense... - l'expo initale de l'art brut dans le sous-sol de la galerie Drouin en octobre 47, avec des œuvres prêtées par la collection ABCD, d’Aloïse, de Wölfli, de Miguel Hernandez, de Fleury-Joseph Crépin, de Henri Salingardes, et de plusieurs Barbus Müller, et une seconde sous-partie consacrée à l'expo personnelle de Křížek au Foyer de l'Art Brut en février 48). Ensuite, on trouve le chapitre « Avec les potiers à Vallauris » (1948-1949 ; trois œuvres de Picasso qui aida l'artiste à créer avec le potier Roger Picault sont exposées dans cette section ; comme ce fut évoqué par Catherine Elskar et Marie-Françoise Le Saux dans le catalogue de la Cohue en 95, il n'est pas absurde de relever une parenté entre les graphismes de Křížek et ceux de Picasso, ainsi que d'autres peintres qui s'adonnèrent aussi à la sculpture comme Miro et Matisse).  Chapitres suivants, « Le travail de laboratoire à Paris» (1949-1952 ; après avoir été chassés par la police de Vallauris), et « Avec Charles Estienne », (1953-1955). Un "Jardin de sculptures" sera présenté, avec des grandes statues et d'autres œuvres "réalisées à Gordes dans la maison de Charles Estienne en 1955, ou en Bretagne chez les Jaouen, lorsqu’à l’instigation de Pierre Jaouen, Jan Křížek et son épouse purent rester dans une petite maison de la famille à Kersaint, puis dans la maison des parents Jaouen à Ploudalmézeau durant l’été 1956" (Bertrand Schmitt). Des grands dessins créés entre 1957 et 1961 seront accrochés à côté de ce "jardin", ainsi qu'un grand panneau présentant les quelques toiles de Křížek, "parfois mises sur châssis ou toiles de chiffon, toiles de jute". L'exposition se terminera sur un espace évoquant les vingt dernières années de l'artiste reconverti en apiculteur, ne dessinant plus que des croquis "spéculatifs" pour vérifier qu'il pourrait encore sculpter, dessins qu'il détruisait la plupart du temps, selon Anna Pravdova et Bertrand Schmitt.

Merci à Anna Pravodva et Bertrand Schmitt pour leur aide et leurs autorisations à publier certaines reproductions du livre.

 

 

20/05/2013

Exposer chacun dans un jardin, une riche idée...

    Jean Branciard m'adresse un dossier concernant plusieurs expositions d'artistes contemporains qui vont se tenir en Isère dans deux semaines, durant le week-end des 1er et 2 juin prochains. L'art contemporain comme on s'en doute si on lit régulièrement ce blog est pourtant loin d'être ma tasse de thé quotidienne...

 

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  Ce qui m'a retenu pour l'occasion, c'est, outre des nouvelles de l'avancée des créations singulières de Jean Branciard, qui en est à construire une "cité lacustre" dans les mêmes matériaux que d'habitude (vieux bouts de tôle rouillée, fils de fer, chiffons, bois d'épaves...), "cité" qui me fait furieusement penser aux maquettes de constructions babéliennes qu'élabore parallèlement en Bretagne le fameux Darnish évoqué dans cette colonne récemment, ce qui m'a retenu surtout donc, c'est l'idée d'un parcours à la recherche des œuvres présentées dans des JARDINS. La manifestation s'appelle du reste JARTdins 2013, et elle se tient dans les villages de Saint-Aupre et Saint-Etienne de Croissey à 5 minutes de Voiron, organisée par l'association Sur 1 coin 2 table. Le parcours et les artistes présentés ainsi en plein air sont détaillables sur le programme que je vous mets en lien. Heureux passants de l'Isère, vous pourrez ainsi augmenter vos balades de la rencontre d'oeuvres pas désagréables à affronter. Pour ma part j'en reste à Branciard, seul représentant dans cet ensemble de l'art dit singulier, mais les deux artistes qui voisinent avec lui sur la page que je reproduis ci-dessous ne sont pas inintéressants pour autant. Exposer des papiers découpés (Stéphanie Miguet) dans un jardin, sous nos climats actuels, s'avère en outre des plus périlleux...

 

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