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13/10/2026

Actualités d'Antoine Rabany...

     Une information merveilleuse concernant la maison du paysan ex-soldat Antoine Rabany (1844-1919), l'auteur d'une partie certifiée des sculptures populaires en pierre volcanique célébrées par Dubuffet à partir des environs de 1946 sous le sobriquet de "Barbus Müller", m'est arrivée très récemment depuis son village de Chambon-sur-Lac. J'avais signalé dans une petite étude publiée dans le catalogue de l'exposition consacrée à ces "Barbus" en 2020 (expo montée au musée Barbier-Mueller de Genève ; catalogue sans doute toujours disponible) qu'il subsistait dans ce bourg, incrustée dans le mur de ce qui ressemblait à un appentis jouxtant sa maison principale, une tête sculptée dans un cartouche circulaire que le propriétaire de la maison, dûment averti par moi à l'été 2018, avait fait restaurer. Elle paraissait servir d'enseigne signalant l'occupation artistique du sieur Rabany (un violon d'Ingres probablement, l'âge venu)...

     Or, l'habitant actuel a fait décaper l'ensemble du mur, le débarrassant de son crépi. Et qu'a-t-on découvert subitement? Eh bien une seconde tête... Incroyable, stupéfiant... Qu'on en juge ci-dessous, sur un cliché qui fut pris alors que le décapage venait à peine d'être terminé (en septembre dernier ; merci à Nicolas Scribot pour la photo):

2026, 2, sept, 2e Barbu, mur décapé, ph N Scribot (2).jpg

Mur de l'ancienne maison Rabany décapé de son crépi ; photo Nicolas Scribot, septembre 2026. Une deuxième tête, moustachue – et non pas barbue – se dévoile en haut à droite de la porte.

 

     Pour tout passionné de la "geste rabanesque", cette apparition fait l'objet d'une stupéfaction. Son côté dissimulé, presque honteuse au milieu des autres pierres brutes de la maçonnerie la fait presque ressembler à un canular. A force de la regarder, il me semble que cette position, coincée en haut à droite et collée contre la porte (Nicolas Scribot pense qu'elle a peut-être été légèrement rabotée pour pouvoir se maintenir à cette place malgré l'ouverture de la porte), ne paraît pas correspondre à son positionnement d'origine. N'était-elle pas plutôt en dessous auparavant, à l'endroit où se trouve le bloc de pierre où l'on a fiché une charnière? A une époque où la porte aurait été bien différente? Cette supposition naît au constat de cette situation qui ressemble à une relégation.

2026, sept, 2e Barbu, mur décapé, ph N Scribot (2).jpg

La tête moustachue de près: un portrait masculin donc, serait-ce un autoportrait? ; ph. N. Scribot, septembre 2026 (merci à lui pour ces photos).

 

     Placée ainsi, à la même hauteur que celle de gauche (qui pourrait être à ce moment un portrait de sa femme, Marie Berthoule?), cela constituerait une sorte d'imitation des portraits de linteaux, représentant les époux habitants d'une maison, si fréquents dans le Massif Central, quoique taillés plus traditionnellement au-dessus des portes principales, et tels que j'en ai publié dans mon inventaire Le Gazouillis des éléphants (réédité en 2024 chez Hoëbeke/Gallimard et Le Sandre).

Bachelard-(ptet),-la-porte-.jpg

Exemple de linteau à Coheix (Puy-de-Dôme), dû peut-être à un certain Bachelard, XIXe siècle ; photo Bruno Montpied, 2011 ; les portraits des habitants sont de part et d'autre de l'entrée, sous une effigie de Napoléon III que l'on a défigurée en lui fichant sur le crâne une lampe pas du tout XIXe elle pour le coup...

N°19, têtes naïves vers St-Denis en Margeride (cf n°82).jpg

Têtes d'un couple d'habitants taillées de part et d'autre d'une maison non loin de Saint-Denis-en-Margeride ; photo extraite du n°19 de la revue Connaissance du Pays d'Oc, 1976 ; on note qu'il ne s'agit pas d'une position sur le linteau en l'occurrence.

Les mêmes reproduits en couverture du livre d'Elisabeth Claverie et Pierre Lamaison, L'Impossible mariage (Hachette éditeur):

Têtes sculptées sur un ousta du haut Gévaudan, couv de livre.jpg

 

    Au passage, en contemplant ces deux dernières effigies ultra naïves de la Margeride, on pourra comparer avec le style des Barbus Müller d'Antoine Rabany. La stylisation et la sobriété sont dans les deux cas au rendez-vous, sans pour autant pouvoir être confondues. C'est pourtant ce qui arrive chez nombre de candidats aux rôles de découvreur de Barbus (depuis que plusieurs ventes aux enchères récentes ont atteint de beaux scores, tout le monde voit des "Barbus" partout...).

           Cette deuxième tête de Rabany, en tout cas, est reconnaissable. Elle figure en effet parmi les sculptures qui figurent sur une des deux paires de photos stéréoscopiques que j'ai publiées en 2020 dans le catalogue du musée Barbier-Mueller (le premier à s'en aviser, je dois dire, fut le jeune fils de Nicolas Scribot,  à savoir Tom Scribot ; voir ci-contre le détail).2026, la 2e tête présente ds le jardin sur la photo stéréoscopique mauv saison.jpg  Cela montre que Rabany n'hésitait pas à déplacer ses sculptures, leur attribuant des emplacements variés. S'il était lui-même moustachu (comme nombre de paysans auvergnats de l'époque), peut-être s'est-il dit que cela ferait un amusant double portrait de son couple à Marie et lui?

      En tout cas cette tête fait désormais partie dans le recensement que je ne cesse d'enrichir des sculptures que je peux certifier à coup sûr comme provenant d'Antoine Rabany. J'en suis rendu actuellement à 27 sculptures...

       Enfin, dernière information, un peu désolante je dois dire, l'habitant de la maison Rabany a fait rejointoyer le même mur reproduit ci-dessus. Certes les joints se patineront à la longue, mais tout de même, le rejointoyeur me paraît y être allé un peu fort... La deuxième tête se retrouve un peu plus encore repoussée, cette fois sous l'excès de joint, et, donc, de moins en moins mise en valeur. Et de plus, que vient faire ce trait de chaux sur la bouche de notre moustachu? Pas très heureux à dire vrai...

mur rejointoyé 20260926- (2).jpg

Mur rejointoyé de la maison Rabany, l'opération ayant suivi de près le décapage... ; photo Frédérique Barbiero, 26 septembre 2026 (Merci à elle).

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