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09/03/2008

Touslas, tout passe, tout casse? Que non pas!

   Note dédiée à Emmanuel Boussuge et à Jean Branciard 

   Voici quelque temps déjà que mon jeune camarade Emmanuel Boussuge m'a glissé malicieusement sous les yeux une carte postale ancienne relative à un "monument aux morts", bricolé de façon naïve, situé à Saint-Jean-de-Touslas dans le département du Rhône.

Carte postale ancienne montrant le monument aux morts de St-Jean-de-Touslas, coll.E.Boussuge.JPG

Monument aux morts en mosaïque et en rocaille, auteur abbé Pierre Cognet, vers 1919, carte postale d'époque, coll. Emmanuel Boussuge

    On se dit devant ces fragiles, quoiqu'évocatrices ô combien, traces de sites bâtis ou confectionnés par des autodidactes, dans un premier temps, que ces lieux n'appartiennent qu'au passé. Tant ce petit bout de papier jauni par le temps, par son côté hors d'âge, semble devoir enfermer son sujet dans une île spatio-temporelle à jamais isolé de nous, de notre présent. Or, il ne faut pas hésiter à interroger la possiblilté que ce lieu ait pu franchir le temps à travers une passerelle protégée.

    Je n'ai donc pas trop traîné avec le monument aux morts de Saint-Jean-de-Touslas. Depuis quelque temps, j'ai une connaissance dans la région lyonnaise, que les lecteurs de ce blog ont du reste rencontré en même temps que moi puisqu'il s'y est manifesté par un commentaire évoquant son oeuvre toute en assemblages forts et poétiques (que j'aurai bientôt l'occasion de présenter plus copieusement), j'ai nommé Jean Branciard. Plus besoin de se déplacer pour vérifier les lieux, je propose l'affaire à celui qui est le plus près dans la région,à savoir lui. Cela l'intéresse. Il se rend sur place, et il ramène de précieuses informations, que je vous livre à présent.

   Le monument existe toujours, sur la place du village, à l'encoignure de deux maisons (il est d'une taille beaucoup plus grande que sur la carte postale). Il est en bon état, on veille sur lui, l'auteur s'appelle l'abbé Cognet, qui a été curé à St-Jean de 1903 à 1932 (comme cela est signalé sur le site du Pays Mornantais). Il a bénéficié des bons soins d'un autre curé, le père Braichet, lui-même sculpteur, décédé voici une dizaine d'années, qui entretint les décors en mosaïque de l'abbé Cognet et qui y ajouta en de petis endroits ses propres oeuvres (voir les petites sculptures dans une niche au bas de la photo du monument actuel).

Le monument aux morts de l'abbé Cognet, St-Jean-de-Touslas, état 2008, photo Jean Branciard.jpg

Le monument aux morts, état actuel (on rélève en inscriptions les mots "Bonjour, Amitiés" sur la partie inférieure du monument, partie qui correspond à la photo de la carte postale ancienne ; il est possible que ce monument ait été continué après la photo de la carte postale, voir l'auvent en tuiles...), photo Jean Branciard, février 2008

   Le site du Pays Mornantais indique que l'abbé Pierre Cognet a créé ses mosaïques entre 1905 et 1925. Il paraît s'être exercé sur trois zones principales dans l'espace de son village de St-Jean-de-Touslas: le monument aux morts, les murs extérieurs de la sacristie, cette dernière étant accollée à l'église du village, et enfin certains murs et corridors du presbytère, où ses interventions paraissent plus timides.

Les murs couverts de mosaïques naïves de l'abbé Cognet sur la sacristie, photo Jean Branciard, 2008.jpg
      
La sacristie de l'église de St-Jean-de-Touslas et ses décors de mosaïque naïve, photo du Site du Pays Mornantais.jpg

   Sur les murs de la sacristie, il s'est amusé à représenter les différents châteaux de sa région dont il a incrusté les reproductions en mosaïque au milieu de compositions décoratives. Son monument aux morts, qui me paraît de tous ses décors le plus frais et le plus primesautier, reproduit les noms des six soldats de la commune morts à la Grande Guerre. Il est à souligner qu'il s'agit là d'un des rares monuments aux morts en France dûs à une initiative individuelle, de plus dans l'espace public. Un autre monument aux morts de style nettement plus pompier fut réalisé en 1929 à quelques distances de celui de l'abbé, la différence d'allure et de caractère des deux monuments saute aux yeux, selon ce qu'en m'en dit mon correspondant. L'existence de ces décors et leur préservation ont bien sûr été favorisés par le fait que leurs auteurs étaient des ecclésiastiques, et donc en tant que tels, personnalités généralement autorisées par la communauté des ouailles, les critiques ne venant généralement dans ce cas que de leur propre hiérarchie (comme ce fut le cas pour l'abbé Paysant avec son Eglise Vivante et Parlante de Ménil-Gondouin dans l'Orne, dont on sait que les interventions et le musée furent anéantis après sa mort, vers 1920, avant de réapparaître ces dernières années et d'être restaurés). 

Intérieur du jardin du presbytère de St-Jean-de-Touslas, avec des mosaïques et des objets traditionnels, ph.Jean Branciard, 2008.JPG

Intérieur du jardin du presbytère à St-Jean-de-Touslas, mosaïques de l'abbé Cognet; cet endroit conserve aussi des objets d'artisanat et de traditions populaires ; photo Jean Branciard, 2008 

07/03/2008

Le géant Isoré

    Je commence une nouvelle catégorie (c'est bon d'ouvrir toutes ces fenêtres, tant qu'on ne rétablit pas l'impôt dessus) sur le Paris populaire ou insolite. Difficile de trouver des environnements singuliers à Paris, les inspirés vivent au bord des routes et semble-t-il pas des rues. La pression sociale étant peut-être plus grande, ceci explique peut-être cela. Que diraient les voisins?

     On habite les grandes villes où l'anonymat est souvent la règle, même si cela peut changer depuis quelque temps avec toutes ces fêtes de quartier et de voisinage où les habitants essayent de remettre de la convivialité au sein d'une froideur générale. Cela est parfois rendu possible par la persistance d'un caractère de "village" dans de nombreux quartiers de Paris (la Butte aux Cailles, Belleville, Ménilmontant, Montmartre...). Ce n'est pas pour autant qu'on rencontre beaucoup de sites bizarres en ces lieux. Ce qui existe se déploie de façon très marginale, soit naïvement (très rare), soit de façon à la limite du pathologique, comme une manifestation de grande dépression. Je donnerai quelques exemples dans les semaines qui viendront.

     Me baladant récemment avec des amis dans le 14e arrondissement (j'allais photographier le Plancher de Jeannot devant Ste-Anne, qui en dépit de sa calamiteuse présentation, se trouve tout de même être devenu une création brute en plein air dans la rue parisienne, rue Cabanis exactement, voir ma note du 5 août 2007 ), ces derniers m'emmenèrent voir le géant Isoré qu'une artiste (nommée Corinne Béoust), avec l'appui d'un groupe enseignant et celui des conseils de quartier, a installé avec l'accord des autorités sur le mur d'une école maternelle donnant sur l'angle de la rue de la Tombe-Issoire et de la rue d'Alésia (cette installation a bien entendu engendré de nombreuses réactions de colère de la part d'esprits conventionnels se croyant les défenseurs du sacro-saint "bon goût").

Le géant Isoré, école maternelle rue de la Tombe-Issoire, Paris 14e ardt, photo Bruno Montpied, 2007.jpg

     Ce géant est inspiré d'une ancienne légende assez obscure relative au passé  et à la géographie de ce coin de Paris. Le nom Isoré serait à l'origine du mot Issoire, ce dernier étant aussi associé parfois à la ville du même nom dans le Puy-de-Dôme. La légende parle d'une ancienne tombe, d'un menhir christianisé, de Sarrasins venus attaquer Paris, de géant gaulois. D'autres sources avancent qu'il s'agissait d'un fief où se trouvait la tombe d'un brigand appelé Issouard, bref, on peut se perdre allègrement dans les hypothèses et vaticiner tout à plaisir autour de ce colosse. L'essentiel étant qu'en l'occurrence une artiste ait pu installer cette statue aux proportions considérables en pleine rue, et dans une position qui la rend très surprenante. Et que cela ait fait jaser, notamment autour d'une légende locale enracinée dans l'histoire du quartier, cela peut participer d'une réappropriation collective du folklore oublié de ce coin de territoire parisien.

Le géant Isoré, par Corinne Béoust, Paris 14e ardt, photo Bruno Montpied, 2007.jpg

05/03/2008

Les noirs dessins de Béatrice Soulié

   Du 13 mars au 12 avril se tient une exposition de dessins, en noir et blanc donc, rassemblant chez Béatrice Soulié (sa galerie se trouve au 21, rue Guénégaud, 75006 Paris) les oeuvres de six créateurs dont Isabelle Jarousse, Joël Lorand, Louis Pons et Ruzena (les deux autres étant Bernard Pruvost et Denis Pouppeville).

    Isabelle Jarousse est connue pour ses dessins touffus sur papiers fabriqués par elle où s'emmêlent au sein d'une jungle inextricable nombre de personnages humains, souvent nus, avec des animaux .

Isabelle Jarousse, encre sur papier sans titre, 17, 5 x 17, 5 cm, vers 2002, photo Bruno Montpied.jpg

    Ruzena a un univers qui lui est proche, là aussi comme une jungle, mais une jungle pour chutes d'anges rebelles, dessin raffiné qui dialogue parfois avec le collage incrusté au milieu des compositions. Ci-dessous, je montre un de ses tout premiers dessins, vu à sa première exposition au Musée de la Création Franche à Bègles en 2001, on y décèle comme une réminiscence de visions graphiques provenant du monde expressionniste d'Europe Centrale (la grand-mère de Ruzena est comme par hasard tchèque).

Ruzena, dessin au crayon noir sur papier sans titre, datant à peu près de 2001, 25 x 31 cm, coll.privée, photo Bruno Montpied.jpg

    Joël Lorand fait un parcours assez fulgurant. On me signale que ces jours-ci serait paru un article sur lui dans la revue Cimaise. Consécration? En tout cas, il s'agit là aussi de mondes touffus, à l'image du ressenti de notre époque sans doute. Un monde plus tourmenté encore que les deux imaginaires précédemment évoqués. Je n'ai pas de reproductions en noir et blanc sous la main, et  je préfère cette image-là...

Joël Lorand, Histoire de coeur, technique mixte sur carton, 50 x 65 cm,2003, coll.privée, Photo Bruno Montpied.jpg

...datant d'une époque picturale déjà dépassée, mais pour laquelle j'ai gardé un faible, sans doute parce qu'y subsistait encore une certaine naïveté moins présente par la suite.

04/03/2008

Un sciapode chez MAX T.

    Mon ami Max T. (voir notes précédentes de février) m'a fait plaisir en nourrissant ma déraisonnable obsession pour les sciapodes. Il m'en a concocté un tout emberlificoté, ficelé comme une paupiette. Avec une inquiétude à la clé, où placer l'orteil d'un tel individu à pied unique? Voici le résultat:

Max T.,sciapode, fil et armature, 2008, photo P.L..jpg

03/03/2008

Diablotin de mèche

    Au centre de la flamme se tient un diable. Il patiente. Il n'a pas tout son temps pourtant. Il se consume, il devrait disparaître dans les heures qui suivent. Mais le voilà raide comme un piquet, comme une bouffarde au coin de la bouche. Aussi fugace qu'un nuage. Et autour de lui, une danse d'anges en cire fondue qui esquisse une ronde...

Diablotin de mèche, photo Bruno Montpied, 2008.jpg
Photo Bruno Montpied, 2008