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15/01/2016

Invocation...

0'Connes, XIe ardt, 12 nov 15.jpg

Ô, rage, Ô, désespoir, Ô, vieillesse ennemie...; XIe ardt, Paris, ph. Bruno Montpied, 2015

08/12/2012

Graffiti cousus sur grille, du nouveau dans les inscriptions urbaines

    Dans mon périmètre d'arpentage perpétuel (j'ai souvent comme ça de ces moments à tuer) situé peu ou prou dans les Xe et XIe arrondissements, je suis tombé il y a quelques temps sur une drôle d'inscription à signification socio-politique quoique... Elle était brodée, si je puis dire, par-dessus les mailles du grillage d'une barrière de chantier. Et elle n'était vraiment pas facile à lire, vu qu'elle épousait étroitement les tiges métalliques. On pouvait passer devant sans la voir.

      Mais qui avait pu passer autant de temps à tisser d'une telle façon ce texte sur un support des plus exposés à toutes les vicissitudes?

      Le texte protestait contre le fait suivant (je n'ai pas vérifié si la statistique est bien fondée): "75% des pauvres = [le symbole de la gent féminine]", 75% des pauvres sont des femmes... C'était une protestation féministe apparemment, dans une technique traditionnellement impartie aux femmes. Exemple unique à ma connaissance dans l'art du graffito (au terme peu idoine en l'occurrence) et de l'inscription politique, en tout cas...

Inscription tissée sur grille de chantier, ave Parmentier, oct 12.jpg

Inscription tissée avenue Parmentier Xe ardt, octobre 2012, ph. Bruno Montpied

Inscription tissée détail du texte.jpg

Plus grande...

Inscription tissée détail.jpg

Encore plus rapprochée

17/07/2012

Un boucher libéré

Boucherie D.Chainay, parisXe, avr 12.jpg

Près de la mairie du Xe ardt à Paris, 2012, ph. B.Montpied

     On tremble de faire ses emplettes en une telle échoppe, non? Vous ne voyez pas pourquoi? L'enseigne ne vous dit rien? Un boucher qui a brisé ses chaînes, pourtant, qu'est-ce que cela donne... Dès que l'on franchit le seuil de sa boutique peut-être couverte de sang du sol au plafond...

21/03/2010

Etoiles noires de Robert Giraud

      Robert Giraud, on commence à le connaître davantage, grâce au blog d'Olivier Bailly, Le copain de Doisneau, qui a ranimé sa mémoire sur internet avant de publier une courte biographie sur lui chez Stock, intitulée Monsieur Bob. Plusieurs livres de lui sont aujourd'hui disponibles, notamment chez l'éditeur Le Dilettante. Son livre le plus connu, Le vin des rues a été réédité chez Stock, en même temps que sortait la biographie d'Olivier Bailly.Monsieur Bob d'Olivier Bailly.jpg

      C'était un connaisseur et un écrivain du Paris populaire des années 50 aux années 90 (il est disparu en 1997) que l'histoire littéraire a tendance à passablement occulter. Lisons ces lignes d'Olivier Bailly qui cerne en quelques mots les centres d'intérêt du personnage: "Il ne traitera que de sujets en marge: clochards, tatoués, gitans, petits métiers de la rue, prostitution, bistrots, sans oublier la cohorte des excentriques de tout poil. Son premier coup d'éclat, il le réalise avec Doisneau, dans Paris-Presse, avec la publication d'un reportage au long cours, "Les étoiles noires de Paris", onze articles consacrés à des personnages insolites qui peuplent le Paris de cette époque et que Bob croise pour certains dans ses périples journaliers et là où il boit son vin quotidien." (Monsieur Bob, p.84). Le vin était une autre de ses passions, sang de la vigne qui irriguait le corps de ses passions pour la vie immédiate. Olivier Bailly note qu'il fréquentait les bistrots qui avaient une certaine exigence en matière de crus, ceux tenus par des bistrotiers qui allaient sur place dans les régions chercher leurs récoltants, en évitant les "bersycottiers", c'est-à-dire les négociants de Bercy qui s'étaient enrichis pendant la guerre grâce au marché noir avec des mauvais vins (surnommés "côteaux de Bercy", synonymes de piquettes). Giraud, qui fut aussi un temps secrétaire de Michel Tapié au début de l'histoire de la collection de l'art brut, en 1948, alors que Dubuffet était parti voyager en Algérie, et qui garda mauvais souvenir de ce dernier qui le traitait en factotum (bien longtemps après, il parlait de lui en disant que Dubuffet n'était qu'un cave...), Giraud eut-il le temps de lire la "biographie au pas de course" (publiée dans Prospectus et tous écrits suivants, tome IV, 1995) où Dubuffet se vante lorsqu'il était marchand de vins justement à Bercy d'avoir renfloué son entreprise grâce au marché noir (il précise avoir alors vendu des "vins d'une qualité un peu supérieure" au vin de consommation courante, ce qui lui procura des bénéfices qui lui permirent d'éponger les dettes de son commerce d'avant-guerre, car il n'y avait sans doute plus de taxes sur ce négoce réalisé sans factures, sur parole)...? Nul doute que cela lui aurait confirmé ses impressions de la fin des années 40.Robert Giraud au comptoir chez Albert Fraysse, par Maximilien Vox, blog Le Copain de Doisneau.jpg

      Giraud vécut de divers petits métiers (il vola même un temps des chats, il fut avec sa femme Paulette bouquiniste à la hauteur de la Samaritaine). Ses sujets de prédilection étaient les clochards, les tatoués, les bistrots, et l'argot sur lequel il publia de nombreux livres. Il s'intéressa aussi aux créateurs insolites, plusieurs de ses articles publiés dans différentes revues et journaux (outre Paris-Presse, il y eut aussi Franc-Tireur et la revue Bizarre) s'y rapportent: par exemple Frédéric Séron dans Les étoiles noires de Paris (1950 ; avec Robert Doisneau, son complice photographe qui fit de nombreux reportages avec lui, il paraît l'un des tout premiers à avoir rendu visite à Séron, avant Gilles Ehrmann en particulier), Picassiette (dans Bizarre n°V en juillet 1956), ou encore Gaston Chaissac dans Franc-Tireur en août 1956 (Chaissac de qui il reçut une correspondance dont certains éléments ont été publiés par Dubuffet et Paulhan dans Hippobosque au bocage en 1951). Charles Soubeyran (auteur des Révoltés du Merveilleux, livre consacré à Doisneau et Ehrmann où l'on voit plusieurs des créateurs évoqués dans les "étoiles noires de Paris" comme Jean Savary, Maurice Duval, Frédéric Séron, Pierre Dessau) a un jour signalé que certain "dandy de muraille" peint par Chaissac renvoyait au frère de Robert Giraud, Pierre Giraud qui était un dessinateur et un peintre spontané, associé un temps à l'aventure de la débutante collection de l'art brut.Pierre Giraud enchanteur limousin, plaquette art brut éditée par la Galerie René Drouin en 1948.jpg

      Les chroniques de Robert Giraud sur les figures de la rue parisienne, vivant sous d'autres coordonnées mentales que le commun des mortels, au fond, on pourrait les voir comme issues d'une tradition de chroniqueurs du Paris populaire excentrique, qui rassemblent par exemple ces auteurs du XIXe siècle connus sous le nom de Lorédan Larchey (Gens singuliers), Champfleury (Les Excentriques), Charles Yriarte, Charles Monselet, etc, tous auteurs que l'on retrouve aujourd'hui au catalogue des précieuses éditions Plein Chant.

      En attendant que quelque éditeur veuille enfin réunir les différentes contributions de Robert Giraud à la cause de l'art brut, on se contentera d'initiatives isolées comme cette réédition à Noël 2009  des onze articles parus dans Paris-Presse, "Les étoiles noires de Paris", sous l'aspect d'un livre-objet conçu par Bernard Dattas qui s'est amusé pour le compte des "Editions des Halles" à publier cet ensemble sous la forme d'un livre massicoté en étoile, qui une fois ouvert révèle des dizaines d'autres étoiles de toutes couleurs (c'est joli mais ne va pas sans faire des difficultés pour la lecture...).

RGiraud-RDoisneau-Etoilesno.jpg
Réédition des Etoiles noires de Paris de Robert Giraud par Bernard Dattas, 2009

      Bonne idée qu'a eu là Bernard Dattas (qui ne paraît pas à son coup d'essai, d'autres ouvrages ont semble-t-il été réalisés auparavant sur lesquels je n'ai que des ouï-dire, le monsieur cultivant, semble-t-il, un certain secret). On découvre ainsi l'ensemble des personnages qu'avait évoqués Giraud en 1950, ceux que j'ai déjà cités, plus Armand Févre, André Gellynck, Salkazanov, M. Dassonville et sa cane Grisette, Gustave Rochard, M. Nollan dit l'Amiral, le peintre Héraut, Pierre Dessau qui se baladait en costume Directoire et juché sur un grand Bi à travers Paris... Malheureusement je ne puis renvoyer mes lecteurs à une quelconque adresse qui leur permettrait d'avoir accès à leur tour à cette charmante publication. A moins que M. Dattas, s'il nous lit, veuille bien éclairer nos lanternes.

 Les étoiles noires de Paris par Robert Giraud et Robert Doisneau, édité par Bernard Dattas.jpg
L'ouvrage étoilé une fois ouvert... Une photo de Frédéric Séron par Robert Doisneau apparaît à droite 

 

 

05/03/2010

Fantaisie forgée rue Durantin prolongée

     Curieuse intervention créative qui a dû nécessiter un temps considérable pour être confectionnée puis ensuite disposée sur ces fenêtres en rez-de-chaussée, dans cette rue de Montmartre au nom cocasse, la rue Durantin prolongée... (Comme si on avait manqué d'imagination pour trouver un autre nom à cette voie qui ne ressemble du coup qu'à une excroissance méprisable).

Anonyme, fers forgés fantaisie,Rue Durantin prolongée, Paris 18e ardt,ph.Bruno Montpied, 2002.jpg
Photo Bruno Montpied, 2002

      C'est plutôt rare à Paris les décors originaux, faits en matériaux de récupération en l'espèce, et placés en plein air, au vu et au su des passants. Sans doute parce que les règles d'ornementation sont contraignantes dans les grandes villes et que peu osent s'en affranchir. Ici, la rue est maigrement fréquentée, malgré sa fonction de raccourci commode dans Montmartre. Cela a dû contribuer à l'audace du créateur qui a composé ces arabesques de fers tordus et soudés où l'on reconnaît entre autres dans le labyrinthe des lignes un plateau de dérailleur de bicyclette. Tout prés se tenait aussi (rue Durantin - non prolongée), à la même époque, l'atelier d'un sculpteur-assembleur connu des amateurs d'art singulier et qui se nomme Gilbert Peyre. Une enseigne en tôles peintes et sculptées, due à Peyre, au style voulu de guingois, représentant un moulin où s'agitait un automate au visage rigolard (la rue mène au moulin de la Galette que l'on aperçoit plus haut), donnait déjà l'exemple au coin de la rue Durantin prolongée et de la rue Tholozé (la rue du cinéma le Studio 28, où eut lieu le scandale de L'âge d'or de Bunuel). Le coin a ainsi l'aspect d'un bout de terrain libéré par les créateurs singuliers de plein vent parisien.

Gilbert Peyre, enseigne au petit moulin,rue tholzé, Paris 18e ardt, ph Bruno Montpied, 2002.jpg
Enseigne du restaurant Au petit Moulin créée par Gilbert Peyre, rue Tholozé, ph. BM, 2002

 

 

29/12/2009

Ephémère enfant des parapets

    Une minute plus tard, je ne l'aurais pas vu, nous ne nous serions jamais rencontrés. Il ne devait son existence qu'à cette grosse goutte d'eau qui s'évaporait lentement, teintant le parapet de brun. Parapet qui paraissait sous la belle lumière de ce jour-là, sur le Pont du Carrousel, fait de nougat. Il était à "croquer", mais non, je préférai me rabattre sur un instantané. Un clic et ce visage enfantin, en trois trous et deux pieds patauds, fut figé dans le souvenir.

L'enfant-la-bouche-béante,o.jpg
Ph. Bruno Montpied, 2009

13/09/2009

Réédition du "Paris insolite" de Jean-Paul Clébert, avec les photos de Patrice Molinard

RENCONTRE

Le vendredi 25 septembre à 18h

Pour fêter la réédition du livre (enrichi en 1954 des photographies de Patrice Molinard)

 de

 Jean-Paul Clébert

Paris insolite

Aux éditions Attila

Paris-Insolite-couv09.jpg

En présence des éditeurs ainsi que d'Olivier Bailly

Auteur de Monsieur Bob

(sur Robert Giraud) aux éditions Stock

A LA LIBRAIRIE PAGE 189, qui est comme de juste au 189, rue du Faubourg Saint-Antoine, Paris XIe...

 

  

28/07/2009

Rue à nom prédestinant?

      Cela fait déjà quelque temps que je n'ai pas évoqué les noms prédestinants, appelés ailleurs aptonymes. Il est des cas où la question peut se poser aussi, parfois, à propos de la destination (conjecturale en l'occurrence) de certains noms de rue... On préfère faire ici bien sûr une mauvaise conjecture. Une amie, Arielle Gallet, pour ne pas la nommer, m'a signalé ainsi que la rue du XXe arrondissement de Paris (à Belleville) où vient d'ouvrir une piscine flambant neuve, la piscine Alfred Nakache, s'appelle, tenez-vous bien, la rue Dénoyez...

Piscine Alfred Nakache, rue Dénoyez, Belleville, Paris XXe.JPG
     On ose espèrer qu'il ne s'agit pas là d'un lapsus par anticipation surgi d'un inconscient d'urbaniste particulièrement retors...

28/06/2009

Passage de la Sorcière: laissez passer!

Je suis le premier à regretter qu'un des passages qui fait le charme des vagabondages transversaux à travers Paris soit tout à coup privatisé, et ferme complètement ou à moitié (c'est assez énervant quand vous prenez un de ces passages et que vous butez à l'autre bout sur une porte fermée qui donne vers la rue où vous désiriez aller). Ces dernières années, le phénomène a eu tendance à se généraliser. Surtout dans les passages peu connus du public, où ne sont pas installées des boutiques bien sûr. Bien sûr que les habitants souhaitent se protéger des cambriolages ou des usagers des stupéfiants, d'un autre côté, on aboutit à la confiscation d'un espace public et à une régression de la démocratie dans l'usage social de l'espace.

Roche-en-rocaille-dans-l'an.jpg
Le Rocher de la Sorcière, dans le passage de l'avenue Junot à la rue Lepic, ph.Bruno Montpied, oct. 2008

     C'est pourquoi je m'étonnais (avec plaisir...) qu'un certain passage du haut de Montmartre, joignant l'avenue Junot, à côté de l'ancienne maison de Tristan Tzara et Greta Knutson (architecte Adolf Loos), à la rue Lepic située en contrebas, que ce passage ait pu résister si longtemps. Un terrain de boules, appartenant à la ville de Paris, était sans doute la raison pour laquelle le passage était maintenu ouvert au public. Passage sans nom affiché, très buissonnier, orné en son col d'un rocher aux formes sauvages, que les riverains appellent paraît-il le "rocher de la sorcière" (voir ci-dessus ; trés étonnant rocher en plein Paris, sans doute une simulation en rocaille?). Je n'en connais pas l'histoire, à peine sais-je que l'endroit, où subsiste un lambeau fantomatique de l'ancienne campagne montmartroise,  était appelé autrefois "le Maquis" (des cabanes, des jardins, de la friche) . C'est vrai que le plan de Paris n'indique pas son nom. Je ne suis pas allé vérifier dans le dictionnaire des rues de Paris de Jacques Hillairet. Cependant, il semble que les riverains devant cet anonymat aient remédié à la situation en lui en collant un. On l'appelle le "passage de la sorcière", du nom de ce rocher justement. Ce passage est en danger d'être privatisé, et c'est révoltant. Les copropriétaires qui partagent le passage avec la Ville (semble-t-il) laissent pourrir le chemin, l'escalier donnant sur la rue Lepic notamment voit sa main courante se déliter chaque jour davantage, créant du danger. Le but sournois étant de faire entériner la fermeture du passage que les copro du lieu souhaitent en secret se réserver (depuis le 22 juin dernier, c'est d'ailleurs chose commencée, le passage est fermé par décision unilatérale du syndic de la copropriété). Si cet état de fait se maintenait, ce serait la fin d'un des ces chemins transversaux qui font le sel des dérives parisiennes, pour les promeneurs de toutes obédiences. Il faut donc comme on dit, se mo-bi-li-ser! Une affichette a été collée en maints lieux de Montmartre avec une adresse e-mail pour signer une pétition contre la fermeture. N'hésitons pas en effet à faire savoir notre opposition à ce projet, amoureux des balades insolites (car il faudrait faire remarquer aux auteurs de la pétition mise en lien ci-dessus qu'il n'était pas forcément de très bonne suggestion de demander des rondes de police supplémentaires dans ce passage, comme me l'a fait remarquer RR dans son commentaire ci-dessous ; la pétition sur ce point devrait être corrigée)! D'autant que depuis quelque temps, je trouve que cela commence à faire beaucoup d'endroits qui ont fermé à Paris, en dépit de leur poésie (fermeture récente de la librairie sur le thème de Paris, rue Malher, à côté de St-Paul, alors qu'elle appartenait à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, bibliothèque qui par ailleurs se met à bazarder à la benne des collections entières de périodiques sous prétexte de manque de place (voir ce lien vers un article de la Tribune de l'Art signalé par Rodolphe Trouilleux sur son blog Paris Secret et Insolite)...! Fermeture depuis quelque temps déjà du Pavillon des Arts pour en faire un lieu de soupe populaire, sans remplacement par un autre lieu culturel équivalent - alors que les expositions qui y avaient été montées étaient remarquables, d'une grande novation...- Difficultés accrues pour la Halle Saint-Pierre, à Montmartre là aussi, qui a moins de subventions et bénéficie de moins en moins d'aide de la part de la municipalité...).

15/04/2008

Un homme conséquent avec son patronyme

    En voici un qui a choisi un métier devant s'accorder avec le destin qui était tracé par son patronyme depuis la naissance. S'il faut mourir de soif, c'est peut-être qu'on a au préalable d'abord mangé trop salé. Autant prendre alors la maîtrise de ce qui donne soif. Et c'est ainsi qu'on devient...la...

La charcuterie Meurdesoif, Paris 13e ardt, vu par Guy Girard, ph.B.Montpied, 2008.jpg

    Et c'est ainsi que l'on condamme peut-être aussi tous ses clients à la même fin (faim?)... ou soif?.

08/04/2008

Hasards poétiques, par Régis Gayraud

Vu en vitrine de l’antiquaire "L’œil du pélican", 13, rue Jean-Jacques Rousseau, une maquette de cathédrale, belle réalisation d’art bout-de-ficelle élaboré à partir d’objets détournés de leur fonction initiale. Dans la décoration, on distingue des trombones, des clous de tapissier, et peut-être bien des balles de fusil. Paraît en contreplaqué recouvert de plâtre poli et peint, mais il y a également d’autres éléments que je n’arrive pas à définir.

Qu’allais-je faire rue Jean-Jacques Rousseau ? J’allais seulement, voyageur solitaire dans ma mélancolie, sur les traces des années perdues, du côté du "Pompadour", et j’ai composé cette petite chanson :

 

 

Te souviens-tu du Pompadour ?

Nous en rêvions tous les jours

C’était le temps du Pompadour.

Le miroir veuf au mur du fond

Ne mire plus le noir profond

De nos sourcils et se morfond

Dans les soucis neufs d’aujourd’hui

Que ceux qui tournent dans la nuit

En brûlant dans le feu ont fuis.

L’escalier qui grimpe à la tour

A perdu le nord des toujours,

Le steak au bleu et tes atours.

Trop loin m’ont emporté mes pas

J’y reviens et tu n’es plus là

Il n’y a plus de Big Buddha.

 

 

A l’issue de la rue Jean-Jacques Rousseau, dont la géographie me fera longtemps penser à celle des divers appartements que j’ai habités, invariablement encombrés d’objets empêchant la marche en ligne droite, je me suis assis à l’intérieur du café de la Bourse pour écrire tout ce qui précède et ce que j’écris en ce moment-même, tout en déplorant la fin de "la Cigale" et de "la Fourmi" et après avoir méprisé le café portant le nom prétentieux et provocateur de "Café des initiés". Crétins qui vous croyez libres, esclaves de vos déterminismes qui vous croyez des initiés parce que vous précédez la mode à venir dans deux ans.

le tabac la Fourmi sans son alter ego la Cigale, photo Bruno Montpied, 2008 .jpg

Là, au "Café de la Bourse", j’ai assisté à l’arrestation d’une jeune femme très digne – mais manifestement bouleversée – dans une petite voiture noire à l’élégance bourgeoise tout comme elle, arrestation effectuée par deux policiers dont l’un ressemblait plutôt à un de ces étudiants à barbe de chèvre d’aujourd’hui et l’autre, asiatique, tonfa au côté, souriant de toutes ses dents malgré sa détermination, sortait d’un film de karaté. Ils l’arrêtèrent tranquillement – pour quel motif ? – en lui barrant la route sans brusquerie, l’aidèrent même à se garer. Elle sortit de l’auto, tendit ses mains lorsqu’ils sortirent les menottes, et ils l’emmenèrent doucement vers le fourgon qui attendait au coin de la rue et que j’avais remarqué quelques minutes plus tôt sans comprendre qu’il était l’outil du drame à venir. Tout cela dans le plus grand silence, à deux mètres de ma table, de l’autre côté du carreau. Je fus le seul à le remarquer et j’eus l’impression de regarder une pièce de théâtre ou mieux un ballet bien réglé. Rien ne paraissait conforme, tout semblait arrangé d’avance. Je crois que je me souviendrai toujours de cette femme, qui avait l’air d’une jeune cadre dynamique, de ce désarroi fulgurant dans ses yeux, mais aussi de cette résignation et de cette façon de dire quelque chose du genre de « Vous m’avez eue », que je n’ai pas entendu mais que j’ai deviné.

Décidément, la rue Jean-Jacques Rousseau n’a cessé de me rappeler à elle. Quelques heures plus tard, chez le bouquiniste et antiquaire russe Lampert, dans un tout autre quartier, rue de Miromesnil, chez qui j’ai acheté quatre recueils de Boris Bojnev en édition originale, j’ai aperçu sur le bureau qui lui sert de comptoir une carte d’une librairie ésotérique sise au 15, rue Jean-Jacques Rousseau, c’est-à-dire exactement à côté de l’antiquaire "L’œil du pélican"102013324.jpg déjà noté plus haut, libraire que je n’ai pas remarqué le matin même, alors que mon regard avait été attiré par l’étrange maquette de cathédrale. En écrivant cela le soir dans le train qui me ramène à Clermont, je remarque que la boucle est bouclée. Moi qui n’achète jamais rien chez les antiquaires, qui m’intéresse peu à leurs devantures, qui n’entre qu’exceptionnellement dans leurs boutiques – d’ailleurs ce matin, après avoir hésité à entrer à "L’oeil du pélican", je suis peureusement resté sur le trottoir – deux fois aujourd’hui je me suis trouvé intéressé par une boutique d’antiquités, la deuxième fois j’y suis entré et y ai même fait des achats. Reste à savoir quel rôle joue dans cela la jeune femme blonde et triste à cette heure-ci prisonnière, et si la librairie ésotérique qui m’a fait signe depuis la rue Jean-Jacques Rousseau chez Lampert a quelque chose à voir avec elle.

 

Régis Gayraud, 6 septembre 2007

07/03/2008

Le géant Isoré

    Je commence une nouvelle catégorie (c'est bon d'ouvrir toutes ces fenêtres, tant qu'on ne rétablit pas l'impôt dessus) sur le Paris populaire ou insolite. Difficile de trouver des environnements singuliers à Paris, les inspirés vivent au bord des routes et semble-t-il pas des rues. La pression sociale étant peut-être plus grande, ceci explique peut-être cela. Que diraient les voisins?

     On habite les grandes villes où l'anonymat est souvent la règle, même si cela peut changer depuis quelque temps avec toutes ces fêtes de quartier et de voisinage où les habitants essayent de remettre de la convivialité au sein d'une froideur générale. Cela est parfois rendu possible par la persistance d'un caractère de "village" dans de nombreux quartiers de Paris (la Butte aux Cailles, Belleville, Ménilmontant, Montmartre...). Ce n'est pas pour autant qu'on rencontre beaucoup de sites bizarres en ces lieux. Ce qui existe se déploie de façon très marginale, soit naïvement (très rare), soit de façon à la limite du pathologique, comme une manifestation de grande dépression. Je donnerai quelques exemples dans les semaines qui viendront.

     Me baladant récemment avec des amis dans le 14e arrondissement (j'allais photographier le Plancher de Jeannot devant Ste-Anne, qui en dépit de sa calamiteuse présentation, se trouve tout de même être devenu une création brute en plein air dans la rue parisienne, rue Cabanis exactement, voir ma note du 5 août 2007 ), ces derniers m'emmenèrent voir le géant Isoré qu'une artiste (nommée Corinne Béoust), avec l'appui d'un groupe enseignant et celui des conseils de quartier, a installé avec l'accord des autorités sur le mur d'une école maternelle donnant sur l'angle de la rue de la Tombe-Issoire et de la rue d'Alésia (cette installation a bien entendu engendré de nombreuses réactions de colère de la part d'esprits conventionnels se croyant les défenseurs du sacro-saint "bon goût").

Le géant Isoré, école maternelle rue de la Tombe-Issoire, Paris 14e ardt, photo Bruno Montpied, 2007.jpg

     Ce géant est inspiré d'une ancienne légende assez obscure relative au passé  et à la géographie de ce coin de Paris. Le nom Isoré serait à l'origine du mot Issoire, ce dernier étant aussi associé parfois à la ville du même nom dans le Puy-de-Dôme. La légende parle d'une ancienne tombe, d'un menhir christianisé, de Sarrasins venus attaquer Paris, de géant gaulois. D'autres sources avancent qu'il s'agissait d'un fief où se trouvait la tombe d'un brigand appelé Issouard, bref, on peut se perdre allègrement dans les hypothèses et vaticiner tout à plaisir autour de ce colosse. L'essentiel étant qu'en l'occurrence une artiste ait pu installer cette statue aux proportions considérables en pleine rue, et dans une position qui la rend très surprenante. Et que cela ait fait jaser, notamment autour d'une légende locale enracinée dans l'histoire du quartier, cela peut participer d'une réappropriation collective du folklore oublié de ce coin de territoire parisien.

Le géant Isoré, par Corinne Béoust, Paris 14e ardt, photo Bruno Montpied, 2007.jpg