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12/09/2020

Ogres et croquemitaines à Laval

Affiche Ogres et croquemitaines.jpeg

Affiche de l'expo avec en illustration Michel Hénocq, le bien Malotru.

 

      Dans sept jours, ouvre au Musée d'Art Naïf et d'Arts Singuliers du Vieux Château, à Laval (Mayenne), une exposition à la thématique réjouissante pour l'imagination. Les ogres, et – revendiquons la parité hommes/femmes – les ogresses (les castratrices?), les croquemitaines, toutes ces figures destinées à faire peur pour des raisons éducatives paraît-il – venues de nos profonds souvenirs inconscients –, dérivent depuis nos rapports enfantins avec le monde des adultes, et des parents en particulier. Papa, Maman, sont les premiers géants, et parfois les premiers ogres et ogresses. C'est finalement les rapports de domination basés sur l'épouvante que veut illustrer cette exposition proposée par Antoinette Le Fahler, directrice du musée, et son équipe. Le musée ne communique pas pour l'instant sur les artistes qui ont été sollicités pour cette manifestation : j'ai appris, à l'heure où j'écris ces lignes, qu'il y aurait déjà au moins Danielle-Marie Chanut, Anne Van Der Linden, et Murielle Belin (ainsi que mézigue).

      Voici l'argument de l'exposition tel que présenté par le musée:

      "L’Ogre, figure populaire alimentant les frayeurs enfantines, symbolise à la fois la puissance paternelle, les violences familiales, le totalitarisme ou les prédateurs sexuels. Le thème de la dévoration présent depuis toujours dans toutes les civilisations est largement traité dans la littérature, les bandes-dessinées, les arts plastiques et visuels. L’exposition "Ogres et croque-mitaines" propose un regard sur la création contemporaine à travers une diversité d’expressions plastiques relevant des Arts Singuliers, de la Nouvelle Figuration, de l’Expressionnisme contemporain ou de la Pop Culture."

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Bruno Montpied, L'Ourson dans le ventre, 30,5 x 23 cm, technique mixte sur papier, 2019 (présenté dans l'exposition "Ogres et croque-mitaines" de Laval) ; ph. Bruno Montpied.

 

         La volonté de faire peur aux enfants, par exemple ceux qui sucent leur pouce (une des bases proposées dans l'étymologie du mot "croque-mitaine" – qui peut s'écrire avec ou sans tiret – consiste à suggérer que l'enfant qui s'entête à sucer son pouce va provoquer l'arrivée du mangeur de doigts...), est à l'origine d'une immense cohorte de personnages tous plus angoissants les uns que les autres, énumérés dans une liste donnée sur Wikipédia (le Babau, le Bonhomme sept-heures, L'Homme au Crochet,  le Spétin – qui se cache dans le brouillard et les lieux sombres –, El Coco, la Mano Negra,  les Nòchtgròbbe, corbeaux de la nuit..., la vieille Chabine dans le Berry, la Mère Tire-Bras en Sologne, le Picolaton,  etc...). La palme, selon moi, que je décerne spontanément, revient à la "came-cruse" gasconne, à l'apparence de jambe munie d'un œil à son genou, courant à travers les rues à la recherche des enfants désobéissants...

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Attention, le Coco arrive..., Francisco de Goya, 1797.

 

      Mais si personnellement, je peux faire attention à l'usage "éducatif" qui fut fait (et que l'on fait toujours) de ces épouvantails à enfants (on lira avec intérêt le petit livre de la folkloriste Nicole Belmont, Comment faire peur aux enfants, paru il y a plusieurs années (1999) au Mercure de France)ogres et croquemitaines,musée d'art naïf et d'arts singuliers de laval,géants,parents et enfants,ogresses, j'ai tendance dans mes dessins à traiter le thème avec désinvolture, oscillant entre la représentation horrifique volontairement poussée et le rendu grotesque et moqueur. Les ogres et ogresses sont souvent ridicules à mes yeux, la plupart du temps. Quatre de mes dessins en couleur figurent dans l'exposition du musée de Laval. Dont les deux que je mets en illustration ici.

 

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Bruno Montpied, Cherchant le Petit Poucet, 24 x 17 cm, technique mixte sur papier, 2011.

Commentaires

'sont assez flippants vos ogres! Surtout le deuxième, celui qui cherche le ptit poucet...l'a l'air décidé!

Écrit par : Darnish | 12/09/2020

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Oui, cher Darnish, mais il est crétin, cet ogre, car le Petit Poucet, il est là, tout près de lui, bien caché, sourire en coin, en bas de son improbable imperméable à franges.

Écrit par : Régis Gayraud | 12/09/2020

Quand j'étais "jeune" mère de famille, je lisais à mes enfants charmés un joli petit livre appelé "Le déjeuner de la petite ogresse", d'une nommée Anaïs Vaugelade, une variante enjouée et délicieuse du conte de "Hansel et Gretel" (qui lui-même faisait mes délices d'enfant). C'était avant le victimisme obligatoire d'aujourd'hui. Vous avez raison, il est dommage que l'exposition de Laval n'ait pas ajouté le féminin dans son titre. La nommée Monique Ollivier, dans sa prison, serait furieuse si elle savait cela.

Écrit par : Isabelle Molitor | 12/09/2020

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Euh ! Là, je ne comprends pas : on est censé trouver drôle le fait d'associer "victimisme obligatoire aujourd'hui" avec la compagne et complice d'un tueur et violeur d'enfants ? Beurk !

Écrit par : Vlady | 12/09/2020

Je ne vais pas répondre à la place de Mme Molitor. Mais je peux dire ce que j'ai compris de ce commentaire que j'ai laissé passer (en tant que responsable du blog).
En en prenant connaissance, je n'ai pas du tout vu que l'on y défendait cette Mme Ollivier. Au contraire! Cette femme est en effet clairement associée aux ogresses.

Le "victimisme" me paraît se référer à ce qui est dit auparavant, à savoir l'humour noir de l'album d'Anaïs Vaugelade.

Écrit par : Le sciapode | 13/09/2020

Vous ne savez pas lire: le "victimisme" évoqué ne se réfère pas à l'humour noir de l'album d'Anaïs Vaugelade. Il est celui des femmes qui interdirait aujourd'hui de parler d'ogresse. (Affirmation d'ailleurs aussi gratuite que péremptoire). Ce qui fait dire à Mme Molitor que vous avez raison de remarquer l'oubli du féminin dans le titre de l'exposition. Et lui permet ensuite de conclure ironiquement sur ce funeste personnage dans sa prison. C'est cet humour potache ricanant en forme d'ironie que je trouve déplacé (là ce sont de vraies petites filles qui ont été martyrisées), pas que la nommée Monique Olivier ait été défendue, ce que je n'ai jamais prétendu.

Écrit par : Vlady | 14/09/2020

Vous avez raison, je ne sais pas lire, il n'y a que vous qui savez.
Ce que j'ajouterai, c'est le point suivant: Mme Molitor a peut-être tort de voir dans l'absence des ogresses dans le titre de cette exposition un écho du "victimisme obligatoire" d'une partie des femmes aujourd'hui. Alors que pour les organisateurs, n'ayant pas choisi l'écriture inclusive pour le titre de leur expo, ils ont simplement gardé le pluriel au masculin qui englobait la possibilité des ogresses aussi bien (il y en aura dans l'expo, ce que j'ai proposé en prêtant deux oeuvres qui en mettent en scène). Ils ne pensaient pas à chasser le féminin de leur affaire, je le parierai.
Mais Mme Molitor, a bien le droit de penser à ce victimisme en repensant à l'album de Vaugelade. Ce dernier met en scène une petite ogresse qui finit par se rendre compte que celui qu'elle voulait manger (tuer) est en fait quelqu'un qui fait naître l'amour (ou l'amitié, ce n'est pas précisé: on s'adresse à des enfants) en elle. Celui qui aurait pu être sa victime est son salut à la fin. Et elle-même n'a plus à se sentir victime de ses appétits dévoyés.

Écrit par : Le sciapode | 14/09/2020

Je ne prétends pas être le seul à savoir lire, juste que vous ne comprenez pas le message de Mme Molitor. Vous semblez d'ailleurs ne toujours pas le comprendre. Après avoir dit ça, Mme Molitor a bien sûr le droit de penser ce qu'elle veut. Et de faire de "l'humour" avec les tortionnaires qu'elle veut, mais enfin, on peut aussi trouver ça du plus mauvais goût et étrange que vous ne vous en rendiez pas compte.

Écrit par : Vlady | 14/09/2020

Anaïs Vaugelade n'est pas une inconnue. C'est une autrice d'albums pour enfants au contraire assez connue dans la littérature de jeunesse contemporaine. "Une nommée", c'est une façon un peu désinvolte de la citer, permettez-moi de vous le dire. Et le livre que vous citez, que j'ai également lu à d'autres enfants dans le cadre de la BCD que j'ai animée une vingtaine d'années dans le Bas Belleville, est un album justement, d'assez grand format (même s'il a pu être édité aussi en format réduit), ce qui est plus précis que "livre". C'est un support particulier, qui mérite d'être nommé correctement donc. L'album suppose une écriture particulière entretenant des rapports étroits, parfois en contrepoint, avec l'image qui joue un rôle essentiel dans le récit s'adressant avant tout à des enfants très jeunes (mais aussi aux parents ou aux adultes qui lisent les livres aux enfants). Si j'avais de la place, je collectionnerais les albums, où s'illustrent toutes sortes de grands créateurs littéraires et graphiques.

Écrit par : Le sciapode | 12/09/2020

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