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14/01/2022

La cabane d'Antoine Rabany retrouve son charme d'antan...

       Sur ce blog, je donne régulièrement des nouvelles de mes recherches et de leurs résultats à propos du jardin de sculptures d'Antoine Rabany à Chambon-sur-Lac (Puy-de-Dôme) que j'avais initiés en avril 2018 sur ce blog (et aussi, au préalable, dans mon livre Le Gazouillis des éléphants, à l'automne 2017). Pour cela, il faut me suivre aussi du côté des éditions sur papier. J'ai publié en effet divers résumés et éléments nouveaux dans Viridis Candela (la revue du Collège de 'Pataphysique), OOA (revue sicilienne), Raw Vision, et enfin dans le catalogue de l'exposition sur les Barbus Müller en 2020 au Musée Barbier-Mueller qui faisait état de nouveaux éléments concernant ce travail d'élucidation consacré aux origines des sculptures en lave appelées en 1946 par Dubuffet "Barbus Müller".

Jardin Rabany (tirage papier) vue droite des cl-v (2).jpg

Vue du jardin d'Antoine Rabany, tirage papier d'après un cliché-verre, années 1900, provenance archives du photographe Goldner ; coll. Bruno Montpied ; le chaume qui couvrait la cabane carrée fut remplacé par la suite par des ardoises.

 

      Après avoir découvert, en particulier, qu'il restait une sculpture incrustée dans les murs de l'ancienne maison d'Antoine Rabany dans le bourg, j'étais allé rencontrer le propriétaire de la maison pour lui apprendre l'origine de cette sculpture. C'était risqué... Il aurait pu s'affoler du prix atteint par les Barbus Müller sur le marché de l'art brut. Au lieu de cela, il eut la réaction d'un homme qui comprenait qu'il y avait là une trace précieuse d'un patrimoine oublié de Chambon, par sa rareté sur place, les autres sculptures de Rabany étant parties depuis le début du XXe siècle dans toutes les directions grâce, ou à cause, des différents antiquaires et marchands à qui Rabany avait vendu, en bon Auvergnat qu'il était, sa production (ce qui le distingue des créateurs d'environnements spontanés français qui vendent rarement leurs oeuvres en plein air, contrairement aux patenteux québécois qui s'installaient des échoppes en lisière de leurs environnements, dans les années 1970). Justement, une nouvelle équipe municipale, arrivée au pouvoir  l'année suivante, se montrait favorable à une revitalisation de la communication autour de ces questions de patrimoine à Chambon-sur-Lac. Quelques vedettes de l'histoire de l'art avaient fréquenté Chambon-sur-Lac, comme par exemple Marc Chagall dans les années 1920 (il a loupé les statues de Rabany de peu, ce dernier étant mort en 1919, et son jardin étant probablement déjà vidé à cette date (à voir?))... Pourquoi ne pas faire valoir ces visiteurs historiques auprès des amateurs de tourisme culturel, se dirent les nouveaux édiles. Du coup, l'histoire d'Antoine Rabany, sculpteur des "Barbus Müller" à l'origine de l'art brut en 1945, les intéressa immédiatement. Au point de vouloir valoriser l'ancien site de stockage des sculptures (et peut-être aussi de production: le jardin servait peut-être d'atelier d'été à Rabany?).

IMG_20211216_134709 (2).jpg

Nouvel état de la cabane d'Antoine Rabany, en 2021 ; il y a eu aussi un déblaiement de la terre autour de l'édifice, afin de restituer sa véritable hauteur du temps de Rabany ; il y  a eu aussi fouille dans les amas de pierres situés aux alentour de la cabane pour retrouver des fragments de sculpture abandonnés là par le sculpteur.

Vestige d'une pile ou socle de Barbu ptêt (2).jpg

Vestige avec des cannelures ou stries, peut-être un fragment de sculpture, que j'avais photographié en mars 2018, lors de ma première visite du site en compagnie de mon camarade Régis Gayraud ; j'avais eu donc la même idée que  l'équipe municipale (à venir à cette époque), retrouver des vestiges, des traces sur place, dans l'espoir de restituer au maximum ce qui pouvait rester sur place du passage du sculpteur des "Barbus Müller" ; ph B.M.

 

       J'ai rencontré à l'automne dernier, dans le cadre d'un projet en cours, dont je parlerai plus tard dans l'année, cette dynamique équipe municipale réunie autour de son maire, Emmanuel Labasse. Et j'ai découvert les travaux qu'ils avaient choisi d'entreprendre, comme la remise en chaume du toit de la cabane de l'ex-jardin d'Antoine Rabany, que la municipalité a racheté dans l'idée d'en faire un lieu de mémoire lié à ce sculpteur longtemps oublié de ses concitoyens. On voit ci-dessus le résultat dont le maire vient de m'envoyer la photo. C'est évidemment très neuf, et donc un peu trop raide, mais avec le temps, tout cela s'assouplira et prendra une inévitable patine.

Commentaires

J'ai la berlue ou est-ce un effet d'optique: la toiture initiale de la cabane semble ronde, non ? C'est un détail mais comment se fait-il que le toit soit devenu carré ?

Écrit par : Paul | 14/01/2022

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Effet d'optique en effet, et aussi parce que sur la vue ancienne la toiture était usée, plus ronde. Mais si vous l'examinez attentivement, on voit l'arête qui est face (à peu prés) à l'objectif.
La couverture était bien carrée.

Écrit par : Le sciapode | 14/01/2022

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Circulaire avec une base carrée, hum, ce serait curieux, cher M. Paul... Non, je connais bien ces toitures de chaume pour avoir eu un buron, là-haut dans la montagne, pas bien loin de chez Rabany. Au bout de deux ou trois ans, avec la burle qui tourne tout autour et qui enlève les fétus des angles, avec la neige qui s'accumule sur le chaume, avec l'écir qui glisse la neige sous la paille et soulève les bords, avec le soleil d'été qui assèche les sucs des sagnes, les toitures de ce genre prennent une belle couleur brune, les rives s'arrondissent, s'affaissent et se courbent, le faîtage trouve sa place et s'installe plus négligemment sur son fauteuil de seigle. Ce joli petit toit ressemblera bientôt à celui qu'il était au temps du Zouave. C'est bien aussi qu'on ait creusé et descendu le sol. L'action conjuguée de la neige sur les feuilles des frênes qui tombent et s'amassent tandis que les samares s'ingénient à pousser de nouvelles boutures et de la neige qui par là-dessus vous fait pourrir le tout pour vous faire du terreau, et puis des rats taupiers qui soulèvent les sols, toute cette vie lente et forte qui respire au ras du sol a tôt fait de vous remonter le niveau d'une parcelle de vingt, de trente, de cinquante centimètres. Joli petit cabanon qu'un édile précédent voulait raser pour agrandir un parking inutile, tu es sauvé! Content d'y avoir, très modestement, avec Bruno, contribué.

Écrit par : Régis Gayraud | 14/01/2022

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Je suis épaté d'avoir suscité un tel lyrisme naturaliste ! L'académie d'Auvergne, outre son prix décerné à l'auteur de la meilleure saucisse et au meilleur aligot devrait également créer celui de la plus belle envolée lyrique décrivant ou évoquant l'âme de notre belle province.

Écrit par : Paul | 15/01/2022

Bien vu, Paul, sur le "lyrisme naturaliste" de notre nouveau Camille Lemonnier. Faut vraiment qu'il nous écrive un roman sur ses souvenirs d'ex-buronnier avant que la pression ne fasse trop d'autres dégâts à travers les commentaires des blogs où sa littérature se gaspillé.

Écrit par : Le sciapode | 15/01/2022

Super cette histoire! On navigue de Rabany à Montpied-Gayraud en passant par Dubuffet...On évite un parking et on demande à des artisans qualifiés de refaire un joli toit de chaume! Et Chagall qui traînait par là, c'est incroyable! Il a au moins vu la tête sculptée incrustée dans le mur de la maison!

Écrit par : Darnish | 15/01/2022

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Ça, que Chagall ait vu cette tête, on n'en sait rien. Il a pu très bien la fondre dans ses perceptions, s'il l'a seulement vue, avec le reste des sculptures naïves que l'on voit sur les chapiteaux des colonnes de l'église de Chambon, dans la chapelle romane du cimetière, et plus généralement sur les croix de chemin d'Auvergne. Cette tête (qui a été aussi restaurée, je ne l'ai pas dit) a ceci qu'elle peut très bien rester inaperçue, située un peu discrètement comme elle est.

Écrit par : Le sciapode | 15/01/2022

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