17/06/2007
Un musée voué aux environnements spontanés aux USA, le John Michael Kohler Arts Center
"Il s'agit d'un événement, jumelant exposition, publication et colloque. (...) Ils font un travail digne d'intérêt, en sauvegardant des sites, parfois in situ, mais aussi dans leurs locaux."
"Home is Masterpiece, Trash is Treasure, Life is Art" ("La Maison est Chef-d'oeuvre, L'Ordure est Trésor, La Vie est Art", sous-titrée: "Espaces sublimes et Mondes visionnaires d'artistes vernaculaires").
Cette exposition, la plus grande jamais conçue au John Michael Kohler Arts Center de Sheboygan (près de Chicago aux USA, www.jmkac.org.), s'ouvrira le 24 juin pour durer jusqu'au 6 janvier 2008.
Il s'agit d'une manifestation monstre semble-t-il, bien en proportion avec le pays qui l'accueille. On y présente sur des milliers de m² vingt-deux créateurs qui ont transformé l'intérieur et/ou l'extérieur de leurs domiciles et terrains. Des milliers de peintures, de sculptures, de dessins et de photographies provenant de la collection permanente de l' Arts Center (fondé dans les années 70) consacrée exclusivement aux oeuvres de bâtisseurs d'environnements (a priori des bâtisseurs autodidactes populaires).
Mary Nohl
Je souligne ce dernier élément, car nous avons affaire ici à un établissement parfaitement pionnier. En France, très peu de collections ouvertes au public peuvent se comparer à une telle entreprise. Je ne vois guère que le parc d'environnements spontanés de la Fabuloserie, créée par le couple Bourbonnais à Dicy dans l'Yonne, ou le Jardin de la Luna Rossa (quelques pièces) d'Olivier Thiébaut à Caen qui puissent un peu faire écho à cet Arts Center de Sheboygan.
David Butler
Avant qu'un musée digne de ce nom se décide en France à se consacrer prioritairement à la conservation et à la sauvegarde de tout ou partie des créations environnementales des "habitants-paysagistes" (terme inventé par Bernard Lassus), des inspirés du bord des routes comme écrivaient Jacques Verroust et Jacques Lacarrière dans les années 70, les poules auront des dents... Car ce genre d'initiatives qui ne privilégie pas plus la sauvegarde dans un bâtiment fermé que la sauvegarde in situ des environnements en péril, comme le fait l'Arts Center de Sheboygan, est tout aussi valable que les sempiternelles déplorations sur le vandalisme que l'on trouve si souvent sur la Toile ou dans les revues spécialisées (et moi mon boulot, c'est d'en parler). Soulignons que les sauvegardes, de plus, paraissent menées dans ce musée avec infiniment de soin et de respect pour les oeuvres, leur contexte d'origine, etc.
Emery Blagdon
L'expo du Wisconsin (c'est situé non loin de la frontière avec le Canada) présente des oeuvres rares comme la "Machine à Remède" (Healing Machine) constituée de centaines d'éléments colorés ("effrayants" nous dit-on) en fils, lamelles de fer et bois d'Emery Blagdon, originaire du Nebraska, qui la créa entre 1950 et 1986, ou aussi les plus inévitables statues de Nek Chand (le créateur de Chandigarh en Inde qui est tellement médiatisé dans le monde de l'art brut qu'il paraît le seul étranger à pouvoir exposer partout dans le monde). Moins en relation avec la notion d' "environnements", on trouve les céramiques, peintures, sculptures en os, ainsi que les photographies d'Eugène Von Bruenchenhein qui l'ont déjà grandement fait connaître (en célébrant sa femme qu'il a photographiée sous toutes les coutures, telle une déesse à usage privé). Deux environnements ont été reconstitués également à l'identique au sein de l'exposition.
Photographie d'Eugène von Bruenchenhein
Ci-dessous, du même, sculpture en os
Voici la liste de quelques autres autres créateurs présentés: Levi Fisher Ames, Jacob Baker, Loy Bowlin, David Butler, Nick Engelbert, John Ehn, Peter Jodacy, Sam Rodia, Dr. Charles Smith, Fred Smith, Mary Nohl...
Peter Jodacy
Charles Smith
(Merci à Valérie Rousseau de nous avoir signalé cette exposition ; les photos qui illustrent cette note sont extraites pour Butler, Smith, Jodacy, Nohl, Rodia, Blagdon du site de l'Arts Center de Sheboygan ; celles d'Eugène Von Bruenchenhein viennent, pour la photographie d'EVB du site interestingideas.com et pour la sculpture du musée des Beaux-Arts de Philadelphie, USA )
10/06/2007
Sur la route, François Michaud
Cet été, allez donc dans le Massif Central, dans le Limousin, c'est un massif d'inspirés et d'actualité (l'Abbaye de Beaulieu dans le Rouergue, Saint-Alban de Limagnole en Margeride avec l'expo Les Chemins de l'Art Brut(6) ), décidément, il va falloir que je songe à me tailler une place dans le secteur tourisme et art populaire d'une quelconque Maison de l'Auvergne...
Sans compter qu'il existe tout plein de lieux aussi qui n'ont pas attendu d'être sous les feux de l'actualité pour faire parler d'eux. Comme par exemple Masgot. Ca fait plus de 150 ans que ce hameau vous attend...
Tailleur de pierre de métier et sculpteur autodidacte à ses loisirs, Michaud a vécu de 1810 à 1890. Il paraît avoir commencé à décorer son petit village de Masgot (commune de Fransèches dans la Creuse, non loin du Moutier d'Ahun) dans les années 1850-1860 (la datation se basant sur les personnages ou les thèmes abordés).
(Ci-dessous, la deuxième maison de Michaud avec Napoléon, la femme nue sur la clôture, Jules Grévy, Marianne...)
Plusieurs statues dues à son désir de manifester ses convictions tour à tour bonapartistes et républicaines, déistes et anticléricales sont demeurées dans ce village de cette époque jusqu'à nous, faisant de ce site l'environnement populaire spontané le plus ancien que nous ayons en France (bien avant le Palais Idéal du facteur Cheval ou les rochers sculptés de l'abbé Fouré à Rothéneuf), si l'on met de côté provisoirement la Cave Sculptée des Mousseaux à Dénezé-sous-Doué dans le Maine-et-Loire (qui serait du XVIIe siècle et dont on ne connaît pas très bien les auteurs).
On peut encore voir actuellement, autour de ses anciens domiciles, des effigies de Napoléon, celles d'un moine, d'une sirène, d'un homme assis flanqué d'un chien, un buste d'homme barbu, une statue de femme nue, des bustes de Jules Grévy et de Marianne (les premières effigies de Marianne datent des années 1880, et Michaud fut l'un des tout premiers à en façonner, ce qui en fait de logiques Marianne "primitives"...) et divers autres décors ou inscriptions, le tout taillé dans le robuste granit de la région dans un style archaïsant à mi chemin de l'art brut et de l'art naïf.
Il existe un livre assez complet sur lui : L'oeuvre énigmatique de François Michaud à Masgot, de Jacques Meunier, Jacques Lagrange, Roland Nicoux, Pierre Urien, Bruno Montpied, Alain Freytet, Patrice Trapon, etc., aux éditions Lucien Souny (en vente à Masgot). Un petit musée est ouvert durant la belle saison dans le hameau qui se visite sans difficultés au coeur de la Creuse, région vallonée et forestière où l'on goûte une paix royale. L'association des Amis de la Pierre, présidée par le maire de la commune, Alain Delprato, s'occupe d'animer et de surveiller le site (on y a même installé, alors que le hameau est plutôt restreint, un nouveau café).
17:15 Publié dans Environnements populaires spontanés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : françois michaud, art brut, art naïf, habitants-paysagistes, environnements spontanés, inspirés du bord des routes, creuse |
Imprimer
















