Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/06/2009

Passage de la Sorcière: laissez passer!

Je suis le premier à regretter qu'un des passages qui fait le charme des vagabondages transversaux à travers Paris soit tout à coup privatisé, et ferme complètement ou à moitié (c'est assez énervant quand vous prenez un de ces passages et que vous butez à l'autre bout sur une porte fermée qui donne vers la rue où vous désiriez aller). Ces dernières années, le phénomène a eu tendance à se généraliser. Surtout dans les passages peu connus du public, où ne sont pas installées des boutiques bien sûr. Bien sûr que les habitants souhaitent se protéger des cambriolages ou des usagers des stupéfiants, d'un autre côté, on aboutit à la confiscation d'un espace public et à une régression de la démocratie dans l'usage social de l'espace.

Roche-en-rocaille-dans-l'an.jpg
Le Rocher de la Sorcière, dans le passage de l'avenue Junot à la rue Lepic, ph.Bruno Montpied, oct. 2008

     C'est pourquoi je m'étonnais (avec plaisir...) qu'un certain passage du haut de Montmartre, joignant l'avenue Junot, à côté de l'ancienne maison de Tristan Tzara et Greta Knutson (architecte Adolf Loos), à la rue Lepic située en contrebas, que ce passage ait pu résister si longtemps. Un terrain de boules, appartenant à la ville de Paris, était sans doute la raison pour laquelle le passage était maintenu ouvert au public. Passage sans nom affiché, très buissonnier, orné en son col d'un rocher aux formes sauvages, que les riverains appellent paraît-il le "rocher de la sorcière" (voir ci-dessus ; trés étonnant rocher en plein Paris, sans doute une simulation en rocaille?). Je n'en connais pas l'histoire, à peine sais-je que l'endroit, où subsiste un lambeau fantomatique de l'ancienne campagne montmartroise,  était appelé autrefois "le Maquis" (des cabanes, des jardins, de la friche) . C'est vrai que le plan de Paris n'indique pas son nom. Je ne suis pas allé vérifier dans le dictionnaire des rues de Paris de Jacques Hillairet. Cependant, il semble que les riverains devant cet anonymat aient remédié à la situation en lui en collant un. On l'appelle le "passage de la sorcière", du nom de ce rocher justement. Ce passage est en danger d'être privatisé, et c'est révoltant. Les copropriétaires qui partagent le passage avec la Ville (semble-t-il) laissent pourrir le chemin, l'escalier donnant sur la rue Lepic notamment voit sa main courante se déliter chaque jour davantage, créant du danger. Le but sournois étant de faire entériner la fermeture du passage que les copro du lieu souhaitent en secret se réserver (depuis le 22 juin dernier, c'est d'ailleurs chose commencée, le passage est fermé par décision unilatérale du syndic de la copropriété). Si cet état de fait se maintenait, ce serait la fin d'un des ces chemins transversaux qui font le sel des dérives parisiennes, pour les promeneurs de toutes obédiences. Il faut donc comme on dit, se mo-bi-li-ser! Une affichette a été collée en maints lieux de Montmartre avec une adresse e-mail pour signer une pétition contre la fermeture. N'hésitons pas en effet à faire savoir notre opposition à ce projet, amoureux des balades insolites (car il faudrait faire remarquer aux auteurs de la pétition mise en lien ci-dessus qu'il n'était pas forcément de très bonne suggestion de demander des rondes de police supplémentaires dans ce passage, comme me l'a fait remarquer RR dans son commentaire ci-dessous ; la pétition sur ce point devrait être corrigée)! D'autant que depuis quelque temps, je trouve que cela commence à faire beaucoup d'endroits qui ont fermé à Paris, en dépit de leur poésie (fermeture récente de la librairie sur le thème de Paris, rue Malher, à côté de St-Paul, alors qu'elle appartenait à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, bibliothèque qui par ailleurs se met à bazarder à la benne des collections entières de périodiques sous prétexte de manque de place (voir ce lien vers un article de la Tribune de l'Art signalé par Rodolphe Trouilleux sur son blog Paris Secret et Insolite)...! Fermeture depuis quelque temps déjà du Pavillon des Arts pour en faire un lieu de soupe populaire, sans remplacement par un autre lieu culturel équivalent - alors que les expositions qui y avaient été montées étaient remarquables, d'une grande novation...- Difficultés accrues pour la Halle Saint-Pierre, à Montmartre là aussi, qui a moins de subventions et bénéficie de moins en moins d'aide de la part de la municipalité...).

26/06/2009

La Mami Wata de Cyprien Tokoudagba

     Ces histoires de sirènes africaines, les Mami Wata, m'ont fait oublier je ne sais pourquoi de parler d'un bel ouvrage édité par la Fondation Zinsou au Bénin (l'ancien Dahomey) au sujet de cet extraordinaire artiste nommé Cyprien Tokoudagba, que j'apprécie énormément, surtout depuis une exposition qui s'était tenue à l'Institut du Monde Arabe en 1994, Rencontres Africaines, où ses tableaux gigantesques montrant des figures isolées sur fond blanc, manifestement inspirées des cultes vodoun, figures d'une grande audace picturale, m'avaient littéralement sidéré. Certes, en France, le travail de Tokoudagba avait  déjà surtout été révélé par la remarquable exposition des Magiciens de la Terre (organisée en même temps à la Villette et au Centre Beaubourg en 1989). A l'époque dans la foule de créateurs venus des quatre coins du monde pour les besoins de cette exposition fondatrice, j'avais surtout remarqué d'autres créateurs africains, en particulier Bruly Bouabré ou Bodys Isek Kinghelez, mieux mis en scène sans doute.

Couverture du livre sur Cyprien Tokoudagba édité par la Fondation Zinsou, 2006.jpg

      Dahomey, Rois et dieux, Cyprien Tokoudagba, tel est le titre de cet ouvrage (bilingue anglais-français) que j'ai trouvé sur un stand dédié à la culture béninoise tel qu'on pouvait en voir un peu en marge de l'immense espace du Salon du Livre en mars dernier. Il parut à l'occasion d'une expo du même titre consacrée à l'artiste à Cotonou à la même Fondation Zinsou en 2006. Or, ce livre en plus du fait qu'il permet d'en apprendre davantage sur Tokoudagba (à lire l'éclairant texte de Joëlle Busca en particulier), nous met en contact avec une autre version de la Mami Wata, cette fois concocté par notre artiste béninois.

Cyprien Tokoudagba,Mami Wata, Extrait du catalogue de la Fondation Zinsou, 2006.jpg
Mamiwata, Acrylique sur toile, 154x98cm

      A côté de sa reproduction, une notice donne de précieux renseignements sur la "sirène" en question, en réalité une déesse, un "génie de la mer": "Elle habite les profondeurs de la mer et commande à des myriades d'ondines. Souvent elle se présente sous les traits d'une très belle femme lorsqu'on l'invoque surtout au bord de la mer. Elle est détentrice de beaucoup de richesses (argent, bijou, or...) convoitées par les humains à qui elle les dispense (...). Elle s'entoure de serpents qu'elle enroule autour d'elle. Son culte est assez répandu. En tant qu'esprit, elle peut prendre la forme qu'elle veut, tel ici un personnage visiblement masculin à trois têtes..." Elle peut "prendre la forme qu'elle veut"... On ne saurait mieux dire... Au vu de toutes les reproductions de Mami Wata en circulation (voir ma note du 9 novembre 2008 ), on s'en convainc aisément. Dans le même livre, on trouve aussi, entre autres images magnifiques, une toile représentant le dieu Gou, du fer et de la guerre (c'est le même qu'Ogun, une sorte "d'homologue du dieu Mars de la mythologie latine", dit le catalogue), c'est une image géniale, hallucinée...

Cyprien Tokoudagba, Dieu Gou, extrait du catalogue de la Fondation Zinsou, 2006.jpg
Gou, acrylique sur toile, 195x102cm

 

 

23/06/2009

La sirène du festival de l'Oh! (Suite)

     La communication du festival de l'Oh! est fort bien faite, merci à M. Rym Nassef en particulier qui m'a précisé que le nom de l'auteur de la sirène dont je parle dans "le bal des sirènes" (note du 20 juin) était Toyin Loye (il paraît que c'est marqué en petit dans un coin de l'affiche...).Toyin Loye, Sentinel Poétry International, Royaume-Uni.jpg Ce dernier est un artiste nigérian, fils de roi, ayant étudié les Beaux-Arts, et faisant une carrière internationale. Une galerie aux Pays-Bas notamment, la galerie Chiefs and Spirits, basée à La Haye, le représente. C'est sur son site qu'on trouvera des renseignements supplémentaires sur cet artiste qui vit actuellement dans cette même ville. Il y est dit que Toyin Loye intègre souvent dans ses oeuvres des éléments symboliques appartenant aux cultures traditionnelles de son pays (c'est un Yoruba).Toyin Loye, La Grande Maison, Galerie Chiefs and Spirits, La Haye.jpg Alors, d'ici à ce que cette sirène soit cousine avec les Mami Wata du Congo... Peut-être est-elle davantage proche d'une représentation de la déesse de la mer appelée Yemoja que Toyin Loye aime à représenter, à l'instar d'autres déités vénérées par son peuple comme Ogun le dieu du fer. Ca ne vous rappelle rien ce nom d'Ogun? En Haïti, on le retrouve dans les peintures naïves inspirées par le Vaudou (Ogun Ferraille).... Je subodore du coup que dans l'oeuvre de Loye passe un petit parfum de Vaudou...

Toyin Loye, Amants, 2006, Acrylique,fibres de coco sur carton, Galerie Saatchi, Londres.jpg
Toyin Loye, Amants, 2006, Galerie Saatchi, Londres

22/06/2009

Nom d'un menhir

     Me baladant sur l'ethnoblogue Belvert de Michel Valière ces jours-ci, je tombe en arrêt à la date du 19 juin sur la photo du menhir de St-Duzec-en-Pleumeur, prés de Lannion dans les Côtes d'Armor, que j'ai toujours voulu visiter, ne l'ayant vu qu'en cartes postales, ou sur livres...

Menhir christianisé de St-Duzec, ph.M.-B.L et Belvert, 2009.jpg

©Tous droits réservés M.-B. L. et Belvert

     Pour la description de la panoplie des accessoires de la passion du Christ qui ont été taillés à la surface de ce "monument païen christianisé", bien rangés et très naïvement exécutés (ce qui me séduit au premier chef dans ce menhir), je renvoie mes lecteurs au bolg Belvert où ils trouveront (en cliquant sur le lien ci-dessus) toutes les explications érudites dans lesquelles excelle Michel Valière.

Carte postale années 20 peut-être du menhir de St-Duzec-En-Pleumeur, Coll.E.Hamonic, St-Brieuc, et coll.B.Montpied.jpg
"Menhir-Calvaire de St-Duzec-en-Pleumeur prés Lannion. Monument païen orné d'emblèmes chrétiens (exemple de greffe religieuse)"

     Je n'ai pris la liberté de piquer cette image sur le blog de M.Valière que pour pouvoir comparer son état - restauré récemment, semble-t-il, à savoir bien nettoyé? - à celui qui date de cette carte postale ancienne que j'ai dans mes collections. On voit que la rangée d'accessoires avait été placée au sommet du menhir afin de laisser un espace pour peindre une crucifixion en son centre. Les accessoires eux-mêmes étaient probablement peints comme cette carte en noir et blanc ne l'indique hélas pas. Couleurs qui bien entendu sont tombées avec le temps, ce dont les restaurateurs actuels se seront sûrement souciés, négligeant volontairement de prendre en charge une dépense de plus pour un travail voué à disparaître à brève échéance une fois de plus? C'est là que les documents comme les cartes postales anciennes viennent cependant utilement rappeler l'état "original" (ou plutôt l'un des états à une époque donnée...) de cette sculpture, mainmise chrétienne sur le monument d'un autre culte certes, mais confectionnée avec un goût populaire très séduisant.