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20/03/2011

Art, folie et alentours, le n°24 de la revue Area

(Cette note contient une petite mise à jour à la fin, datant du 24 mars...)

     Area est une revue fort bien maquettée, dirigée par le critique d'art et collectionneur, curieux de diverses formes d'expressions picturales Alin Avila, qui travailla aussi sur France-Culture. Dans la série déjà longue de ses numéros, on rencontre à l'occasion divers évocations de figures autodidactes de l'art, comme Henry Darger ou Jacques Trovic,Jacques Trovic, Le Bijoutier,2007,coll de l'artiste en 2009, ph. Bruno Montpied.jpg qui se retrouvent ainsi mêlés sans distinction particulière au tout-venant de la création contemporaine. Alin Avila a une sensibilité pour la création hors des chemins battus, en témoigne un des articles parus dans le n°16 de novembre 1978 de la revue Autrement, dossier "Flagrants délits d'imaginaire". Consacré à un ancien mineur du Nord devenu concierge à Paris, Félix Picques,  peignant naïvement ses souvenirs de la mine, la découverte provenait d'une "rencontre" d'Alin Avila, nous y dit-on.

 

Félix Picques,Autrement n°16, 1978.jpglix Picques

 Area 24, art, folie et alentours, mars 2011.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      Voici que le n°24 de la revue se trouve consacré aux rapports de l'art et de la folie, et leurs alentours. Je n'ai pas le détail du sommaire (en scrutant avec une loupe la couverture reproduite sur le carton d'invitation, on devine des entretiens avec beaucoup d'acteurs connus et moins connus du champ de l'art brut ; même mézigue y a participé sur une proposition de Roberta Trapani, par un mini-entretien autour de mon livre Eloge des jardins anarchiques ; on trouve aussi au hasard de la revue une évocation du griffonneur de Rouen Alain Rault, "lettriste" spontané, déjà mentionné sur ce blog ). Le carton d'invitation annonce un vernissage pour le jeudi 31 mars prochain, avec une exposition d'oeuvres provenant de la collection de l'hôpital Sainte-Anne (le Centre d'Etude de l'expression, animé par Anne-Marie Dubois qui a déjà consacré pas moins de quatre tomes de livre à cette collection, belle et intriguante surtout grâce à ses oeuvres anciennes, c'est-à-dire entrées dans la collection avant 1950). Les oeuvres qui seront montrées chez Area proviennent de Gilbert Legube, Aloïse Corbaz, Francisca Baron, Fikaïte, Guillaume Pujolle, etc.

  Guillaume Pujolle, Area 60 ans après.jpg 

Aquarelle de Guillaume Pujolle ci-dessus, rare et belle...

 

  

     L'exposition s'intitule "60 ans après? Reconstitution de l'Exposition internationale d'art psychopathologique de 1950". Le sous-titre m'a plongé immédiatement dans des abîmes de perplexité. Veut-on nous dire qu'il va s'agir de reconstituer cette exposition historique fort vaste dans le loft de la galerie Area? Cela serait digne du livre Guiness des records. Ou bien est-ce l'annonce d'un projet à venir au musée Singer-Polignac à Ste-Anne, wait and see...  Si l'on veut se renseigner sur ce Centre d'Etude de l'Expression (et l'exposition "d'art psychopathologique" de 1950), voici un lien vers un document en PDF, rédigé par Anne-Marie Dubois pour un numéro de la Revue du Praticien daté de 2004 (il est à télécharger sur le site de cette revue). Il a le mérite d'être court et condensé.

L'exposition à la galerie Area (50, rue d'Hauteville, 10e Paris, fond de cour 2ème étage) se tient entre le 31 mars (jour de vernissage) et le 14 mai 2011. Elle est ouverte du mercredi au samedi de 15h à 19h. Le n° 24 de la revue sort au même moment. A signaler également, le jeudi 24 mars à 20h, la présentation de ce même numéro spécial à la librairie L'atelier (2 bis, rue Jourdain, Paris 20e), avec une "conversation autour de l'art brut : de la folie à la reconnaissance ?" entre les intervenants Alain Avila, Anne-Marie Dubois et Céline Delavaux.


19/03/2011

Eloge des jardins anarchiques, les envois commencent

      C'est parti pour les premiers envois aux souscripteurs qui vont recevoir l'Eloge édité par l'Insomniaque en avant-première par rapport aux librairies qui auront le livre à la fin du mois. Le livre est beau, je suis content, j'espère que tous les lecteurs y trouveront leur miel. J'attends les remarques, infos sur l'état des sites, signalements d'erreurs, jugements élogieux ou désastreux... de pied ferme, et même de montpied ferme (les vannes sur le patronyme manqueront-elles à l'appel, j'en doute).

L'éloge-lu-dvt-une-biblioth.jpg

     A signaler une émission sur Radio-Libertaire, dans "Chroniques rebelles", ce samedi 19 mars à 13h30, jusqu'à 15h. On causera du livre et du film, entre autres probablement.

Bègles-prend-Montpied.jpg

 Sud-Ouest, mars 2011 

15/03/2011

Postérité des environnements (6): Un rêve part en fumée, dispersion du jardin extraordinaire d'André Hardy

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Vue générale du jardin de sculptures créé par André Hardy des années 70 à ces dernières années, ph. Bruno Montpied, juillet 2010

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Le personnage à la cravate rouge est peut-être un autoportrait de l'auteur du jardin? ph BM, 2010

 

       Le "Jardin Extraordinaire", comme l'avait appelé lui-même André Hardy, peut-être par référence à la chanson de Charles Trénet, n'est plus du tout extraordinaire, hélas. Un nouveau propriétaire bien moins inspiré que le créateur originel du site a décidé de faire table rase des sculptures qui étaient semées un peu partout en dessous de la maison située au faîte d'une colline, comme juchée à l'horizon, curieusement mise en valeur par la présence des dizaines de sculptures naïves en plein air qui la cernaient, ainsi que par son découpage sur le fond du ciel. Ces sculptures  descendaient, soigneusement distribuées sur les pelouses, jusqu'à la route, en contrebas, qui longeait ce territoire onirique en une courbe grâcieuse propice aux lents travellings.

 

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Le personnage à l'ombrelle avait été repeint en bleu entre 2008 et 2009 ; la baleine bleue, "une bête comme on en fait peu", était-elle une allusion, ou une réminiscence?, du poème de Jacques Prévert, La chasse à la baleine? Ph. BM, 2010

 

      Le caméraman du film de Remy Ricordeau, Bricoleurs de Paradis, ne s'en était pas privé du reste, de ces travellings, c'est le jardin sur lequel se clôt le documentaire, couvert depuis la fenêtre de notre voiture. Dans les bonus du DVD que nous avons tiré du film (à paraître incessamment, la date "officielle" de la sortie des Bricoleurs et du livre Eloge des jardins anarchiques est pour la fin du mois), on entend également les élus de St-Quentin-les-Chardonnets (c'est la commune où se trouvait le jardin, dans l'Orne), qui dialoguent l'été dernier  sur l'hypothèse de la sauvegarde ou non de ce site, qui avait déjà été abandonné par le couple à ce moment (Les Hardy, trop fatigués pour rester sur place, venaient de partir dans une institution médicalisée, après avoir vendu la propriété avec toutes les statues). Ces deux élus se révèlaient assez désarmés devant la question de la propriété privée, disant ne rien pouvoir faire face au nouvel occupant, et ce malgré l'aspect officieusement "patrimonial" du site, qui avait été un temps fléché sur les guides de randonnée édités par la commune.

 

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André Hardy, son Andalouse et le cerf toutes ramures déployées (première oeuvre d'André Hardy dans les années 70), ph BM, 2010

 

      Le nouveau propriétaire avait paraît-il l'intention de louer la maison, et déjà s'esquissaient de menus aménagements que j'avais photographiés, signes que j'avais alors interprétés comme de mauvais augure. Pourtant la location du lieu, avec ses statues et son paysage créés par Hardy, destiné à une sorte de tourisme "brut" (qui s'esquisse ça et là), aurait pu tenter nombre de loueurs, potentiels amateurs de sites d'art populaire insolite. Ce tourisme "brut" d'un nouveau genre (analogue à celui  qui se pratique avec les cabanes louées dans les arbres ou les sites troglodytiques) pourrait se présenter comme une solution alternative pour la sauvegarde provisoire des environnements insolites, assurée par des passionnés non institutionnels, ce qui serait plus cohérent avec l'esprit de ces lieux..

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Les démolisseurs avaient commencé de passer à l'attaque dès juillet 2010, ph.BM

 

    Les élus interrogés, qui avaient l'air bien embarrassés, se doutaient-ils en juillet 2010 des intentions complètes du nouveau propriétaire? Ce qui est sûr, c'est que la médiatisation du lieu était loin d'être réalisée, et ceci en dépit de la longévité du site (une quarantaine d'années à peu prés : on voit une photo du site dans Les Inspirés du bord des routes, le fameux livre de Jacques Verroust et Jacques Lacarrière en 1978 -il n'y a à cette époque qu'une vingtaine de sculptures, chiffre qui fut bien vite dépassé par la suite ; c'est Olivier Thiébaut, presque vingt ans plus tard, qui lui consacrera une notice importante dans son ouvrage sur les environnements de l'ouest, Bonjour aux promeneurs, édité chez Alternatives en 1996). Le site aurait été ainsi plus connu, il aurait été reconnu comme un site patrimonial, les dégâts actuels auraient peut-être pu être évités. Le début de reconnaissance du phénomène "Art brut" a contribué, au minimum, à faire que les statues n'ont pas été semble-t-il toutes détruites mais vendues pièce par pièce, notamment à une boutique de décoration située dans la bourgade voisine de Tinchebray, "Le grenier de Marco", qui actuellement encore propose dans son catalogue (rubrique "Art brut au jardin"!) diverses statues à vendre, dont par exemple la fameuse Baleine bleue: avis aux amateurs et aux conservateurs!

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Ph. BM, 2010

 

 

 

     A signaler que l'on peut trouver l'information de cette mise en vente sur plusieurs blogs ou sites qui s'intéressent aux inspirés du bord des routes, notamment celui d'Henk Van Es (rédigé en anglais), Outsider environments Europe. On retrouvera également André Hardy dans mon Eloge des jardins anarchiques, où je lui ai consacré une notice (parution: incessamment sous peu...).