29/02/2012
Est-ce de l'Art Brut?
Voici quelques dessins pour les amateurs de taxinomie (c'est une maladie que je trimballe). Son auteur, ou sa créatrice, est quasi inconnu(e), je l'ai découvert(e) récemment. Où classeriez-vous ce genre de dessin, qu'est-ce que cela vous inspire? Le (ou la) rangeriez-vous dans l'art brut? (Les proches de cette personne sont bien évidemment priés de ne pas interférer...).



23:30 Publié dans Art inclassable | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : art brut, art à classer, taxinomie, anonymes de l'art |
Imprimer
L'homme aux bonbons
Marie Paccou est cinéaste à Billom où elle organise un Festival du Film Bricolé. Elle a aussi consacré un court-métrage de 8 min 10 exactement, L'Homme aux bonbons (sous-titre: "l'histoire vraie d'un homme qui cherchait l'amour") à un certain Hubert Germain, qui était jusqu'à une époque récente une figure populaire de cette ville du Puy-de-Dôme (il est décédé en ), où on le surnommait "le Père Noël ambulant". Doux, plutôt innocent, sans doute muni d'une pension d'invalidité, il était connu pour deux comportements que le film souligne, il offrait sans cesse des bonbons (des Magnificat, sortes de caramels au lait crémeux), parfois en cachette, et surtout aux femmes, à qui il décernait des étoiles de gentillesse (en tout bien tout honneur comme on dit).
Ces douceurs étaient des petits cailloux blancs qui reliaient les gens les uns aux autres. Le deuxième comportement était sa participation, avec le groupe de rock auvergnat les Flying tractors, à des concerts, où il effectuait des sortes de performances, se roulant par terre, et chantant des scies de Joe Dassin (j'irai cueilir sur la colline un bouquet d'églantines...) ou de Pierre Perret (Tonton Cristobal est revenu...). Le film est court et faute de plus d'archives ne montre pas beaucoup cet aspect du talent très spécial d'Hubert Germain. Il semble du reste que dans la région, on n'ait pas pu garder beaucoup d'enregistrements de ces performances qui pourtant tenaient, a priori, du chant d'outre-normes tel que nous le cherchons et tel que nous le trouvons rarement. Le film de Marie Paccou est réalisé de façon atypique pour un documentaire, c'est presque un film d'animation avec son montage rapide, ses pixillations, ses témoignages hachés. Ce qui émerge à la toute fin, c'est la solitude de cet homme privé d'amour en raison de son handicap. Le cri final jeté en concert apparaît déchirant à cette lumière.
DVD : HUBERT l'homme aux bonbons (extrait) par heeza
Je crois savoir que le film sera diffusé le samedi 2 juin prochain dans le cadre du Festival Hors-Champ de cinéma autour des Arts singuliers à Nice (auditorium du MAMAC le samedi et bibliothèque Louis Nucéra le vendredi 1er). On peut demander le film en écrivant aux Films de l'Arlequin, 23, rue de Meslay, 75003 Paris (00 331 42 77 20 55), et arlequin@wanadoo.fr ou www.filmsdelarlequin.com
Drôles de billes (un complément d'Emmanuel Boussuge)
Le jeu de piste à la recherche des œuvres populaires signées par leurs créateurs dans la superbe vallée de Brezons (Cantal) évoqué dans le texte Art populaire et affirmation individuelle: deux maîtres-maçons de la vallée de Brezons (note publiée sur ce blog le 17 février 2009) s’est prolongé. J’ai repéré depuis une nouvelle croix sculptée attribuable à l’admirable tailleur de pierre naïf nommé Chanssans (ou Chassang ou Chanson…). Et c’est ma préférée.
Le Bourguet, ph. Emmanuel Boussuge, 2010
La croix se trouve au bas du hameau du Bourguet près du pont qui enjambe le Brezons. La figuration de l’avers est très similaire à celle de la croix plus haut dans le village ou à celle de Liverninx. Au revers, une croix en relief toute simple. Mais surtout, si on s’approche, on aperçoit quatre petites boules posées sur les bras de la croix.

Le Bourguet, ph. EB, 2011
Et sur ces boules, un visage très élémentaire : deux yeux, un nez, une bouche. Je suis presque sûr que le tailleur s’est inspiré des putti, ces angelots qu’on trouve quelquefois sur les croix à partir de l’époque baroque. Mais voilà, en simplifiant radicalement son objet, ces créatures ailées sont devenues des billes souriantes.

Le Bourguet, ph. François Puzenat, 2010
Je ne sais pas vous, mais, moi, ça me plaît bien que ce soit un mec au fin fond d’une vallée auvergnate, à la fin du XVIIIe siècle, qui ait inventé Pacman¹.
Emmanuel Boussuge
(PS : Cette notule est dédiée aux promeneurs avec qui j’ai arpenté à plusieurs reprises la vallée sur la trace du sieur Chanssans : Didier, Pascale, Emmanuelle et Clio Kahn, François Puzenat et Doudou).
_____
¹ Pacman est le nom de cette boule vorace connue des amateurs de ce jeu vidéo primitif des années 80.
19:20 Publié dans Art populaire insolite | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : brezons, chanssans, emmanuel boussuge, françois puzenat, art populaire insolite, croix de chemins, tailleurs de pierre, le bourguet, putti, pacman |
Imprimer
Les arcs-en-ciel du noir, invitation à Annie Le Brun
Cette exposition, conséquence de l'invitation lancée à Annie Le Brun par le musée Victor Hugo de la Place des Vosges à Paris, s'articule, nous dit le dossier de presse, autour de "7 sections thématiques et chronologiques": Noir comme la jeunesse, l'entrée dans l'obscurité (conçue comme le fil rouge de la visée hugolienne) à travers les premiers romans, noir comme le théâtre des passions, le théâtre hugolien interrogeant le cœur et l'amour, noir comme les voyages, ceux des années 1840 où les paysages sont les supports de la rêverie (Hugo écrivait: "C'est au dedans de soi qu'il faut regarder le dehors"...), noir comme la liberté, car Hugo se sentait attiré par les marges sociales et littéraires (il abrita des Communards en fuite dans sa maison étonnante de Guernesey), le choix du noir dans l'aménagement de Hauteville House qu'il avait conçu comme un théâtre mental, noir comme l'infini, car Hugo interrogeait les forces obscures du monde comme dans Les Travailleurs de la Mer et peut-être aussi, mais cette expo paraît ne pas en parler (ce sera l'affaire d'une autre expo à venir), comme dans les séances de spiritisme où Hugo et ses proches partaient en quête de l'au-delà et de ses possibles habitants, et enfin noir comme l'éblouissement, l'éclatement lyrique des poèmes hugoliens.
On se doute bien que l'exposition repose aussi sur la présentation de dessins et d'encres rarement montrées, en provenance des réserves du musée. C'est alors très concrètement que l'on peut voir surgir de ces encres, et de ces sépias, la lumière venue des ténèbres que dépeint et interroge l'exposition. De même que dans la photographie, alors uniquement en noir et blanc, et technique nouvelle que Hugo expérimente avec audace. L'invitation à Annie Le Brun est lancée au moment où paraît simultanément chez Gallimard (le 15 mars) son nouvel essai "Les Arcs-en-ciel du noir: Victor Hugo" dans la collection Art et artistes, en même temps que reparaît dans la collection L'Imaginaire Promontoire du songe du même Hugo, préfacée par Annie Le Brun, promontoire qu'illustre parfaitement l'image du Phare des Casquets qui a été choisie pour le carton d'invitation à l'exposition.

Les Arcs-en-ciel du noir. Invitation à Annie Le Brun, Musée Victor Hugo, 6, place des Vosges, Paris, du 15 mars au 19 août 2012
16:53 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Littérature, Surréalisme | Lien permanent | Commentaires (0) |
Imprimer
Ubu, plein de latence, de forces contenues...

De l'autre côté de la cour, ph. Bruno Montpied, 2012
La grosse forme rouge qui attend là-bas, de l'autre côté de la cour, penchée au balcon, le regard perdu dans le vide, comme cueillie en plein recueillement, quelle est-elle? Que retient-elle au fond de son corps boursouflé, bouffi de tant de contention et sûrement pas de contentement...? Les yeux fendus en amande, hybride de Fu Manchu et d'un vague insecte extra-terrestre, il ne regarde personne en particulier, il est plongé en lui-même, rassemblant ses forces dispersées en dedans, les pognes crispées au fond des poches, comme bougon, très renfrogné. A quoi va-t-il faire servir toute cette énergie rameutée? Quelques jours plus tard, il aura disparu.
15:37 Publié dans Art involontaire | Lien permanent | Commentaires (0) |
Imprimer
Les perles n'en finissent plus de tomber, Jean-Pierre Le Goff est mort
Depuis quelques années déjà, nous ne recevions plus ses petits papiers où il nous invitait à chaque fois à réenchanter un carré de trottoir, l'orée d'un bois, un moment de la vie : je viens d'apprendre la mort de Jean-Pierre Le Goff, survenue lundi 26 février. Il sera enterré au cimetière Ploaré à Douarnenez demain [jeudi 1er mars], à 14 heures.
Sa mémoire l'avait quitté. Il ne quittera pas la nôtre.
Encore un ami qui s'en va, nous privant d'un peu de nous-mêmes.
Joël Gayraud
*
Si je peux me permettre de rajouter quelques lignes après l'hommage ci-dessus, moi qui ai eu il y a bien longtemps un soupçon de correspondance avec Jean-Pierre Le Goff, j'ai retrouvé cette citation que Jean-Pierre m'avait envoyée, relative à un projet de revue à quatre que nous avions seulement esquissé avec d'autres amis, projet qui ne réussit jamais à aboutir (inventée par le poète franco-irakien Abdel-Kader El Janaby, elle aurait dû s'appeler Quatrain, devait être rédigée par quatre auteurs, qui avait la responsabilité chacun de quatre pages, un auteur laissant la place à chaque numéro à un nouvel arrivant... L'idée était belle, las! Rien ne put se mettre en place...). C'est le dernier mot que je reçus de lui (vers 1984). Cette citation prend aujourd'hui un sens autre, au regard de sa disparition, coïncidence qui l'aurait peut-être retenu:
"Alors on se dit que le petit frisson est passé, et l'on pense déjà que la soirée est achevée quand, de nouveau, un quatrain vole dans la salle, nous enchaîne, allonge les volutes de ses voyelles et s'arrête net, ayant été jusqu'au bout de son pouvoir, nous laissant médusés, affamés encore de son charme, tandis que de l'autre côté du détroit, j'aimerais que ne désespère pas de m'attendre, dans sa maison de bois, quelque ami à venir."
(Les échelles du temps, Jacques Bussy, p.48, Fata Morgana, 1984).
*
Et je rajoute ici ce supplément que Joël Gayraud nous a adressé aujourd'hui:
"Voici une bibliographie, forcément incomplète étant donné le grand nombre de textes non publiés à ce jour, de l'œuvre de Jean-Pierre Le Goff:
Ne voir que du bleu (Arabie-sur-Seine, 1983), Journal de neiges, avec deux dessins de Jean Benoît (Le Hasard d'être, 1983), Lettre Sépia (AKEJ, 1984), Les Remparts de Brouage, avec un collage de Véronike Keczkowska (Orbe, 1984), Sur le tas (s. l., La Petite Chambre Rouge, 1984), Rutilance du trésor (Lille, A. Buyse, 1987), Le Cachet de la poste, feuilles volantes, préface de Jacques Réda (Gallimard, 2000), Du crayon vert (Au Crayon qui tue, 2001), L'Ecriture des fourmis (Au crayon qui tue, 2003), Les Abymes du Titanic (Au Crayon qui tue, 2006), Catalogue de fils à plomb offerts à Jean-Pierre Le Goff (s.d.)."
Recueil de Jean-Pierre Le Goff édité par moi à l"enseigne de "la petite chambre rouge", qui se voulait un supplément à la petite revue littéraire, La Chambre Rouge que j'auto-éditai entre 1982 et 1985. "Sur le tas" date de 1984 (il comportait en frontispice un petit dessin de BM représentant un sablier).
On peut déjà y ajouter aussi le texte de Le Goff, paru dans le n°12 de Viridis Candela (1 gidouille 130 EP, vulg. 15 juin 2003), carnet trimestriel du Collège de 'Pataphysique, p.49 à p.64, "L'Affaire des Plaques": sur les fausses plaques commémoratives qui fleurirent un moment sur divers murs d'immeubles à Paris, apposées par deux personnes restées anonymes, plaques qui disparurent partout subitement (avis aux lecteurs, qui aurait un ou plusieurs clichés de ces plaques?). Il y a probablement beaucoup d'autres textes de Jean-Pierre Le Goff publiés dans les revues du Collège.
(Il n'y a pas du reste que dans les publications du Collège de 'Pataphysique que l'on peut dénicher des textes de Jean-Pierre Le Goff : pour mémoire je mentionnerais les revues Le Désir libertaire, Camouflage, Le Château-Lyre, Surr, Empreintes et j'en oublie bien évidemment . JG)
PS: On pourra aussi se référer à cette note parue sur l'Alamblog d'Eric Dussert, qui contient un texte de Stéphane Mahieu. Et aussi à celle-ci, publiée sur le blog de la revue Nouvelles Hybrides d'Etienne Cornevin. Et encore ces deux dernières: http://nouvelles-hybrides.fr/wordpress/?p=3860 et http://nouvelles-hybrides.fr/wordpress/?p=3862, qui contiennent entre autres, pour le dernier, un texte de Bruno Duval. Nouvelles Hybrides annonce du reste, et on peut lui faire confiance étant donné sa "puissance de feu", une série d'études sur Jean-Pierre Le Goff.
15:03 Publié dans Hommages, Surréalisme | Lien permanent | Commentaires (5) |
Imprimer
Capter Capt
Le 14 mars, voici un autre événement à la collection de l'Art Brut à Lausanne, une "lecture-performance" de Geneviève Pasquier et Mathias Demoulin à l'occasion de la parution de Ecrivainer, la langue morcelée de Samuel Daiber, par Vincent Capt dans la nouvelle collection d'ouvrages "Contre-Courant", éditée par la collection de l'Art Brut et In Folio.

La présentation du livre nous assure que Samuel Daiber (1901-1983), "enfermé dans un asile psychiatrique en Suisse durant la seconde partie de sa vie, a inventé un langage personnel riche de nombreux néologismes tels que "paroler", "ma voixadée", "c'est Effrayantadique", ou "écrivainer"." A noter que le 8 mars à 15h, au Pavillon Carré de Baudouin à Paris, rue de Ménilmontant, en marge de l'expo Marcel Storr, comme je l'ai déjà mentionné, Vincent Capt interviendra également à propos des "architectures et des écritures folles".
11:40 Publié dans Art Brut, Fous littéraires ou écrits bruts | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : samuel daiber, écrits bruts, fous littéraires, vincent capt, collection de l'art brut, écrivainer, collection contre-courant |
Imprimer
Rumours au MADmusée plutôt que Josef Hofer à la Collection de l'Art Brut à Lausanne
Si on devait m'obliger à choisir, dans une espèce de victoire à un improbable, très improbable jeu télévisé qui consisterait à envoyer ses participants visiter obligatoirement une exposition d'art brut, entre l'expo "Josef Hofer et le miroir" qui se tiendra à la collection de l'Art brut à Lausanne du 9 mars au 13 mai 2012 et l'expo "Rumours, Morton Bartlett/Lee Godie/Loulou/Miroslav Tichy" qui se tiendra au MADmusée de Liège du 10 mars au 6 mai, je sais que c'est la seconde qui recueillerait tous mes suffrages. Hofer, je n'arrive pas à m'y intéresser. Graphiquement surtout, car je trouve cela d'un insupportable misérabilisme ethétique. Peut-être que c'est le discours autour de ce personnage qui en fait tout l'attrait pour certains, mais la barrière du graphisme maigrichon me tient en deçà. Tandis que du côté de Liège, oui, c'est plutôt excitant avec ces deux grands voyeurs poétiques que furent Bartlett,
avec ses poupées de plâtre qu'il photographiait dans un théâtre mental qui lui était propre (et qu'on connaît mal de ce côté de l'océan Pacifique), et Tichy, le bricoleur d'appareils photo qui saisissait au vol les jolies femmes désirables qu'il regardait à la dérobée. Lee Godie, dont on nous dit dans le dossier de presse qu'elle vivait dans la rue, faisait des portraits et des autoportraits photographiques tout en se proclamant "impressionniste française". Loulou, alias Louise Tournay, décédée en janvier 2010, est plus connue depuis que l'Aracine l'a présentée dans ses expositions et sa collecion.

(Illustration: La fille en robe jaune, galerie Julie Saul, New York)
10:49 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Photographie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art brut, josef hofer, collection de l'art brut, morton bartlett, lee godie, miroslav tichy, louise tournay, madmusée, photographie |
Imprimer
Poupées russes, version Laurent Jacquy
J'ai bien ri à la vision des matriochka d'après Tchernobyl telles que les a vues et réalisées Laurent Jacquy sur son excellent blog Les Beaux Dimanches.
Laurent Jacquy, Matriochkatastrof, peinture sur bois, 2012
09:18 Publié dans Art populaire contemporain, Art singulier | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : matriochka, poupées russes, laurent jacquy, les beaux dimanches, tchernobyl, catastrophes |
Imprimer
Disparition de Lino Sartori
C'est l'ami Alain Garret qui m'apprend cette triste nouvelle. Lino Sartori nous a quittés le 21 décembre 2011. C'était un peintre sur souches de toute première force que je n'ai pu rencontrer qu'une seule fois en juin de l'année dernière, si éphémèrement, une après-midi fugace, tout en me laissant un grand souvenir cependant.
Lino Sartori face à sa créature, photo Bruno Montpied, juin 2011
Epoux d'une autre grande créatrice singulière, au parcours différent de Sartori, Andrée Acézat (ce fut au départ une peintre académique de la région bordelaise qui avait rompu à 180° avec ses anciennes habitudes de représentation, creusant la geste enfantine en la revisitant à travers un regard adulte), il avait d'abord été une grande partie de sa vie chef de chantier dans le bâtiment. C'est le compagnonnage avec cette femme artiste atypique, et peut-être aussi la mue opéré par cette dernière dans sa propre production, débouchant sur une expression infiniment plus directe, qui provoquèrent le désir chez Lino Sartori de créer à son tour.
Bois peint de Lino Sartori, coll. BM
Durant notre rencontre, avant tout centrée sur l'évocation de sa femme qu'il faut aussi faire reconnaître, je ne pouvais m'empêcher d'être gagné du coin de l'œil, séduit par les œuvres de Sartori qui se trouvaient semées dans sa maison, mêlées à celles d'Acézat. L'enchantement continua quand j'allai dans la suite de l'après-midi chez un collectionneur qui a conservé de nombreuses pièces des deux créateurs.
Le problème de cette œuvre, qui comprend aussi des peintures en deux dimensions à côté des souches peintes, c'est sa proximité ave le travail d'un Gaston Chaissac. La façon qu'a Sartori de cerner ses couleurs de manière compartimentée, sa liberté de traçage sur des surfaces aussi bosselées et imprévisibles que peuvent l'être des morceaux de bois brut, cela l'apparente fortement à Chaissac et peut nuire à une approche immédiate de son travail. Il faut en particulier ne pas s'arrêter à l'image en deux dimensions de ses souches peintes qui bien entendu aplatissent ces dernières, et le rapprochent encore plus de Chaissac. Quand on fréquente assez longtemps les oeuvres de Sartori, cette référence peu à peu s'estompe et surnage l'opinion que l'on a affaire ici à un amoureux des formes naturelles qu'il sublima par la caresse de ses couleurs, et le dessin de ses figures tendres et naïves, parfois humoristiques.
Lino Sartori, sans titre (un dialogue entre marionnettes?), 2007, coll. privée, Bordeaux
Il faut absolument se pencher sur cette oeuvre, en dresser le catalogue avant que l'oubli et ses mâchoires de néant ne se referment sur le personnage qui fut discret, réservé, s'effaçant derrière une épouse déjà elle-même fort secrète, véritable ombre derrière une autre ombre...
Acézat et Sartori, Hymne à l'unanimité, il faut de tout pour faire un monde, 1994 ; peinture commune aux deux époux (l'église étant plutôt du fait de Lino apparemment), émaillée d'inscriptions variées et datée de la période charnière dans la production d'Acézat
08:54 Publié dans Art immédiat, Art populaire contemporain, Art singulier | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : lino sartori, andrée acézat, alain garret, art singulier, art immédiat, souches peintes, chaissac |
Imprimer
Tandis que le petit monde dégringolant de Ruzena s'expose (à nouveau) à Lyon...
Des singuliers, il se peut qu'il s'en montre de fort belle facture à Lyon, mais pas où on le croit généralement, pas dans les piscines du bord du Rhône, mais plutôt à la Galerie d'Alain Dettinger, place Gailleton, non loin de la place Bellecour.
Ruzena, image sur le carton d'invitation à son exposition à venir à la Galerie Dettinger
C'est le retour dans ces murs de Ruzena, à partir du 3 mars jusqu'au 31 du même mois, le vernissage étant pour vendredi prochain 2 mars à partir de 18h. L'expo s'intitule "Parce que ce que j'écris peut se lire dans le noir", qui est une citation d'Antonio Lobo Antunes. Une lumière au fond du noir, ça éveille un écho avec l'expo autour de Victor Hugo que je vais annoncer ci-dessus (dans cette colonne de notes). C'est d'ailleurs étonnant parfois tous ces échos autour d'un même thème qui s'agrègent par une sorte de hasard orienté (hier, j'ai reçu aussi d'un correspondant éminent la nouvelle qu'il émergeait, lui et ses compatriotes britanniques, des "ténèbres", de l'hiver s'entend...).
Tiens, en prime, un Ruzena inhabituel, un dessin (Ex-voto (plumes), 19-11-05) avec collage (une plume), broderie sur papier calque, pas forcément exposé à Lyon, ph. Bruno Montpied
07:23 Publié dans Art singulier | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ruzena, galerie alain dettinger, lumière du noir |
Imprimer
Quatre singuliers à Carquefou
J'ai commencé cette journée par des Singuliers, et tout s'enchaîne, il y a justement une nouvelle exposition avec au moins trois créateurs que j'ai déjà eu l'occasion de vanter ici et là, à Carquefou, cette commune prés de Nantes qui s'intéresse visiblement avec persévérance aux créateurs proches de l'art brut, sans être pour autant des artistes contemporains à part entière. Il existe ainsi une catégorie de créateurs qui œuvrent avant tout pour leur propre délectation, hors souci vénal ou d'arrivisme.
Au programme donc, à partir du 3 mars, Pierre Albasser, Céline Ranger (je connais pas), Patrick Chapelière et Noël Fillaudeau (un grand ancien de l'art singulier celui-ci, disparu en 2003). A propos de ce dernier, on peut aller faire un tour sur le site web qui lui est consacré et qui propose, entre autres, à la vente une petite monographie élégante que l'on peut commander directement auprès de sa femme Alice qui veille fidèlement à la mémoire de Noël.

Première de couverture du catalogue "Indomptés de l'art", 1986
Noël Fillaudeau, que j'avais rencontré chez lui à Boussay (Loire-Atlantique) il y a plusieurs années, suite à ma découverte de son œuvre à l'exposition Les Indomptés de l'Art à Besançon en 1986 (j'ai écrit à son sujet deux articles: « Noël Fillaudeau, très brève biographie », et « L’atelier du Père Noël (Fillaudeau) », dans la revue Création Franche n°9, en avril 1994), est un grand créateur que j'admire absolument et dont je me sens particulièrement frère.

Noël Fillaudeau, sans titre, photo surpeinte de la série des "Métamorphoses", 29x13 cm, coll BM
06:36 Publié dans Art singulier | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : carquefou, manoir des renaudières, pierre albasser, patrick chapelière, noël fillaudeau, art singulier, création franche, indomptés de l'art |
Imprimer
Singuliers à l'écart, une exposition virtuelle
Cela fait longtemps que je souhaite établir mon propre rassemblement de créateurs que je range dans mon for intérieur sous le qualificatif, fourre-tout je m'en avise volontiers, de "singuliers". Singuliers, mais à l'écart alors, et d'abord à l'écart des singuliers pluriel qui s'affichent – contradictoirement, parce que très exhibitionnistes finalement, et de plus très identiques les uns aux autres avec leurs tics graphiques et plastiques tirant du côté du Chaissac mal digéré, de la Tête à Toto déclinée industriellement – qui s'affichent dans les festivals dits "d'art singulier" comme ceux de Banne, de la biennale hors-les-normes de Lyon, la galerie Singul'Art de la Croix-Rousse, etc, etc. Comme sous-titre de mon exposition virtuelle, je pourrais mettre "autodidactes marginaux, imaginistes, intimistes et visionnaires".

De haut en bas, et de gauche à droite, des œuvres de Jean Branciard, Andrée Acézat, Géral Stehr, Bruno Montpied, Ruzena et Monique Le Chapelain
En attendant de pouvoir trouver l'espace d'exposition matériel adapté (on a un peu d'espoir), je commence par un espace virtuel ici même et dans ma colonne de droite du blog consacré aux albums. Le nouvel album que je commence aujourd'hui, et qui sera évolutif en fonction des découvertes, des rencontres à venir, et aussi des lassitudes, des rectifications, des changements d'avis, devrait contenir pour le moment 46 créateurs. Voici les noms (dans l'ordre alphabétique des patronymes): Acézat, Marie Adda, Pierre Albasser, Jean-Christophe Belotti, André Bernard, Michel Boudin, Emmanuel Boussuge, Jean Branciard, Jean-Louis Cerisier, Thierry Chanaud, les créateurs de l'atelier La Passerelle (Béatrice B., Lydie B., Kevin R., Cyrille A., Monique M.), Caroline Dahyot, Gabrielle Decarpigny, Joseph Donadello (Bepi Donal), Jean Estaque, Noël Fillaudeau, Yves-Jules Fleuri, Alain Garret, Régis Gayraud, Guy Girard, Armand Goupil, José Guirao, Pascal Hecker, Emilie Henry, Hérold Jeune, Laurent Jacquy, Monique Le Chapelain, Stéphanie Lucas, Gilles Manero, Pierre-Louis Martin, Bruno Montpied, Huub Niessen, Serge Paillard, Jean-Pierre Paraggio, Marilena Pelosi, Jean-Christophe Philippi, Sylvia Katuszewski, Marcel Katuchevsky, Ruzena, Lino Sartori, Chrsitine Sefolosha, Petra Simkova, Gérald Stehr, Thibaud Thiercelin, Bernard Thomas-Roudeix.
04:49 Publié dans Art singulier | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : art singulier, imaginistes, autodidactes marginaux, singuliers à l'écart, monique le chapelain, bruno montpied, emmanuel boussuge, acézat, ruzena, gérald stehr |
Imprimer
Le coup d'oeil de JB
J'ai reçu voici quelques jours de Jean Branciard –grâces lui en soient rendues – l'adresse significative d'une ophtalmologue lyonnaise, le docteur Safia Bounoua qui habite au 28, rue louis loucheur dans le 9e arrondissement.
03:26 Publié dans Noms ou lieux prédestinants | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : noms prédestinants, aptonymes |
Imprimer











