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28/10/2016

Aventures de lignes (6): Alain Garret

Alain Garret

 

     Alain Garret est un peintre qui a eu longtemps pour originalité de recouvrir, et de détourner, des canevas kitsch reproduisant des paysages, des natures mortes, etc., dénichés dans les brocantes, lieux où il aime aller chiner. Ces tableaux de tissu, où l’on trouve des intervalles entre les fils, freinent le passage du pinceau et le badigeon d’huile, et cela induit un tremblé dans les formes représentées, comme si les images de Garret étaient floues. J’en aime le foisonnement, dans ses œuvres les plus réussies.

     L’artiste par ailleurs recherche par ces tableaux à fixer des réseaux de faits et de coïncidences qu’il a été amené à constater dans sa vie quotidienne, et qu’il préfère appeler des « synchronicités » (André Breton parlait de « hasard objectif »). Ces réseaux lui permettent de dévoiler un sens latent qui resterait occulté sans cette mise en réseau. Il s’est servi à un moment de ses tableaux en les filmant et en les proposant sur le site internet qu’il créa à une époque, « vidéomancie.com », afin de proposer un jeu d’oracles aux amateurs, auto-oracles ou oracles assistés par sa compagne Hélène. Alain Garret n’hésite pas non plus à faire servir sa peinture à une lecture politique du monde.

     (Voir sur Alain Garret, le Poignard Subtil, note du 21-05-2009)

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Alain Garret, Danseurs bretons, huile sur canevas, vers 2009, coll. et photo Bruno Montpied ; ce tableau ne fait pas partie de l'exposition "Aventures de lignes", galerie Amarrage à St-Ouen.

11/09/2016

Si Cobra avait connu ce placard publicitaire, il en aurait fait ses choux gras...

Publicité murale, Metz, ph Beurk-Petersen 2016.jpg

Publicité murale, Metz, ph. Beurk-Petersen

 

    Ceci dit, les publicitaires ne sont pas avares d'emprunts au bestiaire, en particulier lorsqu'il s'agit de défendre les vaporisateurs anti-bestioles plus ou moins piqueuses. A côté du cobra, il y eut aussi ce petit éléphant tonique gambadant partout la bombe à la main... Peut-être capable de gazouiller?

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Affiche "Geigy", photographiée dans un bar de Lille

02/05/2010

Encore la Sirène

      Je viens de recevoir communication de l'apparition d'une projection lumineuse en forme de sirène sur le mur intérieur d'une maison dont j'ai déjà parlé en novembre 2008 sur ce blog. Si l'on veut se souvenir, devant cette maison, pousse un rosier de la variété de roses Mermaid (sirène en anglais). La mère de la jeune personne qui a photographié la dite projection lumineuse de ces derniers jours est décédée lorsque cette jeune fille avait douze ans. Elle prisait particulièrement la thématique de la sirène. C'est comme si elle envoyait depuis le pays d'où personne ne revient des signes d'affection, des clins d'oeil de l'au delà. Comme si une maison, saturée de son souvenir, était désormais hantée de fantômes aux doux aspects d'ondines.

Sirène-de-Marlais3-,avr10-J.jpg
Projection lumineuse suite à un reflet sur de la vaisselle, photo Juliette C., avril 2010
Sirène-de-Marlais-2,-avr10J.jpg
La voyez-vous bien, l'ondoyante sirène?
 

12/04/2009

Sirène du 5 avril

         La sirène était bien tout à fait kitsch. A combien d'exemplaires furent-elles fabriquées? Depuis celle que RR a trouvée à Paris, sur le trottoir (elles ont tendance à vivre au ras des paquerettes), voici qu'elles me suivent où que j'aille. L'autre jour à Espiet, en Gironde, une deuxième m'attendait au coin d'une braderie, avec sa table vitrée. Ce sont des séries curieuses, il suffise qu'on remarque une chose une fois pour que cette chose continue à se montrer les jours suivants, comme par un bégaiement d'interpellation du hasard.

Sirène d'Espiet, ph.B.Montpied, 2009.jpg
Photo B.Montpied, 2009

08/04/2008

Hasards poétiques, par Régis Gayraud

Vu en vitrine de l’antiquaire "L’œil du pélican", 13, rue Jean-Jacques Rousseau, une maquette de cathédrale, belle réalisation d’art bout-de-ficelle élaboré à partir d’objets détournés de leur fonction initiale. Dans la décoration, on distingue des trombones, des clous de tapissier, et peut-être bien des balles de fusil. Paraît en contreplaqué recouvert de plâtre poli et peint, mais il y a également d’autres éléments que je n’arrive pas à définir.

Qu’allais-je faire rue Jean-Jacques Rousseau ? J’allais seulement, voyageur solitaire dans ma mélancolie, sur les traces des années perdues, du côté du "Pompadour", et j’ai composé cette petite chanson :

 

 

Te souviens-tu du Pompadour ?

Nous en rêvions tous les jours

C’était le temps du Pompadour.

Le miroir veuf au mur du fond

Ne mire plus le noir profond

De nos sourcils et se morfond

Dans les soucis neufs d’aujourd’hui

Que ceux qui tournent dans la nuit

En brûlant dans le feu ont fuis.

L’escalier qui grimpe à la tour

A perdu le nord des toujours,

Le steak au bleu et tes atours.

Trop loin m’ont emporté mes pas

J’y reviens et tu n’es plus là

Il n’y a plus de Big Buddha.

 

 

A l’issue de la rue Jean-Jacques Rousseau, dont la géographie me fera longtemps penser à celle des divers appartements que j’ai habités, invariablement encombrés d’objets empêchant la marche en ligne droite, je me suis assis à l’intérieur du café de la Bourse pour écrire tout ce qui précède et ce que j’écris en ce moment-même, tout en déplorant la fin de "la Cigale" et de "la Fourmi" et après avoir méprisé le café portant le nom prétentieux et provocateur de "Café des initiés". Crétins qui vous croyez libres, esclaves de vos déterminismes qui vous croyez des initiés parce que vous précédez la mode à venir dans deux ans.

le tabac la Fourmi sans son alter ego la Cigale, photo Bruno Montpied, 2008 .jpg

Là, au "Café de la Bourse", j’ai assisté à l’arrestation d’une jeune femme très digne – mais manifestement bouleversée – dans une petite voiture noire à l’élégance bourgeoise tout comme elle, arrestation effectuée par deux policiers dont l’un ressemblait plutôt à un de ces étudiants à barbe de chèvre d’aujourd’hui et l’autre, asiatique, tonfa au côté, souriant de toutes ses dents malgré sa détermination, sortait d’un film de karaté. Ils l’arrêtèrent tranquillement – pour quel motif ? – en lui barrant la route sans brusquerie, l’aidèrent même à se garer. Elle sortit de l’auto, tendit ses mains lorsqu’ils sortirent les menottes, et ils l’emmenèrent doucement vers le fourgon qui attendait au coin de la rue et que j’avais remarqué quelques minutes plus tôt sans comprendre qu’il était l’outil du drame à venir. Tout cela dans le plus grand silence, à deux mètres de ma table, de l’autre côté du carreau. Je fus le seul à le remarquer et j’eus l’impression de regarder une pièce de théâtre ou mieux un ballet bien réglé. Rien ne paraissait conforme, tout semblait arrangé d’avance. Je crois que je me souviendrai toujours de cette femme, qui avait l’air d’une jeune cadre dynamique, de ce désarroi fulgurant dans ses yeux, mais aussi de cette résignation et de cette façon de dire quelque chose du genre de « Vous m’avez eue », que je n’ai pas entendu mais que j’ai deviné.

Décidément, la rue Jean-Jacques Rousseau n’a cessé de me rappeler à elle. Quelques heures plus tard, chez le bouquiniste et antiquaire russe Lampert, dans un tout autre quartier, rue de Miromesnil, chez qui j’ai acheté quatre recueils de Boris Bojnev en édition originale, j’ai aperçu sur le bureau qui lui sert de comptoir une carte d’une librairie ésotérique sise au 15, rue Jean-Jacques Rousseau, c’est-à-dire exactement à côté de l’antiquaire "L’œil du pélican"102013324.jpg déjà noté plus haut, libraire que je n’ai pas remarqué le matin même, alors que mon regard avait été attiré par l’étrange maquette de cathédrale. En écrivant cela le soir dans le train qui me ramène à Clermont, je remarque que la boucle est bouclée. Moi qui n’achète jamais rien chez les antiquaires, qui m’intéresse peu à leurs devantures, qui n’entre qu’exceptionnellement dans leurs boutiques – d’ailleurs ce matin, après avoir hésité à entrer à "L’oeil du pélican", je suis peureusement resté sur le trottoir – deux fois aujourd’hui je me suis trouvé intéressé par une boutique d’antiquités, la deuxième fois j’y suis entré et y ai même fait des achats. Reste à savoir quel rôle joue dans cela la jeune femme blonde et triste à cette heure-ci prisonnière, et si la librairie ésotérique qui m’a fait signe depuis la rue Jean-Jacques Rousseau chez Lampert a quelque chose à voir avec elle.

 

Régis Gayraud, 6 septembre 2007