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29/06/2015

A Rothéneuf, expo de l'association des amis de l'oeuvre de l'abbé Fouré et redécouverte d'une sculpture de "l'Ermite"

Affiche art brut et apparentés en Bretagne 2015.jpg

 

      Voici la nouvelle exposition à la fois documentaire et artistique sur l'abbé Fouré et "l'art brut en Bretagne" que présente l'association des amis de l'œuvre de l'abbé pour cet été à l'Hôtel le Terminus du Val, avec à la clé, l'exhibition, au moins sur l'affiche, d'une nouvelle sculpture attribuée au fameux ermite. Je dis cela ainsi, avec une feinte réticence, parce que rien ne nous a été transmis au sujet des conditions de cette attribution, d'où la sculpture provient, comment elle est parvenue entre les mains de l'association, est-on sûr qu'il ne s'agit pas d'une copie des œuvres de l'abbé dans un style "à la manière de", etc.

Panneau sculpté Abbé Fouré retrouvé.jpg

La sculpture retrouvée attribuée à l'abbé Fouré, avec la même inscription que sur le rosier précédemment retrouvé en 2010

Gisant-St-Budoc,-et-avocat-.jpg

Détail d'une carte postale du vivant de l'abbé montrant à gauche le gisant de St-Budoc avec l'ange étendant ses ailes au-dessus du gisant et des trois niches

Autel St-Budoc,restes, juil10.jpg

Ce qui restait en 2010 du même autel de St-Budoc... ; l'ange est complètement rongé..., ph. Bruno Montpied

 

    A bien la détailler, avec son inscription, "Œuvres de l'Ermite de Rothéneuf A. Fouré", surmontant la représentation  taillée en bas-relief d'un gisant que paraît protéger un ange, représentation visiblement démarquée de la sculpture qu'avait taillée l'abbé dans les rochers le long de la côte (toujours visitables aujourd'hui comme on sait, quoique fort dégradés) montrant le gisant de Saint-Budoc, à bien la détailler, donc, on  se dit que le style ressemble apparemment bien à celui de l'abbé, et qu'il pourrait s'agir, par exemple, d'un panneau autrefois apposé à l'extérieur de l'ermitage pour indiquer aux curieux ce que le musée de l'abbé abritait derrière son mur crénelé, surmonté de têtes sculptées en pierre. Si cette hypothèse se révélait fondée, cela ouvrirait un espoir que d'autres pièces de ce petit musée incroyable aient pu être sauvées.

 

Oeuvre réapparue le18déc10, 1904, signée, offerte à Joséphine Macé, 1910.jpg

Autre sculpture retrouvée de l'abbé Fouré en 2010, apportée par sa propriétaire au cours d'une exposition montée à Rothéneuf par Joëlle Jouneau, ph. BM

 

       Je veux le croire en tout cas. Sans pourtant effacer l'intuition  funeste que j'ai depuis fort longtemps, selon laquelle on risque bien de ne retrouver des sculptures de l'abbé, finalement, que peu de pièces décisives, soit des cadeaux faits à des obligés (comme la sculpture d'un rosier qu'on vit réapparaître à Rothéneuf lors d'une expo des débuts de l'Association en 2010, j'en avais parlé ici même, et voir ci-dessus), soit des meubles, des objets manufacturés ayant appartenu à l'abbé, ou des sculptures sans grande valeur, ayant quitté l'ermitage en 1910 lors de la vente aux enchères qui suivit la mort de l'abbé et dont j'ai publié le récit, écrit par Eugène Herpin, alias Noguette, dans le dossier que j'ai consacré au musée disparu de l'abbé Fouré dans la revue L'Or aux 13 Îles  n°1 en janvier 2010 (dossier qui contenait aussi la réédition du Guide du Musée de l'Ermite). J'ai ainsi personnellement vu passer (récemment) sous mes yeux des reproductions d'un fauteuil de l'abbé (authentique puisqu'on le reconnaît sur une carte postale de la Belle Epoque, l'abbé étant assis dessus), parti d'une collection privée parisienne en direction de Montpellier (paraît-il), de même qu'on a pu voir  il y a bien plus longtemps un tabernacle de l'abbé reproduit dans le livre de Michel Ragon, Du côté de l'art brut, ou qu'on peut encore découvrir une commode que possède Bruno Decharme dans la collection d'art brut ABCD (voir ci-dessous).

 

Un fauteuil de l'abbé.jpg                                 Détail fauteuil anc coll privée Paris.jpg

Fauteuil de l'abbé de passage dans une collection privée parisienne (voir ci-dessous du temps où l'abbé s'asseyait dessus)

Abbé-Fouré,-dans-un-fauteui.jpg

Le même fauteuil (qui provient d'une vente aux enchères qui se tint à St-Malo dans les années 1980, où selon le témoignage du collectionneur qui le posséda un temps se vendirent quelques rares meubles de l'abbé que fort peu de gens se disputèrent...)

Armoire-objets-du-culteAbbe.jpg

Tabernacle à usage privé de l'abbé Fouré ,tel que reproduit dans le livre cité de Michel Ragon

Abbé Fouré, meuble, coll ABCD.jpg

Commode en provenance également de chez l'abbé Fouré, collection ABCD

 

     La réapparition de cette seconde pièce de bois sculpté de l'abbé Fouré, due à l'incroyable ténacité de l'animatrice de l'association des amis de l'œuvre de l'abbé, Joëlle Jouneau, acharnée à collecter depuis environ cinq ans, à rassembler toute la documentation possible sur l'œuvre et la vie de "l'Ermite", apporte cependant une assise certaine à ces archives auxquelles on souhaite de trouver à Rothéneuf un local plus pérenne.

 

2 Simone Le Moigne.jpg

Simone Le Moigne, coll. Art Obscur (à noter une petite  -j'ai dit "petite"...- parenté d'inspiration dans cette toile avec les images que crée en Vendée Yvonne Robert)

3 Patient de St-Avé.jpg

Détail d'un objet sculpté, du "patient de St-Avé", coll. Art Obscur

 

     En parallèle de la présentation de cette sculpture retrouvée, l'association a choisi de présenter des œuvres provenant de divers autres points de la Bretagne, soit empruntées à la collection de l'Art Obscur de Michel Leroux (Simone Le Moigne, peintre naïve ; le "patient de St-Avé" avec une sculpture d'inspiration populaire assez énigmatique ; Yvette et Pierre Darcel, créateurs d'un environnement dans la région briochine dont j'ai abondamment parlé dans mon Eloge des Jardins Anarchiques et ici même au sein de plusieurs notes), soit provenant d'autres sources, comme des œuvres  du sculpteur de Kerlaz, Pierre Jaïn (il est cher à mon cœur depuis que j'ai aidé à sa redécouverte dans l'exposition d'Art Insolite au musée rural des arts populaires de Laduz en 1991), probablement prêtées avec le concours de son petit neveu Benoît Jaïn, ou encore des œuvres de Jean Grard et d'Alexis  Le Breton, tous deux créateurs d'environnements dont peu de pièces circulent en dehors des sites qu'ils créèrent en plein air (celui de Jean Grard a de plus été démantelé quelques années après sa disparition).

 

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Pierre et Yvette Darcel, la table du petit déjeuner avec cafetière et moulin à café, ces deux accessoires ayant donc fait (voir témoignage de Michel l'égaré ci-dessous en commentaires) l'objet de répliques séparables de l'environnement proprement dit, certaines étant montrées dans l'expo à Rothéneuf, ph. Bruno Montpied, 2009

 

 

04/02/2012

Info-Miettes (15)

Clovis Prévost expose à la Galerie Maeght

        C'est commencé depuis le 19 janvier et cela se terminera le 17 mars. Le photographe et cinéaste Clovis Prévost présente son parcours de photographe, ainsi que quelques films dans une salle à part, à la galerie Maeght pour qui il travailla longtemps à son département cinéma, faisant des films avec des artistes défendus par la célèbre galerie (Adami, Pol Bury, Calder, Chillida, Arroyo, Monory, Miro, Tapiés, Ubac, etc.). On trouvera également quelques évocations de créateurs plus autodidactes et populaires comme Robert Garcet et sa tour d'Eben-Ezer, le Facteur Cheval, l'abbé Fouré, monsieur G....martine lamy Des graffiti ont aussi fait l'objet des recherches de Prévost, de même que les architectures de Gaudi à Barcelone. A noter que le lien, qui aurait dû mener l'internaute, sur le site web de la galerie, vers un communiqué de presse, ne fonctionne pas. Le Poignard Subtil vous en donne plus... Ayant reçu du photographe le dossier de presse, probablement le même que celui qu'on devrait trouver sur le site de la galerie, je me fais un plaisir de vous le procurer, si vous voulez bien cliquer ici. A noter encore que sur les pages d'accueil de la galerie, on se garde bien de mentionner nos chers inspirés bruts, pas encore assez présentables peut-être?

(Illustration: Monsieur G., devant son autoportrait dans le Sanctuaire des Lasers à Nesles-la-Gilberde, Seine-et-Marne, 1977)

Martine Lamy, déesse avec arbre et oiseau?

      Jusqu'à présent, je n'étais pas trop amateur des créations de Martine Lamy. Je trouvais ses dessins de petites filles un peu trop sages (les dessins, mais aussi les petites filles?). Voici qu'elle expose sous le titre générique suivant, "L'arbre, l'oiseau, la déesse" au Centre Culturel de Saint-Yrieix (dont elle est native) dans la Haute-Vienne du 14 janvier au 10 mars. Je n'ai qu'une affiche/dépliant pour me faire une idée.Martine Lamy, 2012.jpg Il ne paraît plus y avoir dans ces compositions, tantôt broderies, tantôt peintures, qu'une seule petite fille, probablement la "déesse" promise par le titre. Toujours la même, clonée dirait-on, bizarrement "figée" comme dit Claudine Goux qui préface l'exposition, fillette modèle dont  l'impassibilité finit par inquiéter. Poupée qui ne paraît pas voir le décor autour d'elle changer de façon presque vénéneuse. La nuit l'entoure, les branches de l'arbre serpentent comme langues de plantes carnivores ou lanières de fouet. Cette imagerie devient donc un peu plus inquiétante, et du coup plus attirante.

Le Répertoire 2011 des Macchabées célèbres, tomes I, II, et tombe III, est paru...

    Je crois avoir annoncé l'année dernière la parution de ces listes dessinées par Laurent Jacquy à Amiens, qui s'amuse à une comptabilité graphico-nécrologique passablement déprimante de toutes les vedettes qui ont passé l'arme à gauche dans le courant de l'année écoulée. L'année 2011 s'avère avoir été plus remplie que la précédente en cette matière. Laurent Jacquy le souligne dans une note de son excellent blog Les Beaux Dimanches. Offre de troc originale pour l'occasion, il propose l'échange de ces répertoires avec ceux qui lui enverront une représentation de leur cru d'une de ces vedettes trépassées. Avis aux amateurs...

La vie et l'œuvre de l'abbé Fouré aux Forges de Paimpont

martine lamy     L'association fondée par Joëlle Jouneau continue de faire voyager ses documents, articles, cartes postales anciennes, sur le fameux abbé dont elle déplore qu'on ne connaisse pas mieux la vie et la signification de ses sculptures semées en plein vent sur la côte de Rothéneuf ainsi que par le passé dans le petit musée de l'ermitage qu'il louait dans le bourg (voir ici le lien vers la note qui renverra au dossier que j'ai concocté en janvier 2010 sur le sujet). L'expo est prévue pour débuter le 11 février tout proche et cette fois c'est à Paimpont qu'elle va. Et non, ce n'est pas un village de pompiers...

 

martine lamy

Les rochers de Rothéneuf à marée haute, ph. Bruno Montpied, 2010

 Et deux nouvelles expos au Musée de la Création Franche, Natasha Krenbol et Yvonne Robert

      Natasha Krenbol, j'aime bien ce qu'elle dessine, et depuis déjà longtemps (c'est même moi qui l'ai présenté le premier au musée de Bègles, en janvier 1996 dans Création Franche n°12, texte intitulé par la rédaction "Pour Natasha Krenbol" alors que le véritable titre était "Pour Natasha la Krenbol"... comme on disait "la" Callas, car c'est un peu une diva en effet, Natasha...). Voici qu'elle arrive avec pour la première fois une expo personnelle au musée de la Création Franche, pourquoi si tard, le dossier de presse ne nous le dit pas. C'est une peinture avec des silhouettes obtenues par évidement ou cernage de formes peintes dans de premières couches puis laissées en réserve, une peinture où souffle la note bleue du jazz, avec des petits esprits espiègles comme les Totopioks empruntés je crois aux Inuits, mais aussi des ânes qui trottent entre deux lignes, entre deux graffitis ressemblant comme deux gouttes d'eau à des improvisations au saxo. On pense aussi à Klee de temps à autre, lui qui était aussi pas mal obnubilé par la musique. Natasha exposera une centaine d'oeuvres au rez-de-chaussée du musée, peintures, dessins, et des planches de timbres également.

 

martine lamy

Natasha Krenbol, "Nous deux", technique mixte (extrait de la plaquette que lui consacre le musée)

     Avec elle, à Bègles, on retrouvera aussi la chroniqueuse plus ou moins moqueuse de sa campagne, Yvonne Robert, nonante ans en juin de cette année, que l'on a rangée dans l'art brut, mais qui pourrait tout aussi bien figurer dans l'art naïf contemporain. Elle, c'est sa quatrième expo à Bègles! 60 peintures acryliques et 20 à l'huile, le tout récent.

 

martine lamy

Yvonne Robert, acrylique sur papier, 2011 (extrait de la plaquette que lui consacre le musée)

   Comme d'autres raconteurs ruraux, elle croque ses voisins, les habitants de son pays vendéen, et a une prédilection aussi pour ceux qui ne font que passer en revanche, tout au contraire de ces sédentaires,  à savoir les Gitans, les Romanichels, les Bohémiens, les Tziganes, les Roms, dont elle a tiré plusieurs fois le portrait dans des variantes multiples.

Pour tout savoir sur ces expos qui se tiendront du 3 février au 18 mars 2012 au musée de la Création Franche, lire ici le dossier de presse.

Des connivences dans le Marais

       Au 15, rue de Thorigny, où gîte l'espace Topographie de l'Art, on nous annonce du 4 février (vernissage le 9) au 15 avril avoir aperçu des "connivences secrètes" entre les artistes Anémone de Blicquy (connais pas), Dado (connu, lui), Richard Greaves par l'entremise du photographe Mario Del Curto, Louis Pons, Judith Scott, Ronan-Jim Sévellec (des mises en boîte) et Davor Vrankic (connais pas non plus). Cette galerie avait déjà exposé par le passé l'excellent Marcel Katuchevsky.

 

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28/05/2011

Déchiffrer les messages d'outre-tombe de l'abbé Fouré... (A propos du site de l'ancienne Croix de l'Ermite)

     Non, tout n'est pas dit sur l'abbé Fouré, ses rochers et ses bois sculptés, sa bonne (oui, il avait une bonne du curé, comme nous l'a appris le livre paru récemment de Jean Jéhan, elle s'appelait Marie Lefranc et maintenant à Rothéneuf, les fins limiers de l'Association de Joëlle Jouneau sont à la recherche de ses descendants, avis à la population, s'il y en a un qui surfe sur internet, il est le bienvenu ici)... Tout n'est pas dit, et loin de là!

Abbé-fouré-lisant-le-Salut.jpg

L'abbé Fouré lisant, vers 1906, son journal réactionnaire favori (Le Salut, devenu collaborateur pendant la guerre ultérieure de 39-45, si je me souviens bien...) ; à sa gauche, à terre on distingue le gisant d'un homme d'épée avec hermine à sa tête (symbole de la Bretagne), et inscription en latin "Olim fuit" ("Il fut, jadis")

 

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Photo Bruno Montpied, 2010

 

    En particulier, les amateurs se rappellent le gisant sculpté par l'abbé situé à quelque encablures du site principal des rochers, sur le chemin des douaniers (ou des contrebandiers, selon l'idéologie que l'on défend...), soit dans une zone pour laquelle personne n'eut jamais l'idée saugrenue de faire payer un droit de péage. A ce propos, on peut toujours s'étonner de la rupture qui est faite au niveau du site des Rochers sculptés de ce chemin qui aurait dû normalement suivre le littoral, or il a été détourné, et ce depuis des lustres, à la suite d'on ne sait quel passe-droit apparemment. Mais revenons à nos moutons et en l'occurrence au site actuellement appelé "de la Croix du Christ" (et anciennement appelé "de la Croix de l'Ermite", croix qui du reste était plantée à un endroit plus éloigné de quelques mètres de l'emplacement actuel).

Vue-de-la-Croix-depuis-les-.jpg

Emplacement de la Croix du Christ, vue zoomée depuis les rochers, ph. BM, 2010

      Il a été dit par Frédéric Altmann dans son livre de 1985, La vérité sur l'abbé Fouéré (éditions AM, Nice), que le gisant situé à côté de la croix était à n'en pas douter un certain "Saint-Judicaël, roi de Dommonée"... Il ajoute que ce n'est pas "Jean, duc de Bretagne", qu'il qualifie (légèrement, comme on va le voir) "d'inscription fantaisiste". De cette affirmation, il n'apporte aucune preuve (d'où sort-il cet invraisemblable Judicaël, je me le demande depuis des lustres?). Du coup, Jean Jéhan, dans son propre récent livre, lui emboîte allégrement le pas sur ce détail. Altmann apporte cette affirmation aux pages 113 et 114 de son livre. Il reproduit une carte qui ne porte pas le cachet de l'abbé (celui-ci authentifiait ses cartes avec un cachet surtout -je pense- pour contrer le commerce de cartes non autorisé par lui), carte où l'on peut lire, en guise de légende du gisant: "Rothéneuf, rochers sculptés. Jean, duc de Bretagne". Voir ci-dessous:

 

Jean-Duc-de-Bretagne-carte-.jpg

 

     Certes, il n'y a pas le cachet de l'abbé. Altmann veut y voir une preuve que la carte est légendée de façon suspecte ; or, même si le commerçant qui l'édita ne paya pas de droits à l'abbé, cela n'implique pas qu'il ait mal travaillé automatiquement dans les légendes qu'il imprimait. Il fallait trouver un indice plus stable pour confirmer ou infirmer cette légende. La preuve que la légende est correcte m'a été enfin fournie par une autre carte que j'ai découverte tout récemment  et que je ne me souviens pas avoir vue éditée ailleurs. Je la reproduis ci-dessous:

Jean-IIII-Duc-de....jpg

 

    Ah, bien sûr, ce n'est pas évident à déchiffrer, surtout sur un écran d'ordinateur peut-être. La photo sur la carte n'est pas de très bonne qualité qui plus est. Alors, la maison ne refusant rien à ses lecteurs, je m'en vais vous l'agrandir en entourant d'un trait photoshoppeur l'inscription tracée à la main sur le rocher situé à gauche prés du gisant, ce même rocher contre lequel l'abbé s'appuie sur la carte où il lit "le Salut". Car, oui, il y a bel et bien une inscription!

 

Jean IIII Duc de, inscrip soulignée.jpg

 

    Sur ce rocher, l'inscription, tracée de la main de l'abbé (la graphie est assez proche d'autres inscriptions qui étaient visibles autrefois sur le site des rochers, voir ci-dessous), peut se reconstituer ainsi: "Jean IIII (ou IV), duc de Bretagne"... L'abbé maîtrisait-il mal les chiffres latins? On croit lire en effet quatre I, mais peut-être est-ce seulement la faute à l'imprécison de la photo. Il me semble que nous avons là une preuve à peu prés certaine du sens que prêtait l'abbé à son gisant. On sait en effet (grâce à l'historien régionaliste Noguette, alias Eugène Herpin, qui se fit le mémorialiste partiel de l'abbé), que l'abbé était entiché de patriotisme breton. L'histoire de ce "Jean IV" ne pouvait que le retenir. Chef de la Bretagne, il en avait été chassé par le  roi de France Charles V en 1378, qui voulait réunir la Bretagne à sa couronne. Jean IV avait dû s'exiler en Angleterre. Rappelé par les nobles bretons, il débarqua à Dinard (comme on sait ville toute proche de St-Malo), fit la guerre à Charles V et reconquit la Bretagne. Ces faits d'armes (encore chantés aujourd'hui en Bretagne paraît-il, voir Gilles Servat) ont dû grandement impressionner l'abbé!

 

Graphie Fouré.jpg

Inscriptions qui se lisaient dans les rochers du vivant de l'abbé, apposées par lui ou en tout cas avec son accord, décrivant des personnages qui semblent avoir été inventés par l'abbé qui rêvait sur les anciens habitants de Rothéneuf ; leurs noms étaient apposés au-dessus des personnages sculptés qu'ils étaient chargés de légender, au nombre desquels se trouve un Jacques Cartier ; à noter aussi que le chiffre latin IV est correctement orthographié ici ("Jean IV fainéant"...) ; la graphie paraît très proche de celle du rocher du gisant

Sceau_de_Jean_IV_-_Duc_de_Bretagne.png

Sceau de Jean IV, Duc de Bretagne ; on notera les hermines sur son écu et son pourpoint, ainsi que l'épée, deux détails que l'on retrouve sur le gisant sculpté par l'abbé

     A noter que l'association des amis de l'œuvre de l'abbé Fouré, animée par Joëlle Jouneau, se propose de faire nettoyer dans les mois qui viennent cette fameuse sculpture de gisant qui actuellement devient difficile à "lire", étant donné les nombreux lichens qui la couvrent. 

 

 

16/02/2011

Nouvelle expo sur l'abbé Fouré, à St-Malo cette fois

    Le Poignard Subtil, le blog qui vous donne en primeur les infos sur les expos dont ne parlent pas les médias artistiques (et pour cause? Ce silence indique peut-être que selon ces médias il ne s'agit pas d'art, mais alors qui en parlera ?... car tout de même, ces rochers et bois sculptés par l'ermite de Rothéneuf nous intéressent beaucoup) : une nouvelle manifestation est organisée début mars dans la ville de Saint-Malo, aux archives municipales, et toujours à l'instigation de l'Association des amis de l'œuvre de l'abbé Fouré, animée par la main énergique de Joëlle Jouneau.

AFFICHE-EXPO-ARCHIVES-2.jpg

Affiche faite à partir d'une carte postale agrandie montrant l'abbé posant devant la "besace" et le tronc qui était destiné à recueillir les dons qu'il distribuait, disait-il, aux pauvres

10/12/2010

Un nouveau livre sur les Rochers sculptés de Rothéneuf, et une exposition sur place

     Annoncé depuis plusieurs mois, voici qu'est paru, selon une information de Joëlle Jouneau, fondatrice de l'Association des Amis de l'Abbé Fouré (qui veut se consacrer à mieux faire comprendre la vie et l'oeuvre du fameux ermite), le livre du photographe et cinéaste Jean Jéhan, Saint-Malo-Rothéneuf, au temps des Rochers Sculptés, aux éditions Cristel. Je peux montrer ici, transmis par cette même Joëlle, la couverture et le 4e de couv de cet ouvrage qui paraît fort coquet ma foi:

  

Couverture du livre Jean Jéhan, St-Malo-Rothéneuf au temps des rochers sculptés, éd. Cristel, 2010.jpgCouverture du livre de Jean Jéhan, éd Cristel, préface d'Alain Bouillet, 2010

4e de couverture du livre de Jean Jéhan.jpg

 4e de couv' avec un curieux photomontage

  

     On notera le format italien du livre qui paraît par son titre (ne mentionnant curieusement pas le nom de l'auteur des rochers sculptés) mettre l'accent avant tout sur l'aspect régionaliste du thème traité, annonçant des reproductions de cartes postales anciennes, ainsi que des photographies en noir et blanc de l'auteur extraites des 300 clichés de sa collection personnelle (prises à des époques où certaines statues, disparues depuis, existaient encore, ce qui permet de mettre en évidence la dégradation du site). Dès que j'aurai pu davantage le consulter, j'y reviendrai bien entendu (puisque mon blog sert de caisse de résonance à ma propre recherche sur l'abbé depuis déjà plusieurs notes). D'ores et déjà, on attend avec impatience de trouver dans le livre de Jean Jéhan  la reproduction promise de plusieurs pages du Livre d'Or de l'abbé, que celui-ci gardait à la disposition des visiteurs de son petit musée dans le bourg. Ce livre d'or contiendrait des dessins de l'abbé. Une rumeur court ainsi comme quoi certaines "enluminures" de ce livre, les dragons ci-dessous par exemple (reproduits d'après une photocopie d'un autre article paru cette année dans Le Pays Malouin sur l'existence de ce Livre d'Or, conservé jusqu'à présent par une descendante de l'abbé), seraient de la main de l'abbé, ce qui serait, si cela s'avère bien attesté, une belle découverte de la part de M. Jéhan.

 

 

Page du Livre d'Or de l'abbé fouré, d'après photo Pays Malouin.jpg

 "Enluminure" du Livre d'Or de l'abbé, tel que parue dans un numéro du Pays Malouin, journal de la région de St-Malo

 

    Autres révélations que l'on devrait aussi trouver dans ce livre de Jean Jéhan, des témoignages de personnes ayant connu dans leur enfance l'abbé, personnes disparues depuis. Le Pays malouin cite l'anecdote rapportée par l'une d'elles des bains de sable que l'on faisait prendre à l'abbé pour le soulager de ses rhumatismes... De même, le caractère taciturne et pour le moins taiseux du personnage se trouve corroboré dans ces témoignages (mais s'il avait des difficultés d'élocution engendrées par sa surdité, cela ne pouvait que le rendre taiseux, non?...). On attend certes beaucoup de ce livre que d'aucuns présentent déjà, de façon pour le moins précipitée comme celui qui traiterait enfin de "l'intégralité" de l'abbé Fouré... Attention de ne pas lui en demander trop. Mais il faut certes se féliciter de ce qu'un ouvrage sérieux ait enfin paru sur les terres mêmes de l'abbé Fouré, cent ans que ses mânes, errant entre les falaises de Rothéneuf, attendaient cela.

   Joëlle Jouneau me signale par ailleurs que le livre reprend « en annexe » le Guide du Musée de l‘ermite de Rothéneuf dont on se souviendra peut-être que j’ai donné au début de cette année, date anniversaire des cent ans de la mort de l’abbé Fouré, dans le n°1 de la revue apparentée au surréalisme L’Or aux 13 îles la première édition commentée depuis son édition originale en 1919. Je ne suis pas mécontent de vérifier qu’une fois de plus, face aux partisans de l’art brut, les surréalistes auront encore tiré les premiers ! (Ce qui explique peut-être l’attitude assez mesquine d’une Animula Vagula, sur un blog parallèle, qui s’empresse de ne pas mentionner notre première édition lorsqu’elle apprend avec ravissement la publication prochaine du livre de M. Jéhan - éternelle jalousie du parti de l’art brut ?).

     Mais revenons à Joëlle Jouneau. Cette dame, intéressée vivement à la vie et  à l'oeuvre de l'abbé, surprise comme beaucoup de visiteurs des rochers que l'on n'ait jamais songé sur place à communiquer davantage d'informations véridiques sur le compte de l'abbé, au lieu de se contenter des légendes créées de toutes pièces par les ancêtres des gérants du lieu, cette dame a décidé de créer donc une association qui se donne pour mission d'aider à restituer la mémoire et le sens de l'oeuvre de l'abbé. Il va de soi que je m'associe pleinement à cette mission. C'est pourquoi je viendrais à la journée du 18 décembre prochain à la salle de quartier de Rothéneuf, qu'organise Joëlle Jouneau en prélude à une exposition qui sera ensuite installée au manoir Jacques Cartier qui vient d'être donné à la Ville de St-Malo par la fondation canadienne qui le gérait jusque là. Voir l'affiche ci-dessous:

 

affiche exposition  sur l'abbé Fouré et journée du 18 décembre 2010 à la nouvelle salle de quartier de Rothéneuf.jpg

 

 

     Je devrai normalement, au cours de la soirée, si la technique ne nous fait pas faux bond, présenter un film surprise sur la question des environnements spontanés contemporains afin de situer les rochers sculptés dans un contexte plus général (je donnerai bientôt plus de détails à propos de ce film). L'exposition essaie de retracer l'ensemble de ce que l'on sait du parcours biographique de l'abbé, et de la signification de ses sculptures sur pierre ou sur bois, à partir des recherches des divers exégètes de l'abbé Fouré .

 

expo abbé Fouré, manoir Jacques Cartier.jpg