16/02/2009
Oskar Panizza était un créateur de l'art brut
Je ne suis pas un théoricien, ni un philosophe, ni ne suis porté vers les grandes idées. Je ne peux prétendre devenir un jour un quelconque historien d'art calé en esthétique. Mais j'ai des intuitions, un peu de flair. Ce dont on ne me créditera aucunement une fois fait mon temps. On viendra prendre dans le tas. Et pourtant, il y aurait des indications à retenir de la façon dont les choses découlent les unes des autres. C'est pourquoi je fais le maniaque, réclame sans cesse qu'on se rappelle que j'étais là le premier, que c'est moi qui ai planté le drapeau sur ces lunes-là qui étaient bien sauvages et vierges de tout passage humain...Quitte à en agacer souverainement certains qui aiment à jouer aux sages détachés de tout...

Ouh là, là, où est-ce que je suis en train d'aller, où veut-il en venir? Eh bien, bizarrement à Oskar Panizza sur qui je suis retombé il n'y a pas très longtemps, l'été dernier, en revoyant mon vieil ami Pierre Gallissaires qui finissait une traduction à son sujet (les éditions Agone se sont mises en tête de sortir les oeuvres complètes de Panizza, et de faire en conséquence compléter certaines anciennes traductions). Cet écrivain connu pour le Concile d'amour cher à André Breton, cette pièce de théâtre qui fit scandale à Munich en 1895 valant à son auteur un séjour en prison en raison de sa façon de camper Dieu le père, vieillard cacochyme, Jésus, Marie, le Diable, les anges et la famille des Borgia avec un pape violeur et débauché à leur tête, deux enfants incestueux, les fameux Lucrèce et César Borgia, le tout dans une bouffonnerie échevelée d'une audace invraisemblable, cet écrivain décida de lui-même, au début des années 1900, de se rendre dans un hôpital psychiatrique.
Ce que l'on sait peu, c'est qu'il y continua d'écrire vers 1904-1905 des textes qui paraissent intéressants comme ce Dialogue entre un prêtre et un aliéné que m'a signalé Gallissaires. On sait qu'il rédigea en 1904 peu après son internement une autobiographie (disponible dans l'édition Pauvert du Concile d'Amour) où il paraît révéler qu'il souffrait de délire de persécution (c'est peut-être pour cela que je suis retombé sur lui!). Il va rester hospitalisé jusqu'à sa mort survenue en 1921. En Allemagne est paru en 1989 un ouvrage qui a montré que Panizza aimait aussi dessiner ("Oskar Panizza Pour Gambetta", éd.Belleville, Munich). Mais nous ignorons ce fait en France. Peut-être la notoriété grandissante de l'art brut, et conséquemment de tous les champs de l'histoire de l'art qu'elle entraîne derrière elle, notamment l'histoire de "l'art des fous", pourrait aider à faire mieux connaître cette partie de l'oeuvre et de la vie de ce grand blasphémateur.
En effet, des dessins de Panizza, à ce que me révéla Pierre Gallissaires cet été-là, sont conservés dans la collection Prinzhorn à Heidelberg. Oui, des dessins de Panizza, à côté des dessins d'August Natterer, si prisés par Max Ernst, ou des sculptures de Karl Brendel. Cela en fait un créateur de l'art brut du coup! On n'avait pas pensé à cela... Je ne l'avais pas remarqué, pourtant je possédais depuis longtemps un catalogue des années 80, en allemand, lié à une exposition de la collection Prinzhorn qui s'était promenée dans divers endroits en Allemagne. Une page mentionnait quelques dessins de Panizza, et je ne l'avais pas repérée...
L'édition française des Expressions de la folie en 1984 ne le mentionne pas, sauf erreur de ma part. On en voit ici quelques-uns, histoire de se faire une idée. Nul doute que cette information devrait intéresser quelque chercheur... Non?
23:02 Publié dans Art Brut, Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : oskar panizza, pierre gallissaires, collection prinzhorn à heidelberg, art brut, agone |
Imprimer
La femme née des poignards
Je ne connais que très peu Louis Watt-Owen, mais j'apprécie ce que je vois sur son blog La Main de singe qui me fait l'honneur, en ces instants les plus récents, de faire un mirifique écho à mes efforts marathoniens du jour. Il vient de m'envoyer en outre une photo que je trouve absolument magnifique. Je ne résiste pas une seconde au plaisir de la mettre immédiatement en ligne (après quelques longs moments où j'ai bien cru que j'avais fait bugger mon accès internet...). Comme me l'écrit LWO la photo était faite pour le Poignard Subtil (même si ce dernier, je ne me lasserai jamais de le répéter, n'est pas perçu par moi comme l'objet tranchant bien connu, mais avant tout comme un outil qui permet de créer des passages entre les mondes parallèles, pouvant couper également, caractéristique seconde dans le livre de Philip Pullman, les matières les plus dures, un peu dans le genre d'Excalibur). Ce qu'il y a d'étonnant aussi dans la communication de cette image, c'est qu'elle rejoint une autre image qu'une petite fille m'a récemment prêtée pour que je la reproduise sur mon blog. J'attendais de la scanner, repoussant toujours à demain, et puis voilà que cette autre femme, née de la silhouette tracée par les poignards dirait-on, voilà que cette femme, disparue depuis longtemps (hélas!...), a surgi, entraînant à sa suite la petite fille agenouillée, les poignards dans les mains...
19:56 Publié dans Photographie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : louis watt-owen, art enfantin, lanceur de poignards, la main de singe |
Imprimer
Emmanuel Boussuge s'échappe de la brume
Emmanuel Boussuge sort de la brume, me suis-je dit, en repensant à une photo prise pendant une randonnée d'un jour vers le Puy Mary en juillet 2007, le brouillard tentant de nous cerner... Il s'efforce de marcher sur les traces de ses aînés... Le voici donc en train d'exposer (jusqu'au 28 février) à Clermont-Ferrand, sous le volcan, dans la ville noire et rouge, au Breschet, 6, rue du Breschet.
Qu'est-ce qu'il expose? Des dessins et des photographies. Lui aussi s'est mis ces dernières années à scruter les sols, les bitumes, les taches dues au hasard, le hasard, ce grand créateur, plus grand que tous les artistes qui s'efforcent en vain de l'égaler.
Certes, il n'est pas le premier, mais il apportera sûrement son oeil et sa façon de voir dans l'affaire. Car chacun dans cette auberge espagnole de la divination apporte son boire et son manger. Pas une tache qui ne ressemble peu ou prou à qui la choisit et la photographie. Tache ou tout autre assemblage de hasard. J'en apporte deux exemples ci-dessous pour compléter celui que j'ai inséré ci-dessus d'après Emmanuel (j'en profite pour remercier Louis Watt-Owen pour la transmission de sa photo).

Le photographe avait lui aussi remarqué les splendides dessins que l'on trouve à Paris sur les bandes blanches des passages pour piétons. Il avait cependant -tâche délicate et "casse-gueule" si l'on procède trop vite! - décidé de rehausser ses photos au crayon, afin d'accentuer certaines expressions trop absentes des figures devinées sur ses photos. Personnellement, je suis aujourd'hui tenté d'employer les moyens que donne l'informatique pour retoucher ces images de hasard, quand un coup de pouce reste nécessaire...
Les dessins qu'expose Emmanuel Boussuge en compagnie de ses photos sont en quelque sorte cousins des voyances tachomanciennes, puisqu'il travaille parfois à partir de couleurs posées au hasard, automatiquement aurait dit le surréaliste de passage. J'aime assez le dessin ci-dessus reproduit, qui me fait penser à un improbable croisement entre Eugen Gabritschewsky et Michel Boudin (pour ceux qui connaissent ces derniers).
16:47 Publié dans Art singulier, Photographie, Poésie naturelle ou de hasard, paréidolies | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : mmanuel boussuge, art singulier, poésie du hasard, poésie involontaire |
Imprimer
Expertise d'Olivier Hervy, morceaux choisis
Je m'étais promis de remettre des aphorismes d'Olivier Hervy dès que j'aurais mis la main sur la plaquette qui avait été éditée aux éditions Pierre Mainard en décembre 2007. Et puis le temps s'est écoulé, et bien sûr j'ai oublié. Le livret était planqué sous un tas de papiers, à l'occasion de ce petit marathon effectué d'une foulée ramollo, le voilà qu'il a resurgi, comme bois flotté ramené par la marée. Je me fais un petit plaisir, en extraire les aphorismes choisis selon mon goût.
Nos masques africains cachent des têtes de clou.
Les amis d'enfance sont comme les jouets. Vient un moment où il faut s'en séparer.
Ils sont bien nombreux à constater que Paris est désert au mois d'août.
Encore un vieil acteur qui vit avec une très jeune femme. Scénario sans surprise.
Le chat fait sa toilette. Le chien celle des autres.
Cette voiture dans le fossé donne enfin l'impression d'être arrivée.
La voix d'outre-tombe d'Yves Bonnefoy est un peu ridicule tant qu'il est vivant.
Visite du Village d'Artistes où je ne vois que des commerçants.
La tarte. Pour en finir une fois pour toutes avec les pommes.
Ils évoquent avec nostalgie l'époque où Paris était un village, mais ne pensent pas à déménager dans le nôtre.
On construit partout pour que les résistants de demain ne trouvent pas de maquis.
La mer écrit en italique.
Les applaudissements au concert de jazz, lents et tristes aussi.
La scie est la seule qui atteint son but en revenant sans cesse sur ses pas.
Les hommes qui cuisinent en font tout un plat.
"Le voyage! La découverte! L'inconnu!", s'exalte M. de retour du Mexique. Puis il m'offre un sombrero.
Encore une bande dessinée où des rescapés évoluent dans un monde en ruines. L'imaginaire n'a pas survécu.
Os de seiche, feuille d'endive.
La tapisserie a son brouillon au dos.
(Aphorismes extraits d'Olivier Hervy, Expertise, Editions Pierre Mainard, 14, place Saint-Nicolas, 47600 Nérac, (7€).) A signaler de nouveaux aphorismes du même auteur parus dans la dernière livraison des Cahiers de l'Umbo n°11, revue concoctée par Jean-Pierre Paraggio du côté d'Annemasse.
15:17 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : olivier hervy, aphorismes, editions pierre mainard |
Imprimer
Banalités de base
"Se raser la tête permet d’économiser sur le shampooing
Trente-cinq « aphorismes de la platitude » naguère commis par mézigue se laissent brouter du regard dans le cinquième numéro de la revue Trémalo.
Lapalissades, évidences consternantes et truismes dopés aux hormones s'obtiennent contre 12 € envoyés par chèque à l'ordre de Kraken à l'adresse suivante : Kraken, revue Trémalo,Le Haut-Bois 29930 Pont-Aven.
Joël Gayraud"
13:15 Publié dans Curiosités, modifications et divertissements langa | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : joël gayraud, trémalo |
Imprimer
Macario de Roberto Gavaldon et Bruno Traven
Cette note touche à plusieurs thèmes. Un que je n'ai pas encore beaucoup abordé ici, le conte de tradition orale traité au cinéma. Depuis quelques années, je collecte des titres de films en rapport avec cette question, et j'essaye aussi de me les procurer sous forme d'enregistrements. La filmographie du conte au cinéma est assez vaste comme on s'en doute. Méliés, comme par d'autres aspects, a été le premier en la matière en adaptant Cendrillon par deux fois, ainsi que la Barbe-Bleue
ou les Aventures du Baron de Munchausen (que j'associe au conte populaire parce qu'elles relèvent du thème des menteries, cet équivalent des nursery rhymes anglaises). Sur le sujet, on ne trouve à ma connaissance que très peu d'ouvrages qui aient essayé d'établir une filmographie bien complète. Celle qui a été esquissée dans le catalogue de l'exposition Il était une fois les contes de fées (2001, Le Seuil/BNF ; magnifiques exposition et catalogue tout à la fois) par Alain Carou et Tifenn de La Godelinais Martinot-Lagarde (plus le nom est long, plus ça fait riche) visait "à l'exhaustivité pour le côté français" et à la sélection sur le plan international. Elle reste d'après mon petit doigt assez loin du compte (sans jeu de mots), me semble-t-il...
J'avais découvert à l'occasion d'une rétrospective du cinéma mexicain, cinéma d'une exceptionnelle richesse (il suffit de songer aux films d'Arturo Ripstein, L'Empire de la Fortune par exemple), souvent proche d'une certaine forme de "brut" au cinéma (je pense par exemple aux films d'Emilio Fernandez, surnommé "El Indio", acteur et réalisateur hors du commun), un film en noir et blanc de Roberto Gavaldon, intitulé Macario et tourné en 1960. Remarquable film... Adapté d'un conte de Grimm, assez connu des amateurs, La Mort Marraine. Il se trouve que le nom de "Bruno Traven" est associé à ce film qui le crédite au générique avec ce prénom de Bruno plutôt rare concernant le mystérieux Traven, auteur aux multiples identités, connu pour ses livres Le Vaisseau des Morts, ou encore Le Trésor de la Sierra Madre (adapté par John Huston au cinéma, en présence de Traven qui se faisait passer sur le tournage pour l'agent de Traven sous le pseudonyme d'Hal Croves).
Traven, c'est un thème à lui tout seul, écrivain puissant dont les lignes de force sont toujours en rapport avec une remise en question des rapports sociaux. Pas par hasard puisque Traven fut à n'en pas douter, si l'on suit les différents livres ou recherches filmiques qui lui ont été consacrés ces dernières années, le même homme que Ret Marut, délégué à la propagande pendant l'éphémère République des Conseils de Bavière (1918-1919) qui s'acheva par la répression terrible dirigée par les Prussiens et les corps francs, répression qui poussa certains de ses membres à se cacher, comme Traven-Marut par exemple (arrêté, il put s'enfuir juste avant d'être exécuté). Probablement allemand, sans qu'on sache exactement ses origines (sa présence est mentionnée pour la première fois en Allemagne, alors qu'il est comédien, et qu'il paraît âgé d'une vingtaine d'années, sa date de naissance étant estimée en 1882, voir la récente traduction française de sa biographie par Rolf Recknagel aux éditions de l'Insomniaque, décembre 2008) -il a essayé de se faire passer pour un homme né aux Etats-Unis- Traven publie ses romans en Allemagne d'abord, dans les années 20. Il meurt au Mexique en 1969. Macario est tiré d'une de ses nouvelles (qui ne paraissent pas traduites en français ; l'histoire des éditions et des traductions des livres de Traven, disons-le au passage, est un roman à lui tout seul...). Le rapport au conte de Grimm est un indice de plus de la culture allemande de l'auteur.
Ce conte est un des mieux construits de l'oeuvre des frères Grimm. Il met en scène la Mort, personnage au teint cireux et aux manières presque bienveillantes dans le film, aux prises avec Macario, pauvre paysan devenu riche grâce aux pouvoirs de soigner les malades qui lui ont été conférés par la Dame à la faux justement. Conte métaphysique dont il ne faut pas dévoiler l'intrigue bien sûr, qui s'achève sur une scène magnifique dans une immense caverne emplie des chandelles représentant les vies de tous les êtres sur la Terre. Le film vient de sortir en DVD, chez le label Albarès, dans sa Collection Latine (en même temps que d'autres films rares mexicains, d'Emilio Fernandez ou de Luis Bunuel). C'est une chance de rattrapage pour tous ceux qui seraient intéressés par le sujet...


Adresse e-mail des éditions Albarès: albares.productions@club-internet.fr
12:44 Publié dans Le conte en rapport avec d'autres expressions | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : macario, b.traven, roberto gavaldon, contes de grimm |
Imprimer
Le "Salon de Bruno", proposition d'Emmanuel Boussuge
Apparemment, en cette journée de grisaille absolue, quelques amis veillent dans les coursives et suivent la tentative marathonienne. Voici un exemple de ce que l'on m'a envoyé il y a très peu de temps...
"On aimerait suivre au plus près l'effort du marathonien, l'encourager et lui passer une gourde au bon moment. Puisque l'on ne connaît ni l'horaire des interventions ni l'itinéraire, commençons par agiter les fanions au hasard et d'abord dans "le salon de Bruno"."
11:48 Publié dans Correspondance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : glen baxter, emmanuel boussuge |
Imprimer
L'aube
Voici ma première "oeuvre" répertoriée, ou plus exactement, conservée. Un travail en gommettes collées d'un doigt appliqué qui remonte à la maternelle de la rue du Pierrier à Saint-Cloud dans les années 50. Les êtres humains et les insectes, c'était tout comme, selon mes mains et mes yeux d'enfant, puisque que ce bonhomme a six membres. Il avait comme une boule dans la gorge... Et deux yeux différents (ce qui était, est toujours, la vérité). Son chapeau ressemblait à un sombrero, goût inconscient pour un Mexique imaginaire?
08:40 Publié dans Art de l'enfance, Art singulier | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : bruno montpied, art enfantin, art singulier |
Imprimer
Au quatrième top, il est 7 heures...
7 heures, le blog s'éveille... On se secoue, on enfile les gants de tapoteur de clavier, la pile des sandwichs est prête, le thermos de café, les tonneaux de vin aussi, l'infirmerie est prévenue, de même que l'ophtalmo, les brancardiers sont sur le pied de guerre, les sels sont à portée de main, etc... (sans oublier l'inévitable psychologue commis d'office)... Vroum, vroum, vroum!... Ca démarre, c'est parti... Pour les 24 heures du blog!
07:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 24 heures du blog, puérilité, bourin, etc. |
Imprimer























