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04/06/2016

L'ogre...

dessin-pour-ma retraite-de-Lisa-(6 ans), juin 2016 (2).jpg

L'ogr bruno qui partait a la retraite, Lisa (6ans), qui a représenté l'animateur de ce blog, le livre à la main, après que je lui ai annoncé que "l'ogre" (ce qu'un adulte paraît pour un tout petit enfant) allait bientôt ne plus la voir... ; cette retraite touche aussi  le statut d'ogre, je l'espère aussi... (mon espoir ne portant pas sur la manière dont on se nourrit des enfants, mais faisant plutôt allusion à leur tour de taille...) ; juin 2016, coll. Bruno Montpied

31/10/2015

Dubuffet, Freinet, Chaissac, une causerie au Musée de la Création Franche à leur sujet

     Le Musée de la Création Franche annonce une causerie prochaine de Vincent Rousseau qui aura lieu le 5 novembre à 19h à la bibliothèque municipale de Bègles qui jouxte le musée. Cette animation s'inscrit dans un cycle qui s'intitule "le Grand Partage de la Création Franche".

 

Dessins à la craie sur grille de cour d'école Xe ardt, vers 2014.jpg

Dessins à la craie par des enfants (7-8 ans) dans une cour d'école sur une barrière percée de trous...

 

    M. Rousseau a fait toute sa carrière au Musée des Beaux-Arts de Nantes où il fut conservateur des collections d'art moderne et créateur du service éducatif, nous dit-on. C'est ce qui explique sans doute qu'il ait été intrigué par les liens qui ont uni Jean Dubuffet avec Elise et Célestin Freinet qui vivaient à Vence en même temps que lui dans les années 50-60 (ils y avaient installé une école expérimentale, où l'imprimerie pouvait être pratiquée de façon simple par les élèves). Dubuffet les connaissait depuis 1948, puisque nous dit le service de presse, il avait acquis du matériel de gravure sur linoléum afin de l'expédier à son nouvel ami Gaston Chaissac. Ce dernier en venant visiter Dubuffet en 1956 chercha à rencontrer aussi les Freinet. Cela paraît cohérent, quand on sait le goût qu'avait Chaissac pour tous ceux qui cherchaient à propager la créativité dans les classes populaires (ce qui l'inclinait à se désigner comme "artiste rustique moderne" au lieu d'auteur d'art brut, étiquette que certains lui collent encore aujourd'hui de façon approximative ; on sait également qu'il peignit avec des enfants).

 

musée d'art enfantin Freinet Coursegoules.JPG

Vue de l'intérieur du musée d'art enfantin de Coursegoules, extraite d'une brochure d'Elise Freinet

 

    Vincent Rousseau devrait évoquer au cours de sa causerie le soutien qu'apporta Dubuffet en 1962 aux deux Freinet (surtout Elise) lorsque ceux-ci cherchèrent à fonder un musée d'art enfantin à Coursegoules dans les Alpes-Maritimes (aujourd'hui fermé semble-t-il, quoiqu'une fresque en bas-relief intitulée De la bête à l'homme de 5 m x 3 m, réalisée par des enfants, existe toujours sur une façade du village). Le conférencier, ancien conservateur au musée des Beaux-Arts de Nantes où il monta en 2010 une exposition-dossier sur les liens Dubuffet-Chaissac-Freinet, qui rappelait l'expo internationale d'art enfantin tenue à Nantes à l'initiative de l'école Freinet en 1957, connaît donc bien le sujet, qui n'a pas  à ma connaissance été beaucoup défriché par d'autres.

 

Chaissac,-les-graffiti-des-.jpg

Gaston Chaissac, graffiti dans les latrines de l'ancienne école de Ste-Florence-de-l'Oie (Vendée), ph. Bruno Montpied, 2012 ; latrines classées monuments historiques

 

Tous renseignements supplémentaires: 05 56 85 81 73

 

06/01/2012

Tante Chinoise et les autres: "Elle aurait pu s'appeler Fragile, Cocasse, Maladive ou Malice"

       Sont curieux les chemins qui mènent aux révélations. Je venais d'entrer au vernissage Marcel Storr en décembre dernier, et voilà que pour fuir l'affluence de la première salle j'avise dans la seconde un éventaire de livres sur l'art brut et consorts organisé par la librairie Le Monte-en-l'air. Au moment où je me dis que je ne vais sans doute rien trouver de nouveau, pan, voilà que mes yeux sont attirés magnétiquement par une couverture qui m'appelle.

        Tante chinoise et les autres, c'est le titre de ce reprint à la Table Ronde (2009), d'après un album de croquis légendés d'une plume calligraphique, en 1894, par une enfant apparemment prodige, Marguerite Bonnevay (1882-1903). Un fac-similé qui a tout de même nécessité plus de cent ans pour que cette œuvre passe enfin quelque peu à la postérité! Soixante années s'étaient écoulées avant que l'on en fasse un film, dû à David Perlov, en 1956, qui fut la première occasion de sortir cet étonnant opus de son oubliette familiale (on lira l'éclairante présentation de l'objet par Nathalie Jungerman qui a établi l'édition du livre à la Table Ronde)

 

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         Prodige? Elle avait 12 ans certes, et ne vécut pas longtemps hélas (elle disparut à l'âge de 21 ans des suites d'une tuberculose). Etait élevée à l'époque chez les sœurs que l'on disait "bonnes" et chez qui apparemment elle devait s'ennuyer ferme, de même que pendant ses vacances à Gonfaron dans le Midi, d'après ce qu'en dit sa lointaine parente Nathalie Jungerman.marguerite bonnevay,tante chinoise,art enfantin,art naïf,art brut,art immédiat,caricature,grotesque,david perlov,jacques brunius,jacques prévert,andré heinrich Etait-on prodige lorsqu'on passait ses loisirs à dessiner à une époque où les distractions pour les enfants n'avaient rien de commun avec celles d'aujourd'hui? On devait s'appliquer infiniment plus dans ses travaux de croquis, de même lorsqu'on laissait son imagination gambader dans des récits d'aventures qui avaient un souffle autrement plus épique que ce qu'un enfant d'aujourd'hui peut produire, accaparé qu'il est par d'autres dadas plus électroniques.

 

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"Catastrophe de Thomas et d'Apollonie au retour de leur voyage de noce. Grand effroi du révérend." Page 7 dans le livre Tante Chinoise et les autres

      Ce qui n'empêche pas que ces dessins coloriés à l'aquarelle ou avec des gouaches d'écolière hésitent entre l'art enfantin et ce que l'on n'appelait pas encore, ni art naïf, ni art brut en 1894. Ils entretiennent un rapport de cousinage troublant avec diverses autres expressions populaires naïves, comme ce dessin de la catastrophe du retour de noce des nouveaux épousés "Thomas et Apollonie", qui paraît construit comme un de ces ex-voto que l'on trouvait en abondance à l'époque dans les églises du Midi et que peut-être, très certainement même, Marguerite avait vus.

 

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"Noce de Thomas et d'Apollonie", extrait de la page 5 du livre de Marguerite Bonnevay

 

       La "noce de Thomas et d'Apollonie" de même ne va pas sans me rappeler un tableau que j'ai dans ma collection, dû au peintre naïf Louis Roy,marguerite bonnevay,tante chinoise,art enfantin,art naïf,art brut,art immédiat,caricature,grotesque,david perlov,jacques brunius,jacques prévert,andré heinrich,gonfaron,tuberculose,nathalie jungerman,ex-voto,art populaire insolite déjà évoqué sur ce blog le 12 août 2008, où les personnages sont traités de profil, rapetissés, comme un cortège d'homuncules, tandis que chez Marguerite, la réduction de taille sert plutôt un besoin de traduire la perspective du cortège des mariés.

 

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"La vaillante armée du Salut, N°1: La Tante Chinoise, N°2: Coeur d'artichaut, N°3: la mère Tripotatibus, N°4 la mère au tabac, N°5: Perruche Grise, N°6: Grippe-sous, N°7: Chonchon, N°8: Reniflette, N°9: Toupinette, N°10: Guignolette, N°11: Piperette leur adressant un gracieux bonjour, N°indéfinissable: le général de l'armée du Salut protégeant ses combattants." Page 1 de Tante Chinoise et les autres

       Les croquis de Marguerite, qui ne sont  pas loin de la bande dessinée alors tout juste naissante en France, comme le rappelle Nathalie Jungerman, paraissent aller du côté de la chronique villageoise moquant les aspects des adultes souvent perçus comme grotesques, prétentieux, hypocrites, tels qu'une jeune fille de douze ans, particulièrement lucide (et tendre cependant), était à même de les mettre en évidence, à la distance où elle se trouvait, entre deux âges, avant que les vicissitudes liées à la vie sociale l'aient amenée à plus de concessions (la tuberculose l'en préserva, seul bénéfice de sa sale besogne).

 

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Tous les dessins de l'album de Marguerite Bonnevay font l'objet d'un récapitulatif en fin de première partie avec les légendes transcrites en caractères typographiques pour plus d'intelligibilité comme ci-dessus p.54 du livre

 

       Cet ouvrage en fac-similé est déjà en soi un remarquable plaisir visuel, mais la surprise ne s'arrête pas là. Car, avant que l'album ne soit sorti de l'oubli, un fim de dix-sept minutes fut tourné par David Perlov, jeune cinéaste alors, qui s'était enthousiasmé à la découverte de l'album de Marguerite que lui avait montré la nièce de cette dernière, mère de Nathalie Jungerman. Il put être financé grâce à l'aide d'une nuée d'artistes, de comédiens et de littérateurs, parmi lesquels Prévert (qui signe dans le film un remarquable prologue poétique en prose), Vieira Da Silva et Arpad Szenés, Abrasza Zemsz (ethnologue), Czeslaw Milosz, Jeanne Moreau, Calder, Magnelli, Gabrielle Buffet-Picabia, le docteur Claude Olivenstein, André Heinrich (qui est crédité de "conseiller technique" dans le film), etc... La musique, importante contribution, est composée par Germaine Tailleferre.marguerite bonnevay,tante chinoise,art enfantin,art naïf,art brut,art immédiat,caricature,grotesque,david perlov,jacques brunius,jacques prévert,andré heinrich La production et la réalisation furent chaotiques et ne purent être terminées qu'avec l'aide du British Film Institute, ce qui explique que sa première fut donnée d'abord à Londres en 1956 dans une version anglaise. Cependant, une version en français put être ensuite réalisée pour une projection à la Cinémathèque Française en 1957. Et devinez qui prêta sa voix au commentaire en off? L'inévitable et mythique Jacques-Bernard Brunius, le même homme qui avait réalisé le non moins mythique premier film d'art sur les autodidactes comme le facteur Cheval, l'abbé Fouré, et divers Naïfs, Violons d'Ingres en 1939... (Voir ici les notes que je ne cesse de lui consacrer sur ce blog). Ce film, excellente initiative, est donc joint au livre sous la forme d'un DVD fixé à la troisième page de couverture.

Le film de David Perlov, Tante Chinoise et les autres sera projeté au festival de cinéma organisé par l'Association Hors-Champ autour des Arts Singuliers qui se tiendra à la Bibliothèque Louis Nucéra et au MAMAC de Nice les vendredi 1er, et samedi 2 juin 2012. Mais j'aurai l'occasion d'y revenir.

 

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"Le maire Pompée assisté de Tambour, son premier adjoint, unit les deux novices: Crépin Pistolet Mea et Rigolette Eucalyptus...", page 21 de l'album Tante Chinoise et les autres

*

"Au début du siècle, dans un village de Provence, il y avait une pauvre petite fée.

Elle aurait pu s'appeler Fragile, Cocasse, Maladive ou Malice. Mais elle s'appelait tout bonnement Marguerite et n'avait pour toute baguette magique qu'un crayon à changer les gens..."

(Jacques Prévert, extrait de son Prologue dans le film de David Perlov )

15/05/2011

Les murs de Brassaï à Dubuffet

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Grande première salle de la galerie Karsten Greve

        Plus que quelques jours pour aller jeter un coup d'oeil sur l'exposition "Brassaï et Dubuffet" à la Galerie Karsten Greve (5, rue Debelleyme dans le IIIe ardt parisien) puisqu'elle se termine le 21 mai. Cela dit, on y trouve surtout de nombreuses photos des magnifiques graffiti que Brassaï captura depuis les années 1930, et un peu moins d'oeuvres de Dubuffet mises en regard, ce qui au départ paraissait pourtant promis par le prospectus de la galerie. Car c'est bien ce rapport très présent dans les années 40, où Dubuffet suivait de prés les relevés photographiques de Brassaï , qui est le sujet de cette exposition.

 

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Brassaï, Graffiti de la Série V, Animaux: chimère, 1933-1956, tirage argentique, 50,8 x 40cm

 

      On y trouve ainsi les planches du poème de Guillevic sur "les Murs" (1945) illustré des lithographies de Dubuffet qui pointent très noires des murs lépreux où se lisent des graffiti recopiés avec application par l'inventeur de l'art brut, à côté des pisseurs ci-contre par exemple.brassaï,dubuffet,graffiti historiques,graffiti gravés,inscriptions sur les murs,écrits populaires,art enfantin,galerie kirsten grave Le prospectus de la galerie avec raison rappelle en hélléniste conséquent que lithographie veut dire gravure sur pierre. Ce qui était pour Dubuffet un moyen parmi d'autres de s'affronter lui aussi avec le mur dont les incisions expressives populaires allaient le ravir à la suite de Brassaï.brassaï,dubuffet,graffiti historiques,graffiti gravés,inscriptions sur les murs,écrits populaires,art enfantin,galerie kirsten grave Il démarque à l'époque les bonshommes aperçus au hasard de ses promenades dans un Paris où les galeries et les musées ne montraient plus grand chose sous l'Occupation (les murs des rues devenaient par contraste une  galerie alternative à ciel ouvert ; ci-contre un "Personnage" de Dubuffet datant de 1944, fait à "l'encre d'Inde sur papier, 26 x 21 cm", exposé à la galerie). Le mur l'inspira de plus non seulement pour ses graffiti mais aussi pour ses textures, comme le montre un tableau placé à l'entrée de la très belle première salle de la galerie (quel espace!).

 

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Jean Dubuffet, Langage des caves XI, 1958, Huile sur toile, 90 x 116 cm, (exposé à la galerie Karsten Greve)

 

Si on n'a pas le temps de passer à la galerie, faute à mon retard à vous en parler, on se rattrapera en allant dénicher en librairie ou bibliothèque les Graffiti de Brassaï parus naguère chez Flammarion (en 1993 déjà), ou bien encore le catalogue Brassaï, la maison que j'habite de la très bonne exposition qui a tourné entre Nantes et Nancy de septembre 2009 à mai 2010, et qui parlait des maints aspects de la création chez Brassaï qui nous ravissent (poésie naturelle, objets, "transmutations", collages, graffiti, photos insolites d'atelier, nus, etc.).

 

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Bruno Montpied, graffiti sur un platane à Bordeaux, 2010

  

14/09/2010

Acézat, un talent à Talence

     Du 7 septembre, ça vient de commencer donc, jusqu'au 30 octobre, comme me l'ont signalé divers amis, Anne, Alain et récemment Jérôme en commentaire, on poura avoir l'occasion d'en découvrir plus au sujet d'Andrée Acézat qui est exposée avec son mari Lino Sartori (peintre-sculpteur talentueux lui aussi) et Jean-Claude Delannoy au Forum des Arts et de la Culture de Talence, en Gironde.

 Acézat, exposition Comédies Humaines, Forum des Arts et de la Culture de Talence, automne 2010.jpg

 

Andrée Acézat, sans titre, 1999, Exposition "Comédies humaines" à Talence

 

     Elle vient de nous quitter, l'année dernière, apprend-on dans le mince dépliant édité à cette occasion. Il est dit aussi dans le même texte de présentation que, née en 1922,'et après avoir passé ses années de formation à l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux, sa peinture bifurqua dans les années 80 vers "l'art singulier" ("l'art brut", est-il écrit aussi, mais là on commet à mon avis une erreur, devenue hélas assez commune, lorsque l'on confond l'expression primitiviste "singulière" pratiquée par une artiste avec le primitivisme brut des créateurs collectionnés par Dubuffet, gens n'ayant rien à voir avec le monde des professionnels de l'art). Il paraît évident que Mme Acézat, par ses "bonshommes" ressemblant à des poupées, dans un dessin empruntant beaucoup à l'art des enfants, a fait acte d'allégeance à une certaine forme de primitivité dans l'art, et qu'elle a dû par la même occasion rejeter une certaine science de l'expression acquise aux Beaux-Arts.

 

Quelques peintures d'Andrée Acézat, Forum des Arts et de la Culture de Talence, 2010.jpg

 

      Ses personnages, avec leurs gros yeux comme implorants parfois, ou tout bonnement pleins d'innocence,  retiennent aisément le regard je trouve.

 

05/07/2009

Doudou saga

     La petite chanson de l'été consacrée aux doudous est revenue... Voici qu'un lecteur enthousiaste m'adresse un rapport sur le doudou de sa fille de 6 ans et demi qui a un lapin nommé Rose Fleur pour compagnon, lapin tant adoré qu'il a fallu tout l'amour d'une mère pour le maintenir en vie à force de rapetassages divers et variés. Voici ce que m'écrit à ce sujet Cosmo Helectra  (qui anime par ailleurs une émission de radio, Songs of praise, sur Radio Aligre à propos des "musiques de traviole"):

 

« Le lapin a subi plusieurs greffes car au bout d'un an, je pense, il était déjà en miettes, ma femme a eu l'idée de faire plusieurs masques de remplacement successif du visage et surtout des oreilles (importantes pour un lapin !) à partir de vieilles chaussettes d'enfant.

Il a été aussi rhabillé avec une tenue de poupée rose d'ou le nom que lui donne ma fille "Rose fleur", à l'origine il était bleu à rayure, et plutôt "masculin". »

     Voici donc le doudou à trois stades de sa vie de doudou palpé, trituré, bisouillé, déchiqueté de tendresse pulsionnelle. Il finit par ressembler à l'autre doudou-lapin que j'avais dessiné chez des amis et que j'ai mis en ligne récemment.

Doudou-lapin, Etat 1, ph.Cosmo Helectra, 2009.jpg
Etat 1, ph Cosmo Helectra
doudouCHelectra lapin 1.JPG
Etat 2, nettement plus avancé...
doudouCHlapin-4.jpg
Etat 3, la satisfaction du devoir accompli?

 

 

20/06/2009

Le bal des sirènes

     L'ami RR (la mire...?) signale dans son récent commentaire à notre ancienne note sur les Mami Wata africaines une image vue sur l'affiche du Festival de l'Oh! en Val-de-Marne (ça se passe aussi en Seine-Saint-Denis et un tout petit peu à Paris)  prévu pour se dérouler le week-end prochain (27-28 juin). Voici la peinture en question dont on ne connaît pas l'auteur.

sirène sur l'affiche du Festival de l'Oh!, 26-27 juin 2009.jpg
Un peintre africain?
    RR pense qu'il s'agit d'un dessin d'enfant. C'est possible. Mais alors quelle assurance dans la composition... Mon intuition me suggère qu'il s'agit plutôt d'un adulte qui dessine en ayant gardé une approche enfantine de son sujet. Sirène d'Esther, 11 ans,2009.jpg Voici ci-contre des dessins de deux petites filles de mes ateliers en BCD qui se sont laissé entraîner du côté des sirènes, au point pour l'une des deux, Nabila, de leur imaginer des tenues de bain...Costume de sirène, Dessin de Nabila,11 ans, mai 2009.jpg On peut ainsi mesurer la subtile distance qui s'établit entre ces différentes façons de représenter un même sujet.

08/05/2009

Le cerveau de l'enfant (new look)

    Une poupée de chiffon, voilà des mots dont l'assemblage sonne tendrement à l'oreille... Sur le stand du brocanteur Philippe Lalane, grand fureteur devant l'Eternel, et dénicheur non pas d'oursons mais plutôt de nounoursons, pardon, de vieilles poupées chiffonnées, déchirées, tachées, entre autres, à l'occasion... Hier, sur la Foire de la Bastille à Paris... J'ai rencontré la souillon ci-dessous, repartie bien vite à mon bras pour être montrée, en premier, aux enfants de l'école où je travaille. Ils l'ont trouvée bien sale, d'abord! Puis, quand je leur eus dit que cette poupée avait traversé beaucoup, beaucoup d'années avant de pouvoir leur être présentée, ils se sont exclamés, mais alors la petite fille qui jouait avec, elle est morte maintenant...? Eh oui, ai-je rétorqué... Nous en sommes bien désolés. C'est la première chose à laquelle pensent les enfants lorsqu'ils regardent une photo ancienne montrant par exemple d'autres enfants du même âge qu'eux. I'sont tous morts, ces enfants-là? C'est gai... Leur appréhension du temps est tout de suite liée à la mort. Du coup, tout ce qui se rapporte au temps, l'Histoire par exemple, c'est un peu suspect... Je sais que si j'avais encore leur âge, je m'y calfeutrerais dans mon immédiateté...

Anonyme,Poupée de chiffon ancienne, ph.Bruno Montpied, 2009.jpg
Poupée de chiffon, peut-être XIXe, découverte par Philippe Lalane, ph.B.Montpied, 2009

      La poupée, elle, ne s'est pas dissoute. Elle gît, l'air désolé, ou plutôt l'air passablement hantée... Ses yeux sont blancs, et cela lui confère une expression inquiétante, comme celle qu'arborent les poupées d'exorcisme. Cette poupée qui a vécu, et dont la robe porte des taches non de sang mais de temps, a des airs de poupées vaudou. Un doudou vaudou, une poupée vaudoudou? Errant entre la vie et la mort, cherchant à renouer les fils, à relier ceux que le néant sépare à jamais.

Anonyme,poupée ancienne, ph.B.Montpied, 2009.jpg

      J'ai songé devant ce visage aux yeux vides au tableau de Chirico, Le Cerveau de l'enfant, où l'on voit un homme en buste les yeux fermés, une table devant lui avec un livre fermé d'où dépasse un fil de marque-page. Les surréalistes faisaient grand cas de ce tableau. Je ne me rappelle plus où ils s'amusèrent à publier une reproduction où l'homme ouvrait enfin les yeux...

Anonyme,la poupée qui ouvre les yeux, photo retouchée B.Montpied, 2009.jpg

 

 

16/02/2009

La femme née des poignards

   Je ne connais que très peu Louis Watt-Owen, mais j'apprécie ce que je vois sur son blog La Main de singe qui me fait l'honneur, en ces instants les plus récents, de faire un mirifique écho à mes efforts marathoniens du jour. Il vient de m'envoyer en outre une photo que je trouve absolument magnifique. Je ne résiste pas une seconde au plaisir de la mettre immédiatement en ligne (après quelques longs moments où j'ai bien cru que j'avais fait bugger mon accès internet...). Comme me l'écrit LWO la photo était faite pour le Poignard Subtil (même si ce dernier, je ne me lasserai jamais de le répéter, n'est pas perçu par moi comme l'objet tranchant bien connu, mais avant tout comme un outil qui permet de créer des passages entre les mondes parallèles, pouvant couper également, caractéristique seconde dans le livre de Philip Pullman,  les matières les plus dures, un peu dans le genre d'Excalibur). Ce qu'il y a d'étonnant aussi dans la communication de cette image, c'est qu'elle rejoint une autre image qu'une petite fille m'a récemment prêtée pour que je la reproduise sur mon blog. J'attendais de la scanner, repoussant toujours à demain, et puis voilà que cette autre femme, née de la silhouette tracée par les poignards dirait-on, voilà que cette femme, disparue depuis longtemps (hélas!...), a surgi, entraînant à sa suite la petite fille agenouillée, les poignards dans les mains...

Léontine,-10-ans,-la-fille-.jpg
Dessin de Léontine, 10 ans, inspiré d'une héroïne d'un roman de Pierre Bottero
*
 
la-femme-du-lanceur-de-poignards-coll.LWO.jpg
La femme du lanceur de poignards, collection Louis Watt-Owen
 
 
 

 

 

 

 

L'aube

    Voici ma première "oeuvre" répertoriée, ou plus exactement, conservée. Un travail en gommettes collées d'un doigt appliqué qui remonte à la maternelle de la rue du Pierrier à Saint-Cloud dans les années 50. Les êtres humains et les insectes, c'était tout comme, selon mes mains et mes yeux d'enfant, puisque que ce bonhomme a six membres. Il avait comme une boule dans la gorge... Et deux yeux différents (ce qui était, est toujours, la vérité). Son chapeau ressemblait à un sombrero, goût inconscient pour un Mexique imaginaire?

Sans titre, Bruno Montpied, vers 1958.jpg

22/12/2007

Couteau subtil, il cherche la brèche...

    Ce cliché d'un ami photographe autodidacte, José Guirao, date d'une trentaine d'années à présent.

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José Guirao, photographie sans titre prise dans une cour d'école, début des années 1980

   Pris dans une cour d'école où l'ami en question officiait, il est très énigmatique. L'enfant coiffé d'un chapeau de Zorro éprouve de son doigt ganté de noir le tranchant d'une lame qu'il destine à un usage que l'on peut interpréter comme inquiétant...

   Pour moi, cependant, il y a là une provocation inconsciente, un jeu théâtral avant tout, un théâtre spontané qui ne maîtrise pas toutes les interprétations que les adultes pourraient faire du geste de l'enfant. Il y a du sadisme implicite dans ce geste, certes. Il y a aussi, simultanément, du mimétisme et du détournement dans cette attitude. De la provocation. Je privilégie cette dernière hypothèse, vous savez, le "geste surréaliste le plus simple consisterait à descendre dans la rue le revolver au poing," etc... Et pour moi, ce porteur de couteau, qui est un jouet, cherche aussi à percer une brèche dans l'espace-temps, car l'enfant de par sa nature tend à faire communiquer les mondes parallèles entre eux.

   Cet enfant préfigure Will et Lyra les héros d'A la Croisée des mondes, ce magnifique chef-d'oeuvre de la littérature de fantasy que l'on doit à l'écrivain Philip Pullman (à qui j'ai emprunté son poignard subtil). Rien n'empêche d'interpréter aussi cette photo dans ce sens.

11/06/2007

Une figure macabre de Charles Benefiel

   Une autre oeuvre du même Benefiel (né en 1967 il a aujourd'hui quarante ans et vit en Californie), figurant sur le site Outsiderart et pour inaugurer une série (une "ca-té-go-rie" comme on dit dans la blogosphère...) sur les images de la mort... Car j'ai l'âme un peu mexicaine.

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Cette image qui paraît être la reproduction d'un assemblage plutôt que d'une peinture à deux dimensions fait étrangement écho à un collage effectué ces derniers jours devant moi par un petit enfant de 7 ans. Il voulait à toute force mettre une tête de mort sur un corps humain... Cela arrive rarement. Celui qui a fait ce collage est un enfant des plus doux et des plus sensibles...
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Adel K. (7ans)