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30 août 2007
Mystère, énigmes et non-sens à Montreuil
Du 15 septembre prochain (date du vernissage de 12 à 19h) au 29 juin 2008, la galerie ABCD de Montreuil invite chacune et chacun à faire une "visite-surprise" à leur nouvelle exposition intitulée "Brut alors!". "A la découverte des oeuvres d'art brut, à la recherche de leurs secrets", ajoute-t-on.
Avec seulement le carton d'invitation en main, sans plus d'explication, on se sent invité à une sorte de jeu (si on trouve pas, on "donne sa langue au chat"), à déchiffrer des "codes secrets" ou à "découvrir des formes cachées". Les images cachées, justement on aime ça au Poignard Subtil.
Mais cela ressemble aussi à une enquête policière, car le carton parle de "piste de l'art brut". On cherche à dévoiler un secret. Et un calligramme élégant strié des slogans ci-dessus cités simule une empreinte digitale...
Du coup, on se dit aussi qu'on nous invite à enquêter sur la piste d'un secret... ou d'un crime (Car c'est le propre des enquêtes policières)? Or la police, en général, cherche à embastiller des coupables. Quel serait alors le rapport avec cette visite-surprise?
Il faudra aller à Treuilmont pour en savoir davantage...
23:42 Publié dans Art Brut | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Art brut, ABCD, codes secrets
26 août 2007
Ruches décorées de Slovénie, pour la première fois à Paris
C'est paraît-il une première, ce que je crois bien volontiers. Bien cachée cependant au fin fond du jardin du Luxembourg à Paris, à quelques mètres du rucher de ce dernier avec ses ruches aux toits qui ressemblent à des pagodes (c'est leur seule caractéristique du reste, bien pauvre à côté des ruches slovènes), l'exposition des frontons de ruches slovènes à l'intérieur du pavillon nommé Davioud.

Le musée d'apiculture de Radovljica prête, pour un temps trop bref (il va falloir vous précipiter si vous êtes amateurs, l'expo ne dure que du 15 au 30 août, il reste donc 4 jours à partir de cette note... Prêts?... Partez!), plusieurs dizaines de frontons de ruches décorés naïvement (ce n'est pas péjoratif sur ce blog) venus de ses riches collections. Moi qui n'en avais jamais vu autrement qu'en reproduction (principalement dans le livre de Claude Rivals, L'Art et l'Abeille, ruches décorées de Slovénie, essai d'iconologie populaire, édition Les Provinciades, Cahors, 1980), j'ai été surpris en les découvrant. C'est tout petit, la plupart du temps une douzaine de centimètres de large sur une trentaine de long.


Les chercheurs spécialisés sur la question, comme l'auteur du catalogue qui est paru à l'occasion de cette exposition, Mme Ida Gnilsak, ont repéré que le premier fronton peint, une Vierge liée à un pélerinage dans la montagne, datait de 1758 (et donc que le phénomène a commencé au XVIIIe siècle, apparemment à la suite d'un spécialiste de l'apiculture, Anton Jansa) . Voici le fronton à la Vierge :
Mais la plupart des frontons décorés datent de 1820 à 1880. Leur production disparaît avec l'avènement d'un nouveau type de ruche. A les contempler, on retrouve des thèmes religieux et profanes (fifty-fifty) que l'on a déjà vus ailleurs (les thèmes chrétiens sont internationaux).
Quoique... Cette iconographie possède ses thématiques historiques, ses interprétations de certains motifs folkloriques qui lui sont propres (le rapport à l'occupation napoléonienne, la vision des Turcs -qui n'ont fait que de brèves incursions en Slovénie à l'époque de l'expansion de l'Empire Ottoman- les luttes des héros nationaux, les rapports hommes-femmes, etc. Un thème m'a particulièrement intrigué. Plusieurs panneaux mettent en scène des personnages que les chercheurs identifient comme des tailleurs et qui sont aux prises avec un escargot géant qui le plus souvent les met en déroute. Un panneau montre aussi un homme conduisant un gastéropode par une laisse.
Or, vue dans une collection privée, je connais déjà cette image. Un homme portant chapeau à plumet, en bois, de facture très fruste, tient en laisse un escargot (fait d'un méchant bout de bois et d'une vraie coquille d'escargot). Au pied de cette statuette, le mot "Strassburg" est inscrit. Cela veut-il dire que la statuette vient d'Alsace? Peut-être. Et qu'elle illustre elle aussi, comme le fronton de ruche slovène, un thème présent dans le folklore germanique (la Slovénie fut longtemps dominée par les Allemands et les Austro-hongrois)? On aimerait que des lecteurs nous renseignent sur la question...
Les tailleurs faisaient partie, selon Claude Rivals, des corporations d'artisans qui étaient souvent brocardés par les paysans, accusant leurs membres d'être des chétifs et des paresseux, d'où ces satires sur des individus considérés comme si faibles et si peureux qu'un simple escargot suffisait à les disperser. On pense à Chaissac, éphèmère cordonnier sans clients, éternel maladif...
Dans les thèmes populaires fréquents d'un bout à l'autre de l'Europe, on retrouve le thème du Monde à l'envers, avec ces animaux qui conduisent des carrioles tirées par des chiens alors que l'homme se prélasse à l'arrière, ou ces scènes de chasse où ce sont les gibiers qui ont tué le chasseur et le ramènent en procession triomphale.
On retrouve aussi le thème de la "guerre" des sexes, l'image archi courue des "âges de la vie" sous forme pyramidale, des faits divers (les livrets de colportage ont certainement leur importance sur l'inspiration de ces peintres locaux), des motifs xénophobes (méfiance et attitudes timorées du paysan à l'égard des nomades et des vagabonds...).
Ces panneaux avant tout narratifs seront à mettre en rapport avec les coutumes funéraires roumaines (je pense aux stèles sculptées par Stan Ion Patras au cimetière de Sapinta dans le Maramures) et aussi, par leur style, leur dessin, avec les panneaux décoratifs des charettes siciliennes (l'Italie est frontalière).
A signaler qu'à l'occasion de cette exposition, on trouve sur place un catalogue joliment imprimé avec de nombreuses illustrations (Voir ci-dessous).
19:25 Publié dans Art populaire insolite | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Ruches naïves de Slovénie, Claude Rivals, Abeilles, Radovljica, Monde à l'envers, Sapinta
25 août 2007
Des arbres, crus-tu au cuir?
Pas grand-chose à se mettre sous la dent à Paris en ce mois d'août où pourtant, vu l'exode des Parisiens partis sous d'autres cieux chercher le soleil sacro-saint (moi, j'aime la pluie, et on peut dire que j'ai été gâté cet été), l'occasion est idéale pour flâner à la recherche de trouvailles, de surprises (les touristes ne gênent pas, ils sont tous agglutinés sur les mêmes pots de miels spectaculaires, Place du Tertre, Tour Eiffel, Louvre)...
Jusqu'à ces dernières semaines, je n'ai guère trouvé comme exposition intéressante que "Le cuir des arbres" à la Maison européenne de la Photographie, rue de Fourcy, près du métro St-Paul. Des photos de Marc Fumaroli, plus connu jusqu'ici comme historien et essayiste, académicien également,
qui présente des photographies qui sont exposées jusqu'au 2 septembre relevant peut-être de son "jardin secret" (c'est le cas de le dire), partie souvent la plus vivante chez un individu...
L'exposition est minuscule, reléguée derrière une petite cafétaria, et ne comptant qu'une dizaine de photos qui toutes montrent avec un réalisme exacerbé avant tout la matière de l'écorce des arbres. Davantage la matière que l'image fantastique que d'autres mettent davantage en avant (c'est ma préférence). Du coup, les photos laissent le visiteur un peu sur sa faim. Malgré le propos de leur auteur auquel pourtant je souscris pleinement (et qui fait que je rattache ce travail au dossier fertile de la Poésie Naturelle): "Silencieuse, sans défense, leur beauté [celle des arbres] donne sans rien demander en échange...".
08:15 Publié dans Poésie naturelle ou de hasard | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie naturelle, Marc Fumaroli, Maison Européenne de la Photographie, Le Cuir des Arbres
20 août 2007
Guy Girard s'expose à Pont-Aven
1996 : Librairie-Galerie La Belle Lurette, Paris.
1990 : Galerie L'Usine, Paris.
Expositions collectives récentes :
« A bleu nommé », Médiathèque Jean Prévost, Bron.
2003 : « Visions et Créations dissi- dentes », Musée de la Création Franche, Bègles.
2000 : « Eveil paradoxal » (exposition du groupe de Paris du mouvement surréaliste), Maison des Arts, Conches (Normandie).
Collections publiques :
Ostfriesenslandschaft, Allemagne.
Banco del Estado, Santiago, Chili.
Regard Surréaliste, exposition de Guy Girard du 15 juin au 30 septembre 2007 à la galerie Pigments et matières, 34, rue du Général de Gaulle, Pont-Aven (Finistère). Tél : 02 98 09 15 52.
[Photos B.Montpied, peintures collections privées Paris et Clermont-Ferrand, du haut vers le bas: Rencontre du paraphe de Freud et du nom de Merlin en lettres-images au-dessus de Paris au XVIe siècle, Chemin de St-Jacques, Sciapode de course (1986) ]
00:50 Publié dans Art singulier, Surréalisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Guy Girard, Groupe de Paris du Mouvement surréaliste, Art singulier, Sciapodes, Pigments et Matières
19 août 2007
De traverse... MASSIF EXCENTRAL (7)
Au cimetière de Murat (Cantal), je traîne derrière E.Boussuge qui quadrille consciencieusement tout le pays à la recherche des traces d'art populaire dans les pierres ou ailleurs (je fais semblant de traîner derrière, j'épie autant que lui).
Je tombe en arrêt devant cette tombe. La famille De Traverse... Et je me dis que si une alliance se fait avec une famille nommée Chemin, avec la mode de garder les deux noms pour les descendants, cela donnera la famille Chemin-De Traverse. Qui aura à son tour une tombe...
Et certains alors riront en sifflant entre leurs lèvres: je vous l'avais bien dit qu'on enterrait les chemins de traverse...
10:35 Publié dans Inscriptions mémorables ou drôlatiques | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Art funéraire, Murat
18 août 2007
L'Iran naïf? Un texte de Marc Grodwohl et un prolongement du Sciapode en direction de MOKARRAMEH GHANBARI
Cet art populaire et l'art des réalisations publiques sont de la même veine surtout dans les périodes les plus récentes, fin XIXe, début XXe siècle, et il serait ethnocentrique de qualifier de "naïf " ce qui peut relever en réalité des conventions régissant la représentation des personnes. A titre de comparaison avec l'art public urbain, les faïences d'un hammam fin XIXe, début XXe s. à Rasht, la capitale du Guilan avec la représentation du héros Rostam (photos 4-5-6).
Sa première exposition date de 1995 (soit environ quatre ans après qu'elle eut commencé à 63 ans à peindre) et eut lieu bien entendu en Iran à la galerie Seyhun (par la suite, elle a exposé en Suède et aux USA ; en France, comme d'hab, on n'a encore rien vu venir, malgré la diffusion du film dans des festivals...). Il semble que ce soit son fils artiste qui la voyant en train de barbouiller spontanément dans le décor de sa vie quotidienne eut l'idée de lui fournir du matériel de peinture et qui l'encouragea (ça fait songer à d'autres cas similaires, Boix-Vives, ou Joseph Barbiero, aussi me semble-t-il en France furent poussés par leur progéniture vers la création). Elle a peint des toiles mais aussi les murs de son logement. Parmi ses thèmes de prédilection, on retrouve entre autres le héros Rostam dont parle Marc Grodwohl dans son texte.
Elle fut mariée contre son gré à une sorte de cacique de son village (Dankandeh dans la province de Mazandaran, au nord de l'Iran) qui obligea par la torture son père à lui donner sa fille. Elle eut plusieurs enfants de ce mariage pour le moins houleux (émaillé de brutalités).
On annonce un film en préparation aux USA avec Meryl Streep dans le rôle de Mokarrameh, et un metteur en scène iranien résidant en Californie, Essy Niknejad... Ah, ces Yankees, ils ne manquent jamais de prendre le train en marche...
17:05 Publié dans Confrontations | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Marc Grodwohl, Guilan, Mokarrameh Ghanbari, art immédiat, art populaire iranien
15 août 2007
"Trait d'union, les chemins de l'art brut (6)" au Château de Saint-Alban-sur-Limagnole: MASSIF EXCENTRAL (6)

En Margeride, bien perdue dans une région de la Lozère où les loups manquent vraiment dans le paysage tant ils y seraient bien accordés (sans parler de la Bête du Gévaudan), au milieu de ces massifs d'épineux aux verts ténébreux, à la lumière lugubre, une exposition d'art brut, une de plus au Château de St-Alban. Je me souviens d'une autre en effet il y a quelques années, consacrée à une petite partie de la collection ABCD.

C'est qu'ici est née la psychothérapie institutionnelle des psychiatres Bonnafé, Tosquelles, Jean Oury, Roger Gentis, etc... Un mouvement psychiatrique qui voulait soigner aussi bien l'hôpital que les malades qu'il recueillait, en associant, entre autres moyens, ces derniers à la vie de l'hôpital, dans une sorte de participation égale des soignants et des soignés dans l'organisation de la vie quotidienne, ou des fêtes, dans la tenue d'un journal appelé "Trait d'union", d'où le titre de l'exposition ci-dessus nommée, organisée avec la participation du Musée d'Art Moderne de Lille-Métropole, qui a prêté pour l'occasion quelques pièces de la donation de l'Aracine.
C'est ici aussi qu'est né l'art brut, d'une certaine manière, non pas parce qu'Auguste Forestier y avait déjà commencé à faire de l'art brut avant que Dubuffet n'en ait inventé le terme (1945, comme on sait), mais parce que c'est précisément avec des créateurs tels qu'Auguste Forestier que Dubuffet commença véritablement à initier sa recherche, et à commencer ses explorations qui allaient devenir par la suite plus méthodiques et systématiques, notamment avec ses voyages en Suisse. Je l'ai déjà signalé dans un assez long article (Bruno Montpied, D'où vient l'art brut? Esquisses pour une généalogie de l'art brut, dans Ligeia, dossiers sur l'art, n°53-54-55-56, Paris, 2004).

L'art brut, comme on commence à le savoir, n'a pas été inventé par ceux que l'on classe sous ce nom, Auguste Forestier, Wölfli, Müller ne faisaient pas d'art brut. C'est un concept inventé par Dubuffet, non un mouvement. Lorsque François Tosquelles écrit (du moins c'est Mireille Gauzy, dans le catalogue de l'expo, qui lui prête ces mots): "Lorsque je suis arrivé à Saint-Alban en 1940, Forestier avait déjà inventé l'art brut", cette phrase n'a pas de sens et introduit de la confusion. Beaucoup d'auteurs, ensuite rangés dans l'art brut, créèrent bien avant que Dubuffet ne les découvre, comme par exemple Wölfli, ou Forestier. Tosquelles, s'il a dit cette phrase, voulait peut-être assimiler ces créateurs à des artistes en train d'élaborer un mouvement esthétique ou politique, etc. Mais cela ne correspond pas à la vérité de leur démarche. Ces hommes et ces femmes que l'on a rangés dans l'art brut créaient en état d'urgence, sans se préoccuper le moins du monde de confrontation avec le monde de l'art, dont la plupart du temps, ils ne savaient rien.
C'est donc à Saint-Alban qu'opérait Forestier le sculpteur (qui avait été aussi auparavant un dessinateur, deux beaux dessins sont exposés dans l'expo actuelle de St-Alban ; ces dessins, conservés au départ par le Docteur Maxime Dubuisson, furent ensuite recueillis par son petit-fils le docteur Bonnafé qui en a fait don au Musée de Villeneuve-d'Ascq). C'est là que le découvrit en 1943 Paul Eluard qui fuyait alors Paris avec sa femme Nusch, du fait de son engagement politique avec le Parti Communiste et auparavant avec les surréalistes, desquels il venait justement d'être exclu pour son adhésion au parti stalinien (on sait que certains de ses anciens amis furent inquiétés, comme Desnos, resté lui à Paris bien trop visiblement, et qui fut dénoncé et déporté dans un camp en Tchécoslovaquie où il mourut ; Benjamin Péret fut emprisonné et s'évada, Breton fut inquiété à Marseille lors de la visite de Pétain, etc.).
Eluard a ramené des oeuvres de Forestier à Paris dès 1944, il en fait parvenir à Picasso, à Queneau (le catalogue reproduit un "homme-oiseau" que possédait ce dernier, et qui avait déjà été reproduit dans le livre de Dominique Charnay, Queneau, dessins, gouaches et aquarelles, p.69, Buchet-Chastel, Paris, 2003). Dubuffet qui fait la connaissance d'Eluard en 44 en voit chez lui, à Paris donc tout d'abord. Il existe une correspondance avec Queneau (de mai 45) qui prouve qu'il s'intéresse de près à Forestier dont il ne verra les oeuvres à St-Alban que plus tard, après son premier voyage d'exploration en Suisse (en juillet 45 ; il ira ensuite, au début de septembre, à Rodez chez Ferdière et Artaud, interné à Rodez, puis par la même occasion à St-Alban). On ne sait pas précisément le détail de ces prises de contact de Dubuffet avec l'oeuvre de Forestier, et aussi surtout avec ceux qui la collectionnaient. Et il faut dire que cette exposition rate un peu l'occasion d'apporter justement des éclaircissements sur la question... Il faut fouiller le catalogue (p.120) pour trouver simplement une petite phrase énigmatique de Christophe Boulanger qui nous apprend tout à coup que "Dubuffet [fut] mal reçu à Saint-Alban"... Tiens donc, et pourquoi? Aucune explication supplémentaire ne nous est proposée... Cependant, il est loisible au lecteur d'imaginer que les hommes en présence ne sympathisèrent pas (à l'époque, ni Jean Oury, ni le Dr. Roger Gentis, qui eurent des relations avec Dubuffet par la suite, n'étaient à St-Alban), et que ce fut pour cette raison que Dubuffet attendit assez longtemps pour parler de Forestier dans les fascicules de la compagnie de l'Art Brut, et qu'il ne publia un texte sur lui (avec l'aide d'informations venues de Jean Oury, médiateur plus idoine, et arrivé plus tard à St-Alban, soit en 1947) , qu'en 1966 dans le fascicule n°8 de l'Art Brut. Jean Oury a par ailleurs révélé que c'était lui qui avait donné toutes les sculptures qu'il possédait de Forestier à la Collection de l'Art Brut (en 1948-1949 ; il dit cela page 190 de Création et schizophrénie, éd. Galilée, Paris, 1989).
Sur Forestier, on lira dans le catalogue l'intéressant texte de Savine Faupin, Le voyageur immobile, où entre autres remarques, elle met en parallèle les fugues de Forestier (interné une première fois de 1906 à 1912, puis une seconde de 1914 à sa mort en 1958 à 71 ans) qui aurait pu croiser sur les routes du Massif Central, nous dit-elle, cet autre infatigable marcheur appelé Albert Dadas, dont la vie et les étranges errances ont été récemment remises en lumière dans l'intéressant ouvrage de Ian Hacking, Les Fous Voyageurs, aux éditions Les empécheurs de penser en rond (en 2002). J'ai également remarqué ce cas de mystérieux somnambulisme, assez proche du déplacement en état de rêve éveillé, que j'ai plutôt de mon côté associé aux expériences de dérives surréalistes et situationnistes des années 20 et 50 (cf. L'art Brut, l'utopie situationniste, un parallèle, deuxième version remaniée et en cours de rédaction, faisant suite à la publication en 2000/2001 d'une première version parue en américain dans une revue universitaire du Mississippi).
Il y eut donc comme un différé dans l'histoire de la découverte de Forestier par Dubuffet. Certaines oeuvres présentées à St-Alban m'ont paru moins connues comme ce bateau "Euréka", que j'insère ci-dessus et qui me semble différent de celui que tient le Dr. Tosquelles sur la carte postale d'invitation à l'exposition (reproduit plus haut en vignette). Ce dernier ressemble davantage à celui que j'ai photographié dans la collection du Dr Ferdière en 1990, après le décés de ce dernier (voir ma note sur Les Nefs des fous), il possède simplement un peu plus d'éléments et de superstructures sur le pont (le catalogue en montre un, appelé "Myra" qui est crédité comme ayant appartenu à Ferdière). Il est difficile de s'y retrouver... Un catalogue exhaustif des travaux connus de Forestier se révélerait utile.
L'expo de St-Alban n'est pas très grande. elle mêle de façon assez arbitraire des oeuvres de créateurs ayant vécu dans l'hôpital et qui sont classés dans l'art brut (Aimable Jayet, Benjamin Arneval, Marguerite Sirvins, ou Forestier) à celles d'autres auteurs d'art brut dont le lien avec St-Alban n'existe pas, hormis le fait qu'ils ont vécu dans d'autres asiles (Carlo, André Robillard, l'anonyme de Bonneval). C'est une simple expo d'art brut, voilà tout. Des photos sur l'abbé Fouré voisinent aussi ici avec un barbu Müller, sans trop de liens là non plus avec Saint-Alban. C'est l'occasion pour Alain Bouillet de se fendre dans le catalogue d'un long article sur Fouré où il s'insurge de ce que le propriétaire actuel des Rochers n'ait jamais songé à entourer les sculptures de l'abbé d'une information plus sérieuse à leur sujet.
De son côté, Madeleine Lommel s'insurge contre l'hypothèse défendue par certains journalistes que l'art brut serait un art "culturel", ce dont elle s'afflige, mais quelques lignes plus bas de son même texte (paru en ouverture du catalogue), elle souligne aussi que les oeuvres d'art brut sont "autant d'invites à ne pas oublier son passé: art populaire, artisanat, travail de la main..." Ce qui est bien dire, me semble-t-il, que l'art brut participe d'un art dont les soubassements culturels sont à rechercher du côté des anciens savoirs artisanaux ou artistiques populaires, non?

13:30 Publié dans Art Brut | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Auguste Forestier, Bonnafé, Tosquelles, Trait d'Union, Mireille Gauzy, Jean Oury, Dadas
07 août 2007
Image cachée: MASSIF EXCENTRAL (5)
A Dienne dans le Cantal, je regarde le monument aux morts éclairé par une lumière rasante qui fait ressortir l'expressivité du Poilu représenté de profil, que le sculpteur, un certain Bertrand Bouté, a voulu camper avec la mâle énergie nécessaire pour convaincre le spectateur de la grandeur des héros nationaux. Il y a mis, c'est visible, tout son coeur pour camper l'énergique virilité du héros, à la moustache gauloise comme il se doit. Les tendons saillent, prêts à péter comme des cordes de guitare trop tendues. Ma vue se trouble-t-elle? Je sens qu'il y a quelque chose de bizarre au sein de ce noeud de tendons et de veines tourmentés... Je n'arrive pas à discerner quoi exactement, mais je devine une image cachée. Sans doute suis-je atteint du délire d'interprétation, peut-être est-ce que je pratique spontanément la paranoïa-critique chère à Dali... Ce n'est qu'une fois revenu dans le secret de mon laboratoire photographique que je pourrai voir l'image seulement devinée sous le soleil de Dienne. A force de recadrages. Un masque grotesque avec un nez disproportionné est blotti dans la gorge du héros. A telle enseigne qu'on peut désormais rétorquer au va-t-en-guerre: jette ton faux-nez, on t'a démasqué.
23:20 Publié dans Images cachées, images délirantes? | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Monuments aux morts, Dienne, Dali, Paranoïa-critique
05 août 2007
L'écrit brut tel un palimpseste
Dans la catégorie des écrits bruts, on insiste le plus souvent sur le contenu des textes, à juste titre, puisqu'il est peu pris en compte, parce qu'on a tôt fait en lisant ces écrits de les croire incohérents, hermétiques (ce qu'ils sont tout de même parfois). C'est une lecture rebutante, qui nécessite un patient travail de déchiffrage. Personnellement, je suis souvent paresseux dans ce genre d'exercice. J'aime ce qui coule de source...
Peut-être est-ce pour cette raison que je préfère alors me tourner du côté de la dimension physique de ces écrits. Leur matérialité. Nous avons, depuis quelque temps, à Paris, devant l'hôpital Ste-Anne (grâces soient rendues à Animula Vagula de l'avoir signalé sur son propre blog), divisé en trois parties (alors qu'à l'origine, il était sculpté en deux sections) , le plancher d'un certain Jeannot, paysan béarnais (des marches pyrénéennes) qui grava le sol de sa chambre, come s'il incisait la matière même de sa douleur, pour clamer comme une sorte de dernier cri testamentaire. Il le commença du moment où sa mère mourut (il l'avait enterrée sous l'escalier de la maison familiale, maison dont il ne sortait pratiquement jamais, s'y étant reclus avec sa soeur, aussi délirante que lui), et paraît l'avoir continué jusqu'à l'instant où il se laissa périr d'inanition (en 1972, il avait alors 33 ans). Comme s'il avait jeté ses dernières forces dans une ultime bataille, ne désirant plus les reconstituer par la nourriture.
Ce plancher ne fut découvert que fort tardivement, vingt ans environ après la mort de Jeannot, sa soeur, restée seule dans la propriété qui se délitait progressivement, étant à son tour décédée vers 1993.
Le docteur Guy Roux a recueilli plusieurs informations sur la vie de cet homme qui faisait peur aux gendarmes, aux autorités préfectorales et à ses voisins (il patrouillait le fusil à la main sur un tracteur en tournant autour de sa maison, il fit une fois une incursion agressive chez ses voisins, terrorisant les gens). Il les a rassemblées dans l'ouvrage intitulé Histoire du plancher de Jeannot, sous-titré Drame de la terre ou puzzle de la tragédie, éd. Encre et Lumière, Cannes et Clairan, 2005 (préface d'Alain Bouillet).



















































