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30/08/2007

Mystère, énigmes et non-sens à Montreuil

    Du 15 septembre prochain (date du vernissage de 12 à 19h) au 29 juin 2008, la galerie ABCD de Montreuil invite chacune et chacun à faire une "visite-surprise" à leur nouvelle exposition intitulée "Brut alors!". "A la découverte des oeuvres d'art brut, à la recherche de leurs secrets", ajoute-t-on.

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     Avec seulement le carton d'invitation en main, sans plus d'explication, on se sent invité à une sorte de jeu (si on trouve pas, on "donne sa langue au chat"), à déchiffrer des "codes secrets" ou à "découvrir des formes cachées". Les images cachées, justement on aime ça au Poignard Subtil.

    Mais cela ressemble aussi à une enquête policière, car le carton parle de "piste de l'art brut". On cherche à dévoiler un secret. Et un calligramme élégant strié des slogans ci-dessus cités simule une empreinte digitale...

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    Du coup, on se dit aussi qu'on nous invite à enquêter sur la piste d'un secret... ou d'un crime (Car c'est le propre des enquêtes policières)? Or la police, en général, cherche à embastiller des coupables. Quel serait alors le rapport avec cette visite-surprise?

    Il faudra aller à Treuilmont pour en savoir davantage... 

05/08/2007

L'écrit brut tel un palimpseste

    Dans la catégorie des écrits bruts, on insiste le plus souvent sur le contenu des textes, à juste titre, puisqu'il est peu pris en compte, parce qu'on a tôt fait en lisant ces écrits de les croire incohérents, hermétiques (ce qu'ils sont tout de même parfois). C'est une lecture rebutante, qui nécessite un patient travail de déchiffrage. Personnellement, je suis souvent paresseux dans ce genre d'exercice. J'aime ce qui coule de source...

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     Peut-être est-ce pour cette raison que je préfère alors me tourner du côté de la dimension physique de ces écrits. Leur matérialité. Nous avons, depuis quelque temps, à Paris, devant l'hôpital Ste-Anne (grâces soient rendues à Animula Vagula de l'avoir signalé sur son propre blog), divisé en trois parties (alors qu'à l'origine, il était sculpté en deux sections) , le plancher d'un certain Jeannot, paysan béarnais (des marches pyrénéennes) qui grava le sol de sa chambre, come s'il incisait la matière même de sa douleur, pour clamer comme une sorte de dernier cri testamentaire. Il le commença du moment où sa mère mourut (il l'avait enterrée sous l'escalier de la maison familiale, maison dont il ne sortait pratiquement jamais, s'y étant reclus avec sa soeur, aussi délirante que lui), et paraît l'avoir continué jusqu'à l'instant où il se laissa périr d'inanition (en 1972, il avait alors 33 ans). Comme s'il avait jeté ses dernières forces dans une ultime bataille, ne désirant plus les reconstituer par la nourriture.

   Ce plancher ne fut découvert que fort tardivement, vingt ans environ après la mort de Jeannot, sa soeur, restée seule dans la propriété qui se délitait progressivement, étant à son tour décédée vers 1993.

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     Le docteur Guy Roux a recueilli plusieurs informations sur la vie de cet homme qui faisait peur aux gendarmes, aux autorités préfectorales et à ses voisins (il patrouillait le fusil à la main sur un tracteur en tournant autour de sa maison, il fit une fois une incursion agressive chez ses voisins, terrorisant les gens). Il les a rassemblées dans l'ouvrage intitulé Histoire du plancher de Jeannot, sous-titré Drame de la terre ou puzzle de la tragédie, éd. Encre et Lumière, Cannes et Clairan, 2005 (préface d'Alain Bouillet).

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    L'auteur conclut en effet à un "drame de la terre", suggérant que Jeannot avait été enchaîné dans la poursuite de l'exploitation familiale jadis prospère, que son père, présenté comme un bourreau de travail (le mot "bourreau" fait réfléchir...), avait développée jusqu'à ce qu'il se suicide d'une façon brutale et inexpliquée en se pendant dans une grange (ce mode de suicide me fait penser à celui qu'a choisi un autre auteur d'art brut, Jean Grard, à Baguer-Pican, près de Dol-de-Bretagne).

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    L'histoire de cette famille recluse, coupée du reste du monde, je l'associe un peu au scénario de ce film magnifique du Suisse Fredi M.Murer, L'Ame-Soeur (1985), où l'on voit une famille de quatre personnes, appartenant à un clan apelé "les Irascibles" vivant en autarcie sur un versant de montagne, se décomposant peu à peu après les amours incestueuses du frère simple d'esprit, sourd-muet (le "Bouèbe") et de sa soeur, vivant de rêves, coupés qu'ils sont du monde par la vie que leur font mener leurs parents qui pourtant puniront leurs amours (l'auteur a dit de son film, écho étrange aux propos du Dr.Roux: "Je voulais raconter l'histoire de l'AME-SOEUR d'une manière linéaire, comme les tragédies grecques où l'on savait à l'avance ce qui allait se passer").

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     Le plancher se retrouve donc à présent exposé aux yeux de tous, en bord de rue, devant des bâtiments de l'Hôpital Ste-Anne, divisé en trois, sans explication sur cette division et sur l'ordre de lecture (on suppose qu'il faut le lire de gauche à droite), dans un emboîtage vitré dressé à la verticale (légèrement penché vers la rue) qui empêche notablement la lecture de ce qui est sauvagement gravé à la gouge et au poinçon (les lettres étant formées de trous circulaires et de barres incisés dans le bois, les trous ayant sans doute servi à éviter que la gouge ne dérape et ne rende illisibles les lettres).

    En effet, les vitres miroitent, superposant aux lettrages le reflet de la rue Cabanis (14e ardt) où se trouvent les panneaux (au n°7). Découvrant pour la première fois ce plancher gravé d'inscriptions, je me fis la réflexion que les concepteurs de cette présentation avaient inconsciemment voulu, sous prétexte de protéger les panneaux de tout vandalisme, vitrifier ce cri inscrit au coeur du chêne. Je crus impossible de faire une photo valable des panneaux, jusqu'à ce que je m'avise à la longue que grâce à un logiciel de traitement d'images, de retour à mon domicile, les lettres pouvaient resurgir à travers les reflets de la rue, tels des palimpsestes, ces manuscrits qu'on réécrivait par-dessus d'anciens textes grattés et lavés. Palimpsestes que sont peu ou prou toutes ces entreprises de cris, de proclamations de persécutions réelles ou imaginaires, qui s'opèrent sur la chair même du monde, au coeur de la trame immédiate de la vie, chez ceux qui se sont brûlés les ailes et l'âme à trop se frotter à cette vie justement.

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    Le hasard faisait un malin geste, comme un clin d'oeil qui semblait dire que, malgré la présentation calamiteuse (les psychiatres et les laboratoires pharmaceutiques ne font décidément pas de bons esthètes) de ce plancher, son cri continuait de parvenir aux spectateurs malgré tout, mais d'une façon peu immédiate, occulte (merci le logiciel, savante prouesse technologique mise pour le coup au service de la force d'expression brute...).

    Pourquoi ne pas l'avoir exposé au musée tout proche, au Centre d'Etude de l'Expression (http://www.centre-etude-expression.fr/pages/bluerings_ind...), qui se trouve dans  l'enceinte de Ste-Anne, où, si l'on avait décidé d'en faire un musée des expressions brutes (ils possèdent des collections fabuleuses, surtout les plus anciennes, provenant de créateurs ayant oeuvré durant leurs hospitalisations), on pourrait ainsi découvrir dans des conditions idéales (le plancher exposé sans ces atroces vitrages) les fameuses inscriptions de Jeannot. Il est vrai que pour le moment les collections du Centre d'Etude de l'Expression ne sont pas ouvertes au public de façon permanente (cela fonctionne plutôt sur rendez-vous pour des chercheurs et des professionnels). Un "Musée Singer-Polignac" est bien ouvert à côté, mais on n'y montre que des expositions temporaires, utilisant parfois quelques oeuvres provenant du fonds du Centre d'Etudes. A quand une politique plus ambitieuse de ce côté-là? Voilà qui serait un geste plus radical en faveur de la créativité des patients artistes, de la reconnaissance de leur personne. 34cd6b5ea073fa94223675e415d9b72c.jpg

(Photos B.Montpied)

      A noter aussi que le docteur Roux n'a pas du tout insisté sur les quelques mots soulignés en blanc par l'auteur du plancher qui comme par hasard résument l'essentiel du message de Jeannot: "C'est la religion les crimes" et "nous sommes innocents"... Messages qui contiennent quelque parcelle de vérité et ne relèvent pas nécessairement du délire total...

08/07/2007

Les Nefs des Fous (2)

    Je voulais laisser parler les images, mais cela ne suffit pas. On réclame du contexte. Comme si c'était évident dans le cas de créations comme celle de Carlo M. ou de Forestier, patients d'hôpitaux pyschiatriques sur qui les renseignements sont passablement déficitaires ou simplement incomplets. On n'a pas affaire à des artistes du "mainstream" (les grandes avenues de l'art)...comme on dit aux States.

     Mais peu importe, de toute façon, je pense qu'on peut aborder ces oeuvres sans grand besoin d'éléments biographiques, ni même sans le secours d'une connaissance des formes de raisonnements propres aux psychotiques. Je ne l'ai pas cette connaissance (ou n'en ai que de vagues lueurs), cela ne m'empêche pas d'aimer ces oeuvres, de leur trouver un aspect touchant, preuve que quelque chose passe du fond de la folie jusqu'aux non fous et que leur langage se communique, qu'ils utilisent des truchements que nous pouvons comprendre.

     Cela dit, à côté de Carlo M. et de Forestier, il y a aussi les oeuvres de patience (le bateau conservé à Laduz), la poterie du musée du Berry (l'Arche de Noé), les dessins naïfs du simple Poullaouec, le bateau d'un prisonnier oublié. Je les ai associés, ils nouent un dialogue je trouve, je le perçois intuitivement.

     Les bateaux, ça me fait penser d'abord à Charles Trenet, une noix, qu'est-ce qu'il y a, à l'intérieur d'une noix, qu'est-ce qu'on y voit quand elle est fermée? On y voit la nuit en rond, les plaines et les vallons... Un voilier noir aussi... Un micro monde, un microcosme où l'univers se tient paradoxalement dans d'étroites limites. Premier caractère qui séduit l'amateur d'exploit qu'est l'artisan ou le créateur populaire (un exploit, enfermer un microcosme dans une bouteille par exemple). Faire beaucoup avec très peu, voire avec rien. D'où les récupérateurs en tous genres, les pilleurs d'épaves, cher Impertinent... Dans notre petite collection de nefs (j'ai choisi ce terme aussi pour sa briéveté), comme récupérateur cela dit, il n'y aurait guère que Forestier qui dans son asile travaillait avec des chutes de bois glanées. Mais la terre des potiers ne coûtait pas tant. En un minuscule périmètre, on pouvait modeler l'arche de Noé, parfait paradigme du microcosme aux dimensions dilatées puisque la fameuse arche aux proportions somme toute limitées était censée contenir tout le règne animal. Les potiers Lerat et Bedu ne se sont pas arrêtés à un tel détail, sentant bien que la parole divine autorise tous les miracles...

     Avec un peu de peinture, on brosse toute l'escadre anglaise, la rade de Brest, les alentours, on se fait démiurge, rôle d'autant plus apprécié qu'on est (vraisemblablement) un zéro social. On ne sait rien de Poullaouec, mais à le voir sur ces pauvres cartes postales qui sont les seules traces qu'il nous a laissées pour que nous puissions partir à sa recherche, on se dit que celui-là n'avait pas dû faire une bien grande pelote.

     J'ai déjà écrit quelque part que l'océan sert assez bien en métaphore de l'inconscient. Les créateurs populaires qui pratiquent la spontanéité en art, bricolant leur expression avec des matériaux de fortune, avec ce qui se présente sous la main -et c'est ce qui se passe aussi chez le dessinateur "automatique"- ces créateurs sont fascinés par cette quantité d'eau effroyable, mouvante, grouillante d'êtres hypothétiques que l'imagination ne peut s'empêcher de réinventer. L'imagination de la mer on le sait a donné de bien beaux résultats, sirènes, serpents de mer, krakens, neptunes, tritons et j'en passe. Lancer un frêle esquif sur ce bouillon de culture, c'est combien tentant... Il renferme un monde clos sur lui-même que le démiurge investit comme bon lui semble, sans se soucier de la ressemblance chère aux artistes professionnels. Le bateau n'est pas une maquette fidèle à la réalité objective, comme on en voit dans les musées de marine. Il représente avant tout l'émotion qu'on projette en lui. Cette dernière bouscule les formes et les traits, le bateau commence à ressembler à un mirage aux contours changeants. Le bateau de Laduz possède une fragilité dûe à ses matériaux rugueux, peut-être dûe aussi à son manque de réalisme, fragilité que l'on retrouve comme revendiquée, dirait-on presque, à la faveur du détachement des liens de sociabilité, chez des Carlo M. ou des Forestier, et qui font des bateaux inventifs parce que ce sont des bateaux qui permettent à leurs inventeurs sans doute aussi de s'évader, au moins symboliquement. La fragilité est une caractéristique qui fait assez fil rouge pour cette flotille de blog. 

       L'enfance aussi affleure sans cesse dans les oeuvres de l'art populaire, la dimension de jouet est présente à l'évidence, dans le bateau de Laduz comme dans le "Sozialist" de Carlo M., ou le fort navire du prisonnier de St-Paul. L'enfance est aussi dans le regard d'André Bindler lorsqu'il taille son bateau de la même façon qu'il sculpte un sabot. Ne voyait-on pas les enfants faire d'une chaussure une coquille de noix, avant qu'on ne leur fourre entre les doigts des consoles vidéo et des télés?

07/07/2007

Les Nefs des Fous

   Que nos confrères de Belvert et d'Animula nous pardonnent (ça commence comme une prière), mais nous allons devoir leur repomper (pour le premier) et pomper (pour la seconde) certaines images d'esquifs qui traînent dans leurs colonnes (en y ajoutant cependant nos forts grains de sel).

    Notre excuse est d'avoir initié la confrontation bateaux pop/bateaux bruts (sur Belvert, s'entend, et en fournissant déjà les photos), du temps où nous hésitions encore à franchir le Rubicon de la création de blog.

    Nous voudrions maintenant réaliser un petit rassemblement des objets maritimes en question, des bateaux, sur une SEULE page, bien persuadé que le thème contient sûrement d'autres éléments à verser au dossier, mais en permettant aux amateurs de s'instruire des différences à relever, des parallèlismes, de la plus ou moins grande dose de fantaisie appliquée à ces diverses rêveries flottantes: 

Pour commencer, une maquette de bateau anonyme photographié dans le département "Marine populaire" du musée rural des arts populaires de Laduz:

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Puis un bateau sculpté par un créateur rangé dans l'art brut, Auguste Forestier, intitulé "Le Myra" (ancienne collection Docteur Ferdière, photo 1990: Bruno Montpied):
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Restons dans l'art brut en ajoutant ce bateau de Carlo M. (à ne pas confondre avec Carlo Zinelli). Sa maquette s'appelle "Le sozialist" et fait partie des collections du musée de la Waldau près de Berne (photo Paul F.Talman). Nous l'avons extraite du catalogue de l'exposition de 1996 au Centre Culturel Suisse à Paris, "Le Dernier Continent, ou la Waldau, asile de l'art": 
 
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 A présent de l'art fait en prison par un certain Agostini ("fait à la prison St-Paul en 1936", dixit  Animula Vagula qui l'a récemment remis en lumière en allant dénicher sa reproduction dans un vieux numéro de magazine):
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Cela n'est pas loin de Carlo M., non? Peut-être dans une variante plus rigolarde...
Ce qui nous amène à une veine plus enfantine, une poterie populaire trouvée sur la base Joconde (photo Philippe Motte, Zoom Studio) et qui appartient au musée du Berry à Bourges (le même musée qui héberge des Pierre Petit mais ne les montre jamais...). C'est une arche de Noé dûe aux potiers Jean Lerat et Armand Bedu (second quart du XXe siècle):
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Puis, pour ne pas quitter le cher André Bindler (voir note précédente), voici le bateau que le catalogue "Un Art autre, un autre art" (expo organisée par Traces+Signes Sundgau en 1982 à Altkirch en Alsace, présentait, en précisant que sa coque avait été taillée avec la technique du sabotier:
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Art naïf?
Et que penser alors de ce brave Claude Poulllaouec, natif de Plougonvelin dans le Finistère posant devant les escadres anglaises au cours d'un passage en rade de Brest  qu'il a si poétiquement représentées dans les années 1900 (une inscription parle de 1905), et dont, semble-t-il, il ne reste comme traces que d'anciennes et rares cartes postales, du type de celle que je présente ci-dessous?
J'avoue avoir une toute particulière prédilection pour ce type de peinture. Qu'est-elle devenue hélas...:
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Je dois marquer ma gratitude une fois de plus à la collection Humbert du musée de Laduz ainsi qu'à Marie-José Drogou à qui je dois la découverte de Poullaouec dont quelques cartes (il semble qu'il y ait quatre cartes différentes sur ce créateur) sont présentées dans leur département de sculpture populaire.
Agrandissons son coin inférieur droit, on y reconnait le fort Berthomme (avec à côté peut-être la propre maison de Poullaouec, à Trez-Hir, un lieu-dit de par là-bas?), le phare de la Pointe Saint-Mathieu...
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Pour finir, un dernier hommage à ce musée en concluant sur les bateaux en bouteille qu'il ne faudrait pas oublier de citer dans un rassemblement de corpus comme celui que nous tentons ici:
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17/06/2007

Un musée voué aux environnements spontanés aux USA, le John Michael Kohler Arts Center

 "Il s'agit d'un événement, jumelant exposition, publication et colloque. (...) Ils font un travail digne d'intérêt, en sauvegardant des sites, parfois in situ, mais aussi dans leurs locaux."
V. R. (Extrait d'une lettre de correspondante)
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 "Home is Masterpiece, Trash is Treasure, Life is Art"  ("La Maison est Chef-d'oeuvre, L'Ordure est Trésor, La Vie est Art", sous-titrée: "Espaces sublimes et Mondes visionnaires d'artistes vernaculaires").
Cette exposition, la plus grande jamais conçue au John Michael Kohler Arts Center de Sheboygan (près de Chicago aux USA, www.jmkac.org.), s'ouvrira le 24 juin pour durer jusqu'au 6 janvier 2008.
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Il s'agit d'une manifestation monstre semble-t-il, bien en proportion avec le pays qui l'accueille. On y présente sur des milliers de m²  vingt-deux créateurs qui ont transformé l'intérieur et/ou l'extérieur de leurs domiciles et terrains. Des milliers de peintures, de sculptures, de dessins et de photographies provenant de la collection permanente de l' Arts Center (fondé dans les années 70) consacrée exclusivement aux oeuvres de bâtisseurs d'environnements (a priori des bâtisseurs autodidactes populaires).
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Mary Nohl
  
Je souligne ce dernier élément, car nous avons affaire ici à un établissement parfaitement pionnier. En France, très peu de collections ouvertes au public peuvent se comparer à une telle entreprise. Je ne vois guère que le parc d'environnements spontanés de la Fabuloserie, créée par le couple Bourbonnais à Dicy dans l'Yonne, ou le Jardin de la Luna Rossa (quelques pièces) d'Olivier Thiébaut à Caen qui puissent un peu faire écho à cet Arts Center de Sheboygan.
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 David Butler
Avant qu'un musée digne de ce nom se décide en France à se consacrer prioritairement à la conservation et à la sauvegarde de tout ou partie des créations environnementales des "habitants-paysagistes" (terme inventé par Bernard Lassus), des inspirés du bord des routes comme écrivaient Jacques Verroust et Jacques Lacarrière dans les années 70, les poules auront des dents... Car ce genre d'initiatives qui ne privilégie pas plus la sauvegarde dans un bâtiment fermé que la sauvegarde in situ des environnements en péril, comme le fait l'Arts Center de Sheboygan, est tout aussi valable que les sempiternelles déplorations sur le vandalisme que l'on trouve si souvent sur la Toile ou dans les revues spécialisées (et moi mon boulot, c'est d'en parler). Soulignons que les sauvegardes, de plus, paraissent menées dans ce musée avec infiniment de soin et de respect pour les oeuvres, leur contexte d'origine, etc.
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 Emery Blagdon
L'expo du Wisconsin (c'est situé non loin de la frontière avec le Canada) présente des oeuvres rares comme la "Machine à Remède" (Healing Machine) constituée de centaines d'éléments colorés ("effrayants" nous dit-on) en fils, lamelles de fer et bois d'Emery Blagdon, originaire du Nebraska, qui la créa entre 1950 et 1986, ou aussi les plus inévitables statues de Nek Chand (le créateur de Chandigarh en Inde qui est tellement médiatisé dans le monde de l'art brut qu'il paraît le seul étranger à pouvoir exposer partout dans le monde). Moins en relation avec la notion d' "environnements", on trouve les céramiques, peintures, sculptures en os, ainsi que les photographies d'Eugène Von Bruenchenhein qui l'ont déjà grandement fait connaître (en célébrant sa femme qu'il a photographiée sous toutes les coutures, telle une déesse à usage privé). Deux environnements ont été reconstitués également à l'identique au sein de l'exposition.
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Photographie d'Eugène von Bruenchenhein
Ci-dessous, du même, sculpture en os
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Voici la liste de quelques autres autres créateurs présentés: Levi Fisher Ames, Jacob Baker, Loy Bowlin, David Butler, Nick Engelbert, John Ehn, Peter Jodacy, Sam Rodia, Dr. Charles Smith, Fred Smith, Mary Nohl...
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 Peter Jodacy
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 Charles Smith
(Merci à Valérie Rousseau de nous avoir signalé cette exposition ; les photos qui illustrent cette note sont extraites pour Butler, Smith, Jodacy, Nohl, Rodia, Blagdon du site de l'Arts Center de Sheboygan ; celles d'Eugène Von Bruenchenhein viennent, pour la photographie d'EVB du site interestingideas.com et pour la sculpture du musée des Beaux-Arts de Philadelphie, USA )

 

11/06/2007

Une figure macabre de Charles Benefiel

   Une autre oeuvre du même Benefiel (né en 1967 il a aujourd'hui quarante ans et vit en Californie), figurant sur le site Outsiderart et pour inaugurer une série (une "ca-té-go-rie" comme on dit dans la blogosphère...) sur les images de la mort... Car j'ai l'âme un peu mexicaine.

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Cette image qui paraît être la reproduction d'un assemblage plutôt que d'une peinture à deux dimensions fait étrangement écho à un collage effectué ces derniers jours devant moi par un petit enfant de 7 ans. Il voulait à toute force mettre une tête de mort sur un corps humain... Cela arrive rarement. Celui qui a fait ce collage est un enfant des plus doux et des plus sensibles...
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Adel K. (7ans)

10/06/2007

Pascal-Désir Maisonneuve

  

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   Voici le masque de coquillages auquel fait allusion Régis Gayraud dans un commentaire récent, commentaire paru avant que le blog parallèle Animula Vagula ait eu la sagacité d'aller dénicher l'image sur le site du Musée des Beaux-Arts de Bordeaux (Animula donne quelques éléments d'informations supplémentaires très intéressants sur la provenance de ce masque). Simple "masque" mais pourtant stupéfiant, n'est-il pas?

   Pascal-Désir Maisonneuve, qui avait une formation de mosaïste, créait ces masques d'assemblage de coquillages dans le droit fil d'une tradition arcimboldesque, ce qui contredit les présupposés de la notion d'art brut qui stipulent que les créateurs d'art brut sont sans référence à une culture artistique.

Sur la route, François Michaud

            Cet été, allez donc dans le Massif Central, dans le Limousin, c'est un massif d'inspirés et d'actualité (l'Abbaye de Beaulieu dans le Rouergue, Saint-Alban de Limagnole en Margeride avec l'expo Les Chemins de l'Art Brut(6) ), décidément, il va falloir que je songe à me tailler une place dans le secteur  tourisme et art populaire d'une quelconque Maison de l'Auvergne...
            Sans compter qu'il existe tout plein de lieux aussi qui n'ont pas attendu d'être sous les feux de l'actualité pour faire parler d'eux. Comme par exemple Masgot. Ca fait plus de 150 ans que ce hameau vous attend...
 
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         Tailleur de pierre de métier et sculpteur autodidacte à ses loisirs, Michaud a vécu de 1810 à 1890. Il paraît avoir commencé à décorer son petit village de Masgot  (commune de Fransèches dans la Creuse, non loin du Moutier d'Ahun) dans les années 1850-1860 (la datation se basant sur les personnages ou les thèmes abordés).
 
 
 
 
(Ci-dessous, la deuxième maison de Michaud avec Napoléon, la femme nue sur la clôture, Jules Grévy, Marianne...)
 
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             Plusieurs statues dues à son désir de manifester ses convictions tour à tour bonapartistes et républicaines, déistes et anticléricales sont demeurées dans ce village de cette époque jusqu'à nous, faisant de ce site l'environnement populaire spontané le plus ancien que nous ayons en France (bien avant le Palais Idéal du facteur Cheval ou les rochers sculptés de l'abbé Fouré à Rothéneuf), si l'on met de côté provisoirement la Cave Sculptée des Mousseaux à Dénezé-sous-Doué dans le Maine-et-Loire (qui serait du XVIIe siècle et dont on ne connaît pas très bien les auteurs).
 
 
 
 
 
 
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            On peut encore voir actuellement, autour de ses anciens domiciles, des effigies de Napoléon, celles d'un moine, d'une sirène, d'un homme assis flanqué d'un chien, un buste d'homme barbu, une statue de femme nue, des bustes de Jules Grévy et de Marianne (les premières effigies de Marianne datent des années 1880, et Michaud fut l'un des tout premiers à en façonner, ce qui en fait de logiques Marianne "primitives"...) et divers autres décors ou inscriptions, le tout taillé dans le robuste granit de la région dans un style archaïsant à mi chemin de l'art brut et de l'art naïf.
 
 
 
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Buste de Jules Grévy (ci-dessous) 2ede5619837be2ce3f86f06b1be4cbd3.jpg
 
 
 
 
 
 
 
 
 
           Il existe un livre assez complet sur lui : L'oeuvre énigmatique de François Michaud à Masgot, de Jacques Meunier, Jacques Lagrange, Roland Nicoux, Pierre Urien, Bruno Montpied, Alain Freytet, Patrice Trapon, etc., aux éditions Lucien Souny (en vente à Masgot). Un petit musée est ouvert durant la belle saison dans le hameau qui se visite sans difficultés au coeur de la Creuse, région vallonée et forestière où l'on goûte une paix royale.  L'association des Amis de la Pierre, présidée par le maire de la commune, Alain Delprato, s'occupe d'animer et de surveiller le site (on y a même installé, alors que le hameau est plutôt restreint, un nouveau café).
 
7c69fdf85a0f002375188d4d4f01ff32.jpg  Photos B.Montpied
 
 
 
 
 
 
        



 

 

Un créateur intriguant...

   Voici une image récupérée sur le site d'Art Brut Connaissance et Diffusion qui nous le pardonnera, car nous voudrions ainsi les presser de nous en dire plus sur celui qui est à l'origine de cette oeuvre. On trouvera la reproduction, sur le site d'ABCD à la rubrique "Acquisitions récentes". Lorsque je suis passé sur le site, la notice biographique était signalée en attente. Seul le nom du créateur est donné: Charles Benefiel.

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   L'Association ABCD a le grand mérite à nos yeux de constamment chercher à montrer du nouveau du côté de l'art brut. Rappelons qu'ils ont un espace d'exposition à Montreuil (le site sus-mentionné donne également  toute l'information utile à ce sujet) où se poursuit actuellement (jusqu'au 8 juillet) l'exposition sur le Creative Growth Center d'Oakland aux USA intitulée "Montreuil California". On peut y voir les oeuvres de Dwight Mackintosh, Donald Mitchell, Judith Scott, Daniel Miller et Aurie Ramirez (des cinq, celle qui m'attire le plus).

08/06/2007

Là où il y a Eugène, il y a du plaisir

   L'Abbaye de Beaulieu-en-Rouergue ? A cinquante kilomètres environ de Montauban. Il s'y montre de fort belles oeuvres depuis des années (depuis 1970 en fait). Il y a eu là-bas des événements artistiques majeurs, je cite au hasard, les tapisseries et autres travaux textiles de Karskaya, une rétrospective Michaux en 1985 l'année de sa mort, une rétrospective de la "tachiste" Marcelle Loubchansky, bien oubliée généralement des commissaires d'exposition et autres conservateurs), une exposition sur le "Fantastique intérieur" qui interrogeait les résurgences et la permanence du surréalisme d'après-guerre (là aussi, l'initiative était courageuse face à ceux qui ont sempiternellement voulu enterrer le surréalisme).

    Entre autres monstrations cet été (je continue de faire l'anti-tournée des festivals de l'été), on retrouvera cette fois à Beaulieu Eugène Gabritschevsky (cliquez donc sur ce lien où vous trouverez toutes les explications pratiques).

   "Retrouvera", car il fut déjà exposé en 1980 à Beaulieu. L'exposition est réalisée en collaboration avec la Galerie Chave de Vence, galerie qui exposa dès 1961 cet étonnant visionnaire (et qui depuis l'a exposé régulièrement, voir aussi le magnifique livre qu'elle lui a consacré en 1998 avec des textes d'Annie Le Brun, Georges Limbour, Georges Gabritschevsky, Florence Chave, et dont nous avons extrait nos illustrations).

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   Gabritschevsky (né à Moscou en 1893) créa quelques milliers de gouaches entre 1935 et 1979, date de sa mort (à 86 ans donc). Il passa cinquante ans dans l'hôpital psychiatrique de Haar en Allemagne (c'est près de Munich). Il n'intéressa pas tout de suite Jean Dubuffet, comme l'a rappelé Annie Le Brun en s'appuyant sur les recherches de Luc Debraine, lui-même s'étant basé sur les archives conservées sur Gabritschevsky à la collection de l'Art Brut de Lausanne. Dubuffet, dans une lettre de janvier 1948, suite à une sollicitation du frère d'Eugène, Georges, avait d'abord rejeté les premiers échantillons qui lui avaient été montrés, "comme participant trop de l'art classique européen". C'est seulement après 1959, après qu'il a connu la galerie ouverte par Alphonse Chave à Vence, que Dubuffet se reprit de curiosité pour l'oeuvre de ce génie étonnant.675bad80082140fdc2df6b4f8805fde0.jpg

   Selon Annie Le Brun, on doit cependant la découverte de l'oeuvre dans toute son amplitude davantage à Alphonse Chave. Daniel Cordier peu de temps après acquerra plusieurs oeuvres, qui finiront par aterrir au Musée National d'Art Moderne de Paris à la fin des années 80 (exposition de la fameuse donation Cordier ; une salle entière, séparée de façon quasi étanche de tout le reste, était consacrée à Gabritschevsky et ce fut une révélation).d4444c57f2c712fb0c9eaf1a9f048098.jpg

   Le cas psychologique de Gabritschevsky paraît rare. Sa situation qui aurait dû évoluer vers l'obscurcissement progressif n'alla justement  pas dans ce sens au rebours de ce qu'attendaient les psychiatres. Comme si pour cet homme, le fait de s'affronter avec l'ombre qui aurait dû prendre sans cesse plus d'emprise sur son psychisme lui avait permis par le truchement de la création visionnaire de retourner la ténèbre en lumière créative.900608de2ad9bf968a001a1a477d7a42.jpg Ce créateur avait été au départ un biologiste brillant, spécialisé dans la génétique. On ne peut s'empêcher de voir dans l'éventail de ses gouaches toutes plus inventives les unes que les autres, dans cette véritable parade de l'expérimental (comme un Max Ernst brut), une tentative de simulation du délire biologique tout à coup inscrit dans la chair de l'homme, réussissant à se formuler de façon maîtrisée à travers une technique picturale autodidacte mais raffinée en même temps... Comme si le biologiste à la faveur de cet ambivalent état que l'on appelle folie avait délaissé d'un coup et brutalement l'attitude de l'analyste pour celle du créateur, n'examinant plus seulement les cellules inconnues sous son microscope mais les générant désormais, tout au contraire.

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Au fait, pour ceux qui pourraient y aller avec le court délai que je vous laisse, le vernissage, c'est pour demain 9 juin à l'Abbaye de Beaulieu. 15h30... L'expo durera ensuite jusqu'au 30 septembre 2007.

05/06/2007

Im Lagerhaus, l'autre musée d'art brut en Suisse

  A feuilleter l'innombrable documentation sur l'art brut, on tombe parfois sur la mention du "Museum Im Lagerhaus" à Saint-Gall (St-Gallen en Suisse alémanique), spécialisé, ultra-spécialisé même, dans l'art brut et naïf suisse, uniquement suisse. Et pour corser le tout, ses deux animateurs principaux, Simone Schaufelberger-Breguet et Pierre Schaufelberger, lorsqu'on leur demande de préciser, ajoutent: oui, suisse et même de Suisse orientale...

  Nulle trace de chauvinisme derrière une telle spécialisation, comme je l'avais redouté en allant me promener à St-Gall récemment. Simplement, un désir de mieux faire  connaître une région méconnue à la fois sur le plan artistique et sur le plan géographique.

  Un autre des amis du musée, Peter Killer (j'adorerais m'appeler ainsi...), dans Le Säntis, montagne magiqueLe Massif du Säntis, ph.B.Montpied, 2007.jpg (publié dans le catalogue "Oh la vache", Art naïf suisse né autour de la montagne magique du Säntis, expo à la Halle Saint-Pierre en 1997 qui était entièrement pilotée par les animateurs du musée Im Lagerhaus) souligne qu'en Suisse l'art populaire singulier se rencontre avant tout dans deux zones "bien délimitées",  dans la zone ouest et dans la zone est. Rien au nord et au sud, donc...

  Ca tombe bien, il y avait déjà un musée d'art brut à l'ouest, celui de Lausanne pour ceux qui l'auraient oublié, il en fallait donc un à l'est et c'est à Saint-Gall qu'il est né voici déjà 19 ans... Non loin du massif de l'Alpstein que domine la montagne effectivement magique du Säntis (notre photo ci-dessus). Cependant, petite, ou grosse, différence avec Lausanne, on n'y montre pas seulement de l'"art brut". Les animateurs d'Im Lagerhaus (au fait, ça veut dire quelque chose comme "l'Entrepôt") se passionnent tout autant pour l'art brut (ils ont défendu Hans Krüzi ou Aloïs Wey par exemple) que pour les peintres paysans naïfs, voire naïfs-bruts, de l'Appenzell-Toggenburg (car c'est incroyable le nombre de générations de créateurs qui se sont succédées autour de cette fameuse montagne; on ne peut guère comparer ce genre de phénomène qu'à des pays comme Haïti où des dizaines de créateurs autodidactes se sont manifestés au fil du siècle; pourtant Haïti et la Suisse, le vaudou ou la vache, la pauvreté et la richesse, qu'est-ce qui les unit? Un seul trait commun peut-être, une certaine idée de la sauvagerie, les cérémonies vaudou et le rite des Sylvester Klaüse, les Hommes sauvages d'Urnasch, au pied du Säntis encore et toujours...). Ils aiment aussi ce qu'ils appellent, à la manière anglo-saxonne, les "Outsiders" (Ignacio Carles-Tolra par exemple). Ils laissent leur compas d'appréciation (un autre outil aussi utile qu'un poignard subtil) grand ouvert.

  Lors de ma visite ultra courte (deux heures de temps), avec la chance de tomber sur les deux animateurs du musée qui préparaient leur nouvelle exposition (sur des créateurs d'instruments de musique faits à partir de matériaux de récupération, Max Goldinger, Gottfried Röthlisberger et autres), je suis allé de découverte en découverte. Avez-vous entendu parler de Pya Hug?

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(Dans le musée de cire de Pya Hug, d'après photo Mario Del Curto)

       Connaissez-vous Ulrich Bleiker? Aloïs K.Hüllrigl? Et John Elsas (formidable, John Elsas)? Et Maria Török? Tous ces créateurs, je ne sais où je dois les ranger, je n'ai vu d'eux que leurs oeuvres accrochées dans la collection permanente, ou bien seulement en illustrations dans des livres (il y a une petite librairie extrêmement bien fournie) sans rien comprendre du contexte sociologique de leur création. Mais ce que j'ai vu m'a exceptionnellement intrigué, me donnant l'envie d'en apprendre plus. e91a335e07ad6fbbe4c53663f7fb7cea.jpgLa langue allemande est l'obstacle à l'amplification de la découverte, mais grâce aux deux animateurs de l'endroit, Pierre et Simone Schaufelberger, qui ont eu le courage et la générosité d'apprendre à parler un excellent français, on doit espérer que les ponts resteront jetés entre l'est et l'ouest. Je n'ai pas encore dit à quel point ces deux personnes m'ont laissé une grande impression de culture, de savoir-faire, de passion désintéressée pour ceux qu'ils rassemblent et tentent magnifiquement de faire connaître... Eh bien, c'est chose faite.

   A l'avenir, j'espère pouvoir revenir plus au large sur les créateurs ci-dessus mentionnés.

 

 

   Les photos de cette note sont dues à B.Montpied sauf celle de Pya Hug qui a été extraite par nos soins de la monographie Das  wunderbare Universum von Pya Hug écrite par Simone Schaufelberger (sans date), disponible au musée "Im Lagerhaus" (pour les contacts, cliquer sur le lien surligné en bleu au début de la note).