28 février 2009

Pensons-nous à la même chose?

     Oui, pensons-nous à la même interprétation devant une image sans identification précise, image qui sollicite l'imagination? Je propose un jeu encore, dire ce que l'on voit dans l'image insérée ci-dessous. Je donnerai, seulement au bout d'un moment, ma propre interprétation (le titre de la photo qui existe donc avant les interprétations des lecteurs que j'espère voir venir). A mes yeux, c'est évident (surtout dans ce cadrage resserré sur un seul détail au sein d'une série de formes dûes à un raclement). Mais "l'évidence" est-elle la même pour tous?

       Donc, pour vous que représente cette image?

Photo Bruno Montpied, Brioude, 2007.jpg
Photo Bruno Montpied, Brioude, 2007

 

27 février 2009

Dessus de nez et je le prouve

    Voici le nez qui va avec ce que M.Zébulon prend pour des fesses (moi, je ne trouve pas ça dégoûtant, des fesses), et que M.Fatta (Morgana?) prend pour une peinture de J-P.Paraggio (rapport entre les deux? Le dessus de nez en question)...

Photo B.Montpied.jpg
Photo B.Montpied, 2008
    Il est vrai qu'il y a tellement de choses cachées sur un visage. Avez-vous déjà regardé le nez de Gérard Depardieu par exemple? Ca se voit comme le nez au milieu de la figure, dit-on. Dans son cas, ça en devient insupportable, cet appendice qui devient d'un coup obscène, pendu là au milieu du visage, tous les jours, qui regarde le monde de son unique oeil entêté.

22 février 2009

Hypnos, images et inconscients en Europe 1900-1949

 Man Ray,Marquise Casati, 1922, Galerie Marion Meyer, Paris, copyright Man Ray Trust Adagp Paris, 2009, Photo Marc Domage.jpg   Le 14 mars, débutera une exposition qui nous intéresse vivement au Musée de l'Hospice Comtesse, à Lille, Hypnos, images et inconscients, 1900-1949. Organisée par les conservateurs du musée d'art moderne de Villeneuve-d'Ascq, Savine Faupin, Christophe Boulanger et Nicolas Surlapierre, en collaboration avec Lorand Hegyi, le directeur du musée d'art moderne de Saint-Etienne, l'exposition se propose de montrer comment de nombreux artistes des premières décennies du XXe siècle se sont emparés de la notion d'inconscient, l'interprétant ou se l'appropriant. La notion était alors une révélation suite aux travaux de Sigmund Freud à Vienne. L'exposition ne se veut pas moins qu'une "contribution à l'histoire de l'inconscient visuel". On se dit: chiche, mais il faudra voir les résultats in situ. Car les images de l'inconscient sont fort multiples et variées.

Frantisek Drtikol, Le cri, 1927 MNAM, Centre Georges Pompidou, Paris. Dist.RMN, copyright Jacques Faujour, copyright DR.jpg

Frantisek Drtikol, Le cri, 1927, Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris, Dist. RMN, © Jacques Faujour © DR

    Trois thèmes chronologiques structurent la manifestation, "le cosmos intériorisé (1900-1918)", "une géopoétique de l'inconscient: Berlin, Budapest, Cologne, Paris, Prague, Zürich (1918-1933)" et "l'heure dangereuse (1933-1949). Selon ces thèmes, on retrouve là des domaines qui ont déjà fait l'objet de passionnantes expositions précédemment montées ailleurs, comme l'art des spirites (la Halle Saint-Pierre notamment a monté deux expositions sur le thème, l'art médiumnique et l'art des spirites tchèques de la région des Monts des Géants et du musée de Nova Paka) Jan Tona,sans titre, musée municipal de Nova Paka, expo L'art brut tchèque, Halle Saint-Pierre, 2002-2003.jpg ou la photographie spirite par exemple (cf le Troisième oeil, la photographie et l'occulte, Maison Européenne de la Photographie à Paris, 2004-2005). Un éclairage particulier doit être donné sur la production des médiums de Bohème-Moravie, précisément ces créateurs que l'expo sur l'Art Brut tchèque de la Halle Saint-Pierre (2002-2003, ensuite montée en Belgique, puis à la Collection de l'Art Brut à Lausanne), sous l'impulsion de son organisatrice Alena Nadvornikova (une membre historique du groupe surréaliste tchèque contemporain), avait fait brillamment découvrir aux amateurs.

Hypnos,-Josef-Kovar-Prurez-.jpg

Josef Kovář, Pruřez ovoce Neptuna, 1905, Mestské Muzeum Nova Paka, République Tchèque, © DR

      La deuxième section sur la "géopoétique de l'inconscient" semble vouloir nous montrer des créateurs choisis ailleurs qu'en Europe de l'ouest, de façon à exposer une exploitation de la découverte du continent inconscient, peu connue en France, par d'autres mouvements que le surréalisme, à savoir en l'occurrence le cubisme, le dadaïsme ou l'expressionnisme. Si dans ce dernier cas, on connaît tout de même assez bien par ici le cinéma des Robert Wiene ou Fritz Lang, moins répertoriée est l'existence des "marionnettes dadaïstes" qu'on nous annonce dans l'expo et qui nous intriguent davantage (sans doute parentes des magnifiques oeuvres sculptées d'un Marcel Janco qui étaient naguère montrées au Centre Georges Pompidou dans le cadre de l'exposition bric-à-brac Traces du Sacré). De même les créateurs tchèques gagnent beucoup à être davantage contemplés (Kupka, Vachal, Driskol, etc...). On espère donc faire des découvertes dans cette section (par exemple Josef Vachal).

Hypnos Frantisek Kupka Le reve, 1909, Museum Bochum, Bochum, copyright ADAGP Paris, 2009.jpg

Frantisek Kupka Le rêve, 1909, Museum Bochum, Bochum ©ADAGP Paris, 2009

 

      La troisième partie de l'exposition veut cerner ce moment de division et de totalitarisme (national-socialisme, stalinisme...) qui s'empare de l'Europe entre 1933 et 1949. Dans les représentations liées à l'inconscient se lisent des tendances et des menaces idéologiques qui font alterner les messages d'Eros ave ceux de Thanatos. C'est aussi le moment où le surréalisme qui s'était fait le champion de la libération du langage des désirs enfouis est traqué en Europe, et se diffuse dans le monde en même temps que s'exilent ou se cachent les membres des groupes européens. Cependant, on peut se demander si la place du surréalisme dans ce projet sur les images de l'Inconscient n'est pas quelque peu minoré. Il faut attendre de voir l'expo.  

     C'est près d'une centaine d'artistes d'Europe de l'Ouest, d'Europe Centrale et Orientale qui sont présentés, parmi lesquels Jean Arp, Brassaï, Victor Brauner, František Drtikol, Marcel Duchamp, Max Ernst, Simon Hantaï, Paul Klee, Hilma af Klint (de cette dernière, on a déjà eu l'occasion de voir des oeuvres en France, voir ma note du 25 avril 2008 sur ce blog, notamment à l'expo déjà mentionnée Traces du Sacré), Bohumil Kubista (qui était, Ô nom prédestinant, cubiste...), Frantisek Kupka, Emma Kunz, Augustin Lesage, André Masson, Joan Miró, Laszlo Moholy-Nagy, Man Ray, Joseph Sima, Sophie Taeuber-Arp, Marie Toyen, Josef Vachal, Lajos Vajda, Adolf Wölfli..., les cinéastes Fritz Lang, Friedrich Wilhelm Murnau, Georg Wilhelm Pabst, Robert Wiene..., des écrivains et poètes tels qu'André Breton, René Char, Géza Csáth, Robert Desnos, Franz Kafka, Frigyes Karinthy, Dezső Kosztolányi, Ghérasim Luca..., ainsi que des théoriciens de la psychanalyse comme Sigmund Freud, Sándor Ferenczi, Carl Gustav Jung ou Karl Abraham.

Josef-Vachal,-décors-de-la-.jpg
Joseph Vachal, décor peint pour la maison de Josef Portman en 1922-1924 ; photo extraite du livre Facétie et Illumination, l'oeuvre de Josef Vachal, un graveur écrivain de Bohême (1884-1969), textes réunis par Xavier Galmiche, Presses de l'Université Paris-Sorbonne/Paseka, 1999

      On notera au passage que des créateurs de l'art brut, non professionnels de l'art par définition, comme Lesage ou Wölfli se trouvent ici mélangés aux artistes d'avant-garde. Cela augure-t-il d'autres mélanges à venir dans le cadre du nouveau Musée d'Art Moderne à Villeneuve-d'Ascq (où, comme on sait les travaux d'extension du musée, comprenant une aile consacrée à la présentation de la collection d'art brut du musée, sont en train de s'achever)? Wait and see... 

     L'exposition se tient du 14 mars au 12 juillet 2009. Musée de l'Hospice Comtesse, 32, rue de la Monnaie à Lille. Pour plus de renseignements, cliquer sur le site du musée d'art moderne Lille-Métropole (voir lien ci-dessus) à Villeneuve-d'Ascq. A noter qu'Hypnos devrait être la dernière exposition hors-les-murs du musée d'art moderne de Villeneuve-d'Ascq avant sa réouverture prévue pour 2010.

Ruzena se dévoile...

 

Ruzena,-photo-ancienne-modi.jpg
Ruzena, photo ancienne modifiée, sans date, ph.B.Montpied

     Enfin, on va pouvoir dessiner soi aussi sur les photos qui montrent Ruzena, parce que figurez-vous, c'est une première, cette grande cachottière s'est laissée photographier, on suppose qu'elle était d'accord...

Portrait-dans-L'Art-Partagé.jpg
Photo catalogue L'Art Partagé

     C'est dans le catalogue à 10€ (je dis ça pour Zébulon) de l'exposition L'Art Partagé, organisé en novembre 2008  par Jean-Louis Faravel à Rives dans l'Isère. Elle a été prise de côté un peu en arrière, du coup, on n'arrive pas bien à la dévisager, et la curiosité s'aiguise davantage finalement... On peut dire qu'elle sait faire monter sa légende, cette Ruzena... Elle a passé un diplôme de publicitaire ou quoi?

     Bon, une fois ceci écrit, ma fidèle lectrice Valérie A. (voir commentaire du 22 février), m'a déniché un dévoilement encore plus facial qui se trouve sur le site de la galerie Béatrice Soulié (avec cette mention que "Ruzena travaille dans le domaine de la culture"). J'ai déjà rencontré cette personne, me suis-je dit, mais où?... Mais où?... :

ruzena2 portrait sur Galerie Soulié.jpg
Plus utilisable pour y adjoindre les homuncules qui gravitent autour des photos du temps passé comme les aime Ruzena

21 février 2009

Schmilblic

    Jouons un peu à présent, voulez-vous? Voici une photo, un fragment de photo plutôt. Il faut deviner ce que c'est, où ça se situe... A gagner, une musique que l'animateur de ce blog invite à partager... (Jeu interdit à çui à ki je panss).

La chose, photo B.Montpied, 2007.jpg

20 février 2009

Muscle carabine, quoique...

    Je reçois tout un tas d'avis venus de tous bords. Aujourd'hui, c'était un petit mot du groupe des United Dead Artists, qui paraît être un foyer de graphistes particulièrement inventifs qui doit avoir des accointances avec l'Arts Factory, du côté de la rue Beaurepaire dans le 4e à Paris, et tout ça... Je regarde généralement leurs cartons d'invitation avec un sentiment mêlé ne me sentant concerné qu'à demi. Je reconnais cependant qu'il y a du beau travail de ce côté-là. Ces graphistes, liés aux grafzines (je suis sûr que ça s'écrit pas comme ça) et autres fanzines sérigraphiés, participent d'une culture populaire graphique contemporaine qui a une tradition derrière elle, des filiations honorables (Crumb, les pochettes de disque, les pin'up sur les camions, les flippers, l'art modeste, etc.), je le reconnais bien volontiers. La créativité se déploie là aussi à l'évidence.

Le-Muscle-Carabine.jpg

    Ils sortent le numéro 3 de leur revue joliment appelé Le Muscle Carabine, dont on peut voir la couverture ci-dessus, avec un dessin dû à Stéphane Blanquet (ça fait un peu penser à l'outsider Vonn Ströpp qui a été montré il n'y a pas très longtemps à la Halle Saint-Pierre). Et sur le site des Artistes Morts Unis, on trouve le nom de Chris Hipkiss, souvent exposé et rangé chez les Outsiders anglais, tiens... On découvre aussi les dessins qui personnellement me font hurler de rire du Japonais Harukawa Namio, avec son personnage féminin au popotin absolument hypertrophié, la dimension même du fantasme. Il se glisse dans la perversité japonaise une touche d'humour et de délire loufoque qui me ravit. Pas vous?... L'infortuné placé dessous s'appelait-il Jean Soulacroup (ce qui prouve que, contrairement à ce que j'avançais dans ma note du 4 août 2007, on n'est pas toujours si bien placé en pareille situation)?

Callipyge Harukawa Namio.jpg
Dessin d'Harukawa Namio, voir le site de United Dead Artists

18 février 2009

Une mise à jour à signaler

   A signaler une mise à jour, un remaniement de la note consacrée le 24 janvier dernier au compte-rendu du n°30 de la revue Création Franche. Cela se trouve en allant sur cette date, en cherchant dans les archives par mois, ou en tapant un mot-clé dans la fenêtre "Rechercher" (colonne de droite). 

17 février 2009

Art populaire et affirmation individuelle...

ART POPULAIRE ET AFFIRMATION INDIVIDUELLE: DEUX MAITRES-MACONS DE LA VALLEE DE BREZONS

 par

Emmanuel Boussuge

 

*** 

      On trouve au Bourguet, en haut de la vallée de Brezons, dans le Cantal, un curieux petit monument composite (1):

Photo Roger Besse.jpg

 

    Ses deux éléments constitutifs ne sont pas au même niveau, mais le tout est évidemment conçu comme un ensemble. La croix est datée : 1778 ; la scène sculptée aussi : 1805. On peut lire sous celle-ci :  "PARVIDALVACHERMMON", c’est à dire : "[fait] par Vidal Vacher Maître Maçon" (2).

      En remontant la vallée, à Liverninx, un hameau situé un kilomètre plus loin, on tombe sur un autre croix très similaire à la précédente.

                        Photo-2.jpg        Photo-3.jpg

    Celle-ci présente la particularité très rare d’avoir un christ sur chaque face (3). On peut lire d’un côté "INRI", initiale de la formule courante qui désigne en latin "Jésus de Nazareth, Roi des Juifs", et de l’autre la date de 1784. Si l’on n’était pas encore convaincu par la très grande similarité du style des sculptures, la proximité des dates assure que les deux croix sont de la même main, qui signe d’ailleurs au bas de celle de Liverninx : "CHANSSANS",  Photo-4.jpgce qui compte tenu de la variabilité de l’orthographe des noms propres au XVIIIe (notamment dans le cas d’un passage du patois au français), de l’alphabétisation peut-être sommaire du sculpteur et des noms usuels localement, peut correspondre à Chanson ou Chassang… Voilà le nom de celui qui notait seulement "Maître Maçon" au Bourguet identifié. Photo-5.jpg Mais peu importe, ce qu’il faut noter, c’est que le sculpteur a l’habitude de signer son œuvre et qu’il faisait des croix en séries.

photo-6.jpg

 

      Personnellement, je trouve sa fruste technique particulièrement émouvante et son sens de la figuration très satisfaisant pour l’esprit. Qui est ce bonhomme mis sur la croix ? C’est une représentation d’une humanité sans particularité comme celle d’une poupée sommaire ou d’un bonhomme en pain d’épice par exemple. Ce n’est pas en tout cas le Christ agonisant : il ne tient d’ailleurs pas grâce à des clous plantés dans ses membres, mais grâce à un petit piédestal plus confortablement mis sous ses pieds. Il ne faudrait pas croire pour autant à une quelconque intention antichrétienne, mais de même que pour les canons iconographiques savants, le sculpteur s’affranchit ici de tout canon théologique avec la parfaite innocence de l’ignorant et il atteint spontanément à une forme d’universalité inaccessible à ses collègues plus instruits.

    

    Si l’on descend la vallée et bifurque vers celle de Pierrefort maintenant, ce que l’on trouve ce sont des linteaux sculptés, très rigoureusement similaires à celui déposé à terre au Bourguet.

     photo-7.jpg     Photo-8.jpg
Photo-9.jpg

     Il peut y avoir un, ou deux serpents, les lions peuvent sembler remplacés par des singes comme à Gourdièges. On ne montre ci-dessus que les plus intéressants (ceux qui comportent une figuration), mais on peut d’ores et déjà recenser six autres linteaux attribuables à coup sûr à Vidal Vacher (même cadre cordé reconnaissable entre tous et dates similaires, entre 1800 et 1810).

Photo-10.jpg

    Des serpents affrontés à des lions, le thème de prédilection de Vidal Vacher est sans doute à rapporter à une valeur protectrice, une sorte de porte-bonheur allégorique où les forces maléfiques (les serpents) sont vaincues par des forces bénéfiques représentées par les lions. Le cas est un peu plus complexe avec les singes de Gourdièges (si ce sont bien des singes), le singe étant traditionnellement plutôt connoté négativement. Mais de toute façon, ce que l’on voit bien, c’est qu’il s’agit aussi d’une marque personnelle ayant peut-être bien avant tout une valeur publicitaire. Vidal Vacher paraît célèbre dans le secteur pour la finesse de ses linteaux, particulièrement ceux où sont représentés des animaux et celui qu’il a signé et qui nous permet de le connaître est un de ceux-là.

 

     En parcourant la très abandonnée vallée de Brezons, une des plus belles émotions pour le marcheur est de tomber sans cesse sur les traces des anciens habitants qui étaient étonnamment nombreux il y a encore si peu. Parmi ces traces, les sculptures de deux maîtres maçons indigènes sont des témoignages précieux qui engagent le curieux à un jeu de piste passionnant. A la place d’une confrontation avec des créations anonymes ressortant d’une indistincte tradition, on a devant soi des objets que l’on peut rapporter à un homme bien précis (de la chair, des os et des idées à soi, tout comme vous et moi), doué de goûts et de passions personnelles débouchant sur un style reconnaissable. Autant dire, même si c’est un truisme, que des éléments de décors populaires aussi typiques que linteaux et croix étaient bien sculptés par certains de nos congénères et ne sont donc pas l’expression automatique d’une tradition toujours identique à elle-même et indifférente à la personne qui le réalise. Ce n’est pas rien de signer ses œuvres et ce qui est vrai pour la Renaissance et ses prodromes italiens l’est aussi dans le domaine de l’art rustique (4). On a là l’expression d’un individu qui s’affirme et qui revendique ses préférences et ses choix plastiques (quel que soit leur aspect élémentaire). C’est bien cette sorte d’assurance que vont développer et cultiver ensuite les différents créateurs d’environnements spontanés dont le premier, dans l’ordre chronologique, que l’on peut citer est François Michaud (5), le maître maçon de Masgot dans la Creuse qui orna ses demeures successives et son jardin d’extraordinaires sculptures, où toute sa technique professionnelle est sollicitée pour conduire à quelque chose de totalement neuf.

 

Sculptures de François Michaud.jpg
Sculptures de François Michaud.jpg
Sculptures de François Michaud.jpg
Sculpture de François Michaud.jpg
Quatre dernières photos, sculptures de François Michaud à Masgot (Creuse)

 

    "Dans la mer trop souvent anonyme de l’art populaire", pour reprendre une image de Nicolas Bouvier, certains îlots minuscules mais clairement individualisés se détachent à peine de la surface de l’eau. Les découvrir en marcheur curieux et se soucier de reporter leur nom sur un nouveau type de portulan est en soi enthousiasmant. Ce ne sont pas les immanquables et majestueuses îles de grande singularité comme le sont les créations du facteur Cheval ou celles de l’abbé Fouéré, mais elles émergent sans doute d’un fond commun.

 

    Le tout est d’accorder à ces manifestations émouvantes l’attention qu’elles méritent. Pour finir et pour tirer la langue aux cloisonnements qui règnent trop souvent en la matière, voici un détail du linteau déposé du Bourguet.

Photo-15.jpg
Toutes les photos illustrant cette note, sauf mention spéciale, sont d'Emmanuel Boussuge (2009)

(1). Cette photo a été prise par Roger Besse (1907-1968), qui filma et photographia avec une formidable régularité le Sud du Cantal et ses habitants, amassant une documentation extraordinaire sur le monde rural des années 40 aux années 60. La richesse de ce fonds a donné lieu à un spectacle, puis à un DVD intitulé L’œil du pharmacien (L’Auvergne imaginée, 2005) mêlant images et musique et que l’on peut chaudement recommander. On remarque au passage que l’agencement du "monument" a plus de 40 ans. Merci à Pascal Besse de nous avoir communiqué la photo.

(2). Le premier à avoir évoqué le nom de Vidal Vacher est Jean-Claude Roc, mais je n’ai malheureusement pas la référence de son livre sous la main.

(3). Sur les croix, l’ouvrage de référence est celui de Pierre Moulier, Croix de Haute-Auvergne (Créer, 2003), qui se base sur un recensement local d’une ampleur inégalée toutes régions confondues.

(4). Voir Bruno Montpied, Petite promenade dans l'art populaire du Rouergue dans Gazogène, Cahors, 1996.

(5). Voir Bruno Montpied, Formes pures de l’émerveillement dans Masgot, l’œuvre énigmatique de François Michaud, éd. Lucien Souny, Limoges, 1993 et François Michaud et les autres, quelques exemples d’environnements sculptés avant le Palais Idéal du facteur Cheval, dans Création Franche, septembre 2007, pp. 16-20.

 

Dictionnaire du Poignard Subtil

Poignard-gaulois-(Encyclopé.jpg

FLEURS:

     "Si tu ne veux pas que meurent les fleurs de ton jardin, ouvre ton jardin"

      (Antonio Porchia, Voix, traduction Roger Caillois, GLM, 1949)

Longue vie à Claude Ponti

     Rien à dire. Il suffit de feuilleter, L'Almanach Ouroulboulouck par exemple (2007)...

Claude-Ponti,-Almanach-Ouro.jpg
1ère page de couverture
Claude-Ponti,-Envoyeur-prom.jpg
Claude-Ponti,-blaise-est-au.jpg
Avec Blaise, le poussin masqué, personnage à la Hitchcock, réapparaissant sans arrêt marginalement dans les albums de Claude Ponti (et parfois aussi de façon tout à fait centrale)
Claude-Ponti,-Cet-almanach-.jpg
A bon entendeur, salut!

Toutes les notes