21/04/2008
Marcel Katuchevski
A l'exposition L'Eloge du dessin,
qui se tient actuellement à la Halle Saint-Pierre (au 1er étage), parmi de nombreux artistes fort intéressants à découvrir (Patrick Gimel notamment qui se fait rare, à Paris en tout cas, et à qui on aimerait voir consacrer une exposition tout entière), j'ai eu plaisir à voir les grands dessins à la mine de plomb de Marcel Katuchevski. Le catalogue livre sur lui quelques informations succinctes, notamment le fait que né en 1949, il a commencé à dessiner au moment où il a découvert l'art brut, ses premières expositions datant du milieu des années 80. Je gage cependant que ces expos ont été du genre confidentiel, mais bon, je ne passe pas non plus partout.
En tout cas, on peut admirer ses grandes compositions achevées/inachevées (je suis particulièrement admiratif devant cet aspect de l'oeuvre) à la Halle Saint-Pierre jusqu'au 29 août. Et puis, à signaler aussi que commence le 24 avril tout proche une autre exposition de dessins de Katuchevski à la Galerie Polad-Hardouin, rue Quincampoix dans le 4e arrondissement à Paris, tout prés du centre Beaubourg. Durée prévue: du 24 avril au 31 mai.
En même temps que l'expo Katuchevski, on pourra également découvrir les travaux récents de Michel Nedjar.
19:40 Publié dans Art singulier | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : marcel katuchevski, art singulier, galerie polad-hardouin, halle saint-pierre |
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19/04/2008
Champ de bataille du rêve, je me mets sur les rangs
Je pars en guerre (gentille guerre, pas du tout armée, je reste tout de même antimilitariste, je suis plutôt du genre Don Quichotte et non pas Don-Qui-Shoote) contre l'art singulier des Têtes à Toto sous-chaissaquiennes (voir le récent numéro, le n°29 d'avril 2008, de Création Franche). On dira, mais qu'est-ce qu'il préfère ce Montpied? Il croit que ce qu'il peint, c'est mieux que les autres? Il se prend pas pour de la m... (etc.). alors, faut voir, faut se documenter. Faut que je vous montre quelques échantillons de ce qui sort de mes pinceaux, de mes marqueurs et de mes rapidographes. Je mets en ligne à partir d'aujourd'hui un album (voir colonne de droite) de mes peintures. Et puis, pour accompagner cette exposition virtuelle, j'y ajoute un texte d'un vieux camarade de lycée, retrouvé récemment et qui m'a livré quelques notes spontanément devant l'encre ci-dessous reproduite.
Une guerre un peu fantoche, mais inquiétante pourtant. Un cirque. Un jeu de cache-cache. Un rébus.
Des réminiscences de Miro ? Dubuffet ? Van Gogh ? Buster Keaton ? Bosch déplacé ? Ernst en moins inquiétant ?
Les personnages ont l’air transi d’être regardés ? Epinglés ? Une collection ?
Des travestissements. Des animaux.
Peu de personnages vraiment inquiétants.
Un art des chapeaux.
Tous en équilibre (les uns sur les autres), sur des fils, enchaînés ; et pourtant les personnages ont l’air d’être installés.
Sont-il convoqués pour un passage en revue avant de partir à la bataille, de conjuguer leurs forces, leur étonnement, de fuir séparément.
Des guetteurs aussi? Des fanions. Un avion ?
Une telle profusion de personnages (les monstres sont humanisés) sans que ça s’alourdisse, soit étouffant (diversité des tailles ; quelques lavis de couleurs). Des cycles de métamorphose. Une femme retournée. Un jeu récurrent avec les extrémités des corps, des personnages … ça se prolonge, s’étend, englobe, se suspend.
Thierry Tricard
16:14 Publié dans Art singulier | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : art singulier, bruno montpied |
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18/04/2008
Plus que jamais cet air de Césaire
(Joël Gayraud)
00:34 Publié dans Surréalisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aimé césaire, surréalisme |
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17/04/2008
Der Mandarin
Vite, vite, mes oiseaux rares, vous qui êtes encore de la race des curieux... Ce soir 17 avril, certes il y a, depuis hier déjà, du théâtre et de l'art brut aux Rencontres de la Villette avec ABCD et Sylvie Reteuna (voir note du 28 mars dernier), mais il y a aussi ce même jour, à 19h30, à la Cinémathèque Française, un film pour vous.... Dans le cadre d'une programmation sur les "Trésors en couleurs des cinémathèques"... J'ai été intrigué par ce titre: "Der Mandarin" (le Mandarin), film autrichien de Fritz Freisler, muet avec des intertitres italiens (sous-titrés en français), "teinté", de 1918, faisant 61 minutes. Le synopsis? Jugez plutôt: "Un écrivain visite un asile psychiatrique et fait la connaissance du "baron", un des patients qui lui raconte les raisons de son internement". On ne nous dit rien de plus sur le prospectus de la Cinémathèque. Ce doit être sans doute une fiction, et l'asile n'est alors que son décor. Peut-être bien. Mais cela me paraît un sujet rare au cinéma dans ces années-là. Alors? Serez-vous prêts à tenter le diable ce soir à 19h30 du côté de Bercy?
*
Alors, j'ai tenté le diable ce soir-là, et nous n'étions pas nombreux à le faire dans la salle Henri Langlois... Film apparemment se rattachant au courant expressionniste. Pas grand chose sur l'asile, effectivement joué par des acteurs (à part un personnage de "roi du Groenland", habillé de fourrure et coiffé d'une couronne de paille du plus heureux effet, assis sur un trône au milieu d'un jardin, les fous du film ne font pas beaucoup d'apparitions)... L'histoire n'est que l'assez simpliste évocation du passage à la folie d'un riche oisif qui ne peut séduire les femmes et qui veut se faire aider d'un mandarin chinois aux pouvoirs magiques, présent sous forme d'une statuette d'abord puis se métamorphosant en être réel ensuite, sorte de génie de la bouteille capable d'exaucer les voeux donjuanistes du héros. Puis, suite à sa répudiation par le héros, capable aussi, a contrario, de l'empêcher à tout jamais d'accéder aux mêmes femmes, ce qui le rend définitivement fou. Le tout étant joyeusement invraisemblable (et simultanément mêlé d'une part de vécu et de douleur cachée qui sourd par dessous tout au long de cet étrange film), ce qui fait le charme paradoxal de cette oeuvre aux teintes changeantes (bleuâtre, jaunâtre...). L'invraisemblance fait souvent tout le sel d'un certain cinéma visionnaire comme on sait.
00:26 Publié dans Cinéma et arts (notamment populaires) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : der mandarin, asiles psychiatriques, fritz freisler, oesterreichisches filmmuseum |
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15/04/2008
Un homme conséquent avec son patronyme
En voici un qui a choisi un métier devant s'accorder avec le destin qui était tracé par son patronyme depuis la naissance. S'il faut mourir de soif, c'est peut-être qu'on a au préalable d'abord mangé trop salé. Autant prendre alors la maîtrise de ce qui donne soif. Et c'est ainsi qu'on devient...la...
Et c'est ainsi que l'on condamme peut-être aussi tous ses clients à la même fin (faim?)... ou soif?.
00:42 Publié dans Noms ou lieux prédestinants | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : noms prédestinants, charcuteries, paris insolite |
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13/04/2008
Marges à la sauce parisienne
On a déjà remarqué qu'il n'y avait guère d'environnements bruts sur le territoire des grandes agglomérations. Il faut aller le plus souvent en banlieue pour en trouver (du moins autrefois, car aujourd'hui, il semblerait que même les banlieues deviennent stériles de ce point de vue, surtout la banlieue parisienne). Je l'ai déjà dit dans ma note du 7 mars à propos du géant Isoré. La pression sociale, la promiscuité des grandes villes, l'embourgeoisement aussi (tellement patent à Paris en particulier) en sont cause. Sans compter les réglements liés au bâti, les contraintes des copropriétés...
Dès qu'un individu exerce une action sur son décor à Paris, ce n'est généralement que dans le secret de son intérieur, et lorsqu'il se trouve en place publique cela découle souvent d'un comportement à la limite du pathologique triste. Un environnement naïf sur lequel je reviendrai plus tard fait exception à la règle sur la rive gauche, bâti dans une zone pavillonnaire préservée par chance ou miracle... Pour satisfaire à un besoin très nettement individualiste dans son essence, il faut en effet jouir d'un espace individuel, sans contrainte collective marquée. Les maisons individuelles sont devenues rares à Paris, et donc les environnements qui pourraient s'y développer le sont devenus aussi.
Je suis récemment tombé sur un habitat tenant à la fois du jardin, de la remise et un peu aussi, il faut bien le dire de la décharge, en lisière d'un bâtiment prestigieux, le contraste entre les deux étant assez remarquable. Je ne peux pas trop indiquer son emplacement histoire de ne pas nuire à son habitant. Ce dernier ne paraît du reste pas trop accommodant, lorsqu'on découvre la proclamation plutôt agressive qu'il a apposée à l'entrée de son jardin, situé en contrebas d'un escalier public. Il a dressé un drapeau français, ainsi qu'un européen, bien en évidence au-dessus du jardin, et cela paraît cause de conflit avec le voisinage.
Le lieu est insolite, non pas en raison de l'esthétique du décor créé, fait d'accumulations de débris divers -et comme cela arrive souvent dans nombre de sites de type accumulatif, orné de poupées démantibulées, de fragments de figurines, de mannequin vaguement attifé
- il est atypique à cause de sa situation extrêmement marginale dans le tissu urbain, sous un escalier, coincé le long d'un bâtiment imposant où se prépare la relève du cinéma français, légèrement proliférant, sans excès non plus, son auteur prenant soin aussi de laisser la végétation s'y développer, ce qui est toujours bien vu à Paris où l'on manque de verdure...
Il est assez cousin des habitats précaires de SDF qui se rencontrent ici ou là, jouissant de tolérances éphémères de la part de la force publique, comme l'homme en cabane à roulettes ci-dessous,
ou cet habitat de clochard passage Hébrard dans le Xe arrondissement où pendant un moment son auteur accumula en pleine rue l'ameublement d'un véritable studio en plein air, avec salle de bain, salon, salle à manger à ciel ouvert, au vu et au su de tous, plus transparente demeure que celle-ci, tu meurs (littéralement d'ailleurs...)...
On l'associera aussi aux créations ambulantes de diverses figures de la rue, tel que celles sur quatre roues de "Monsieuye X", révélées par Marc Décimo dans son livre "Les Jardins de l'Art Brut", ou la tenue vestimentaire toute de fils brodés de multiples couleurs que portait un vieil Arabe dans les rues du centre de Paris voici quelques années (individu que je n'ai jamais réussi à identifier, ni à photographier, si quelqu'un avait des photos ou des informations supplémentaires à son sujet, il est le bienvenu ici).
20:43 Publié dans Environnements populaires spontanés, Paris populaire ou insolite | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : environnements spontanés, habitants-paysagistes destroy, drapeau français |
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12/04/2008
La répartie, un art de l'immédiat
Max T. m'en a raconté une bien bonne. A propos de son père. Le monsieur est assez âgé, il a déjà passablement vécu, a de la bouteille, comme on dit.
L'autre jour, il marchait dans la rue, vaquant à ses affaires. Il n'était pas sur le trottoir. Une voiture passe, le corne, la vitre du conducteur se baisse. Une voix crie au père de Max T.: "Et le trottoir, pépé...?". Du tac au tac, ce dernier ne se démonte pas, fuse la réponse aussi sec: "Le trottoir...? Je le réserve à ta femme!".
Si c'est pas de l'art immédiat, ça, je veux bien manger mon bob.
12:28 Publié dans Art immédiat | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : titis parisiens, art immédiat, max t. |
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08/04/2008
Hasards poétiques, par Régis Gayraud
Vu en vitrine de l’antiquaire "L’œil du pélican", 13, rue Jean-Jacques Rousseau, une maquette de cathédrale, belle réalisation d’art bout-de-ficelle élaboré à partir d’objets détournés de leur fonction initiale. Dans la décoration, on distingue des trombones, des clous de tapissier, et peut-être bien des balles de fusil. Paraît en contreplaqué recouvert de plâtre poli et peint, mais il y a également d’autres éléments que je n’arrive pas à définir.
Qu’allais-je faire rue Jean-Jacques Rousseau ? J’allais seulement, voyageur solitaire dans ma mélancolie, sur les traces des années perdues, du côté du "Pompadour", et j’ai composé cette petite chanson :
Te souviens-tu du Pompadour ?
Nous en rêvions tous les jours
C’était le temps du Pompadour.
Le miroir veuf au mur du fond
Ne mire plus le noir profond
De nos sourcils et se morfond
Dans les soucis neufs d’aujourd’hui
Que ceux qui tournent dans la nuit
En brûlant dans le feu ont fuis.
L’escalier qui grimpe à la tour
A perdu le nord des toujours,
Le steak au bleu et tes atours.
Trop loin m’ont emporté mes pas
J’y reviens et tu n’es plus là
Il n’y a plus de Big Buddha.
A l’issue de la rue Jean-Jacques Rousseau, dont la géographie me fera longtemps penser à celle des divers appartements que j’ai habités, invariablement encombrés d’objets empêchant la marche en ligne droite, je me suis assis à l’intérieur du café de la Bourse pour écrire tout ce qui précède et ce que j’écris en ce moment-même, tout en déplorant la fin de "la Cigale" et de "la Fourmi" et après avoir méprisé le café portant le nom prétentieux et provocateur de "Café des initiés". Crétins qui vous croyez libres, esclaves de vos déterminismes qui vous croyez des initiés parce que vous précédez la mode à venir dans deux ans.
Là, au "Café de la Bourse", j’ai assisté à l’arrestation d’une jeune femme très digne – mais manifestement bouleversée – dans une petite voiture noire à l’élégance bourgeoise tout comme elle, arrestation effectuée par deux policiers dont l’un ressemblait plutôt à un de ces étudiants à barbe de chèvre d’aujourd’hui et l’autre, asiatique, tonfa au côté, souriant de toutes ses dents malgré sa détermination, sortait d’un film de karaté. Ils l’arrêtèrent tranquillement – pour quel motif ? – en lui barrant la route sans brusquerie, l’aidèrent même à se garer. Elle sortit de l’auto, tendit ses mains lorsqu’ils sortirent les menottes, et ils l’emmenèrent doucement vers le fourgon qui attendait au coin de la rue et que j’avais remarqué quelques minutes plus tôt sans comprendre qu’il était l’outil du drame à venir. Tout cela dans le plus grand silence, à deux mètres de ma table, de l’autre côté du carreau. Je fus le seul à le remarquer et j’eus l’impression de regarder une pièce de théâtre ou mieux un ballet bien réglé. Rien ne paraissait conforme, tout semblait arrangé d’avance. Je crois que je me souviendrai toujours de cette femme, qui avait l’air d’une jeune cadre dynamique, de ce désarroi fulgurant dans ses yeux, mais aussi de cette résignation et de cette façon de dire quelque chose du genre de « Vous m’avez eue », que je n’ai pas entendu mais que j’ai deviné.
Décidément, la rue Jean-Jacques Rousseau n’a cessé de me rappeler à elle. Quelques heures plus tard, chez le bouquiniste et antiquaire russe Lampert, dans un tout autre quartier, rue de Miromesnil, chez qui j’ai acheté quatre recueils de Boris Bojnev en édition originale, j’ai aperçu sur le bureau qui lui sert de comptoir une carte d’une librairie ésotérique sise au 15, rue Jean-Jacques Rousseau, c’est-à-dire exactement à côté de l’antiquaire "L’œil du pélican"
déjà noté plus haut, libraire que je n’ai pas remarqué le matin même, alors que mon regard avait été attiré par l’étrange maquette de cathédrale. En écrivant cela le soir dans le train qui me ramène à Clermont, je remarque que la boucle est bouclée. Moi qui n’achète jamais rien chez les antiquaires, qui m’intéresse peu à leurs devantures, qui n’entre qu’exceptionnellement dans leurs boutiques – d’ailleurs ce matin, après avoir hésité à entrer à "L’oeil du pélican", je suis peureusement resté sur le trottoir – deux fois aujourd’hui je me suis trouvé intéressé par une boutique d’antiquités, la deuxième fois j’y suis entré et y ai même fait des achats. Reste à savoir quel rôle joue dans cela la jeune femme blonde et triste à cette heure-ci prisonnière, et si la librairie ésotérique qui m’a fait signe depuis la rue Jean-Jacques Rousseau chez Lampert a quelque chose à voir avec elle.
Régis Gayraud, 6 septembre 2007
05/04/2008
Des Indes à la planète Mars, médium es-tu là?
Est sorti ce mercredi 2 avril un film dit documentaire sur l'expérience médiumnique d'Elise Müller, dite "Hélène Smith", qui dans les dialogues qu'elle avait noués avec le docteur Théodore Flournoy parlait, inspirée par des esprits qui l'occupaient provisoirement, des langues orientales ainsi qu'une langue martienne. Elle était également auteur de splendides vues de paysages étranges, habités par ces esprits qui venaient la visiter et parlaient à travers elle.
On sait qu'André Breton dès 1933, dans son texte sur l'art médiumnique Le message automatique, paru dans la revue Minotaure, avait mis en regard certaines visions d'Hélène Smith avec l'architecture inspirée de l'autodidacte Ferdinand Cheval, réalisée elle en trois dimensions dans la Drôme. L'analogie est en effet patente.
Je n'ai pas encore vu le film, je n'ai lu que le synopsis ultra-succinct que l'on peut trouver sur internet... D'après quelques bribes de critiques journalistiques (qui lui semblent assez favorables), le film (de Christian Merlhiot et Matthieu Orléan) paraît tourné presque entièrement dans un studio d'enregistrement où des acteurs (on annonce Jacques Bonnaffé, Mireille Perrier, Edith Scob...) lisent des morceaux du livre Des Indes à la planète Mars. Le terme de "cérébral" est prononcé ici ou là à son sujet... Que cela ne nous dissuade pas cependant de tenter l'expérience de son visionnage. Y trouvera-t-on d'autres vues de paysages martiens d'Hélène Smith, autres que ceux qui sont sempiternellement reproduits dans les catalogues de l'art brut ?Rien n'est moins sûr...

12:17 Publié dans Art Brut, Cinéma et arts (notamment populaires) | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : hélène smith, art médiumnique, des indes à la planète mars, cinéma et art brut |
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Accouplement inattendu, par Emmanuel Boussuge (MASSIF EXCENTRAL 14)
La création des lignes de transports en commun est l’occasion d’accouplements inattendus. La station où je descends habituellement sur la toute neuve ligne de tramway de Clermont associe ainsi un constructeur de logements sociaux et un saint à composter (pourquoi se refuser une facilité de paiement ?). Si bien que mon arrêt est placé sous le patronage cocasse de Saint-Jacques Loucheur.
Celui-ci ne figurait pas encore, du moins je crois, dans le Dictionnaire des Saints imaginaires et facétieux de Jacques E. Merceron. Mais, peut-être, y a-t-il, ailleurs, un arrêt Saint Thomas de Biais, ou Saint Paul Boiteux, me demandai-je en faisant de l’œil aux lecteurs du Poignard Subtil ?
Emmanuel Boussuge
01:13 Publié dans Inscriptions mémorables ou drôlatiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : e.boussuge, saint-jacques loucheur, jacques e.merceron |
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01/04/2008
Une rétrospective Emile Cohl organisée par le Forum des Images à la Cinémathèque Française
Voici une nouvelle digne d'un premier avril, puisque du vendredi 11 au dimanche 13 avril prochain,se tiendra une rétrospective de l'oeuvre cinématographique extraordinairement inspirée et inventive de l'ex-Incohérent, ex-Hydropathe, et merveilleux farceur Emile Cohl, oeuvre élaborée dans les premières années du XXe siècle (nous aurons droit à plusieurs films restaurés).
Portrait d'Emile Cohl, avec les marionnettes de son film Le Tout Petit Faust, extrait de l'article de Pascal Vimenet, dans le n°51 de CinémAction, avril 1989
Cohl est à l'origine absolue du cinéma d'animation et d'un certain cinéma surréaliste rêvé sans que cela lui soit dans ce dernier cas clairement attribué (le surréalisme n'existait pas en 1908!). Pour le programme on se reportera au site du Forum des Images qui présentera cet important événement dans LES LOCAUX DE LA CINEMATHEQUE FRANCAISE (ne pas se tromper), car le Forum est toujours en rénovation (les travaux ont traïné plus longtemps que prévu décidément).
Cohl fait partie de ces pionniers du cinéma qui ont été oubliés après la première Guerre, alors qu'ils avaient inventé tant de nouvelles formes. On attribue généralement, en particulier, à Emile Cohl la création du premier dessin animé français, sinon mondial (il y eut d'autres créateurs à l'étranger, l'Américain James Stuart Blackton ou l'Espagnol Segundo de Chomon, ce dernier étant le premier à utiliser la pâte à modeler en animation). Son titre, révélateur de la fantaisie de son auteur: Fantasmagorie (1908)...
Cohl, trop artiste, ne déposa pas de brevets, et après un séjour qu'il fit aux Etats-Unis vers 1912, ayant lancé l'animation aux USA (selon Pascal Vimenet, dans CinémAction, qui reprend une confidence de la fille de Cohl), se fit déposséder très vite de ses inventions...
On verra que ce cinéaste étonnant a tout de suite mélangé les prises de vues réelles avec les trucages animés, bien avant l'ère moderne (voir le photogramme ci-dessous ; on s'apercevra aussi que les auteurs italiens de la série amusante "La Linea", dans les années 70-80, n'avaient pas oublié Emile Cohl, eux...).
Ses histoires sont pleines d'humour et de fraîcheur, son dessin est très proche aussi d'un style enfantin qui peut permettre de l'associer à un cinéma de style naïf, au sens de stylisation que contient ce terme (Pascal Vimenet, historien émérite du cinéma d'animation, a reproduit dans un article du n°51 de la revue CinémAction un flip-book d'Emile Cohl intitulé "Gamineries").

"Que l'on feuillette les notes, entassées au fil des jours, les carnets de travail, ou des documents photographiques représentant Emile Cohl ou bien ceux ayant trait à ses films, à chaque découverte, on est stupéfait de tant d'ingéniosité et de naïveté mêlées" (Pascal Vimenet)
Le graphisme qu'il emploie me fait personnellement penser au dessin sommaire des graffiti populaires tels que Brassaï nous les a conservés à travers ses merveilleuses photos (si bien étudiées et démarquées par Dubuffet dans ses débuts). Il mit en scène également des objets animés (des allumettes par exemple), et des marionnettes (voir son film Le tout petit Faust, de 1910, dont il tient les personnages sur le portrait placé au début de cette note). Son inventivité, son goût de l'expérimentation, le rapprochent véritablement des autodidactes de l'art brut et populaire qui comme on sait lorsqu'ils ont besoin de s'exprimer inventent leurs moyens d'expression et leurs techniques sans passer par des recettes qu'ils n'ont pu apprendre. Les pionniers du cinéma par ce côté technique, cette virginité des territoires qu'ils défrichent, sont très proches parents des autodidactes naïfs ou bruts.

Emile Cohl a recensé lui-même environ 300 courts-métrages créés par lui (comme le rappelle Sophie Le Tetour dans le magnifique catalogue de la rétrospective Du praxinoscope au cellulo, un demi-siècle du cinéma d'animation en France (1892-1948), qui s'est tenue à la Cinémathèque Française en octobre 2007). Avant de se lancer dans le cinéma à plus de cinquante ans, Emile Cohl avait cependant d'abord travaillé comme illustrateur de presse, dessinateur humoristique et caricaturiste pendant de nombreuses années. Un artiste, un inventeur, vous dis-je, auquel il n'est que temps que nous nous initions, un siècle après (cette rétrospective, on l'aura compris, vient évidemment pour le centenaire du premier film d'animation français). Je me suis laissé dire qu'un ouvrage était prévu pour cette année qui rendra toutes ses dimensions à ce créateur hors-normes et génial que fut Emile Cohl.
23:27 Publié dans Cinéma et arts (notamment populaires) | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : emile cohl, cinéma d'animation, arts incohérents, cinéma des origines, forum des images |
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30/03/2008
La photographie inventive à travers la carte postale de fantaisie, une expo parisienne que vous ne devriez pas manquer
"La photographie timbrée, l'inventivité visuelle de la carte postale photographique, à travers les collections de cartes postales de Gérard Lévy et Peter Weiss", tel est le titre exhaustif de l'exposition consacrée à la carte postale fantaisie au Jeu de Paume site de l'Hôtel de Sully, prévue pour durer du 4 mars au 18 mai 2008 et organisée conjointement avec le Museum Folkwang d'Essen en Allemagne. Le commissaire de l'exposition est Clément Chéroux, qui avait déjà collaboré à des expositions fort curieuses comme Le Troisième Oeil, la photographie et l'occulte, qui s'était tenue en 2004-2005 à la Maison Européenne de la Photographie à peu près dans le même quartier que l'Hôtel de Sully, à Paris (exposition sur la photographie de fantômes, d'esprits ou de matérialisations (ectoplasmes) venues soi-disant de l'au delà...). Il est également l'auteur d'un petit livre paru naguère chez Actes Sud sur la photographie chez Auguste Strindberg.

C'est dire l'intérêt de ce chercheur pour les formes bizarres de la création photographique. Plaçant son travail sur les cartes postales de l'époque 1900 sous les auspices d'une tendance récente de la réflexion sur la photographie qui "consiste à interroger [cette dernière] en fonction de son support de diffusion", Clément Chéroux profite de cette exposition pour montrer les relations très fortes qui unirent les créateurs souvent anonymes des photographies de cartes postales avec différents artistes d'avant-garde, comme les dadaïstes (Hannah Höch) ou les surréalistes, dont Paul Eluard. Le Musée de la Poste, il y a quelques années (en 1992-1993), avait déjà présenté, parmi d'autres collections de cartes postales, celle qu'avait amassées ce dernier entre 1929 et 1932 (voir le catalogue de l'expo "Regards très particuliers sur la carte postale", avec un texte de José Pierre sur la collection Eluard où il rapproche la passion des cartes postales de la recherche du poète qui devait l'amener à son anthologie poétique de 1942 où il mettait en parallèle ce qu'il appelait la "poésie intentionnelle" -la poésie des écrivains- avec la "poésie involontaire" -la poésie populaire ou de ready-made, les littératures orales, etc.).
La carte postale a été le premier support permettant de diffuser en masse la photographie vers un vaste public, il n'est pas étonnant d'apprendre que les surréalistes (notamment Georges Hugnet) songèrent à éditer leurs oeuvres et l'expression de leurs recherches sous forme de série de cartes postales. Ce qui nous enseigne que les surréalistes de l'époque furent soucieux d'organiser la diffusion de leur poétique d'une façon qui permettrait d'atteindre le grand public (sans passer par un diffuseur centralisé qui n'existait pas encore alors et dans une société du spectacle qui n'en était qu'à ses balbutiements).
L'exposition présente un certain nombre de cartes postales dites "fantaisie", genre choisi en raison de l'imagination dont elles faisaient preuve en recourant à de multiples techniques nécessaires pour permettre de tenir en haleine l'intérêt du public (un grand choix de ces dernières est proposé dans le très beau catalogue qu'il ne faut pas manquer d'acquérir). Elles sont regroupées en trois sections: les cartes postales produites par des éditeurs, celles produites par des studios photographiques (par exemple les fameux portraits de groupe dans des décors où les clients passaient la tête, voir la carte avec les têtes d'Eluard et de Breton ci-dessus...), et enfin les cartes produites par des amateurs, encouragés par l'industrie photographique de l'époque qui mettait à leur disposition des papiers au format cartes postales sur lesquels ils pouvaient coller leurs propres réalisations.
C'est ainsi qu'on peut découvrir toutes sortes de récréations visuelles, insolites souvent mais non dénuées parfois de vulgarité, ou d'un certain sentimentalisme, dérivant d'une culture de masse voguant au ras des pâquerettes (la facilité n'étant bien entendu pas toujours absente des goûts populaires, nos médias actuels l'ont compris depuis longtemps en surfant sur les plus petits communs dénominateurs de leurs différents publics). Cette vulgarité prend parfois des aspects humoristiques à interprétation immorale comme dans le cas de ce légume terriblement sexué où passe l'écho de l'esprit carnavalesque et rabelaisien.
On y aime aussi beaucoup les décapitations, le décapité portant son chef sur un plat ou au fond de son panier. Les dédoublements, les permutations entre les sexes, les disproportions, les déformations (bien avant les distorsions d'un Kertesz), les formes grotesques se font nombreuses aussi, parfois en écho à des traditions présentes dans l'imagerie populaire et le folklore depuis bien plus longtemps que l'invention de la photographie. Je pense à cet ensemble de trois cartes postales illustrant à l'évidence le thème du "Monde à l'envers" que les anciennes gravures sur bois avaient déjà passablement mis à l'honneur dans les siècles précédents, ou bien à ces cartes esthétiques traitant des proverbes ou des expressions populaires, relatives au "panier percé", aux "poires", au "rasoir", aux cornes (de cocus), etc.
Les photomontages y règnent en maîtres, bien avant John Heartfield et les dadaïstes ou surréalistes, prophétisant avant la date les inondations de Paris en 1910 et créant par des rapprochements hétéroclites (la mer aux pieds de la Tour Eiffel) une poésie du détournement et de l'utopie urbaine qui précède d'un demi-siècle les embellissements surréalistes ou situationnistes de Paris (par exemple).
21:00 Publié dans Art immédiat, Art populaire insolite, Images cachées, images délirantes?, Paris populaire ou insolite, Photographie, Poésie naturelle ou de hasard, paréidolies, Surréalisme | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : photographie insolite, cartes postales fantaisie, hôtel de sully, la photographie timbrée, clément chéroux, poésie naturelle, andré breton |
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Départ de Martha Grünenwaldt
J'ai appris grâce à l'animateur du blog sur l'art singulier, Frédéric Lux, la disparition à 97 ans de Martha Grünenwaldt. Elle eut longue vie, en dépit de nombreuses souffrances et difficultés (fille d'un musicien ambulant qu'elle accompagnait lors de ses tournées, elle fréquenta peu l'école, joua du violon aux terrasses des cafés pour nourrir ses trois enfants qu'elle dût élever seule après sa séparation avec son mari, puis fut domestique). Peut-être continuera-t-elle, désormais, à jouer du violon au ciel de notre mémoire en compagnie de l'accordéon de Pépé Vignes? Orchestre d'anges new look, avec pourquoi pas Pierre Jaïn à la batterie?
Il nous reste quelques documents sur elle (un petit film de Bruno Decharme par exemple, réalisé il y a peu de temps semble-t-il, peut être visionné sur le site de ce dernier), des quantités de dessins surtout (activité commencée en 1981), la plupart réalisés aux crayons de couleur et au feutre, ce dernier outil étant bienfragile hélas, comme on s'en convaincra avec le dessin ci-dessous, exécuté aux alentours de 1985, et qui a pâli...
Révélée par l'association Art en Marge de Bruxelles, elle fut souvent exposée chez eux (elle y eut une rétrospective en 2002 entre autres). L'Aracine aussi possède de nombreuses oeuvres d'elle (ainsi que le Musée de la Création Franche à Bègles), et il m'est déjà arrivé, en 1989 dans Artension (deuxième série), d'écrire au sujet d'une exposition Grünenwaldt organisée dans les locaux de l'Aracine à Neuilly-sur-Marne.
Martha Grünenwaldt utilisait tous les papiers qui lui tombaient sous la main, afin de satisfaire sa véritable compulsion de dessin. La femme, les animaux sont les sujets fréquents de ses dessins. Mais il y a aussi toute une efflorescence de motifs et d'ornements à la limite de l'abstraction, de l'informel, ambivalents comme dans une recherche de formes à la naissance (à la racine) de l'expression et de la mise en forme.
01:39 Publié dans Art Brut | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : martha grünenwaldt, art brut, art en marge, aracine, création franche, bruno decharme |
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28/03/2008
Théâtre et art brut aux Rencontres de la Villette
Du 16 au 27 avril prochain, dans le cadre des "Rencontres de la Villette", abcd s'implique dans un mixte d'exposition et de représentation théâtrale montée en collaboration avec les compagnies théâtrales de la Sybille et de l'Oiseau-Mouche. Titre: L'appartement. Voici le descriptif tel qu'il m'a été transmis en service de presse pour la journée du 17 avril ( il y aura des "déambulations théâtrales" tous les jeudi, vendredi, et samedi, à différents horaires ; les autres jours, on pourra voir l'exposition permanente d'art brut ainsi que les films réalisés par Bruno Decharme):
" 19h / 22h
Durée : 30m, au studio 1 (Grande Halle de la Villette, Paris 19e arrdt)
abcd (art brut connaissance et diffusion)
Cie La Sibylle - Cie de L’Oiseau-Mouche
L’appartement. (Exposition d'art brut et déambulations théâtrales)
Parmi les œuvres d’art brut de la collection abcd, les comédiens de Sylvie Reteuna déambulent et font résonner des textes de personnes internées dans des hôpitaux psychiatriques.
(Les spectateurs sont invités à visiter l’appartement où six colocataires en errance déambulent au rythme de leurs songes et des œuvres d’art brut qui peuplent leur univers. En décembre 2007, une lecture déambulatoire est présentée par Sylvie Reteuna et Bruno Decharme à la galerie abcd à Montreuil. Les Rencontres de la Villette leur ont proposé de développer cette collaboration qui met en résonance les oeuvres exposées et des textes. Les fragments de lettres, écrits ou « délires », dits par les acteurs, mais aussi la plupart des tableaux exposés sont l’oeuvre d’hommes et de femmes ayant connu l’enfermement psychiatrique. C’est aussi l’occasion pour les Rencontres de retrouver les comédiens de la Cie l’Oiseau-Mouche — déjà accueillie en 2001 avec Le Labyrinthe — qui participent avec d’autres acteurs à ce projet.)
Conception et réalisation: Bruno Decharme, Kate France, Sylvie Reteuna. Contacts : pour La Sibylle : Sylvie Reteuna - sylviereteuna@free.fr ,: Lydia Rozenberg - abcd@abcd-artbrut.org"
00:26 Publié dans Art Brut | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sylvie reteuna, abcd, bruno decharme, rencontres de la villette, art brut, écrits bruts |
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23/03/2008
Séraphin Enrico perdu et retrouvé, par Olivier Thiébaut (1995)
Avec plus de dix ans de retard, je publie sur ce blog alors qu'au départ elle était prévue pour le papier de mon bulletin L'Art Immédiat n°3 la contribution d'Olivier Thiébaut (datée de 1995) au sujet de Séraphin Enrico qui avait créé un environnement à St-Calais dans la Sarthe, des statues diverses et variées dont une Vénus portant l'inscription "la luna rossa" sur son fessier dénudé ... Inscription qui finit par être reprise par Thiébaut pour intituler le jardin qu'il a ouvert à Caen où il conserve un certain nombre de fragments d'environnements qu'il a préservés ou exhumés, à l'exemple du site d'Enrico. Ce jardin de la Luna Rossa à Caen est le deuxième exemple en France après la Fabuloserie et son parc d'environnements à Dicy dans l'Yonne de tentative de conservatoire des environnements spontanés, par nature éphémères et terriblements "immédiats".
Notons que le site de Séraphin Enrico avait d'abord été repéré par Francis David dans le catalogue Les Bricoleurs de l'Imaginaire, Inventaire pour une région (Musées de Laval, 1984). Olivier Thiébaut a, en 1996, publié un ensemble de textes sur ses découvertes, Bonjour aux promeneurs! aux éditions Alternatives, où il parle entre autres de Séraphin Enrico (son texte étant une variante, en outre un peu écourtée, de celui qu'il m'avait donné et que j'insère ci-dessous).
"Né le 3 juillet 1898 à Mougrando (Italie), Séraphin Enrico est issu d'un milieu modeste. Cimentier à l'âge de 14 ans, il découvre la rude épreuve du travail. En 1915, il est mobilisé dans les chasseurs alpins italiens.
La Grande Guerre lui fait subir les souffrances du froid: il a les mains gelées par la neige, et perd un doigt. Après la guerre, il décide de partir pour la France qui a besoin de main d'oeuvre dans le bâtiment.
Séraphin Enrico travaille sur plusieurs chantiers, à Grenoble et Chambéry, puis s'installe à Grand-Lucé dans la Sarthe. Il se marie quelque temps plus tard avec Virginie Vineis. En 1925, il déménage à Saint-Calais, et achète un terrain à la sortie du bourg, sur la route de Vibraye. Situé dans une petite vallée, le lieu est idéal pour y construire sa maison et son merveilleux jardin.
A partir de 1959, il entreprend la réalisation d'une propriété qui devient son "grand-oeuvre", une sorte de jardin d'Eden. Sculptures, bassins, fontaines, tonnelles, alcôves et souterrains agrémentent sa maison sur un terrain en espaliers dominant le cours de l'Anille. Pendant une vingtaine d'années, armé d'une simple brouette et de truelles, Séraphin Enrico construit un univers de rêve. Les ciments et mortiers colorés lui servent de matériaux de base. Son goût pour la sculpture et la peinture se traduit dans son travail par la réalisation de personnages et d'animaux peints qu'il installe dans des décors appropriés. La peinture florentine, le sport, la mythologie et les femmes en tenue "sexy" sont ses principales sources d'inspiration. Le caractère placide de Séraphin Enrico semble en contradiction avec ses oeuvres et sa réputation. Considéré souvent comme un farfelu et n'étant pas vraiment reconnu par les habitants de Saint-Calais, il met son imaginaire au service d'un autre public en inventant des aires de jeux pour les enfants.
Au milieu des années soixante, le jardin de Séraphin Enrico est un foisonnement de couleurs et de sculptures, c'est l'attraction locale où l'on peut lire "Entrée Libre": des centaines de familles viennent lui rendre visite. M. Mercier, son ancien voisin, se souvient: "L'oeuvre était de taille! Il y en avait partout, rangées en rangs d'oignon. On n'avait jamais vu ça, ce genre de chose. On se demandait d'où cela pouvait bien lui venir. C'était son pays, son petit coin de paradis où il s'exprimait, car il était plutôt discret, le père Enrico, et pas toujours très commode! Il avait du caractère. Son goût pour la décoration ne le quittait pas. Tous les soirs, il travaillait à faire ses bonnes femmes, quand il s'y mettait, on ne pouvait plus l'arrêter. Même à son travail, ses employeurs lui reprochaient de faire un peu trop de décorations ou de fioritures inutiles dans les chantiers. C'est surtout avec les enfants qu'il s'entendait, c'était spontané avec eux! Certains parents n'aimaient pas trop d'ailleurs laisser traîner leurs enfants, ils le prenaient pour un satyre, en voyant certaines de ses oeuvres. C'était un drôle de bonhomme, le père Enrico, et il avait ses idées à lui! Je me souviens qu'il avait fait une vache et plusieurs bonnes femmes qui avaient un système de rigole dans le dos, ça récupérait l'eau quand il pleuvait et elle sortait par le zizi. Il avait aussi creusé des souterrains dans son jardin qui partaient d'en bas et remontaient jusque sous sa maison, il voulait même traverser la route. Mais on a dû l'arrêter, parce qu'on a retrouvé un jour sa femme qui étendait le linge, enterrée jusqu'à la poitrine. Ca s'était effondré! Il avait fait aussi des choses en hauteur avec des personnages montés les uns sur les autres, mais ça c'était du solide! M.Enrico connaissait bien le ciment. Quand il a dû partir, il a tout abandonné, le pauvre, ça a été certainement très dur pour lui. C'est triste à dire, mais je me souviens qu'ils en ont mis du temps pour tout enlever, c'était du béton armé extrêmement dur!"
Jusqu'en 1972, Séraphin Enrico va travailler inlassablement à son jardin, dépensant toute son énergie et tous ses revenus dans sa réalisation. Sans argent, il va continuer ses travaux en fabriquant alors lui-même son ciment avec les pierres de la rivière qu'il réduit en poudre. A 74 ans, il quitte la région contre son gré, pour aller finir ses jours avec sa famille à Divonne-les-Bains dans l'Ain. C'est dans cette nouvelle maison qu'il a réalisé ses dernières sculptures, décidé à recommencer malgré son âge, encore et encore!
Séraphin Enrico meurt en 1989, laissant derrière lui une oeuvre méconnue.
La méconnaissance de cet ensemble unique et son isolement "culturel" ont certainement contribué à sa disparition. Aujourd'hui [en 1995] la municipalité de Saint-Calais semble n'en avoir gardé aucune trace, malgré le reportage télévisé diffusé en 1973 (un documentaire sur la destruction du jardin malheureusement perdu ou égaré). Depuis cette époque, les oeuvres de Séraphin Enrico dorment sous une épaisse couche de terre.
En mai 1995, grâce au témoignage de M.Justin Stern, et grâce à de vieilles photographies conservées par les voisins, nous retrouvons l'emplacement d'une ancienne mare où quelques sculptures ont été enfouies.
La tentation est trop forte! Une fouille est entreprise pour la découverte du travail de Séraphin Enrico et pour le plaisir des yeux. Pendant une dizaine de jours, nous creusons dans l'ancienne mare. Une multitude de fragments sont mis au jour, et à notre grande surprise, peinture et ciment n'ont pas été altérés: écritures et dessins apparaissent comme un livre ouvert dans le sol.
Certaines de ces sculptures devaient atteindre trois mètres de haut et sont recouvertes de petites phrases ou devises italiennes (Il giro del lago; Pane, pace, Amore, Libertà; Santa Maria; Vénus; La luna rossa; Spectaccolo del natura; la petto materne; Pittura Fiorentino; Sono libera!...). La facture et l'originalité des pièces révèlent la grande inventivité de leur auteur: ciments polis, cheveux en mortier colorés, incrustations d'objets, systèmes hydrauliques. Baigneurs, Vénus, madones et créatures aux profils asiatiques vont pouvoir à nouveau contempler le ciel, sous l'aile tendre des "séraphins".
OLIVIER THIEBAUT, 1995."
(Tous les documents ici mis en ligne et confiés à moi en 1995 appartiennent à Olivier Thiébaut)
15:44 Publié dans Art Brut, Art naïf, Environnements populaires spontanés | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : séraphin enrico, olivier thiébaut, francis david, environnements spontanés, bricoleurs de l'imaginaire |
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22/03/2008
Olivier Thiébaut, archéologue des inspirés, expose à Lisieux
J'ai trouvé sur le blog de Pascale Herman, "les Inspirés des Bords de Routes" (note du 17 mars 08), cette information: Olivier Thiébaut expose ses boîtes d'objets trouvés et réassemblés en poétiques compositions à la Médiathèque de Lisieux durant ce mois de mars (plus beaucoup de temps pour y aller...).
Olivier Thiébaut n'est en effet pas seulement l'archéologue des inspirés environnementaux dont on a enterré les sites après leur mort (il exhumait à une époque, dans les années 90, ce qui restait enfoui, enterré, refoulé sous terre par les familles ou les nouveaux habitants ; il en a recueilli plusieurs fragments dans son Jardin de la Luna Rossa, rue Damozanne à Caen (ouvert le dimanche d'avril à septembre), comme on le sait déjà peut-être. Il est aussi un plasticien qui possède un solide sens de l'assemblage, visant à mettre en scène les menus objets qu'il récupère dans cette autre grande casse de l'exhumation qu'est le vide-grenier ou la chine des biffins.
Cela m'a rappelé un texte et des photos qu'il m'avait transmis aux fins d'être publiés dans le n°3 de mon Art Immédiat en 1995, numéro qui ne parut finalement jamais. Pourquoi dès lors ne pas les publier à présent, même avec du retard, sur ce Poignard qui est le prolongement naturel à dix ans de distance de mon défunt fanzine? Aussitôt dit, et presque aussitôt fait...
11:49 Publié dans Art singulier | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : olivier thiébaut |
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20/03/2008
Y.A.Gil, les dessins venus d'ailleurs
Le blog a ceci de bon qu'on peut y faire des rencontres tout à fait intriguantes, en l'occurrence avec un artiste de la région de Nîmes, Y.A. Gil, qui en venant me parler de la maison d'éditions et site web qui l'héberge lui et toute une flopée d'autres artistes m'a aussi révélé, en marge de ses nombreuses activités (performances, sculpture, collages et cinéma), des dessins tout à fait remarquables.
Réalisés au stylo, ils sont nés cette année 2008, au nombre d'une cinquantaine pour le moment, après une éclipse où leur auteur s'était davantage exercé aux activités ci-dessus mentionnées. Bien sûr il est loisible d'y retrouver des influences graphiques diverses et variées, mais je préfère m'attacher à leur timbre personnel, à un certain goût du bizarre, de l'irréel volontairement assumé, tel que l'illustre cette phrase citée par un ami de Gil, Eric Garnier (auteur par ailleurs d'un Cabinet d'Eroscopie délectable, voir le site Venus d'aileurs), phrase dûe à Paul Valéry: "Que serions-nous donc sans le secours de ce qui n'existe pas?".
Ces dessins sont de format 35 x 22 cm. Une douzaine d'entre eux ont été reproduits en format A5 dans un carnet édité en fac-similé imitant les carnets de dessin à spirale. Voir ici la page du site qui en montre la couverture.
Le groupe d'artistes auquel appartient Y.A.Gil édite une revue qui édite fort soigneusement apparemment, une fois par trimestre, une déclinaison de trois "livrets", le premier étant un ouvrage à système fait à plusieurs, le deuxième se consacrant à un artiste ou à un écrivain, le troisième se vouant à une réédition d'un ouvrage court "méconnu ou à redécouvrir" (William Blake, Hakim Bey par exemple...). Le n°5 de la revue devrait sortir en mai, un dépôt serait prévu à la librairie du Palais de Tokyo et une présentation aura peut-être lieu à l'Ecole des Beaux-Arts... Mais une information plus précise viendra ultérieurement.
Affaire à suivre donc...
23:42 Publié dans Art inclassable, Art moderne ou contemporain acceptable, Art singulier | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : y.a.gil, venus d'ailleurs, dessins insolites |
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18/03/2008
Marilena Pelosi expose chez Dettinger
"Des prisonnières, mais cette fois-ci pas forcément volontaires, il y en a dans le petit théâtre de Marilena Pelosi, cette créatrice d’origine brésilienne qui paraît se souvenir des gravures naïves de la littérature de cordel, où derrière l’apparente simplicité des images se cachent des ambiguïtés inquiétantes…
Il y a dans son théâtre des femmes nues bizarrement bâillonnées (on dirait qu’on leur a passé le mors), allongées comme si elles étaient au bronzage, leurs bouches entravées et comme ensanglantées. Des femmes qui portent sur leurs ventres un haricot géant, symbole matriciel féminin, ligaturé avec des cheveux, ces derniers étant souvent perçus comme des liens, ce terme étant à prendre dans le sens de ligatures mais aussi, simultanément, dans le sens de "relations" (comme on l’emploie dans le jargon informatique). Des femmes qui parfois doivent lutter contre leurs destins comme si ces derniers étaient des arceaux qui cernaient leurs corps et dont elles ne pourraient se défaire (prémonition du sinistre bracelet électronique?). Des femmes torturant d’autres femmes en leur faisant miroiter des parures, secrètes armes inventées par la société de consommation pour enchaîner tout un chacun devant le miroir aux alouettes de la marchandise. Plus généralement des femmes, voire des enfants, qui se tiennent sous la coupe de personnages plus grands qui paraissent vouloir leur faire de l’ombre, quand ils ne saignent pas tout simplement sur eux… Décidément un curieux théâtre, un doux et fragile théâtre dessiné aux crayons de couleur de l’enfance, sur papier calque parfois (théâtre faussement transparent) qui nous parle de torture et qui dénonce en même temps."
Cet extrait (légèrement remanié) provient d'un texte plus ample, intitulé L'Enfer me ment qui n'a été publié que de façon partielle par les organisateurs du 9ème festival d'Art Singulier d'Aubagne en 2006. Il devait figurer dans le catalogue de l'exposition en regard des seize créateurs que l'on m'avait proposé de présenter dans une salle qui était à ma discrétion (j'y reviendrai). Ce passage consacré à Marilena Pelosi se concentrait sur le thème de "l'enfermement" qui était le fil rouge du festival.
Pour autant, le travail de cette créatrice ne se réduit pas à ce thème.
On s'en instruira en se rendant à l'exposition de dessins de Marilena qui ouvrira bientôt ses portes, du 21 mars au 19 avril prochains, à la galerie Dettinger-Mayer, au 4, place Gailleton dans la Presqu'Ile à Lyon (http://www.galerie-dettinger-mayer.com/expositions.htm).
00:35 Publié dans Art singulier | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marilena pelosi, art singulier, galerie alain dettinger |
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15/03/2008
La note bleue
16:58 Publié dans Poésie naturelle ou de hasard, paréidolies | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poésie naturelle, jazz |
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09/03/2008
Touslas, tout passe, tout casse? Que non pas!
Note dédiée à Emmanuel Boussuge et à Jean Branciard
Voici quelque temps déjà que mon jeune camarade Emmanuel Boussuge m'a glissé malicieusement sous les yeux une carte postale ancienne relative à un "monument aux morts", bricolé de façon naïve, situé à Saint-Jean-de-Touslas dans le département du Rhône.
Monument aux morts en mosaïque et en rocaille, auteur abbé Pierre Cognet, vers 1919, carte postale d'époque, coll. Emmanuel Boussuge
On se dit devant ces fragiles, quoiqu'évocatrices ô combien, traces de sites bâtis ou confectionnés par des autodidactes, dans un premier temps, que ces lieux n'appartiennent qu'au passé. Tant ce petit bout de papier jauni par le temps, par son côté hors d'âge, semble devoir enfermer son sujet dans une île spatio-temporelle à jamais isolé de nous, de notre présent. Or, il ne faut pas hésiter à interroger la possiblilté que ce lieu ait pu franchir le temps à travers une passerelle protégée.
Je n'ai donc pas trop traîné avec le monument aux morts de Saint-Jean-de-Touslas. Depuis quelque temps, j'ai une connaissance dans la région lyonnaise, que les lecteurs de ce blog ont du reste rencontré en même temps que moi puisqu'il s'y est manifesté par un commentaire évoquant son oeuvre toute en assemblages forts et poétiques (que j'aurai bientôt l'occasion de présenter plus copieusement), j'ai nommé Jean Branciard. Plus besoin de se déplacer pour vérifier les lieux, je propose l'affaire à celui qui est le plus près dans la région,à savoir lui. Cela l'intéresse. Il se rend sur place, et il ramène de précieuses informations, que je vous livre à présent.
Le monument existe toujours, sur la place du village, à l'encoignure de deux maisons (il est d'une taille beaucoup plus grande que sur la carte postale). Il est en bon état, on veille sur lui, l'auteur s'appelle l'abbé Cognet, qui a été curé à St-Jean de 1903 à 1932 (comme cela est signalé sur le site du Pays Mornantais). Il a bénéficié des bons soins d'un autre curé, le père Braichet, lui-même sculpteur, décédé voici une dizaine d'années, qui entretint les décors en mosaïque de l'abbé Cognet et qui y ajouta en de petis endroits ses propres oeuvres (voir les petites sculptures dans une niche au bas de la photo du monument actuel).
Le monument aux morts, état actuel (on rélève en inscriptions les mots "Bonjour, Amitiés" sur la partie inférieure du monument, partie qui correspond à la photo de la carte postale ancienne ; il est possible que ce monument ait été continué après la photo de la carte postale, voir l'auvent en tuiles...), photo Jean Branciard, février 2008
Le site du Pays Mornantais indique que l'abbé Pierre Cognet a créé ses mosaïques entre 1905 et 1925. Il paraît s'être exercé sur trois zones principales dans l'espace de son village de St-Jean-de-Touslas: le monument aux morts, les murs extérieurs de la sacristie, cette dernière étant accollée à l'église du village, et enfin certains murs et corridors du presbytère, où ses interventions paraissent plus timides.


Sur les murs de la sacristie, il s'est amusé à représenter les différents châteaux de sa région dont il a incrusté les reproductions en mosaïque au milieu de compositions décoratives. Son monument aux morts, qui me paraît de tous ses décors le plus frais et le plus primesautier, reproduit les noms des six soldats de la commune morts à la Grande Guerre. Il est à souligner qu'il s'agit là d'un des rares monuments aux morts en France dûs à une initiative individuelle, de plus dans l'espace public. Un autre monument aux morts de style nettement plus pompier fut réalisé en 1929 à quelques distances de celui de l'abbé, la différence d'allure et de caractère des deux monuments saute aux yeux, selon ce qu'en m'en dit mon correspondant. L'existence de ces décors et leur préservation ont bien sûr été favorisés par le fait que leurs auteurs étaient des ecclésiastiques, et donc en tant que tels, personnalités généralement autorisées par la communauté des ouailles, les critiques ne venant généralement dans ce cas que de leur propre hiérarchie (comme ce fut le cas pour l'abbé Paysant avec son Eglise Vivante et Parlante de Ménil-Gondouin dans l'Orne, dont on sait que les interventions et le musée furent anéantis après sa mort, vers 1920, avant de réapparaître ces dernières années et d'être restaurés).
Intérieur du jardin du presbytère à St-Jean-de-Touslas, mosaïques de l'abbé Cognet; cet endroit conserve aussi des objets d'artisanat et de traditions populaires ; photo Jean Branciard, 2008
14:09 Publié dans Environnements populaires spontanés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : abbé cognet, saint-jean-de-touslas, jean branciard, emmanuel boussuge, environnements spontanés |
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07/03/2008
Le géant Isoré
Je commence une nouvelle catégorie (c'est bon d'ouvrir toutes ces fenêtres, tant qu'on ne rétablit pas l'impôt dessus) sur le Paris populaire ou insolite. Difficile de trouver des environnements singuliers à Paris, les inspirés vivent au bord des routes et semble-t-il pas des rues. La pression sociale étant peut-être plus grande, ceci explique peut-être cela. Que diraient les voisins?
On habite les grandes villes où l'anonymat est souvent la règle, même si cela peut changer depuis quelque temps avec toutes ces fêtes de quartier et de voisinage où les habitants essayent de remettre de la convivialité au sein d'une froideur générale. Cela est parfois rendu possible par la persistance d'un caractère de "village" dans de nombreux quartiers de Paris (la Butte aux Cailles, Belleville, Ménilmontant, Montmartre...). Ce n'est pas pour autant qu'on rencontre beaucoup de sites bizarres en ces lieux. Ce qui existe se déploie de façon très marginale, soit naïvement (très rare), soit de façon à la limite du pathologique, comme une manifestation de grande dépression. Je donnerai quelques exemples dans les semaines qui viendront.
Me baladant récemment avec des amis dans le 14e arrondissement (j'allais photographier le Plancher de Jeannot devant Ste-Anne, qui en dépit de sa calamiteuse présentation, se trouve tout de même être devenu une création brute en plein air dans la rue parisienne, rue Cabanis exactement, voir ma note du 5 août 2007 ), ces derniers m'emmenèrent voir le géant Isoré qu'une artiste (nommée Corinne Béoust), avec l'appui d'un groupe enseignant et celui des conseils de quartier, a installé avec l'accord des autorités sur le mur d'une école maternelle donnant sur l'angle de la rue de la Tombe-Issoire et de la rue d'Alésia (cette installation a bien entendu engendré de nombreuses réactions de colère de la part d'esprits conventionnels se croyant les défenseurs du sacro-saint "bon goût").

Ce géant est inspiré d'une ancienne légende assez obscure relative au passé et à la géographie de ce coin de Paris. Le nom Isoré serait à l'origine du mot Issoire, ce dernier étant aussi associé parfois à la ville du même nom dans le Puy-de-Dôme. La légende parle d'une ancienne tombe, d'un menhir christianisé, de Sarrasins venus attaquer Paris, de géant gaulois. D'autres sources avancent qu'il s'agissait d'un fief où se trouvait la tombe d'un brigand appelé Issouard, bref, on peut se perdre allègrement dans les hypothèses et vaticiner tout à plaisir autour de ce colosse. L'essentiel étant qu'en l'occurrence une artiste ait pu installer cette statue aux proportions considérables en pleine rue, et dans une position qui la rend très surprenante. Et que cela ait fait jaser, notamment autour d'une légende locale enracinée dans l'histoire du quartier, cela peut participer d'une réappropriation collective du folklore oublié de ce coin de territoire parisien.
13:21 Publié dans Paris populaire ou insolite | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : isoré, rue de la tombe-issoire, paris insolite |
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05/03/2008
Les noirs dessins de Béatrice Soulié
Du 13 mars au 12 avril se tient une exposition de dessins, en noir et blanc donc, rassemblant chez Béatrice Soulié (sa galerie se trouve au 21, rue Guénégaud, 75006 Paris) les oeuvres de six créateurs dont Isabelle Jarousse, Joël Lorand, Louis Pons et Ruzena (les deux autres étant Bernard Pruvost et Denis Pouppeville).
Isabelle Jarousse est connue pour ses dessins touffus sur papiers fabriqués par elle où s'emmêlent au sein d'une jungle inextricable nombre de personnages humains, souvent nus, avec des animaux .
Ruzena a un univers qui lui est proche, là aussi comme une jungle, mais une jungle pour chutes d'anges rebelles, dessin raffiné qui dialogue parfois avec le collage incrusté au milieu des compositions. Ci-dessous, je montre un de ses tout premiers dessins, vu à sa première exposition au Musée de la Création Franche à Bègles en 2001, on y décèle comme une réminiscence de visions graphiques provenant du monde expressionniste d'Europe Centrale (la grand-mère de Ruzena est comme par hasard tchèque).

Joël Lorand fait un parcours assez fulgurant. On me signale que ces jours-ci serait paru un article sur lui dans la revue Cimaise. Consécration? En tout cas, il s'agit là aussi de mondes touffus, à l'image du ressenti de notre époque sans doute. Un monde plus tourmenté encore que les deux imaginaires précédemment évoqués. Je n'ai pas de reproductions en noir et blanc sous la main, et je préfère cette image-là...

...datant d'une époque picturale déjà dépassée, mais pour laquelle j'ai gardé un faible, sans doute parce qu'y subsistait encore une certaine naïveté moins présente par la suite.
17:23 Publié dans Art singulier | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : jarousse, joël lorand, ruzena, louis pons, galerie béatrice soulié, noirs dessins |
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04/03/2008
Un sciapode chez MAX T.
Mon ami Max T. (voir notes précédentes de février) m'a fait plaisir en nourrissant ma déraisonnable obsession pour les sciapodes. Il m'en a concocté un tout emberlificoté, ficelé comme une paupiette. Avec une inquiétude à la clé, où placer l'orteil d'un tel individu à pied unique? Voici le résultat:

15:35 Publié dans Art singulier, Sciapodes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sciapode, art singulier |
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03/03/2008
Diablotin de mèche
Au centre de la flamme se tient un diable. Il patiente. Il n'a pas tout son temps pourtant. Il se consume, il devrait disparaître dans les heures qui suivent. Mais le voilà raide comme un piquet, comme une bouffarde au coin de la bouche. Aussi fugace qu'un nuage. Et autour de lui, une danse d'anges en cire fondue qui esquisse une ronde...

13:04 Publié dans Photographie, Poésie naturelle ou de hasard, paréidolies | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie naturelle |
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02/03/2008
Amis des chevilles qui enflent, amis des grosses têtes, bonsoir
Aperçue ces derniers jours dans le métro parisien, cette affiche publicitaire pour une entreprise qui fabrique des poêles... Le moins qu'on puisse dire, c'est que son PDG ne se sent plus, ni de son plumage ni de son ramage.
"Détermination d'un homme", "éthique", "talent" de ses 280 employés (parce qu'il faut bien les citer tout de même un peu ces sous-fifres), autant de termes ronflants qui éclatent sous les yeux des voyageurs du souterrain. Je reste pour ma part éberlué devant l'allure du plus pur style m'as-tu-vu du PDG qui n'a pas craint de se représenter sur l'affiche, des "poêles plein la tête", et surtout des poils plein la tête, car l'homme a une sacrée allure, on dirait une sorte de vedette trash de la couture, mâtinée d'une vedette du rock'n roll aux goûts plutôt kitsch (magnifique veste aux revers fourrés dirait-on...), sorte de punk repenti.

Les chefs d'entreprise ont le vent en poupe. Ils ne craignent plus de réclamer à leur tour quinze minutes, voire plus, de gloire sous les sunlights. Jean-Pierre Dupire, qu'il s'appelle...
Moi, j'avoue que je préfère du meilleur.
22:50 Publié dans Inscriptions mémorables ou drôlatiques, Noms ou lieux prédestinants | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : m'as-tu-vu, inscriptions drôlatiques, noms prédestinants |
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27/02/2008
Naissance de MAX T.
Évoluant depuis quelques années déjà au sein des vieux loups de brocantes, individus fréquemment partagés entre antiquaires classieux mais calculateurs, maramians presque enguenillés, alcooliques cachant mal leur vice sous les oripeaux d'un métier proche de la bohème sans en être tout à fait, grands enfants maquillés en excentriques boulimiques, rustres et autres montreurs d'ours aux griffes élimées, faux aristocrates créchant en baraque, bourrus sauvés des eaux, moustaches déguisées en conquistadors à la retraite, Max T. est un cas à part.
Il trafique comme les autres, vend de l'art populaire, aime les vieux outils, le fer particulièrement. Il s'est mis à retaper les objets un peu trop abîmés selon son goût, et petit à petit devient restaurateur sans s'en apercevoir. Dès lors, il a mis la main dans l'engrenage. Il crée des oeuvres à ses moments perdus, une "patte" enfantine s'y laissant reconnaître.

Au début, il n'en laisse rien paraître, il sème dans le décor de sa vie quotidienne ses créations au milieu des autres objets chinés en brocante parmi ses congénères brocs, le plus souvent des objets qui n'ont plus d'auteurs avérés. L'anonymat baigne son capharnaüm. Pourquoi pas ses propres réalisations? Je m'y laisse prendre, un jour je photographie un jouet-acrobate jaune le prenant pour un frais et naïf témoignage d'art populaire (voir ma note du 25 juin 2007), alors qu'il semble être sorti tout droit des mains du Max, ce dernier ne le reconnaissant pas tout à fait, à mots couverts seulement (peu amateur d'explicite, le bougre)...

Pourquoi n'avoue-t-il pas qu'il en est l'auteur? Par manque de confiance? Par désir de se mesurer à la poésie des objets populaires naïfs, et donc au rebours de l'hypothèse de la timidité, c'est par fierté qu'il agirait ainsi...? La réponse ne vient pas. Il vous regarde de ses yeux cernés, il roule sa vieille clope dégueulasse, l'allume puis tire dessus, laisse le silence répondre à sa place. Et laisse aussi le photographe tirer quelques portraits des dessins, des assemblages, des sculptures en fil...
Max T., sans titre sans date, assemblage de matériaux divers (la tête est faite des tessons d'un pot qui au départ était intact ; en se brisant, les tessons ont donné un air affaissé original à la tête, la ficelle est venue pour tenir le tout sans doute), photo B.M. 2008
Max T. dessin au stylo sur la couverture d'un cahier, sans titre sans date, photo B.M. 2008
Il préfère le secret, rester en retrait. Il vit en Normandie avec sa femme et ses deux enfants. Il se délasse avec ces petites créations, Dieu sait où ça le ménera.
Max T., dessin sans titre sans date, stylo, photo B.M. 2008
22:55 Publié dans Art singulier | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : max t., art singulier |
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24/02/2008
Trolls dans le ciel
Votre "art immédiat" n'est pas si immédiat que cela, ne serait-ce qu'au point de vue de sa réception, me suis-je entendu rétorquer de temps à autre. Effectivement, et ce pour des raisons d'inhibition et de mauvaise disposition de ceux qui pourraient le reconnaître lorsqu'il se produit (et selon moi, la poésie immédiate est partout à tout moment), au premier rang desquelles je place la nécessité de gagner (perdre) sa vie, de travailler et de survivre dans une société basée sur les sacro-saintes valeurs de profit, de compétition... Abrutis par le boulot et les contraintes qui en découlent, les individus ont le regard voilé, voire aveuglé, et dés lors ne sont pas en état de percevoir la poésie ou le mystère du monde qui les entoure, et encore moins de jouer avec cette poésie, de créer dans sa perspective. Le temps de la retraite est infiniment plus propice à cela, les inspirés du bord de route en sont des exemples patents, de même que les internés des hôpitaux psychiatriques lorsque les médicaments ne les ont pas transformés en légumes, ou lorsque les animateurs d'ateliers d'art-thérapie leur ont laissé la liberté de s'exprimer hors de toute tutelle...
Tous les jours au-dessus de nos têtes passent les nuages, les merveilleux nuages chers à Baudelaire (c'est presque devenu un truisme égal à "l'inventaire" de Jacques Prévert sous la plume des journalistes culturels). Ils ne sont pas tous parlant. En voici une grappe, photographiée au-dessus de la Planèze de St-Flour l'été 2007 dernier. Je l'avais prise au vol, ayant perçu vaguement une présence dans ces nuages. J'étais en vacances aussi, autre temps de suspens propice aux visions...

En la renversant, cette cascade de Chantilly, en accentuant les contrastes aussi bien sûr (il faut bien lutter contre notre fatigue d'homme réifié par le travail), voici que se révèlent les trolls, les trognes et les bestiaux humanoïdes qui se bousculent en elle.

Et dés lors j'insiste, je me rapproche de ces têtes brutes, le paysage recule dessous, les formes qui surgissent dans mes peintures sont là dans le ciel, bien plus vivantes, et dans la seconde qui suit sur le point de s'évanouir, de se métamorphoser, oracles dans le ciel, bouleversant ma situation et mon organisation, ma place dans cette société qui ne s'attarde jamais dans la contemplation des nuages.
13:03 Publié dans Art immédiat, Poésie naturelle ou de hasard, paréidolies | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Poésie naturelle ou de hasard, Nuages, Planèze de St-Flour, Art immédiat |
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22/02/2008
Disparition de Ruth Henry
J'ai appris très subrepticement, dans une "Lettre du Musée" de Laduz envoyée aux amis du musée, sous la plume de Jacqueline Humbert la disparition de Ruth Henry.
Allemande, elle vivait à Paris depuis longtemps, ancienne épouse du dessinateur humoristique surréaliste Maurice Henry, correspondante de presse en France. Elle était surtout la grande introductrice de l'oeuvre d'Unica Zürn dans notre pays. C'est à elle que l'on doit la traduction des deux principaux livres d'Unica, L'Homme-Jasmin" et "Sombre Printemps". Récemment, elle avait également publié les Lettres que lui avait envoyées cette extraordinaire voyante qu'était Unica Zürn (publiées malheureusement à un trop faible nombre d'exemplaires). On l'entend lire la présentation de cette correspondance sur le site du Centre international de Poésie de Marseille.
Peut-être ne s'en est-on pas encore totalement aperçu en France, mais c'est aussi au style de Ruth Henry que l'on doit la révélation des écrits d'Unica. Par la grâce de la traduction, sa voix est indissolublement liée à celle d'une Zürn plus tout à fait "unique-a". De cette passeuse précieuse, il est bon que l'on se souvienne aussi.
00:45 Publié dans Hommages | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Ruth Henry, Unica Zürn, Musée rural des arts populaires de Laduz |
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17/02/2008
A la découverte d'Axel Henrichsen avec Jean Painlevé (1956)
J'ai parlé naguère de Jacques Brunius dont la vie et l'oeuvre me fascinent. Dans son film génial sur les créateurs de violons d'Ingres en tous genres, daté de 1939, premier documentaire sur l'art populaire et brut (avant la lettre pour ce dernier terme) en Europe (et on peut bien l'oser: au monde...), apparaissait de façon fugitive un autre cinéaste poétique et tout aussi génial, cousin en esprit de Brunius, j'ai nommé Jean Painlevé.

Né en 1902 et disparu en 1989 (pour sa biographie, on peut se reporter utilement à cette notice dûe à Brigitte Berg qui anime aujourd'hui les Documents Cinématographiques, garants de la mémoire de Jean Painlevé), ce dernier est surtout connu comme le pionnier d'un cinéma scientifique de vulgarisation, ce dernier terme n'étant bien entendu pas à prendre dans un sens dépréciatif, puisque Painlevé songeait par là à la facilitation de la diffusion du savoir scientifique vers le grand public (pour ne pas dire le public populaire). Pour ce faire, il ne s'interdit jamais d'user de l'humour, de la poésie et de la fantaisie dans ses documentaires concis, où la musique, par exemple le jazz de style "jungle" dans son film Assassins d'eau douce sur la prédation en milieu aquatique, est parfois amenée à jouer un grand rôle créant des décalages amusants. Painlevé ne dédaigne pas non plus d'employer un regard parfois fortement anthropomorphiste, attitude qui après des décennies d'éteignoir sous prétexte de recherche d'objectivité reprend de la faveur ici ou là (par exemple dans la littérature jeunesse documentaire). Elle lui fut reprochée, comme l'a souligné Brigitte Berg (voir lien ci-dessus), mais Painlevé balayait l'argument en disant ceci par exemple: "Tout est matière à l'anthropomorphie la plus saugrenue, tout a été fait pour l'homme et à l'image de l'homme et ne s'explique qu'en fonction de l'homme sinon " ça ne sert à rien " ".
Son oeuvre, qui nous revient aujourd'hui à la faveur de sa réédition sous forme de DVD, grâce aux Documents Cinématographiques (société de production fondée par Jean Painlevé en 1930), n'a pas pris une ride, et a gardé toute sa fraîcheur. A la parcourir, on s'aperçoit aisément qu'elle a influencé des générations de documentaristes spécialisés dans l'évocation de la nature (je pense notamment à l'excellente série sur les "Inventions de la vie" de Jean-Pierre Cuny). Jusqu'à présent, trois DVD sont sortis, contenant bien entendu les documentaires animaliers et scientifiques qui ont fait la renommée de Painlevé (beaucoup étant en rapport avec le monde sous-marin, avant les films de Cousteau), mais aussi certains courts-métrages plus expérimentaux comme Mathusalem (1927), ensemble de cinq séquences (où joue Antonin Artaud)
initialement prévues pour une pièce de théâtre d'Ivan Goll (avec qui Jean Painlevé, entre parenthèses, collabora pour le n°1 de la revue Surréalisme, revendiquant ce vocable inventé par Apollinaire de façon différente de celle revendiquée par les jeunes André Breton, Philippe Soupault, Aragon, etc. ; à noter que Painlevé resta à l'écart du surréalisme bretonien, même s'il entretenait de bons rapports avec certains de ses membres, apparemment selon Brigitte Berg pour des divergences de vue sur l'importance de la musique). On trouve aussi dans ces trois compilations, un film d'animation extraordinaire avec des personnages en pâte à modeler, Barbe-Bleue (adaptation de 1937 du célèbre conte de Perrault), dont la technique devance de très loin les films des studios Aardman (Wallace et Gromit).
Et puis, on y trouve aussi (DVD n°3, édité en 2007, double DVD), un film qui nous regarde davantage, quant à la thématique plus particulière de ce blog, à savoir LE MONDE ETRANGE D'AXEL HENRICHSEN qui date de 1956. Oui, Jean Painlevé s'est aussi intéressé à l'art des autodidactes, et grâce à ce film peut figurer dans ce segment du documentaire artistique qui concerne l'art brut,
naïf, populaire, où vient en tête Violons d'Ingres de Jacques Brunius (1939), et où figurent aussi le Palais Idéal d'Ado Kyrou (1958), puis Le Facteur Cheval, "Où le songe devient la réalité" de Claude et Clovis Prévost (1980), films que l'on a eu la chance de voir projetés à Nice dans les programmations de l'Association Hors-Champ (qui projette pour bientôt la publication d'un petit ouvrage sur sa programmation et cette filmographie à part).
J'ai découvert ce film à la fin des années 80 à une rétrospective des films de Painlevé qui avait lieu au cinéma Le République. Painlevé était là et présentait les films. Sur Axel Henrichsen, il se plaignit de ce qu'il n'ait jamais enregistré aucune réaction à son sujet. J'étouffai au fond de mon fauteuil, en moi une voix criait, mais comment donc, votre film est pourtant absolument magnifique, en outre il révèle un créateur que le corpus de l'art brut ou autodidacte n'a jamais retenu. Je m'étais alors juré de trouver un jour un espace où parler de ce film et de ce créateur.
"Une famille près de Copenhague créait par des moyens très personnels des formes du vivant avec des matériaux variés. L'un d'eux, forgeron, utilisait aussi bien du bois que des détritus végétaux ou animaux (il possédait un grand jardin où régnait sa femme avec de magnifiques plantes et fleurs diverses...).
J'en filmais une "actualité" qui, comme quelques autres d'entre elles, n'intéresse personne... C'était en vue de susciter chez les gosses des imitations du même ordre, de fabrication peu coûteuse... (...) Les distributeurs qui connaissaient le genre de mes films, méprisèrent celui-ci en décrétant qu'il n'offrait aucun intérêt. Je l'avais fait en deux jours, un d'été et un d'hiver." (extrait du catalogue "Jean Painlevé" édité en 1991 par Les Documents Cinématographiques).
Axel Henrichsen, comme le dit Painlevé faisait partie d'une famille qui aimait se récréer grâce à divers techniques artistiques. Le film montre au début du reste quelques peintures dûes à ses proches, que l'on trouvera à juste titre assez conventionnelles. C'est Axel qui fabrique des oeuvres vraiment plus originales à partir de racines dans un premier temps (à partir de 1942 semble-t-il, "son pied ayant heurté une racine" -phrase qui fait penser fortement à la première pierre trouvée par Ferdinand Cheval) puis avec des os de boucherie ensuite (os que lui ramènent ses chats et les renards qui rôdent autour de sa maison, on les voit dans le film). Et ces oeuvres pourraient tout à fait à mon sens relever de l'art brut tant elles figurent des personnages grotesques et drôlatiques faisant parfois songer à des diables de cathédrales ou à des extra-terrestres, en tout cas assez peu en référence à la vision convenue de la réalité.
On aimerait fortement savoir ce qu'est devenue l'oeuvre de ce monsieur au Danemark. L'exposition "Gars du nord" organisée en 1988 à la Maison du Danemark, consacrée en partie à l'art populaire du Jutland, ne parlait pas de lui. Google me paraît bien muet aussi sur ce sujet. Alors, si quelque internaute a des lumières sur la question, qu'il n'hésite pas...
13:45 Publié dans Art Brut, Art immédiat, Cinéma et arts (notamment populaires) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Jean Painlevé, Axel Henrichsen, Jacques Brunius, Brigitte Berg, Art brut, Cinéma et arts singuliers, Hors-Champ |
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15/02/2008
Deux petits nouveaux chez les sciapodes
A verser au bataillon des sciapodes en constante augmentation à ce que je crois, voici deux petits nouveaux, Paul et Simon, petits camarades de jeux à moi dans une école où je m'ingénie depuis quelques lustres à repousser les murs... A noter que les enfants à qui j'ai montré des images de sciapodes ont tendance à le prendre en sympathie, au point de l'imiter, donc, parfois...
02:06 Publié dans Sciapodes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Sciapodes |
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