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16/02/2009

Au quatrième top, il est 7 heures...

    7 heures, le blog s'éveille... On se secoue, on enfile les gants de tapoteur de clavier, la pile des sandwichs est prête, le thermos de café, les tonneaux de vin aussi, l'infirmerie est prévenue, de même que l'ophtalmo, les brancardiers sont sur le pied de guerre, les sels sont à portée de main, etc... (sans oublier l'inévitable psychologue commis d'office)... Vroum, vroum, vroum!... Ca démarre, c'est parti... Pour les 24 heures du blog!

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     Alors, il n'est peut-être pas inutile de rappeler les règles du jeu. Ces 24 heures sont entièrement consacrées par mézigue au blog, c'est entendu. Ce qui ne veut pas dire que je vais écrire et pondre de la note toute la journée sans discontinuer. C'est bien sûr impossible. Je vais seulement me consacrer au blog. En me rasant, en sortant les poubelles, en traînant dans les rues, je pense blog, je mange blog, je ponds peut-être blog. Comme un miroir que je remorquerai derrière moi toute la sainte journée, pour faire une  référence éculée à l'ami Beyle.

 

12/02/2009

Les Cahiers de l'Institut, deuxième livraison

      Le n°2 des Cahiers de l'Institut est paru en décembre 2008. L'Institut en question on le sait peut-être (voir ma note du 20 juin 2008 lors de la sortie du n°1) se consacre à la recherche et à l'exploration des "fous littéraires, hétéroclites, excentriques, irréguliers, outsiders, tapés, assimilés, sans oublier les autres..."

Cahiers de l'Institut n°02,décembre 2008.jpg
Couverture du n°2, illustration de Mu

      Dans cette brassée d'articles (plus équilibrée il m'a semblé que dans le premier numéro), bien sûr chacun ira chercher son miel en fonction de ses perspectives de curiosité. Marc Décimo nous parle d'un linguiste passablement illuminé qui prétendant révéler l'étymologie des mots comme étant basée avant tout sur le gaulois s'est livré en 1846 à un "dépliage" des mots qui annonce de très loin les expériences de Michel Leiris dans Glossaire j'y serre mes gloses, ou encore Souple mantique et simples tics de glotte paru dans Langage tangage en 1985). Le résultat est loin d'être aussi poétique et brillant que dans le cas de Leiris. Seul surnage le côté vaguement oulipien de cette tentative de définition des mots par décorticage des lettres et des syllabes.

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Carte postale éditée par l'IIREFL en hommage à la "Marseillaise de la Carotticulture" inventée par Paulin Gagne

      Un long (trop long à mon goût) dossier est consacré à Paulin Gagne, vedette dans le monde des fous littéraires, littérateur, homme politique et prophète déjanté qui tout bébé déjà, comme nous le rappelait en 1873 dans son Trombinoscope le nommé Touchatout, "magnétisait sa nourrice et, pendant qu'elle dormait, lui tatouait sur les seins des signes cabalistiques". Marc Angenot, mis à contribution ("Fous littéraires: extension et compréhension"), se fend d'une remise en question des principes critériologiques qui présidèrent à la recherche d'André Blavier sur les fous littéraires, recherche qui reste grandement respectée bien entendu à l'IIREFL. Angenot relativise la nécessité pour celui que l'on voudrait ranger chez les fous littéraires d'être, d'après Blavier, sans influence et sans imitateurs. "...il est un autre critère possible de la folie littéraire (...) Est fou littéraire et doit être accueilli comme tel, quiconque a été expressément déclaré tel par l'unanimité de ses contemporains". Il poursuit plus loin: "Quand, pourquoi, dans quelle mesure, tel écrit est-il repêché et tel autre reste-t-il stigmatisé, ce sont ici de bonnnes questions auxquelles il n'est pas de réponse aisée". Ceci fait écho à la première phrase de Didier Barrière (dans Epaves du trésor graphique de Nicolas Cirier dans le fonds Guillaume-Moussy à Joinville), ailleurs dans ce n°2: "On sait que le propos d'un fou littéraire, au XIXe siècle surtout, est d'avoir publié des ouvrages si incohérents que nul ne pouvait les lire ou les prendre au sérieux". Entre parenthèses, c'est un peu le problème des revues qui choisissent de traiter de ces fous, comment espérer qu'elles aient à leur tour des lecteurs? Sans doute parce qu'on espère, et à juste titre je pense, que les lecteurs s'intéresseront aux commentaires sur ces fous davantage qu'au premier degré des divagations de ces derniers... 

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Maurice de Boeck, La danse des élus, huile sur toile, 1972, collection privée reproduit par André Stas dans Les Cahiers de l'Institut n°2

        L'IIREFL respecte son défi de vouloir pousser plus loin les recherches sur son champ de prédilection. Utile est de ce point de vue la publication dans ce numéro du recensement opéré par Paul Gayot, membre du Collège de Pataphysique, des divers écrits consacrés aux fous littéraires au long des numéros des publications passées et actuelles du Collège. Cependant, il me sera aussi loisible de regretter qu'une place plus grande ne puisse être donnée aux diverses créations de l'art brut et consorts. C'est ainsi que dans ce numéro, à part deux articles, dont un de l'animateur de ce blog (sur le naïf monument au maire de Désiré Guillemare à St-Ouen-sur-Iton) et un d'André Stas, tout à fait alléchant sur un "hétéroclite" belge, Maurice de Boeck, accessoirement peintre naïf de "peintures brûlots", selon les propres mots de l'auteur de l'article, peintures qui sont de mon point de vue la révélation du numéro, à part ces deux articles, il est somme toute peu question d'art brut (si l'on excepte quelques compte-rendus d'ouvrages dont un de Marc Décimo, pas très tendre, sur le livre récemment publié de Marielle Magliozzi Art Brut, Architectures marginales).

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Le "Phare Sollerot", appelé aujourd'hui Monument au maire, à St-Ouen-sur-Iton, carte postale début du siècle, avec le maire Désiré Guillemare probablement, au pied du monument ; on distingue les panneaux contenant les états de service du maire qui sont encore aujourd'hui en place sur trois faces du monument ; ces états de service sont intégralement reproduits par moi dans l'article du n°2 des Cahiers de l'Institut (article  Désiré Guillemare, un bienfaiteur envahissant?)
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Détail du monument de Désiré Guillemare, la rosière et le maire, ph.B.Montpied, 2002
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Les Cahiers de l'Institut n°2
Pour se le procurer, voir à la librairie de la Halle Saint-Pierre  rue Ronsard dans le XVIIIe à Paris. Ou bien le commander à l'IIREFL, 1, rue Tremblôt, 54122 Fontenoy-la-Joûte, France. iirefl@orange.fr. Marc Ways: 06 88 74 58 68.
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A SIGNALER:

     Une émission sur France-Inter,  Crumble, animée par Kriss, va être consacrée aux fous littéraires avec Marc Décimo en guest star...

    Vous pourrez l’écouter sur votre ordinateur pendant une semaine. L'émission sera diffusée dimanche 15 février prochain, de 12H a 13H, et sera en ligne sur le site de France Inter: http://www.franceinter.com/ (en écoute à la carte, podcast et visuel).

09/02/2009

Marilena Pelosi à l'Objet Trouvé

      Nouvelle exposition de Marilena Pelosi annoncée pour très bientôt (jeudi 12 c'est le vernissage à partir de 18h30) à la galerie Objet Trouvé, rue de Charenton, à l'ombre de cet Opéra de la Bastile bâti sur le modèle d'une gigantesque molaire, ô merveille de conception des architectes contemporains... Ce sera l'occasion de voir si cette dame, une des plus singulières artistes surgies ces dernières années dans le milieu de l'art contemporain imaginiste qu'inspire l'exemple à la fois moral et esthétique de l'art brut, poursuit l'exploration de nouvelles voies dans son langage parfois tout en paraboles et en allégories plus ou moins ésotériques. De ce point de vue, elle est du reste assez proche de l'univers d'une autre créatrice marginale, Claire Guyot, dont l'oeuvre fut révélée essentiellement de façon posthume et de manière peu répétée.

Marilena Pelosi,Sans titre,décembre2001,ph.Bruno Montpied.jpg
Dessin au crayon, sans titre, Décembre 2001 (collection privée Paris, ph.Bruno Montpied)

     Le carton d'invitation de la galerie Objet Trouvé veut nous la présenter, mine de rien (joli tour de passe-passe de l'auteur du texte), comme une créatrice qu'on pourrait qualifier de "brute". Parce que l'art brut ne serait pas exempt de culture, la belle découverte!

Marilena Pelosi, détail d'un dessin, Galerie Objet Trouvé, fév 09.jpg
Marilena Pelosi, sans titre (détail), 2008, Galerie Objet Trouvé

    Avec ce genre de remarque on pratique un raisonnement amalgamant et confusionniste qui permet de mélanger toutes les formes de création contemporaine pourvu qu'elles soient portées par un minimum de souffle un peu authentique. On passe ainsi allégrement sur les conditions de production des oeuvres, sur le contexte social où vit leur auteur, qui a toutes les chances d'avoir un peu d'influence sur le contenu de l'oeuvre. On passe sur la plus ou moins grande conscience de l'auteur de faire de l'art au sens usuel, l'Histoire de l'Art, le professionnalisme de la chose, son regard face à ce qui surgit de lui, plus ou moins contrôlé, plutôt moins que plus dans le cas des créateurs de l'art brut, qui sont généralement dépassés par des pulsions expressives.

Marilena Pelosi, Sans titre,mai 2000,feutre, ph.Bruno Montpied.jpg
Marilena Pelosi, Sans titre, mai 2000, ph.Bruno Montpied.jpg
Marilena Pelosi, Sans titre,mai 2000, ph.Bruno Montpied.jpg
Marilena Pelosi, trois dessins au feutre sans titre, mai 2000 (collection privée, ph.B.M.)

     Marilena Pelosi est à l'évidence le siège d'une intense production imaginative, liée à ses souvenirs d'enfance au Brésil certes, mais aussi à la perception du monde qui l'entoure, vis-à-vis duquel elle se sent en décalage et en désaccord... Mais elle maîtrise la situation, elle s'expose d'elle-même, elle sort dans  le monde, va aux expositions, connaît l'histoire de l'art, bref ne possède pas le profil psychologique et sociologique des créateurs que l'on range dans l'art brut. Le mot d'art singulier, certes galvaudé par les temps qui courent mais toujours pertinent, peut servir à qualifier son oeuvre. Les singuliers sont des créateurs qui ont les fesses coincées entre l'art brut et l'art contemporain des professionnels. Ce ne sont pas des peintres du dimanche non plus, faisant gentiment mu-muse avec leurs pinceaux entre deux pot-au-feu. Ils ne sont pas exclus comme les créateurs bruts, mais ils sont tout de même comme des orphelins de l'art et comme des insulaires, isolés sur leurs territoires saturés d'imaginaire, n'osant même plus agiter leurs mouchoirs vers ceux qui pourraient être leurs voisins, sur d'autres îles. Ce sont des individualistes, des veufs et des veuves de l'art sincère, dérivant sur une banquise morcelée, en train de fondre elle aussi, comme la vraie.

Portrait de Marilena à Lusignan par Bruno Montpied, 2001.jpg
Portrait de Marilena Pelosi, Lusignan, 2001, photo Bruno Montpied
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Marilena PELOSI
Manœuvre de désenvoûtement

13 février au 14 mars 2008

Vernissage le jeudi 12 février de 18h à 21 h

Galerie Objet Trouvé, 24, rue de Charenton

75012 Paris (mer au sam de 14h à 19h)

 

08/02/2009

Les 24 heures du blog

    A venir, un défi que l'animateur de ce blog se lance à lui-même, les 24 heures du blog... Programmées de 7 heures du matin lundi 16 février à 7 heures du matin mardi 17 février. Il s'agira d'une sorte de marathon de la note, recherches d'informations, images, rédaction et insertion faisant partie intégrante du marathon en question. On ne mettra que des notes nécessaires, pas question de faire du remplissage... Rendez-vous à tous ceux que cela amusera de suivre la chose.

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Le coureur de Marathon (Cela se passe en 490 avant notre ère ; Philippidés après avoir couru plus de 40 kilomètres pour annoncer la victoire des Athéniens sur les Perses à Marathon meurt ensuite d'épuisement... ; Musée du Louvre, par Wallig)

 

02/02/2009

La Terre vide

    Prophétie facile? Toujours est-il que ce paysage assez rare sous mes crayons ou pinceaux ou rapidographes me parut terriblement vide, n'appelant décidément, malgré mon désir de le repeupler par de la faune, de la flore fantastiques, aucun habillage, aucun remplissage. Cette perspective de dunes stériles, brunes, sépia, blanches, grises, rare elle aussi dans ma production (je ne dessine pas en 3 D, je n'en ai pas le don), se devait de rester vide, ondulant doucement sous une lumière pauvre. Et les quelques homuncules, débris divers et tour solitaire qui malgré tout se parsemèrent selon un ordre nécessaire à l'équilibre des formes ne font rien pour animer la scène. Ils sont plantés, mornes au milieu du désastre qu'ils ne peuvent que constater avec fatalisme.

La Terre vide, crayons et encre sur papier, 21x29,7cm,2008, Bruno Montpied-.jpg
Bruno Montpied, La Terre vide, 21x29,7cm, 2008

 

01/02/2009

Roy Rogers?

   ...ça ressemble à ça...

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    Sérieusement, R.R., vous vous y retrouvez? Vous comprenez bien que nous n'y croyons pas pour notre part...

31/01/2009

Amours de roches

   Je n'en finis jamais de nouer des fils avec mon ancien fanzine L'Art Immédiat, en l'occurrence le numéro 2 consacré à la mer et l'art populaire, voire à la poésie naturelle qui entretient tant de relations avec les arts populaires. Dans ce numéro,  j'avais reproduit une photo publiée en 1987 par Libération montrant un rocher aux formes suggestives appelé dans une région du Nord-Finistère, sur la plage de Porsmeur exactement "le zizi de Pépé".

Zizi de pépé, plage de Porsmeur,L'Art Immédiat n°2,1995-.jpg
Le fameux zizi, tel qu'il est reproduit dans L'Art Immédiat n°2

   Le maire de l'endroit, appelé dignement M.Dincuff, avait choisi de faire exploser le dit zizi de granit (trois mètres de haut, souvent peint en rose par les enfants du pays...), tant il en avait marre de la réputation que cela faisait à sa localité...

   Eh bien, la même année (1995) où je republiai la photo et l'article qui l'accompagnait dans mon fanzine, je suis tombé sur une autre roche, située cette fois sur l'Ile Callot, non loin de Morlaix (au nom par lui-même déjà si évocateur...!). La voici reproduite ci-dessous dans toute sa splendeur...

Les roches qui serrent les fesses, île Callot, Finistère, 1995, ph.Bruno Montpied.jpg
Photo Bruno Montpied, 1995

   Ne dirait-on pas que certaines roches, préférant plutôt prévenir que guérir, font parfois du zèle en serrant leurs fesses de granit comme si elles redoutaient quelque zizi de Pépé rôdeur...?

Inutile de dire que cette note est spécialement dédiée à José, l'amoureux des "mondes imprévisibles et étranges"...

29/01/2009

Un visionnaire et un introverti à la langue de bois

    Ce personnage ne se dresse plus dans le lit du Fango, rivière délicieuse qui descend d'un mont appelé Extrême, où je me souviens de baignades, ponctuées de land art songeur, dans une eau si claire et si douce qu'on croyait se baigner dans une ambroisie. C'était en l'an 2000, il n'y avait aucun astronef dans les cieux, aucun futurisme en action, juste du soleil, des ânes qui tournicotaient et brayaient (c'est ça l'imparfait de braire?) devant deux pauvres rares pompes à essence au hameau du Fango, une rivière asséchée après une inondation, ce qui avait laissé une grande étendue aride de galets, de plantes épineuses, d'os blanchis sur lesquels je dessinais à l'encre noire et de l'espace pour rêvasser, imaginer des  mini interventions sur les supports naturels, des cailloux peints que je scellais dans les dalles polies du lit du torrent, sachant pertinemment que le flot viendrait leur faire justice plus tard...

Le visionnaire et l'introverti, rivière du Fango, Corse,ph.Bruno Montpied,1993.jpg
Le visionnaire et l'introverti, bois flotté trouvé dans le lit du Fango, Corse, ph.B.Montpied, 1993
    Cette année, le Fango est de nouveau en crue, comme me le signale Mathilde Maraninchi. voici une photo de la dite rivière quand elle descend à gros bouillon de la montagne. Y aura peut-être cet été des nouveaux matériaux pour les recycleurs singuliers...
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Photo Tony M.

Asger Jorn le tellurique (avec un addendum)

     

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Couverture du troisième tome de la biographie monumentale consacrée à Asger Jorn par Guy Atkins dans les années 80

    On me pardonnera peut-être d'aborder la question Asger Jorn de façon très personnelle, si l'on n'oublie pas que le narcissisme est un trait qui fait le propre des blogs...

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Asger Jorn, Mine de rien ou presque, huile, 1967, Collection galerie Jeanne Bucher

     J'aime profondément la peinture d'Asger Jorn depuis que je l'ai découverte vers 1977 grâce à mon vieil ami Joël Gayraud. Je dois à la rencontre avec cette peinture (et celle du groupe Cobra aussi, bien entendu) le coup de fouet décisif qui stimula mon désir, alors balbutiant et se cherchant des motifs d'encouragement, de peindre et d'expérimenter dans l'art. Notamment, je me souviens d'une peinture que conserve de lui le Musée National d'Art Moderne au Centre Beaubourg (quand est-ce que ce MNAM sortira de ce bâtiment insupportable, où ses réserves cachent tant de trésors occultés par manque de place (entre autres motifs)?), tableau qui était exposé dans une salle à part au début des années 80, d'un dynamisme abstrait et d'une vitalité colorée extraordinaire, titrée du genre "Kyotorama", ou quelque chose d'approchant... Avec les Gayraud, nous avions envie de venir avec table et chaises pliantes manger et boire dans cette salle, devant le tableau et d'autres du groupe Cobra, où nous aurions porté toasts sur toasts en son honneur. C'était pour nous alors la huitième merveille du monde.

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Asger Jorn, Le Timide orgueilleux, huile, 1957, Tate purchased, Londres

     Une exposition est prévue pour février au centre Beaubourg. Des dessins semble-t-il avant toute chose. Une rétrospective de l'ensemble de son oeuvre protéiforme -la sculpture, la céramique, les décollages d'affiches, les peintures modifiées par exemple- n'aurait pourtant pas détoné à Beaubourg.

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Asger Jorn, Roi nègre tirant la langue devant les Pas-de-Calais, décollage, 1968, Nationalgalerie, Berlin

      Le grand public connaît mal la peinture de Jorn dont le prénom et le nom ne sont guère familiers aux francophones. Quand on nous présente ici ou là certains de ses tableaux, le choix est rarement de qualité. Récemment, j'ai eu l'occasion de tomber sur un d'entre eux au musée des Beaux-Arts de Lyon dans le cadre de  l'expo "Repartir à zéro" (la peinture après la Seconde Guerre Mondiale, vue comme une période de rupture généralisée avec l'art qui avait précédé, postulat séduisant mais truqué en même temps). Les commissaires avaient choisi comme par hasard une oeuvre secondaire (il suffit de tomber sur une oeuvre lorsque l'artiste se cherchait ou bien travaillait vite), on passait sans s'arrêter. Les organisateurs de l'exposition n'avaient pas misé sur cette avant-garde-là, venue d'un Nord qu'ils sous-estiment fréquemment (bien à tort selon moi, c'est le résultat d'une certaine suffisance française). Or, les nombreux ouvrages à lui consacrés le prouvent assez, la peinture de cet artiste est d'une richesse insoupçonnée (toujours du point de vue du grand public) que je mets bien au-dessus de celle d'un Dubuffet par exemple -avec qui Jorn dans les dix dernières années de sa vie fut cependant en relations cordiales.

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Asger Jorn montrant à Dubuffet en 1961 sa fresque murale installée dans le déambulatoire du lycée d'Aarhus (Danemark), Archives de la Fondation Dubuffet

 

     Il est aussi vrai que même lorsqu'on a connu de près les oeuvres de Jorn dans les années 80 (je fis en 1979 le voyage du Danemark à Copenhague -où ma compagne Christine et moi rencontrâmes Henry Heerup, le plus autodidacte des peintres du groupe Cobra- puis à Aarhus pour voir la grande fresque murale de Jorn installée dans le hall du lycée de la ville -une des plus belles fresques murales que j'ai jamais vues, ensuite à Silkeborg, à Louisiana, au musée de Carl-Henning Pedersen aussi, au musée d'art moderne de Alborg aussi ; le but étant de voir le plus possible d'oeuvres que nous ne pouvions voir en France - à part une petite rétrospective Jorn au musée d'art moderne de la Ville de Paris en 1978, c'était plutôt difficile de voir de nombreuses oeuvres de Cobra en France dans les musées à cette époque), il est vrai que, passées les années, quand je revois des peintures de Jorn, je ne suis plus dans le même éblouissement initial, la surprise -et le surinvestissement intellectuel- s'étant un peu décolorés, inévitablement...

     J'égrène entre ces lignes quelques images piquées ça et là dans les catalogues que je possède, pour donner des exemples de ce que je préfère dans cette oeuvre. Mais il reste après tant de regards jetés sur cette peinture de matière profondément labourée, saturée d'imagination de la matière (Jorn a fait un portrait de Gaston Bachelard justement), mon affection profonde, intacte. Un peintre qui ne lasse pas après tant d'années d'admiration, il n'y en a pas tant (personnellement, je garde Max Ernst, Slavko Kopac...).

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Couverture d'une plaquette de Virtus Schade consacrée aux décors peints à Bregneröd par des membres, scandinaves, du groupe Cobra en 1949

     Je reste toujours étonné devant cette peinture où jaillit un torrent tourmenté de couleurs et d'où émergent des figures ultra archaïques, simplifiées à l'extrême comme repêchées de retour d'une plongée régressive dans le puits obscur de l'enfance. Jorn attache en outre une grande importance au fait de les titrer. C'est comme un parachèvement de l'oeuvre qui n'a plus rien à voir dès lors avec une manifestation d'art pour l'art seulement préoccupée de rythmes plastiques et de pure esthétique désincarnée, comme indicible et voulant déjouer toute narrativité. Il déléguait parfois à d'autres, visiteurs de passage au moment de la fin du tableau, le soin de trouver ces titres. Cela rejoignait chez lui son désir de création collective. On sait qu'il a du reste participé à toutes sortes d'expérience de création en commun, comme durant les journées de Bregneröd au Danemark en 1949 où avec d'autres membres de Cobra (Pedersen par exemple) il recouvrit entièrement les murs intérieurs d'une maison. Ou lorsqu'en 1968, à La Havane, il peignit les murs d'une banque nationalisée. Dans la maison et le jardin qu'il possédait sur les hauteurs d'Albisola sur la Riviera italienne, il créa également des décors en collaboration avec le gardien de la villa Umberto Gambetta, à qui il laissa l'usufruit de la maison après sa mort survenue en 1973. Il fit des livres mémorables avec Guy Debord (Fin de Copenhague, Mémoires), etc, etc.

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Couverture du livre consacré post mortem  (en 1974) au jardin d'Albisola signé sur une mosaïque de galets par "Berto" (Gambetta) et Jorn ; c'est dans cet ouvrage que fut publié le texte de Guy Debord De l'architecture sauvage (daté de 1972)

     Il collabora également avec Dubuffet lorsque ce dernier reconstitua la compagnie de l'Art Brut au début des années 60 rue de Sèvres. Il paraît, à suivre l'ouvrage de Lucienne Peiry, qu'il signala à Dubuffet des cas de créateurs pouvant l'intéresser pour sa collection. Parallèlement, il menait des recherches érudites sur l'art populaire scandinave,Asger Jorn, couverture du catalogue de l'exposition 10000 ans d'art nordique au musée de Silkeborg en 1995.jpg les graffiti, l'art roman, le héros Didrek (qui fut sa dernière étude avant de mourir). Ses écrits ne sont pas toujours faciles à lire, soit du fait de mauvaises traductions soit du fait de leur cérébralité. Mais l'homme a tout d'un puissant visionnaire survolté désirant plus que tout l'émancipation des hommes dans une libre création de situations imaginatives. Il était, par delà l'esthétisme (l'art naissant avant tout selon lui d'un besoin moral avant d'être esthétique), à la recherche d'un alphabet et d'un vocabulaire de signes qui permettrait de créer un langage universellement compréhensible de l'ensemble de l'humanité par delà les religions, les cultures et les nations (comme l'explique de façon fort éclairante Laurent Gervereau dans le catalogue de l'exposition La Planète Jorn à Strasbourg en 2002). C'était pour ces raisons qu'il partait en quête des arts du peuple, notamment nordiques, ou des graffiti, parallèlement à un Dubuffet qui cherchait davantage pour sa part du côté des individualistes populaires, car chacun agit en fonction de ses inclinations... 

Cette exposition (du 11 février au 11 mai 2009, Centre Georges Pompidou, Paris) paraît plutôt une sélection d'une centaine de dessins prêtés par le musée Asger Jorn de Silkeborg au Danemark (qui conserve des oeuvres de Jorn, mais aussi un choix d'oeuvres, notamment graphiques, des artistes qu'il admirait ; c'est ainsi qu'on peut y trouver l'ensemble de l'oeuvre gravée et lithographiée d'un Dubuffet par exemple). A signaler que la Maison du Danemark a monté une rétrospective Asger Jorn l'année dernière à Paris. Le CNACGP a beau jeu de présenter cette exposition 2009 comme la "première faite dans un musée parisien depuis 1978". Oui... dans un "musée", c'est peut-être vrai, mais ce genre d'homologation joue sur les mots. Musée ou centre culturel, quelle différence cela peut faire... ? Et "Parisien" ou "régional", qu'est-ce que ça change (il y a eu en 2002 au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg une expo intitulée La Planète Jorn qui nous a laissé un excellent catalogue que je conseille d'acquérir à tous ceux qui s'intéressent à Jorn)? On a envie de dire, qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. Ce terme de "première" ne veut en l'occurrence absolument rien dire.

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Tombe d'Asger Jorn à Grötlingbo, île de Gotland (au milieu de la mer Baltique) où a été posée en 1997 une de ses sculptures intitulée Contemplation épuisée (extrait du catalogue de La Planète Jorn)

 ADDENDUM:

     "Puisqu'on en est aux commentaires qui nous renvoient au bon vieux temps à jamais défunt, laissez-moi y aller du mien, même s'il faut pour cela ramasser profond dans la gravière des souvenirs. Albisola, ma plus belle excursion d'adolescent, quand nous gravissions la côte de Località brucciati pour y chercher la maison de Jorn. Les hasards poétiques se succédèrent dès lors. Comme nous expliquions que nous cherchions "la maison d'un artiste", on nous demandait duquel il s'agissait :"il bianco o il nero?", question qui nous jetait dans des abîmes de perplexité. Puis nous fûmes pris sur le bord de la route dans la Fiat 128 d'un Italien qui se révéla l'habitant-gardien-conservateur-scrupuleux du lieu (Umberto Gambetta). Il nous montra par le menu la belle maison de Jorn, mélange d'oeuvre d'art et de poésie quotidienne, puis comme nous lui demandions la raison de cette question "Il bianco o il nero?", il nous expliqua que non loin était la maison de Wifredo Lam. Un coup de téléphone pour prévenir Lam de notre visite, et nous nous retrouvâmes peu de temps après dans une tout autre ambiance, celle des totems, du vaudou, des plumes et des lances, quittant le minéral et la couleur pour toutes les nuances du marron et du brun et le bois, légèrement austère dans une architecture sobre (dois-je confesser que par son côté inattendu, j'ai plus de souvenir de ce moment-là que de la maison de Jorn, au fond) en présence de Lam amusé et heureux de notre jeunesse et de la sienne, à nous désaltérer dans sa salle de cinéma personnelle flanquée de deux gigantesques totems. Oui, ce fut la plus belle bourlingue de mon adolescence, et l'après-midi, elle s'acheva en bas, près du port, dans la cantine où l'on nous avait signalé Ansgar Elde buvant grappa sur grappa, autre artiste cobraïforme, que nous rencontrâmes et avec qui nous bûmes. Et j'y serais bien resté, n'eussé-je été si bicaténeux, comme disait l'amie Catherine Caron, qui, elle, y resta. "

(Ecrit par Régis Gayraud, initialement en commentaire et ajouté ici le 29 janvier 2009 ; une première version de cette note a paru le 17 janvier et s'est retrouvée du coup déplacée au 29 janvier)

 

28/01/2009

Dictionnaire du Poignard Subtil

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OMELETTE:

    A la demande générale, je ne résiste pas au plaisir de donner une fois encore une de ses courtes histoires campant les sagesses et folies de Nasreddine Hodja, telle qu'elles me tombent dessus au détour de la bibliothèque que j'anime auprès des enfants. J'adore celle-ci (qui fait pousser, après un suspens magnifique de la réflexion qui fait tout le prix de cete historiette, des "oooh" délicieusement choqués aux enfants...):

    "L'OMELETTE

    Nasreddine invita un jour son voisin à dîner. Il avait préparé des langues d'agneau avec du persil et du citron. Le voisin s'offusqua en voyant le plat.

    - Ah non! dit-il. Je ne mange jamais ce qui sort de la bouche des animaux, je trouve ça vraiment dégoûtant.

    - Qu'à cela ne tienne, répondit Nasreddine, je vais te préparer une omelette."

     (Jihad Darwiche, Sagesses et malices de Nasreddine, le fou qui était sage, Tome I, Albin Michel, 2000)

24/01/2009

Création Franche n°30

     Les animateurs de Création Franche ont loupé le virage de 2008 à 2009 et font paraître leur deuxième numéro annuel sur l'année suivante, ce qui va encore fait crier certains à la confusion sur le rythme de parution de cette revue à laquelle je reste fidèle par delà le temps...

    Mais baste! Peu importe le rythme de parution, l'essentiel est que la publication continue à se maintenir en dépit des inévitables difficultés financières qui guettent toujours ce genre d'initiatives. Nous arrivons désormais au n°30, en cette année de vingtième anniversaire du Site (c'est peut-être la passion des chiffres ronds qui a fait décaler la parution du n°30, du reste?).

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     Qui l'eut cru lorsque l'on vit paraître en 1990 le premier numéro de cet organe émanant du Site, devenu depuis le Musée, de la Création Franche...?

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Création Franche, l'éventail des trente numéros parus depuis 1990, ph.B.M.

    Je profite de cette note pour un faire un petit retour et une mise au point d'ordre historique.

    Les deux premiers numéros de Création Franche étaient du point de vue de leurs maquettes tout simplement calamiteux, le contenu restant de son côté bien timide. La direction en avait été confiée à messieurs Lanoux et Maurice. On vit à cette occasion ce qu'ils étaient capables de mettre en chantier. Je fus fort marri d'avoir été mis à l'écart du projet alors que depuis plusieurs années, j'essayais de lancer l'idée d'une revue qui traiterait de l'ensemble du champ des arts populaires. On me trouvait trop remuant, "sans humour" (dixit Sendrey dans ses Histoires de Création Franche, éd. de l'Authenticiste, 1998), et peut-être aussi trop fidèle à l'esprit surréaliste ("Bruno Montpied se veut sans complaisance, sans concessions; voue une vénération absolue à André Breton...", Gérard Sendrey, même source).

   "...l'idée d'une revue est venue se nicher au Site de la Création Franche. Des contacts que j'avais avec lui, Jean-Louis Lanoux m'apparaissait comme un homme censé [sic], raisonnable, bien posé dans la vie, avec une bonne connaissance du milieu sur lequel nous étions branchés. Je le voyais très bien remplir le rôle du rédacteur en chef ; et je le lui dis. Il ne pensa pas que j'avais tort et me le fit savoir. Mais il exprimait une crainte. L'éventuelle présence de Bruno Montpied dans le comité de rédaction lui semblait représenter un grave danger pour la cohérence et l'efficacité de l'entreprise (...) Jean-Louis considérait que Bruno ne pouvait s'inscrire raisonnablement dans un projet sans essayer d'en bousculer les données"... (Gérard Sendrey, même source, p.46). Bousculer les données, quel beau projet pourtant... C'est sans doute ce qui manqua dès le départ à cette revue comme on le voit à lire les propos de Sendrey. On me proposait d'écrire dans la revue mais il fallait accepter de passer sous les ordres d'un directeur qui craignait donc les "bousculeurs de données"... Je refusai (ce qu'a oublié de préciser Sendrey dans son livre, préférant me présenter comme un opportuniste qui aurait accepté sa mise à l'écart de peur de perdre l'occasion de placer sa prose).    

    Dès le troisième numéro, où Lanoux n'était plus directeur (c'était le rôle qui lui avait été finalement imparti, tandis que Jean-François Maurice était le rédacteur en chef) et où Gérard Sendrey, le véritable initiateur de toute l'affaire en réalité, qui avait voulu rester en retrait tel le Vieux de la Montagne (comme il se rêve souvent), reprit la direction des opérations, les choses commencèrent à s'améliorer, petit à petit. Les collaborateurs se retrouvèrent sous la direction de Gérard Sendrey (au reste assez débonnaire) sur un pied d'égalité, ce qui me poussa à proposer alors, et alors seulement, ma participation. Les collaborations diverses et variées que je fus amené à produire dans la suite des numéros montrèrent je crois que le soupçon que j'aurais représenté "un grave danger pour la cohérence et l'efficacité de l'entreprise" était parfaitement infondée. 

    Jean-Louis Lanoux introduisit une secrétaire de rédaction que Gérard Sendrey nomme "Aline" dans son livre qui se rendit coupable, aux dires de Sendrey, de ce qu'on pourrait qualifier comme des abus de pouvoirs... ("...elle corrigeait les textes, mettait un mot de son choix à la place d'un autre voulu par le rédacteur, tronquait des phrases, changeait des sous-titres, en modifiant le sens...", Gérard Sendrey, même source, p.51-52). Sendrey proposa dés lors à Lanoux d'abandonner le poste sacro-saint de directeur de la publication... Se fermait une période où finalement beaucoup de bruit avait été fait pour pas  grand-chose.

     La revue a, depuis ses débuts balbutiants, changé plusieurs fois de look, comme perpétuellement insatisfaite de ses atours (et de ses atouts?). J'avoue préférer sa dernière parure, mise en place depuis le n°26, avec son dos carré qui lui donne une allure plus professionnelle. Mais la période où son titre était composé avec des caractères contenant des fragments d'oeuvres "franches", du n°12 au n°17, me séduit aussi assez du point de vue de cet effet de maquette. Son contenu ne me plaît pas toujours, mais ce n'est pas mon entreprise, et je n'y suis qu'invité. Quand on regarde dans le rétroviseur, on s'aperçoit que s'il y a bien du déchet, il y a aussi un certain nombre de papiers fort instructifs sur toutes sortes de créateurs (la revue ne s'est jamais départie de son côté catalogue de notices, en dépit de tentatives trop rares d'insérer des "news" sur des actualités non liées directement au musée de la Création Franche -mes "Billets du sciapode" par exemple, dont le principe ne fut que peu repris par d'autres dans la revue). Avec le temps, on s'aperçoit que cette publication, jamais diffusée en librairie, mais seulement au Musée et sur abonnement, aura été utile pour l'information rare qu'on peut y trouver.

                 Charles-Paris-fusain-CF-n°30.jpg       Charles-Paris,-visage,-fusain-CF-n°30.jpg
Dessins de Charles Paris, présentés par Paul Duchein dans Création Franche n°30

    Dans le dernier numéro qui paraît donc ces jours-ci, on trouve en particulier un fort intéressant article de Paul Duchein sur des dessins retrouvés de Charles Paris, cet ancien chauffeur de maître qui à partir de 1958 (si l'on suit le catalogue de l'exposition de l'Art Brut au Musée des Arts Décoratifs en 1967) se mit à dessiner sur des pierres ou des coupes de bois d'olivier (voir également le livre de Michel Thévoz, L'Art Brut, de 1975, p.73). Comme le signale Duchein, la Collection de l'Art Brut et ses différents animateurs ne parlent pas du fait que cet auteur dessinait aussi. Les quelques dessins reproduits dans la revue sont de ce point de vue une première. On sent que leur auteur prisait particulièrement les images médiévales, ou de fantasy montrant le diable, ou une iconographie en rapport avec les lutins (un "personnage" de lui évoque les gremlins du cinéaste Joe DanteGremlin.jpg - qui, lui-même, soit dit entre parenthèses, serait allé les pêcher du côté de Roald Dahl...), tout en amplifiant cette imagerie d'une façon très personnelle beaucoup plus visionnaire.

Charles-Paris-personnage-CF.jpg Jean-Branciard,-oiseau-(à-g.jpg

Jean Branciard, deux oeuvres de lui (non reproduites dans CF n°30), à gauche L'Oiseau, et à droite le Sarcophage, ph.BM, 2008
 
    Dans ce même numéro, j'apporte une petite contribution pour faire mieux connaître l'oeuvre de Jean Branciard, découvert par le truchement de ce blog, et sur qui j'ai déjà laissé diverses mentions
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Robillard dans le spectacle Tuer la Misère, photo publiée dans CF n°30 et non créditée

      A noter également un article enthousiaste de Michel Leroux sur André Robillard, qu'il a l'habitude d'aller visiter à son domicile près d'Orléans, et un entretien de Pascal Rigeade avec Charlotte Ranson et Alexis Forestier qui sont les maîtres d'oeuvre de la pièce "performance" Tuer la Misère à laquelle Robillard participe sur scène (voir ma note du 3 juin 2008). La pièce continue de tourner. En ce mois de janvier elle est présentée à Lyon au théâtre des Subsistances, puis ira ensuite les 7, 8 et 9 avril à Bordeaux au "TNT Manufacture de chaussures". Pour l'occasion, du 28 mars au 19 avril, une exposition consacrée à Robillard se tiendra au Musée de la Création Franche.

Pour tous contacts, voir www.musee-creationfranche.com. Adresse: 58, avenue du maréchal de Lattre de Tassigny, 33130 Bègles. Tél: 05 56 85 81 73 ou 05 56 49 34 72.

(Nota-bene :CETTE NOTE EST UNE VERSION REMANIEE, DIFFERENTE DE LA VERSION INITIALEMENT MISE EN LIGNE ; remaniement intervenu le 17 février 09; les deux commentaires qui l'avaient accompagnée avant cette date ne s'appliquant plus, étant donné le remaniement des termes, ont été supprimés)   

 

Ces quatre premières heures...

 

     Ces quatre premières heures de 2009, je ne les dors pas. On vient de passer la petite frontière impalpable, juste perceptible au bruit (étouffé, car je me calfeutrais) des klaxons en bas dans la rue, des clameurs lointaines. Une bougie a brûlé, une flaque de suif s’étale, la mèche carbonisée fume encore, pour peu de temps. Le passage de l’année morte à l’année nouvelle (très neuve cette année, si l’on doit se fier au neuf qu’elle contient) me fait toujours penser à l’escalade d’une pente, d’une éminence, pas grise, plutôt sombre, dans la neige, des sapins alentour, discrets en arrière-plan. On arrive au sommet, on bascule et on redescend aussi sec, comme dans le passage d’un col du Tour de France. Les années sont comme des vallées, ressemblant à des cuvettes où sont rangés les 365 ou 366 jours, bien sagement alignés, comme autant de cases qui se rempliront d’on ne sait trop quels événements toujours un peu vains au regard du temps.

      Et l’on se prend à resonger à l’année 2008 qui jamais ne reviendra. Vallée au loin s’enfuyant, cuvette posée à côté d’autres cuvettes… Vu du ciel, cela ressemble à une ruche et ses alvéoles, où les abeilles de notre imagination s’agitent en tous sens afin d’en tirer leur miel.

 

        (1er janvier 2009)

 

Ruche.jpg

  

23/01/2009

Y, le pays du choix impossible

    Y, le village où l'on reste hypnotisé devant un choix à jamais impossible. On est au carrefour pour toujours, incapable de déterminer la voie qu'il faudrait emprunter...

    Ou bien... Y, le village dont le nom-lettre ressemble à un décolleté, le village d'obsédés figés devant des naissances galbées au balcon des gorges, au musée secret des seins à peine dévoilés...

    Ou bien encore... Y, le village aux deux i fondus en un seul, dit grec, le village où l'on entend en passant des cris aigus au fond des chambres, des iiiiiiiiiii suraigus d'enfants hystériques hurlant pour des caprices sans fin....

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Y, Somme, avril 2008, ph.Bruno Montpied

 

22/01/2009

Les galéjades d'un voyageur vouzinois, plus un boucher quelque peu loup-garou...

                   Relevé récemment sur le blog du Petit Champignacien Illustré ce lien vers un collectionneur d'aptonymes qui publie au sein d'articles (par exemple Les galéjades d'un voyageur vouzinois) dans L'Union (Champagne-Picardie-Ardennes) ses moissons de noms prédestinants découverts entre autres dans les Ardennes.

   Et puis pour continuer sur ce thème, je me dois d'insérer avec l'accord de mon correspondant (Joël Gayraud) cette indication érudite sur le patronyme prédestinant d'un boucher qui officie dans le 9-3:

Cher Bruno,

 

    Voici un nom prédestiné comme tu les aimes : Luc Fauveaux, boucher.

C’est le patronyme d’un excellent boucher de Parmain (Val d’Oise) qui officie tous les dimanches au marché couvert de Saint-Ouen. Loin d’être faux, son veau est des plus authentiques, mais surtout, dans Fauveaux, il y a fauve, et le prénom Luc n’est autre que le nom du loup (lukos) en ancien grec. Ce qui explique sans doute que son étal soit toujours bien pourvu en gigots, épaules et côtes d’agneau…

           

    Amitiés,

    Joël"

 

    Oui, mon honorable correspondant écrit "nom prédestiné". Je lui pardonne cependant, tout en soulignant l'aspect inadéquat du terme, car pour moi, c'est le nom qui prédestine celui qui le porte vers des tâches, des métiers, des actions, des comportements qui sont en rapport avec, ou tout au rebours, qui l'en éloigne par esprit de résistance, de révolte, de réaction face à cette prédestination (comme dans l'exemple de ce Boucherie qui tient une imprimerie à Bordeaux que j'ai déjà insérée plus avant sur ce blog...).

 

17/01/2009

Autoportrait cauchemardesque

    Autre expérimentation, la photographie numérique modifiée. Un "Baron Samedi" (inspiré du panthéon vaudou) surgit tout à coup...

Baron Samedi 1, mars 2008 (autoportrait modifié).jpg
Bruno Montpied, Baron Samedi I, photographie numérique modifiée, 2008

13/01/2009

De Rien à l'Usine

    Un nouveau vernissage à la galerie associative l'Usine, 102 boulevard de la Villette, 19e arrondissement. Une exposition, des films, des lectures, tout cela pour fêter la réédition des 50 numéros de De Rien. Je parie qu'un grand point d'interrogation se dresse immédiatement autour de vos crânes, voltigeant de ci de là dans votre intérieur bien douillet. Sachez qu'il en est de même pour moi. Je n'ai jamais entendu parler de ce De rien. Et dire qu'ils ont déjà 50 numéros à leur actif... Oserai-je me pointer à cet anniversaire de peur de devoir y trahir mon ignorance bien entendu coupable?

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    Quelques noms ou mots cités sur le carton d'invitation, Guénolé Azerthiope (créateur d'objets humoristiques dont on entendait parler à un moment dans Les papous dans  la tête sur France Culture)... le musée Dupuytren (ses monstres dans le formol, son mystère...)... Stéphane Mahieu (auteur d'ouvrages fort plaisants chez l'éditeur Gingko comme Le phalanstère des langages excentriques -2005-, ou Le Petit Manuel de littérature d'Outre-tombe -Anthologie des tables tournantes- (2008)... André Stas, membre influent des Cahiers de l'Institut (dont nous reparlerons bientôt)... Autant d'indices que peut-être il faut oser se pointer là-bas samedi 17 ou dimanche 18, ignorance ou pas...

10/01/2009

Surréalisme actuel, une expo au Portugal

    Je viens de recevoir en même temps que ses voeux pour 2009, de la part de Miguel de Carvalho, l'annonce d'une exposition internationale à Lagoa (Portugal) consacrée au "surréalisme actuel". Cela s'intitule Iluminaçoes descontinuas (Illuminations discontinues sans doute). Voir ci-dessous l'invitation, pour ceux qui seraient tentés de faire le voyage, ou pour ceux qui ne sont pas loin. Ajoutons qu'en France, on peut se demander pourquoi aucun lieu ne se présente pour entreprendre le même genre de manifestation avec les groupes de poètes et créateurs qui se revendiquent en France et à l'étranger d'un surréalisme continué (la Halle St-Pierre par exemple pourrait être toute désignée pour ce genre de projet à Paris):

Convites Iluminacoes Descontinuas.jpg
    Voici la liste des participants (présentée de façon un peu fastidieuse, je m'en excuse, mais c'est pour que certains y retrouvent des figures connues d'eux, ou pour que les commentateurs style "Unevilleunpoème" se convainquent qu'il ne s'agit pas là d'une expo surréaliste spécifiquement portugaise):
 

Alcota, Aldo (Grupo Derrame) (Chile), Arrabal, Fernando (Espanha), Ávila, Sara (Brasil), Beneyto, António (Espanha), Berger, Cristian Arregui (Grupo Derrame) (Chile), Bervoets, Jan  (Holanda), Bordese, Marcelo (Argentina), Bubenik, Josef (Grupo Styr Up) (Rep. Checa), Budik, Arnost (Grupo Styr Up) (Rep. Checa), Carvalho, Miguel de (Portugal), Corsiglia, Laura (Canada), Desrozier, Gilles (França), Dubois, Lou (França), Ducornet, Guy (França), Duvall, Jan Schlechter (Indonesia), Filipová, Linda (Grupo Styr Up) (Rep. Checa), Fox, Kathleen (Africa do Sul), Gamboa, Manuel (Portugal), Gazel , Amirah (Costa Rica), Girard, Guy (França), Gonçalves, Eurico (Portugal), Graubard, Allan (EUA), Guedes, Estela  (Portugal), Hausner, Beatriz (Chile), Henao, Raul  (Colombia), Hernandez, Rodrigo (Grupo Derrame) (Chile), Huerta, Miguel Angel (Derrame) (Chile), Kerndl, Lubomir (Grupo Styr Up) (Rep. Checa), Kremlacek, Josef (Grupo Styr Up) (Rep. Checa), Kubicek, Vladimir (Grupo Styr Up) (Rep. Checa), Labrin, Jorge Leal (Chile), Leite, Paulo (Grupo Surr. São Paulo) (Brasil), Lemos, Fernando (Portugal), Lima, Sergio (Grupo Surr. São Paulo) (Brasil), Lina, Rik (Holanda), Lohlé, Miguel (Argentina), Luz, Alfredo (Portugal), Marques, Maria Regina (Grupo Surr. São Paulo) (Brasil), Martins, Carlos (Portugal), Moraes, Deusdedit de (Grupo Surr. São Paulo) (Brasil), Mota, Rodrigo (Grupo Surr. São Paulo) (Brasil), Moya, Pastor de (Republica Dominicana), Nogueira, Luisa (Portugal), Pajurek, Vaclav (Grupo Styr Up) (Rep. Checa), Peixoto, Seixas (Portugal), Perez, Raul (Portugal), Pessoa, Heloisa (Grupo Surr. São Paulo) (Brasil), Piza, Zdenek (Grupo Styr Up) (Rep. Checa), Puga, Alejandro (Argentina), Rasteiro, João  (Portugal), Roque, Fátima (Grupo Surr. São Paulo) (Brasil), Santiago, Enrique de (Grupo Derrame) (Chile), Sardan, Zuca (Grupo Surr. São Paulo) (Brasil), Searom, Anasor ed (Brasil), Simpson, Gregg (Canada), Tentindo, Virginia (Argentina), Vancrevel, Laurens  (Holanda), Verdugo, Rodrigo (Grupo Derrame) (Chile), Vlad, Sasha (Romenia), Vorel, Ondrej (Grupo Styr Up) (Rep. Checa), Vries, Her de (Holanda), Wald, Susana (Hungria), Welson, John (Inglaterra), Wolf, Jan (Grupo Styr Up) (Rep. Checa), Zeller, Konrad (Grupo Surr. São Paulo) (Brasil),Zeller,Ludwig(Chile)

 

    Je reconnais certains comme Guy Girard, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler, ou encore Guy Ducornet, et le collagiste Lou Dubois, ces deux derniers participant par ailleurs à la revue Supérieur Inconnu de Sarane Alexandrian (qui a sorti récemment un très bon numéro spécial à signaler sur le thème du rêve, au printemps-été 2008), ou encore Sasha Vlad, créateur amateur d'expérimentations surréalistes collectives par delà les océans, Jorge Leal Labrin, peintre chilien dont je n'ai plus de nouvelles depuis longtemps...


 

Les "peintures idiotes" d'Anne Marbrun

    Je ne sais que peu de choses d'Anne Marbrun. Des textes d'elle ont été publiés de ci de là en plaquettes et recueils chez divers petits éditeurs secrets (comme L'Oie de Cravan à Montréal, Wigwam Editions à Rennes, L'Escampette à Chauvigny -où, on l'espère, on n'est pas chauvigniste). Autrefois, aux éditions A la Fée Verte, éphémère maison d'édition de Joël Gayraud, je me souviens qu'il y eut aussi un texte d'Anne Marbrun, La Petite (édité en 1983). Qui est désormais disponible à L'Oie de Cravan. Est-ce la même Anne Marbrun qui a également publié un roman sur la Commune, Le sang des cerises? Il semble que oui.

Anne Marbrun, la petite, éd. L'Oie de Cravan.gif
     Une courte prose, La souris verte, vient d'être insérée dans le dernier numéro (le 11) des Cahiers de l'Umbo (et non pas de Dumbo, petits plaisantins). Cest du reste l'animateur de cette revue, Jean-Pierre Paraggio, qui vient de m'envoyer des dessins colorés (j'aime le dessin, moins les couleurs) de cette même Anne Marbrun qui paraît-il les présente comme ses "peintures idiotes". Sans doute ne faut-il voir là que le désir de raccrocher le wagon de Rimbaud qui disait aimer, dans un texte célèbre, les peintures dites "idiotes", les enseignes, etc...
Anne Marbrun, Le chagrin du dromadaire,2008.jpg
Anne Marbrun, Le chagrin du dromadaire, 2008
     Toujours est-il que comme l'indique Paraggio, jamais en retard d'une métaphore, ces dessins ont effectivement à voir avec l'horizon de ce blog. Aux lecteurs d'en juger. Si ça colle avec leurs propres horizons, territoires, et plus, si affinités...
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Anne Marbrun, Concert marin, 2008

09/01/2009

Le Griffonneur de Rouen, petit addendum

    David a eu la gentillesse de nous adresser une mise à jour de l'adresse URL du blog consacré au "Griffonneur de Rouen", blog toujours intitulé "Playboy Communiste". Nous l'avions évoqué dans notre note du 21 juin 2008. Grand merci à lui et avis à tous ceux que ce personnage hors du commun, ainsi que ses inscriptions, intéressent.

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Graffiti d'Alain R., Rouen, photo B.Montpied, octobre 2005

Alain R., photo Bruno Montpied, 2005jpg
Alain R., Rouen, photo B.M. octobre 2005

07/01/2009

Dictionnaire du Poignard Subtil

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CIBLE:

   "LA FLECHE ET LA CIBLE

    Le sultan invita un jour Nasreddine à assister à un concours de tir à l'arc.

    L'émir Imadeddine, chef de la garde royale, se présenta, banda son arc et lança sa flèche, qui alla se ficher au milieu de la cible.

    - C'est ainsi que tire l'émir Imadeddine! dit-il fièrement, avant d'aller s'asseoir.

    L'émir Salaheddine, commandant de l'infanterie, tira à son tour en plein milieu de la cible.

    - C'est ainsi que tire l'émir Salaheddine! proclama-t-il.

    Les grands guerriers défilèrent et touchèrent tous la cible, chacun annonçant son propre nom avec orgueil.

    Le sultan regarda Nasreddine, qui se leva doucement, prit une flèche et la tira au hasard. La flèche se planta dans un arbre.

    Nasreddine se dirigea dignement vers l'arbre, et dessina un cercle parfait autour de sa flèche ; puis il bomba le torse et proclama:

   - C'est ainsi que tire Nasreddine! "

   (Sagesses et malices de Nasreddine, le fou qui était sage, tome II, contes choisis par Jihad Darwiche, Albin Michel, 2003)   

05/01/2009

Maison folle, suite

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Le Crazy House Hotel, photo Gilles Macé

    Comme se sont empressés de me le signaler à la fois Sasha Vlad depuis la Californie et R.R. depuis le XIe arrondissement (merci à eux), j'aurais pu passer par Google plutôt que de lancer à la cantonade mes questions sur la maison folle vietnamienne. Tout est sur Google, et c'est triste quelque part, il ne reste vraiment plus qu'à trier. Ce qui nous laisse certes un bon gros travail. Mais on dirait que plus rien n'échappe à la Toile dans cette foutue réalité. On ne trouvera plus aucune surprise rien qu'en se servant de ses pieds (peut-être que je dis ça en pensant au commentaire de "Valérie A."; et bien sûr que j'exagère) au détour d'un chemin. Plus de terres vierges. A moins d'aller sur la planète Mars, ce qui ne saurait tarder (il faudra bien après le Japon, la Chine et le canton de Fribourg y aller chercher de l'art brut là-bas aussi, une fois tous les filons épuisés sur notre bonne vieille Terre).

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Autre photo de Gilles Macé du sommet de l'édifice

    Alors voici: cette "Maison Folle", qui a l'air d'un décor de film expressionniste allemand, est connue sur Google sous le nom de Crazy House. C'est un hôtel, bâti semble-t-il à partir d'un arbre. Plus un hôtel-arbre, ai-je lu, qu'un hôtel bâti dans un arbre. L'auteur est une architecte diplômée, donc a priori plutôt savante. elle se nomme Hang Nga, et serait la fille d'un président du Vietnam des années 80... Tout ce qu'il y a de plus respectable, comme on voit... Cette filiation lui aurait permis de garantir l'édification de ce bâtiment fort insolite poétique et naïf, tout en assurant sa pérennité, bâtiment qui n'est pourtant pas sans rappeler les architectures molles et psychédéliques des babas californiens, et loin des critères esthétiques du réalisme socialiste...

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Tout en haut, il y a un visage (photographe non identifié)

    Toutes les agences de voyages qui se respectent ont le Crazy House Hotel dans leur programme d'excursions. C'est situé à Dalat, dans le sud du Vietnam, près d'Ho Chi Minh Ville (anciennement Saïgon). Son aspect est véritablement enthousiasmant, et je ne sais pas si on ne pourrait pas rapprocher cette demeure ultra romantique de l'immense terrain de récréation de Nek Chand en Inde à Chandigarh. Il y a quelque chose du belvédère chaotique d'un parc décoré de rocailles et de fausses grottes dans cette Crazy House vietnamienne. On visite l'endroit, on peut y loger (comme en France on trouve des hôtels dans des demeures troglodytiques). Chaque chambre est sous le signe d'un animal, ours, fourmi, kangourou ou tigre, représenté par une statue plutôt volumineuse à chaque fois. Les fenêtres sont toutes biscornues, aucune n'est droite. La courbe, le sinueux, l'échancré règnent là en maîtres absolus. Taper Crazy House si vous ne me croyez pas.

Maison folle 10, ch de la fourmi gilles Macé.jpg      Maison folle 9, ch de l'ours gilles Macé.jpg  Maison folle 6, chambre du tigre gilles Macé.jpg
Chambres de la fourmi, de l'ours et du tigre ; Photos Gilles Macé

03/01/2009

Info-Miettes (2)

Claude Tarnaud, photo transmise par la galerie Nuitdencre64.jpg       La galerie Nuitdencre64 au 64 de la rue Jean-Pierre Timbaud dans le XIe ardt à Paris expose Claude Tarnaud né en 1922 et disparu en 1991. Il s'agit d'un poète surréaliste peu connu, c'est donc l'occasion d'en apprendre un peu plus sur lui. Sa rencontre avec les surréalistes réunis autour de Breton paraît avoir été éclair (1947-1948). Il fut lié à Brauner, Sarane Alexandrian, Stanislas Rodanski. Il semble avoir exécuté une bonne partie de son oeuvre plastique à partir de 1969 après une installation dans le Vaucluse. Là naîtront plâtres "greffés", divers objets, des collages, des oeuvres à la cire ou au brou de noix, des encres... Plusieurs livres de lui ont été réédités à L'Ecart Absolu. Expo de sculptures, peintures et manuscrits prévue pour durer du 19 décembre 2008 au 10 février 2009. 

Danielle Jacqui, détail de sa maison ph Geneviève Berg communiquée par Jean-Pierre Paraggio.jpg    La "modeste collection" de Danielle Jacqui, "résultat d'une aventure qui dure depuis 40 ans" va être exposée dans la salle Fabre à Roquevaire-en-Provence "face à l'église" du samedi 1O janvier prochain à la fin de semaine suivante. Le vernissage a lieu à partir de 11h30 le samedi, ce qui est une information des plus essentielles. Beaucoup de noms au sommaire de cet accrochage, qui réunit sans doute tous ceux qui firent des échanges avec Danielle Jacqui tout au long de sa vie. Au hasard: Raymond Reynaud, Monique Goutte, Claudine Goux, Chichorro, Karamanoukian, Gérard Sendrey, Yvon Taillandier, John Maizels, Martha Grünenwaldt, Claudette Espallergues, Jaber, Jean-Jacques Predali, Bernadette Nel, Roger Ferrara, Marie Morel, Alain Pauzié, etc., "+ des nuls à HIE, que j'adore!", comme l'écrit Danielle Jacqui sans trop expliquer à qui elle songe en disant ces trois lettres un peu violentes... En dehors de cette exposition, Danielle Jacqui continue d'oeuvrer sur son "Colossal d'art brut", projet de décoration à base de céramique pour la gare d'Aubagne. (A noter que sur le site en question, elle reviendra sur ce qu'elle désigne par "nuls à (ch)IE(r)". Il s'agit des peintres de croûtes qu'on trouve sur les vide-greniers, avec leurs disproportions, leurs maladresses. Je sais que Danielle Jacqui fait des distingos même au sein de cette production. Elle m'a montré un jour une petite toile naïve qui était très poétique -Note du 17 février 2009).

Danielle Jacqui, détail de sa maison peinte, ph.Geneviève Berg.jpg
Danielle Jacqui, détail pris sur sa maison décorée à Roquevaire, ph.Geneviève Berg, communiquée par Jean-Pierre Paraggio

Paul DUCHEIN.jpg     De son côté le musée de la Création Franche à Bègles (Gironde) ne chôme pas et a décidé d'exposer les boîtes faites d'assemblages oniriques de Paul Duchein. Il est difficile de passer après Joseph Cornell et tant d'autres amateurs de la mise en boîte. Paul Duchein, esthète raffiné, y arrive en se servant de sa culture qui est grande et en tirant parti de ses goûts pour les belles choses. Un petit catalogue paraît à l'occasion de cette expo qui se tient du 12 décembre 2008 au 25 janvier 2009.

Paul Duchein,la chambre de Mozart, 1990, musée de la Création Franche.jpg
Paul Duchein, la chambre de Mozart, 1990, extrait du catalogue publié par le musée de la Création Franche

 

Peinture de Ignacio Carlés-Tolra.jpg    Ignacio Carlés-Tolra, vieux routier des arts singuliers, comme il est un créateur suisse, peut être accepté par le musée d'art brut suisse Im Lagerhaus de Saint-Gall (en Suisse orientale) qui ne s'occupe que des créateurs suisses à 100%... (Ca me rappelle l'Espace Hérault à Paris dans le quartier de la Huchette autrefois qui n'exposait que des artistes nés au sud de la Loire, ça faisait du monde, ils pouvaient exposer jusqu'à la Turquie par exemple mais pas les gens du Nord -qui ont pourtant dans le coeur la chaleur qu'il n'y a pas dehors, comme disait Enrico). Pour l'anniversaire de ses vingt ans d'existence (à  ce que je crois avoir compris, car les informations qu'ils m'envoient sont en allemand, langue que je ne comprends absolument pas), le musée a invité Carlés-Tolra à monter quelque chose comme une rétrospective semble-t-il. Du 1er décembre 2008 au 16 mars 2009.

Fritz Frischknecht, Alpfahrt,1972.jpg    Les 20 ans du musée "Im Lagerhaus" (au fait sur ce musée, au tout début de ce blog, j'avais fait une note, voir ici) permettent aussi à ceux qui pourront faire le voyage jusqu'à St-Gall de découvrir la peinture naïve de l'Appenzell-Toggenburg, cette région qui s'étend au pied de la montagne magique du Säntis. Parmi les tableaux produits par les artistes autodidactes de ces contrées, on retrouve souvent des transpositions des paysages d'alpages aux verts soutenus communs dans ces régions, où sont semés, piquetant le paysage comme des masses et des formes plus ou moins abstraites peuvent piqueter l'espace d'une composition en apparence abstraite, les prés clôturés, les fermes, les vaches, les chemins blancs... Ces pentes douces sont proches du promeneur, j'ai pu le constater au cours du voyage que je fis en Suisse en 2007, comme des tableaux déjà tout faits dressés sous le ciel, immenses ready-made étendus aux dimensions d'un paysage entier. 

Gaston Savoy, collection de l'Art Brut, Lausanne.jpg    Après les Japonais (et peut-être bientôt les Chinois?), la Collection de l'Art Brut de Lausanne va se retourner un petit peu vers son versant plus intime, à savoir l'art brut présent dans le canton de Fribourg. Et ce, du 6 février au 27 septembre 2009, autant dire qu'on aura le temps d'aller y faire un tour. Ce sera aussi l'occasion d'établir (pour la première fois il me semble, Dubuffet va peut-être même se retourner dans sa tombe!) une confrontation "expérimentale" (dixit le site web de la collection) des oeuvres de dix créateurs fribourgeois (de découverte récente) avec des oeuvres d'art religieux, populaire et ethnographique de cette même région de la Suisse (à mon sens, excellente initiative qui aurait pu être tentée depuis belle lurette). A signaler que la Collection a collaboré récemment (de septembre à novembre 2008) avec le musée Im Lagerhaus pour une expo en prêtant des oeuvres entre autres du Prisonnier de Bâle, de Hans Krüsi, etc. Un catalogue sur l'art brut dans le canton de Fribourg devrait paraître à l'occasion de l'expo, de même qu'un film de Philippe Lespinasse, devenu cinéaste officiel de la Collection, on dirait... Les créateurs présentés sont au nombre de dix dont Marc Moret, Lydie Thorimbert, Maurice Dumoulin, Gaston Savoy (on dirait un clone de Hans Krüsi, avec ses défilés de vaches poyesques), Piere Garbani, Eugénie Nogarède.

galerie Dettinger Int2.jpg    La galerie Dettinger-Mayer de son côté a décidé de montrer au tournant des deux années 08 et 09 un patchwork des artistes qu'elle défend depuis plusieurs années, photographie africaine, art tribal, peintures et dessins en confrontation: il y aura jusqu'au 31 janvier des oeuvres de David Braillon, Evaristo, Evelyne Postic, Ruzena, Pascal Zoss, Fred Deux, Bernard Pruvost, Louise-Anne Koeb, Zahra Toughraï, Marilena Pelosi, Ariel, Aurélie Gaillard, Estela Torres et des photographes africains comme Sanlé Sory ou Tidiani Shitou, etc.

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Louise-Anne Koeb, Sans titre, Galerie Dettinger-Mayer

Maison folle au Vietnam

    Qu'est-ce que j'aperçois l'autre jour chez Tschann (entre nous la meilleure librairie de Paris)? Un numéro récent de la Quinzaine littéraire qui s'étalait dans un coin, attendant sagement que je tourne mes yeux vers la photo que la rédaction avait mise en couverture exprès pour les lecteurs du Poignard Subtil:

La-maison-folle,-Vietnam,-Louis-Monier-Quinzaine-Littéraire-déc-08.jpg
     L'image, due au photographe Louis Monier, connu pour ses photos d'écrivain, provient d'un livre dont le journal fait un bref compte-rendu dans ce n°982 du 16 au 31 décembre 2008, Vietnam, Impressions chez Timée éditeur. Peu d'indications sur l'emplacement géographique de cet édifice qui fait vaguement penser par analogie à la colonne sciemment tronquée et voulue en ruine du Désert de Retz en région parisienne. Le journal se contente de légender la photo "La Maison folle" et de la situer donc au Vietnam. Avis aux internautes qui voudraient bien nous en apprendre davantage... 

01/01/2009

Voeux

Farbus,-Don-Quichotte-sorta.jpg
(Détail d'une fresque murale sur le pignon d'une maison à Farbus (Pas-de-Calais), signalé par Mme M-P.Griffon de l'Echo du Nord-Pas-de-Calais, peintre Guy Hejnal ; ph. B.Montpied, octobre 2008)

30/12/2008

Un album d'images en étrennes virtuelles

   Voici un petit album concocté avant que l'année brûle ses dernières gouttes de suif.

Bruno Montpied, dessins encre, mine de plomb et pastel, 2008
(l'album peut aussi se lire, à une taille légèrement plus grande, dans la colonne de droite de ce blog, voir à ALBUMS PHOTOS)

27/12/2008

Le Graffiti de tranchées dans le Soissonnais

 

Le graffiti des tranchées, couverture, éditions Le Soissonnais 14-18.jpg
Achevé d'imprimer en octobre 2008

     Un très bel ouvrage historique est paru il y a peu, cet automne 2008, sur les graffiti des tranchées et plus précisément sur ceux des carrières du Soissonnais où les Poilus de l'armée française se reposaient ou étaient casernés, en alternance avec leurs homologues allemands, au gré des avancées et des reculs des deux belligérants. On a retrouvé également des traces du passage de soldats américains dans ces fameuses carrières, où régnait une pénombre trouée de l'éclat de multiples chandelles jetant sur les parois de ces grottes des lueurs et des ombres propices aux caprices de l'imagination.

Carte postale, Napoléon,la République victorieuse, guerre 14-18.jpg
Carte postale du temps (pas éditée dans le livre "Le Graffiti des Tranchées"), "Dans les carrières du Soissonnais, sculptures par nos soldats artistes. Napoléon et la République victorieuse...", coll.B.Montpied

     Personnellement, j'ai découvert vers 1988 l'existence des graffitis de soldats, notamment au Chemin des Dames, grâce à la visite que je fis à l'époque au Musée des Graffiti Historiques de Verneuil-en-Halatte, situé dans l'Oise et animé par Serge Ramond (je m'en suis ouvert notamment dans l'article Un musée des graffiti dans l'Oise, dans Artension n°8 (deuxième série), mars 1989).graffito représentant Paris, gravé dans une carrière du Chemin des Dames en 14-18, musée Serge Ramond.jpg Ce dernier avait moulé les graffiti incisés dans le tuf des carrières par les Poilus qui allaient parfois jusqu'à dégager de grandes portions de la roche, la creusant, l'évidant jusqu'au bas-relief, jusqu'à la sculpture en trois dimensions. Son musée avait fort belle allure, car Serge Ramond avait reproduit les empreintes positives des graffiti d'origine à partir du plâtre qu'il coulait dans ces moulages. Il leur donnait ensuite une teinte pour leur conférer l'illusion des originaux.graffito dans une creute du Chemin des Dames en 14-18, la liberté quittant le monde, musée Serge Ramond.jpg L'éclairage oblique et rasant dans des salles sombres achevait de donner au visiteur l'impression de se retrouver dans les mêmes conditions que les chercheurs de graffiti au fond des oubliettes, des cachots et des carrières. Ramond avait ainsi sauvé de la destruction et de l'oubli (car il y avait, il y a encore, beaucoup de vandalisme dans ces souterrains)  un certain nombre de graffiti étonnants. Le musée, aujourd'hui rebaptisé Musée Serge Ramond, possède plus de 3500 moulages. Il ne s'arrête pas aux graffiti de 14-18 mais va bien au delà.

Le graffiti des tranchées, la Poisse, ph. Association Soissonnais 14-18.jpg
Graffito montré dans le livre édité par Soissonnais 14-18, "La Poisse"... ; photo Association Soissonnais 14-18

     J'en reviens au livre Le Graffiti des tranchées édité par l'Association Soissonnais 14-18. Curieusement, aucune  mention n'y est faite du musée et des sauvetages de Serge Ramond, pourtant entreprise parallèle à la leur. Le graffiti en lui-même n'occupe que la seconde moitié de l'ouvrage, la première étant réservée à des courts textes relatifs à des événéments chargés de restituer l'ambiance de l'époque dans cette boucherie absurde que fut la dite "Grande" Guerre. Ce qui n'est pas inintéressant mais laisse tout de même sur sa faim l'amateur pur et dur de graffiti. La perspective des auteurs est avant tout historique, et patrimoniale. L'association a beaucoup fait pour qu'on préserve les graffiti in situ. Certains d'entre eux sont placés en vis-à-vis dans leur état actuel et dans l'état où les ont conservés les cartes postales en noir et blanc de l'époque. Ces dernières se sont en effet intéressées aux Poilus comme elles se sont intéressées par ailleurs aux sites d'art fantastique populaire. Là aussi, elles s'avèrent une source documentaire fort précieuse.

Carte postale 14-18,la nymphe d'Aveluy, coll.B.Montpied.jpg
Carte postale, "La nymphe d'Aveluy", coll.B.M.
Le graffiti des tranchées, ph. Association Soissonnais 14-18.jpg
Quatre profils de femmes taillés dans la roche des carrières, ph. Association Soissonnais 14-18

    Diverses cartes ont immortalisé ainsi les réalisations sculptées des soldats durant leurs temps de répit entre deux assauts, entre deux coups de dés à la vie à la mort. Et ce ne sont pas des graffiti exceptionnels qui sont montrés mais plutôt la trace d'un moment émotionnel intense, le souvenir d'êtres engloutis dans le carnage et l'oubli du temps, morts pour servir l'indépendance d'un pays en butte à l'emprise d'un autre, hommes jetés en pâture au néant par des officiers absurdement tenaillés par des visions grandioses d'"offensive à outrance" (théorie du général de Grandmaison en 1914).

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Inscription figurant dans "Le graffiti des tranchées": "La guerre finira à la fin du monde", ph. Association Soissonnais 14-18

     Les auteurs de ce livre, semble-t-il le premier ouvrage historique à traiter des graffiti des tranchées, on le sent bien, n'ont pas beaucoup de sympathie pour la guerre qui a dévoré les hommes. Leur souci premier est avant tout l'évocation des êtres humains qui ont souffert de cette tragédie, leur tourment étant d'effacer au maximum l'angoisse que ces hommes dont ils recherchent une trace la plus tangible, la plus étoffée possible, aient pu mourir sans qu'on les reconnaisse, sans que leur souvenir ait été fixé. Leurs graffiti sont cette expression qui permet d'étayer leur présence qui nous hante. Expression pour les auteurs du livre, au delà d'être un art.

Pour trouver où se procurer le livre (43 €), on trouvera tous les renseignements utiles en cliquant ici: sur l'association Soissonnais 14-18 (adresse, bon de commande...)

24/12/2008

Feu de joy...eux Noël

Transmis par Jean-Pierre Paraggio cette carte postale de circonstance.

christmas_postcard.jpg

21/12/2008

Gasp! Grand rassemblement en Gaspésie

    Alors Antoine Peuchmaurd a brisé le silence qui entourait l'origine des sculptures qui ornent la couverture du recueil d'Alice Massénat (voir ma note précédente) en m'indiquant le nom de leur auteur et le lieu où elles se trouvent... Le sculpteur s'appelle Marcel Gagnon. Il semble qu'on puisse le ranger parmi les patenteux contemporains du Canada (ces créateurs analogues à nos inspirés du bord des routes qui bricolent dans leurs jardins des statues naïves, des girouettes et des vire-vents, des maquettes, etc., et qui contrairement aux inspirés européens ne dédaignent pas de les vendre, ce qui met un peu de beurre dans leurs épinards... S'il y a des épinards au Canada). Il a façonné à partir de 1986, en béton armé plus qu'en bois semble-t-il, 80 statues sans bras ni jambes, juste sommées d'une tête ultra simplifiée, qu'il a installées au bord du Saint-Laurent, ce fleuve-estuaire-bras de mer qui ressemble à une mer intérieure. En 2003, il a augmenté ce nombre jusqu'à une centaine de statues. Le tout s'intitule "Le Grand Rassemblement".

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Statues de Marcel Gagnon émergeant des eaux, photo Rolf Hicker

     Cela se trouve à Sainte-Flavie à l'ouest de la Gaspésie (à l'opposé de la zone où se trouve le Rocher Percé cher à Breton). Marcel Gagnon a un site web où lui et son fils Guillaume font en bons professionnels leur pub pour leurs peintures, sculptures et livres (Gagnon a écrit une histoire à destination de l'enfance sur un "petit prince de Ste-Flavie", ça rappelle quelque chose..., petit prince qui semble vivre sous la mer). Les peintures ne m'enthousiasment guère, c'est assez gentillet. Il y a un restaurant aussi, un gîte, le lieu s'appelle lui-même Centre d'Art Marcel Gagnon. Tout cela respire le bonheur, le tourisme écologique (la Gaspésie, c'est immensément sauvage et pas très peuplée), une poésie de fleur bleue...

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Les statues paraissent être tantôt en bois, tantôt en ciment (je leur trouve un faux air de statues de Lui Buffo, voir le Musée des Amoureux d'Angélique dans ma note du 28 août 08) ; photo Alex Nad

    Il y a surtout ces statues qui, comme me l'a écrit Antoine Peuchmaurd, viennent du fleuve (car moi au début je les voyais plutôt partir vers l'eau) qui dans ces parages est touché par la marée, ce qui fait que les figures sont périodiquement recouvertes par les eaux. Le créateur a-t-il pris en compte l'usure, le polissage qu'entraînera inéluctablement la baignade répétée de ses statues les plus avancées dans le fleuve? Sans nul doute. Depuis 1992, il a également confectionné des radeaux qui transportent d'autres effigies sculptées en bois cette fois, ballottées de ci de là sur le St-Laurent. Les différents éclairages de la journée, et ceux que l'auteur a installés pour la nuit, qui les métamorphosent continuellement, la situation insolite  de ces statues dans un tel contexte naturel sauvage militent pour l'étonnement de ceux qui les découvrent et en font tout le prix. La maison de Marcel Gagnon dont la photo traîne sur internet dans des souvenirs de voyage paraît elle aussi fort insolite, non dénuée de charme (elle montre que M.Gagnon paraît plus à l'aise en trois qu'en deux dimensions). Sa position par rapport au centre d'art n'est pas précisée. A noter enfin que ce site ne paraît pas avoir intéressé les animateurs de la Société de l'Art Indiscipliné. 

Maison de Marcel Gagnon, ph. Alex Nad.jpg
Maison de Marcel Gagnon, photo Alex Nad

19/12/2008

Une forêt brute cachée derrière des poèmes?

    Les éditions Simili Sky de Véronique Loret éditent depuis quelque temps des plaquettes de poésie aux couvertures à chaque fois illustrées d'une photographie (quatre plaquettes parues, dues à Eric Ferrari, Pierre Peuchmaurd, Laurent Albarracin, et Alice Massénat). Les amateurs de poèmes contemporains y trouveront là de quoi satisfaire leur goût d'une poésie exigeante, tandis qu'en ce qui me concerne, j'avais l'oeil plus particulièrement attiré par une photographie insérée sur le recueil d'Alice Massénat, Ci-gît l'armoise.

Simili Sky, sa collection de recueils de poèmes.jpg

    

 

Simili Sky, couverture de Ci-gît l'armoise d'Alice Massénat, 2008.jpg

     Cette image a été prise, renseignements pris auprès de Véronique Loret, par Antoine Peuchmaurd, animateur et auteur de deux blogs, la Vie Palpitante d'Antoine P., ainsi que Le Bathyscaphe (voir ci-contre ma liste de "doux liens"), ce dernier renvoyant à une revue d'aspect fort soigné et de contenu idem. La photo de "l'armoise gisante" intriguera tous ceux que l'intervention dite "brute" sur des matériaux naturels titillant l'imagination interpelle. On a à l'évidence affaire ici à une sorte de land art brut ou je ne m'y connais pas. Antoine Peuchmaurd (qui vit et palpite à Montréal où il est aussi libraire) avait transmis deux photos aux animateurs de Simili Sky (merci à Véronique et Joël de me les avoir retransmises) qu'il a prises sur une côte de la Gaspésie (la région du Rocher Percé cher à André Breton, voir Arcane 17).

 Troncs sculptés en Gaspésie, photo Antoine Peuchmaurd.jpg
Troncs sculptés, Gaspésie, photo Antoine Peuchmaurd (2006)
     On y voit donc des troncs posés comme en lévitation sur des racines émergeant du sol sur un talus dominant la plage. Arbres morts? Et façonnés en tout cas par un créateur dont je ne sais rien pour le moment. Des têtes comme de cadavres, aux expressions douloureuses semble-t-il. L'aspect désert du lieu, sa désolation, ajoutent beaucoup à cette mienne impression. D'autres poteaux placés en arrière-plan, sur la deuxième photo (ci-dessous), sont-ils eux aussi sculptés? Mystère et boules de gomme... (Suite à une prochaine note).
Troncs sculptés, détail de certains d'entre eux, Gaspésie, photo Antoine Peuchmaurd.jpg
Photo Antoine Peuchmaurd, 2006

Pour toute commande, écrire à Simili Sky, c/o Véronique Loret, 9, rue Garibaldi, 93400 St-Ouen. E-mail: v.loret@orange.fr

15/12/2008

Le Gregogna d'Anne Desanlis en DVD

    On vient de m'envoyer l'annonce de la sortie en DVD du film Gregogna, "l'anartiste" par Anne Desanlis (et non pas Séraphine... Desanlis). Je répercute l'info en renvoyant les internautes lecteurs à ma note du 9 juillet 2008 aux fins de précisions sur qui est Grégogna et sur les rapports qu'il entretint un temps avec l'inspiré ardéchois Alphonse Gurlhie. Ce film qui date de 2006, figure dans la filmographie du Petit Dictionnaire Hors-Champ de l'art brut au cinéma (Voir note précédente).

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Contact: Matthieu Lamotte, aaa production, 77, rue de Charonne, 75011 Paris ; T: 01 44 75 70 70, studio@aaaproduction.fr et www.aaaproduction.fr