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30/12/2008

Un album d'images en étrennes virtuelles

   Voici un petit album concocté avant que l'année brûle ses dernières gouttes de suif.

Bruno Montpied, dessins encre, mine de plomb et pastel, 2008
(l'album peut aussi se lire, à une taille légèrement plus grande, dans la colonne de droite de ce blog, voir à ALBUMS PHOTOS)

09/11/2008

Mosaïque d'Isère avant l'hiver, "l'art partagé" de Rives

   

Pierre Albasser, Marianne,1999, ph. Bruno Montpied.jpg
Pierre Albasser, dessin au stylo sur carton d'emballage alimentaire, une Marianne, 1999, coll. privée, ph.Bruno Montpied 

     L'association Oeil'Art de Jean-Louis Faravel organise une grande exposition d'oeuvres venue d'un peu partout, Allemagne, Autriche, Belgique, Finlande, France et Tunisie, à Rives dans l'Isère du 15 au 30 novembre 2008 (c'est la seconde édition). En plus des créateurs convoqués (la liste est longue, j'ai compté 51 noms, 51 images en vignettes pour carrelage sur l'affichette qui sert d'invitation - "carrelage" qui a tendance à devenir envahissant chez les organisateurs de festivals "singuliers", mais qui ne rend pas service aux artistes je trouve, tous s'annulant dans une mosaïque bariolée qui au départ se voulait pourtant hyper démocratique ; résultat paradoxal de ces cartons d'invitation: on ne voit plus personne...), des animations sont aussi organisées au cours de l'expo: une conférence d'Alain Bouillet sur les rapports entre l'art singulier et l'art brut, une autre de Bruno Gérard, l'artiste-enseignant du Centre de la Pommeraie en Belgique (où travaillait Paul Duhem, et où travaillent encore aujourd'hui des excellents peintres comme Oscar Haus, ou Alexis Lippstreu, présents, comme l'oeuvre de Duhem, dans cette expo de l'Art Partagé). Des ateliers de création sont également prévus avec Adam Nidzgorski (tapisseries, tissus cousus) et Bruno Gérard (matériaux divers, peinture).

Adam Nidzgorski, 15 août 2006.jpg
Adam Nidzgorski, une oeuvre de 2006

 

J-C.Philippi, spectres.jpg Jean-Christophe Philippi   

  Parmi les 51, j'ai relevé plusieurs noms dont l'oeuvre m'a déjà passablement retenu à différents moments, Pierre Albasser, Jean-Christophe Philippi, Ruzena (évoquée récemment pour son expo à Lyon en ce moment), Jacques Trovic,Jacques Trovic, tapisserie brodée.jpg Adam Nidzgorski, Gilles Manero,Gilles Manero,dessin au crayon graphite, coll.privée, ph.B.Montpied.jpg Lippstreu et Haus donc, l'incontournable Joël Lorand, Alain Lacoste le patriarche de l'art singulier, Charles "Cako" Boussion, Michel Dave (autre créateur de la Pommeraie), Serge Delaunay (vient d'Art en Marge celui-ci, me semble-t-il), Marie-Jeanne Faravel, Roger Ferrara, Claudine Goux, Martha Grünenwaldt, Josef Hofer (art brut pur jus), Yvonne Robert (chacune de ses oeuvres est un petit récit, l'oeuvre entière est comme un feuilleton éclaté)...

Alexis Lippstreu.jpg
Alexis Lippstreu, photo communiquée par Jean-Louis Faravel
Josef Hofer.jpg
Josef Hofer, photo communiquée par Jean-Louis Faravel (exemple selon moi d'une oeuvre estampillée art brut qui ne dépasse pas par sa qualité les autres oeuvres présentées par exemple dans cette note)
Yvonne Robert, Bonjour sidonie... 2005.jpg
Yvonne Robert, Bonjour Sidonie..., 2005, photo communiquée par Jean-Louis Faravel
 

     S'il faut saluer la volonté de Jean-Louis Faravel d'opérer une sélection exigeante dans le torrent des artistes contemporains qui se parent du terme d'art singulier de façon plus que complaisante (au point qu'il n'y a plus aucune différence entre art contemporain d'arrière-province et art véritablement singulier), peut-on avoir l'outrecuidance de lui suggérer de rompre avec cette mode proche du poncif qui consiste à prendre comme nom pour son association un de ces calembours éculés basés sur l'emploi de la syllabe "art"...? Zon'art, Biz'art-Biz'art, D'art-d'art, Oeil'art, Singul'art, Hazart, Artension, Pan'art (celui-ci j'aurais pu, sacrifiant à la mode du calembour facile, me l'octroyer, vu mon patronyme aisément recyclable en jeux de mots lourdingues, n'est-ce pas Animula, qui se présente pourtant en apôtre de la légèreté -voir un récent échange de commentaires aigre-doux sur son blog),etc... Rompre avec cette tendance serait vraiment faire preuve de singularité en l'espèce... Non? 

"L'Art Partagé", du 15 au 30 novembre 2008, de 15 à 19h tous les jours (entrée libre) à Rives (Isère), Parc de l'Orgère, salle François Mitterrand, (sortie A 48 entre Lyon et Grenoble, parcours fléché, pour ceux qui ont une voiture...). Tous renseignements: Oeil'Art, Jean-Louis Faravel, 33 (0)6 67 01 13 58. oeil'art@orange.fr et http://www.artoutsimplement.canalblog.com.

A signaler que la Galerie Hamer, à Amsterdam, propose du 1er novembre au 13 décembre une exposition où l'on retrouve Alexis Lippstreu.

Alexis Lippstreu.jpg
Alexis Lippstreu, photo communiquée par Jean-Louis Faravel

30/10/2008

Ruzena, les encres de l'autre monde

   Vendredi 31 octobre, rendez-vous au vernissage d'une nouvelle exposition de Ruzena à la galerie Dettinger-Mayer (la première avait eu lieu en 2005, et j'exposais en sa compagnie ; celle-ci est prévue pour durer jusqu'au 29 novembre 2008). On pourra continuer de pénétrer plus avant dans son monde étrange, proche d'une certaine fantasy graphique qui se nourrit aux meilleurs sources des imagiers raffinés, du type Beardsley, Arthur Rackham et autres Edmond Dulac, sans qu'on veuille non plus réduire Ruzena à aucun de ces auteurs, tant elle a su dresser un univers désormais bien personnel, avec ses racines, son tronc et ses branches qui ne cessent de se ramifier en de multiples directions.

Ruzena,La Haine des Autres, 2008 photo Bruno Montpied, 2008.jpg
Ruzena, La Haine des autres, avril-mai 2008, ph.B.Montpied, 2008

     La métaphore de l'arbre ou de la forêt vient rapidement sous la plume lorsqu'on veut évoquer l'imaginaire graphique de Ruzena, tant l'élément végétal est présent dans ces compositions, indépendant des figures humaines, ou parfois fusionnant avec ces dernières. Cet imaginaire est féru de métamorphoses en vérité.Ruzena,photographie ancienne modifiée, ph.B.Montpied, 2008.jpg Souvent tenté par la cruauté et la torture mais surtout empreint d'un humour noir que l'auteur paraît priser avec gourmandise. Elle aime à jouer avec certaines conventions morales. Les bébés sont en danger chez Ruzena, à moins que ce ne soit que l'image du bébé dans nos sociétés qui soit ainsi visée, en raison des ruissellements de mièvrerie et d'idéalisme béat qui lui sont invariablement attachés...Ruzena, photographie ancienne modifiée, 2002, ph.B.Montpied, 2008.jpg Est-ce qu'on peut voir dans ces images d'enfants tarabustés par les homuncules de Ruzena un petit souvenir des Vivian Girls de Henry Darger?

     Apparues ces derniers temps (je lui ai rendu visite dans son atelier récemment, en juillet de cette année), des branches épaisses et ténébreuses, me faisant songer à des cuisses, des fibres musculaires, ou des fuseaux gainés dans des collants noirs, se mettent à serpenter, comme sur l'image qui sert pour le carton d'invitation à l'exposition (ou le dessin ci-dessus intitulé La Haine des autres). Nouveauté qui n'aura peut-être qu'un temps, tant l'auteur paraît avant tout éprise des surprises suivantes que lui apporte son art (elle paraît affamée d'expérimentations nouvelles). J'aime ainsi particulièrement, à la suite d'une autre de ses périodes, des fantômes blanchâtres qui viennent en arrière-plan caresser ou frôler des figures situées au premier plan, peut-être désireux de leur poser des questions qui paraissent les tourmenter secrètement.

Ruzena,dessin sans titre, ph.B.Montpied, 2008.jpg
Ruzena, dessin sans titre, ph B.M., 2008
     Je donne ci-dessous le texte que j'avais écrit pour Ruzena sur le carton de l'exposition la concernant en 2005 chez Dettinger (nous avions écrit mutuellement l'un à propos de l'autre sur nos cartons respectifs):

      "LES BELLES AU BOIS MORDANT

      Où sommes-nous? En forêt? Mais dans une forêt d'enfer où des êtres non nés sont pendus, ficelés, indolents. Hésitant entre l'humain et l'hybride. Irrésolus, ils patientent en attendant d'exister tout à fait. Comme des mouches dans la toile d'araignée de l'Oubli. Derrière eux - futur ou passé? - ce qu'ils n'ont pu choisir d'être : des spectres pâles à la lisière du néant dérivent, les yeux vides, l'air de noyés. C'est le maquis où le végétal le dispute à l'animal, où l'on étouffe. Pourtant tout est normal, terriblement normal, jamais on ne se révoltera.

Ruzena,sans titre, ph.B.Montpied, 2008.jpg
Ruzena, dessin sans titre, ph.B.M., 2008

      Au coeur de cette jungle serpentine sans haut ni bas, sans autre lueur qu'une brume sépia, mauve, verdâtre ou pourpre, observons le muet appel d'avortons qui, si l'on consent à ne plus les garotter, tendent des bras plaintifs vers leurs mères. Celles-ci s'absentent, leurs corps changeant, tantôt branches, tantôt vagues pythons femelles guettés par la morsure des lianes dragonnes.

      Les spectres blêmes gardent cette lente chorégraphie asphyxiée aux promesses d'exsangue éternité."

      (B.M. 2005) 

 

Ruzena,image du carton de l'expo à la Galerie Dettinger-Mayer en novembre 2008.jpg
Ruzena, image du carton d'invitation à l'exposition de novembre 2008

Galerie Dettinger-Mayer, 4, place Gailleton, 69002, Lyon. Tél: 04 72 41 07 80 ; www.galerie-dettinger-mayer.com ; ouvert du mardi au samedi de 15h à 19h30, le matin sur rendez-vous.

26/09/2008

Cramoisi

    Survenu ces temps-ci ce "psychopathe" jouant à la poupée, un roi de la manipulation?

Bruno Montpied,Le psychopathe et ses jouets, 2008.jpg
B.Montpied, Le psychopathe et ses jouets, 15x21 cm, encre, mine de plomb et stylo, 2008

24/09/2008

Connaissez-vous Claire Chauveau?

    Je ne sais pas trop où il faudrait ranger les trois gravures que je mets ici en ligne. Art brut, naïf ou singulier, ou tout simplement inclassable, et séduisant, parlant à la délicatesse et à l'imagination.

    Je suis tombé sur ces gravures lors d'une de ces journées portes ouvertes improbables, où je ne vais généralement pas, de peur d'être rasé de près par les artisteuhs hyper narcissiques se croyant tous sortis de la cuisse de Jupiter parce qu'ils ont la bonne fortune d'étaler un peu de dégoulinade colorée avec plus ou moins d'inspiration et de maestria sur tous les supports de leur choix (allez, je ne vise, on l'aura compris que ce qu'on appelait autrefois les m'as-tu-vu ; a-t-on remarqué du reste à quel point on n'emploie plus ce mot, alors que la chose est pourtant si fréquente?). On m'avait mis au parfum, faut dire. Monelle Guillet et Joël Gayraud m'avaient signalé une "artiste" intéressante dans l'atelier de gravure d'un artiste de leurs amis, André Elalouf.

Claire Chauveau, gravure aux chasseurs, vers 1995, ph.B.Montpied.jpg
Gravure, sans date, vers 1995 ; ph.B.Montpied

    Elle était sur les lieux, dans un atelier de la rue Bichat dans  le 10e ardt, il y a déjà quelques années maintenant. Il était difficile de lui parler. Sa mère très présente à ses côtés répondait pour elle. Quelque chose commençait à se dire, mais la protectrice, sans doute inquiète, venait se superposer à ce discours qui ne parvenait pas â l'esquisse d'une formulation qui aurait eu peut-être - c'est l'impression toute subjective que j'en retirais - besoin de plus de temps pour se déployer.

Claire Chauveau, gravure aux hippocampes, vers 1995, ph.B.Montpied.jpg
Gravure sans titre, sans date, vers 1995 ; ph.B.M.

    En attendant (en attendant quoi?), j'acquis trois gravures où les sujets représentés distillaient une sensation de raffinement enfantin. C'était une scène de chasse avec hommes des bois avec fusil et arc. Plus une autre où l'on découvrait un avion à réaction larguant des bombes à côté, au-dessus, on ne savait trop, d'un Pégase géant (il me semblait reconnaître des souvenirs de mythologie gréco-latine), une chèvre attachée par le licol comme un appât pour un improbable tigre, un ange en robe, des arbres fragiles tentant vaille que vaille de croître dans le vide. Une troisième image représentait dans un médaillon central tout déchiqueté sur son pourtour une scène de chasse à la baleine, comme dans un dessin d'Inuit, avec des hippocampes, ces animaux démodés...

Claire Chauveau, gravure au Pégase, vers 1995, ph.B.Montpied.jpg
Gravure sans titre, sans date, vers 1995 ; ph.B.M.

     Je ne les ai jamais encadrés, jamais accrochés au mur chez moi. Je les garde dans un carton, où je vais les repêcher de temps à autre, les regardant avec reconnaissance pour leur grâce et leur finesse, leur simplicité raffinée. J'ai revu d'autres gravures de Claire Chauveau il y a quelques années à la Halle Saint-Pierre, dans l'espace pompeusement nommé "galerie" entre cafétaria et moignon de collection Max Fourny, au rez-de-chaussée. Le charme n'était plus le même, une certaine sophistication avait remplacé l'élan candide des départs. Comme si avait été conjurée l'immédiateté poétique, un peu étrange, hors-normes, des débuts... Mais peut-être n'est-ce là que suppositions et devrai-je faire place ici, plus tard, à un correctif...

01/09/2008

Un document rare

    Ci-dessous, comme il y est inscrit, un "document rare" retrouvé dans mes dessins relatifs au frottage, technique qu'il ne faut pas rougir d'employer encore, puisqu'elle est entrée dans l'arsenal des outils au service du rêve tangible, comme le collage, le brûlage, la décalcomanie, etc.

Frottage à la mine de plomb,Bruno Montpied, 2002 .jpg
Bruno Montpied, (document rare - frottage de Max Ernst lorsqu'il avait 8 ans), 15 x 21 cm, mine de plomb, 2002

30/08/2008

Dans la série les meilleures cartes postales de l'été

    Cartes postales, petits signes d'amitié durant l'intervalle où nous sommes loin des yeux les uns des autres, il serait juste de vous accorder un peu de place, surtout quand vous supportez un petit effort créatif, bien différent des clichés d'usage (il fait beau, on mange bien, le pays est magnifique)...

   "Une plongée dans l'univers populaire qui t'est cher: à l'époque où a été prise la photo, Matera n'était pas inscrite au "patrimoine de l'UNESCO", ses habitants geignaient sur un air de malaria, menaient une vie brute dans une ville brute, taillée à même le rocher. Et dire qu'aujourd'hui un sculpteur faussement singulier exhibe ses déjections à l'entrée de la ville!"

(Joël Gayraud, août 08)

Carte postale motrant la ville de Matera en 1937, Italie, Archives Historiques Buonsanti.jpg
Vue de Matera dans le sud de l'Italie en 1937, carte postale, Archives historiques Buonsanti

09/07/2008

René-François Gregogna, l'Anartiste

    Je parlais de classiques de l'art singulier dans ma note récente sur "l'été des expositions". On pourrait aussi parler de ses"ancêtres", si le terme n'avait pas quelque chose de légèrement offensant.

    Bien sûr on connaît Chaissac, qui avec son "art rustique moderne" n'était pas loin des créateurs que l'on peut regrouper sous l'étiquette singulière. Il y  a eu aussi Michel Macréau, étonnant peintre en marge du monde des arts, en dépit d'un talent indéniable qui aurait dû lui ouvrir les portes des galeries, des institutions muséales de son vivant, et le faire exposer davantage sur un plan international. Ce dernier fut actif des années 60 aux années 90, et fut certes associé à la Figuration Narrative, déclaré également précurseur dans les années 60 de la peinture de graffiti (il est proche cousin d'un Basquiat), mais son parcours marginal dans l'art contemporain le fait aussi rapprocher de certains grands individualistes que l'on classe faute de mieux du côté des "singuliers". Créateurs dénommés ainsi après l'exposition des Singuliers de l'Art (1978) au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. L'expression, on le sait, au départ cherchait à englober aussi bien les environnementalistes que les bruts, ou les créateurs contemporains indépendants et semi-professionnels. Avec le temps, les festivals d'art singulier fleurissant dans les petites villes, le terme en est venu à désigner essentiellement les créateurs contemporains marginaux recourant à des techniques artistiques d'autodidactes, s'exprimant dans un langage primitivisant ou imaginiste. Le mot peut ainsi devenir plus ou moins synonyme de "création franche" ou de "neuve invention" (les cas-limites aux portes de l'art brut).

     Parmi ces Singuliers, il existe un autre précurseur, René-François Gregogna, actif à Sète, Frontignan et Pézenas depuis quatre décennies.Gregogna photo par Didier Leclerc, site atelier n89.jpg Un peu comme Jean-Joseph Sanfourche dans le Limousin, Jacques Reumeau dans la Mayenne, ou encore Elie-Séraphin Mangaud en Vendée (un ami de Chaissac celui-ci, et bien méconnu),etc... (Il doit y avoir des créateurs indépendants et inclassables dans toutes les régions). Né en 1926, résistant pendant la guerre, ayant été profondément marqué par le sculpteur naïf/brut ardéchois Alphonse Gurlhie (dont Jacques Brunius paraît faire mention dans son film de 1939 Violons d'Ingres), alors qu'il n'avait que huit ans,Alphonse Gurlhie,le pêcheur-chasseur à cheval sur un renard, ciment armé, Maisonneuve, Ardèche, ph Bruno Montpied,1994.jpg auteur de diverses expériences artistiques dès 1958 dans la région sétoise (mais aussi un temps en Touraine et en Allemagne, entre 1978 et 1983), souvent accompagnées de scandales et de vandalisme (il est fort connu pour avoir peint en 1978 et 1979 les rochers de deux digues situées à Sète et à Frontignan sur plus de 2000 m2, digues qui toutes deux se trouvèrent détruites), Grégogna est un personnage attachant, aux allures de dandy méridional, un créateur inégal et inventif en même temps, qui ne suit que son désir, et son inspiration... Seules comptent la liberté, la poésie, la surprise et la satisfaction de l'artiste. Son oeuvre réside aussi dans sa conduite de vie. Sa biographie (que l'on peut trouver sur le site de l'atelier photographique de Didier Leclerc où l'on trouve d'excellentes photos comme celle que j'insère ici) et le film qu'Anne Desanlis (qui a aussi collaboré au film Le Dernier des Immobiles, consacré au poète Matthieu Messagier) a réalisé sur lui le montrent avec éclat.

Gregogna carton d'invitation au film d'Anne Desanlis à Paris en 2007.jpg
Projection du film d'Anne Desanlis à Montmartre en 2007

    Grégogna a probablement exercé en outre une influence non négligable sur les tenants de la Figuration Libre notamment à travers les frères Di Rosa, dont l'un deux, Hervé, a créé en sus de son oeuvre un Musée international des Arts Modestes, installé à Sète, dont les conceptions ont des relations avec l'esprit primesautier d'un Gregogna justement. L'actualité permet de se faire une idée de l'oeuvre de Grégogna puisqu'il expose à deux adresses cet été.Gregogna, deux statuettes, extraites du site web de FiestaSète.jpg La Maison des métiers d'art de Pézenas expose les "laines de l'anartiste" du 28 juin au 30 septembre 2008 (tél: 04 67 98 16 12), des oeuvres textiles donc (l'artiste a fortement tendance à pratiquer toutes sortes de techniques par ce goût de l'expérimentation qui est un autre masque de son goût pour les diverses situations de la vie). Dans le cadre de la manifestation FiestaSète, se tient également une expo Grégogna, "Tout vient à point, à qui sait m'attendre". Vernissage le 11 juillet. Du 11 juillet au 30 sepembre 2008, Espace Félix, 2, quai Général Durand, Sète (04 67 74 48 44 et http://www.fiestasete.com/, site où il faut précisément chercher ce texte sur Gregogna).

Affiche de FiestaSète 2008, Gregogna et Cervera.jpg
Affiche de FiestaSète 2008, René-François Gregogna et André Cervera 

   

15/06/2008

Serge Paillard chez Robert Tatin, ou les pommes de Terre Intérieure

    D’un travail minutieux de bénédictin surgissent ses dessins au rapidographe (à l’encre de Chine), ou depuis peu à la mine de plomb, tirés de son observation quasi hallucinée de simples pommes de terre. Les formes de ces tubercules sont on le sait aussi évocatrices pour l’imagination que les nuages, les murs lépreux (chers à Léonard) ou les pierres de rêve chinoises. Il pratique à partir de ses modèles une puissante voyance, reportant sur le papier le fruit de ses visions. Curieusement, les pommes de terre interprétées deviennent, une fois couchées sur le papier, des sortes d’îles cernées de vaguelettes qui leur confèrent comme un halo. Comme des visions enfermées dans de minuscules îles.

Serge Paillard, Pomme de terre en île brumeuse,2004, (dessin original), coll.privée Paris, ph Bruno Montpied.jpg

    Plus l’espace sera restreint, semble-t-il, et plus la vision sera délirante, puisée dans des profondeurs inconnues de l’inconscient. Tout autour, l’île est cernée par la menace du grand vide de la page blanche. Comme si l’imagination s’exaltait  d’être ainsi encerclée par le néant.

 

Serge Paillard, Musée Robert Tatin, 2008.jpg

 

    Ces lignes avaient été écrites à propos de Serge Paillard, peintre figuratif lavallois indépendant des écoles et des styles ambiants, pour le catalogue du 9e Festival d'Art Singulier à Aubagne en 2006. Pour des raisons de place comme on dit il ne parut pas. Je ne saurais pourtant rien ajouter aujourd'hui à ce que je ressens devant les fins dessins de cet artiste, postier à ses heures, au parcours sinueux et authentique qui depuis quelque temps a ouvert un nouveau chapitre fort visionnaire dans son travail de créateur d'images, le "voyage en Patatonie". Sa complicité avec les pommes de terre en est la cause. 

Serge Paillard, Pomme de Terre en ruisseaux, 2004, coll privée Paris, ph B.Montpied.jpg

      Voici qu'il expose au Musée Robert Tatin à Cossé-Le-Vivien (Mayenne), dans la salle dédiée aux contemporains, baptisée "La Grange", du 21 juin prochain (jour de vernissage) au 31 décembre 2008. Nous aurons le temps donc pour aller le découvrir. L'expo s'intitule "Nouveau voyage en Patatonie".

Serge Paillard au Musée Robert Tatin, 2008.jpg

Bibliographie:

Bruno Montpied, Serge Paillard en Patatonie, in SURR n°5, automne 2005 (adresse de SURR (revue du Groupe de Paris du mouvement surréaliste): 122, rue des couronnes, Paris, 75020, et site web en lien ci-contre)

08/06/2008

Tout un programme...

Bruno Montpied, Plusieurs fers au feu,18x24cm, 2008.jpg
Bruno Montpied, Plusieurs fers au feu, 18x24 cm, aquarelle et encre sur papier, 2008

14/05/2008

Singulier art brut

    La galerie Nuitdencre 64, rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 10e.jpgVite, c'est pour dans deux jours, la galerie Nuitdencre 64 au 64 (comme de juste), rue Jean-Pierre Timbaud, dans le 10e arrondissement à Paris, continue d'explorer le spectre de l'imaginisme contemporain, du surréalisme à l'art singulier. C'est ce dernier, confronté à quelques représentants des collections d'art brut, qui fait l'objet de l'exposition qui commence vendredi prochain 16 mai (soir du vernissage) et qui est prévue pour se clore le 30 juin.

Martha Grünenwaldt, dessin aux crayons de couleur, site d'Art en Marge.jpg
Dessin de Martha Grünenwaldt récupéré sur le site de l'association bruxelloise Art en Marge

    L'expo est montée en collaboration avec l'association Oeil'Art dont on (des amis singuliers) m'a déjà dit le plus grand bien -on peut visiter leur site pour se faire une idée ICI. Au programme, Martha Grünenwaldt (disparue récemment, voir ma note du 30 mars 2008), Gustave Cahoreau (le protégé de Michel Leroux), Alain Lacoste (grand ancêtre des singuliers), Jean-Paul Henri, Jacques Trovic (parfois aussi classé dans l'art naïf, un brodeur de grand talent que j'aime particulièrement), Cako (de son nom complet Charles Cako Boussion, capable de réalisations fort inspirées quand "l'esprit souffle", témoin les sirènes ci-dessous que j'ai photographiées il y a peu dans une collection privée distincte de l'expo de Nuitdencre),

Charles Cako Boussion, Enluminures et Voluptueuses Sirènes, n°I, août 1999, coll.privée, photo Bruno Montpied.jpg

 Joël Lorand (c'est l'invasion, Lorand en ce moment), Gilles Manero (le délicat, le raffiné, le bon, le discret Gilles Manero), Faravel, Matemma, Adam Nidzgorski, Jean-Marie Heyliguen, Dominique Bottemane, Pascal Masquelière, Andrea Leierseder et Jean-Michel Messager.

Gilles Manero, Lycanthropie gouloukienne, 2006, coll.privée, Paris, photo B.Montpied, 2008.jpg
Gilles Manero, Lycanthropie gouloukienne, 2006 (image créée numériquement et peinte sur papier)

21/04/2008

Marcel Katuchevski

    A l'exposition L'Eloge du dessin,L'Eloge du dessin, couverture du catalogue de la Halle Saint-Pierre.jpg qui se tient actuellement à la Halle Saint-Pierre (au 1er étage), parmi de nombreux artistes fort intéressants à découvrir (Patrick Gimel notamment qui se fait rare, à Paris en tout cas, et à qui on aimerait voir consacrer une exposition tout entière), j'ai eu plaisir à voir les grands dessins à la mine de plomb de Marcel Katuchevski. Le catalogue livre sur lui quelques informations succinctes, notamment le fait que né en 1949, il a commencé à dessiner au moment où il a découvert l'art brut, ses premières expositions datant du milieu des années 80. Je gage cependant que ces expos ont été du genre confidentiel, mais bon, je ne passe pas non plus partout.

Exposition de dessins de Marcel Katuchevski à la galerie Polad-Hardouin.jpg

  

    En tout cas, on peut admirer ses grandes compositions achevées/inachevées (je suis particulièrement admiratif devant cet aspect de l'oeuvre) à la Halle Saint-Pierre jusqu'au 29 août. Et puis, à signaler aussi que commence le 24 avril tout proche une autre exposition de dessins de Katuchevski à la Galerie Polad-Hardouin, rue Quincampoix dans le 4e arrondissement à Paris, tout prés du centre Beaubourg. Durée prévue: du 24 avril au 31 mai.

     En même temps que l'expo Katuchevski, on pourra également découvrir les travaux récents de Michel Nedjar.

Michel Nedjar, poupée présentée sur le site de la Galerie Polad-Hardouin.jpg

19/04/2008

Champ de bataille du rêve, je me mets sur les rangs

Je pars en guerre (gentille guerre, pas du tout armée, je reste tout de même antimilitariste, je suis plutôt du genre Don Quichotte et non pas Don-Qui-Shoote) contre l'art singulier des Têtes à Toto sous-chaissaquiennes (voir le récent numéro, le n°29 d'avril 2008, de Création Franche). On dira, mais qu'est-ce qu'il préfère ce Montpied? Il croit que ce qu'il peint, c'est mieux que les autres? Il se prend pas pour de la m... (etc.). alors, faut voir, faut se documenter. Faut que je vous montre quelques échantillons de ce qui sort de mes pinceaux, de mes marqueurs et de mes rapidographes. Je mets en ligne à partir d'aujourd'hui un album (voir colonne de droite) de mes peintures. Et puis, pour accompagner cette exposition virtuelle, j'y ajoute un texte d'un vieux camarade de lycée, retrouvé récemment et qui m'a livré quelques notes spontanément devant l'encre ci-dessous reproduite.

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B.Montpied, Champ de bataille du rêve, 30x 40cm, 2006 (veuillez cliquer sur l'image si vous voulez l'agrandir, et améliorer sa précision...) 

              Une guerre un peu fantoche, mais inquiétante pourtant. Un cirque. Un jeu de cache-cache. Un rébus.

            Des réminiscences de Miro ? Dubuffet ? Van Gogh ? Buster Keaton ? Bosch déplacé ? Ernst en moins inquiétant ?   

         Les personnages ont l’air transi d’être regardés ? Epinglés ? Une collection ?

             Des travestissements.  Des animaux.

             Peu de personnages vraiment inquiétants.  

             Un art des chapeaux.

             Tous en équilibre (les uns sur les autres), sur des fils, enchaînés ; et pourtant les personnages ont l’air d’être installés.

             Sont-il convoqués pour un passage en revue avant de partir à la bataille, de conjuguer leurs forces, leur étonnement, de fuir séparément.

             Des guetteurs aussi? Des fanions. Un avion ?

             Une telle profusion de personnages (les monstres sont humanisés) sans que ça s’alourdisse, soit étouffant (diversité des tailles ; quelques lavis de couleurs). Des cycles de métamorphose. Une femme retournée. Un jeu récurrent avec les extrémités des corps, des personnages … ça se prolonge, s’étend, englobe, se suspend.

            Thierry Tricard

18/03/2008

Marilena Pelosi expose chez Dettinger

    "Des prisonnières, mais cette fois-ci pas forcément volontaires, il y en a dans le petit théâtre de Marilena Pelosi, cette créatrice d’origine brésilienne qui paraît se souvenir des gravures naïves de la littérature de cordel, où derrière l’apparente simplicité des images se cachent des ambiguïtés inquiétantes…

Marilena Pelosi, dessin aux crayons de couleur sans titre, 15x17 cm, janvier 2003, coll.privée, photo Bruno Montpied.jpg

     Il y a dans son théâtre des femmes nues bizarrement bâillonnées (on dirait qu’on leur a passé le mors), allongées comme si elles étaient au bronzage, leurs bouches entravées et comme ensanglantées. Des femmes qui portent sur leurs ventres un haricot géant, symbole matriciel féminin, ligaturé avec des cheveux, ces derniers étant souvent perçus comme des liens, ce terme étant à prendre dans le sens de ligatures mais aussi, simultanément, dans le sens de "relations" (comme on l’emploie dans le jargon informatique). Des femmes qui parfois doivent lutter contre leurs destins comme si ces derniers étaient des arceaux qui cernaient leurs corps et dont elles ne pourraient se défaire (prémonition du sinistre bracelet électronique?). Des femmes torturant d’autres femmes en leur faisant miroiter des parures, secrètes armes inventées par la société de consommation pour enchaîner tout un chacun devant le miroir aux alouettes de la marchandise. Plus généralement des femmes, voire des enfants, qui se tiennent sous la coupe de personnages plus grands qui paraissent vouloir leur faire de l’ombre, quand ils ne saignent pas tout simplement sur eux… Décidément un curieux théâtre, un doux et fragile théâtre dessiné aux crayons de couleur de l’enfance, sur papier calque parfois (théâtre faussement transparent) qui nous parle de torture et qui dénonce en même temps."

 

Marilena Pelosi, L'Effet Bienfaisant de l'Eau Tiède, 1999, crayons de couleur et stylo sur papier calque, 66x77 cm, coll.privée, photo Bruno Montpied.jpg

 

    Cet extrait (légèrement remanié) provient d'un texte plus ample, intitulé L'Enfer me ment qui n'a été publié que de façon partielle par les organisateurs du 9ème festival d'Art Singulier d'Aubagne en 2006. Il devait figurer dans le catalogue de l'exposition en regard des seize créateurs que l'on m'avait proposé de présenter dans une salle qui était à ma discrétion (j'y reviendrai). Ce passage consacré à Marilena Pelosi se concentrait sur le thème de "l'enfermement" qui était le fil rouge du festival.

    Pour autant, le travail de cette créatrice ne se réduit pas à ce thème.

 

Marilena Pelosi, Elle voyait comme ça dans son imagination, 1998, gouache sur carton, 27x43 cm, coll.privée, photo Bruno Montpied.jpg

 

   On s'en instruira en se rendant à l'exposition de dessins de Marilena qui ouvrira bientôt ses portes, du 21 mars au 19 avril prochains, à la galerie Dettinger-Mayer, au 4, place Gailleton dans la Presqu'Ile à Lyon (http://www.galerie-dettinger-mayer.com/expositions.htm).

04/03/2008

Un sciapode chez MAX T.

    Mon ami Max T. (voir notes précédentes de février) m'a fait plaisir en nourrissant ma déraisonnable obsession pour les sciapodes. Il m'en a concocté un tout emberlificoté, ficelé comme une paupiette. Avec une inquiétude à la clé, où placer l'orteil d'un tel individu à pied unique? Voici le résultat:

Max T.,sciapode, fil et armature, 2008, photo P.L..jpg

27/02/2008

Naissance de MAX T.

     Évoluant depuis quelques années déjà au sein des vieux loups de brocantes, individus fréquemment partagés entre antiquaires classieux mais calculateurs, maramians presque enguenillés, alcooliques cachant mal leur vice sous les oripeaux d'un métier proche de la bohème sans en être tout à fait, grands enfants maquillés en excentriques boulimiques, rustres et autres montreurs d'ours aux griffes élimées, faux aristocrates créchant en baraque, bourrus sauvés des eaux, moustaches déguisées en conquistadors à la retraite, Max T. est un cas à part.

    Il trafique comme les autres, vend de l'art populaire, aime les vieux outils, le fer particulièrement. Il s'est mis à retaper les objets un peu trop abîmés selon son goût, et petit à petit devient restaurateur sans s'en apercevoir. Dès lors, il a mis la main dans l'engrenage. Il crée des oeuvres à ses moments perdus, une "patte" enfantine s'y laissant reconnaître.

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Max T. dessin sans titre sans date, photo B.Montpied, 2008

    Au début, il n'en laisse rien paraître, il sème dans le décor de sa vie quotidienne ses créations au milieu des autres objets chinés en brocante parmi ses congénères brocs, le plus souvent des objets qui n'ont plus d'auteurs avérés. L'anonymat baigne son capharnaüm. Pourquoi pas ses propres réalisations? Je m'y laisse prendre, un jour je photographie un jouet-acrobate jaune le prenant pour un frais et naïf témoignage d'art populaire (voir ma note du 25 juin 2007), alors qu'il semble être sorti tout droit des mains du Max, ce dernier ne le reconnaissant pas tout à fait, à mots couverts seulement (peu amateur d'explicite, le bougre)...

Max T., assemblage de matériaux divers, sans titre (maître et chien?), sans date, photo B.Montpied 2008.jpg
Max T., assemblage, photo B.Montpied, 2008

   Pourquoi n'avoue-t-il pas qu'il en est l'auteur? Par manque de confiance? Par désir de se mesurer à la poésie des objets populaires naïfs, et donc au rebours de l'hypothèse de la timidité, c'est par fierté qu'il agirait ainsi...? La réponse ne vient pas. Il vous regarde de ses yeux cernés, il roule sa vieille clope dégueulasse, l'allume puis tire dessus, laisse le silence répondre à sa place. Et laisse aussi le photographe tirer quelques portraits des dessins, des assemblages, des sculptures en fil...

Max T., comme un épouvantail..., sans titre sans date, matériaux divers, photo B.Montpied, 2008.jpg

Max T., sans titre sans date, assemblage de matériaux divers (la tête est faite des tessons d'un pot qui au départ était intact ; en se brisant, les tessons ont donné un air affaissé original à la tête, la ficelle est venue pour tenir le tout sans doute), photo B.M. 2008

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Max T. dessin au stylo sur la couverture d'un cahier, sans titre sans date, photo B.M. 2008 

    Il préfère le secret, rester en retrait. Il vit en Normandie avec sa femme et ses deux enfants. Il se délasse avec ces petites créations, Dieu sait où ça le ménera.

Max T., dessin sans titre sans date, stylo, photo B.Montpied, 2007.jpg

Max T., dessin sans titre sans date, stylo, photo B.M. 2008 

13/01/2008

L'Enfer plus que jamais

   

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Veuillez cliquer sur l'image si vous voulez mieux la voir...

    Désolé pour tous ceux qui la trouveront déjà "archi-vue et revue", mais j'ai la faiblesse cette nuit de mettre en ligne sur mon petit blog, fenêtre ouverte à tous les vents arachnéens du virtuel, une petite peinture de moi de l'année dernière... Qui l'aime, la suive... Son titre: L'Enfer plus que jamais, technique mixte comme on dit (beaucoup d'encre), et faisant partie d'une série, non terminée à ce jour, intermittente, que j'appelle "échantillons".

23/12/2007

Figures éclatées

    Trois figures en voie de démantèlement, voici ce que je propose à cette heure. Une, vue dans le hasard d'un frottage au blanc d'Espagne sur une vitre de magasin désaffecté à Valuéjols dans le Cantal en juillet dernier. La deuxième est la version noir et blanc d'un visage à la bouche vissée, éclaté dans la traînée de rouille d'une épave du petit cimetière de bateaux du port de Camaret, photo prise à l'été 2003. La troisième est le résultat d'un frottage à la mine de plomb effectué sur la poutre d'une vieille maison du Cézallier durant l'été 2004, le but étant de retrouver, par le détour de la technique inventée par Max Ernst, rien de moins que la "façon de créer de la nature", comme aurait dit mon ami Strindberg... C'est pourquoi je réunis ces trois images ici même...

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Photo B.Montpied, Valuéjols, 2007
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Ph.B.Montpied, Camaret, 2003
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Bruno Montpied, Dans le buisson d'épines, frottage à la mine de plomb, 2004

08/12/2007

Gaston Mouly, meilleur conducteur du Lot

   Gaston Mouly nous a quittés en trombe, comme il avait vécu, plutôt vite, voici dix ans exactement. Cela méritait un petit hommage commémoratif avant que l'année ne finisse complètement et pour entretenir un peu la flamme des héros de notre temps. Voici donc trois photos tirées de mes archives personnelles, inédites. Art rustique moderne garanti (car Chaissac a bien eu au moins un successeur digne de son concept, à mon humble avis).

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Gaston Mouly dans un de ses ateliers en 1988 (on peut agrandir la photo en cliquant dessus), on voit une photo de ses quatre enfants au-dessus de la fenêtre, et en haut à gauche une grande portion du tableau qu'il consacra à l'évocation de la vie de son village, tableau réalisé bien avant qu'il se mette au dessin de façon systématique après sa première exposition au Site de la Création Franche en 1989 (exposition pour laquelle je m'étais entremis), ce qui prouve que Gaston Mouly n'avait pas attendu Gérard Sendrey pour se mettre au dessin et même à la peinture...
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Gaston dans un café près de St-Germain-des-Prés ; on remarquera l'auréole créée par un reflet de lampe dans le miroir derrière lui: Saint-Gaston, qui paraît rêver aux femmes, peut-être, car..."Dieu créa la femme", proclame l'affiche derrière lui (je pris la photo pour cette rencontre entre l'affiche et Gaston), 1988.
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Gaston Mouly, Le chabrot, vers 1992, crayons de couleur sur papier, 50 x 65 cm 
*
Ce dernier dessin, provenant d'une collection privée parisienne, pour saluer d'un bon coup de jaja mêlé à la soupe (c'est cela le "chabrot") le passage sur terre de Gaston qui heureusement nous aura au moins laissés en souvenir ses dessins (qui, entre parenthèses, mériteraient d'être exhaustivement inventoriés, non?)  

11/10/2007

Sorcière, sorcière, fais gaffe à ton derrière...: MASSIF EXCENTRAL (11)

   Sur le bord du chemin un jour de balade dans les monts du Cantal, je vois un bloc sombre qui me fait signe... Et vous? La voyez-vous, qui s'enveloppe dans son ample manteau de ténèbres?

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   Peut-être que non... La voici rapprochée, avec son chef sommé d'une touffe qui singe une couronne, fétus et brins d'herbe en guise d'émeraudes... Je vois le profil d'une sorcière au menton en galoche, son visage pustuleux tout en grotesques protubérances.

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Photo B.Montpied, juillet 2007
(Un lecteur  m'a envoyé, suite à l'insertion de cette note, un détail d'une peinture de l'artiste singulier Joël Lorand qui présente effectivememt quelque analogie avec ce profil ensorcelant) :
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Joël Lorand, J'ai parait-il une clientèle ciblé [sic], oct.2002

20/08/2007

Guy Girard s'expose à Pont-Aven

         Guy Girard, révolté contre tous les misérabilismes en art comme dans la vie, ne cesse de rappeler par ses peintures à la fois sophistiquées et enfantines tout un chacun aux ordres du merveilleux, se voulant fidèle en cela à ses prédécesseurs surréalistes.
         Créateur probe, Guy ne cesse depuis qu'il peint de chercher des terres nouvelles et plusieurs périodes différentes se sont déjà succédé dans son oeuvre.
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         Parmi elles, il en est une qui m'est plus particulièrement chère. Elle fut consacrée à ce qu'il a appelé du terme ludiquement pédant d'« anagraphomorphoses », des paysages oniriques naissant par dérivation graphique des boucles, jambages et déliés inhérents aux paraphes d'hommes célèbres qu'il voulait réunir par couple en dépit de leurs éloignements catégoriels (Robespierre et Edgar Poe, Saint-Pol Roux et Blanqui, ce dernier partageant avec Sade le triste honneur d'avoir passé une majeure partie de sa vie en prison ; il est en même temps l'auteur de la fière devise « Ni Dieu ni maître »).
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          Guy Girard a réussi à se créer un style qui, tout en empruntant très résolument à une certaine écriture surréaliste (ce qui du point de vue surréaliste pourrait du reste lui être reproché, tant il n'est pas de style surréaliste arrêté), s'incorpore aussi un climat enfantin complexe qui apparente son oeuvre à une sorte de naïvisme très intellectuel.
         On peut faire connaissance avec une partie de son oeuvre durant ce qui nous reste d'été à Pont-Aven (coordonnées de l'exposition au bas de cette note).
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       Renseignements supplémentaires:
          Né en 1959 à Flamanville (Manche). Etudes aux Beaux-Arts de Caen de 1979 à 1984. 
        Expositions individuelles les plus récentes :

        1996 : Librairie-Galerie La Belle Lurette, Paris.

        1990 : Galerie L'Usine, Paris.

         Expositions collectives récentes :

        2006 : Sélection Bruno Montpied dans le 9ème festival d'Art Singulier, Salle du Bras d'Or, Aubagne.
        2004 : « Matta au milieu des fauves », Museo do la Solaritad Salvator Allende, Santiago (Chili).

        « A bleu nommé », Médiathèque Jean Prévost, Bron.

       2003 :  « Visions et Créations dissi- dentes », Musée de la Création Franche, Bègles.

        2000 : « Eveil paradoxal »  (exposition du groupe de Paris du mouvement surréaliste), Maison des Arts, Conches (Normandie).

         Collections publiques :

        Ostfriesenslandschaft, Allemagne.

        Banco del Estado, Santiago, Chili.

        Musée de la Création Franche, Bègles.
En permanence, à la Galerie Gambra, Prague, République Tchèque.
        Et donc aussi...

      Regard Surréaliste, exposition de Guy Girard du 15 juin au 30 septembre 2007 à la galerie Pigments et matières, 34, rue du Général de Gaulle, Pont-Aven (Finistère). Tél : 02 98 09 15 52.

 

 

[Photos B.Montpied, peintures collections privées Paris et Clermont-Ferrand, du haut vers le bas: Rencontre du paraphe de Freud et du nom de Merlin en lettres-images au-dessus de Paris au XVIe siècle, Chemin de St-Jacques, Sciapode de course (1986) ]

29/07/2007

Les Nefs des fous (3)

    Dans un récent commentaire, M. Jean Branciard a évoqué certaines de ses préoccupations qui auraient à voir avec nos précédentes notes sur des bateaux de marine populaire. Je suis allé sur le site de ce créateur qui travaille avec des matériaux de récupération, avec une prédilection pour le métal semble-t-il. J'y ai effectivement trouvé un "tracteur de mer" que personnellement je préférerais, tout à fait arbitrairement je m'empresse de l'ajouter, appeler une "goélette" ou une "caravelle", non pour les référents exacts de ces mots mais pour la sonorité des vocables. Ca sonne éclatant "goélette", "caravelle"... Les goélettes voguant sur les goémons parmi les goélands...

   Il a de l'allure ce tracteur, ne trouvez-vous pas?

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Jean Branciard, "Tracteur de mer"

 

     On a ici affaire à une autre modalité de l'écho sensible (ici délibérément assumé dans sa subjectivité) de l'objet "bateau", de la marine que le populaire ou le brut ont interprétée à leur manière, plus intuitive et innocente. On pourrait parler de marine singulière, histoire de faire un distingo, non dépréciatif, je m'empresse de le souligner...

30/06/2007

Connaissez-vous Gérald Stehr ? (2: quelques indices)

    Gérald Stehr est un créateur bouillonnant d'énergie, passablement débordé de visions, grand connaisseur de l'histoire de la tache appliquée aux beaux-arts (j'attends avec impatience son traité d'histoire de la tache pliée, sous-ensemble auquel il se consacre depuis de nombreuses années).

      Entre autres activités, il est peintre et écrivain (il est aussi auteur de littérature jeunesse, on connaît notamment de lui Mais où est donc Ornicar?fd8c85f365bdba632c88fbaabc036aa8.jpg aux éditions L'Ecole des Loisirs, album qui raconte les difficultés d'un ornithorynque à se faire classifier dans une classe fréquentée par tous les animaux de Linné). L'ornithorynque, c'est un peu son histoire, lui qui eut maille à partir avec ceux qu'il appelle les "interprédateurs" (c'est un éblouissant joueur de mots, témoins les personnages de son livre paru aux Editions du Paradoxe en 2002, Voyage en Rorschachie, comme Charcauchemar, Nauséabombyx, Christévache, Lacannullard, Insidieuleuze-et-Sagouintaré).383fefbe73c0e44db0cabb103cf178fa.jpg

   Car ces derniers, ce que Stehr leur reproche, c'est précisément cette manie de classifier, une manie qui n'aurait pas pour but d'aider ceux ou celles qu'ils classifient, mais plutôt de les enfermer dans des catégories figées. Paradoxalement, une partie du travail pictural de Stehr se concentre sur l'élaboration et l'exploration d'un vaste catalogue de planches de taches interprétées, par simulation ou détournement de tests de Rorschach, dont l'auteur se moque. Se limitant à la couleur bleue, par une sorte de citation d'Yves Klein et de ses empreintes de corps bleues (Stehr a bien connu le père d'Yves Klein ; ces bleus lui font rêver aujourd'hui qu'on lui livre les sous-sols du métro parisien pour qu'il y installe ses Rorschach sous formes de modernes azulejos), il se livre à une anti-classification, par l'inflation des métamorphoses qui s'y donnent libre jeu...

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     Sans cesse, en marge de ses séries de "Voyages en Rorschachie", apparaissent des "planches déclassées" (voir l'exemple donné dans la 1ère note du 16 juin sur Gérald Stehr) aux formats distincts de ceux des planches régulières, inévitables et en cohérence avec le projet de l'auteur-ornithorynque, ni complètement mammifère, ni complètement oiseau, mi chair, mi poisson...

(A propos d'"Art singulier", je trouve très juste ce qui est dit sur le blog d'Animula vagula ces jours-ci à propos de la "Bible de l'art singulier" qui a été publiée récemment, et qui ne peut-être lue que d'un derrière distrait, comme disait -en le reprenant de qui?- mon défunt père... "Annuaire de l'académisme singulier" est très bien trouvé. Bravo Animula...)

27/06/2007

Soupe au lait soupesant, Funambule et petit lutteur, Jardin des Déshespérides...

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Bruno Montpied, "Soupe au lait soupesant", 2005, (25x30cm)

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 B.M, "Funambule et petit lutteur", 2000, (18x24)
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B.M., "Le Jardin des Déshespérides", 2003, (30x40)

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B.M. "Au pays couleur de grenouille", 2001, (38x46)