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03/05/2009

On a retrouvé Mario Chichorro...

       Allons donc... On ne l'avait pas sans doute complètement, véritablement, perdu, l'ami Chichorro... On n'avait plus trop de nouvelles. Moi en tout cas! Et voici que notre fidèle camarade Jean-Louis Cerisier nous a ramené un petit article d'un journal appelé adéquatement L'Indépendant et qui place la bonne figure épanouie du signor Chichorro à la une...

Mario-Chichorro-09-Bages.jpg

       C'est qu'il expose - ou plutôt exposait, car ça se termine demain le 4 mai... - à la Casa Carrère à Bages, dans les Pyrénées-Orientales (maison qui abritait autrefois le "Palais de l''art naïf" dont les collections, à ce que l'on m'avait dit, ne valaient pas trop le déplacement...). On lui a fait une vraie rétrospective en commençant par les années 80, le rêve de tout artiste (cela dit, il a commencé plutôt après 1968, sa première expo personnelle ayant eu lieu à Collioure vers 1972, puis ce fut à l'Atelier Jacob d'Alain Bourbonnais en 1974, la galerie d'Alphonse Chave à Vence aussi dans ces mêmes années 70...). Je n'en sais guère plus, l'article du journal envoyé ne donnant pas beaucoup d'informations sur cette récente expo. Une autre exposition de Chichorro s'est tenue à Thuir l'année dernière (66 aussi). Des oeuvres de lui sont conservées dans divers lieux comme le Musée de la Création Franche à Bègles et au musée de l'Art en Marche à Lapalisse. Il paraît présent dans les collections du FRAC Languedoc-Roussillon, bref, il paraît s'activer désormais beaucoup dans la région magnifique qui s'étend autour de Perpignan...

mario-chichorro.jpg

15/04/2009

Claude, Clovis Prévost, Chomo, André Robillard...

Programme art à la marge, film des Prévost à l'Utopia à St-Ouen-l'Aumône, 24 avril 2009.jpg

      Oyez, oyez, oyez... Pour ceux qui aimeraient voir en vrai sur grand écran les films de Claude et Clovis Prévost sur Chomo et André Robillard (quelle actualité pour ce dernier...), il faudra aller le 24 avril au cinéma Utopia de St-Ouen-L'Aumône. Deux films sur Chomo (qui fera l'objet d'une exposition aux alentours de l'automne - à partir du 10 septembre exactement - à la Halle Saint-Pierre, l'avez-vous noté sur leur site?) et un sur André Robillard, dont j'ai déjà mis sur ce blog quelques images en ligne. Il paraît que le cinéma est tout proche de la gare. Cette programmation va de pair avec une exposition intitulée "L'Art à la Marge" où l'on retrouve Michel Nedjar, Francis Marshall et plusieurs créateurs venus apparemment d'Art en Marge et autres ateliers d'art pour personnes atteintes de divers handicaps et incapacités (la Pommeraie entre autres), mais aussi des artistes contemporains moins connus que les deux ci-dessus cités et sans rapport avec l'art brut apparemment...

2 films des Prévost à l'Utopia de St-Ouen-l'Aumône, 24 avril 2009.jpg

11/04/2009

Carles-Tolra et Vizcaïno à Bègles

Carles Tolra.jpg

    Le musée de la Création Franche ne fait pas de pause. Après Robillard (sur qui je reviendrai bientôt), voici Ignacio Carles-Tolra et Jacqueline Vizcaïno qui s'avancent. Le premier est un un des ancêtres de la Neuve Invention, étiquette forgée à Lausanne par Dubuffet et Thévoz dans le temps et qui a tendance à ne plus être prononcé désormais par la nouvelle responsable de la Collection de l'Art Brut, Lucienne Peiry, au point qu'on se demande parfois si la collection du même nom, anciennement "collection annexe" à Lausanne, existe encore... Neuve Invention, Art singulier, création franche, tout ça au fond c'est un peu pareil, ça regroupe tous les marginaux, coincés entre l'art "principal" et des expressions comme l'art brut. Position en définitive intéressante car circonscrivant une place inclassable, et n'est-ce pas le rêve de tout créateur ambitieux que de se retrouver impossible à classifier?

Jacqueline Vizcaïno, coll permanente du musée de la création franche.jpg
Jacqueline Vizcaïno, une oeuvre de la collection permannte du musée de la création franche, ph.B.Montpied

    Quant à Jacqueline Vizcaïno, qui a des origines espagnoles comme Carles-Tolra, c'est un peu la petite nouvelle à Bègles. Elle produit des images impeccables, basées semble-t-il sur des compositions à partir d'axes symétriques, à la manière de certains créateurs de l'art brut (Lesage...), que l'on songe par exemple aux créateurs médiumniques, mais peut-être est-ce un peu trop habile., trop esthétiquement maîtrisé, sans qu'on ait laissé entrer l'émotion, la surprise...? Tout ceci bien entendu n'est qu'une simple impression qui mériterait d'être confrontée aux oeuvres (je n'en ai vu jusqu'ici qu'une, d'assez grand format, qui fait partie de la collection permanente du Musée de la Création Franche).

Invitation à l'exposition Jacqueline Vizcaino.jpg

L'exposition dure jusqu'au 14 juin.

28/03/2009

Un meneur

Un-meneur,-21x15-cm,-2009.jpg
Bruno Montpied, Un meneur, 21x15 cm, 2009

24/03/2009

Armand Goupil au gré des blogs

    Je ne me souviens plus comment je suis tombé sur le site du mouvement ambiphoque.... Oui, vous avez bien lu, ambiphoque. Cela renvoie à une librairie, située à Paris, 10, rue des Ecoles dans le 5e ardt, à ma surprise (je viens tout juste de m'en aviser ; au fait, tout prés de la Sorbonne, comme ça, le mouvement aurait peut-être mieux fait de s'intituler amphi-bock...). Je ne l'ai jamais vue, cette librairie-là, pourtant j'y passe souvent. C'est sans doute de création récente? Va falloir s'en assurer en y allant physiquement. Ce mouvement ambiphoque, correspondant à un désir de faire voler des êtres pourvus de nageoires, dixit un des deux libraires, Claire Ambi (l'autre se prénomme Julien, comme il est dit sur le site web de la librairie), s'intéresse en tout cas à Armand Goupil, comme mézigue. Je renvoie à la note que leur blog a mise en ligne à la date du 18 mars dernier.

Baigneuse d'Armand Goupil, photo Claire Ambi, blog Ambiphoque, 2009.jpg
Armand Goupil, oeuvre (huile selon les auteurs du blog, peut-être, je mets personnellement gouache, mais c'est peut-être de l'huile...) datée de 1965, ou de 1963, avec le monogramme d'AG au-dessus ; photo transmise par Claire Ambi

    Ce peintre m'intrigue et me séduit beaucoup, au point que je lui ai consacré un article dans la revue Création Franche n°29 en avril 2008. J'en ai peu parlé sur ce blog en fait, je ne sais pas pourquoi, d'autres sujets ayant pris le dessus entre temps. Deux notes seulement, pas particulièrement centrées sur le Goupil (cliquez sur ce mot et puis ici aussi) en question, ont reproduit deux peintures photographiées chez un brocanteur qui m'avait laissé les prendre avec beaucoup de complaisance (merci à Jean-Philippe Reverdy). Je vais essayer de réparer cet oubli dès aujourd'hui. D'abord en publiant l'image que m'a transmise Claire Ambi, qui l'a aussi insérée sur son propre blog, Ambiphoque, (voir image ci-dessus) et en signalant d'autres peintures du même Goupil sur un autre blog, celui d'un M.Yves Barré, intitulé Ah Oui... Suivre les liens... Et puis, en mettant en ligne de temps à autre d'autres peintures de Goupil, comme celle ci-dessous, qui montre que le monsieur aimait les calembours traduits en images.

Armand Goupil,Des os et des bas, 1959, ph.Bruno Montpied, 2008.jpg
Armand Goupil, Des os et des bas, des hauts et des bas, 9-III-59 ; photo B.Montpied, 2008

    Armand Goupil, on ne sait que très peu de chose sur lui, il serait mort en 1965, avance Ambiphoque (c'est vrai que la plupart des peintures vues de lui ne dépassent pas cette date). Des brocanteurs (Philippe Lalane par exemple qui m'a mis à l'origine sur la piste de ce peintre) le présentent comme un instituteur qui aurait peint à la retraite, "de 1953 à 1964"... La famille vivrait toujours dans la Sarthe. Ce serait elle qui aurait décidé de disperser chez un brocanteur l'oeuvre de leur aïeul (au moins deux mille oeuvres...). Mais tout ceci n'est que bruits et rumeurs, sur lesquels personnellement j'ai résolu sciemment de divaguer à loisir, en reconstituant rêveusement les motivations de l'artiste telles qu'on peut les découvrir présentes au gré des peintures que j'ai pu photographier en un beau choix (50 environ), un jour à Chatou... C'est ce qui a servi pour l'article que j'ai publié dans Création Franche. Cependant, je reconnais que ce texte peut se réduire en définitive à un pur délire d'interprétation! Qui sait...? Par le détour du délire, j'ai pu toucher à quelque port aussi bien...

Armand Goupil,sans titre,1965, photo Bruno Montpied.jpg
Armand Goupil, sans titre [Une funambule à l'ombrelle], 17-I-63, ph.B.Montpied, 2008

07/03/2009

Expo O5, Hang-Art

    Signalons une nouvelle exposition de Serge Paillard,Serge Paillard, portrait publié sur le site web de Hang-Art, 2009.jpg l'homme qui voyage par intermittences visionnaires au pays caché des pommes de terre, ces tubercules aux formes suggestives, exposition de dessins d'après des patates métamorphosées qui s'insère au milieu d'une expo plus particulièrement collective (ils s'y sont mis à sept, et cela dure du 28 février au 13 avril 2009).

Serge Paillard hang-art 1.jpg
Serge Paillard, un dessin au rapidographe d'après une pomme de terre, publié sur le site web de Hang-Art, 2009

    Hang-Art 05, qu'elle s'intitule l'expo. On y retrouve aussi un grand amateur de récupération de bois flottés, Christian Pinault,Portrait de Christian Pinault, site web de Hang-Art, 2009.png qui participe de temps à autre aux biennales du type "Brut de Pinsé" en Bretagne, ouvertes aux artistes pilleurs d'épaves lorsqu'ils sont de retour de leurs glanures sur les estrans (le bord de mer où la marée (que-j'ai-dans-le-coeur, of course) s'est retirée). Et puis il y a d'autres personnes dont je ne connais pas grand-chose. Si on veut prolonger l'information, on va sur le site du site, weu weu weu.hang-art.fr. On y retrouve comme d'habitude tous les renseignements pratiques. Cela se passe à Saffré, en Loire-Atlantique, en pleine campagne.

Assemblage par Christian Pinault, site web de Hang-Art,2009.jpg
Christian Pinault, un assemblage de bois flottés, publié sur le site web de Hang-Art, 2009
Carol Houssais, détails de ses oeuvres, site web de Hang-Art, 2009.jpg
Détails d'après des oeuvres de Carol Houssais, site web de Hang-Art, 2009
    D'autre part, on remarquera aussi dans cette exposition les "joujouilles" de Carol Houssais, dont deux témoignages sur sa vie et son travail (elle a créé jusqu'à 17000 de ces joujouilles, pièces d'étoffe aux visages blancs, sans identité, sans expression, semble-t-il dans un souvenir de traumatisme venu du plus profond de l'enfance) sont mis en ligne sur le site de Hang-Art. Très beaux textes en vérité.
Carol Houssais, site web de Hang-Art, 2009.jpg
Carol Houssais, "Nek Chand" à la française? Site web de Hang-Art, 2009

06/03/2009

Jean Estaque

    Jean Estaque est une des figures déjà anciennes de l'art dit singulier. Sous ce terme, j'entends les créateurs quelque peu en marge des courants principaux des arts plastiques contemporains et qui font preuve d'une belle fidélité à une expression synthétique, voire enfantine, primitiviste si on veut, proche des arts populaires dont par ailleurs Estaque recueille chez lui certains exemples pris dans l'art brut et autres.  C'est un petit cousin de Chaissac, pourrait-on dire (n'oublions pas que Gaston était originaire du Limousin), qui a débuté dans la sculpture sous l'influence de l'art roman, nous dit un dossier de presse. C'est un amoureux de la Creuse où il vit (c'est là que je l'ai rencontré voici plusieurs années déjà, à Savesnes, où il a aménagé depuis quelque temps une salle vouée à exposer des créations qui lui plaisent -on aimerait pouvoir en faire autant...), après être né dans l'Ariège en 1945.

Carton expo Les Oiseaux Rares, La Rochelle, 1991.jpg
Carton d'une exposition ancienne à la galerie Les Oiseaux Rares à La Rochelle en 1991

   Il expose jusqu'au 11 mars, plus que quelques jours donc, à la galerie lyonnaise A.Del Gallery (nom un peu tirebouchonné, n'est-il pas?), au 33, rue Auguste Comte, dans le 2ème arrondissement. Des oeuvres inspirées des personnages vus dans les nouvelles de Guy de Maupassant. C'est un tailleur de bois qui aime en outre la polychromie, mais il saura utiliser à l'occasion d'autres matières et supports, cartons et papiers (découpés, déchirés, dessinés...), faisant recours plus souvent qu'à son tour aux techniques de la gravure. Ses oeuvres ont parfois  fort à voir avec certains jouets, et débouchent à d'autres moments sur les reliquaires. Des oeuvres monumentales ont pu lui être commandées, comme ce fut le cas au Lac de Vassivière.

Expo Jean Estaque, A.del Gallery, Lyon, 2009.jpg
Image sur le site d'A.del Gallery

     Contrairement à tant d'autres artistes uniquement préoccupés de leur nombril, il sait se tourner vers les autres créateurs, notamment les plus modestes et les plus discrets d'entre eux, les créateurs populaires. C'est lui qui me signala l'existence de Pierrot Cassan, comme je l'ai déjà dit, mais c'est aussi avec son aide que je pus retrouver la trace des oeuvres de Ludovic Montégudet conservées par sa famille à Lépinas (toujours en Creuse), ce qui ouvrit la voie à une exposition des oeuvres sculptées naïves de ce dernier au Moutier d'Ahun à l'été 1992. En fait, il semble qu'entre l'art populaire et Jean Estaque ce soit un continuel va-et-vient, comme dans le phénomène des vases communicants. Tout ce qui me vient d'Estaque me maintient toujours en alerte.

La Montagne, sur Jean Estaque, expo à Lyon 2009.jpg
Extrait d'un article de La Montagne du dimanche 4 janvier 2009, transmis par Roland Nicoux que je remercie de m'avoir informé de l'exposition actuelle de Jean Estaque 

 

02/03/2009

Dessins du sciapode à la Halle Saint-Pierre

    Prévue pour débuter le 3 mars, il y aura bientôt une exposition intitulée "A chacun son dessin" à la Halle Saint-Pierre, dans l'espace consacré à des présentations quelque peu alternatives, à des essais si l'on veut (sur place, ils appellent cela la galerie). Et l'éternel débutant que je suis se trouve donc fort aise de se retrouver présent dans cette sélection de dessins (des encres dans mon cas), en compagnie de sept autres dessinateurs. Le vernissage est programmé pour le 24 mars, le même jour que le vernissage de la double exposition Michel Macréau-Anselme Boix-Vives qui commence à cette date. Rendez-vous est donné aux amis qui aimeraient se rendre compte plus physiquement - si je puis dire - de mes travaux, car le virtuel, ça va bien un temps...

A CHACUN SON DESSIN 

Exposition collective
du 3 au 30 mars 2009

Jean-Michel CHESNE • Annie COHEN • Caroline DEMONGEL 

Jean DEMELIER • Joseph KURHAJEC • Bruno MONTPIED

Jude MORNIER • Sylvia K. REYFTMANN

Bruno Montpied,Le château qui prend vie, 2006.jpg 

Bruno Montpied, Le Château qui prend vie, 30x37cm, 2006 

Galerie Halle Saint Pierre
2, rue Ronsard - 75018 Paris
Entrée libre.Tous les jours de 10h à 18h
Renseignements : 01 42 58 72 89 

(En partenariat avec le Salon du dessin contemporain)

A.Boix-Vives, Trois personnages, 80,8 cm X 109 cm,1964.jpg
Anselme Boix-Vives, Trois personnages, 80,8x109 cm, 1964
    Pour le vernissage, les animateurs de la Halle Saint-Pierre exigent le carton d'invitation ci-dessous inséré. Imprimez-le, et ainsi, vous n'aurez pas de souci pour entrer, car Samson est  plus inflexible que le gardien des Enfers... Par la même occasion je montre aussi le carton officiel d'annonce de l'exposition que j'ai détourné ci-dessus en y insérant un dessin à mézigue.
A-chacun-son-dessin,-carton officiel, mars 09.jpg

16/02/2009

Emmanuel Boussuge s'échappe de la brume

   

Emmanuel-Boussuge-tentant-d.jpg
Emmanuel Boussuge tentant de briser le cercle de brume se refermant sur lui (sur nous), sous le Puy de la Tourte, Cantal, photo Bruno Montpied, 2007

     Emmanuel Boussuge sort de la brume, me suis-je dit, en repensant à une photo prise pendant une randonnée d'un jour vers le Puy Mary en juillet 2007, le brouillard tentant de nous cerner... Il s'efforce de marcher sur les traces de ses aînés... Le voici donc en train d'exposer (jusqu'au 28 février) à Clermont-Ferrand, sous le volcan, dans la ville noire et rouge, au Breschet, 6, rue du Breschet.

Emmanuel Boussuge, expo_du_breschet_-f-vrier_2009-_-_affiche.jpg
Affiche de l'expo, dont le titre "musée des poussières" a été paraît-il suggéré par Jean-Pierre Paraggio (qui par ailleurs publie dans ses Cahiers de l'Umbo n°11 (voir note précédente) trois photos d'Emmanuel

    Qu'est-ce qu'il expose? Des dessins et des photographies. Lui aussi s'est mis ces dernières années à scruter les sols, les bitumes, les taches dues au hasard, le hasard, ce grand créateur, plus grand que tous les artistes qui s'efforcent en vain de l'égaler.

Emmanuel-Boussuge-2.jpg
Photo Emmanuel Boussuge

    Certes, il n'est pas le premier, mais il apportera sûrement son oeil et sa façon de voir dans l'affaire. Car chacun dans cette auberge espagnole de la divination apporte son boire et son manger. Pas une tache qui ne ressemble peu ou prou à qui la choisit et la photographie. Tache ou tout autre assemblage de hasard. J'en apporte deux exemples ci-dessous pour compléter celui que j'ai inséré ci-dessus d'après Emmanuel (j'en profite pour remercier Louis Watt-Owen pour la transmission de sa photo).

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Vénus de trottoir déchiffrant une énigme particulièrement embrouillée, Toulouse, juillet 2008, photo Bruno Montpied
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 Ferrures de semoir, photo Louis Watt-Owen, ©2008 (L. W-O voit dans cette image de gauche à droite un Kraken, un Adam et un serpent)
 
       Ces recherches d'images visionnaires dans les texturologies (pour employer un terme à la Dubuffet bien que celui-ci ne menât pas une quête d'ordre visionnaire vis-à-vis des morceaux de sol qu'il découpait et accrochait aux cimaises de ses galeries) me font penser à mes propres traques fixées en Super 8 dans les années 80 (film Sur les trottoirs de nos villes). Et puis à une brochure illustrée de photos dues à Alain Nahum chez Travioles en octobre 2002 qui s'intitulait Paris, passages piétonniers, qui je pense n'a pas dû être beaucoup repérée.
Alain-Nahum-passages-piéton.jpg
Alain-Nahum-figure-.jpg
Alain Nahum, photo extrait de son livre Paris, passages piétonniers, éd.Travioles, 2002

      Le photographe avait lui aussi remarqué les splendides dessins que l'on trouve à Paris sur les bandes blanches des passages pour piétons. Il avait cependant -tâche délicate et "casse-gueule" si l'on procède trop vite! - décidé de rehausser ses photos au crayon, afin d'accentuer certaines expressions trop absentes des figures devinées sur ses photos. Personnellement, je suis aujourd'hui tenté d'employer les moyens que donne l'informatique pour retoucher ces images de hasard, quand un coup de pouce reste nécessaire...

Bonhomme-feuille-morte-pour.jpg
Photographie retouchée sur ordinateur, Bruno Montpied, 2008 (dédiée à Coline Montpied)
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Emmanuel Boussuge, dessin sans titre, 2008

      Les dessins qu'expose Emmanuel Boussuge en compagnie de ses photos sont en quelque sorte cousins des voyances tachomanciennes, puisqu'il travaille parfois à partir de couleurs posées au hasard, automatiquement aurait dit le surréaliste de passage. J'aime assez le dessin ci-dessus reproduit, qui me fait penser à un improbable croisement entre Eugen Gabritschewsky et Michel Boudin (pour ceux qui connaissent ces derniers).

L'aube

    Voici ma première "oeuvre" répertoriée, ou plus exactement, conservée. Un travail en gommettes collées d'un doigt appliqué qui remonte à la maternelle de la rue du Pierrier à Saint-Cloud dans les années 50. Les êtres humains et les insectes, c'était tout comme, selon mes mains et mes yeux d'enfant, puisque que ce bonhomme a six membres. Il avait comme une boule dans la gorge... Et deux yeux différents (ce qui était, est toujours, la vérité). Son chapeau ressemblait à un sombrero, goût inconscient pour un Mexique imaginaire?

Sans titre, Bruno Montpied, vers 1958.jpg

09/02/2009

Marilena Pelosi à l'Objet Trouvé

      Nouvelle exposition de Marilena Pelosi annoncée pour très bientôt (jeudi 12 c'est le vernissage à partir de 18h30) à la galerie Objet Trouvé, rue de Charenton, à l'ombre de cet Opéra de la Bastile bâti sur le modèle d'une gigantesque molaire, ô merveille de conception des architectes contemporains... Ce sera l'occasion de voir si cette dame, une des plus singulières artistes surgies ces dernières années dans le milieu de l'art contemporain imaginiste qu'inspire l'exemple à la fois moral et esthétique de l'art brut, poursuit l'exploration de nouvelles voies dans son langage parfois tout en paraboles et en allégories plus ou moins ésotériques. De ce point de vue, elle est du reste assez proche de l'univers d'une autre créatrice marginale, Claire Guyot, dont l'oeuvre fut révélée essentiellement de façon posthume et de manière peu répétée.

Marilena Pelosi,Sans titre,décembre2001,ph.Bruno Montpied.jpg
Dessin au crayon, sans titre, Décembre 2001 (collection privée Paris, ph.Bruno Montpied)

     Le carton d'invitation de la galerie Objet Trouvé veut nous la présenter, mine de rien (joli tour de passe-passe de l'auteur du texte), comme une créatrice qu'on pourrait qualifier de "brute". Parce que l'art brut ne serait pas exempt de culture, la belle découverte!

Marilena Pelosi, détail d'un dessin, Galerie Objet Trouvé, fév 09.jpg
Marilena Pelosi, sans titre (détail), 2008, Galerie Objet Trouvé

    Avec ce genre de remarque on pratique un raisonnement amalgamant et confusionniste qui permet de mélanger toutes les formes de création contemporaine pourvu qu'elles soient portées par un minimum de souffle un peu authentique. On passe ainsi allégrement sur les conditions de production des oeuvres, sur le contexte social où vit leur auteur, qui a toutes les chances d'avoir un peu d'influence sur le contenu de l'oeuvre. On passe sur la plus ou moins grande conscience de l'auteur de faire de l'art au sens usuel, l'Histoire de l'Art, le professionnalisme de la chose, son regard face à ce qui surgit de lui, plus ou moins contrôlé, plutôt moins que plus dans le cas des créateurs de l'art brut, qui sont généralement dépassés par des pulsions expressives.

Marilena Pelosi, Sans titre,mai 2000,feutre, ph.Bruno Montpied.jpg
Marilena Pelosi, Sans titre, mai 2000, ph.Bruno Montpied.jpg
Marilena Pelosi, Sans titre,mai 2000, ph.Bruno Montpied.jpg
Marilena Pelosi, trois dessins au feutre sans titre, mai 2000 (collection privée, ph.B.M.)

     Marilena Pelosi est à l'évidence le siège d'une intense production imaginative, liée à ses souvenirs d'enfance au Brésil certes, mais aussi à la perception du monde qui l'entoure, vis-à-vis duquel elle se sent en décalage et en désaccord... Mais elle maîtrise la situation, elle s'expose d'elle-même, elle sort dans  le monde, va aux expositions, connaît l'histoire de l'art, bref ne possède pas le profil psychologique et sociologique des créateurs que l'on range dans l'art brut. Le mot d'art singulier, certes galvaudé par les temps qui courent mais toujours pertinent, peut servir à qualifier son oeuvre. Les singuliers sont des créateurs qui ont les fesses coincées entre l'art brut et l'art contemporain des professionnels. Ce ne sont pas des peintres du dimanche non plus, faisant gentiment mu-muse avec leurs pinceaux entre deux pot-au-feu. Ils ne sont pas exclus comme les créateurs bruts, mais ils sont tout de même comme des orphelins de l'art et comme des insulaires, isolés sur leurs territoires saturés d'imaginaire, n'osant même plus agiter leurs mouchoirs vers ceux qui pourraient être leurs voisins, sur d'autres îles. Ce sont des individualistes, des veufs et des veuves de l'art sincère, dérivant sur une banquise morcelée, en train de fondre elle aussi, comme la vraie.

Portrait de Marilena à Lusignan par Bruno Montpied, 2001.jpg
Portrait de Marilena Pelosi, Lusignan, 2001, photo Bruno Montpied
*

Marilena PELOSI
Manœuvre de désenvoûtement

13 février au 14 mars 2008

Vernissage le jeudi 12 février de 18h à 21 h

Galerie Objet Trouvé, 24, rue de Charenton

75012 Paris (mer au sam de 14h à 19h)

 

02/02/2009

La Terre vide

    Prophétie facile? Toujours est-il que ce paysage assez rare sous mes crayons ou pinceaux ou rapidographes me parut terriblement vide, n'appelant décidément, malgré mon désir de le repeupler par de la faune, de la flore fantastiques, aucun habillage, aucun remplissage. Cette perspective de dunes stériles, brunes, sépia, blanches, grises, rare elle aussi dans ma production (je ne dessine pas en 3 D, je n'en ai pas le don), se devait de rester vide, ondulant doucement sous une lumière pauvre. Et les quelques homuncules, débris divers et tour solitaire qui malgré tout se parsemèrent selon un ordre nécessaire à l'équilibre des formes ne font rien pour animer la scène. Ils sont plantés, mornes au milieu du désastre qu'ils ne peuvent que constater avec fatalisme.

La Terre vide, crayons et encre sur papier, 21x29,7cm,2008, Bruno Montpied-.jpg
Bruno Montpied, La Terre vide, 21x29,7cm, 2008

 

17/01/2009

Autoportrait cauchemardesque

    Autre expérimentation, la photographie numérique modifiée. Un "Baron Samedi" (inspiré du panthéon vaudou) surgit tout à coup...

Baron Samedi 1, mars 2008 (autoportrait modifié).jpg
Bruno Montpied, Baron Samedi I, photographie numérique modifiée, 2008

10/01/2009

Les "peintures idiotes" d'Anne Marbrun

    Je ne sais que peu de choses d'Anne Marbrun. Des textes d'elle ont été publiés de ci de là en plaquettes et recueils chez divers petits éditeurs secrets (comme L'Oie de Cravan à Montréal, Wigwam Editions à Rennes, L'Escampette à Chauvigny -où, on l'espère, on n'est pas chauvigniste). Autrefois, aux éditions A la Fée Verte, éphémère maison d'édition de Joël Gayraud, je me souviens qu'il y eut aussi un texte d'Anne Marbrun, La Petite (édité en 1983). Qui est désormais disponible à L'Oie de Cravan. Est-ce la même Anne Marbrun qui a également publié un roman sur la Commune, Le sang des cerises? Il semble que oui.

Anne Marbrun, la petite, éd. L'Oie de Cravan.gif
     Une courte prose, La souris verte, vient d'être insérée dans le dernier numéro (le 11) des Cahiers de l'Umbo (et non pas de Dumbo, petits plaisantins). Cest du reste l'animateur de cette revue, Jean-Pierre Paraggio, qui vient de m'envoyer des dessins colorés (j'aime le dessin, moins les couleurs) de cette même Anne Marbrun qui paraît-il les présente comme ses "peintures idiotes". Sans doute ne faut-il voir là que le désir de raccrocher le wagon de Rimbaud qui disait aimer, dans un texte célèbre, les peintures dites "idiotes", les enseignes, etc...
Anne Marbrun, Le chagrin du dromadaire,2008.jpg
Anne Marbrun, Le chagrin du dromadaire, 2008
     Toujours est-il que comme l'indique Paraggio, jamais en retard d'une métaphore, ces dessins ont effectivement à voir avec l'horizon de ce blog. Aux lecteurs d'en juger. Si ça colle avec leurs propres horizons, territoires, et plus, si affinités...
Anne Marbrun, Concert marin,2008.jpg
Anne Marbrun, Concert marin, 2008

30/12/2008

Un album d'images en étrennes virtuelles

   Voici un petit album concocté avant que l'année brûle ses dernières gouttes de suif.

Bruno Montpied, dessins encre, mine de plomb et pastel, 2008
(l'album peut aussi se lire, à une taille légèrement plus grande, dans la colonne de droite de ce blog, voir à ALBUMS PHOTOS)

09/11/2008

Mosaïque d'Isère avant l'hiver, "l'art partagé" de Rives

   

Pierre Albasser, Marianne,1999, ph. Bruno Montpied.jpg
Pierre Albasser, dessin au stylo sur carton d'emballage alimentaire, une Marianne, 1999, coll. privée, ph.Bruno Montpied 

     L'association Oeil'Art de Jean-Louis Faravel organise une grande exposition d'oeuvres venue d'un peu partout, Allemagne, Autriche, Belgique, Finlande, France et Tunisie, à Rives dans l'Isère du 15 au 30 novembre 2008 (c'est la seconde édition). En plus des créateurs convoqués (la liste est longue, j'ai compté 51 noms, 51 images en vignettes pour carrelage sur l'affichette qui sert d'invitation - "carrelage" qui a tendance à devenir envahissant chez les organisateurs de festivals "singuliers", mais qui ne rend pas service aux artistes je trouve, tous s'annulant dans une mosaïque bariolée qui au départ se voulait pourtant hyper démocratique ; résultat paradoxal de ces cartons d'invitation: on ne voit plus personne...), des animations sont aussi organisées au cours de l'expo: une conférence d'Alain Bouillet sur les rapports entre l'art singulier et l'art brut, une autre de Bruno Gérard, l'artiste-enseignant du Centre de la Pommeraie en Belgique (où travaillait Paul Duhem, et où travaillent encore aujourd'hui des excellents peintres comme Oscar Haus, ou Alexis Lippstreu, présents, comme l'oeuvre de Duhem, dans cette expo de l'Art Partagé). Des ateliers de création sont également prévus avec Adam Nidzgorski (tapisseries, tissus cousus) et Bruno Gérard (matériaux divers, peinture).

Adam Nidzgorski, 15 août 2006.jpg
Adam Nidzgorski, une oeuvre de 2006

 

J-C.Philippi, spectres.jpg Jean-Christophe Philippi   

  Parmi les 51, j'ai relevé plusieurs noms dont l'oeuvre m'a déjà passablement retenu à différents moments, Pierre Albasser, Jean-Christophe Philippi, Ruzena (évoquée récemment pour son expo à Lyon en ce moment), Jacques Trovic,Jacques Trovic, tapisserie brodée.jpg Adam Nidzgorski, Gilles Manero,Gilles Manero,dessin au crayon graphite, coll.privée, ph.B.Montpied.jpg Lippstreu et Haus donc, l'incontournable Joël Lorand, Alain Lacoste le patriarche de l'art singulier, Charles "Cako" Boussion, Michel Dave (autre créateur de la Pommeraie), Serge Delaunay (vient d'Art en Marge celui-ci, me semble-t-il), Marie-Jeanne Faravel, Roger Ferrara, Claudine Goux, Martha Grünenwaldt, Josef Hofer (art brut pur jus), Yvonne Robert (chacune de ses oeuvres est un petit récit, l'oeuvre entière est comme un feuilleton éclaté)...

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Alexis Lippstreu, photo communiquée par Jean-Louis Faravel
Josef Hofer.jpg
Josef Hofer, photo communiquée par Jean-Louis Faravel (exemple selon moi d'une oeuvre estampillée art brut qui ne dépasse pas par sa qualité les autres oeuvres présentées par exemple dans cette note)
Yvonne Robert, Bonjour sidonie... 2005.jpg
Yvonne Robert, Bonjour Sidonie..., 2005, photo communiquée par Jean-Louis Faravel
 

     S'il faut saluer la volonté de Jean-Louis Faravel d'opérer une sélection exigeante dans le torrent des artistes contemporains qui se parent du terme d'art singulier de façon plus que complaisante (au point qu'il n'y a plus aucune différence entre art contemporain d'arrière-province et art véritablement singulier), peut-on avoir l'outrecuidance de lui suggérer de rompre avec cette mode proche du poncif qui consiste à prendre comme nom pour son association un de ces calembours éculés basés sur l'emploi de la syllabe "art"...? Zon'art, Biz'art-Biz'art, D'art-d'art, Oeil'art, Singul'art, Hazart, Artension, Pan'art (celui-ci j'aurais pu, sacrifiant à la mode du calembour facile, me l'octroyer, vu mon patronyme aisément recyclable en jeux de mots lourdingues, n'est-ce pas Animula, qui se présente pourtant en apôtre de la légèreté -voir un récent échange de commentaires aigre-doux sur son blog),etc... Rompre avec cette tendance serait vraiment faire preuve de singularité en l'espèce... Non? 

"L'Art Partagé", du 15 au 30 novembre 2008, de 15 à 19h tous les jours (entrée libre) à Rives (Isère), Parc de l'Orgère, salle François Mitterrand, (sortie A 48 entre Lyon et Grenoble, parcours fléché, pour ceux qui ont une voiture...). Tous renseignements: Oeil'Art, Jean-Louis Faravel, 33 (0)6 67 01 13 58. oeil'art@orange.fr et http://www.artoutsimplement.canalblog.com.

A signaler que la Galerie Hamer, à Amsterdam, propose du 1er novembre au 13 décembre une exposition où l'on retrouve Alexis Lippstreu.

Alexis Lippstreu.jpg
Alexis Lippstreu, photo communiquée par Jean-Louis Faravel

30/10/2008

Ruzena, les encres de l'autre monde

   Vendredi 31 octobre, rendez-vous au vernissage d'une nouvelle exposition de Ruzena à la galerie Dettinger-Mayer (la première avait eu lieu en 2005, et j'exposais en sa compagnie ; celle-ci est prévue pour durer jusqu'au 29 novembre 2008). On pourra continuer de pénétrer plus avant dans son monde étrange, proche d'une certaine fantasy graphique qui se nourrit aux meilleurs sources des imagiers raffinés, du type Beardsley, Arthur Rackham et autres Edmond Dulac, sans qu'on veuille non plus réduire Ruzena à aucun de ces auteurs, tant elle a su dresser un univers désormais bien personnel, avec ses racines, son tronc et ses branches qui ne cessent de se ramifier en de multiples directions.

Ruzena,La Haine des Autres, 2008 photo Bruno Montpied, 2008.jpg
Ruzena, La Haine des autres, avril-mai 2008, ph.B.Montpied, 2008

     La métaphore de l'arbre ou de la forêt vient rapidement sous la plume lorsqu'on veut évoquer l'imaginaire graphique de Ruzena, tant l'élément végétal est présent dans ces compositions, indépendant des figures humaines, ou parfois fusionnant avec ces dernières. Cet imaginaire est féru de métamorphoses en vérité.Ruzena,photographie ancienne modifiée, ph.B.Montpied, 2008.jpg Souvent tenté par la cruauté et la torture mais surtout empreint d'un humour noir que l'auteur paraît priser avec gourmandise. Elle aime à jouer avec certaines conventions morales. Les bébés sont en danger chez Ruzena, à moins que ce ne soit que l'image du bébé dans nos sociétés qui soit ainsi visée, en raison des ruissellements de mièvrerie et d'idéalisme béat qui lui sont invariablement attachés...Ruzena, photographie ancienne modifiée, 2002, ph.B.Montpied, 2008.jpg Est-ce qu'on peut voir dans ces images d'enfants tarabustés par les homuncules de Ruzena un petit souvenir des Vivian Girls de Henry Darger?

     Apparues ces derniers temps (je lui ai rendu visite dans son atelier récemment, en juillet de cette année), des branches épaisses et ténébreuses, me faisant songer à des cuisses, des fibres musculaires, ou des fuseaux gainés dans des collants noirs, se mettent à serpenter, comme sur l'image qui sert pour le carton d'invitation à l'exposition (ou le dessin ci-dessus intitulé La Haine des autres). Nouveauté qui n'aura peut-être qu'un temps, tant l'auteur paraît avant tout éprise des surprises suivantes que lui apporte son art (elle paraît affamée d'expérimentations nouvelles). J'aime ainsi particulièrement, à la suite d'une autre de ses périodes, des fantômes blanchâtres qui viennent en arrière-plan caresser ou frôler des figures situées au premier plan, peut-être désireux de leur poser des questions qui paraissent les tourmenter secrètement.

Ruzena,dessin sans titre, ph.B.Montpied, 2008.jpg
Ruzena, dessin sans titre, ph B.M., 2008
     Je donne ci-dessous le texte que j'avais écrit pour Ruzena sur le carton de l'exposition la concernant en 2005 chez Dettinger (nous avions écrit mutuellement l'un à propos de l'autre sur nos cartons respectifs):

      "LES BELLES AU BOIS MORDANT

      Où sommes-nous? En forêt? Mais dans une forêt d'enfer où des êtres non nés sont pendus, ficelés, indolents. Hésitant entre l'humain et l'hybride. Irrésolus, ils patientent en attendant d'exister tout à fait. Comme des mouches dans la toile d'araignée de l'Oubli. Derrière eux - futur ou passé? - ce qu'ils n'ont pu choisir d'être : des spectres pâles à la lisière du néant dérivent, les yeux vides, l'air de noyés. C'est le maquis où le végétal le dispute à l'animal, où l'on étouffe. Pourtant tout est normal, terriblement normal, jamais on ne se révoltera.

Ruzena,sans titre, ph.B.Montpied, 2008.jpg
Ruzena, dessin sans titre, ph.B.M., 2008

      Au coeur de cette jungle serpentine sans haut ni bas, sans autre lueur qu'une brume sépia, mauve, verdâtre ou pourpre, observons le muet appel d'avortons qui, si l'on consent à ne plus les garotter, tendent des bras plaintifs vers leurs mères. Celles-ci s'absentent, leurs corps changeant, tantôt branches, tantôt vagues pythons femelles guettés par la morsure des lianes dragonnes.

      Les spectres blêmes gardent cette lente chorégraphie asphyxiée aux promesses d'exsangue éternité."

      (B.M. 2005) 

 

Ruzena,image du carton de l'expo à la Galerie Dettinger-Mayer en novembre 2008.jpg
Ruzena, image du carton d'invitation à l'exposition de novembre 2008

Galerie Dettinger-Mayer, 4, place Gailleton, 69002, Lyon. Tél: 04 72 41 07 80 ; www.galerie-dettinger-mayer.com ; ouvert du mardi au samedi de 15h à 19h30, le matin sur rendez-vous.

26/09/2008

Cramoisi

    Survenu ces temps-ci ce "psychopathe" jouant à la poupée, un roi de la manipulation?

Bruno Montpied,Le psychopathe et ses jouets, 2008.jpg
B.Montpied, Le psychopathe et ses jouets, 15x21 cm, encre, mine de plomb et stylo, 2008

24/09/2008

Connaissez-vous Claire Chauveau?

    Je ne sais pas trop où il faudrait ranger les trois gravures que je mets ici en ligne. Art brut, naïf ou singulier, ou tout simplement inclassable, et séduisant, parlant à la délicatesse et à l'imagination.

    Je suis tombé sur ces gravures lors d'une de ces journées portes ouvertes improbables, où je ne vais généralement pas, de peur d'être rasé de près par les artisteuhs hyper narcissiques se croyant tous sortis de la cuisse de Jupiter parce qu'ils ont la bonne fortune d'étaler un peu de dégoulinade colorée avec plus ou moins d'inspiration et de maestria sur tous les supports de leur choix (allez, je ne vise, on l'aura compris que ce qu'on appelait autrefois les m'as-tu-vu ; a-t-on remarqué du reste à quel point on n'emploie plus ce mot, alors que la chose est pourtant si fréquente?). On m'avait mis au parfum, faut dire. Monelle Guillet et Joël Gayraud m'avaient signalé une "artiste" intéressante dans l'atelier de gravure d'un artiste de leurs amis, André Elalouf.

Claire Chauveau, gravure aux chasseurs, vers 1995, ph.B.Montpied.jpg
Gravure, sans date, vers 1995 ; ph.B.Montpied

    Elle était sur les lieux, dans un atelier de la rue Bichat dans  le 10e ardt, il y a déjà quelques années maintenant. Il était difficile de lui parler. Sa mère très présente à ses côtés répondait pour elle. Quelque chose commençait à se dire, mais la protectrice, sans doute inquiète, venait se superposer à ce discours qui ne parvenait pas â l'esquisse d'une formulation qui aurait eu peut-être - c'est l'impression toute subjective que j'en retirais - besoin de plus de temps pour se déployer.

Claire Chauveau, gravure aux hippocampes, vers 1995, ph.B.Montpied.jpg
Gravure sans titre, sans date, vers 1995 ; ph.B.M.

    En attendant (en attendant quoi?), j'acquis trois gravures où les sujets représentés distillaient une sensation de raffinement enfantin. C'était une scène de chasse avec hommes des bois avec fusil et arc. Plus une autre où l'on découvrait un avion à réaction larguant des bombes à côté, au-dessus, on ne savait trop, d'un Pégase géant (il me semblait reconnaître des souvenirs de mythologie gréco-latine), une chèvre attachée par le licol comme un appât pour un improbable tigre, un ange en robe, des arbres fragiles tentant vaille que vaille de croître dans le vide. Une troisième image représentait dans un médaillon central tout déchiqueté sur son pourtour une scène de chasse à la baleine, comme dans un dessin d'Inuit, avec des hippocampes, ces animaux démodés...

Claire Chauveau, gravure au Pégase, vers 1995, ph.B.Montpied.jpg
Gravure sans titre, sans date, vers 1995 ; ph.B.M.

     Je ne les ai jamais encadrés, jamais accrochés au mur chez moi. Je les garde dans un carton, où je vais les repêcher de temps à autre, les regardant avec reconnaissance pour leur grâce et leur finesse, leur simplicité raffinée. J'ai revu d'autres gravures de Claire Chauveau il y a quelques années à la Halle Saint-Pierre, dans l'espace pompeusement nommé "galerie" entre cafétaria et moignon de collection Max Fourny, au rez-de-chaussée. Le charme n'était plus le même, une certaine sophistication avait remplacé l'élan candide des départs. Comme si avait été conjurée l'immédiateté poétique, un peu étrange, hors-normes, des débuts... Mais peut-être n'est-ce là que suppositions et devrai-je faire place ici, plus tard, à un correctif...

01/09/2008

Un document rare

    Ci-dessous, comme il y est inscrit, un "document rare" retrouvé dans mes dessins relatifs au frottage, technique qu'il ne faut pas rougir d'employer encore, puisqu'elle est entrée dans l'arsenal des outils au service du rêve tangible, comme le collage, le brûlage, la décalcomanie, etc.

Frottage à la mine de plomb,Bruno Montpied, 2002 .jpg
Bruno Montpied, (document rare - frottage de Max Ernst lorsqu'il avait 8 ans), 15 x 21 cm, mine de plomb, 2002

30/08/2008

Dans la série les meilleures cartes postales de l'été

    Cartes postales, petits signes d'amitié durant l'intervalle où nous sommes loin des yeux les uns des autres, il serait juste de vous accorder un peu de place, surtout quand vous supportez un petit effort créatif, bien différent des clichés d'usage (il fait beau, on mange bien, le pays est magnifique)...

   "Une plongée dans l'univers populaire qui t'est cher: à l'époque où a été prise la photo, Matera n'était pas inscrite au "patrimoine de l'UNESCO", ses habitants geignaient sur un air de malaria, menaient une vie brute dans une ville brute, taillée à même le rocher. Et dire qu'aujourd'hui un sculpteur faussement singulier exhibe ses déjections à l'entrée de la ville!"

(Joël Gayraud, août 08)

Carte postale motrant la ville de Matera en 1937, Italie, Archives Historiques Buonsanti.jpg
Vue de Matera dans le sud de l'Italie en 1937, carte postale, Archives historiques Buonsanti

09/07/2008

René-François Gregogna, l'Anartiste

    Je parlais de classiques de l'art singulier dans ma note récente sur "l'été des expositions". On pourrait aussi parler de ses"ancêtres", si le terme n'avait pas quelque chose de légèrement offensant.

    Bien sûr on connaît Chaissac, qui avec son "art rustique moderne" n'était pas loin des créateurs que l'on peut regrouper sous l'étiquette singulière. Il y  a eu aussi Michel Macréau, étonnant peintre en marge du monde des arts, en dépit d'un talent indéniable qui aurait dû lui ouvrir les portes des galeries, des institutions muséales de son vivant, et le faire exposer davantage sur un plan international. Ce dernier fut actif des années 60 aux années 90, et fut certes associé à la Figuration Narrative, déclaré également précurseur dans les années 60 de la peinture de graffiti (il est proche cousin d'un Basquiat), mais son parcours marginal dans l'art contemporain le fait aussi rapprocher de certains grands individualistes que l'on classe faute de mieux du côté des "singuliers". Créateurs dénommés ainsi après l'exposition des Singuliers de l'Art (1978) au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. L'expression, on le sait, au départ cherchait à englober aussi bien les environnementalistes que les bruts, ou les créateurs contemporains indépendants et semi-professionnels. Avec le temps, les festivals d'art singulier fleurissant dans les petites villes, le terme en est venu à désigner essentiellement les créateurs contemporains marginaux recourant à des techniques artistiques d'autodidactes, s'exprimant dans un langage primitivisant ou imaginiste. Le mot peut ainsi devenir plus ou moins synonyme de "création franche" ou de "neuve invention" (les cas-limites aux portes de l'art brut).

     Parmi ces Singuliers, il existe un autre précurseur, René-François Gregogna, actif à Sète, Frontignan et Pézenas depuis quatre décennies.Gregogna photo par Didier Leclerc, site atelier n89.jpg Un peu comme Jean-Joseph Sanfourche dans le Limousin, Jacques Reumeau dans la Mayenne, ou encore Elie-Séraphin Mangaud en Vendée (un ami de Chaissac celui-ci, et bien méconnu),etc... (Il doit y avoir des créateurs indépendants et inclassables dans toutes les régions). Né en 1926, résistant pendant la guerre, ayant été profondément marqué par le sculpteur naïf/brut ardéchois Alphonse Gurlhie (dont Jacques Brunius paraît faire mention dans son film de 1939 Violons d'Ingres), alors qu'il n'avait que huit ans,Alphonse Gurlhie,le pêcheur-chasseur à cheval sur un renard, ciment armé, Maisonneuve, Ardèche, ph Bruno Montpied,1994.jpg auteur de diverses expériences artistiques dès 1958 dans la région sétoise (mais aussi un temps en Touraine et en Allemagne, entre 1978 et 1983), souvent accompagnées de scandales et de vandalisme (il est fort connu pour avoir peint en 1978 et 1979 les rochers de deux digues situées à Sète et à Frontignan sur plus de 2000 m2, digues qui toutes deux se trouvèrent détruites), Grégogna est un personnage attachant, aux allures de dandy méridional, un créateur inégal et inventif en même temps, qui ne suit que son désir, et son inspiration... Seules comptent la liberté, la poésie, la surprise et la satisfaction de l'artiste. Son oeuvre réside aussi dans sa conduite de vie. Sa biographie (que l'on peut trouver sur le site de l'atelier photographique de Didier Leclerc où l'on trouve d'excellentes photos comme celle que j'insère ici) et le film qu'Anne Desanlis (qui a aussi collaboré au film Le Dernier des Immobiles, consacré au poète Matthieu Messagier) a réalisé sur lui le montrent avec éclat.

Gregogna carton d'invitation au film d'Anne Desanlis à Paris en 2007.jpg
Projection du film d'Anne Desanlis à Montmartre en 2007

    Grégogna a probablement exercé en outre une influence non négligable sur les tenants de la Figuration Libre notamment à travers les frères Di Rosa, dont l'un deux, Hervé, a créé en sus de son oeuvre un Musée international des Arts Modestes, installé à Sète, dont les conceptions ont des relations avec l'esprit primesautier d'un Gregogna justement. L'actualité permet de se faire une idée de l'oeuvre de Grégogna puisqu'il expose à deux adresses cet été.Gregogna, deux statuettes, extraites du site web de FiestaSète.jpg La Maison des métiers d'art de Pézenas expose les "laines de l'anartiste" du 28 juin au 30 septembre 2008 (tél: 04 67 98 16 12), des oeuvres textiles donc (l'artiste a fortement tendance à pratiquer toutes sortes de techniques par ce goût de l'expérimentation qui est un autre masque de son goût pour les diverses situations de la vie). Dans le cadre de la manifestation FiestaSète, se tient également une expo Grégogna, "Tout vient à point, à qui sait m'attendre". Vernissage le 11 juillet. Du 11 juillet au 30 sepembre 2008, Espace Félix, 2, quai Général Durand, Sète (04 67 74 48 44 et http://www.fiestasete.com/, site où il faut précisément chercher ce texte sur Gregogna).

Affiche de FiestaSète 2008, Gregogna et Cervera.jpg
Affiche de FiestaSète 2008, René-François Gregogna et André Cervera 

   

15/06/2008

Serge Paillard chez Robert Tatin, ou les pommes de Terre Intérieure

    D’un travail minutieux de bénédictin surgissent ses dessins au rapidographe (à l’encre de Chine), ou depuis peu à la mine de plomb, tirés de son observation quasi hallucinée de simples pommes de terre. Les formes de ces tubercules sont on le sait aussi évocatrices pour l’imagination que les nuages, les murs lépreux (chers à Léonard) ou les pierres de rêve chinoises. Il pratique à partir de ses modèles une puissante voyance, reportant sur le papier le fruit de ses visions. Curieusement, les pommes de terre interprétées deviennent, une fois couchées sur le papier, des sortes d’îles cernées de vaguelettes qui leur confèrent comme un halo. Comme des visions enfermées dans de minuscules îles.

Serge Paillard, Pomme de terre en île brumeuse,2004, (dessin original), coll.privée Paris, ph Bruno Montpied.jpg

    Plus l’espace sera restreint, semble-t-il, et plus la vision sera délirante, puisée dans des profondeurs inconnues de l’inconscient. Tout autour, l’île est cernée par la menace du grand vide de la page blanche. Comme si l’imagination s’exaltait  d’être ainsi encerclée par le néant.

 

Serge Paillard, Musée Robert Tatin, 2008.jpg

 

    Ces lignes avaient été écrites à propos de Serge Paillard, peintre figuratif lavallois indépendant des écoles et des styles ambiants, pour le catalogue du 9e Festival d'Art Singulier à Aubagne en 2006. Pour des raisons de place comme on dit il ne parut pas. Je ne saurais pourtant rien ajouter aujourd'hui à ce que je ressens devant les fins dessins de cet artiste, postier à ses heures, au parcours sinueux et authentique qui depuis quelque temps a ouvert un nouveau chapitre fort visionnaire dans son travail de créateur d'images, le "voyage en Patatonie". Sa complicité avec les pommes de terre en est la cause. 

Serge Paillard, Pomme de Terre en ruisseaux, 2004, coll privée Paris, ph B.Montpied.jpg

      Voici qu'il expose au Musée Robert Tatin à Cossé-Le-Vivien (Mayenne), dans la salle dédiée aux contemporains, baptisée "La Grange", du 21 juin prochain (jour de vernissage) au 31 décembre 2008. Nous aurons le temps donc pour aller le découvrir. L'expo s'intitule "Nouveau voyage en Patatonie".

Serge Paillard au Musée Robert Tatin, 2008.jpg

Bibliographie:

Bruno Montpied, Serge Paillard en Patatonie, in SURR n°5, automne 2005 (adresse de SURR (revue du Groupe de Paris du mouvement surréaliste): 122, rue des couronnes, Paris, 75020, et site web en lien ci-contre)

08/06/2008

Tout un programme...

Bruno Montpied, Plusieurs fers au feu,18x24cm, 2008.jpg
Bruno Montpied, Plusieurs fers au feu, 18x24 cm, aquarelle et encre sur papier, 2008

14/05/2008

Singulier art brut

    La galerie Nuitdencre 64, rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 10e.jpgVite, c'est pour dans deux jours, la galerie Nuitdencre 64 au 64 (comme de juste), rue Jean-Pierre Timbaud, dans le 10e arrondissement à Paris, continue d'explorer le spectre de l'imaginisme contemporain, du surréalisme à l'art singulier. C'est ce dernier, confronté à quelques représentants des collections d'art brut, qui fait l'objet de l'exposition qui commence vendredi prochain 16 mai (soir du vernissage) et qui est prévue pour se clore le 30 juin.

Martha Grünenwaldt, dessin aux crayons de couleur, site d'Art en Marge.jpg
Dessin de Martha Grünenwaldt récupéré sur le site de l'association bruxelloise Art en Marge

    L'expo est montée en collaboration avec l'association Oeil'Art dont on (des amis singuliers) m'a déjà dit le plus grand bien -on peut visiter leur site pour se faire une idée ICI. Au programme, Martha Grünenwaldt (disparue récemment, voir ma note du 30 mars 2008), Gustave Cahoreau (le protégé de Michel Leroux), Alain Lacoste (grand ancêtre des singuliers), Jean-Paul Henri, Jacques Trovic (parfois aussi classé dans l'art naïf, un brodeur de grand talent que j'aime particulièrement), Cako (de son nom complet Charles Cako Boussion, capable de réalisations fort inspirées quand "l'esprit souffle", témoin les sirènes ci-dessous que j'ai photographiées il y a peu dans une collection privée distincte de l'expo de Nuitdencre),

Charles Cako Boussion, Enluminures et Voluptueuses Sirènes, n°I, août 1999, coll.privée, photo Bruno Montpied.jpg

 Joël Lorand (c'est l'invasion, Lorand en ce moment), Gilles Manero (le délicat, le raffiné, le bon, le discret Gilles Manero), Faravel, Matemma, Adam Nidzgorski, Jean-Marie Heyliguen, Dominique Bottemane, Pascal Masquelière, Andrea Leierseder et Jean-Michel Messager.

Gilles Manero, Lycanthropie gouloukienne, 2006, coll.privée, Paris, photo B.Montpied, 2008.jpg
Gilles Manero, Lycanthropie gouloukienne, 2006 (image créée numériquement et peinte sur papier)

21/04/2008

Marcel Katuchevski

    A l'exposition L'Eloge du dessin,L'Eloge du dessin, couverture du catalogue de la Halle Saint-Pierre.jpg qui se tient actuellement à la Halle Saint-Pierre (au 1er étage), parmi de nombreux artistes fort intéressants à découvrir (Patrick Gimel notamment qui se fait rare, à Paris en tout cas, et à qui on aimerait voir consacrer une exposition tout entière), j'ai eu plaisir à voir les grands dessins à la mine de plomb de Marcel Katuchevski. Le catalogue livre sur lui quelques informations succinctes, notamment le fait que né en 1949, il a commencé à dessiner au moment où il a découvert l'art brut, ses premières expositions datant du milieu des années 80. Je gage cependant que ces expos ont été du genre confidentiel, mais bon, je ne passe pas non plus partout.

Exposition de dessins de Marcel Katuchevski à la galerie Polad-Hardouin.jpg

  

    En tout cas, on peut admirer ses grandes compositions achevées/inachevées (je suis particulièrement admiratif devant cet aspect de l'oeuvre) à la Halle Saint-Pierre jusqu'au 29 août. Et puis, à signaler aussi que commence le 24 avril tout proche une autre exposition de dessins de Katuchevski à la Galerie Polad-Hardouin, rue Quincampoix dans le 4e arrondissement à Paris, tout prés du centre Beaubourg. Durée prévue: du 24 avril au 31 mai.

     En même temps que l'expo Katuchevski, on pourra également découvrir les travaux récents de Michel Nedjar.

Michel Nedjar, poupée présentée sur le site de la Galerie Polad-Hardouin.jpg

19/04/2008

Champ de bataille du rêve, je me mets sur les rangs

Je pars en guerre (gentille guerre, pas du tout armée, je reste tout de même antimilitariste, je suis plutôt du genre Don Quichotte et non pas Don-Qui-Shoote) contre l'art singulier des Têtes à Toto sous-chaissaquiennes (voir le récent numéro, le n°29 d'avril 2008, de Création Franche). On dira, mais qu'est-ce qu'il préfère ce Montpied? Il croit que ce qu'il peint, c'est mieux que les autres? Il se prend pas pour de la m... (etc.). alors, faut voir, faut se documenter. Faut que je vous montre quelques échantillons de ce qui sort de mes pinceaux, de mes marqueurs et de mes rapidographes. Je mets en ligne à partir d'aujourd'hui un album (voir colonne de droite) de mes peintures. Et puis, pour accompagner cette exposition virtuelle, j'y ajoute un texte d'un vieux camarade de lycée, retrouvé récemment et qui m'a livré quelques notes spontanément devant l'encre ci-dessous reproduite.

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B.Montpied, Champ de bataille du rêve, 30x 40cm, 2006 (veuillez cliquer sur l'image si vous voulez l'agrandir, et améliorer sa précision...) 

              Une guerre un peu fantoche, mais inquiétante pourtant. Un cirque. Un jeu de cache-cache. Un rébus.

            Des réminiscences de Miro ? Dubuffet ? Van Gogh ? Buster Keaton ? Bosch déplacé ? Ernst en moins inquiétant ?   

         Les personnages ont l’air transi d’être regardés ? Epinglés ? Une collection ?

             Des travestissements.  Des animaux.

             Peu de personnages vraiment inquiétants.  

             Un art des chapeaux.

             Tous en équilibre (les uns sur les autres), sur des fils, enchaînés ; et pourtant les personnages ont l’air d’être installés.

             Sont-il convoqués pour un passage en revue avant de partir à la bataille, de conjuguer leurs forces, leur étonnement, de fuir séparément.

             Des guetteurs aussi? Des fanions. Un avion ?

             Une telle profusion de personnages (les monstres sont humanisés) sans que ça s’alourdisse, soit étouffant (diversité des tailles ; quelques lavis de couleurs). Des cycles de métamorphose. Une femme retournée. Un jeu récurrent avec les extrémités des corps, des personnages … ça se prolonge, s’étend, englobe, se suspend.

            Thierry Tricard

18/03/2008

Marilena Pelosi expose chez Dettinger

    "Des prisonnières, mais cette fois-ci pas forcément volontaires, il y en a dans le petit théâtre de Marilena Pelosi, cette créatrice d’origine brésilienne qui paraît se souvenir des gravures naïves de la littérature de cordel, où derrière l’apparente simplicité des images se cachent des ambiguïtés inquiétantes…

Marilena Pelosi, dessin aux crayons de couleur sans titre, 15x17 cm, janvier 2003, coll.privée, photo Bruno Montpied.jpg

     Il y a dans son théâtre des femmes nues bizarrement bâillonnées (on dirait qu’on leur a passé le mors), allongées comme si elles étaient au bronzage, leurs bouches entravées et comme ensanglantées. Des femmes qui portent sur leurs ventres un haricot géant, symbole matriciel féminin, ligaturé avec des cheveux, ces derniers étant souvent perçus comme des liens, ce terme étant à prendre dans le sens de ligatures mais aussi, simultanément, dans le sens de "relations" (comme on l’emploie dans le jargon informatique). Des femmes qui parfois doivent lutter contre leurs destins comme si ces derniers étaient des arceaux qui cernaient leurs corps et dont elles ne pourraient se défaire (prémonition du sinistre bracelet électronique?). Des femmes torturant d’autres femmes en leur faisant miroiter des parures, secrètes armes inventées par la société de consommation pour enchaîner tout un chacun devant le miroir aux alouettes de la marchandise. Plus généralement des femmes, voire des enfants, qui se tiennent sous la coupe de personnages plus grands qui paraissent vouloir leur faire de l’ombre, quand ils ne saignent pas tout simplement sur eux… Décidément un curieux théâtre, un doux et fragile théâtre dessiné aux crayons de couleur de l’enfance, sur papier calque parfois (théâtre faussement transparent) qui nous parle de torture et qui dénonce en même temps."

 

Marilena Pelosi, L'Effet Bienfaisant de l'Eau Tiède, 1999, crayons de couleur et stylo sur papier calque, 66x77 cm, coll.privée, photo Bruno Montpied.jpg

 

    Cet extrait (légèrement remanié) provient d'un texte plus ample, intitulé L'Enfer me ment qui n'a été publié que de façon partielle par les organisateurs du 9ème festival d'Art Singulier d'Aubagne en 2006. Il devait figurer dans le catalogue de l'exposition en regard des seize créateurs que l'on m'avait proposé de présenter dans une salle qui était à ma discrétion (j'y reviendrai). Ce passage consacré à Marilena Pelosi se concentrait sur le thème de "l'enfermement" qui était le fil rouge du festival.

    Pour autant, le travail de cette créatrice ne se réduit pas à ce thème.

 

Marilena Pelosi, Elle voyait comme ça dans son imagination, 1998, gouache sur carton, 27x43 cm, coll.privée, photo Bruno Montpied.jpg

 

   On s'en instruira en se rendant à l'exposition de dessins de Marilena qui ouvrira bientôt ses portes, du 21 mars au 19 avril prochains, à la galerie Dettinger-Mayer, au 4, place Gailleton dans la Presqu'Ile à Lyon (http://www.galerie-dettinger-mayer.com/expositions.htm).

04/03/2008

Un sciapode chez MAX T.

    Mon ami Max T. (voir notes précédentes de février) m'a fait plaisir en nourrissant ma déraisonnable obsession pour les sciapodes. Il m'en a concocté un tout emberlificoté, ficelé comme une paupiette. Avec une inquiétude à la clé, où placer l'orteil d'un tel individu à pied unique? Voici le résultat:

Max T.,sciapode, fil et armature, 2008, photo P.L..jpg

27/02/2008

Naissance de MAX T.

     Évoluant depuis quelques années déjà au sein des vieux loups de brocantes, individus fréquemment partagés entre antiquaires classieux mais calculateurs, maramians presque enguenillés, alcooliques cachant mal leur vice sous les oripeaux d'un métier proche de la bohème sans en être tout à fait, grands enfants maquillés en excentriques boulimiques, rustres et autres montreurs d'ours aux griffes élimées, faux aristocrates créchant en baraque, bourrus sauvés des eaux, moustaches déguisées en conquistadors à la retraite, Max T. est un cas à part.

    Il trafique comme les autres, vend de l'art populaire, aime les vieux outils, le fer particulièrement. Il s'est mis à retaper les objets un peu trop abîmés selon son goût, et petit à petit devient restaurateur sans s'en apercevoir. Dès lors, il a mis la main dans l'engrenage. Il crée des oeuvres à ses moments perdus, une "patte" enfantine s'y laissant reconnaître.

Max T., dessin sans titre sans date, photo B.Montpied, 2008.jpg
Max T. dessin sans titre sans date, photo B.Montpied, 2008

    Au début, il n'en laisse rien paraître, il sème dans le décor de sa vie quotidienne ses créations au milieu des autres objets chinés en brocante parmi ses congénères brocs, le plus souvent des objets qui n'ont plus d'auteurs avérés. L'anonymat baigne son capharnaüm. Pourquoi pas ses propres réalisations? Je m'y laisse prendre, un jour je photographie un jouet-acrobate jaune le prenant pour un frais et naïf témoignage d'art populaire (voir ma note du 25 juin 2007), alors qu'il semble être sorti tout droit des mains du Max, ce dernier ne le reconnaissant pas tout à fait, à mots couverts seulement (peu amateur d'explicite, le bougre)...

Max T., assemblage de matériaux divers, sans titre (maître et chien?), sans date, photo B.Montpied 2008.jpg
Max T., assemblage, photo B.Montpied, 2008

   Pourquoi n'avoue-t-il pas qu'il en est l'auteur? Par manque de confiance? Par désir de se mesurer à la poésie des objets populaires naïfs, et donc au rebours de l'hypothèse de la timidité, c'est par fierté qu'il agirait ainsi...? La réponse ne vient pas. Il vous regarde de ses yeux cernés, il roule sa vieille clope dégueulasse, l'allume puis tire dessus, laisse le silence répondre à sa place. Et laisse aussi le photographe tirer quelques portraits des dessins, des assemblages, des sculptures en fil...

Max T., comme un épouvantail..., sans titre sans date, matériaux divers, photo B.Montpied, 2008.jpg

Max T., sans titre sans date, assemblage de matériaux divers (la tête est faite des tessons d'un pot qui au départ était intact ; en se brisant, les tessons ont donné un air affaissé original à la tête, la ficelle est venue pour tenir le tout sans doute), photo B.M. 2008

Max T. dessin sans titre sans date au dos d'un cahier, photo B.Montpied, 2008.jpg

Max T. dessin au stylo sur la couverture d'un cahier, sans titre sans date, photo B.M. 2008 

    Il préfère le secret, rester en retrait. Il vit en Normandie avec sa femme et ses deux enfants. Il se délasse avec ces petites créations, Dieu sait où ça le ménera.

Max T., dessin sans titre sans date, stylo, photo B.Montpied, 2007.jpg

Max T., dessin sans titre sans date, stylo, photo B.M. 2008