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04/11/2009

Complaintes et messages de Jean-Marie M.

     J'ai récemment parlé de Jean-Marie M., le creuseur de tunnels sauvage du Lot. Antoine Boutet a fait un extraordinaire film sur lui, Le Plein pays (intitulé comme cela par allusion à sa manière de chanter Le Plat pays de Jacques Brel). Une de mes surprises en voyant le film fut de découvrir les insoupçonnables talents de chanteur-psalmodieur de cet archéologue pulsionnel. Il fait corps avec la nature, au creux de laquelle, après tant d'années de compagnonnage intime, il a besoin de se nicher pour chanter ses drôles d'incantations. Se rencoignant dans certaines grottes creusées par lui à mains nues, et s'y recroquevillant comme foetus régressant. Du reste, le contenu de ses chansons qu'il improvise en utilisant une technique de répétition parle de procréation qu'il faut cesser, de trop plein de population, d'apocalypse à venir (cela dure depuis trente ans). Il faut selon lui que les hommes restent avec les hommes et les filles avec les filles, sans préciser plus avant ce qu'il compte leur proposer comme occupations.

Jean-Marie M et ses collages, ph.Antoine Boutet.jpg
Jean-Marie M. parmi ses collages, photo site "Complaintes et messages", Antoine Boutet

      Une autre découverte est le talent artistique quasi enfantin de Jean-Marie. Il apparaît en fait plus flagrant lorsqu'on va sur le site internet qu'Antoine Boutet a consacré aux "complaintes et messages" de ce vieil enfant sauvage du Lot. En toile de fond, on aperçoit en effet des dessins aux traits tremblés qui sont touchants. Des collages aussi, au milieu desquels, la tête rejetée, il pose comme abattu,  tel un cadavre. Des petites peintures tendant vers la recherche pictographique. Le site, intitulé " Les complaintes de Jean-Marie", permet d'entendre en outre les fameux chants de l'auteur (le site en a choisi quatre), proches du cantique et de la psalmodie médiévale telle qu'on a l'habitude de l'entendre plutôt résonner au fond des cathédrales à l'acoustique réverbérante. On trouve aussi quelques fragments de vidéo et des photos (dont celles que je reproduis pour illustrer cette note).

Jean-Marie M parmi ses collages, photo Antoine Boutet.jpg
Jean-Marie M, photo même source, Antoine Boutet

      Chaleureuse gratitude à Antoine Boutet qui nous a révélé l'existence de son site plutôt secret, du moins peu connu des amateurs "d'art brut", ou de land art spontané, d'environnements étranges, et de proclamations apocalyptiques. A noter que, selon ce qu'il nous a confié, Boutet a longtemps constitué sa culture musicale à l'écoute de l'émission "Songs of praise" dont un des animateurs intervient depuis quelque temps sur ce blog. Il n'y a décidément pas de hasard...! Cette émission aura donc sans doute aidé cet auditeur inspiré à rechercher puis finalement à nous fournir un exemple supplémentaire de ce que l'on peut peut-être appeler de la "musique brute". Je gage que cela te mette du baume au coeur, cher Cosmo Helectra...? 

Sinon, pour ceux qui l'auraient raté à Montreuil récemment, à signaler d'autres occasions de voir le film d'Antoine Boutet, Le Plein pays:

Festival les Ecrans Documentaires à Arcueil dans le 94 (compétition internationale)
jeudi 29 octobre 2009 - 22h00

http://www.lesecransdocumentaires.org/2009/

Festival International du Film de Belfort (compétition internationale). Du 28 novembre au 6 décembre 2009
http://www.festival-entrevues.com/-2009-/films-competition2009.htm
 

Les Hivernales du documentaire à Nègrepelisse
samedi 14 novembre 2009
http://leshivernalesdudoc.free.fr 

Mois du documentaire - Cinéma Jean Renoir  à Martigues
samedi 28 novembre 2009 - 20h30
http://cinemajeanrenoir.blogspot.com

 

25/10/2009

Frédéric Séron

     Retour vers le passé, ce sera l'incipit pour aujourd'hui.

     J'espère que l'INA ne m'en voudra pas de leur faire un peu de publicité en les mettant en lien avec mon modeste blog. Ainsi que de la mise en ligne de quelques photos capturées grâce à l'obligeance du camarade Jean-Jacques que je remercie hautement ici, et d'abord pour le renseignement précieux qu'il m'a fourni: sur le site de l'INA, on trouve depuis quelque temps, dans la rubrique "le journal de votre naissance", à la date du 25 octobre 1961, un reportage intitulé "Poésie pas morte" où l'on nous parle d'une exposition sur des oeuvres d'autodidactes (on reconnaît bien vite des photos de Gilles Ehrmann, qui était à cette date sur le point de publier son livre Les Inspirés et leurs demeures aux éditions du Temps, publié au 4e trimestre 1962 ).

poésiepasmorte8.jpg
Image d'ouverture du reportage, 1961, ina.fr

    L'exposition n'est pas autrement décrite, ni située. Nous sommes dans un fragment de journal d'actualités (on le trouve à la 5e minute - à peu prés - du journal  qui parle aussi d'inondations au Japon, d'affrontements entre Wallons et Flamands, de refoulements par avions de manifestants "musulmans algériens" de la France vers l'Algérie, de Kroutchev et d'autres sujets de l'actualité de l'époque). Je n'ai pour l'instant pas trouvé d'ouvrages - notamment ceux qui ont été faits sur Gilles Ehrmann qui ne situent ses premières expositions qu'à partir de 1965... - qui puissent renseigner sur l'exposition en question. Qui est l'auteur du reportage? On ne nous le dit pas non plus.

Poésiepasmorte1.jpg
Frédéric Séron peignant l'effigie de Clémenceau, "le Père la Victoire", 1961, ina.fr
FrédéricSéronGEhrmann,Sirèn.jpg
Sirène au premier plan et Clémenceau au bout de l'allée, chez Frédéric Séron dans les années 50, photo extraite du livre de Gilles Ehrmann, Les inspirés et leurs demeures

      Toujours est-il qu'on voit tout à coup, après l'introduction d'usage qui est consacrée à des images de l'exposition, d'autres vues prises cette fois directement sur les sites des divers inspirés évoqués dans l'expo. Autant dire que sur ces créateurs-là les films ne courent pas les rues, et ce dernier reportage pourrait bien être l'un des seuls (1): on découvre ainsi, revenus du passé en pleine forme, leurs oeuvres encore toutes fraîches, Frédéric Séron et ses statues du Pressoir-Prompt (aujourd'hui  son jardin et sa maison ont semble-t-il disparu pour cause d'élargissement de la Nationale 7 qui les longeait dans l'Essonne), Raymond Isidore, dit Picassiette, en train de composer une mosaïque sur le sol devant sa petite maison, la paume de la main remplie de fragments d'assiettes, sa femme en train de coudre sur la machine que son mari avait également couverte de mosaïque, ou encore M. Marmin, le pépiniériste des Essarts en Vendée, qui avait taillé des animaux dans des arbustes sur une prairie prés de sa maison (le jeune homme qu'on voit tailler les arbustes est probablement un acteur, car Marmin photographié par Ehrmann n'a pas du tout la même apparence, ni le même âge...).

PicassietteJPEG, scène du Nouveau Testament en silhouettes blanches, Les J de l'AI, 1981.jpg
Picassiette, scène biblique, photogramme extraite des Jardins de l'art immédiat, Bruno Montpied, 1982

     Frédéric Séron est montré en train de  confectionner ses statues, disposant son ciment sur des armatures de fil de fer, badigeonnant une de ses statues dont le commentaire nous apprend fortuitement le nom (Un "Père la victoire" évoquant Georges Clémenceau, à qui l'on attribue la victoire de la Guerre 14-18), enfermant dans ses statues nous dit-on "sa carte de visite et le journal du jour".

      On peut continuer à fouiller dans les archives de cette INA ouverte (depuis peu, semble-t-il) à l'art brut du passé, et notamment prolonger la recherche sur Frédéric Séron, sur lequel il existe de rares documents écrits (2), surtout accessibles du grand public. On trouve sur leur site un autre document rare, nettement inconnu  des chercheurs jusqu'à présent à ce que je subodore... Une interview de Frédéric Séron par Pierre Dumayet dans Lectures pour tous du 25/03/1954 (production RTF). Après des vues sur les statues du jardin (c'est muet, pas la peine de vous exciter sur votre ordinateur!), au bout d'une minute et des poussières, tous deux causent familièrement assis au jardin en toute cordialité du travail de Séron et de son contenu ("Dites donc M. Séron c'est pas par hasard si on trouve une Porteuse de pain dans votre maison...", "Ben oui, j'ai été trente ans boulanger..."), tandis qu'en fond sonore dialoguent des poules fort glousseuses. Il y révèle qu'il enfermait dans ses statues toutes sortes de journaux, pas seulement dans la perspective comme le signale de son côté Ehrmann, de fabriquer des sortes d'âmes dans des boîtes, mais plutôt avec l'arrière-pensée de mêler sa propre identité à celles des hommes qui faisaient l'Histoire de son temps. Il y avait certainement dans cette démarche un peu d'un rituel magique naïf, écho de rituels païens plus anciens et oubliés. Certains de ses sujets y sont évoqués pour les modèles qui les ont inspirés (la patineuse, la danseuse, "L'Etoile polaire"...). Séron avoue dessiner ses sujets au préalable, il parle un peu de sa technique (des balles de la guerre de 14-18 servaient de crocs au lion de 100 kilos qu'enserrait un serpent et que l'on voyait en premier lorsqu'on découvrait le jardin dans les années 80).

SéronLesanimauxsurlegarage5.jpg
Frédéric Séron, le lion sur le toit du garage au Pressoir-Prompt, photo extraite du n° spécial "Art naïf" de la revue Phantômas (1956)

    On y voit aussi, chose rarissime, des images des tableaux naïfs que confectionnait Séron. Du reste, Ehrmann a photographié Séron dans son intérieur devant une magnifique fresque naïve peinte sur un des murs de son logis (c'est sans doute par ces tableaux naïfs que le critique de l'art naïf Anatole Jakovsky est venu lui aussi visiter Séron dans les années 50). Dans l'interview de Dumayet, Séron commente en direct deux de ses tableaux, dont une chasse à courre, qui est le support de souvenirs, de récits, notamment liés à la guerre de 14 dont on comprend que Séron, ancien combattant, avait été copieusement marqué. Le second, intitulé "La paix chez les animaux", paraît remarquable.

     Rien de mieux pour se faire une idée vivante et réelle du genre de personnage et du type de créateur que ce petit documentaire de 8 minutes... Allez... Tous à l'INA...!

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(1). J'ai fait quelques images en Super 8 sur ce qu'il restait du site de Frédéric Séron au Pressoir-Prompt en 1987, des statues verdâtres, d'autres enfouies sous les ifs qui en croissant les avait recouvertes, la maison fermée et inhabitée ; j'avais rencontré à l'époque un voisin qui nous avait confié, à moi et à Jean-Claude Pinel, qu'il avait conservé quelques sujets, peu importants semblait-il, et qu'il surveillait le devenir de la maison : peut-on espérer qu'au Pressoir-Prompt, on ait songé dès lors à sauvegarder à part quelques oeuvres de Séron? Mon petit film a été incorporé dans l'ensemble plus important qui s'intitule Les Jardins de l'art immédiat.

(2). On peut lire sur Séron outre le livre de Gilles Ehrmann déjà cité, le très bon livre de Charles Soubeyran, Les Révoltés du merveilleux, aux éditions Le Temps qu'il fait (2004), consacré à Ehrmann et à Robert Doisneau. Ces derniers ont tous les deux photographié Séron. Soubeyran donne des pistes bibliographiques par la même occasion, il rappelle l'article que Robert Giraud publia en 1950 (soit dix ans avant Ehrmann), "Etoiles noires de Paris: Frédéric Séron est le bon Dieu du paradis des animaux" dans Paris Presse-L'Intransigeant, article qu'illustraient deux photos de Doisneau. Ce dernier évoque lui-même Séron dans son livre de souvenirs, A l'Imparfait de l'objectif (p. 131, - et non pas p.73, M. Soubeyran... - éd. Belfond, 1989). Anatole Jakovsky a évoqué, quoique vraiment entre les lignes, la figure de Séron dans Les Peintres Naïfs (éd. La Bibliothèque des Arts, 1956). J'ajoute à cette bibliographie deux références que peu de gens ont dû repérer, je gage... Dans un n° spécial de la revue Phantômas, consacré à l'Art naïf (n°7/8, hiver 1956), revue dirigée par Marcel Havrenne, Théodore Koenig et Joseph Noiret à Bruxelles, on trouve quelques photos (voir ci-dessus, ci-dessous, et ci-contre) du site de Frédéric Séron, et notamment une photo du créateur en compagnie du mystérieux pataphysicien J-H. Sainmont que l'on aperçoit - anonymat, et peut-être supercherie, obligent - de dos seulement... Les commentaires des photos sont de Sainmont.Phantômasnuméro1504,1956.jpg Une autre référence encore par rapport à Séron: l'article de Ralph Messac, "Un ancien boulanger a fabriqué un paradis en ciment" dans L'Information n°1504 du 7 septembre 1955 qui dénombre à l'époque (Séron, né en 1878, disparaît en 1959) 90 statues. A Dumayet, passé en 1954, il en signalait 88, dont une en cours... Ces chiffres paraissent donc authentiques. En 1987, lors de mon passage j'en vis nettement moins...   

Phantômas2pagesArtNaïfSéron.jpg
Deux pages sur Séron (et Camille Renault) dans Phantômas n°1504, 1956

Marcel Landreau n'est donc pas mort

     Je ne tenterai pas en rédigeant cette note de m'attribuer un mérite qui revient de fait au blog Animula Vagula qui a su ces derniers jours ouvrir ses fenêtres à des nouvelles des statues de silex du "caillouteux" Marcel Landreau que l'on croyait définitivement perdues. Je voudrais seulement rediriger vers cette sympathique information les lecteurs qui n'y seraient pas déjà allés. Veuillez donc suivre le lien ci-dessus s'il vous plaît d'en apprendre davantage.

Marcel Landreau,Yvette Horner au sommet du manège automatisé à Mantes-La-Jolie en 1987, photogramme Les Jardins de l'art immédiat, Bruno Montpied.jpg
Marcel Landreau, détail du manège automatisé avec Yvette Horner au sommet à gauche (on notera que la statue photographiée sur Animula Vagula s'est un peu dégradée par rapport à l'époque (1987) où je pris cette image), photogramme Les Jardins de l'art immédiat, Bruno Montpied

    Deux personnes, nommées sur le blog cité en référence "Freddy et Cathy", ont donc sauvé de l'oubli un certain nombre de statues de Marcel Landreau qui végétaient dans un recoin perdu. Bien sûr on aimerait en apprendre plus, combien de statues, quand est-ce que Landreau avait déménagé de Mantes-La-Jolie (où il a créé son décor de statues de silex collées à l'Araldite de 1961 à 1990 environ...) pour les Deux-Sèvres, quand il est mort, ce que devinrent ses statues avant d'atterrir dans le recoin oublié, ce que comptent faire les deux conservateurs par la suite, pensent-ils à une conservation qui serait plus assurée dans une quelconque institution muséale, (Le futur LaM de Villeneuve-d'Ascq par exemple?), etc...

Marcel Landreau, personnages du manège automatisé du jardin à Mantes-la-Jolie, photogramme les Jardins de l'Art Immédiat,1987, Bruno Montpied.jpg
Marcel Landreau, les personnages du manège automatisé en train de tourner, photogramme Les Jardins de l'art immédiat, 1987, B.M.

     Animula avance en outre  que l'on pouvait déduire le départ de Landreau pour les Deux-Sèvres à partir du chapitre que Clovis et Claude Prévost ont consacré à Landreau dans leur livre Les Bâtisseurs de l'imaginaire en 1990. Cela me paraît un peu gratuit comme affirmation. Rien dans ce chapitre ne me paraît de nature à autoriser une telle "déduction". Par contre, j'ai personnellement signalé oralement à divers interlocuteurs dans les années 90 (dont par exemple Laurent Danchin qui l'a répercuté dans certains de ses textes) que je me demandais si Landreau n'était pas retourné dans sa région d'origine, aprés que j'eus filmé en 1992 son jardin aux statues disparues (séquence que j'ai montée dans le petit sujet en Super 8 que j'ai consacré à Landreau et que j'ai joint à  l'ensemble Les Jardins de l'art immédiat, voir Le petit dictionnaire Hors-Champ de l'art brut au cinéma). Le petit "musée" que signalent Claude et Clovis Prévost dans leur livre était installé dans le grenier de la maison de Mantes. Je l'ai personnellement visité en présence de Landreau en 1987.

       La nouvelle de la pérennité d'un certain nombre de ces merveilles d'inventivité spontanée et populaire est une excellente nouvelle qui paraît prouver ce que me confia un jour Maugri, autre créateur autodidacte, paysan de la région de Brancion, à savoir que les oeuvres fortes se défendent toutes seules, comme douées d'une vie propre, protégées qu'elles sont par le talisman d'une magie liée à la fascination qu'elles exercent sur ceux qui les voient.

04/10/2009

Recoins n°3

      Recoins n°3 est sorti avec les feuilles qui se ramassent à la pelle, ce qui ne sera pas son cas, car le numéro a belle allure, en constante amélioration. La revue concoctée à Clermont-Ferrand par Emmanuel Boussuge avec la collaboration d'émérites Auvergnats pur sucre (ou pure gentiane), qui ont pour noms Benoît Hické, Franck Fiat, François Puzenat, Colas Grollemund, Julie Girard, Bill Térébenthine, Bastien Contraire, etc., la revue s'est épaissie (70 pages contre les 58 des deux premiers numéros, ce qui explique aussi la petitesse des caractères, car il faut bien payer tant de matière, ne s'en étonneront que les nantis et les bourgeois, n'est-ce pas Ani la moule?), nourrie qu'elle est de substantifiques moelles. Comme d'habitude, art, belles-lettres et rock'n roll sont convoqués aux quatre (re)coins de la revue.

Recoins n°3,sept 2009.jpg
Numéro 3 de Recoins, 7 euros... 

     Au sommaire, outre quelques articles sur le rock des origines (que je suis d'un oeil en éveil - car il faut être bien étroit d'esprit pour ne pas voir qu'il y a là une source de créativité populaire largement sous-évaluée dans nos contrées, n'est-ce pas Caligula Vagula?), que les auteurs traitent dans le sillage des ouvrages parus chez Allia, comme par exemple celui de Nick Tosches intitulé "Héros oubliés du rock'n roll", plusieurs contributeurs :

      Tout d'abord votre serviteur (charité bien ordonnée commence par soi-même, n'est-ce pas?) intervient à propos du meunier Marcel Debord, dont l'environnement, à ce qu'avait révélé Jean-Luc Thuillier en 2007 dans son livre Arts et Singuliers de l'Art en Périgord, a été ravagé par la tempête en 1999, après avoir longtemps fait le plaisir des rares passants qui le connaissaient, car il fallait être curieux ou très bien renseigné pour tomber sur ce site à l'écart d'une route largement secondaire, à quelques encablures de Brantôme. Je l'avais visité en 1992 et ne m'étais pas résolu à en parler, son auteur étant infirme, fatigué (de fait il mourut en 1994). Recoins me permet aujourd'hui de renouer le fil avec cet homonyme d'un célèbre situationniste. Mon article est illustré d'une dizaine de photos, cherchant à faire le tour de cet environnement peu étudié et répertorié. 

Marcel Debord,autoportrait, ph.Bruno Montpied, 1992.jpg
Marcel Debord, autoportrait en meunier, photo Bruno Montpied, 1992

     Autres intervenants dans la revue, Anna Pravdova et Bertrand Schmitt y publient un texte instructif sur Jan Krizek, qui fut un sculpteur à la croisée des routes entre surréalisme et art brut. Leur article préfigure des développements ultérieurs, tant on sent qu'ils s'y retiennent d'en dire trop. "Jan Krizek, sculpter en deux dimensions" est un amuse-gueule, une amorce.Jan Krisek,Linogravure,n°13 sur 38, 1958, coll.privée, Paris, ph.Bruno Montpied.jpg On retrouve également Régis Gayraud qui publie trois textes dont un est connu de ceux qui fréquentent les archives de mon blog (suivez le lien ci-contre, paresseux!). Un homme qui porte le même patronyme que lui et prénommé Joël, et lui aussi un habitué de cette colonne blogueuse (qui n'est pas la colonne sèche que nous avions rêvée, vous en souvenez-vous, chers Gayraud?), dépose un texte de "souvenirs familiaux", "Mots de ventre, mots de coeur" où il est question de mots privés familiaux. Et là, je crie au scandale. Dis donc le père Jojo, t'aurais pu me demander mon avis, car ce texte m'avait été promis en 1988 (et bonjour pour le réchauffé)! Pour une enquête que je menais alors, que je mis je dois l'avouer en stand-by durant les vingt ans qui suivirent mais que je n'ai jamais désespéré d'achever et de publier un jour...! J'ose donc espérer que ce texte n'est ici produit qu'en pré-publication.

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Millange, une bourrée, publié dans Recoins n°3

     Du côté d'Emmanuel Boussuge, qui signe aussi parfois Eubée dans sa revue, on notera l'excellente et quasi exhaustive présentation du peintre naïf bien oublié, méconnu, Millange, dont il eut la révélation auprès d'une érudite cantalienne Odette Lapeyre (je l'ai rencontrée un jour  en sa compagnie, charmante vieille dame amoureuse de sa région du côté d'Antignac, elle renseigna Boussuge aussi sur le cas de François Aubert). Ce Millange, qu'Emmanuel qualifie de "peintre paysan", on pourrait tout à fait le qualifier d'Emile Guillaumin pictural. Comme ce dernier, qui fut on le sait un écrivain-paysan enrôlé sous la bannière des "écrivains prolétariens", il aimait à chanter les peines et les labeurs des champs, la vie rurale de son temps, le tout dans une palette vaporeuse qui confère une aura onirique à ses saynètes.

Millange,La Lettre de l'absent, Recoins n°3.jpg
Millange, La lettre de l'absent, publié dans Recoins n°3

Voici une impressionnante liste de librairies où on peut trouver Recoins n°3 à Paris : A la Halle Saint-Pierre bien sûr, mais aussi chez Libralire, dans le 11e, rue St-Maur, chez Bimbo Tower, passage St-Antoine (qui donne sur la rue de Charonne dans le 11e), à la galerie Nuitdencre, rue Jean-Pierre Timbaud (au 64), Un Regard moderne (rue Gît-le-Coeur dans le 6e), chez Parallèles, rue des Halles, chez Vendredi, rue des Martyrs, presqu'à l'angle avec le boulevard de Rochechouart, chez Atelier 9, dans la même rue mais un peu plus bas, chez Anima, avenue Ravignan, dans le 18e (la Butte Montmartre), au Monte-en-l'air, rue des Panoyaux (paraît-il), et également aussi à l'Atelier, la librairie qui se trouve en dessous du métro Jourdain, prés de la rue des Pyrénées (20e).

    D'autre part, oyez, oyez, demain lundi 5 octobre, à 19h30, dans  l'émission "Songs of praise" sur Aligre FM (93.1 à Paris), Emmanuel Boussuge, en compagnie du... sciapode, qui l'escortera fantomatiquement (car il devrait être question de rock'n roll et de musiques expérimentales et peu d'art brut, quoique... On devrait peut-être entendre, à cette occasion, un bout de la bande-son du film de Pierre et Renée Maunoury sur le créateur de l'art brut Pierre Jaïn), Emmanuel donc participera à l'émission hebdomadaire de cette émission vieille de vingt ans, pour présenter sa revue. Elle peut être captée par internet de partout in the world. Comme ça, si vous lisez cette note tardivement, vous pourrez encore vous rattraper.

     Sinon, on peut aussi s'abonner à la revue pour 29€ (4 numéros) en écrivant à Recoins, 13, rue Bergier, 63000 Clermont-Ferrand (e-mail: revuerecoins@yahoo.fr). 

01/10/2009

Le Plein Pays, documentaire d'Antoine Boutet sur Jean-Marie M., archéologue sauvage

         Je n'avais plus de nouvelles de ce monsieur Jean-Marie M. depuis bien longtemps. Depuis que j'étais allé le voir en 1987 avec Gaston Mouly qui s'était gentiment chargé de faire le médiateur entre nous (j'ai tourné un petit film en Super 8 à cette occasion que j'ai intégré par la suite à  l'ensemble de petits films d'amateur sur les environnements que j'ai intitulés Les Jardins de l'art immédiat).     L'ami Joël Gayraud m'avait signalé un article de Walter Lewino paru en 1984 dans Le Nouvel Observateur qui évoquait cette présence peu commune dans une forêt du Lot (article Le Malthusien des Bruyères).

J-M-portrait, photogramme Les Jardins de l'art immédiat, par Bruno Montpied, 1987.jpg
Jean-Marie M. à l'entrée d'un de ses puits, photogramme extrait des Jardins de l'art immédiat, Bruno Montpied, 1987

    Jean-Marie creusait le sol, effectuant un travail colossal à mains nues au début, puis, après s'être perfectionné côté outillage et engins, avec plus de moyens, élargissant ses tunnels, ses puits,Entrée de puits de J-M.M.,Les jardins de l'art immédiat,Bruno Montpied, 1987.jpg ses crevasses dans l'espoir de découvrir une civilisation préhistorique sous son terrain. On était dans une région de grottes célèbres, Pech-Merle, Cabrerets... Le Périgord aussi n'était pas très loin.

    Il fouillait la terre comme une taupe humaine, acharné de façon hyperbolique, creusant sans cesse comme à la poursuite du secret des origines. Qui n'étaient à chercher nulle part ailleurs, bien sûr, qu'au sein de la terre-mère. Il vivait seul avec sa mère sur ce territoire qu'il perçait de galeries. Il interdisait qu'on aille vers sa maison qu'on devinait par delà deux pyramides de pierres, où vivait la génitrice protégée comme une idole. Il interdisait aussi qu'on emmène de la terre de son fief sous les semelles de nos chaussures. Il nous épousseta bien soigneusement, Gaston et moi, avant que nous ayons eu le temps de franchir la limite de la propriété.

     Je ne suis pas descendu dans les galeries et les salles creusées dans la terre rouge quand je vins chez lui, tellement cela me paraissait périlleux en l'absence de lumière et sans plus d'information. Le sculpteur Ipoustéguy qui a visité en 84 le site avec Walter Lewino avait été plus téméraire, il descendit au fond, se frottant aux parois de terre rouge, rapportant que l'on voyait quelques gravures de Jean-Marie à certains angles. Sur le terrain lui-même, il y avait peu d'interventions "artistiques". Sur les pyramides évoquées ci-dessus (des cairns améliorés), on pouvait apercevoir quelques grossières incisions, tentant d'imiter les gravures rupestres du Val Camonica en Italie ou de la Vallée des Merveilles dans les Alpes françaises. Interrogé par nous sur ce qu'il avait réussi à mettre au jour jusqu'alors (1987, je le répète), il s'était embrouillé, avait seulement soulevé une bâche pour nous montrer une belle améthyste, qui consistait à ce que nous crûmes comprendre en son unique trouvaille de quelque valeur... Peut-être était-ce avant tout sa quête qui le faisait vivre, et peu importait la fin.

J-M.,photogramme Les Jardins de l'art immédiat, Bruno Montpied, 1987.jpg
J-M. fouillant dans ses trouvailles, quelques pierres... Photogramme Les Jardins de l'art immédiat, B.M., 1987

     A suivre l'article de Walter Lewino, J-M en 1984 avait un message écologique et démographique à faire passer au monde (ce qui le range aussi du côté des "fous littéraires"). Selon lui, la Terre étant bien trop peuplée, il fallait réduire d'urgence la population en cessant de procréer (sa théorie était peu claire, il militait pour une "extinction de l'espèce humaine", ce qui est nettement plus radical qu'une simple diminution démographique ; de plus il en voulait à son père de lui avoir donné le jour, il prédisait l'arrivée des extra-terrestres qui retrouveraient ses vestiges et en feraient un palais merveilleux ; au fond, il proclamait son désir de n'avoir jamais existé). Il avait confié à Lewino un message à publier dans les média, ce que ce dernier fit (voir ci-dessous).

Avis à tous les média, J-M. Article Walter Lewino, Le nouvel Observateur, 1984.jpg

J-M.,article Lewino, Le nouvel Observateur, 1984.jpg

Texte dicté à sa mère par J-M, photos de l'article de Walter Lewino, Le nouvel Observateur, 8-6-1984

     Je commençai d'écrire quelque texte à son sujet, que je finis par délaisser, n'ayant que peu de tribunes à ma disposition, puis  je me mis à en parler autour de moi, le cas était tout à fait intriguant, j'attendais une occasion, et je me demandais comment en parler adéquatement... J'étais impressionné aussi par l'impact que pourrait avoir la révélation de cette existence sur un public plus large. Des articles parurent cependant ici et là, par exemple dans le magazine Dire Lot qui ne cacha pas le nom de Jean-Marie, si je me souviens bien, ou dans Gazogène également à qui je l'avais signalé (revue éditée à Cahors). Dans ce dernier bulletin, vers 2000, il fut fait état d'une nouvelle fantastique, la mère de Jean-Marie étant décédée, et ayant été enterrée au cimetière, loin de leur terrain sacro-saint, celui-ci n'avait pu le supporter et était parti la déterrer (toujours cette quête du souterrain), pour l'exhumer et la ramener chez lui. Cela ressemble au comportement de l'auteur du fameux plancher de Jeannot dont j'ai déjà parlé ici. Jean-Marie, avais-je alors appris, avait pu regagner son domicile après quelques démêlés avec les autorités. Depuis je n'avais plus de nouvelles.

J-M M.,affiche Le Plein Pays, film d'Antoine Boutet, 2009.jpg

     Et voilà que j'apprends qu'on a fait un film avec lui, où son nom  - à juste titre peut-être - n'est pas prononcé. Seul son prénom apparaît dans les dossiers de presse qu'on m'a communiqués (grand merci à Remy Ricordeau pour cette information précieuse).J-M. dans une de ses galeries avec une lanterne, photogramme Antoine Boutet.jpg L'auteur du documentaire est Antoine Boutet. Le film, daté de 2009, est un moyen-métrage de 56 minutes. Son titre: Le plein pays. Il sera projeté dans la région parisienne incessamment (c'est l'avant-première). Rendez-vous le mercredi 7 octobre à 21h au cinéma Le Méliès à Montreuil. Je ne sais pas vous, mais moi, j'y serai. Voici le résumé tel que je l'ai trouvé sur le site des "Rencontres cinématographiques autour du documentaire" qui se tiennent du 6 au  octobre à Montreuil:

    "Robinson au milieu d'une forêt française, avec pour seuls compagnons une radio et un magnétophone : l'homme que filme Antoine Boutet est un solitaire, un homme qu'on pourrait dire « des bois » ou « des grottes », tant il fait corps avec ces lieux secrets. Il les sculpte et les manipule, les chamboule et les creuse. Dans un même mouvement, du plus profond de lui, éclôt sa voix, ses mythes et bientôt, par bribes, son histoire."

    C'est le genre de film à rapprocher de celui qu'ont fait les animateurs du blog "Playboy communiste" sur le "griffonneur de Rouen", Alain R. Voir dans ma note ancienne ce que j'en avais dit. Ainsi que le lien vers leur blog dans ma colonne consacrée aux liens.

J-M, photogramme Antoine Boutet, 2009.jpg
J-M., photogramme Le Plein Pays, film d'Antoine Boutet

24/09/2009

La Vie de l'abbé Fouré, par Noguette (1919)

    Il y a 90 ans cette année, soit donc en 1919, paraissait la première biographie consacrée à l'Ermite de Rothéneuf, l'abbé Adolphe-Julien Fouré, connu pour avoir sculpté non seulement les rochers de la côte, sur le site de la Haie, dans le bourg de Rothéneuf, mais aussi toute une série de statues en bois étonnantes qu'il montrait dans le village même, dans l'enceinte de son Ermitage.

Couverture de la brochure biographique sur l'Ermite de Rothéneuf par Noguette, 1919.jpg

     Pour fêter en quelque sorte cet anniversaire, j'ai décidé de publier ici le texte de cette courte biographie, ce que personne n'a eu l'idée de faire depuis sa première édition. Seuls quelques fragments ont paru en de brefs extraits ici ou là. Elle est due à un écrivain régionaliste breton, spécialiste de la Côte d'Emeraude du début XXe siècle, Eugène Herpin, qui signait du pseudonyme de "Noguette".

L'abbé Fouré assis devant les mousses de Jacques Cartier, carte postale de son vivant.jpg

La Vie de l'Ermite de Rothéneuf

 (L'Abbé Fouré) 

I

          L'abbé Fouré - qu'on appelait l'ermite de Rothéneuf - naquit à Saint-Thual, canton de Tinténiac, le 7 mars 1839 (1). Guillaume, son grand-père paternel, était fermier-­général d'Etienne-Auguste Baude de la Vieuville, marquis de Châteauneuf, guillotiné à l'âge de quatre-­vingt-deux ans, sur la place du Champ-de-Mars, à Rennes, le 4 mai 1793.

         Ce Guillaume avait épousé Françoise Laisné, de Dol, dont le frère François-Henri, entré dans les Ordres, était économe au Séminaire de cette ville à l'époque de la Révolution, et émigra à Jersey, où il mourut le 3 mai 1795.

         Du mariage de Guillaume Fouré, avec Françoise Laisné, naquirent deux enfants, Adolphe et Albert, qui furent élevés par leur oncle.

         Adolphe devint le domestique de Mgr Urbain René de Hercé, dernier évêque de Dol, et passa avec lui en Angleterre, à l'époque des mauvais jours. Son frère Albert le suivit.

         Revenu en France, après deux années d'exil, il se fixa à Saint-Thual. En 1796, il fut nommé maire de cette commune et en devint le bienfaiteur.

         Mgr Urbain de Hercé ayant été nommé grand-aumônier de l'armée catholique et royale, par le pape Pie VI, son fidèle serviteur Adolphe l'accompagna dans la malheureuse expédition de Quiberon, et fut fusillé avec son maître, sur la Garenne, à Vannes, le 29 juillet 1795.

         Un grand-oncle maternel de notre bon ermite, Jean Astruc, de Saint-Solen, était patron de barque. Ce fut lui qui, à la descente de Quiberon, conduisait le bateau où se trouvaient le général de Sombreuil et le comte Bozon de Périgord, son officier d'ordonnance. Une balle frappa Jean Astruc, en plein cœur, au moment où il allait aborder le rivage, et son sang éclaboussa l'uni­forme de ses illustres passagers. On le voit, l'Abbé Fouré avait du sang de chouan dans les veines (2).

         Son enfance, bercée des souvenirs de la Révolution, s'écoula au milieu des landes paisibles de Saint-Thual: c'est là que naquit, dans son âme de paysan breton, le goût de la solitude et de la rêverie. Le recteur de la paroisse, ayant remarqué sa piété, lui enseigna les pre­mières notions de latin. Adolescent, il fut envoyé au Petit-Séminaire de Saint-Méen, d'où il entra au Grand-Séminaire de Rennes. Ordonné prêtre, en 1863, il exerça d'abord son ministère sacerdotal, comme vicaire dans différentes paroisses du diocèse. Alors, il fut nommé recteur de Paimpont.

            De cette période de sa vie, il conserva un inaltérable souvenir. Grand pêcheur, ainsi qu'intrépide chasseur, épris de la vie contemplative, il adorait sa chère pa­roisse, dont le clocher se mire dans l'étang, sur lequel glissent, dans leurs robes de brouillard, les mystérieuses « dames blanches ». Il aimait s'égarer dans les mystères de cette étrange forêt de Brocéliande, où les légendes, dit le folkloriste, sont nombreuses autant que les feuillages. Ce fut, dans le domaine de Merlin l'Enchanteur, de la fée Vivianne et du Val-sans-Retour, dans ce paradis breton des fées, des chevaliers de la Table Ronde, du roi Arthur... que le futur sculpteur de Rothéneuf trouva sa tournure d'esprit et l'inspiration de ses œuvres futures.

         Lorsque l'abbé Fouré était recteur de Paimpont, les forges, aujourd'hui endormies, étaient en pleine activité. Elles étaient la richesse, l'animation et la gloire de la paroisse. Dans le cours de l'année 1866, le bruit se répandit, dans le bourg, qu'elles allaient être fermées. Les princes d'Orléans, retirés à Londres, étaient alors les propriétaires, tant de la forêt que des hauts-four­neaux. A cette nouvelle, le bon recteur partit pour l'An­gleterre. Auprès des princes, il plaida, avec toute son âme, la cause de ses paroissiens et de leurs hauts-four­neaux. Il perdit son procès: la décision était irrévocable. Le cœur désolé, il revint auprès de ses ouailles. Peu de temps, après, il fut nommé recteur de la paroisse de Retiers, et ensuite de celle de Langouet, canton de Hédé.

         Cependant, la vieillesse venait. Le bon recteur était devenu sourd. Puis ce fut une paralysie de la langue. Il fallait songer à la retraite: où aller ? Il demanda conseil au recteur de Rothéneuf. Celui-ci lui décrivit sa paroisse, bornée par la mer et des rochers sauvages. L'abbé Fouré donna sa démission de recteur, et vint à Rothéneuf, où il loua un petit logement. C'était en octobre 1893 (3).

 II

          Désormais, ce ne sera plus la vision de la légendaire Brocéliande, ou de la verdoyante et paisible campagne de Langouet ; ce sera la vision de la mer qui charmera, seule, l'âme rêveuse du vieux prêtre breton.

         Quelle émotion! Quand, pour la première fois, par un de ces prestigieux couchers de soleil, qui sont un des charmes de la Côte d'Emeraude, il contempla I'admi­rable site que domine la pointe de La Haie. Tout près, l'île Bénétin tenant, dans ses tenailles de granit, l'émou­vant squelette d'une goélette naufragée. Plus loin, à gauche, découpant leurs silhouettes aux tons mauves, dans les teintes orangées du couchant, le Grand et le Petit-Chevret. Au premier plan, le Gouffre, dont les roches noires prolongent, jusqu'à la mer, leurs béantes excavations.

         Et, le soir tombant, il remarqua que les rochers, à mesure qu'ils s'estompaient, prenaient des formes étranges. Celui-ci devenait un monstre fabuleux ; cet autre, un reptile fantastique. Dans ses courses, au fond des bois et des chemins creux, il avait fait déjà la même observation, se plaisant à deviner tout un monde mystérieux, dans les silhouettes des arbres et les replis de leurs séculaires racines, se tordant, comme des cou­leuvres, sur le revers des fossés. Profiter des contours du rocher et des sinuosités d'une branche, ou donner le coup de pouce pour faire naître, du granit ou du chêne, l'œuvre ébauchée par la nature : tel fut le système de l'ermite de Rothéneuf.

         Ce fut, pour occuper sa solitude et son désoeuvre­ment, qu'il se mit au travail, fouillant, de son ciseau, le roc et le granit. Jamais il n'avait eu ni leçons ni conseils, et ses instruments étaient rudimentaires.

         Voici les Rochers sculptés. Les sujets se pressent, se tassent, se bousculent. C'est là, aspergé par les embruns et secoué par les vagues, un art primitif, étrange, qui rappelle les grimaçantes silhouettes des gargouilles moyenâgeuses. Dominant le tout, un haut calvaire qui bénit cet étonnant musée de pierre.

         Non loin de ce musée de pierre, signalons tout spécia­lement la fontaine Jacques-Cartier, située au bout du chemin vicinal, à l'endroit appelé « les Bas-Chemins ». A cette fontaine, qui est intarissable, Jacques Cartier, raconte la tradition populaire, fut puiser sa provision d'eau, à la veille de partir, sur la Grande-Hermine, à la découverte du Canada.

         L'ermite aimait se reposer au pied de cette fontaine, dont il sculpta la pierre, avec un attrait tout parti­culier.

         Mais, visitons surtout l'ermitage. Au-dessus du mur crénelé qui lui sert de clôture, émergent des têtes gri­maçantes et naïves, qu'animent des yeux verdâtres, des bouches béantes et des coiffures aux rutilantes couleurs. Elles semblent regarder ironiquement le visiteur. Elles se nomment: Enguerrand de Val, Pia de Kerlamar, Marc de Langrais, Yvonne du Minihic, Perrine des Falaises, Adolphe de la Haye, Cyr de Hindlé, Jeanne de Lavarde, Karl de la Ville-au-Roux, Gilette du Havre et Benoît de la Roche.

L'abbé-Fouré-dvt-son-ermita.jpg

            A l'intérieur, l'établi rudimentaire sur lequel les racines de chêne se transformaient en serpents, en hiboux et en dragons. Sur cet établi, son dernier travail demeure inachevé. Voici son beau portrait, grandeur nature. Voici le banc sur lequel il peignait ses oeuvres, et le fauteuil, orné de devises, sur lequel, tant de fois, il s'est assis pour donner, gracieusement, des milliers et des milliers d'autographes à ses innombrables visiteurs.

         Je ne puis, évidemment, décrire toutes les œuvres de l'ermite, soit rangées dans des galeries, par les soins du propriétaire de ce curieux musée, soit groupées dans le jardin et dans les différentes pièces de la jolie gentil­hommière.

         Signalons, toutefois, M. et Mme de Rothéneuf. Le mari est un marin et sa « payse », avec la coiffe d'autrefois, tient un perroquet que son « homme » lui a rapporté des îles. Egalement, le groupe qui représente les Nations au pied de la Vierge, le Chasseur indien et Ranavalo qui, juchée sur un monstre, traverse une rivière à la nage. Une mention toute spéciale à ces troncs de chêne que le ciseau de l'ermite transforma en Gargantua. Des fleurs nombreuses, des têtes sans fin complètent cette œuvre curieuse dont, à différentes reprises, l'ermite refusa des sommes importantes,

         Oh ! Il n'était pas intéressé, le bon ermite. A l'entrée de son musée, il y avait un tronc. Donnait qui voulait ! Et, si la recette, à la fin de la saison, dépassait, ses modestes besoins, il en donnait le surplus aux pauvres.

         L'ermite avait un curieux album, sur lequel étaient les autographes les plus variés. J'en ai détaché ces deux strophes :

          Ici, l'art, à son tour, embellit la nature,

         A ces différents blocs, le ciseau d'un sculpteur

         Habile a su donner des traits, une figure,

         Voici des cavaliers ; plus loin, un enchanteur.

 

         Dragons ailés, serpents, fantastiques chimères,

         Des monstres effrayants, des êtres fabuleux

         Invoquant, du passé, légendes et mystères,

         Des héros et des saints apparaissent à nos yeux.

         Ayant, pendant vingt années, sculpté le bois et le granit, et, avec son art primitif, fait la fortune de Rothéneuf, l'abbé Fouré - le dernier des ermites de France - mourut pieusement dans sa petite gentil­hommière, au milieu de ses statues de chêne. C'était le 10 février 1910.

         Le 29 juillet suivant, des amis firent apposer sur sa maison une plaque commémorative portant, en lettres d'or, cette inscription :

 "HOMMAGE A L'ABBÉ ADOLPHE FOURÉ

L'Ermite de Rothéneuf

Né à Saint- Thual (I.-et-V.) le 7 mars 1839 (4) 

Décédé, dans cette demeure, le 10 février 1910.

En sculptant, il se fit le bienfaiteur de ce pays."

          Deux jours après la pose de cette pierre, avait lieu la vente aux enchères des curieuses sculptures. M. Galland, propriétaire de la maison, eut l'heureuse idée d'en acheter le plus grand nombre. En sa faveur, notamment, furent adjugées, en bloc, toutes celles qui remplissaient le jardin. Ainsi, l'œuvre de l'abbé Fouré a pu être conservée, et elle attire toujours l'attention du touriste qui ne va pas visiter Rothéneuf, sans aller voir, « le Musée de l'Ermite » (5).

          NOGUETTE

         (Imprimerie Bazin, 1919, Saint-Malo)



1. Cette date ne correspond pas à celle de l'acte de naissance. Voir ci-dessous.

2. On notera que Noguette oublie de nous indiquer clairement qui étaient les parents de l'abbé. L'acte de naissance publié par Frédéric Altmann en 1985 (voir ci-dessous pour les références exactes de son ouvrage) les identifie sous les noms de François Fouéré et Anne Redouté. La graphie "Fouéré" n'apparaît que dans les actes d'état-civil. L'abbé signait les cartes postales représentant ses rochers d'un autographe indiquant "l'abbé Fouré". Je garde personnellement cette graphie conforme aux usages de l'abbé.

3. On a ici la date exacte de l'arrivée de l'abbé à Rothéneuf, et par conséquent la date du début de ses travaux aussi.

4. Cette date ne correspond pas à celle qui est apposée sur l'acte de naissance de l'abbé, à savoir le 4 septembre 1839. Acte qui a été republié dans Frédéric Altmann, L'Ermite de Rothéneuf, le sculpteur des rochers de Rothéneuf, 1839-1910, AM, Nice,1985.

5. Hélas, ce musée a disparu aujourd'hui, sans qu'on sache précisément à quelle date. Les rumeurs parlent d'une destruction intervenue pendant la guerre, période pendant laquelle les populations civiles qui habitaient Rothéneuf furent évacuées. Les seuls objets sculptés qui réapparaissent au gré des expositions en galeries (par exemple à la Galerie de Messine à Paris, ou à la galerie de l'association ABCD à Montreuil) sont des meubles, tabernacle, commode ou bois de lit.  Ce qui paraît logique lorsqu'on sait qu'à la vente aux enchères des biens de l'abbé ce furent surtout des meubles qui partirent de l'ermitage. On acheta utile à cette époque. Les sculptures étaient sans doute soit moquées soit réservées au propriétaire de l'Ermitage qui en racheta effectivement la majorité. Cela causa paradoxalement leur perte, puisqu'elles disparurent avec l'ermitage censé les protéger.

   

18/09/2009

Un monde modeste, film sur Arte

     Le dimanche 27 septembre à 23h25 sur Arte, sera diffusé le documentaire de Stéphane Sinde, écrit avec Bernard Tournois, réalisé cette année, "Un monde modeste" (52 min).

Guy brunet, affiche peinte du film Un monde modeste.jpg
Affiche du film réalisée par Guy Brunet

      Consacré essentiellement à l'art modeste - ce concept voulu indélimité et forgé par Hervé Di Rosa, traitant d'un champ de l'art particulièrement vivant et souvent poétique, grosso modo l'art populaire manufacturé, le monde des collectionneurs de bibelots, objets et images publicitaires, le kitsch, etc. - ce film permet d'apercevoir (vite, car l'esthétique du film a fort à voir avec le clip) Guy Brunet dans son décor,La façade de l'immeuble où habite Guy Brunet, catalogue d'expo de l'Espace Antonin Artaud à Rodez, 2008.jpg Joseph Donadello,Joseph Donadello,Rio-Grande, photo Bruno Montpied, 2008.jpg Bernard Belluc et ses installations compulsives, Alfredo Vilchis, l'habitant-paysagiste populaire Yves Floch, "l'Organugamme" de Danielle Jacqui, ainsi que divers médiateurs, Hervé Di Rosa, Bernard Stiegler, et Pascal Saumade (récent commissaire de l'exposition "Kitsch-Catch",Affiche expo kitsch-catch, MIAM de Sète, 2009.jpg qui après une première installation à Lille, s'est déplacée ensuite début 2009 au Musée International des Arts Modestes à Sète, musée dont on voit quelques images fugitives dans le film).Enrique et Gerardo Velez, catcheurs en papier mâché peint à la main, catalogue Kitsch-Catch 2008.jpg

Yves Floch,portrait par Remy Ricordeau, 2008.jpg
Yves Floch au milieu de ses compositions, machines, bidules, personnages en matériaux recyclés et assemblés (Normandie), photo Remy Ricordeau, 2008

      Ce film, que nous avons vu en projection pour la presse (le P.S. ne recule devant rien pour satisfaire ses lecteurs), disons-le tout de suite, ne sert peut-être pas bien la cause de l'art dit modeste. Et encore moins celle des créateurs populaires qu'il nous laisse par bribes superficielles entrapercevoir. Le montage rapide, amusant au début, cherchant à créer l'illusion de la modernité (qui est aujourd'hui assimilée dans une large frange du cinéma documentaire à la vitesse, à l'épate par l'étourdissement, plutôt qu'au temps laissé à la réflexion), devient vite agaçant. Certains créateurs semblent même présentés pour amuser la galerie (Guy Brunet est montré en train de faire un film à partir de ses silhouettes naïves, faisant parler des effigies de cartons comme des marionnettes, le public rigole de tant de naïveté...). On amalgame les plus inspirés (Brunet, Donadello, Floch, Vilchis, Belluc) avec des histrions a priori légèrement hystériques et incohérents (Michel "El coyote" Giroud).

Alfredo Vilchis,ex-voto mexicain.jpg
Ex-voto d'Alfredo Vilchis (expo à la galerie Frédéric Moisan, 2009), photo extraite du livre de Pierre Schwartz sur les ex-voto paru au Seuil (voir le lien ci-dessus)

     De temps à autre des fragments surnagent. Le philosophe Bernard Stiegler (qui sort un livre chez Galilée ces temps-ci) insiste sur l'esprit de résistance à la pensée unique qui se manifeste chez les créateurs autodidactes, ainsi que sur la collectionnite qui caractériserait les travaux et autres objets réunis dans l'art modeste. Un artiste péruvien parle de cette nouvelle forme d'art qu'il pratique - et qui pourrait s'appliquer aussi à l'entreprise de Bernard Belluc - "le collage-archivage". Mais son interview, là comme ailleurs, passe à la vitesse du TGV, on a à peine le temps de le remarquer encore moins de s'en souvenir... Di Rosa, pourtant à l'origine le fondateur du concept d'art modeste, est à peine interrogé. Pascal Saumade, excellent dénicheur de talents populaires contemporains (ex-votos mexicains, imagerie du catch, affiches et portraits naïfs de Guy Brunet, posters faits main pour la publicité de films ghanéens de série Z), fait des apparitions fantomatiques.

Vitrine du MIAM à Sète, figurines collection de Bernard Belluc.jpg
Une vitrine du MIAM apparemment due à Bernard Belluc, figurines de jeu

     Le film  n'est qu'un tourbillon de couleurs et de fragments de phrases qui laisse l'amateur de ces formes d'art profondément sur sa faim. Pourtant le concept d'art modeste mériterait mieux, une collection de petits films (posés) sur chacun de ses domaines. On pourrait pousser plus loin l'interrogation à propos de ses diverses sous-catégories. L'art brut est-il un sous-ensemble de l'art modeste? Le terme de "modeste" n'est-il pas dépréciatif pour des Donadello, des Floch, des Guy Brunet, des Alfred Vilchis? Danielle Jacqui à un moment du film a le mérite d'avoir repéré le bât qui blesse, elle le clame avec netteté: "Je ne suis pas modeste, je fais l'Organugamme"... Jacqui pas modeste, ça, on peut dire qu'elle parle d'or. Il est du reste passablement paradoxal que le Musée des Arts modestes lui ait précisément proposé à elle d'exposer son projet en cours, le Colossal d'Art Brut, initialement projeté pour décorer la façade de la gare d'Aubagne (voir son blog en cliquant sur le lien à son nom).

Danielle Jacqui, détail de sa façade décorée au Pont de l'Etoile (Provence), photo Geneviève Berg, communiquée par J-P. Paraggio, 2009.JPG
Danielle Jacqui, détail de sa maison décorée au Pont de l'Etoile à Roquevaire-en-Provence, photo Geneviève Berg, 2009

      On aurait pu, surtout, laisser parler les créateurs populaires, et laisser de côté les spécialistes de la pensée, si intéressants soient-ils. Mais  peut-être veut-on voir le populo  sous un oripeau décidément trop modeste?

17/09/2009

Journées du patrimoine au Jardin de Nous Deux (anciennement Charles Billy)

    Oyez, oyez, amateurs d'environnements d'autodidactes. Pour les journées du patrimoine qui auront lieu le week-end prochain, ceux qui ne sont pas très loin de la vallée de l'Azergues, dans le Rhône, pourront si le coeur leur en dit, aller découvrir, ou redécouvrir un environnement qui est généralement fermé au public, le Jardin de Nous Deux de feux Charles et Pauline Billy, à Civrieux d'Azergues, chemin du Mazard. J'en ai déjà parlé sur ce blog, mais voici quelques images qui aideront le lecteur curieux à se faire une idée du site.

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Maquettes de monuments divers, temple thaï à gauche, ph. Bruno Montpied, 1990
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Au premier plan, arche d'hommage aux classes en 5 et 0 (derniers chiffres des dates de naissance des époux Billy en l'occurrence), référence étant faite à la fête de la "vague" à Villefranche, ph.BM, 1990

      En effet le propriétaire actuel qui a conservé le décor de Charles Billy, ce qui est tout à son honneur et un exemple rare à souligner dans l'histoire de la postérité des sites créés par des autodidactes, ouvre le jardin au public le dimanche 20 septembre. La visite est gratuite. Elle aura lieu à 10h et à 15h, le rendez-vous étant pris auparavant place de la mairie. Mais ATTENTION! Le nombre de places est fort limité (sans doute parce que les dimensions du jardin n'autorisent pas de grandes foules...). On ne dépassera pas les 15 personnes. Il faut en outre s'inscrire à l'avance à la mairie, et ce avant le 18 septembre prochain avant 18h, hâtez-vous donc, il ne reste que deux jours... Tél: 04 78 43 04 17, et fax: 04 78 43 15 06. A vous l'espace d'un instant, châteaux finlandais ou "de Piédanleau", mosquée, moulin guadeloupéen, parthénon, hommage aux classes de Villefranche, temple thaï, tour de Sidi Bousaïd, monument au Beaujolais et autres décors de pierres dorées, harmonieux et excentrique collage architectural cernant un pavillon d'ancien ouvrier des frères Lumière.

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Château finlandais et tour du Beaujolais, ph. BM, 1988

13/08/2009

Léon Evangélaire et le Tarzan auquel on n'a pas pensé

    J'ai visité pour des raisons professionnelles, et donc sans m'y intéresser plus que ça, l'exposition Tarzan au musée du quai Branly (où ce qui m'a le plus charmé, c'est l'allée sinueuse où l'on aurait bien glissé sur une luge à roulettes avec les moutards, avec Johnny Weismüller projeté sur nos faces hilares au passage).

Tarzan!.jpg

Expo Tarzan! du 16 juin au 27 septembre 2009

 

     Et je me suis dit, que c'était en définitive regrettable que les orgnisateurs de l'expo n'aient pas connaissance d'un très beau Tarzan en ciment polychrome qui se tient toujours sous le ciel nuageux à l'ombre des terrils, là-bas vers le Pas-de-Calais, à Pont-en-Vendin, sur le minuscule lopin de terre qui s'étend devant la petite maison d'un ancien employé au chemin de fer des Houillères, au milieu d'animaux n'ayant pas toujours quelque chose à voir avec les vrais protagonistes des aventures africaines de Tarzan. Chez le bien nommé Léon Evangélaire, que nous a fait découvrir Francis David dans son Guide de l'art insolite Nord/Pas-de-Calais en 1984.

Léon Evangélaire,Jane,Tarzan,et autres animaux en ciment, photo Bruno Montpied, 2008.jpg
Léon Evangélaire: Jane, Tarzan, Cheeta, flamant rose, poule, perroquets, caniche, écureuil et serpent... Photo Bruno Montpied, 2008

     J'ai tenté de rectifier le tir en l'imprimant sur une photocopie couleur que j'ai montrée aux petits visiteurs de l'expo que j'avais emmenés avec moi ce jour-là. Une goutte d'eau dans l'océan d'ignorance qui affecte les inspirés du bord des routes. Alors, je continue ici même, en me disant que nos gentils commissaires d'exposition vont parfois surfer sur le net de temps en temps eux aussi...

Léon Evangélaire, Tarzan seul,photoBruno Montpied, juin09.jpg
Tarzan en juin 2009, ph.B M

02/08/2009

La dynastie des Montégudet, inspirés de père en fils (1)

     On a tendance à croire, possédé que l'on est par le dogme de l'art brut, que les créateurs d'environnements populaires sont le plus souvent des individualistes forcenés. Cela n'est pas toujours vrai. Et même, lorsqu'il s'agit des inspirés du bord des routes spécialement, cela se révèle souvent faux. Mais peut-être aussi ne faut-il pas toujours associer l'art brut aux environnements spontanés.

     Il y a ainsi le cas des deux Montégudet, le père et le fils, dans la Creuse, département qui s'enorgueillit de posséder par ailleurs le plus ancien environnement spontané qui soit parvenu jusqu'à nous, à savoir le village sculpté de Masgot du tailleur de pierre François Michaud (commune de Fransèches).

Carte postale,L'étang fleuri, éd. Cap-Théojac, années 1970.jpg
Une des quatre cartes postales ayant été éditées pour assurer la publicité de l'Etang Fleuri, Le Renard et le Bouc (avec un panonceau indiquant "qu'il est interdit aux moins de treize ans de regarder" le membre du bouc qu'une ouverture dessous la margelle dévoile clairement, membre qui fut "censuré" radicalement dans la suite des temps par l'épouse de son fils...), la chèvre de M. Seguin, Adam et Eve... (Années 1970, éd. Cap-Théojac)

     J'ai évoqué en titre une "dynastie", et d'accord c'est un peu exagéré, sauf à penser que nos créateurs retraités, issus pour leur majorité des classes populaires, lorsqu'ils créent, se fabriquent une nouvelle souveraineté, comme s'ils étaient devenus ce que j'ai appelé ailleurs "les rois d'eux-mêmes".

Carte postale, L'Etang fleuri, éd. Cap-Théojac, années 1970.jpg
Autre carte postale de l'Etang Fleuri, Le Renard et la Cigogne, Le Lion et le Rat, le monstre du Loch Ness, Ludovic avec la chèvre de Picasso... (Années 1970, éd. Cap-Théojac)

     Il y eut d'abord le père, Ludovic, qui entre 1967 et 1981 créa autour d'un étang une sorte de parc de loisirs bricolé avec les moyens du bord. Ludovic Montégudet devant sa buvette, document famille Montégudet, années 1970.jpg Il sema sur ses rives une multitude de petites saynètes représentant, entre autres, les Fables de La Fontaine, la Chèvre de Picasso, Barbe-Bleue, Roland à Roncevaux (ce dernier sujet peu banal chez nos autodidactes, en même temps en accord avec les souvenirs d'école!)... Ancien maire du bourg de Lépinas, retraité, c'était l'idée qu'il avait eu pour maintenir du lien social à la fois dans sa commune et pour lui-même aussi, parce que la retraite l'avait retranché de ses concitoyens. Il sculptait le bois et avait installé ses sculptures en plein air, à côté d'une buvette, ne dédaignant pas les galéjades parfois à la limite de la gaudriole. Ludovic Montégudet,les cornes, ancien Etang Fleuri de Lépinas, document famille Montégudet,années 1970.jpg

Les couples d'amoureux venaient parfois se cacher au bord de "l'étang fleuri" et l'ancien maire en était fier. Le photographe François-Xavier Bouchart vint chez lui prendre des clichés, ainsi que Pierre Bonte, le spécialiste des gens-ordinaires-qui-ont-tous-un-grain-de-génie... Cela le fit connaître des amateurs de création populaire autodidacte (deux pages lui sont consacrées dans le catalogue de l'exposition Les Singuliers de l'Art au musée d'art moderne de la Ville de Paris, 1978 ; à quand la prochaine exposition sur le même thème pour faire le point et la mise à jour?).

Ludovic Montégudet avec Le Lion et le Rat,document famille Montégudet, années 1970.jpg
Ludovic Montégudet devant la saynète Le Lion et le Rat (document famille Montégudet, années 1970)

     Ludovic se faisait parfois aider dans ses sculptures par son fils René, qui outre quelques statues (de personnages), s'occupait surtout de mettre en couleur les statues de son père, ainsi que de les réparer l'hiver (car, comme René et son épouse le soulignent, les statues étant en bois souffraient terriblement d'être à l'air libre).

Saynète sculptée par Ludovic Montégudet,le Bouc et le Renard, photo document famille Montégudet, années 1970.jpg
Détail de la saynète Le Renard et le Bouc, avec le panonceau "Interdit..."

     Fin de partie en 1981. Ludovic décède. René et Yvette, sa femme, constatant la détérioration accrue et le vandalisme qui affectent les oeuvres, décident de les retirer des rives de l'étang et de les mettre à l'abri dans une grange.

Grange où furent rangées un temps les oeuvres de l'Etang Fleuri de Ludovic Montégudet, photo Bruno Montpied, 1991.jpg
La grange où étaient stockées les statues animalières de Ludovic Montégudet, telle qu'elle était en 1991 (photo Bruno Montpied)

     C'est une dizaine d'années après que, curieux de savoir s'il restait quelque chose des statues insolites de Ludovic Montégudet à Lépinas, je viens en Creuse où, avec l'aide du sculpteur Jean Estaque, grand amateur d'art et de culture populaires par ailleurs (nous nous étions rencontrés via Michelle Estaque et le projet de livre sur Michaud), nous partons visiter les héritiers de Ludovic, à savoir donc René et son épouse...

La dynastie des Montégudet, inspirés de père en fils (2)

... Nous sommes en 1991. Les statues de Ludovic sont toujours gardées en vrac dans la même grange. Je fais quelques photos à l'époque, assez peu. Le couple ne veut pas qu'on les déplace trop car elles sont devenues fragiles (je prendrais alors cette réticence pour un respect limité à l'égard des oeuvres du père de René, ce qui était tout le contraire...!). Ce sont de fort jolies statues naïves, que je sors dans la cour pour tenter de les photographier avec une meilleure lumière.Ludovic Montégudet,Le Bouc et le Renard, sortis de la grange, disposés en 1991 dans la cour devant la maison des Montégudet, ph.Bruno Montpied.jpg Jean Estaque, à peu de temps de là, obtiendra du couple qu'il prête leurs statues pour l'exposition intitulée "Noblesse du bois" qu'il montera au Moutier d'Ahun en 1992 (deux autres expos furent également montées entre temps en Creuse avec des oeuvres de Ludovic Montégudet, dont une à Guéret). Je rédigerai à cette occasion un petit texte, en guise de minuscule catalogue, Le Luna-Park du pauvre, ou l'Etang Fleuri de Lépinas.Plaquette sur Ludovic Montégudet, Les Amis du Moutier d'Ahun, 1992.jpg

     Vers 1995, René paraît évoluer dans sa relation avec les statues de son père. Il décide de construire, à l'intérieur de sa propriété, dans une dépendance de la maison principale, une salle qui va être entièrement vouée à la présentation des statues, en respectant les sujets tels qu'ils étaient autrefois sur les rives de l'étang, mais qu'il va "scénographier" autrement... D'autant que l'espace est tout de même compté dans cette salle. Il s'agit d'une salle mémoriale, non destinée à être ouverte au public, plutôt visitable dans le cadre de relations amicales avec la famille.

L'Etang-plus-fleuri,-mai-09.jpg
L'étang de Lépinas, état en mai 2009, uniques décors à ses environs, des épouvantails destinés à repousser les chevreuils qui viennent brouter les plants de sapins que l'on veut faire pousser à cet endroit, ph.B.M.

    En la visitant récemment (mai 2009), je penserai à cet autre petit musée privé qu'était celui de Franck Barret à Saint-Philippe du Seignal près de Sainte-Foy-la-Grande dans l'Entre-Deux-Mers, où ce dernier avait organisé dans deux petites pièces un petit théâtre de statues sur des thèmes divers, le Fantôme de l'Opéra, un explorateur face à un gorille, des hommes préhistoriques, un extraterrestre (Ludovic Montégudet lui aussi avait installé un extraterrestre au bord de son étang qui n'a pas été sauvegardé), etc.

Vue du petit musée privé consacré à Ludovic Montégudet, ph.Bruno Montpied, 2009.jpg
Le petit musée privé consacré à l'oeuvre sculptée de Ludovic Montégudet, vu depuis l'entrée, ph.BM, 2009

    René arrange ce musée personnel avec goût, il laisse de la terre au sol, il restaure et modifie parfois certains sujets (la tour de Barbe-Bleue, à l'origine tronc d'arbre mort, et désormais maçonnée en pierres). Il a sauvé ce qui pouvait l'être. On retrouve Roland de Roncevaux à la cotte de mousse jaunie avec son oliphant, le Lièvre et la Tortue, le Lion et le Rat rongeant la corde (une des pièces maîtresses de Ludovic), le Renard et le Bouc, la Coexistence Pacifique (des animaux différents dans un arbre), le Renard et la Cigogne, etc. Il semble bien que le fils, dans cette nouvelle présentation, a accru le côté esthétique des réalisations du père, au départ conçues dans un esprit de loisir. Une évolution se traduit ainsi au sein de cette famille de créateurs amateurs, allant vers une maîtrise et un incontestable savoir-faire.

Musée privé L.Montégudet,Le Lion et le Rat,Le Renard et la Cigogne, la chèvre de Picasso, etc,ph.Bruno Montpied, 2009.jpg
Le Lion et le Rat, derrière, le Renard et la Cigogne,derrière à droite, la Chèvre de Picasso, au sol, un dinosaure...Ph.BM, mai 2009
Musée Montégudet, Roland à Roncevaux, ph.Bruno Montpied.jpg
Roland à Roncevaux... Ph.BM, 2009

     René Montégudet, que son épouse Yvette épaule sans trêve, est bien conscient parallèlement qu'une mémoire de l'Etang Fleuri erre encore autour du site, en Creuse et au delà (notre passage à Jean Estaque et moi-même en 1991 en fut la preuve). On vient leur demander des nouvelles du site. Or, il n'est plus, dans son état d'origine en tout cas. Il décide alors de créer, pour combler cette demande, de créer à son tour un autre point d'exposition de sculptures en plein air. Sur une butte rocheuse située non loin de l'étang, il commence à installer des statues animalières, la première étant un chamois (la date de 1993 est apposée à ses pieds, gravée dans le ciment).

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La butte aux statues animalières, chamois, aigle, renard, loup, sanglier, crocodile, kangourou, singe... ph.BM, 2009

      D'autres vont suivre, réalisées petit à petit, jusqu'à aujourd'hui. René procède avec soin, méticuleusement, pensant soigneusement ses oeuvres avant de les façonner. Il se fait aider par des amis ou des parents pour déplacer à l'aide d'engins les statues pesantes élaborées en ciment sur armature de ferraille. de l'atelier vers la butte. Il les flanque en certaines de leurs parties de morceaux de plomb, comme dans le cas du groin de son sanglier par exemple. C'est que d'aprés lui cela résistera mieux aux intempéries, à l'air libre. Il y a chez lui un souci de faire durer ses oeuvres, souci né incontestablement en voyant les dégradations subies par les statues de son père, conçues au départ dans l'éphémère. René ne l'entend pas de cette oreille, pour ce qui le concerne, conscient qu'il y a là un art qui comme tout autre plus savant et plus reconnu mérite d'être sauvegardé et patrimonialisé.

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Statues de René Montégudet, le loup affronté à un sanglier, ph.BM, 2009
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René Montégudet et son crocodile, ph.BM, 2009
*
Ces articles sont bien entendu dédiés à René et à Yvette Montégudet qui ont eu la gentillesse de nous recevoir et de répondre à toutes les questions que Roland Nicoux et moi-même, ainsi que les adhérents de l'Association des Maçons de la Creuse, leur avons posées en mai dernier. Grand merci aussi à Roland Nicoux pour son infatigable dévouement à la cause de l'art populaire en Creuse...

 

21/07/2009

Il y a 100 ans disparaissait l'abbé Fouré, pour fêter ça, le restaurant Brébion est parti en fumée...

 
Restau-Brébion-,cp,collBelo.jpg
Restaurant "Aux rochers sculptés" de Henri Brébion, années 1930? 1950? Carte postale
Abbé Fouré,Carte postale des années 50 du site des rochers Sculptés à Rothéneuf (Ille-et-Vilaine).jpg
Autre carte postale, des années 1950 vraisemblablement, où l'on voit le restaurant à l'arrière-plan du site des rochers sculptés (derrière les haies taillées)

    En repassant à Rothéneuf (prés de Saint-Malo) dernièrement, où j'aime tant m'asseoir sur les rochers sculptés par l'abbé Fouré entre 1894 et 1910 (ce sont les dates exactes, faites-moi confiance, toutes les autres, c'est du pipeau), quelle n'a pas été ma surprise de me retrouver nez à nez avec une pelleteuse qui était en train d'aplanir l'emplacement de l'ancien restaurant Aux Rochers Sculptés, le même qui avait été créé par Henri Brébion en 1907, dans le but de profiter de l'affluence des visiteurs du site de granit taillé au ciseau par l'abbé dans les roches de la falaise de la Haie, un site d'art rupestre populaire quasi unique au monde (et dont les institutions se moquent éperdument depuis des lustres).

Emplacement de l'ancien restaurant d'Henri Brébion, ph.Bruno Montpied, 2009.jpg
L'emplacement du restaurant "Le Bénétin", anciennement "Aux rochers sculptés"...Photo Bruno Montpied, 2009

    En fait, l'ancien propriétaire du restaurant, M. Janvier, à ce que m'a appris son fils désormais en charge du droit de visite sur le fameux site sculpté, avait pris sa retraite voici déjà quelques années, et avait vendu le restaurant qui avait été du coup rebaptisé par le nouveau propriétaire "Le Bénétin". Mais voilà-t-y pas que le nouvel établissement s'est retrouvé l'année dernière la proie des flammes... Ce qui explique son rasage, et le projet d'un nouveau restaurant qu'un permis de construire annonce sur place prêt à bientôt renaître de ses cendres, la gastronomie devant être au rendez-vous avec ce nouveau restaurateur. Rothéneuf ne ressemble en effet plus beaucoup à l'ancien village où avait débarqué le pauvre abbé à la fin du XIXe siècle. Il a pris désormais des allures nettement plus résidentielles. Les trognes grotesques, les traits burinés des généraux de la guerre des Boers, les âpres visages des Saint-Budoc et autres "mousses" de Jacques Cartier, qui achèvent de s'estomper sur les rochers jouxtant la mer n'en paraissent que plus déplacés...

Abbé-F,latête-pensive,juil0.jpg
Aspects des rochers sculptés par l'abbé Fouré, ph.BM, juillet 2009

     Par contre, si j'ai bien vu le fauteuil de l'abbé avec sa devise "Amor et dolor", ainsi que son grand portrait photographique rehaussé au fusain (comme me l'a précisé sur place le fils de M. Janvier), qui sont toujours conservés dans la guérite à l'entrée du site, j'ai oublié de demander des nouvelles des quelques souvenirs liés à l'abbé qui se trouvaient à une époque traînant à l'étalage du magasin de souvenirs - des faïences bretonnes pour la plupart - comme le portrait de l'abbé en buste, tout à fait banal, mais tout de même un souvenir de son temps puisqu'il avait été réalisé en hommage après sa mort avec l'accord de la municipalité. Est-il parti en fumée lui aussi ? Et qu'en est-il également de ce Saint-Nicolas, qui n'était pas de la main de l'abbé, lui non plus, mais qui provenait de l'ermitage où ce dernier avait accumulé comme on sait des splendides bois sculptés, mais aussi des tas de bibelots, objets pieux, etc. ? Voici les photos qu'une amie, Laure Lemarchand, avait faites de ces sculptures vers 1989:

          Abbé Fouré, son buste post mortem, ph.Laure Lemarchand, vers 1989.jpg     St-Nicolas, ancienne collection de l'Abbé Fouré, ph.Laure Lemarchand, vers 1989.jpg
    Si quelqu'un en a des nouvelles, qu'il pense à nous bien sûr...

     

 

04/07/2009

Bohdan Litnianski: A VENDRE...

Bodhan Litnianski Face de la maison aux colonnades en rebuts, Viry-Noureuil,ph.Bruno Montpied,juin 2009.jpg
Bodhan Litnianski, ph.B.Montpied, juin 2009

     Je suis repassé début juin devant la maison aux rebuts sublimés, appelée improprement la "maison aux coquillages", que Bohdan Litnianski, l'ancien maçon d'origine ukrainienne, avait construit petit à petit au cours de plusieurs décennies. Elle avait plutôt meilleur aspect que l'année dernière en l'absence de ses occupants. Nous avions appris auprés du maire de Viry-Noureuil, bourg où se trouve le site de Litnianski, que la propriété n'avait plus qu'un héritier, M.Cossart, petit-fils de Bohdan, sa fille et son fils étant tous deux décédés récemment.

Bodhan Litnianski, piliers du fond, ph.B.Montpied,avril 2008.jpg
Bohdan Litnianski, vue des colonnes du fond de la propriété, ph.B.Montpied, avril 2008

       Et voici que j'apprends, via le blog Animula Vagula, qui l'a lui-même appris sur le journal L'Union (Champagne-Ardennes-Picardie ; article de Samuel Pargneaux), que le petit-fils s'est finalement résolu à vendre la maison des Litnianski.Bodhan Litnianski à vendre, ph.L'Union.jpg Bien sûr, il a fait savoir qu'il souhaitait vendre à quelque acheteur qui pourrait lui garantir la pérennité du site après achat. Mais on peut tout craindre désormais. Le cas s'est en effet déjà produit... Par exemple chez Martial Besse au Bournel, prés de Villeréal dans le Lot-et-Garonne. Ce dernier a vendu sa propriété où dans le jardin il avait installé de nombreuses statues aux thématiques insolites. L'acheteur lui avait promis, paraît-il (je tiens l'info de M.Thierry Bariolle), de conserver tout en l'état, la harpie, le bonhomme avec le gros phallus, les personnages à tête dans le cul, etc... Las! Le propriétaire nouveau ne tint pas parole et tout a disparu, été rasé, anéanti...Bodhan Litnianski,un détail de son site,ph.B.Montpied,juin 2009.jpg

     Souhaitons donc plus de chance au site des colonnes à rebuts de Viry-Noureuil...

30/06/2009

Donadello et la sirène

     Encore un qui a été touché, envoûté, par le chant de la sirène (voir note précédente sur Horace Diaz)... Cette dernière ne chante plus pour tuer les victimes de ses charmes mais pour les contraindre à la représenter, la façonner, la caresser. Inspirés du bord des routes, vous voici amants des sirènes.

Joseph Donadello avec sa sirène en ciment, ph.Les Amoureux d'Angélique-Ass Gepetto, 2009.jpg
Joseph Donadello et sa sirène, ph.Collection Les Amoureux d'Angélique (Carla-Bayle), 2009

21/06/2009

Horace Diaz se prend parfois pour un sciapode

    Il a 81 ans et il est en pleine forme ce maître cimentier qui avait déjà été repéré dans les années 1970 par Jacques Verroust qui sans citer son nom fit figurer une de ses girafes lourdement vêtue de gros galets dans son livre fameux Les inspirés du bord des routes (1977).Les Inspirés des bords de routes,Ph.JacquesVerroust, Le Seuil, 1978.jpg Il répond au doux nom d'Horace Diaz, et habite Lodève dans l'Hérault. En trente ans la population de ses statues a semble-t-il passablement proliféré, ce qui lui attire des cars de touristes. Je dis "semble-t-il" car je n'ai pas encore eu l'occasion d'aller vérifier de mes propres yeux. Ce sont Martine et Pierre-Louis Boudra de l'association Gepetto (le musée des Amoureux d'Angélique à Carla-Bayle prés des Pyrénées) qui sont mes yeux en l'espèce. Ils m'ont envoyé toute une flopée de photos en guise de reportage sur le créateur.

Horace Diaz, autoportrait, collection Musée des Amoureux d'Angélique, Carla-Bayle, ph.Boudra, 2009.jpg
Horace Diaz, autoportrait monopodique... ph.Association Gepetto, 2009

    Et pour commencer, ils m'ont d'abord fait connaître cet "autoportrait" de monsieur Horace, posé sur une jambe unique, ce qui l'unit furieusement avec le thème du sciapode, n'est-il pas? Le sujet semble l'émoustiller, puisqu'il en a réalisé aussi une autre version plus "potiche"...Horace Diaz, sculpture en ciment, ph.Boudra, 2009.jpg Comme le sciapode de plus, il paraît être sensible au fait de devoir lui associer le personnage mythique féminin qui lui fait pendant, la sirène, justement évoquée dans ma note précédente... C'est du reste un thème souvent traité par les faiseurs d'environnements spontanés. Elle séduit l'imagination aisément cette sirène, elle appelle peut-être aussi les mains façonneuses, par ses seins, et ses courbes ondoyantes faciles à modeler...Horace Diaz, Sirène, ph.Boudra, 2009.jpg A côté de cette figure de la mer, Horace a pensé à ses possibles compagnons les dauphinsHorace Diaz, Dauphin, ph.Boudra, 2009.jpg.

Le monsieur se livre ainsi à l'édification d'une galerie en plein vent des figures qui lui viennent à l'esprit petit à petit. Tiens une girafe,Horace Diaz, girafe et autres animauxs, ph.Boudra, 2009.jpg puis si je faisais un chien, un cygne, un éléphant, un crocodile...?Horace Diaz, un crocodile, ph.Boudra, 2009.jpg De proche en proche, Horace Diaz se coule dans la peau d'un Noé se reconstituant une arche pour un improbable déluge (quoique pas si improbables que cela les déluges dans l'Hérault...).

     A la différence d'autres bricoleurs de décors faits maison, il ne se sert pas de matériaux issus de son environnement immédiat, il ramène ses galets en particulier du sud de l'Espagne (quoique la veine paraisse s'y tarir, je tiens ces informations de l'association Gepetto). Horace Diaz en use immodérément de fait, recouvrant avec aussi bien ses oeuvres que ses meubles, ses portes... Ses mosaïques présentent un aspect un peu moins fin que dans le cas d'un Picassiette mais sans doute plus solide sur la durée (et plus doux à  ce qu'ont ressenti les Boudra).

Horace Diaz,et Piere-Louis Boudra, ph.Martine Boudra, 2009.jpg
Statue d'un tailleur de pierre (?), Horace Diaz le protégeant de son parapluie, et Pierre-Louis Boudra, ph.Martine Boudra, 2009
*
    A cette note, ajoutons une précision, qui s'avère une découverte tout à fait surprenante et une révélation. Je la dois à M.van Hes, l'animateur émérite du blog cousin de nos préoccupations Outsiders Environments Europe  (voir le lien dans notre liste de liens colonne de droite).  Dans le commentaire qu'il a nous a laissé ci-dessous, il nous apprend en effet que le sculpteur barbu représenté ci-dessus par Horace Diaz est très probablement Paul Dardé, vedette à Lodève où il est connu entre autres pour le monument aux morts anti-conformiste qui se trouve prés de la mairiePaul Dardé, monument aux morts de Lodèveve.jpg. En cherchant sur la toile, j'ai découvert l'oeuvre de ce sculpteur que je ne connaissais que par ouï-dire. Un site consacré aux monuments aux morts pacifistes (décidément on trouve tout sur la Toile) nous signale que l'homme était un antimilitariste qui s'était pour cette raison spécialisé dans la sculpture des monuments aux morts, malin, non...? Il est notamment connu pour un autre monument aux morts qui fit scandale à Clermont-L'Hérault, où il représenta à côté du cadavre d'un Poilu une femme lascivement étendue à ses côtés, le veillant nue, assurant à ses mânes le soutien des filles aux moeurs pas si légères aprés tout...Monument de Clermont-L'Hérault, ph.Site Monuments aux morts pacifistes.jpg L'artiste a de la force en tout cas, lui qui écrivait en 1931 à un de ses amis: "Je sculpterai non pas pour ce monde puant et civilisé, mais pour les solitudes... Où ? Vous le savez : je travaillerai, à l'avenir, pour le Larzac"...
      Il me revient vaguement que j'avais trouvé autrefois une carte postale montrant une des sculptures insolites de ce Paul Dardé. Je vais tâcher de la retrouver pour l'insérer à la suite de cette note. En tout cas, il est tout à fait passionnant de noter cette proximité, cet hommage rendu par un sculpteur autodidacte, Horace Diaz, à un sculpteur professionnel du temps passé. Ce n'est pas la première fois, on se rappellera par exemple le peintre autodidacte François Baloffi (qui n'habitait pas loin, défendu du côté de Perpignan par Claude Massé) qui avait représenté dans certaines de ses peintures sur nappe cirée le célèbre Catalan Pablo Picasso...
*
     Et voici que j'ai retrouvé la carte postale ancienne qui représente une oeuvre tout à fait insolite et puissante de Paul Dardé (la carte ne porte que le nom "Dardé" mais ça ne peut être que de Paul...), une "Tête aux serpents", peut-être la célèbre Gorgone de la mythologie gréco-latine. A la regarder attentivement, on se dit que la qualification parfois décernée à Dardé par certains historiens d'art, que sa sculpture porterait la marque d'une sorte de "naturalisme surréaliste", n'est en réalité pas du tout aventurée...
Dardé,TêteAuxSerpents.jpg

16/06/2009

VENUS D'AILLEURS, atterrissage à Montmartre...

     Certaine que je connais à la Halle prononce "Vénusse d'ailleurs", c'est homologué je crois, de même que "Venus d'ailleurs". Pas des Martiens donc, mais aussi un peu des Vénusiens, ambition qu'il va falloir prouver, et pas plus tard que dimanche 21 juin prochain à la Halle Saint-Pierre, de 14h à 18H...Venus d'ailleurs,Halle St-Pierre le 21 juin.jpg

      Les animateurs de ce...comment appeler cela?... de ce foyer de création tous azimuts... Yohan-Armand Gil et Aurélie Aura par exemple (j'ai déjà eu l'occasion de citer les dessins du premier que j'admire beaucoup), "montent" à la capitale depuis Nîmes, leur port d'attache. Il s'agit d'être le plus foisonnant possible. C'est ainsi qu'ils viennent exposer les "Carnets nomades" de Michel CadièreVenus d'Ailleurs, Michel Cadière, dessin.jpg dont ils aiment la production graphique (l'expo se prolongera jusqu'au 5 juillet dans les locaux de la librairie de la Halle). Ils montrent aussi par la même occasion leur revue, éditée sous forme de livres-objets se divisant en trois parties généralement, avec à chaque livraison un mot-clé. Le n°9 sort pour l'occasion, en avant-première, centré sur le thème des jardins, avec au sommaire votre serviteur (un texte sur les jardins des autodidactes inspirés, Jardins-manifestes, jardins de fantaisie, territoirs libérés?, illustré de plusieurs photos), mais aussi Hervé Brunon, Lou Dubois, Yves Reynier, Bruno Garrigues, Peter Greenaway, Alain Suby, Rosine Buhler, Nina Reumaux (je ne connais que Dubois et Greenaway dans ce groupe).

Venus d'ailleurs n°9 .jpg
Le n°9 de la revue Venus d'Ailleurs, spécial Jardin, à droite en bas, une photo du livret contenant le texte de B.M., Jardins manifestes... Avec une photo du jardin de Joseph Donadello en couverture...
Venus d'Ailleurs n°2.jpg
Le n°2 de la revue

      Il y aura aussi du cinéma avec des projections à 14h30 et 15h30 des films d'Aurélie Aura, Estelle Brun, Vincent Capes, Remy Leboissetier et Florian Gerbaud. Des rencontres bien sûr, et des signatures avec Louis Pons annoncé, en même temps que Yohan-Armand Gil (il a édité des carnets de ses dessins dont l'esprit se situe semble-t-il entre Grandville et Roland Topor, le groupe Panique, ainsi qu'Alfred Jarry, faisant partie de ses références avouées, de même qu'un certain goût pour l'alchimie), Augustin Pineau, Chris Van Hansendonck.

Bohdan Litnianski, détail de son jardin à Viry-Noureuil, ph.Bruno Montpied, 2008.jpg
Bohdan Litnianski, un détail de son environnement fait d'un agglomérat de matériaux divers récupérés dans les décharges, ph.Bruno Montpied, 2008 (la photo est en noir et blanc dans la revue)

     Enfin, on nous annonce aussi un concert en hommage à l'art bruitiste de Luigi Russolo, ce futuriste du début XXe siècle, concert qui sera mené par Pascal Deleuze à 16h30. Quand je vous disais que cela partait tous azimuts...

09/06/2009

Arthur Vanabelle, à prés de 90 ans, vise plus que jamais le ciel

     Je suis retourné voir la ferme d'Arthur et César Vanabelle à côté de Steenwerck dans le Nord, à quelques pas de la frontière belge, près de Nieppe où habitait paraît-il Line Renaud, personnalité qui n'est pas sans impressionner Arthur justement. Il aime à citer le voisinage d'une telle vedette, de même quand il rappelle la présence à une certaine époque de Marguerite Yourcenar à quelques encablures de sa ferme. Des fois qu'on prendrait son exploitation agricole pour un trou du cul du monde...?

Arthur Vanabelle,La Ferme des Avions, ph.B.Montpied, 2008.jpg
Arthur Vanabelle, "la Ferme des Avions", prés de Steenwerck, Nord ; ph.Bruno Montpied, sept 2008

        Veut-il qu'on le prenne lui-même pour une vedette? Non, non, semble-t-il dire. Etes-vous un artiste? Si on veut, on est tous des artistes quelque part... Il répond avec malice, rigolard, les yeux pétillant.

      Ce coin de France nordiste paraît aujourd'hui pour ce qu'il est devenu de fait, un cul-de-sac. La route qui va à la ferme de la Menegatte, la "ferme des avions" comme on l'appelle familièrement dans la région se termine à la propriété des Vanabelle, barrée qu'elle est par l'autoroute Lille-Dunkerque, où pilent parfois certaines voitures quand leurs conducteurs découvrent avec stupeur les installations "militaires" d'Arthur.

Arthur Vanabelle,batterie de canons anti-aériens, ph.B.Montpied, 2008.jpg
Arthur Vanabelle, les canons anti aériens, ph.B.M., 2008

      Du coup, on se fait une fausse idée du lieu. Car la route ne fut pas de toute éternité une impasse. Du reste, Arthur commença ses assemblages de fusées (Ariane...), ses canons anti-aériens, ses maquettes d'avions sur le toit, tank en bidons et autres matériaux recyclés, dans les années 60 avant que l'autoroute ne soit construite. La route qui passe devant la ferme continuait sans obstacle en direction de l'agglomération de Steenwerck qui se trouve plus bas. Le lieu était passant en réalité...

Arthur Vanabelle,maquette d'avion au-dessus de sa ferme, ph.B.Montpied, 2008.jpg
Arthur Vanabelle, avion installé sur un des toits de la ferme, ph.B.M., 2008
Arthur Vanabelle, Le Tank, ph.B.Montpied, juin-09.jpg
Arthur Vanabelle, son tank en matériaux détournés, et notamment un cubitainer au bout du canon, normal car dans le cubi y a des "canons"...; ph.B.M., juin 2009

      Une route tellement passante qu'elle eut l'occasion de voir défiler trois jours et trois nuits, comme dit Arthur les armées françaises, anglaises et allemandes, les une chassant les autres en 1940... Arthur (né en 1922) et César (de deux ans son cadet) avaient alors 18 et 16 ans. L'épisode les marqua durablement. Leur ferme était pleine de réfugiés (une trentaine) que les Allemands sans doute narquois en les visitant à leur passage firent mine de prendre pour une famille nombreuse...

Poche de Dunkerque.jpg
La déroute des armées anglaise et française, formation de la poche de Dunkerque, Steenwerck est souligné par moi en bleu sur la carte

      Ce qui fait que l'installation qui a perduré jusqu'à aujourd'hui, avec son apparence trompeuse (?) de camp retranché apparaît comme la cristallisation d'un souvenir incrusté au fer rouge dans la mémoire des habitants de la Menegatte, ou de ce qu'ils ont appelé plus précisément "la Base de la Menegatte", comme il est inscrit sur un des murs de la ferme, base étant à comprendre comme dans "base militaire"...Arthur Vanabelle, inscription Base de la Menegatte, ph.B.Montpied, 2009.jpg Bien sûr la guerre laissa de fort mauvais souvenirs dans la région qui vit déferler les hordes teutonnes. En même temps, Arthur, et César encore davantage, se trouvèrent à l'abri de toute conscription, puisqu'ils étaient trop jeunes pour être enrôlés. Arthur ajoute d'un air amusé qu'à la fin de la guerre en 1945 il était en revanche devenu trop vieux...

 

Arthur Vanabelle,la ferme,un des pignons décorés, ph.B.Montpied, 2008,-gr.jpg
Canons, mais aussi personnages peints ou contrecollés sur le pignon de la ferme, ph.B.M., 2008

      C'est ainsi que je m'explique les sujets que décida de traiter Arthur dans ses assemblages, ces pièces d'armement, de propulsion (celles qu'on voit en premier lieu, car on trouve sur le site aussi des masques, une girouette en forme de coq construite sur une base de bicyclette, des personnages, officiers ou des soldats, car comme le dit Arthur, qui dit armes dit soldats), un besoin de fixer dans la mémoire collective, au moins des habitants de la ferme, l'événement traumatisant de la guerre. C'est mon hypothèse. Car lorsque je demande directement à Arthur les mobiles de ses "stabiles", il ne répond pas. Vous auriez pu faire des femmes nues aprés tout, vous dominiez le ciment...Non, lui, ce qu'il répond, c'est qu'il fallait bien se trouver une occupation, un passe-temps, parce qu'on n'a pas toujours quelque chose à faire à la campagne (ce qui est inattendu pour le moins, je croyais au contraire qu'on ne manquait jamais de travail dans l'agriculture, surtout dans ces années-là).

Arthur Vanabelle,le visage d'officier géant comme une hantise,ph.B.Montpied, 2008.jpg
Arthur Vanabelle...Qui dit armement, dit aussi soldats..., ph.B.M. 2008

      Le site est connu, on le doit en premier à Francis David, le photographe dériveur qui dans les années 80 a publié le Guide de l'Art Insolite Nord-Pas-de-Calais (aux éditions Herscher). Tout le monde, tous les amateurs et journalistes qui sont arrivés par la suite ont pompé ensuite joyeusement dans cet ouvrage où David avait recensé et photographié excellemment beaucoup de sites majeurs de ce si sympathique Nord. Mais c'est vrai qu'on s'est toujours représenté le site comme en rapport direct avec l'autoroute, or ce n'est pas le mobile réel. La guerre de 39/45 est plus au coeur de cette réalisation hors du commun.

ArthurVanabelle,Mireille-Ma.jpg
Arthur Vanabelle, Mireille Mathieu, vers 1987, dessin au stylo Bic sur carton de calendrier (avec photo d'orchestre municipal au verso ; à rappeler qu'Arthur joua longtemps du bugle dans des orphéons...), coll.privée, Paris, ph.B.M.

      Arthur Vanabelle, né dans une autre époque, aurait pu peut-être développer un tout autre imaginaire, comme me le prouva, dimanche lorsque je le visitai, la vision de quelques rares dessins au stylo Bic qu'il cachait derrière des piles de papiers, comme indifférent à leur sort (certains étant abîmés, déchirés, éraflés). Il y a là à n'en pas douter un talent fort proche de l'art brut. Des visages de vedettes de la chanson, comme Mireille Mathieu, par exemple. La première mention de ces dessins à ma connaissance ayant été faite dans une émission de radio sur France-Inter en 2001 au cours de l'excellent entretien que donnèrent Arthur, César et leur soeur Agnès (récemment décédée) à la journaliste Zoé Varier.

     Je partis de chez lui  en me demandant ce que pourrait donner un rassemblement de bricoleurs de fusils et autres canons symboliques où figureraient par exemple André Robillard, Alexandre Lobanov (revenu d'entre les morts)...

01/05/2009

René Jenthon, souvenir de Régis Gayraud

            Lecteur fidèle, dites-vous, cher sciapode... Fidélité bien relative puisque je découvre cet écho seulement ce jour, soit une dizaine de jours après publication. Fidélité peu fluide, fidélité en grumeaux. Du haut du grumeau d'aujourd'hui, je note d'abord votre honnêteté, toujours fidèle, elle, en dépit des inexactitudes dont vous semblez redouter que je vous en fustige. Bien peu aurait eu le scrupule de relater par le menu, à votre instar, les conditions exactes d'une « découverte » ne leur « appartenant » pas tout à fait.

Roger Jeanton,vue générale frontale, ph.Bruno Montpied, 2002.jpg

Donc merci de l'avoir fait et d'avoir rendu, de ce fait, justice à Agnès (moi, je n'y suis pour rien) d'avoir remarqué ce site en léger contrebas de la nationale 9, quelques kilomètres avant l'entrée dans Saint-Pourçain, mais déjà sur la commune. Puisque vous tenez tant à ce que nous apportions des précisions, les voici.

           1) Agnès aperçut ce site pour la première fois en 1996, au cours de l'un des tout premiers de ces incessants voyages à travers toute la région qu'elle effectue depuis maintenant 13 ans.

           2) A cette époque, le propriétaire-créateur était encore en vie, Agnès avait le projet d'un jour s'arrêter, de tâcher de le voir tout en redoutant un peu ce tête à tête (un peu comme autrefois quand nous étions allés voir J-M. Massou dans sa forêt et qu'au dernier moment, nous avions flanché devant la maison silencieuse au fond des bois d'où, sans doute, on nous épiait).

           3) Le temps passa, Agnès passait plusieurs fois par an sur la route, n'avait jamais le temps de s'arrêter, un jour elle remarqua un panneau « A vendre » accroché à la clôture. Ca sentait le roussi.

           4) C'est à ce moment-là que vous « descendîtes » nous voir et que nous prîmes ensemble la route de Saint-Pourçain dans notre automobile qu'on aperçoit à droite de la photo du haut.

Roger Jeanton,le panneau de l'Etang-Bazin, ph.Bruno Montpied, 2002.jpg
Panneau entre la N 9 et la route longeant la propriété de Roger Jenthon en 2002, ph.Bruno Montpied

           5) A cet égard, pour l'intelligence du lecteur, il convient de remarquer que le jardin proprement dit ne se situait pas exactement « le long de la route principale », mais le long d'une petite route qui s'en sépare à l'occasion d'un tournant et suit presque parallèlement cette route principale (la N 9) sur plusieurs centaines de mètres, de sorte que l'on voyait parfaitement de ladite N 9 le site en question. La photo du haut [pour voir cette photo, se reporter à la note du 7 avril 2009 sur ce blog] est prise depuis la sorte de no man's land entre les deux routes, parsemé de quelques reliefs d'édifices certainement dus au même créateur : un ou deux bancs de bétons détériorés, et ce panneau indiquant « l'Etang Bazin ».

           6) Aujourd'hui, la maison a été effectivement revendue et repeinte, le panneau « l'Etang Bazin » subsiste toujours.

Roger Jeanton,la croix A toi Maman, ph Bruno Montpied, 2002.jpg
La croix évoquée ci-dessous par Régis Gayraud, à noter une petite erreur de mémoire de ce dernier, l'inscription sur la croix est libellée A toi maman ; ph.B.M. 2002

           7) Sur place subsiste toujours également la croix « A ma mère », qui se trouve de l'autre côté de la N 9 (soit à droite quand on vient de St-Pourçain). C'est une grande croix de fer parsemée de touches de peinture de différentes couleurs, peinture réfléchissante, de telle sorte qu'elle s'illumine (ainsi que la mention « A ma mère ») dans la lumière des phares des voitures, la nuit, comme pour rappeler aux automobilistes qu'un des leurs a tué là la mère Jenthon (c'est l'hypothèse d'explication qui s'impose à moi comme l'évidence d'une intuition, mais c'est peut-être faux). Au pied de la croix tente de pousser un lierre (comme en poussait un autour de la statue de la Liberté à laquelle vous faites allusion et que nous avons gardée, belle femme mi-Marilyn mi-Bardot, un cœur de fer - « sacré-cœur » comme on en voit de temps en temps sur les vieilles tombes - peint de rouge en relief au niveau du sexe), tandis que des fleurs de plastique s'abritent dans les ajours du fer.

Roger Jeanton,Statue de la Liberté,coll.Gayraud-Barbier, ph.B.Montpied, 2004.jpg
La statue de la Liberté de René Jenthon, ph.B.M., 2004
 

           8) Pour ce qui est du nom de Jenthon, nous l'avons appris d'une voisine habitant un pavillon plus loin, qui nous a aussi indiqué, un peu plus loin dans le même groupe de maison, celle du fils Jenthon, du jardin duquel montaient maints aboiements peu attirants.

Roger Jeanton,un renard,ph.B.Montpied, 2004.jpg
René Jenthon, un renard en métal peint, autre oeuvre sauvegardée, ph.B.M., 2004
Roger Jeanton,crocodile,ph.B.Montpied, 2004.jpg
René Jenthon, un crocodile, autre oeuvre sauvegardée, ph.B.M., 2004

           Il est amusant et désespérant à la fois de relater brièvement notre course à la ferraille qui marqua la fin de l'Etang Bazin. Comme vous l'avez bien dit, nous nous levâmes un jour persuadés qu'il fallait aller faire le voyage de Saint-Pourçain. Agnès avait appelé l'agence immobilière indiquée pour en savoir plus, etc. Et nous avons appris que maintenant, la maison était vendue et que les acquéreurs allaient faire le net. Dès que possible, le samedi suivant, nous partons là-bas, avec l'idée de, peut-être, tout récupérer s'il n'était pas trop tard, y compris en payant une somme aux nouveaux propriétaires. En arrivant, bien sûr, plus rien, mais un type en train de faire des travaux. Le nouvel occupant. On l'interpelle. On lui demande ce qu'il a fait des figures de métal de son jardin. Lui un peu interloqué et commençant à regretter en voyant notre insistance. « Mis à la déchetterie lundi dernier ». C'est ainsi qu'on appelle maintenant les décharges. Il nous l'indique la décharge, une route à droite quelques kilomètres après Brou-Vernet. On s'y précipite. Des tas de plastique. Des tas de végétaux. Des tas de bois. Des tas de béton. Des tas de détritus divers. Pas de fer. On avise un employé, qui se souvient très bien des objets en question : « Le ferrailleur est passé avant-hier. Il a tout pris. C'est parti à Issoire, à la fonderie. Mais là-bas, il y en a des tonnes. Ca y est peut-être encore. Va savoir. » Hésitation devant l'idée de retraverser toute la région. Et puis, nous sommes samedi, faire tout ce chemin pour risquer de trouver porte close. L'employé nous donne le numéro de téléphone de l'entreprise. Le lundi, nous finissons par avoir quelqu'un. Bien sûr c'est trop tard.

          Rarement l'impression de nous heurter à l'éternel fatum n'a été aussi forte.
         La morale de cette histoire? Il faut battre le fer pendant qu'il est chaud. Les ferrailleurs le savent, eux.

          Régis Gayraud

Roger Jeanton,Jockey (peut-être...), ph.B.Montpied, 2002.jpg
René Jenthon, un de ses personnages en silhouette, un jockey? Ph.B.M., 2002

28/04/2009

Causerie pour situer François Michaud parmi les autres environnements spontanés

    "François Michaud, première trace des environnements spontanés populaires. Sa proximité avec les autres créateurs autodidactes de son temps, et ses successeurs au XXe siècle. L'environnement spontané, un art de l'immédiat à part entière, illustré par de nombreux exemples choisis en France", tels sont le titre et les sous-titres de la causerie que je vais être amené à faire à la Maison de la Pierre, à Masgot même, dans la Creuse, berceau de l'oeuvre de ce tailleur de pierre, créateur du plus ancien des environnements spontanés qui nous aient été conservés en France, puisque commencé dans les années 1850-1860 et achevé sans doute avec la mort de son auteur en 1890 (il était né en 1810, ce qui en fait un phénomène de longévité en ce XIXe siècle impitoyable pour les gens de peu). Cela aura lieu le samedi 9 mai prochain à 20h30.

Carte-Masgot.jpg
Masgot, c'est sur la commune de Fransèches, entre Aubusson et Le Moutier-d'Ahun dans la Creuse...

       Je donne à la suite le plan que j'ai rédigé pour l'association des Maçons de la Creuse, animée notamment par Roland Nicoux, afin qu'on se fasse une petite idée de la tournure de cette conférence (que devraient accompagner pas moins de 190 photos... Mais j'ai sans doute compté trop large!):

François Michaud

Premier d'une tradition de créateurs autodidactes d'environnements en plein air 

         Il s'agit de resituer le décor du village de Masgot du tailleur de pierre François Michaud dans le contexte général des environnements populaires spontanés qui ont fleuri en France depuis deux siècles au moins. Ces créateurs d'environnements sont parfois aussi appelés « Inspirés du bord des routes », « bâtisseurs de l'imaginaire », ou encore « habitants-paysagistes ». L'environnement de Michaud, avec ses statues exposées sur les clôtures autour de ses maisons, est actuellement le plus ancien de ce type à avoir été conservé en France.

Cave-sculptée-de-Dénezé-sou.jpg
Cave sculptée de Dénezé-sous-Doué (Maine-et-Loire), XVIe ou XVIIe siècle

         La causerie, constamment illustrée d'images numérisées (190 au total) s'attachera d'abord à présenter les environnements ou les sculptures populaires qui ont été repérés avant la période où fut décoré Masgot, grottes sculptées, croix de chemin, chapelle naïve d'un sculpteur solitaire prés de Gap, linteaux rustiques, bas-relief, sculptures par d'autres tailleurs de pierre et hommes du peuple, etc...

          Nous glisserons ensuite vers la présentation de quelques œuvres de Michaud histoire de se les remettre dans l'œil avant de montrer un ensemble aussi vaste et varié que possible d'autres pièces créées dans des jardins d'inspirés et d'originaux en tous genres. Dans un premier temps, la causerie se focalisera sur des thématiques, les « Barbus Müller », ou le thème de la sirène par exemple, présente dans l'œuvre de Michaud et souvent traitée dans plusieurs autres environnements apparus au XXe siècle (chez Fernand Châtelain dans la Sarthe, Hippolyte Massé aux Sables d'Olonne, René Escaffre dans le Lauragais, Martial Besse dans le Tarn-et-Garonne, René Jenthon dans l'Allier, Alfonso Calleja sur le bassin d'Arcachon, ou Remy Callot dans le Nord).

Martial-Besse,-ph-1991.jpg
Sirène de Martial Besse à Bournel (Lot-et-Garonne), ph.Bruno Montpied, 1991 (le site a aujourd'hui disparu)

         Napoléon est un autre thème très présent à Masgot, il rejoint la légende napoléonienne telle que l'ont illustrée de nombreux sculpteurs populaires, anonymes ou non, au XIXe siècle (comme le sabotier Jean Molette dans le Rhône par exemple). Cette façon d'afficher ses admirations pour des personnalités célèbres en sculptant leurs effigies dans le décor de sa vie quotidienne se rencontre chez nombre de créateurs d'environnements, et ce de tous temps (voir les environnements de Gabriel Albert en Charente, Emile Taugourdeau dans la Sarthe, Raymond Guitet dans l'Entre-Deux-Mers). Il est à noter que de nombreux sculpteurs autodidactes ont aussi taillé des monuments aux morts, de façon naïve, comme Michaud lorsqu'on lui passa commande d'un buste de Marianne pour la mairie de Fransèches. Une sélection de quelques monuments aux morts naïfs sera ainsi présentée.

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Monument aux morts dû à Claude Morillon, tailleur de pierre, à Vallenay (Cher), ph.B.M., 1998

          Une petite parenthèse sera ouverte pour présenter également les sites naïfs ou bruts réalisés par des ecclésiastiques excentriques, contemporains de François Michaud, comme l'abbé Fouré dans l'Ille-et-Vilaine, ou l'abbé Paysant dans l'Orne. On les rapprochera de l'humble mystique que fut Raymond Isidore, dit Picassiette, au siècle suivant.

         Le Palais Idéal de Ferdinand Cheval dans la Drôme sera l'occasion de montrer que les autodidactes inspirés ont su aussi s'attaquer à des projets plus nettement architecturaux. S'inspirant parfois les uns des autres, comme dans le cas de Charles Billy dans le Rhône qui, inspiré par le facteur Cheval, dressa autour de sa villa un vaste collage de maquettes en pierre imitant des bâtiments célèbres du monde entier. L'architecture excentrique populaire peut parfois revêtir des aspects tour à tour muséaux (exemple du Castel Maraîchin à Croix-de-Vie en Vendée avec ses moulages à vocation pédagogique et encyclopédique, ou la maison de François Aubert dans le Cantal avec son musée minéralogique), ludiques (Camille Jamain en Touraine, ou Ludovic Montégudet dans la Creuse, créateurs de parcs de loisirs bricolés naïvement avec attractions faites main), parfois farceurs (Alphonse Gurlhie en Ardèche).

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L'Etang Fleuri réalisé par Ludovic Montégudet à Lépinas dans la Creuse, carte postale de 1969

         Parmi les créateurs d'environnements, la causerie a choisi de se concentrer sur les créateurs de statues puisque Michaud en a lui-même réalisé un certain nombre. Ces hommes simples rassemblent sur des terrains plantés d'arbres et de fleurs, dans une scénographie étudiée, pêle-mêle, hommes célèbres ou personnifications de métiers, comme chez André Hardy dans l'Orne, Charles Pecqueur ou Léon Evangélaire dans le Nord, Marcel Debord dans le Périgord.

Léon-Evangélaire-à-Pont-en-.jpg
Léon Evangélaire à Pont-à-Vendin, Pas-de-Calais, ph.B.M., 2008

         Puis la causerie se déplacera insensiblement vers des environnements aux styles plus caractérisables dans le sens de ce que l'on appelle l'art brut, permettant au public de se faire une idée des distinctions possibles entre ces catégories aux limites poreuses que sont l'art naïf, l'art populaire et l'art brut. On verra ainsi des pièces venues des sites d'André Morvan dans le Morbihan (souches d'arbres et branches assemblées de manière anthropomorphe dans un style arcimboldesque), Jean Grard et ses manèges, statues et maquettes colorées et enfantines en Bretagne, Arthur Vanabelle dans le Nord avec ses canons et ses chars construits avec des matériaux recyclés afin semble-t-il d'exorciser le souvenir de la guerre vécue lorsqu'il était enfant, les statues de silex collés de Marcel Landreau à Mantes dans les Yvelines, le jardin de déchets accumulés de Bohdan Litnianski dans l'Aisne, le jardin aux girouettes et vire-vents de Monsieur P. en Vendée, le jardin du forgeron Maurice Guillet faisant de l'art moderne en autodidacte, ambition originale, ou encore le jardin de bidules emberlificotés d'Yves Floch en Normandie. Pour finir, seront présentées quelques sculptures d'Auguste Forestier qui en dépit du fait qu'elles sont rangées usuellement dans le corpus de l'art brut présentent de forts rapports de cousinage avec l'art populaire.

Le-moulin-et-les-meuniers,-.jpg
Saynète sculptée par Jean Grard à Baguer-Pican, Ille-et-Vilaine, ph.B.Montpied, 2001

     

15/04/2009

Claude, Clovis Prévost, Chomo, André Robillard...

Programme art à la marge, film des Prévost à l'Utopia à St-Ouen-l'Aumône, 24 avril 2009.jpg

      Oyez, oyez, oyez... Pour ceux qui aimeraient voir en vrai sur grand écran les films de Claude et Clovis Prévost sur Chomo et André Robillard (quelle actualité pour ce dernier...), il faudra aller le 24 avril au cinéma Utopia de St-Ouen-L'Aumône. Deux films sur Chomo (qui fera l'objet d'une exposition aux alentours de l'automne - à partir du 10 septembre exactement - à la Halle Saint-Pierre, l'avez-vous noté sur leur site?) et un sur André Robillard, dont j'ai déjà mis sur ce blog quelques images en ligne. Il paraît que le cinéma est tout proche de la gare. Cette programmation va de pair avec une exposition intitulée "L'Art à la Marge" où l'on retrouve Michel Nedjar, Francis Marshall et plusieurs créateurs venus apparemment d'Art en Marge et autres ateliers d'art pour personnes atteintes de divers handicaps et incapacités (la Pommeraie entre autres), mais aussi des artistes contemporains moins connus que les deux ci-dessus cités et sans rapport avec l'art brut apparemment...

2 films des Prévost à l'Utopia de St-Ouen-l'Aumône, 24 avril 2009.jpg

07/04/2009

René Jenthon, le Disneyland de l'Etang Bazin, aussitôt apparu aussitôt disparu

     Agnès Barbier et Régis Gayraud m'ont alerté un jour sur l'existence d'un environnement insolite qui se trouvait aux abords de la bonne ville de Saint-Pourçain-Sur-Sioule dans l'Allier, ville connue pour ses vins de table, sa moutarde de Charroux ainsi que ses délectables andouillettes... Mais pas trop pour ses monuments d'art excentrique, jusque là plutôt proches du néant.

 

Ex-propriété de Roger Jeanton,vue générale, ph.B.Montpied, 2002.jpg

René Jenthon, son site décoré, vue générale ; ph.B.Montpied, 2002

      Or, il y a quelques années encore, s'étendait en bordure de la principale route qui passe dans cette commune, une installation de silhouettes en métal peint que son auteur avait intitulé "Le Disneyland de l'Etang Bazin", et qui eut malheureusement une vie éphémère.

Jardn de Roger Jeanton,vache,dinosaure, etc, ph.B.Montpied, 2002.jpg
Jardin de René Jenthon, les dinosaures, la roue, la vache, la paillotte... Ph.B.M., 2002

 

     C'est Agnès qui l'avait remarqué du coin de l'oeil, passant souvent le long de cette route. Elle et Régis savaient mon intérêt pour ce genre de création, et je descendis dès que je pus pour voir la chose. Nous ne rencontrâmes, l'unique fois où je pus photographier le site (en 2002), pas la moindre âme qui vive dans la propriété. Cette dernière paraissait désertée.

Jardin de Roger Jeanton,Lucky-Luke,etc, ph.Bruno Montpied, 2002-.jpg
Jardin de René Jenthon, Lucky Luke et autres personnages, ph.B.M., 2002

       Deux initiales, "JR", se lisaient sur le portail du jardin (sûrement une malice en référence au personnage populaire d'une série télévisée américaine). Un autre panneau placé au milieu des diverses effigies colorées qui animaient le talus à l'intérieur du terrain, destinées à attirer le regard des automobilistes, un autre panneau donnait le titre de l'installation, "Le Disneyland de l'Etang Bazin". L'Etang Bazin devait être le nom du lieu dit... (Ici, je sens que mon fidèle lecteur Régis va se sentir obligé de corriger mes inévitables approximations... Mais que n'a-t-il écrit lui-même sur ce site remarquable?). Sur une niche, se lisait aussi "9.95.Lila", peut-être la date de naissance de l'habitant de cette niche? Sur le pourtour d'une porte de grange, où la rumeur aurait localisé d'autres oeuvres restant cachées, d'autres mots étaient tracés: "Caves de l'ancien relais -1780", semblant indiquer qu'on y cachait surtout, peut-être, d'autres nourritures, plus spiritueuses que spirituelles... Un poisson en bois peint, placé de l'autre côté de la route, désignait aussi "L'Etang Bazin", peut-être en référence à quelque lieu poissonneux recherché des amateurs de pêche. Une croix, érigée un peu à l'écart de la propriété, proclamait qu'elle était vouée "A ma maman"... Un chaudron avait été recyclé en jardinière où poussaient des fleurs et pour qu'on n'oublie pas son ancienne fonction avait été affublé des mots "Le vieux chaudron", naïvement redondants.

 
Jardin de Roger Jeanton,Mickey,Babar,et autres personnages, ph.B.Montpied,2002.jpg
Jardin de René Jenthon, Mickey, Babar, et autres dinosaures, Saint-Pourçain-sur-Sioule, ph.B.M., 2002

      Disneyland donc, nous promettait-on... Et pourtant, les attractions étaient plutôt réduites en ces lieux. Il y avait bien un Mickey, une sorte de Donald, un Lucky Luke (pas très Disney celui-ci) parmi les personnages aux expressions légèrement distordues, deux ou trois dinosaures, une girafe, des individus difficiles à identifier (un dont le vêtement était marqué des lettres "KG") Jardin de Roger Jeanton,silhouette en métal peint, ph.B.Montpied, 2002.jpg dont un, multiplié par deux, comme un clonage, ressemblait à une sorte de jockey ou à un policier nain, un masque de "Loup-garou", un Babar (pas souvent reproduit dans les environnements populaires ce dernier), une sirène joyeusement peinturlurée comme ses congénères mais enfouie dans l'herbe, d'où je l'extirpais généreusement pour lui redonner vie le temps d'une photo (voir ma note du 9 novembre 2008 sur les "Mami Wata", ou bien ci-contre...),Roger Jeanton,Sirène, ph.B.Montpied, 2002.jpg un indigène africain accueillant les visiteurs dans une case au toit couvert de paille, des animaux, telles des oies et des cigognes, une vache au flanc constellé des étoiles du drapeau européen, semblait-il, vache que tétait son veau, des moulins, une guérite, divers exemplaires de roches, maquettes, roues de charette... Mais tout cela semblant davantage destiné à égayer le bord de la route, jugée sans doute un peu trop monotone, qu'à proposer une véritable attraction. En réalité, il est probable que l'auteur de ce jardin aux personnages fantaisistes tendait à une sorte de parodie, se moquant gentiment des grands parcs de loisirs médiatiquement consacrés pour proposer le sien, infiniment moins prétentieux.

Jardin de Roger Jeanton,guérite avec portrait, ph.B.Montpied, 2002.jpg
La guérite sur la gauche de la photo abritait un portrait photographique, peut-être de l'auteur de cet environnement ; on notera aussi dans l'herbe à droite la sirène sur le point de disparaître sous la végétation... ; Ph.B.M., 2002

       Hélas, cette joyeuseté fut jugée à peu de temps de là hors de saison. Le créateur avait dû disparaître, un nouveau propriétaire avait acquis la maison et le jardin, on résolut de faire table rase de la gaîté... Régis et Agnès qu'une obscure prémonition avait sans doute réveillés en pleine nuit s'étaient justement mis en route pour savoir ce que devenait le lieu. Ils arrivèrent trop tard. Les silhouettes de métal avaient été fourguées à un récupérateur de ferraille. Ils partirent à sa poursuite! Et quand ils atteignirent son lieu de travail, le "forfait" était accompli... Tout avait été compressé, refondu en métal brut... Du brut en brut en somme. Aucune chance n'avait été donnée au Disneyland de l'Etang Bazin, aucun  Olivier Thiébaut (archéologue de l'art brut des bords de routes comme on sait) ne pourrait venir désormais l'exhumer puisqu'on était allé jusqu'à faire disparaître le corps de la victime ce coup-ci...

Roger Jeanton,Mickey, ph.B.Montpied, 2002.jpg
René Jenthon, son Mickey... ph.B.M., 2002

     Seules subsistent à ma connaissance quatre pièces dues à la fantaisie de "J.R." (ses initiales, selon Régis et Agnès, paraissent correspondre à monsieur René Jenthon), la sirène ( reproduite ci-dessus), une Statue de la Liberté, un renard à la gueule ensanglantée (il vient de dévorer une poule) et un crocodile, œuvres (oui... ŒUVRES) sauvées de l'anéantissement par des amateurs qui les ont extirpées in extremis du jardin abandonné, les sauvant ainsi de la destruction finale, récupération qu'il faut bien se représenter comme une solution de la dernière chance, certes assez peu orthodoxe, menée en rébellion face au vandalisme des bien-pensants et des inertes.

Portrait présumé de Roger Jeanton... détail de photo de B.Montpied, 2002..jpg
Adieu "JR"...

03/01/2009

Maison folle au Vietnam

    Qu'est-ce que j'aperçois l'autre jour chez Tschann (entre nous la meilleure librairie de Paris)? Un numéro récent de la Quinzaine littéraire qui s'étalait dans un coin, attendant sagement que je tourne mes yeux vers la photo que la rédaction avait mise en couverture exprès pour les lecteurs du Poignard Subtil:

La-maison-folle,-Vietnam,-Louis-Monier-Quinzaine-Littéraire-déc-08.jpg
     L'image, due au photographe Louis Monier, connu pour ses photos d'écrivain, provient d'un livre dont le journal fait un bref compte-rendu dans ce n°982 du 16 au 31 décembre 2008, Vietnam, Impressions chez Timée éditeur. Peu d'indications sur l'emplacement géographique de cet édifice qui fait vaguement penser par analogie à la colonne sciemment tronquée et voulue en ruine du Désert de Retz en région parisienne. Le journal se contente de légender la photo "La Maison folle" et de la situer donc au Vietnam. Avis aux internautes qui voudraient bien nous en apprendre davantage... 

21/12/2008

Gasp! Grand rassemblement en Gaspésie

    Alors Antoine Peuchmaurd a brisé le silence qui entourait l'origine des sculptures qui ornent la couverture du recueil d'Alice Massénat (voir ma note précédente) en m'indiquant le nom de leur auteur et le lieu où elles se trouvent... Le sculpteur s'appelle Marcel Gagnon. Il semble qu'on puisse le ranger parmi les patenteux contemporains du Canada (ces créateurs analogues à nos inspirés du bord des routes qui bricolent dans leurs jardins des statues naïves, des girouettes et des vire-vents, des maquettes, etc., et qui contrairement aux inspirés européens ne dédaignent pas de les vendre, ce qui met un peu de beurre dans leurs épinards... S'il y a des épinards au Canada). Il a façonné à partir de 1986, en béton armé plus qu'en bois semble-t-il, 80 statues sans bras ni jambes, juste sommées d'une tête ultra simplifiée, qu'il a installées au bord du Saint-Laurent, ce fleuve-estuaire-bras de mer qui ressemble à une mer intérieure. En 2003, il a augmenté ce nombre jusqu'à une centaine de statues. Le tout s'intitule "Le Grand Rassemblement".

Marcel Gagnon, ph Rolf Hicker.jpg
Statues de Marcel Gagnon émergeant des eaux, photo Rolf Hicker

     Cela se trouve à Sainte-Flavie à l'ouest de la Gaspésie (à l'opposé de la zone où se trouve le Rocher Percé cher à Breton). Marcel Gagnon a un site web où lui et son fils Guillaume font en bons professionnels leur pub pour leurs peintures, sculptures et livres (Gagnon a écrit une histoire à destination de l'enfance sur un "petit prince de Ste-Flavie", ça rappelle quelque chose..., petit prince qui semble vivre sous la mer). Les peintures ne m'enthousiasment guère, c'est assez gentillet. Il y a un restaurant aussi, un gîte, le lieu s'appelle lui-même Centre d'Art Marcel Gagnon. Tout cela respire le bonheur, le tourisme écologique (la Gaspésie, c'est immensément sauvage et pas très peuplée), une poésie de fleur bleue...

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Les statues paraissent être tantôt en bois, tantôt en ciment (je leur trouve un faux air de statues de Lui Buffo, voir le Musée des Amoureux d'Angélique dans ma note du 28 août 08) ; photo Alex Nad

    Il y a surtout ces statues qui, comme me l'a écrit Antoine Peuchmaurd, viennent du fleuve (car moi au début je les voyais plutôt partir vers l'eau) qui dans ces parages est touché par la marée, ce qui fait que les figures sont périodiquement recouvertes par les eaux. Le créateur a-t-il pris en compte l'usure, le polissage qu'entraînera inéluctablement la baignade répétée de ses statues les plus avancées dans le fleuve? Sans nul doute. Depuis 1992, il a également confectionné des radeaux qui transportent d'autres effigies sculptées en bois cette fois, ballottées de ci de là sur le St-Laurent. Les différents éclairages de la journée, et ceux que l'auteur a installés pour la nuit, qui les métamorphosent continuellement, la situation insolite  de ces statues dans un tel contexte naturel sauvage militent pour l'étonnement de ceux qui les découvrent et en font tout le prix. La maison de Marcel Gagnon dont la photo traîne sur internet dans des souvenirs de voyage paraît elle aussi fort insolite, non dénuée de charme (elle montre que M.Gagnon paraît plus à l'aise en trois qu'en deux dimensions). Sa position par rapport au centre d'art n'est pas précisée. A noter enfin que ce site ne paraît pas avoir intéressé les animateurs de la Société de l'Art Indiscipliné. 

Maison de Marcel Gagnon, ph. Alex Nad.jpg
Maison de Marcel Gagnon, photo Alex Nad

12/12/2008

La revue qui vous attire dans les recoins

    Dimanche 14 décembre à partir de 15 heures, à l'auditorium, la revue Recoins veut faire comme tout le monde, se présenter au public des amateurs d'arts populaires et buissonniers, ainsi qu'aux amateurs de littérature qui fréquentent pour alimenter leurs addictions la Halle Saint-Pierre, à Paris dans le XVIIIe ardt (rue Ronsard). Pour ce faire elle a prévu un petit programme avec un "diaporama" (assisté par ordinateur, espérons que ça ne ramera pas...) présenté par votre serviteur (nous avons collaboré au n°2 de la revue), balade dans des images fort variées qui doit servir à naviguer depuis les rives de l'art populaire du temps jadis jusqu'aux terres  de l'art naïf insolite, de l'art brut, des environnements spontanés, avec l'espoir que l'on puisse à la faveur des 150 images prévues pour être montrées dégager la notion d'art immédiat...

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    Emmanuel Boussuge, l'un des animateurs et des fondateurs de Recoins, revue basée à Clermont-Ferrand, viendra également nous parler des "irréguliers" qu'il déniche en Auvergne (nous lui avons signalé un site, dû à un certain M.Goldeman, toujours en cours d'évolution à St-Flour, que nous avions découvert au cours d'une randonnée il y a quelques années ; à son actif, il a découvert un autre site, peut-être plus intéressant, celui de François Aubert dans le village d'Antignac dans le Cantal ; il a du reste publié une étude à ce sujet dans le n°2 de la revue). Puis un autre collaborateur de Recoins, Franck Fiat, clôturera le programme en projetant un film réalisé par lui en compagnie de David Chambriard, Huile de Chien, tirée de l'excellente nouvelle fantastique de l'auteur américain Ambrose Bierce). Un pot pour les soiffards est prévu ensuite...

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Intervention sur une maison à St-Flour (Cantal) par M.Goldeman, ph.Bruno Montpied, 2007
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Fourneau de pipe fait dans un os avec yeux de verre, art anonyme ; une vue alternative à celle qui sera montrée dans l'ensemble des 150 images présentées par BM à la Halle St-Pierre ; trouvée par Philippe Lalane, ph.B.Montpied, 2008

20/10/2008

Impressions d'Afrique, Roger Lemière

    

Roger Lemière,le jardin africain de Lamasquère, ph.Bruno Montpied, 2008.jpg
Roger Lemière à Lamasquère, le jardin vu de la route, ph B.Montpied, 2008

    Curieux cette idée de parsemer son jardin de statues représentant des animaux de la faune africaine, avec dans un coin un élément humain, quelque peu cliché, un bout de village avec ses indigènes demi nus (la femme a bien sûr les seins nus),Roger Lemière,l'Africaine, ph.B.Montpied, 2008.jpg la lance au poing pour l'homme, l'enfant est à quatre pattes, ce qui l'associe par la posture aux animaux diversRoger Lemière,la case avec deux personnages africains, Lamasquère, ph.B.Montpied, 2008.jpg. On trouve là, disposés de manière fort espacée un grand éléphant (imposant: il paraît chargé de faire enseigne en quelque sorte, tellement les automobilistes le voient en premier, trônant au milieu de la pelouse et dépassant le mur de clôture -mur dont la fonction semble de freiner les curiosités trop massives?), un rhinocéros, un magnifique hippopotame, des zèbres, crococodile,Roger Lemière,un crocodile, ph.B.Montpied, 2008.jpg iguane, singes, hyène, buffle, phacochère, kangourou (pas très africain, ce dernier cela dit), okapi, panthère, lionne, écureuil, toucan, dauphin, ibis, dromadaire, etc...

Roger Lemière,Rhinocéros,hyène,hippopotame, etc, ph.B.Montpied.jpg
Roger Lemière, hyène avec cuissot à déguster, hippo, rhinocéros... photo B.M 2008

     La maison est tout ce qu'il y a de simple, de plain pied. Les animaux sont façonnés de façon à imiter le vivant (c'est la fierté de leur auteur), ce zoo de ciment joue du coup comme un trompe-l'oeil en bordure de la route. D'ailleurs, un conducteur plus surpris que les autres peut-être (surtout plus alcoolisé en fait) a voulu aller voir de trop près une fois, et s'est encastré dans le mur de la propriété... Par temps de chaleur, le pays étant plutôt plat, on se croirait dans une savane qui aurait dérivé dans la Haute-Garonne, l'illusion est alors parfaite.

Roger Lemière,le gorille devant la villa, Lamasquère, ph.B.Montpied, 2008.jpg
Le gorille aux traits humanoïdes, photo BM, 2008

     Devant la villa, histoire de rafraîchir les ardeurs des visiteurs qui seraient trop enthousiastes, se dresse un gorille ambigu (en raison de son aspect humanoïde) étouffant un boa dans ses pognes musculeuses, le déchirant de ses crocs. Passer à côté de lui n'est pas très rassurant. Plus généralement, on doit dire que le visiteur de ce curieux parc animalier domestique, malgré l'accueil chaleureux de Mme Lemière qui n'hésita pas à nous accueillir avec affabilité (le créateur faisant la sieste plus loin à l'ombre), ressent tout de même un certain malaise, peu explicable sur le moment... On se demande si ces simulacres au fond ne seraient pas davantage, pour certains d'entre eux en tout cas, des chiens de garde améliorés que des oeuvres d'art. Je n'ai pas ressenti en ce qui me concerne, l'ayant vu après le jardin rieur de Bepi Donal à Saiguède,  "l'enchantement" promis par d'autres commentateurs. Plutôt un zoo sec.

Roger Lemière,l'hippopotame,Lamasquère, ph.B.Montpied, 2008.jpg
photo BM, 2008

Bibliographie: Voir texte et photos de Bernard Dattas dans Zon'art n°14, automne-hiver 2005. 

 

17/10/2008

Un mouton noir?

    

Mouton,Viry-Noureuil,Aisne, photo Bruno Montpied, 2008.jpg
Viry-Noureuil, Aisne, photo B.Montpied, oct 2008

     Voici un Mouton qui a décidé de placer une girafe et un cerf mignons sur la pelouse de sa propriété à Viry-Noureuil (Aisne). Signe d'un début de révolte? Le mouton, c'est le suiveur, d'habitude... Mais cette fois, il ne s'aligne que sur d'autres exemples de rébellion, comme par exemple à Viry-Noureuil, le jardin de Bodan Litnanski qui continue de s'abîmer (pardon, J2L), en dépit de ses beaux restes. Girafe + cerf = mouton noir, brebis galeuse?

Viry-Noureuil, photo B.Montpied, 2008.jpg

Créations du sieur Mouton, ph.B.M., oct 08

15/10/2008

Pour servir à l'histoire de Marie-Louise et Fernand Chatelain (3): la poésie envolée

   

Fernand Châtelain,personnage à double tête, photo Clovis Prévost, années 70 (Les bâtisseurs de l'imaginaire.jpg
Fernand Chatelain, personnage à deux têtes, années 70, ph.Clovis Prévost

    Pour conclure le feuilleton Chatelain, j'ai envie de mettre en parallèle une ou deux images d’œuvres d'avant et d'après restauration. En tentant de comparer ce qui peut l'être. Je devine que la manière de poser les couleurs notamment, chez Chatelain, constitue une grande différence avec celle des restaurateurs du site actuel, nettement plus lourde, sans nuances. Un peu comme des peintres en bâtiment sont ces "restaurateurs"...

Fernand Châtelain,le personnage à deux têtes (après restauration), ph Rémy Ricordeau, sept 08.jpg
Après le passage de la patrouille de restauration, 2008 ; photo Rémy Ricordeau
Fernand Châtelain, personnage à deux têtes, 1983, photogramme Les jardins de l'art immédiat, Bruno Montpied.jpg
Le personnage aux jambes en tire-bouchon en 1983, il est placé de l'autre côté de la barrière de la propriété, les couleurs, les lignes, rien n'est fermement appliqué, une impression de fragilité se dégage... ; photogramme Les Jardins de l'art immédiat, B.Montpied

    Le personnage à double tête, sorte de Martien, aux nez emmêlés, aux bouches en zig-zag, aux jambes vrillées pathétiquement, peint sans uniformité et sans lissage particulier dans les années 70, se retrouve en 2008 particulièrement bien peinturluré, au point de ressembler à un décor d'aire de jeux pour enfants. Comme si on avait cherché à masquer une vérité qui dérange (et comme on a refait l'intérieur des statues en enlevant les matériaux anciens, jugés de mauvaise qualité, du grillage et du bourrage de vieux papiers de journaux, pensez donc... Là, on a voulu bâtir pour la durée, 150 000€, c'est pas donné...).

Fernand Châtelain,le lièvre fantastique, en ruine, 2002, ph.B.Montpied.jpg
Bugs Bunny, en ruine,  2002, photo B. Montpied
Châtelain, ph Rousseau, 1969, extrait du blog Animula Vagula.jpg
Le même en 1969, photo Rousseau, voir le blog Animula Vagula ; cette photo est en effet précieuse car elle est prise très prés des débuts de la création du site de Chatelain ; si l'on constate que Chatelain, finalement, pouvait bien lisser quelque peu ses matières, il utilisait les couleurs sans lourdeur, le résultat ressemblant au coloriage d'un crayon de couleur, d'une craie, d'un pastel ; les formes sont délicatement modelées de même

     Celui qui est appelé Bugs Bunny, personnage particulièrement impressionnant avec sa gueule découvrant des incisives carnassières, ses bras partis encore en vrille, ses yeux exorbités, ses immenses oreilles de lièvre, a été passablement "arrangé" lui aussi en 2008.

Fernand Châtelain, Le lièvre en 2008, ph.Rémy Ricordeau.jpg
On notera au jeu des 7 erreurs les couleurs changées et en plus moche, le mouchetis des animaux sur les jambes beaucoup plus grossièrement appliqué, l'air abruti du lapin, la forme moins large de sa tête, le nez planté différemment, les oreilles plus molles, les spires plus ratatinées... ; photo Rémy Ricordeau, 2008

     Une autre saynète achèvera peut-être de convaincre tout un chacun de la main lourde des restaurateurs, c'est le char de "Pégase" avec le chien au chapeau conique (et comique) qui tient les rénes.

Fernand Châtelain (1983) photogramme Jardins de l'Art immédiat Bruno Montpied.JPG
Fernand Chatelain, Pégase, en 1983, photogramme extrait de Les Jardins de l'art immédiat, B.Montpied ; le chien apparaît loufoque, le cheval est gentil et de bonne volonté... De plus il vole...
Fernand Châtelain,Pégase,ph.Rémy Ricordeau, 2008.jpg
Le même ? Il paraît poser par terre, inerte à présent, Pégase se dresse mollement, le conducteur, au chapeau trop régulier ressemble désormais à Pif le chien, et, comme le lièvre, arbore une expression de parfait simplet, pour ne pas dire plus... La scène est complètement figée

     Le chien était encore drôle en 1983 lorsque je le filmai en Super 8, suspendu plus en hauteur grâce à des cageots et des étais plus longs, ce qui lui donnait l'air de voler (logique puisqu'il était tracté par le cheval ailé Pégase). En 2008, décidément la poésie s'est envolée. Ferlaure Chatevanne est passé par là. Et pourtant, on a essayé de se documenter un peu (contrairement à ce qui a pu être affirmé). Mais il faut croire qu'on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve... Ou bien, que tout dépend de la sensibilité de celui qui tient le pinceau et de sa plus ou moins grande empathie avec le créateur d'origine. La documentation n'est pas tout, la philosophie de la conduite de vie d'un Fernand et d'une Marie-Louise Chatelain doit être aussi comprise. Un film comme Séraphine, de Martin Provost, sorti sur nos écrans ces jours-ci, est là pour nous prouver que l'empathie avec une créatrice, pourtant aussi rare que Séraphine Louis, même à tant d'années de distance, est possible. Chatelain a eu moins de chance, voilà tout. Peut-être alors, comme l'avait laissé entendre Clovis Prévost, à la journée d'études de Villeneuve-d'Ascq sur les habitants-paysagistes le samedi 10 décembre2005, faudra-t-il se résoudre un jour à songer dérestaurer une si calamiteuse"intervention"...

10/10/2008

Pour servir à l'histoire de Marie-Louise et Fernand Chatelain (2): "J'ai point le temps d'aller au club du troisième âge"

    Le 23 novembre 1977, paraît dans le Libération de l'époque un article signé M.Ch.Husson et J.P. Duvivier (sans doute photographe sur l'article) et intitulé "Dérive chez les bâtisseurs de rêve. Le bestiaire de Fernand et Marie-Louise Chatelain (78 et 75 ans)". En voici un large extrait, choisi essentiellement pour les propos des Chatelain:

    "Fernand et Marie-Louise Chatelain, [...], feuilletaient aussi leur dictionnaire, et découpaient des "quartiers de journaux". Ce dictionnaire, ils l'ont toujours. Si vieux, si disloqué que, voilà un couple d'années, ils sont partis à Alençon en acheter un neuf. Ils ont été bien déconfits. Les dictionnaires ne sont plus ce qu'ils étaient. "Il n'y a plus d'images". Ils ont garé le livre neuf, et ont continué à faire vivre les pages de l'ancien dans leur cour, autour des premières réalisations de Fernand.

     - "En qualité de Chatelain, dit-il, j'ai d'abord fait un château". "On trimballait encore pas mal, dit-elle. On était allé sur la route de Bretagne, dans une station service, il a vu un château, il a voulu essayer d'en faire autant. On avait été à Chambéry, itou. Il a fait la fontaine des 4-100-Q (des quatre sans cul). Je rouspétais au début, je trouvais ça drôle..." Maintenant, elle ne dit plus rien. Elle caresse dans la cour les oreilles d'un âne. "On dirait-y pas du velours? Et les yeux dirait-on que c'est des boutons? Vrai qu'elle est belle, la sienne. Elle a une belle chevelure, c'est le crin d'une banquette de voiture". Fernand intervient: "J'avais fait des centaures. Ils avaient les bras en l'air. Je me suis dit, pour les occuper, je fais faire une sirène... Et là, mon dragon, c'est un genre de chauve-souris. On voit ça dans le dictionnaire. C'était pas facile de faire les ailes. Je me suis dit je vais les faire ouvertes, c'est moins ordinaire. Au derrière, comme j'avais de la place, je lui ai fait une grande queue, au lieu de plumes..."

la fontaine des éléphants à Chambéry.JPG
La fontaine des éléphants à Chambéry

      "Moi, reprend Marie-Louise, je lui donne des idées pour la peinture. Rouge et jaune, j'aime bien ça ensemble. D'abord les grilles, on les a peintes en rouge et jaune..."

      Enfant de cultivateur, Fernand a d'abord été boulanger jusqu'à 27 ans. Puis il a épousé Marie-Louise, sa payse, fille de cultivateurs. Et ils ont repris une ferme, là-bas, dans la descente, là où il y a l'usine. Ils ont vendu le "noyau" - les bâtiments - à l'usine, sont venus s'installer là. "Il n'y avait que des prés, se souvient Marie-Louise. La maison a été montée de décembre 1960 à la Chandeleur 1961. On y est venu qu'en octobre. On restait culture, jusqu'à la retraite. Le patron a commencé à faire des clôtures..."

      - "C'est bien bizarre, dit Fernand, L'idée nous vient d'occuper le terrain. On avait de la place, il y avait du vide. Je me suis dit si dans la clôture, je faisais des affaires entrelacées?"

Fernand Châtelain,pieuvre sur la balustrade, 1983, photogramme Les Jardins de l'art immédiat, B.Montpied.jpg
Fernand Chatelain, une pieuvre entrelacée avec la balustrade de clôture, photogramme des Jardins de l'art immédiat, 1983, B.Montpied ; à noter qu'il ne semble pas que ces sujets aient été reconstitués dans la restauration actuelle

      - "Oui, mais attention, coupe-t-elle. Pas devant la porte..."

      - "Ah, Ah, s'amuse Fernand, Madame, elle veut pas que je touche à la porte, ni à l'intérieur... J'ai fait des essais, Pégase, le cheval ailé du dictionnaire, et j'ai continué... je récupère dans les dépotoirs, chez les mécaniciens des bouchons de bouteille pour faire les yeux.Je m'ennuie point. Tout ça, ça vient en le faisant. Le matin, quand je dors pas, je cherche les complications. J'ai point le temps d'aller au club du troisième âge. Mais je n'ai aucun talent de dessinateur. Des fois je gribouille, je dis à la patronne, "ça ressemble à quelque chose?" Elle me dit "c'est bien, c'est pas bien, j'y mettrais une queue, une patte". Des fois, on est zéro en imagination. Je lui dis. Elle répond "laisse donc tout ça, tu nous hébètes avec tes machines" Et puis on repart. Au début, il y avait un représentant qui m'amusait pour me vendre une voiture. Un as du dessin. Il me faisait des sujets sur un papier... Moi, pour les physionomies, ça va pas".

     - "Sauf Giscard, corrige Marie-Louise. Vous avez vu le gabarit, pour les visiteurs. Sa carcasse de grillage qu'il bourre de papier et recouvre de ciment? Il en faisait un. Je lui dis, c'est Giscard. Il me répond "Penses-tu, c'est pas Giscard" Je lui dis "c'est tout vrai, c'est Giscard" Et une touriste belge nous a photographié à côté de Giscard. C'est-y possible de s'amuser pareillement à nos âges!"

Fernand Châtelain, Giscard, la fontaine des 4-100-Q, etc, photogramme Les Jardins de l'art immédiat, Bruno Montpied, 1983.jpg
Fernand Chatelain, photogramme extrait des Jardins de l'art immédiat, B.Montpied, 1983 ; le personnage humain au centre de l'image tenant le panneau doit être le Giscard évoqué par les Châtelain dans l'interview ; à droite, le début de la fontaine des 4-100-Q de Chambéry version Chatelain
 
     On se balade dans la cour. Marie-Louise n'aime pas les grands pendus de papier accrochés aux arbres par Fernand. Elle préférait "les singes de toutes les catégories". Mais elle aime bien la petite maison, fait d'échantillons de Formica. Là, des fleurs sont plantées dans les grands sabots. Une girafe. "S'il n'y avait pas cette poutrelle, la tête emporterait le derrière, commente Fernand. J'assujettis mes sujets sur place, je les termine là, à cause du poids". Un lion à six pattes. Un poisson fait de "coquilles Saint-Jacques en aluminium retrouvées dans un dépotoir". Des souvenirs de voyage. Venezia Gondola, la Tour de Pise. Chaque mois de mai, pendant 25 ans, une gardienne venait remplacer Fernand et Marie-Louise à la ferme. Eux partaient voir du pays, en auto, ou en car. Bruxelles, la Hollande, la Belgique, l'Italie... "Maintenant, on est trop vieux, on voyage dans les cartes postales, dans nos têtes..." dit Marie-Louise. Et dans leur cour.

     C'est l'hiver. Fernand a des sujets en réserve. Il nous montre son atelier, sa boutonnerie - une boîte à yeux - un coq qui pond, un Anglais, un accident de voiture, un cochon qui fait du boudin, récupéré par un autre sujet, mangé par un serpent. Des boxeurs. Un photographe. Bonjour écrit en grandes lettres sur la grille, à côté de la nationale. Un jour des fêtards avaient carambolé tous les sujets de Fernand. "Les gens du pays sont venus m'aider à tout relever", se souvient-il. "Les gens, ça les amuse".

Fernand Châtelain,saynète du cochon qui fait du boudin, ph Rémy Ricordeau, 2008.jpg
Photo Rémy Ricordeau, octobre 2008 après restauration ; saynète probable du cochon qui fait du boudin récupéré sous son derrière par un personnage qui se fait mordre par un serpent... Les couleurs violentes font presque penser à du Niki de Saint Phalle.

     "Ils ont le sourire, c'est pas croyable" dit Marie-Louise. "Encore une journée de passée. On prend la soupe à 6 heures, on regarde les chiffres et les lettres à sept heures". Fernand va vendre du bois. "Au printemps, dit-il, en montrant des rosaces peintes sur des cartons, en haut d'un hangar, ça pourrait bien tourner à faire des sujets là haut. L'imagination, ça occupe". "On nous demande de vendre. On veut pas. On aime bien voir ça, et tout le monde peut en profiter. Le patron fait ça pour son plaisir", dit-elle. Et lui termine en s'esclaffant. "Ca coûte, mais moins que si je faisais la bringue tous les jours".

13/09/2008

Joseph Donadello, suite, un Panthéon passé à la loupe

  

Joseph Donadello, le Panthéon, vue rapprochée, Saiguède, ph. B.Montpied, 2008.jpg
Le Panthéon, vue rapprochée ; de gauche à droite du haut vers le bas: Irène, Louis Seize, A Dada, deux chevaux sculptés par un ami bouliste de Bepi Donal, à savoir Séverino De Zotti (voir au musée des Amoureux d'Angélique), et enfin Lori (sic) ; ph. Bruno Montpied, 2008

    Suite à la note récente sur l'environnement de statues et de maquettes créé par Joseph Donadello à Saiguède en dessous de Toulouse, et en particulier suite aux commentaires de Michel Valière sur certains détails du Panthéon où ce dernier semblait reconnaitre un Roi Salomon cher au Compagnonnage (à gauche sur notre photo) - effectivement, les motifs décoratifs sur le poitrail du personnage semblent bien représenter une équerre et un compas croisés des emblèmes compagnonniques -, j'ai reçu de la part de Pierre-Louis Boudra, responsable du musée des Amoureux d'Angélique, quelques précisions, ou rectifications, à ce sujet.

Joseph Donadello,Pinocchio, ph. Martine et Pierre-Louis Boudra.jpg
Joseph Donadello, Pinocchio (qui était placé à droite de la statuette du personnage à jupette), aujourd'hui disparu ou déplacé du jardin; notons que lui aussi porte une jupette...; photo Pierre-Louis et Martine Boudra
Joseph Donadello,statuette disparue de son jardin, maquette du Panthéon, ph.Martine et Pierre-Louis Boudra.jpg
Joseph Donadello, La fille de leurs voisins, noter au-dessus la statue de "Charles", portant aujourd'hui un autre nom ; photo Pierre-Louis et Martine Boudra 

   Il connaît assez bien le lieu et le créateur, pour y être passé plusieurs fois. Lui et sa femme ont fait des photographies du site avant moi qui montrent des statuettes qui ont disparu depuis (sans doute vendues). Deux statuettes, un Pinocchio et une représentation de la fille de leurs voisins, encadraient, à une date pas encore déterminée, le Panthéon aux extrémités de la terrasse avec les colonnes. En outre, certaine statuettes qui sont encore en place avaient d'autres noms. En haut à droite, Le "Louis Seize" d'aujourd'hui s'appelait autrefois "Charles" (ce serait Charlemagne pour Pierre-Louis). La photo qu'il m'a envoyée le montre clairement. A noter aussi que Bepi a incorporé au décor de cette maquette deux oeuvrettes de son ami Séverino De Zotti (voir photo au début), autre sculpteur populaire contemporain de la même région, qui joue souvent aux boules avec lui. Cette présence d'autres oeuvres, même réduite, à elle seule, introduit l'idée pour cet environnement d'une tentation de faire oeuvre collective...

Joseph Donadello,Irène, détail de sa maquette du Panthéon à Saiguède, ph.B.Montpied, 2008.jpg
Joseph Donadello, Irène (de Russie? I...reine Salomon?), détail de la photo du début de cette note ; ph.B.M., 2008

   Le personnage au chef semble-t-il couronné (à moins que ce ne soit une sorte de calot, ou de toque), et portant jupette, que Michel Valière interprète comme un Roi Salomon, représentait, paraît-il Catherine de Russie...Catherine de Russie.jpg Mais là, pas de preuve. Pierre-Louis tient sans doute cela de la bouche de Bepi (Donadello). Par contre, en zoomant sur ma photo du Panthéon de juillet 2008, j'ai découvert qu'en fait un prénom était inscrit sur ce "Roi-Salomon-de-Russie-en-jupette": IRENE... Les emblèmes compagnonniques restent-ils toujours reconnaissables ou sont-ce seulement des ornementations en croisillon !

Roi Salomon.jpg   Bepi Donal est un farceur qui nomme ses personnages selon des géométries variables, semble-t-il. De quoi bien énerver les commentateurs de tous poils, et générer  de potentiels crépages de chignons... 

03/07/2008

Art Brut, architectures marginales, un livre de Marielle Magliozzi

     En chantier depuis quelques années (au départ ce fut une thèse de doctorat en histoire de l'art soutenue en 2003), l'ouvrage qui paraît ces temps-ci aux éditions de l'Harmattan, Art brut, architectures marginales, sous-titré Un art du bricolage, aura nécessité beaucoup de souffle à son auteur, Marielle Magliozzi, puisqu'il aura fallu le remanier, le retravailler profondément afin de le faire passer du format universitaire à une version plus grand public.

Art brut, architectures marginales, couvertire du livre de Marielle Magliozzi.jpg
Couverture du livre de M.Magliozzi, où l'on reconnaît la maison peinte de Danielle Jacqui au Pont de l'Etoile à Roquevaire

     L'ouvrage que je n'ai pas encore eu entre les mains paraît traiter, dans une optique d'art du bricolage (le texte du 4ème de couverture réunit Lévi-Strauss avec Dubuffet) appliqué à la création d'environnement artistique, d'au moins une vingtaine de sites disséminés en France, certains ayant disparu aujourd'hui (on sait que ces environnements n'ont pas encore reçu la grâce d'être considérés comme des éléments incontournables de notre patrimoine, on se demande toujours pourquoi...).

4ème de couverture du livre de M.Magliozzi sur les architectures marginales.jpg
4ème de couverture

    Peut-être Marielle Magliozzi revient-elle en particulier dans cet ouvrage sur ce créateur, nommé Louis Auffret, basé à Six-Fours dans le Var, qu'elle avait succinctement évoqué dans le n°49 de Raw Vision à l'hiver 2004-2005... Auteur d'un environnement complexe qui s'est trouvé par la suite rasé, avant qu'on ait eu le temps d'en entendre parler (Marielle est la seule à ma connaissance à posséder des photos de ce site)... Il semble acquis en tout cas qu'on retrouvera dans son livre certains créateurs plus connus comme Chomo ou Marcel Landreau, le "caillouteux" de Mantes-la-Jolie, dont les statuettes organisées en saynètes parfois automatisées étaient confectionnées à l'aide de morceaux de silex collés les uns aux autres. Son site était un des plus extraordinaires parmi tous ceux qui ont pu exister en France. Hélas... Mille fois hélas, il fut lui aussi balayé après la disparition de son auteur.

Marcel Landreau, 1987, photogramme des Jardins de l'Art Immédiat, film Super 8 de Bruno Montpied (1981-1991).jpg
Marcel Landreau, 1987 ; photogramme extrait du film en Super 8 Les jardins de l'art immédiat, 1981-1991, de Bruno Montpied (cette image est prise sur des personnages d'un manège de danseurs qui était en mouvement au moment du film, bercé par le célèbre air de La Paloma joué par Yvette Horner et diffusé par haut-parleur...)

    Attendons donc d'avoir le livre pour en parler plus largement, et donnons à tous ceux qui n'auraient pas eu l'info les renseignements que Marielle Magliozzi a eu la gentillesse de nous faire parvenir. Le livre peut d'ores et déjà se commander dans n'importe quelle librairie, en attendant de le voir en rayon à la rentrée après les grrrrrandes vacances (prix 32 €).