24 juin 2008
Recoins n°2, Des fous de Tolbiac à Aubert d'Antignac
Vient de paraître juste avant la grande migration estivale le n°2 de la revue Recoins qui se consacre, comme il est dit dans son sous-titre, aux arts, belles lettres et rock'n roll. Enfin, pas tout à fait seulement à cela. Cette revue, éditée à Clermont-Ferrand, et qui se qualifie aussi de "revue moderne d'arrière-garde", outre de nombreux articles sur le rock, la publication d'une bande dessinée, quelque détour vers la boxe pratiquée dans les rues du New-York du XIXe siècle, publie cette fois-ci (voir la recension succincte que j'avais déjà faite du n°1 dans mon Billet du Sciapode dans Création Franche n°26) plus d'articles concernant les sujets qui nous sont chers, à savoir le surréalisme, les environnements spontanés de bord des routes, et la littérature tournée vers les moeurs populaires qu'elle soit liée aux plus fous ou aux plus champêtres des figures du peuple.
Au chapitre du surréalisme, Anna Pravdova nous donne une présentation instructive de Tita, jeune surréaliste tchèque qui a fait partie du groupe surréaliste de La Main à Plume, groupe de jeunes gens qui eurent à coeur de poursuivre vaille que vaille l'activité surréaliste dans la France occupée, pendant que leurs aînés, plus connus, avaient fui ou se cachaient, poursuivis ou menacés qu'ils étaient par le régime vichyste. Ces jeunes gens commencent désormais à mieux émerger de l'ombre où on les a longtemps tenus. A noter qu'un n° spécial de la revue Supérieur Inconnu, dirigée par Sarane Alexandrian et Marc Kober, et publiée tout récemment (printemps-été 2008, n° consacré à "la vie rêvée"), évoque elle aussi un autre membre de La Main à Plume, Marc Patin, en publiant deux récits de rêve avec leur analyse par l'auteur. Marc Patin, dont Tita illustra de dessins deux plaquettes de poèmes. Anna Pravdova nous révèle dans cet article la fin exacte de la jeune peintre juive qui fut arrêtée durant la tristement célèbre rafle du Vél d'Hiv, et déportée à Auschwitz via le camp de transit de Drancy.
"Quatre fous de Tolbiac", tel est le titre d'un texte absolument remarquable (et je vous prie de croire que ce n'est pas parce qu'il s'agit là d'un vieil ami que je dis cela) de Régis Gayraud sur des souvenirs (en réalité, plus que cela) relatifs à des figures de la rue parfaitement saisissantes, et angoissantes pour certaines d'entre elles. Il s'agit là, pour reprendre un terme cher à Mac Orlan et à Robert Giraud de pur fantastique social. Ecrit dans un style dépouillé (bien éloigné du style des années 80, que l'auteur qualifie lui-même de "maniéré", tout en phrases longues, et bourré d'excès divers, que je connais bien pour en avoir publié dans ma revuette La Chambre Rouge, vers 1984, quelques morceaux choisis, comme Faire chou blanc, plaquette tirée à part...), nous faisons connaissance avec quatre figures inoubliablement campées par Régis. Elles entrent de plein droit dans une longue tradition d'évocation littéraire des figures de la rue, qui nous est personnellement très chère. Cela faisait fort longtemps que Régis Gayraud n'avait pas repris la plume de façon plus directement créative et surtout de façon publique. On le connaît en effet davantage comme traducteur de russe et essayiste, spécialiste du poète-éditeur Iliazd (comme le commentaire qu'il nous a laissé récemment le laisse deviner). On ignore -et c'est très dommageable- qu'il est un écrivain de première force, à la personnalité hors-norme et baroque, pourvue d'un humour parfois féroce... Ce texte à lui seul vaut l'achat de ce n°2 de Recoins.
Un autre texte vaut cependant également le détour, l'évocation documentée et fouillée par Emmanuel Boussuge (par ailleurs directeur de la publication) de la vie et de l'oeuvre du maçon créateur d'environnement spontané François Aubert à Antignac, dans le Cantal (agrémentée de quelques-unes de nos photos faites en accompagnant Emmanuel sur les lieux). Cette mini monographie, s'appuyant sur des souvenirs et des documents confiés par la fille de François Aubert, ainsi que des témoignages d'une érudite locale, Odette Lapeyre, restitue assez bien le cas Aubert. Ce dernier a laissé derrière lui une maison décorée de bric et de broc, avec des animaux en ciment armé de style naïf, un musée minéralogique (point commun avec le facteur Cheval qui comme on sait avait donné pour vocation à son Palais Idéal, dans les débuts, d'abriter un musée de pierres trouvées), une architecture employant des matériaux jurant les uns avec les autres, mariant l'intention farceuse au goût du désordre provocateur. Maison à vendre aujourd'hui et en péril (les statues ont été aujourd'hui cependant mises en lieu sûr, suivant la solution du "déplacement" -chère à Patricia Allio, voir le cas de Jean Grard- et sage décision si l'on se réfère à d'autres sites, comme ceux de Gabriel Albert en Charente, de Raymond Guitet en Gironde ou encore d'Emile Taugourdeau dans la Sarthe). Nous reviendrons personnellement, avec notre propre vision, sur le site de François Aubert à une autre occasion. Je renvoie pour l'heur les lecteurs à ce n°2 de Recoins décidément fort riche.
Coordonnées pour acquérir la revue:
Sur Paris, on est sûr d'en trouver quelques exemplaires à la librairie incontournable de la Halle Saint-Pierre, rue Ronsard, 18e arrondissement. Sinon on la commande à Recoins, 13, rue Bergier, 63000, Clermont-Ferrand. (Contact e-mail: revuerecoins@yahoo.fr). Prix au numéro: 6€, abonnement 4 numéros: 20€ (+ toujours le "formidable cadeau"...).
22:54 Publié dans Archives du peuple singulier, Art Brut, Environnements spontanés, Fantastique social, Surréalisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : recoins, emmanuel boussuge, régis gayraud, françois aubert, tita, anna pravdova, andré vers
09 mars 2008
Touslas, tout passe, tout casse? Que non pas!
Note dédiée à Emmanuel Boussuge et à Jean Branciard
Voici quelque temps déjà que mon jeune camarade Emmanuel Boussuge m'a glissé malicieusement sous les yeux une carte postale ancienne relative à un "monument aux morts", bricolé de façon naïve, situé à Saint-Jean-de-Touslas dans le département du Rhône.
Monument aux morts en mosaïque et en rocaille, auteur abbé Pierre Cognet, vers 1919, carte postale d'époque, coll. Emmanuel Boussuge
On se dit devant ces fragiles, quoiqu'évocatrices ô combien, traces de sites bâtis ou confectionnés par des autodidactes, dans un premier temps, que ces lieux n'appartiennent qu'au passé. Tant ce petit bout de papier jauni par le temps, par son côté hors d'âge, semble devoir enfermer son sujet dans une île spatio-temporelle à jamais isolé de nous, de notre présent. Or, il ne faut pas hésiter à interroger la possiblilté que ce lieu ait pu franchir le temps à travers une passerelle protégée.
Je n'ai donc pas trop traîné avec le monument aux morts de Saint-Jean-de-Touslas. Depuis quelque temps, j'ai une connaissance dans la région lyonnaise, que les lecteurs de ce blog ont du reste rencontré en même temps que moi puisqu'il s'y est manifesté par un commentaire évoquant son oeuvre toute en assemblages forts et poétiques (que j'aurai bientôt l'occasion de présenter plus copieusement), j'ai nommé Jean Branciard. Plus besoin de se déplacer pour vérifier les lieux, je propose l'affaire à celui qui est le plus près dans la région,à savoir lui. Cela l'intéresse. Il se rend sur place, et il ramène de précieuses informations, que je vous livre à présent.
Le monument existe toujours, sur la place du village, à l'encoignure de deux maisons (il est d'une taille beaucoup plus grande que sur la carte postale). Il est en bon état, on veille sur lui, l'auteur s'appelle l'abbé Cognet, qui a été curé à St-Jean de 1903 à 1932 (comme cela est signalé sur le site du Pays Mornantais). Il a bénéficié des bons soins d'un autre curé, le père Braichet, lui-même sculpteur, décédé voici une dizaine d'années, qui entretint les décors en mosaïque de l'abbé Cognet et qui y ajouta en de petis endroits ses propres oeuvres (voir les petites sculptures dans une niche au bas de la photo du monument actuel).
Le monument aux morts, état actuel (on rélève en inscriptions les mots "Bonjour, Amitiés" sur la partie inférieure du monument, partie qui correspond à la photo de la carte postale ancienne ; il est possible que ce monument ait été continué après la photo de la carte postale, voir l'auvent en tuiles...), photo Jean Branciard, février 2008
Le site du Pays Mornantais indique que l'abbé Pierre Cognet a créé ses mosaïques entre 1905 et 1925. Il paraît s'être exercé sur trois zones principales dans l'espace de son village de St-Jean-de-Touslas: le monument aux morts, les murs extérieurs de la sacristie, cette dernière étant accollée à l'église du village, et enfin certains murs et corridors du presbytère, où ses interventions paraissent plus timides.


Sur les murs de la sacristie, il s'est amusé à représenter les différents châteaux de sa région dont il a incrusté les reproductions en mosaïque au milieu de compositions décoratives. Son monument aux morts, qui me paraît de tous ses décors le plus frais et le plus primesautier, reproduit les noms des six soldats de la commune morts à la Grande Guerre. Il est à souligner qu'il s'agit là d'un des rares monuments aux morts en France dûs à une initiative individuelle, de plus dans l'espace public. Un autre monument aux morts de style nettement plus pompier fut réalisé en 1929 à quelques distances de celui de l'abbé, la différence d'allure et de caractère des deux monuments saute aux yeux, selon ce qu'en m'en dit mon correspondant. L'existence de ces décors et leur préservation ont bien sûr été favorisés par le fait que leurs auteurs étaient des ecclésiastiques, et donc en tant que tels, personnalités généralement autorisées par la communauté des ouailles, les critiques ne venant généralement dans ce cas que de leur propre hiérarchie (comme ce fut le cas pour l'abbé Paysant avec son Eglise Vivante et Parlante de Ménil-Gondouin dans l'Orne, dont on sait que les interventions et le musée furent anéantis après sa mort, vers 1920, avant de réapparaître ces dernières années et d'être restaurés).
Intérieur du jardin du presbytère à St-Jean-de-Touslas, mosaïques de l'abbé Cognet; cet endroit conserve aussi des objets d'artisanat et de traditions populaires ; photo Jean Branciard, 2008
14:09 Publié dans Environnements spontanés | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : abbé cognet, saint-jean-de-touslas, jean branciard, emmanuel boussuge, environnements spontanés
16 janvier 2008
MASSIF EXCENTRAL (13): Quand André Breton était guérisseur en Auvergne
Je veux bien faire plaisir à mon correspondant auvergnat Emmanuel Boussuge qui a l'esprit fièvreux pendant cet hiver en Auvergne. Il m'envoie une dépêche en urgence depuis son Cantal adoré. Il a trouvé une trace inédite d'un passage énigmatique d'André Breton chez les Arvernes, l'image ci-dessous fixée sur une ancienne carte postale:
Il paraît que cet homme ressemblerait fort au poète. Si je lui trouve moi plutôt des similitudes avec les visages croisés du docteur Ferdière et de Jean-Roger Caussimon, m'en voudra-t-on? Cela dit, il est plaisant d'imaginer la carrière de Breton en guérisseur nous imposant les mains au fond de quelque Auvergne anonyme, quand on sait l'importance des gants dans sa vie en outre... Et puis oui, Breton est bien encore aujourd'hui, quelque part, une sorte de grand guérisseur.
22:15 Publié dans Art populaire insolite, Surréalisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : André Breton, Guérisseurs auvergnats, Emmanuel Boussuge
01 décembre 2007
Exposition éphémère de photos du Cantal: MASSIF EXCENTRAL (13)

13:50 Publié dans Art populaire insolite | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Emmanuel Boussuge, Photographies du Cantal, cadrans solaires, Durtol, Recoins











