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02/03/2009

Dessins du sciapode à la Halle Saint-Pierre

    Prévue pour débuter le 3 mars, il y aura bientôt une exposition intitulée "A chacun son dessin" à la Halle Saint-Pierre, dans l'espace consacré à des présentations quelque peu alternatives, à des essais si l'on veut (sur place, ils appellent cela la galerie). Et l'éternel débutant que je suis se trouve donc fort aise de se retrouver présent dans cette sélection de dessins (des encres dans mon cas), en compagnie de sept autres dessinateurs. Le vernissage est programmé pour le 24 mars, le même jour que le vernissage de la double exposition Michel Macréau-Anselme Boix-Vives qui commence à cette date. Rendez-vous est donné aux amis qui aimeraient se rendre compte plus physiquement - si je puis dire - de mes travaux, car le virtuel, ça va bien un temps...

A CHACUN SON DESSIN 

Exposition collective
du 3 au 30 mars 2009

Jean-Michel CHESNE • Annie COHEN • Caroline DEMONGEL 

Jean DEMELIER • Joseph KURHAJEC • Bruno MONTPIED

Jude MORNIER • Sylvia K. REYFTMANN

Bruno Montpied,Le château qui prend vie, 2006.jpg 

Bruno Montpied, Le Château qui prend vie, 30x37cm, 2006 

Galerie Halle Saint Pierre
2, rue Ronsard - 75018 Paris
Entrée libre.Tous les jours de 10h à 18h
Renseignements : 01 42 58 72 89 

(En partenariat avec le Salon du dessin contemporain)

A.Boix-Vives, Trois personnages, 80,8 cm X 109 cm,1964.jpg
Anselme Boix-Vives, Trois personnages, 80,8x109 cm, 1964
    Pour le vernissage, les animateurs de la Halle Saint-Pierre exigent le carton d'invitation ci-dessous inséré. Imprimez-le, et ainsi, vous n'aurez pas de souci pour entrer, car Samson est  plus inflexible que le gardien des Enfers... Par la même occasion je montre aussi le carton officiel d'annonce de l'exposition que j'ai détourné ci-dessus en y insérant un dessin à mézigue.
A-chacun-son-dessin,-carton officiel, mars 09.jpg

22/02/2009

Ruzena se dévoile...

 

Ruzena,-photo-ancienne-modi.jpg
Ruzena, photo ancienne modifiée, sans date, ph.B.Montpied

     Enfin, on va pouvoir dessiner soi aussi sur les photos qui montrent Ruzena, parce que figurez-vous, c'est une première, cette grande cachottière s'est laissée photographier, on suppose qu'elle était d'accord...

Portrait-dans-L'Art-Partagé.jpg
Photo catalogue L'Art Partagé

     C'est dans le catalogue à 10€ (je dis ça pour Zébulon) de l'exposition L'Art Partagé, organisé en novembre 2008  par Jean-Louis Faravel à Rives dans l'Isère. Elle a été prise de côté un peu en arrière, du coup, on n'arrive pas bien à la dévisager, et la curiosité s'aiguise davantage finalement... On peut dire qu'elle sait faire monter sa légende, cette Ruzena... Elle a passé un diplôme de publicitaire ou quoi?

     Bon, une fois ceci écrit, ma fidèle lectrice Valérie A. (voir commentaire du 22 février), m'a déniché un dévoilement encore plus facial qui se trouve sur le site de la galerie Béatrice Soulié (avec cette mention que "Ruzena travaille dans le domaine de la culture"). J'ai déjà rencontré cette personne, me suis-je dit, mais où?... Mais où?... :

ruzena2 portrait sur Galerie Soulié.jpg
Plus utilisable pour y adjoindre les homuncules qui gravitent autour des photos du temps passé comme les aime Ruzena

20/02/2009

Muscle carabine, quoique...

    Je reçois tout un tas d'avis venus de tous bords. Aujourd'hui, c'était un petit mot du groupe des United Dead Artists, qui paraît être un foyer de graphistes particulièrement inventifs qui doit avoir des accointances avec l'Arts Factory, du côté de la rue Beaurepaire dans le 4e à Paris, et tout ça... Je regarde généralement leurs cartons d'invitation avec un sentiment mêlé ne me sentant concerné qu'à demi. Je reconnais cependant qu'il y a du beau travail de ce côté-là. Ces graphistes, liés aux grafzines (je suis sûr que ça s'écrit pas comme ça) et autres fanzines sérigraphiés, participent d'une culture populaire graphique contemporaine qui a une tradition derrière elle, des filiations honorables (Crumb, les pochettes de disque, les pin'up sur les camions, les flippers, l'art modeste, etc.), je le reconnais bien volontiers. La créativité se déploie là aussi à l'évidence.

Le-Muscle-Carabine.jpg

    Ils sortent le numéro 3 de leur revue joliment appelé Le Muscle Carabine, dont on peut voir la couverture ci-dessus, avec un dessin dû à Stéphane Blanquet (ça fait un peu penser à l'outsider Vonn Ströpp qui a été montré il n'y a pas très longtemps à la Halle Saint-Pierre). Et sur le site des Artistes Morts Unis, on trouve le nom de Chris Hipkiss, souvent exposé et rangé chez les Outsiders anglais, tiens... On découvre aussi les dessins qui personnellement me font hurler de rire du Japonais Harukawa Namio, avec son personnage féminin au popotin absolument hypertrophié, la dimension même du fantasme. Il se glisse dans la perversité japonaise une touche d'humour et de délire loufoque qui me ravit. Pas vous?... L'infortuné placé dessous s'appelait-il Jean Soulacroup (ce qui prouve que, contrairement à ce que j'avançais dans ma note du 4 août 2007, on n'est pas toujours si bien placé en pareille situation)?

Callipyge Harukawa Namio.jpg
Dessin d'Harukawa Namio, voir le site de United Dead Artists

16/02/2009

Emmanuel Boussuge s'échappe de la brume

   

Emmanuel-Boussuge-tentant-d.jpg
Emmanuel Boussuge tentant de briser le cercle de brume se refermant sur lui (sur nous), sous le Puy de la Tourte, Cantal, photo Bruno Montpied, 2007

     Emmanuel Boussuge sort de la brume, me suis-je dit, en repensant à une photo prise pendant une randonnée d'un jour vers le Puy Mary en juillet 2007, le brouillard tentant de nous cerner... Il s'efforce de marcher sur les traces de ses aînés... Le voici donc en train d'exposer (jusqu'au 28 février) à Clermont-Ferrand, sous le volcan, dans la ville noire et rouge, au Breschet, 6, rue du Breschet.

Emmanuel Boussuge, expo_du_breschet_-f-vrier_2009-_-_affiche.jpg
Affiche de l'expo, dont le titre "musée des poussières" a été paraît-il suggéré par Jean-Pierre Paraggio (qui par ailleurs publie dans ses Cahiers de l'Umbo n°11 (voir note précédente) trois photos d'Emmanuel

    Qu'est-ce qu'il expose? Des dessins et des photographies. Lui aussi s'est mis ces dernières années à scruter les sols, les bitumes, les taches dues au hasard, le hasard, ce grand créateur, plus grand que tous les artistes qui s'efforcent en vain de l'égaler.

Emmanuel-Boussuge-2.jpg
Photo Emmanuel Boussuge

    Certes, il n'est pas le premier, mais il apportera sûrement son oeil et sa façon de voir dans l'affaire. Car chacun dans cette auberge espagnole de la divination apporte son boire et son manger. Pas une tache qui ne ressemble peu ou prou à qui la choisit et la photographie. Tache ou tout autre assemblage de hasard. J'en apporte deux exemples ci-dessous pour compléter celui que j'ai inséré ci-dessus d'après Emmanuel (j'en profite pour remercier Louis Watt-Owen pour la transmission de sa photo).

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Vénus de trottoir déchiffrant une énigme particulièrement embrouillée, Toulouse, juillet 2008, photo Bruno Montpied
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 Ferrures de semoir, photo Louis Watt-Owen, ©2008 (L. W-O voit dans cette image de gauche à droite un Kraken, un Adam et un serpent)
 
       Ces recherches d'images visionnaires dans les texturologies (pour employer un terme à la Dubuffet bien que celui-ci ne menât pas une quête d'ordre visionnaire vis-à-vis des morceaux de sol qu'il découpait et accrochait aux cimaises de ses galeries) me font penser à mes propres traques fixées en Super 8 dans les années 80 (film Sur les trottoirs de nos villes). Et puis à une brochure illustrée de photos dues à Alain Nahum chez Travioles en octobre 2002 qui s'intitulait Paris, passages piétonniers, qui je pense n'a pas dû être beaucoup repérée.
Alain-Nahum-passages-piéton.jpg
Alain-Nahum-figure-.jpg
Alain Nahum, photo extrait de son livre Paris, passages piétonniers, éd.Travioles, 2002

      Le photographe avait lui aussi remarqué les splendides dessins que l'on trouve à Paris sur les bandes blanches des passages pour piétons. Il avait cependant -tâche délicate et "casse-gueule" si l'on procède trop vite! - décidé de rehausser ses photos au crayon, afin d'accentuer certaines expressions trop absentes des figures devinées sur ses photos. Personnellement, je suis aujourd'hui tenté d'employer les moyens que donne l'informatique pour retoucher ces images de hasard, quand un coup de pouce reste nécessaire...

Bonhomme-feuille-morte-pour.jpg
Photographie retouchée sur ordinateur, Bruno Montpied, 2008 (dédiée à Coline Montpied)
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Emmanuel Boussuge, dessin sans titre, 2008

      Les dessins qu'expose Emmanuel Boussuge en compagnie de ses photos sont en quelque sorte cousins des voyances tachomanciennes, puisqu'il travaille parfois à partir de couleurs posées au hasard, automatiquement aurait dit le surréaliste de passage. J'aime assez le dessin ci-dessus reproduit, qui me fait penser à un improbable croisement entre Eugen Gabritschewsky et Michel Boudin (pour ceux qui connaissent ces derniers).

L'aube

    Voici ma première "oeuvre" répertoriée, ou plus exactement, conservée. Un travail en gommettes collées d'un doigt appliqué qui remonte à la maternelle de la rue du Pierrier à Saint-Cloud dans les années 50. Les êtres humains et les insectes, c'était tout comme, selon mes mains et mes yeux d'enfant, puisque que ce bonhomme a six membres. Il avait comme une boule dans la gorge... Et deux yeux différents (ce qui était, est toujours, la vérité). Son chapeau ressemblait à un sombrero, goût inconscient pour un Mexique imaginaire?

Sans titre, Bruno Montpied, vers 1958.jpg

09/02/2009

Marilena Pelosi à l'Objet Trouvé

      Nouvelle exposition de Marilena Pelosi annoncée pour très bientôt (jeudi 12 c'est le vernissage à partir de 18h30) à la galerie Objet Trouvé, rue de Charenton, à l'ombre de cet Opéra de la Bastile bâti sur le modèle d'une gigantesque molaire, ô merveille de conception des architectes contemporains... Ce sera l'occasion de voir si cette dame, une des plus singulières artistes surgies ces dernières années dans le milieu de l'art contemporain imaginiste qu'inspire l'exemple à la fois moral et esthétique de l'art brut, poursuit l'exploration de nouvelles voies dans son langage parfois tout en paraboles et en allégories plus ou moins ésotériques. De ce point de vue, elle est du reste assez proche de l'univers d'une autre créatrice marginale, Claire Guyot, dont l'oeuvre fut révélée essentiellement de façon posthume et de manière peu répétée.

Marilena Pelosi,Sans titre,décembre2001,ph.Bruno Montpied.jpg
Dessin au crayon, sans titre, Décembre 2001 (collection privée Paris, ph.Bruno Montpied)

     Le carton d'invitation de la galerie Objet Trouvé veut nous la présenter, mine de rien (joli tour de passe-passe de l'auteur du texte), comme une créatrice qu'on pourrait qualifier de "brute". Parce que l'art brut ne serait pas exempt de culture, la belle découverte!

Marilena Pelosi, détail d'un dessin, Galerie Objet Trouvé, fév 09.jpg
Marilena Pelosi, sans titre (détail), 2008, Galerie Objet Trouvé

    Avec ce genre de remarque on pratique un raisonnement amalgamant et confusionniste qui permet de mélanger toutes les formes de création contemporaine pourvu qu'elles soient portées par un minimum de souffle un peu authentique. On passe ainsi allégrement sur les conditions de production des oeuvres, sur le contexte social où vit leur auteur, qui a toutes les chances d'avoir un peu d'influence sur le contenu de l'oeuvre. On passe sur la plus ou moins grande conscience de l'auteur de faire de l'art au sens usuel, l'Histoire de l'Art, le professionnalisme de la chose, son regard face à ce qui surgit de lui, plus ou moins contrôlé, plutôt moins que plus dans le cas des créateurs de l'art brut, qui sont généralement dépassés par des pulsions expressives.

Marilena Pelosi, Sans titre,mai 2000,feutre, ph.Bruno Montpied.jpg
Marilena Pelosi, Sans titre, mai 2000, ph.Bruno Montpied.jpg
Marilena Pelosi, Sans titre,mai 2000, ph.Bruno Montpied.jpg
Marilena Pelosi, trois dessins au feutre sans titre, mai 2000 (collection privée, ph.B.M.)

     Marilena Pelosi est à l'évidence le siège d'une intense production imaginative, liée à ses souvenirs d'enfance au Brésil certes, mais aussi à la perception du monde qui l'entoure, vis-à-vis duquel elle se sent en décalage et en désaccord... Mais elle maîtrise la situation, elle s'expose d'elle-même, elle sort dans  le monde, va aux expositions, connaît l'histoire de l'art, bref ne possède pas le profil psychologique et sociologique des créateurs que l'on range dans l'art brut. Le mot d'art singulier, certes galvaudé par les temps qui courent mais toujours pertinent, peut servir à qualifier son oeuvre. Les singuliers sont des créateurs qui ont les fesses coincées entre l'art brut et l'art contemporain des professionnels. Ce ne sont pas des peintres du dimanche non plus, faisant gentiment mu-muse avec leurs pinceaux entre deux pot-au-feu. Ils ne sont pas exclus comme les créateurs bruts, mais ils sont tout de même comme des orphelins de l'art et comme des insulaires, isolés sur leurs territoires saturés d'imaginaire, n'osant même plus agiter leurs mouchoirs vers ceux qui pourraient être leurs voisins, sur d'autres îles. Ce sont des individualistes, des veufs et des veuves de l'art sincère, dérivant sur une banquise morcelée, en train de fondre elle aussi, comme la vraie.

Portrait de Marilena à Lusignan par Bruno Montpied, 2001.jpg
Portrait de Marilena Pelosi, Lusignan, 2001, photo Bruno Montpied
*

Marilena PELOSI
Manœuvre de désenvoûtement

13 février au 14 mars 2008

Vernissage le jeudi 12 février de 18h à 21 h

Galerie Objet Trouvé, 24, rue de Charenton

75012 Paris (mer au sam de 14h à 19h)

 

02/02/2009

La Terre vide

    Prophétie facile? Toujours est-il que ce paysage assez rare sous mes crayons ou pinceaux ou rapidographes me parut terriblement vide, n'appelant décidément, malgré mon désir de le repeupler par de la faune, de la flore fantastiques, aucun habillage, aucun remplissage. Cette perspective de dunes stériles, brunes, sépia, blanches, grises, rare elle aussi dans ma production (je ne dessine pas en 3 D, je n'en ai pas le don), se devait de rester vide, ondulant doucement sous une lumière pauvre. Et les quelques homuncules, débris divers et tour solitaire qui malgré tout se parsemèrent selon un ordre nécessaire à l'équilibre des formes ne font rien pour animer la scène. Ils sont plantés, mornes au milieu du désastre qu'ils ne peuvent que constater avec fatalisme.

La Terre vide, crayons et encre sur papier, 21x29,7cm,2008, Bruno Montpied-.jpg
Bruno Montpied, La Terre vide, 21x29,7cm, 2008

 

24/01/2009

Création Franche n°30

     Les animateurs de Création Franche ont loupé le virage de 2008 à 2009 et font paraître leur deuxième numéro annuel sur l'année suivante, ce qui va encore fait crier certains à la confusion sur le rythme de parution de cette revue à laquelle je reste fidèle par delà le temps...

    Mais baste! Peu importe le rythme de parution, l'essentiel est que la publication continue à se maintenir en dépit des inévitables difficultés financières qui guettent toujours ce genre d'initiatives. Nous arrivons désormais au n°30, en cette année de vingtième anniversaire du Site (c'est peut-être la passion des chiffres ronds qui a fait décaler la parution du n°30, du reste?).

Création-Franche-n°30.jpg

     Qui l'eut cru lorsque l'on vit paraître en 1990 le premier numéro de cet organe émanant du Site, devenu depuis le Musée, de la Création Franche...?

Création-Franche,-les-30-numéros, 1990-2009.jpg
Création Franche, l'éventail des trente numéros parus depuis 1990, ph.B.M.

    Je profite de cette note pour un faire un petit retour et une mise au point d'ordre historique.

    Les deux premiers numéros de Création Franche étaient du point de vue de leurs maquettes tout simplement calamiteux, le contenu restant de son côté bien timide. La direction en avait été confiée à messieurs Lanoux et Maurice. On vit à cette occasion ce qu'ils étaient capables de mettre en chantier. Je fus fort marri d'avoir été mis à l'écart du projet alors que depuis plusieurs années, j'essayais de lancer l'idée d'une revue qui traiterait de l'ensemble du champ des arts populaires. On me trouvait trop remuant, "sans humour" (dixit Sendrey dans ses Histoires de Création Franche, éd. de l'Authenticiste, 1998), et peut-être aussi trop fidèle à l'esprit surréaliste ("Bruno Montpied se veut sans complaisance, sans concessions; voue une vénération absolue à André Breton...", Gérard Sendrey, même source).

   "...l'idée d'une revue est venue se nicher au Site de la Création Franche. Des contacts que j'avais avec lui, Jean-Louis Lanoux m'apparaissait comme un homme censé [sic], raisonnable, bien posé dans la vie, avec une bonne connaissance du milieu sur lequel nous étions branchés. Je le voyais très bien remplir le rôle du rédacteur en chef ; et je le lui dis. Il ne pensa pas que j'avais tort et me le fit savoir. Mais il exprimait une crainte. L'éventuelle présence de Bruno Montpied dans le comité de rédaction lui semblait représenter un grave danger pour la cohérence et l'efficacité de l'entreprise (...) Jean-Louis considérait que Bruno ne pouvait s'inscrire raisonnablement dans un projet sans essayer d'en bousculer les données"... (Gérard Sendrey, même source, p.46). Bousculer les données, quel beau projet pourtant... C'est sans doute ce qui manqua dès le départ à cette revue comme on le voit à lire les propos de Sendrey. On me proposait d'écrire dans la revue mais il fallait accepter de passer sous les ordres d'un directeur qui craignait donc les "bousculeurs de données"... Je refusai (ce qu'a oublié de préciser Sendrey dans son livre, préférant me présenter comme un opportuniste qui aurait accepté sa mise à l'écart de peur de perdre l'occasion de placer sa prose).    

    Dès le troisième numéro, où Lanoux n'était plus directeur (c'était le rôle qui lui avait été finalement imparti, tandis que Jean-François Maurice était le rédacteur en chef) et où Gérard Sendrey, le véritable initiateur de toute l'affaire en réalité, qui avait voulu rester en retrait tel le Vieux de la Montagne (comme il se rêve souvent), reprit la direction des opérations, les choses commencèrent à s'améliorer, petit à petit. Les collaborateurs se retrouvèrent sous la direction de Gérard Sendrey (au reste assez débonnaire) sur un pied d'égalité, ce qui me poussa à proposer alors, et alors seulement, ma participation. Les collaborations diverses et variées que je fus amené à produire dans la suite des numéros montrèrent je crois que le soupçon que j'aurais représenté "un grave danger pour la cohérence et l'efficacité de l'entreprise" était parfaitement infondée. 

    Jean-Louis Lanoux introduisit une secrétaire de rédaction que Gérard Sendrey nomme "Aline" dans son livre qui se rendit coupable, aux dires de Sendrey, de ce qu'on pourrait qualifier comme des abus de pouvoirs... ("...elle corrigeait les textes, mettait un mot de son choix à la place d'un autre voulu par le rédacteur, tronquait des phrases, changeait des sous-titres, en modifiant le sens...", Gérard Sendrey, même source, p.51-52). Sendrey proposa dés lors à Lanoux d'abandonner le poste sacro-saint de directeur de la publication... Se fermait une période où finalement beaucoup de bruit avait été fait pour pas  grand-chose.

     La revue a, depuis ses débuts balbutiants, changé plusieurs fois de look, comme perpétuellement insatisfaite de ses atours (et de ses atouts?). J'avoue préférer sa dernière parure, mise en place depuis le n°26, avec son dos carré qui lui donne une allure plus professionnelle. Mais la période où son titre était composé avec des caractères contenant des fragments d'oeuvres "franches", du n°12 au n°17, me séduit aussi assez du point de vue de cet effet de maquette. Son contenu ne me plaît pas toujours, mais ce n'est pas mon entreprise, et je n'y suis qu'invité. Quand on regarde dans le rétroviseur, on s'aperçoit que s'il y a bien du déchet, il y a aussi un certain nombre de papiers fort instructifs sur toutes sortes de créateurs (la revue ne s'est jamais départie de son côté catalogue de notices, en dépit de tentatives trop rares d'insérer des "news" sur des actualités non liées directement au musée de la Création Franche -mes "Billets du sciapode" par exemple, dont le principe ne fut que peu repris par d'autres dans la revue). Avec le temps, on s'aperçoit que cette publication, jamais diffusée en librairie, mais seulement au Musée et sur abonnement, aura été utile pour l'information rare qu'on peut y trouver.

                 Charles-Paris-fusain-CF-n°30.jpg       Charles-Paris,-visage,-fusain-CF-n°30.jpg
Dessins de Charles Paris, présentés par Paul Duchein dans Création Franche n°30

    Dans le dernier numéro qui paraît donc ces jours-ci, on trouve en particulier un fort intéressant article de Paul Duchein sur des dessins retrouvés de Charles Paris, cet ancien chauffeur de maître qui à partir de 1958 (si l'on suit le catalogue de l'exposition de l'Art Brut au Musée des Arts Décoratifs en 1967) se mit à dessiner sur des pierres ou des coupes de bois d'olivier (voir également le livre de Michel Thévoz, L'Art Brut, de 1975, p.73). Comme le signale Duchein, la Collection de l'Art Brut et ses différents animateurs ne parlent pas du fait que cet auteur dessinait aussi. Les quelques dessins reproduits dans la revue sont de ce point de vue une première. On sent que leur auteur prisait particulièrement les images médiévales, ou de fantasy montrant le diable, ou une iconographie en rapport avec les lutins (un "personnage" de lui évoque les gremlins du cinéaste Joe DanteGremlin.jpg - qui, lui-même, soit dit entre parenthèses, serait allé les pêcher du côté de Roald Dahl...), tout en amplifiant cette imagerie d'une façon très personnelle beaucoup plus visionnaire.

Charles-Paris-personnage-CF.jpg Jean-Branciard,-oiseau-(à-g.jpg

Jean Branciard, deux oeuvres de lui (non reproduites dans CF n°30), à gauche L'Oiseau, et à droite le Sarcophage, ph.BM, 2008
 
    Dans ce même numéro, j'apporte une petite contribution pour faire mieux connaître l'oeuvre de Jean Branciard, découvert par le truchement de ce blog, et sur qui j'ai déjà laissé diverses mentions
AR-dans-Tuer-la-Misère,-200.jpg
Robillard dans le spectacle Tuer la Misère, photo publiée dans CF n°30 et non créditée

      A noter également un article enthousiaste de Michel Leroux sur André Robillard, qu'il a l'habitude d'aller visiter à son domicile près d'Orléans, et un entretien de Pascal Rigeade avec Charlotte Ranson et Alexis Forestier qui sont les maîtres d'oeuvre de la pièce "performance" Tuer la Misère à laquelle Robillard participe sur scène (voir ma note du 3 juin 2008). La pièce continue de tourner. En ce mois de janvier elle est présentée à Lyon au théâtre des Subsistances, puis ira ensuite les 7, 8 et 9 avril à Bordeaux au "TNT Manufacture de chaussures". Pour l'occasion, du 28 mars au 19 avril, une exposition consacrée à Robillard se tiendra au Musée de la Création Franche.

Pour tous contacts, voir www.musee-creationfranche.com. Adresse: 58, avenue du maréchal de Lattre de Tassigny, 33130 Bègles. Tél: 05 56 85 81 73 ou 05 56 49 34 72.

(Nota-bene :CETTE NOTE EST UNE VERSION REMANIEE, DIFFERENTE DE LA VERSION INITIALEMENT MISE EN LIGNE ; remaniement intervenu le 17 février 09; les deux commentaires qui l'avaient accompagnée avant cette date ne s'appliquant plus, étant donné le remaniement des termes, ont été supprimés)   

 

17/01/2009

Autoportrait cauchemardesque

    Autre expérimentation, la photographie numérique modifiée. Un "Baron Samedi" (inspiré du panthéon vaudou) surgit tout à coup...

Baron Samedi 1, mars 2008 (autoportrait modifié).jpg
Bruno Montpied, Baron Samedi I, photographie numérique modifiée, 2008

10/01/2009

Les "peintures idiotes" d'Anne Marbrun

    Je ne sais que peu de choses d'Anne Marbrun. Des textes d'elle ont été publiés de ci de là en plaquettes et recueils chez divers petits éditeurs secrets (comme L'Oie de Cravan à Montréal, Wigwam Editions à Rennes, L'Escampette à Chauvigny -où, on l'espère, on n'est pas chauvigniste). Autrefois, aux éditions A la Fée Verte, éphémère maison d'édition de Joël Gayraud, je me souviens qu'il y eut aussi un texte d'Anne Marbrun, La Petite (édité en 1983). Qui est désormais disponible à L'Oie de Cravan. Est-ce la même Anne Marbrun qui a également publié un roman sur la Commune, Le sang des cerises? Il semble que oui.

Anne Marbrun, la petite, éd. L'Oie de Cravan.gif
     Une courte prose, La souris verte, vient d'être insérée dans le dernier numéro (le 11) des Cahiers de l'Umbo (et non pas de Dumbo, petits plaisantins). Cest du reste l'animateur de cette revue, Jean-Pierre Paraggio, qui vient de m'envoyer des dessins colorés (j'aime le dessin, moins les couleurs) de cette même Anne Marbrun qui paraît-il les présente comme ses "peintures idiotes". Sans doute ne faut-il voir là que le désir de raccrocher le wagon de Rimbaud qui disait aimer, dans un texte célèbre, les peintures dites "idiotes", les enseignes, etc...
Anne Marbrun, Le chagrin du dromadaire,2008.jpg
Anne Marbrun, Le chagrin du dromadaire, 2008
     Toujours est-il que comme l'indique Paraggio, jamais en retard d'une métaphore, ces dessins ont effectivement à voir avec l'horizon de ce blog. Aux lecteurs d'en juger. Si ça colle avec leurs propres horizons, territoires, et plus, si affinités...
Anne Marbrun, Concert marin,2008.jpg
Anne Marbrun, Concert marin, 2008

03/01/2009

Info-Miettes (2)

Claude Tarnaud, photo transmise par la galerie Nuitdencre64.jpg       La galerie Nuitdencre64 au 64 de la rue Jean-Pierre Timbaud dans le XIe ardt à Paris expose Claude Tarnaud né en 1922 et disparu en 1991. Il s'agit d'un poète surréaliste peu connu, c'est donc l'occasion d'en apprendre un peu plus sur lui. Sa rencontre avec les surréalistes réunis autour de Breton paraît avoir été éclair (1947-1948). Il fut lié à Brauner, Sarane Alexandrian, Stanislas Rodanski. Il semble avoir exécuté une bonne partie de son oeuvre plastique à partir de 1969 après une installation dans le Vaucluse. Là naîtront plâtres "greffés", divers objets, des collages, des oeuvres à la cire ou au brou de noix, des encres... Plusieurs livres de lui ont été réédités à L'Ecart Absolu. Expo de sculptures, peintures et manuscrits prévue pour durer du 19 décembre 2008 au 10 février 2009. 

Danielle Jacqui, détail de sa maison ph Geneviève Berg communiquée par Jean-Pierre Paraggio.jpg    La "modeste collection" de Danielle Jacqui, "résultat d'une aventure qui dure depuis 40 ans" va être exposée dans la salle Fabre à Roquevaire-en-Provence "face à l'église" du samedi 1O janvier prochain à la fin de semaine suivante. Le vernissage a lieu à partir de 11h30 le samedi, ce qui est une information des plus essentielles. Beaucoup de noms au sommaire de cet accrochage, qui réunit sans doute tous ceux qui firent des échanges avec Danielle Jacqui tout au long de sa vie. Au hasard: Raymond Reynaud, Monique Goutte, Claudine Goux, Chichorro, Karamanoukian, Gérard Sendrey, Yvon Taillandier, John Maizels, Martha Grünenwaldt, Claudette Espallergues, Jaber, Jean-Jacques Predali, Bernadette Nel, Roger Ferrara, Marie Morel, Alain Pauzié, etc., "+ des nuls à HIE, que j'adore!", comme l'écrit Danielle Jacqui sans trop expliquer à qui elle songe en disant ces trois lettres un peu violentes... En dehors de cette exposition, Danielle Jacqui continue d'oeuvrer sur son "Colossal d'art brut", projet de décoration à base de céramique pour la gare d'Aubagne. (A noter que sur le site en question, elle reviendra sur ce qu'elle désigne par "nuls à (ch)IE(r)". Il s'agit des peintres de croûtes qu'on trouve sur les vide-greniers, avec leurs disproportions, leurs maladresses. Je sais que Danielle Jacqui fait des distingos même au sein de cette production. Elle m'a montré un jour une petite toile naïve qui était très poétique -Note du 17 février 2009).

Danielle Jacqui, détail de sa maison peinte, ph.Geneviève Berg.jpg
Danielle Jacqui, détail pris sur sa maison décorée à Roquevaire, ph.Geneviève Berg, communiquée par Jean-Pierre Paraggio

Paul DUCHEIN.jpg     De son côté le musée de la Création Franche à Bègles (Gironde) ne chôme pas et a décidé d'exposer les boîtes faites d'assemblages oniriques de Paul Duchein. Il est difficile de passer après Joseph Cornell et tant d'autres amateurs de la mise en boîte. Paul Duchein, esthète raffiné, y arrive en se servant de sa culture qui est grande et en tirant parti de ses goûts pour les belles choses. Un petit catalogue paraît à l'occasion de cette expo qui se tient du 12 décembre 2008 au 25 janvier 2009.

Paul Duchein,la chambre de Mozart, 1990, musée de la Création Franche.jpg
Paul Duchein, la chambre de Mozart, 1990, extrait du catalogue publié par le musée de la Création Franche

 

Peinture de Ignacio Carlés-Tolra.jpg    Ignacio Carlés-Tolra, vieux routier des arts singuliers, comme il est un créateur suisse, peut être accepté par le musée d'art brut suisse Im Lagerhaus de Saint-Gall (en Suisse orientale) qui ne s'occupe que des créateurs suisses à 100%... (Ca me rappelle l'Espace Hérault à Paris dans le quartier de la Huchette autrefois qui n'exposait que des artistes nés au sud de la Loire, ça faisait du monde, ils pouvaient exposer jusqu'à la Turquie par exemple mais pas les gens du Nord -qui ont pourtant dans le coeur la chaleur qu'il n'y a pas dehors, comme disait Enrico). Pour l'anniversaire de ses vingt ans d'existence (à  ce que je crois avoir compris, car les informations qu'ils m'envoient sont en allemand, langue que je ne comprends absolument pas), le musée a invité Carlés-Tolra à monter quelque chose comme une rétrospective semble-t-il. Du 1er décembre 2008 au 16 mars 2009.

Fritz Frischknecht, Alpfahrt,1972.jpg    Les 20 ans du musée "Im Lagerhaus" (au fait sur ce musée, au tout début de ce blog, j'avais fait une note, voir ici) permettent aussi à ceux qui pourront faire le voyage jusqu'à St-Gall de découvrir la peinture naïve de l'Appenzell-Toggenburg, cette région qui s'étend au pied de la montagne magique du Säntis. Parmi les tableaux produits par les artistes autodidactes de ces contrées, on retrouve souvent des transpositions des paysages d'alpages aux verts soutenus communs dans ces régions, où sont semés, piquetant le paysage comme des masses et des formes plus ou moins abstraites peuvent piqueter l'espace d'une composition en apparence abstraite, les prés clôturés, les fermes, les vaches, les chemins blancs... Ces pentes douces sont proches du promeneur, j'ai pu le constater au cours du voyage que je fis en Suisse en 2007, comme des tableaux déjà tout faits dressés sous le ciel, immenses ready-made étendus aux dimensions d'un paysage entier. 

Gaston Savoy, collection de l'Art Brut, Lausanne.jpg    Après les Japonais (et peut-être bientôt les Chinois?), la Collection de l'Art Brut de Lausanne va se retourner un petit peu vers son versant plus intime, à savoir l'art brut présent dans le canton de Fribourg. Et ce, du 6 février au 27 septembre 2009, autant dire qu'on aura le temps d'aller y faire un tour. Ce sera aussi l'occasion d'établir (pour la première fois il me semble, Dubuffet va peut-être même se retourner dans sa tombe!) une confrontation "expérimentale" (dixit le site web de la collection) des oeuvres de dix créateurs fribourgeois (de découverte récente) avec des oeuvres d'art religieux, populaire et ethnographique de cette même région de la Suisse (à mon sens, excellente initiative qui aurait pu être tentée depuis belle lurette). A signaler que la Collection a collaboré récemment (de septembre à novembre 2008) avec le musée Im Lagerhaus pour une expo en prêtant des oeuvres entre autres du Prisonnier de Bâle, de Hans Krüsi, etc. Un catalogue sur l'art brut dans le canton de Fribourg devrait paraître à l'occasion de l'expo, de même qu'un film de Philippe Lespinasse, devenu cinéaste officiel de la Collection, on dirait... Les créateurs présentés sont au nombre de dix dont Marc Moret, Lydie Thorimbert, Maurice Dumoulin, Gaston Savoy (on dirait un clone de Hans Krüsi, avec ses défilés de vaches poyesques), Piere Garbani, Eugénie Nogarède.

galerie Dettinger Int2.jpg    La galerie Dettinger-Mayer de son côté a décidé de montrer au tournant des deux années 08 et 09 un patchwork des artistes qu'elle défend depuis plusieurs années, photographie africaine, art tribal, peintures et dessins en confrontation: il y aura jusqu'au 31 janvier des oeuvres de David Braillon, Evaristo, Evelyne Postic, Ruzena, Pascal Zoss, Fred Deux, Bernard Pruvost, Louise-Anne Koeb, Zahra Toughraï, Marilena Pelosi, Ariel, Aurélie Gaillard, Estela Torres et des photographes africains comme Sanlé Sory ou Tidiani Shitou, etc.

Louise anne koeb gal dett ss ttre 1.jpg

Louise-Anne Koeb, Sans titre, Galerie Dettinger-Mayer

30/12/2008

Un album d'images en étrennes virtuelles

   Voici un petit album concocté avant que l'année brûle ses dernières gouttes de suif.

Bruno Montpied, dessins encre, mine de plomb et pastel, 2008
(l'album peut aussi se lire, à une taille légèrement plus grande, dans la colonne de droite de ce blog, voir à ALBUMS PHOTOS)

15/12/2008

Le Gregogna d'Anne Desanlis en DVD

    On vient de m'envoyer l'annonce de la sortie en DVD du film Gregogna, "l'anartiste" par Anne Desanlis (et non pas Séraphine... Desanlis). Je répercute l'info en renvoyant les internautes lecteurs à ma note du 9 juillet 2008 aux fins de précisions sur qui est Grégogna et sur les rapports qu'il entretint un temps avec l'inspiré ardéchois Alphonse Gurlhie. Ce film qui date de 2006, figure dans la filmographie du Petit Dictionnaire Hors-Champ de l'art brut au cinéma (Voir note précédente).

Grégogna-DVD-Dossier-de-pre.jpg
Contact: Matthieu Lamotte, aaa production, 77, rue de Charonne, 75011 Paris ; T: 01 44 75 70 70, studio@aaaproduction.fr et www.aaaproduction.fr

13/12/2008

Un dictionnaire de l'art brut au cinéma

    Attendu depuis plusieurs mois avec impatience par les amateurs qui étaient dans le secret des dieux, le Petit Dictionnaire "Hors-Champ"de l'art brut au cinéma vient de paraître, édité par les éditions de l'Antre à Nice.

Petit dictionnaire Hors-Champ de l'art brut au cinéma, 2008.jpg

    Hors-Champ est le nom d'une association dont j'ai déjà parlé sur ce blog (voir  notamment la note du 22 mai 08 et plus généralement la catégorie "Cinéma et arts populaires") qui se consacre au cours d'une programmation annuelle, durant une journée (fin mai), généralement à l'auditorium du Musée d'Art Moderne de Nice, à faire connaître les documentaires traitant de sujets en rapport avec l'art brut, l'art singulier, les environnements spontanés, l'art populaire contemporain en somme. Cela fait dix ans cette année qu'ils font cela. Ce qui explique qu'ils aient voulu marquer le coup en éditant donc une filmographie, enrichie de souvenirs d'un certain nombre de participants, réalisateurs, chroniqueurs et amateurs de ces formes d'art, filmographie récapitulant les films qui furent montrés à Nice durant cette décennie.

MAMAC Nice.jpg

    Ce dictionnaire comporte une filmographie, non exhaustive naturellement, d'abord parce que le champ a été peu fouillé par les historiens patentés du cinéma (l'"art brut" et le cinéma documentaire, qu'est-ce que c'est que cet OVNI?) et ensuite parce que l'information sur le sujet passe mal (cause au mépris, à l'indifférence, à l'amateurisme, à l'ignorance...), une filmographie donc mais aussi des textes réunis sous le titre général "A propos". Liste de quelques-uns des auteurs présents dans le dictionnaire: Bernard Belluc, Alain et Agnès Bourbonnais, Guy Brunet, Jean-Claude Caire, Francis David, Antoine de Maximy, Mario Del Curto, Pierre Guy, Claude Lechopier, Philippe Lespinasse, Jacques Lucas, Francis Marshall, Claude Massé, Bruno Montpied (trois textes, un sur mes films super-8 sur des environnements -réalisés de 1981 à 1992- un autre sur Violons d'Ingres de Jacques Brunius, un troisième sur Gaston Mouly), Lucienne Peiry, Jano Pesset, Claude et Clovis Prévost, Alain Vollerin, Anic Zanzi...

Clovis et Claude Prévost, 2008, ph.Bruno Montpied.jpg
Clovis (à gauche) et Claude (à droite) Prévost, août 2008, ph. Bruno Montpied

     A côté des ces "A propos", on a des fiches, 107 au total, décrivant les caractéristiques des films avec des commentaires sur leur contenu, écrits par les réalisateurs eux-mêmes ou d'autres intervenants, des membres de l'association Hors-Champ notamment. Ces fiches traitent des films qui ont été programmés au cours de la décennie récente. Le livre se clôt sur un festival d'index dans lesquels le lecteur se perdra un peu, ce qui est sans doute le but des auteurs du dictionnaire (index qui sont par moments superfétatoires puisque les fiches des films sont déjà classées par ordre alphabétique)...

Visites à André Robillard, film de Claude et Clovis Prévost, 2007.jpg
André Robillard dans Visites à André Robillard de Claude et Clovis Prévost, 2007 (production Musée d'Art Moderne Lille-Métropole, Villeneuve d'Ascq) ; film non répertorié dans le petit dictionnaire Hors-Champ pour cause de production récente...

     La filmographie n'est pas présentée dans l'ordre chronologique des années où furent réalisés les films, mais là aussi dans un ordre alphabétique. Cela me chiffonne quelque peu. Je préfère l'ordre chronologique qui nous en apprend davantage sur l'histoire du regard porté au fil du temps sur le champ des arts spontanés (sur la naissance d'une certaine forme de reconnaissance, sur son développement, etc.). D'autre part, il est à noter que si Hors-Champ et Pierre-Jean Wurtz ont privilégié au cours de ces dix années les films documentaires où l'on voit les créateurs vivant en train de créer ou de s'exprimer devant la caméra, la filmographie a tout de même pris en compte in extremis dans son recensement quelques films de fiction, dont le récent Séraphine  de Martin Provost par exemple, le Aloïse de Liliane de Kermadec (de 1974), ou encore le Pirosmani de Giorgui Chenguelaïa (1969).

Pirosmani, photo récupérée depuis un site web vietnamien.jpg
Un tableau de Pirosmani

     Chacun, dans les 107 fiches de films, ira pêcher les films qui le concernent intimement. J'ai mes chouchous, et je me réserve le droit de publier ici un de ces jours ma liste de films que je considère comme les plus importants, choix subjectif que j'offrirai en partage avec ceux qui me feront l'amitié de les considérer eux aussi comme capitaux, ou bien qui voudront tout au contraire les discuter. Jacques Brunius,Brunius dans Une Partie de Campagne de Jean Renoir avec Jane Marken.jpg comme on commence à le savoir si on me suit sur ce blog, est notamment le cinéaste et le poète à qui vont mes préférences, mais il y a aussi Jean Painlevé (sur lequel bizarrement le dictionnaire n'a pas fait de fiche), le film sur "Justin de Martigues" de Vincent Martorana, le film Mokarrameh, soudain elle peint, d'Ebrahim Mokhtari, Martial, dit l'Homme-Bus de Michel Etter, le Petit-Pierre d'Emmanuel Clot, le Faiseur de Marmots (sur François Michaud) de Malnou et Varoqui, les films de Claude et Clovis Prévost, celui d'Ado Kyrou sur le facteur Cheval, Monsieur Poladian en habits de ville, etc, etc...

      Sinon, les amateurs d'art brut, hors-les-normes, d'environnements spontanés, de sculpture populaire, retrouveront aussi, bien sûr, des sujets souvent cités dans les publications spécialisées, comme Raymond Reynaud, Arthur Vanabelle, la Collection Prinzhorn, les Châteaux de sable de Peter Wiersma d'Emmanuel Clot, Alain Genty, Nek Chand, Léna Vandrey, Fenand Michel, Guy Brunet, Emile Ratier, l'Art Modeste, l'art singulier d'Essaouira, Pierre Petit, Philippe Dereux, et tant d'autres merveilles...  

Frédéric Paranthoën, photogramme Les Jardins de l'Art Immédiat, Bruno Montpied, 1988.jpg
Frédéric Paranthoën en 1988, photogramme extrait des Jardins de l'art immédiat, films en super-8 de Bruno Montpied

    Au total, nous avons là un outil fort précieux à l'évidence pour tous ceux qui souhaitent partir en voyage à travers l'écran du côté des créateurs autodidactes en rêvant de partager un peu de leur intimité (sans compter que le cinéma constitue aussi une archive importante aidant à se souvenir de sites, d'oeuvres et de créateurs qui disparaissent souvent sans laisser beaucoup de traces, tant le réflexe de patrimonialisation ne les atteint pas encore systématiquement -loin de là...). L'image en mouvement, art populaire à l'origine, permet un rapprochement en apparence plus immédiat avec l'art de l'immédiat, rapprochement que l'imprimé ne permet pas toujours. Comme un surcroît de réalité à laquelle vient cependant se mêler une grande part d'onirisme révélant bien que ce réel est peut-être avant tout surréel. Il reste à faire le voeu que la plupart des films montrés à Nice soient un jour tous disponibles en DVD (c'est loin d'être le cas pour la majorité).

Je signale que Le Petit Dictionnaire "Hors-Champ" est notamment disponible à la librairie de la Halle Saint-Pierre, rue Ronsard dans le XVIIIe ardt à Paris. Sinon, pour l'obtenir, on peut contacter le 04 93 80 06 39, ou écrire à l'Association Hors-Champ, 18, rue Marceau 06000 Nice.

06/12/2008

Land art modeste

    Voici un clown surgi de coquelicots alliés à une coquille d'escargot et un débris difficile à identifier qui lui trace un sourire en coup de sabre... Puis, plus bas, un chien de l'enfer, trés échevelé, très hirsute (pour faire de de l'hir-zutisme). Ce sont là passe-temps fort agréables, préférables à toutes autres tâches, surgissant du désoeuvrement, en l'occurrence dans un jardin à Olonne-sur-Mer, chez le sieur François Letourneau, grand observateur d'escadrille d'oiseaux le soir entre chien et loup, cet été enfui après tous les autres (les étés fuient plus vite que toute autre saison)... Ces assemblages éphémères -land art du pauvre, quoique sincère, et on l'espère, primesautier- lui sont dédiés.

Le clown,assemblage éphémère, Bruno Montpied, 2008.jpg
Clown, assemblage éphémère de débris trouvés, ph. Bruno Montpied, 2008
Le cjien ou le grand Méchant Loup,assemblage éphémère de débris trouvés, Bruno Montpied, 2008.jpg
Le chien ou le grand Méchant Loup, assemblage éphémère de débris trouvés, ph.B.M., 2008

24/11/2008

Roule galet

    La mer les roule inlassablement leur assurant ce poli qui aimante les artistes d'occasion. Ces surfaces lisses comme des joues de bébé donnent furieusement envie de dessiner dessus, non? Je suis personnellement assez amateur de la chose. J'ai des petits galets en stock, trouvés sur une plage de Charente-Maritime dont on ne doit pas dévoiler le nom, car ses galets parfaitements plats, gris pâle, bien calibrés, point trop lourds, pourraient se faire piller par les badauds. J'en ai fait quelque peu provision. Je sais, ça n'est pas très écologique, mais le démon était plus fort que moi.

  Jacques Boyer,sans titre, galet dessiné,1978, coll.privée, ph.B.Montpied.jpg 

Jacques Boyer, sans titre (Raspoutine?), 1978, ph.B.Montpied, 2008

Jacques Boyer, galet dessiné, 1978, ph.B.Montpied.jpg
Jacques Boyer, sans titre, autre face du même galet que ci-dessus, ph.B.Montpied, 2008

    Il n'y a pas qu'au bord de la mer que les galets sont charriés. Une fois peints, ou sculptés (là, je pense aux galets aux dessins archaïques de Jean Pous par exemple), les voilà qui commencent comme d'autres objets leurs voyages de main en main au gré de leur navigation plus terrestre cette fois. Ils font des arrêts dans les brocantes et autres vide-greniers. C'est là que furent dénichés les deux galets que je reproduis ici, signés tous deux du même nom, Jacques Boyer, et datés de 1978.

Jacques Boyer,galet dessiné, 1978, coll.privée, ph.B.Montpied.jpg
Jacques Boyer, sans titre, 1978, ph.B.Montped, 2008

    Leur dessin, peut-être de l'encre, est étrange sans pouvoir être qualifié de vraiment naïf, ou de brut. Certains amis lui ont trouvé un air s'apparentant aux bandes dessinées de Fred (le monde de Philémon avec ses voyages dans le A...). Personnellement, l'un des personnages du galet plus effilé me fait songer à Raspoutine. On sent comme une parenté avec les icônes russes orthodoxes. Si les internautes de passage pouvaient apporter des renseignements supplémentaires, j'en serais très heureux.

16/11/2008

Info-miettes

    C'est le moment de communiquer diverses petites informations qui me parviennent, sans que je sois tout  à fait fixé à leur égard, mais ça peut servir à d'autres, alors...

1. Exposition à partir du 18 novembre (mardi prochain) jusqu'au 12 janvier 2009 de M. Ch.Rouffio au Nouveau Latina (www.lelatina.com), 20 rue du Temple, à Paris 4e, qui présente des photographies apparemment sur le thème d'affiches lacérées, cela s'appelle finement "Défonce d'afficher".

carton Ch.Rouffio,.jpg

2. Dans le numéro 73 de la revue La Grappe, Claude Dehêtre (poète amateur de boucheries-charcuteries semble-t-il et entre autres) présente quelques facettes du travail de Chomo. Revue de format 10,5 x 14,8 cm, 60 p., tirée à 120 ex, 5€ (port compris). (Claude Dehêtre 4 Cité Souzy 75 011 Paris. Chèque libellé à l’ordre de La Grappe).Chomo.jpg

 

3. Exposition Martin Udo Koch du 22-11-08 au 14-02-09 à la Galerie du Madmusée, Parc d'Avroy, 4000, Liège, Belgique. A signaler également à propos de ce musée qui se consacre à défendre entre autres ce qu'il appelle l'Art Différencié (l'art de ceux qui ont des capacités intellectuelles différentes, déficientes par certains côtés, hyper-développées par d'autres), la parution d'un catalogue de 312 pages (30€) présentant la collection du Madmusée (1998-2008), forte des oeuvres de 214 artistes et auteurs. On peut contacter le musée à info@madmusee.be .

Martin-Udo Koch , Momo, 1998, sur art-magazin.de.jpgMartin-Udo Koch, "Momo", 1998, assemblage de matériaux et objets divers, extrait du site web allemand art-magazin
4. Se termine bientôt en revanche (le 23 novembre prochain), une exposition collective "HANG-ART" (encore un des calembours avec le mot art, un ami m'a récemment signalé qu'on avait oublié dans le panel "Con'Art" aussi bien...), où parmi divers artistes contemporains régionaux (je préfère écrire cela, car "G." me surveille...), j'ai eu le plaisir de voir que l'oeuvre de Noël Fillaudeau était au programme. On sait que ce dernier, décédé en 2003, était un des disciples de Chaissac qu'il avait connu, mais qu'il ne copiait pas, son inspiration personnelle ayant opéré une sorte de transubstantiation à partir de l'oeuvre de Chaissac. On trouve son oeuvre à présent représentée un peu partout, par exemple à la galerie Objet Trouvé. Tous renseignements sur l'expo Hang'Art, cliquez ici. Cela se situe au Moulin Roty sur la commune de Saffré en Loire-Atlantique. Tél: 02 40 77 22 10. Accés en entrée libre.
Noël-Fillaudeau,-série-des-.jpg
Noël Fillaudeau, sans titre, de la série des "Métamorphoses" (avant 1993), coll.privée, Paris, Ph.Bruno Montpied
5. L'abbé Coutant, éminent destinataire et ami de Chaissac, peintre aussi, dont l'oeuvre fit l'objet d'une rétrospective au musée de la Création Franche à Bègles naguère, est décédé en juillet 2008.
abbé Coutant.jpg
6. L'Association des Amis de Benjamin Péret publie un bulletin d'information intitulé Trois cerises et une sardine. Dans son prochain numéro sont publiées entre autres des lettres inédites d'André Breton, Paul Eluard, Eugenio Granell, Benjamin Péret. Mais plein d'autres choses aussi.

7. Jean-Pierre Paraggio publie un fort magnifique recueil d'images récemment créées par lui,  le long desquelles Pierre Peuchmaurd a déposé quelques poèmes, quelques vues. Le tout s'intitule "La Nature chez elle". Imprimé sur les presses de l'Umbo (à compte d'auteur) par les auteurs, à Annemasse.

Jean-Pierre-Paraggio,-image.jpg
Une image de Jean-Pierre Paraggio (obtenue par caviardage, semble-t-il, et retouche d'une image donnée)

 

 

09/11/2008

Mosaïque d'Isère avant l'hiver, "l'art partagé" de Rives

   

Pierre Albasser, Marianne,1999, ph. Bruno Montpied.jpg
Pierre Albasser, dessin au stylo sur carton d'emballage alimentaire, une Marianne, 1999, coll. privée, ph.Bruno Montpied 

     L'association Oeil'Art de Jean-Louis Faravel organise une grande exposition d'oeuvres venue d'un peu partout, Allemagne, Autriche, Belgique, Finlande, France et Tunisie, à Rives dans l'Isère du 15 au 30 novembre 2008 (c'est la seconde édition). En plus des créateurs convoqués (la liste est longue, j'ai compté 51 noms, 51 images en vignettes pour carrelage sur l'affichette qui sert d'invitation - "carrelage" qui a tendance à devenir envahissant chez les organisateurs de festivals "singuliers", mais qui ne rend pas service aux artistes je trouve, tous s'annulant dans une mosaïque bariolée qui au départ se voulait pourtant hyper démocratique ; résultat paradoxal de ces cartons d'invitation: on ne voit plus personne...), des animations sont aussi organisées au cours de l'expo: une conférence d'Alain Bouillet sur les rapports entre l'art singulier et l'art brut, une autre de Bruno Gérard, l'artiste-enseignant du Centre de la Pommeraie en Belgique (où travaillait Paul Duhem, et où travaillent encore aujourd'hui des excellents peintres comme Oscar Haus, ou Alexis Lippstreu, présents, comme l'oeuvre de Duhem, dans cette expo de l'Art Partagé). Des ateliers de création sont également prévus avec Adam Nidzgorski (tapisseries, tissus cousus) et Bruno Gérard (matériaux divers, peinture).

Adam Nidzgorski, 15 août 2006.jpg
Adam Nidzgorski, une oeuvre de 2006

 

J-C.Philippi, spectres.jpg Jean-Christophe Philippi   

  Parmi les 51, j'ai relevé plusieurs noms dont l'oeuvre m'a déjà passablement retenu à différents moments, Pierre Albasser, Jean-Christophe Philippi, Ruzena (évoquée récemment pour son expo à Lyon en ce moment), Jacques Trovic,Jacques Trovic, tapisserie brodée.jpg Adam Nidzgorski, Gilles Manero,Gilles Manero,dessin au crayon graphite, coll.privée, ph.B.Montpied.jpg Lippstreu et Haus donc, l'incontournable Joël Lorand, Alain Lacoste le patriarche de l'art singulier, Charles "Cako" Boussion, Michel Dave (autre créateur de la Pommeraie), Serge Delaunay (vient d'Art en Marge celui-ci, me semble-t-il), Marie-Jeanne Faravel, Roger Ferrara, Claudine Goux, Martha Grünenwaldt, Josef Hofer (art brut pur jus), Yvonne Robert (chacune de ses oeuvres est un petit récit, l'oeuvre entière est comme un feuilleton éclaté)...

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Alexis Lippstreu, photo communiquée par Jean-Louis Faravel
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Josef Hofer, photo communiquée par Jean-Louis Faravel (exemple selon moi d'une oeuvre estampillée art brut qui ne dépasse pas par sa qualité les autres oeuvres présentées par exemple dans cette note)
Yvonne Robert, Bonjour sidonie... 2005.jpg
Yvonne Robert, Bonjour Sidonie..., 2005, photo communiquée par Jean-Louis Faravel
 

     S'il faut saluer la volonté de Jean-Louis Faravel d'opérer une sélection exigeante dans le torrent des artistes contemporains qui se parent du terme d'art singulier de façon plus que complaisante (au point qu'il n'y a plus aucune différence entre art contemporain d'arrière-province et art véritablement singulier), peut-on avoir l'outrecuidance de lui suggérer de rompre avec cette mode proche du poncif qui consiste à prendre comme nom pour son association un de ces calembours éculés basés sur l'emploi de la syllabe "art"...? Zon'art, Biz'art-Biz'art, D'art-d'art, Oeil'art, Singul'art, Hazart, Artension, Pan'art (celui-ci j'aurais pu, sacrifiant à la mode du calembour facile, me l'octroyer, vu mon patronyme aisément recyclable en jeux de mots lourdingues, n'est-ce pas Animula, qui se présente pourtant en apôtre de la légèreté -voir un récent échange de commentaires aigre-doux sur son blog),etc... Rompre avec cette tendance serait vraiment faire preuve de singularité en l'espèce... Non? 

"L'Art Partagé", du 15 au 30 novembre 2008, de 15 à 19h tous les jours (entrée libre) à Rives (Isère), Parc de l'Orgère, salle François Mitterrand, (sortie A 48 entre Lyon et Grenoble, parcours fléché, pour ceux qui ont une voiture...). Tous renseignements: Oeil'Art, Jean-Louis Faravel, 33 (0)6 67 01 13 58. oeil'art@orange.fr et http://www.artoutsimplement.canalblog.com.

A signaler que la Galerie Hamer, à Amsterdam, propose du 1er novembre au 13 décembre une exposition où l'on retrouve Alexis Lippstreu.

Alexis Lippstreu.jpg
Alexis Lippstreu, photo communiquée par Jean-Louis Faravel

30/10/2008

Ruzena, les encres de l'autre monde

   Vendredi 31 octobre, rendez-vous au vernissage d'une nouvelle exposition de Ruzena à la galerie Dettinger-Mayer (la première avait eu lieu en 2005, et j'exposais en sa compagnie ; celle-ci est prévue pour durer jusqu'au 29 novembre 2008). On pourra continuer de pénétrer plus avant dans son monde étrange, proche d'une certaine fantasy graphique qui se nourrit aux meilleurs sources des imagiers raffinés, du type Beardsley, Arthur Rackham et autres Edmond Dulac, sans qu'on veuille non plus réduire Ruzena à aucun de ces auteurs, tant elle a su dresser un univers désormais bien personnel, avec ses racines, son tronc et ses branches qui ne cessent de se ramifier en de multiples directions.

Ruzena,La Haine des Autres, 2008 photo Bruno Montpied, 2008.jpg
Ruzena, La Haine des autres, avril-mai 2008, ph.B.Montpied, 2008

     La métaphore de l'arbre ou de la forêt vient rapidement sous la plume lorsqu'on veut évoquer l'imaginaire graphique de Ruzena, tant l'élément végétal est présent dans ces compositions, indépendant des figures humaines, ou parfois fusionnant avec ces dernières. Cet imaginaire est féru de métamorphoses en vérité.Ruzena,photographie ancienne modifiée, ph.B.Montpied, 2008.jpg Souvent tenté par la cruauté et la torture mais surtout empreint d'un humour noir que l'auteur paraît priser avec gourmandise. Elle aime à jouer avec certaines conventions morales. Les bébés sont en danger chez Ruzena, à moins que ce ne soit que l'image du bébé dans nos sociétés qui soit ainsi visée, en raison des ruissellements de mièvrerie et d'idéalisme béat qui lui sont invariablement attachés...Ruzena, photographie ancienne modifiée, 2002, ph.B.Montpied, 2008.jpg Est-ce qu'on peut voir dans ces images d'enfants tarabustés par les homuncules de Ruzena un petit souvenir des Vivian Girls de Henry Darger?

     Apparues ces derniers temps (je lui ai rendu visite dans son atelier récemment, en juillet de cette année), des branches épaisses et ténébreuses, me faisant songer à des cuisses, des fibres musculaires, ou des fuseaux gainés dans des collants noirs, se mettent à serpenter, comme sur l'image qui sert pour le carton d'invitation à l'exposition (ou le dessin ci-dessus intitulé La Haine des autres). Nouveauté qui n'aura peut-être qu'un temps, tant l'auteur paraît avant tout éprise des surprises suivantes que lui apporte son art (elle paraît affamée d'expérimentations nouvelles). J'aime ainsi particulièrement, à la suite d'une autre de ses périodes, des fantômes blanchâtres qui viennent en arrière-plan caresser ou frôler des figures situées au premier plan, peut-être désireux de leur poser des questions qui paraissent les tourmenter secrètement.

Ruzena,dessin sans titre, ph.B.Montpied, 2008.jpg
Ruzena, dessin sans titre, ph B.M., 2008
     Je donne ci-dessous le texte que j'avais écrit pour Ruzena sur le carton de l'exposition la concernant en 2005 chez Dettinger (nous avions écrit mutuellement l'un à propos de l'autre sur nos cartons respectifs):

      "LES BELLES AU BOIS MORDANT

      Où sommes-nous? En forêt? Mais dans une forêt d'enfer où des êtres non nés sont pendus, ficelés, indolents. Hésitant entre l'humain et l'hybride. Irrésolus, ils patientent en attendant d'exister tout à fait. Comme des mouches dans la toile d'araignée de l'Oubli. Derrière eux - futur ou passé? - ce qu'ils n'ont pu choisir d'être : des spectres pâles à la lisière du néant dérivent, les yeux vides, l'air de noyés. C'est le maquis où le végétal le dispute à l'animal, où l'on étouffe. Pourtant tout est normal, terriblement normal, jamais on ne se révoltera.

Ruzena,sans titre, ph.B.Montpied, 2008.jpg
Ruzena, dessin sans titre, ph.B.M., 2008

      Au coeur de cette jungle serpentine sans haut ni bas, sans autre lueur qu'une brume sépia, mauve, verdâtre ou pourpre, observons le muet appel d'avortons qui, si l'on consent à ne plus les garotter, tendent des bras plaintifs vers leurs mères. Celles-ci s'absentent, leurs corps changeant, tantôt branches, tantôt vagues pythons femelles guettés par la morsure des lianes dragonnes.

      Les spectres blêmes gardent cette lente chorégraphie asphyxiée aux promesses d'exsangue éternité."

      (B.M. 2005) 

 

Ruzena,image du carton de l'expo à la Galerie Dettinger-Mayer en novembre 2008.jpg
Ruzena, image du carton d'invitation à l'exposition de novembre 2008

Galerie Dettinger-Mayer, 4, place Gailleton, 69002, Lyon. Tél: 04 72 41 07 80 ; www.galerie-dettinger-mayer.com ; ouvert du mardi au samedi de 15h à 19h30, le matin sur rendez-vous.

26/09/2008

Cramoisi

    Survenu ces temps-ci ce "psychopathe" jouant à la poupée, un roi de la manipulation?

Bruno Montpied,Le psychopathe et ses jouets, 2008.jpg
B.Montpied, Le psychopathe et ses jouets, 15x21 cm, encre, mine de plomb et stylo, 2008

24/09/2008

Connaissez-vous Claire Chauveau?

    Je ne sais pas trop où il faudrait ranger les trois gravures que je mets ici en ligne. Art brut, naïf ou singulier, ou tout simplement inclassable, et séduisant, parlant à la délicatesse et à l'imagination.

    Je suis tombé sur ces gravures lors d'une de ces journées portes ouvertes improbables, où je ne vais généralement pas, de peur d'être rasé de près par les artisteuhs hyper narcissiques se croyant tous sortis de la cuisse de Jupiter parce qu'ils ont la bonne fortune d'étaler un peu de dégoulinade colorée avec plus ou moins d'inspiration et de maestria sur tous les supports de leur choix (allez, je ne vise, on l'aura compris que ce qu'on appelait autrefois les m'as-tu-vu ; a-t-on remarqué du reste à quel point on n'emploie plus ce mot, alors que la chose est pourtant si fréquente?). On m'avait mis au parfum, faut dire. Monelle Guillet et Joël Gayraud m'avaient signalé une "artiste" intéressante dans l'atelier de gravure d'un artiste de leurs amis, André Elalouf.

Claire Chauveau, gravure aux chasseurs, vers 1995, ph.B.Montpied.jpg
Gravure, sans date, vers 1995 ; ph.B.Montpied

    Elle était sur les lieux, dans un atelier de la rue Bichat dans  le 10e ardt, il y a déjà quelques années maintenant. Il était difficile de lui parler. Sa mère très présente à ses côtés répondait pour elle. Quelque chose commençait à se dire, mais la protectrice, sans doute inquiète, venait se superposer à ce discours qui ne parvenait pas â l'esquisse d'une formulation qui aurait eu peut-être - c'est l'impression toute subjective que j'en retirais - besoin de plus de temps pour se déployer.

Claire Chauveau, gravure aux hippocampes, vers 1995, ph.B.Montpied.jpg
Gravure sans titre, sans date, vers 1995 ; ph.B.M.

    En attendant (en attendant quoi?), j'acquis trois gravures où les sujets représentés distillaient une sensation de raffinement enfantin. C'était une scène de chasse avec hommes des bois avec fusil et arc. Plus une autre où l'on découvrait un avion à réaction larguant des bombes à côté, au-dessus, on ne savait trop, d'un Pégase géant (il me semblait reconnaître des souvenirs de mythologie gréco-latine), une chèvre attachée par le licol comme un appât pour un improbable tigre, un ange en robe, des arbres fragiles tentant vaille que vaille de croître dans le vide. Une troisième image représentait dans un médaillon central tout déchiqueté sur son pourtour une scène de chasse à la baleine, comme dans un dessin d'Inuit, avec des hippocampes, ces animaux démodés...

Claire Chauveau, gravure au Pégase, vers 1995, ph.B.Montpied.jpg
Gravure sans titre, sans date, vers 1995 ; ph.B.M.

     Je ne les ai jamais encadrés, jamais accrochés au mur chez moi. Je les garde dans un carton, où je vais les repêcher de temps à autre, les regardant avec reconnaissance pour leur grâce et leur finesse, leur simplicité raffinée. J'ai revu d'autres gravures de Claire Chauveau il y a quelques années à la Halle Saint-Pierre, dans l'espace pompeusement nommé "galerie" entre cafétaria et moignon de collection Max Fourny, au rez-de-chaussée. Le charme n'était plus le même, une certaine sophistication avait remplacé l'élan candide des départs. Comme si avait été conjurée l'immédiateté poétique, un peu étrange, hors-normes, des débuts... Mais peut-être n'est-ce là que suppositions et devrai-je faire place ici, plus tard, à un correctif...

16/09/2008

Zon'Art tire sa révérence

    Zon'Art s'arrête, vive autre chose? Je ne sais pas, faut voir...

    Pour son dernier numéro, ce mince bulletin proche du fanzine qui était épris d'une humilité dans les commentaires (que je trouvais de façade) sur des sujets qu'il affectait de trouver eux-mêmes modestes, mais qui apportait à l'occasion des informations nouvelles sur l'art brut et consorts (les environnements surtout), à la différence de soi-disant spécialistes du même champ recyclant leur éternel ronron conformiste, ce bulletin, donc, a obtenu de la Halle St-Pierre la permission de monter une exposition et une projection de films durant le mois d'octobre prochain. On y verra de l'art singulier, des évocations photographiques d'environnements spontanés que j'aime aussi beaucoup (voir notes récentes sur Donadello, et les photos que j'insère ci-dessous) et les cartes postales anciennes de Jean-Michel Chesné (voir ma note du 8 juin 2008). Sur Donadello (Bépi Donal), on pourra voir le film de Noémie Dumas que j'ai cité récemment (probablement grâce à l'Association Hors-Champ de Nice).

Joseph Donadello, ses sculptures sur des rayonnages, Saiguède, Hte-Garonne, ph.Bruno Montpied, 2008.jpg
Joseph Donadello, un aspect de son jardin de sculptures à Saiguède (Haute-Garonne), ph.B. Montpied, 2008

   Autant vous donner tout de suite le programme général de l'exposition:

Pour la parution de son dernier numéro,

Zon’Art présente (du 3 au 30 octobre 2008) : «SUITE & FIN»

[Galerie de la Halle St-Pierre (Rez-de-chaussée), Paris 18e]

 

Dessins, sculptures, documents :

Stéphanie Buttay, Gustave Cahoreau, Chomo, Clem,

Jacques Karamanoukian, Sam Mackey, Raâk, Gérard Sendrey.

Environnements d’hier et d’aujourd’hui :

Cartes postales anciennes de la collection Jean-Michel Chesné.

Jamain, La-Croix-de-Vie,(Indre-et-Loire), carte postale ancienne.jpg
"Jamain Peintre", Carte postale montrant un jardin de loisirs contenant diverses oeuvres et ouvert au public, La-Croix-de-Vie, Indre-et-Loire ; exemple de carte collectionnée par J-M.Chesné, mais par d'autres amateurs aussi ...(merci Michel Boudin) ; coll.B.M.

Photos de sites et sculptures

Bar du Mont Salut [André Morvan, dans le Morbihan, souches d'arbres assemblées en plein air]

Joseph Donadello

Jean Grard

Emile Taugourdeau

Jean Grard,André Verchuren, vers 2000, coll.privée, Paris, ph.Bruno Montpied.jpg
Jean Grard, André Verchuren, matériaux divers récupérés, assemblés et peints, coll. privée, Paris ; ph.B.Montpied

 

Samedi 4 octobre 2008 à l’auditorium, à partir de 14 heures

Festival audiovisuel (3e édition)

Programme des projections :

N’oubliez pas l’artiste ! (Cartes postales anciennes), diaporama de Jean-Michel Chesné, 45 mn

Vladan Popov de Jean-Michel Zazzi (1999), 13 mn

Raymond Reynaud de Jean-Michel Zazzi (1999), 18 mn

Le jardin de Bépi (Joseph Donadello)  de Noémie Dumas (2007), 17 mn

La porte du mystère (Raâk, l’eau, la terre, le feu) deStéphanie Buttay (2008), 12 mn (En présence de la réalisatrice)

C’est le matin... ((Gérard Sendrey, la fabrique de galaxies) deStéphanie Buttay (2008), 8 mn

Poétique mécanique (Le manège de Petit Pierre), de Jean-Michel Zazzi (2007) 4:30 mn

L’émotion est au bout de la route, diaporama (1984 à 2008 : le bar du Mont Salut, François Lozevis, Joseph Le Bail, Emile Taugourdeau) de Michel Leroux, 45 mn

L'univers de pierres de Nek Chand,diaporama de Laurence Savelli, 40 mn [Voici un bel exemple de ronron et de redite...]

Film surprise : 13 mn

 

Halle Saint-Pierre

2, rue Ronsard - 75018 Paris

M° : Anvers ou Abbesses - Tél : 01 42 58 72 89

 

12/09/2008

Surrealistic pillow, ou Confidences sur un oreiller

    A signaler la parution d'un recueil de poèmes de Guy Girard illustrés de "dessins et monotypes" (imprimés en noir et blanc) par feu Sabine Levallois, L'Oreiller du Souffleur, aux Editions surréalistes. J'aime ces poèmes. En voici un:

LE BATELEUR

N'aurait-elle qu'un mur

La mort

Est cette maison d'outrages

Où nul n'entre qui ne soit perdu

Dans l'odeur des comètes

Voici la clé

Que s'ouvre une porte

Comme un ouragan murmurant

Du fond des bottes du zodiaque

Ordres ou charmes

D'une voix de linge

Revienne le moulin minuit

Entre le soleil et son double de porcelaine

Passe

Le bateleur à grandes enjambées

Vent roux aux trousses

Les lèvres charpentées de voix et chandelles

Le nom qui le porte

S'approche

D'un autre lié

Entre le gorille et la girolle

 

    Guy Girard

Sabine Levallois,dessin sans titre, 2004, coll.privée, photo Bruno Montpied.jpg
Sabine Levallois, dessin sans titre, crayons de couleur, 24x30 cm, 2004, ph.B.Montpied

    Cette publication me permet d'attirer un peu, si peu, l'attention sur les oeuvres de Mlle Levallois, disparue prématurément en 2004 alors qu'elle venait d'entamer un cycle créatif tout à fait inattendu de sa part. Des dessins aux crayons de couleur qu'elle me montra un jour avec ce que je pris pour de la timidité et de la circonspection. Lorsque je venais les voir, elle et Guy, nous parlions beaucoup d'art brut (il m'est difficile d'éviter le sujet). Est-ce ce qui la poussa à essayer de dessiner alors que rien ne l'y prédisposait, du moins était-ce ce que je me disais alors, la connaissant à peine...? Certains amis m'ont insinué que oui. Toujours est-il qu'elle produisit, dans les quelques mois qui la séparaient d'une fin brutale, toute une série de dessins que dans un premier temps je regardais -j'en vis un échantillon réduit cela dit à l'époque, le gros de la production est resté passablement intime- en faisant la fine bouche. Le temps passant, je changeai peu à peu d'avis. Ces dessins, celui qu'elle m'avait offert notamment, avec ses teintes réalisées à coups de fins traits de crayons de couleur, me regardaient avec une simplicité déconcertante non dépourvue d'étrangeté. Je les trouvais désormais beaux, à nul autre pareils.

Guy Girard,Sabine Levallois, Bruno Montpied, dessin collectif, 2004, photo B.Montpied.jpg
Guy Girard, Sabine Levallois, Bruno Montpied, Dis-moi pourquoi jamais ?, dessin collectif à l'encre, 24x30 cm, 2004
*

L’OREILLER DU SOUFFLEUR

de Guy Girard

104 pages, dessins et monotypes de Sabine Levallois, 15 €, parution septembre 2008.

 Bulletin de commande à adresser aux

ÉDITIONS SURRÉALISTES

122, rue des Couronnes

75020 Paris

(Frais de port en sus (France : 3 Euros, ailleurs 5 Euros)

Sans frais de port pour toute souscription faite avant le 31 octobre 2008

Chèque à l'ordre des éditions surréalistes)

(Une rencontre avec l'auteur est prévue le 30 septembre au Café de la Tour St-Jacques, rue de Rivoli à Paris - voir l'adresse exacte en cliquant sur le site des éditions surréalistes)

 

 

06/09/2008

La rentrée c'est aussi à la Galerie Objet Trouvé

    Au début, cette galerie Objet Trouvé avait à mes yeux des choix assez hésitants, impression parfaitement subjective je m'empresse de l'ajouter. Dans le fil du temps, en même temps qu'elle changeait de locaux, quittant la rue Daval pour la rue de Charenton, dans l'ombre de l'affreux Opéra de la Bastille (cette architecture de dentiste), elle a pris sous l'impulsion de son responsable, Christian Berst, une direction sans cesse plus aimantée du côté de la création brute et singulière de qualité, n'hésitant pas à chercher toujours de nouveaux créateurs, ne se se contentant pas, comme tant d'autres, des acquis et des valeurs établies (on sait qu'il y en a désormais beaucoup dans ce champ aussi).

Monique Le Chapelain, sans titre, gouache, vers années 80, ph Bruno Montpied.jpg
Monique Le Chapelain, sans titre, sans date (années 80 vraisemblablement), gouache sur papier, 30x44 cm, coll.privée, Paris, ph.B.Montpied

    Donc, mon jugement sur la galerie s'est grandement bonifié (il n'y a que les imbéciles, ou les staliniens, qui ne changent pas d'avis n'est-ce pas)... Je reçois les informations de ce côté avec une véritable confiance, sûr que ma curiosité se trouvera satisfaite par la découverte d'un créateur ou l'autre proposé par la galerie. Pour cette rentrée, dès le vernissage du jeudi 11 septembre, on pourra ainsi faire connaissance avec une bonne escouade de nouvelles recrues, Monique Le Chapelain (ce qui me ravit pour elle, ayant été le premier à la faire connaître, à travers le Musée de la Création Franche notamment ; on est toujours content de voir ses intuitions confirmées par d'autres), ou Johan Korec (dont la galerie nous signale la disparition récente), un autre pensionnaire de la Maison des artistes, Kurt (ou Karl?) Vondal, ainsi que d'autres comme Raimundo Camilo, ami paraît-il de l'extraordinaire Bispo de Rosario, ou encore Henriette Zéphir, (redécouverte récemment après Dubuffet par Alain Bouillet, voir la revue Création Franche ou le catalogue de la récente exposition L'Eloge du Dessin à la Halle Saint-Pierre), Sava Sekulic, etc. Pour en savoir plus, prière de se connecter ici (le site de la Galerie Objet Trouvé).

Galerie Objet trouvé, H.Speller, sans titre (détail), 2008.jpg
H.Speller, sans titre (détail), sans date, Galerie Objet Trouvé, 2008

    Allez-y de confiance à votre tour, si ce n'est déjà fait.

Objet trouvé, adresse.gif

01/09/2008

Un document rare

    Ci-dessous, comme il y est inscrit, un "document rare" retrouvé dans mes dessins relatifs au frottage, technique qu'il ne faut pas rougir d'employer encore, puisqu'elle est entrée dans l'arsenal des outils au service du rêve tangible, comme le collage, le brûlage, la décalcomanie, etc.

Frottage à la mine de plomb,Bruno Montpied, 2002 .jpg
Bruno Montpied, (document rare - frottage de Max Ernst lorsqu'il avait 8 ans), 15 x 21 cm, mine de plomb, 2002

27/07/2008

Le monde est une toile constamment peinte

   Le 14 juillet, la population descend danser et va voir le feu d'artifice. On se pose sur le pont où l'on est bien placé pour assister au grand spectacle pyrotechnique qui sera donné (pour l'occasion à Montauban). La foule, relative, s'agglutine gentiment au parapet, aux réverbères et attend sagement. Lorsque la nuit est enfin bien noire, aux environs de 22h30, sur le fond d'encre, les tirs commencent. Pas de cris, pas de soupirs collectifs cette fois-là. Le public assiste dans un silence étonnant au spectacle des gerbes et des bouquets éclatants, aussi multicolores qu'éphémères.

Feu-d'artifice,Montauban, ph B.Montpied, 2008.jpg
Montauban, ph.B.Montpied, 2008

    Ils regardent avec acuité, ne loupent pas la moindre étincelle. Dans le ciel nocturne, analogue à la toile de fond du sommeil où les rêves et les cauchemars se déploient, toutes sortes d'images crépitent, dans le bruit (assourdi) et l'éclat scintillant des fusées, des araignées de fumées dont les panaches s'évanouissant semblent semer des figures fantômatiques que l'appareil photo peine à capter-capturer... La même foule qui n'ira jamais voir une seule exposition dans le musée Ingres tout proche (les gerbes se peignent dans le ciel au-dessus de lui, du violon caché de monsieur Ingres...) assiste religieusement au spectacle éphémère des grands bouquets de lucioles et sillages de couleurs enflammées. La taille du spectacle, aux dimensions du paysage, art créé sur la toile de fond du monde, absolument immédiat (l'oeuvre se dissout dés l'instant où elle apparaît), est peut-être la raison de l'engouement populaire. Ce plaisir éphémère, cette conscience qu'il ne faut pas en manquer une miette, qu'il faut le vivre intensément au moment fugace où il se déploie, cela fascine sans doute. Et puis il y a la beauté des dessins dans le ciel, analogue à celle qu'on trouve dans l'art en deux dimensions, comme un créateur anonyme -déjà montré sur ce blog- l'avait en son temps évoqué (rare exemple à ma connaissance de tentative de représenter en le figeant un feu d'artifice ; intelligemment, l'auteur y a ajouté les figures fantastiques que sa fantaisie a cru y deviner).

Anonyme (Robert Roseff), ph B.Montpied.jpg
Anonyme (Robert Roseff?), 50x65cm, coll.privée, Paris, ph.B.Montpied
Feu d'artifice Montauban, ph B.Montpied, 2008.jpg
Montauban, ph B.M., 2008

    L'art se fait partout à tout moment par la grâce de notre imagination, et de nos perceptions. J'aime assez le projet pictural qui consiste à mêler aux reflets du monde réel les projections de nos fantaisies intérieures, tel que cela s'effectue, par exemple, dans l'art naïf au réalisme poétique injustement sous-estimé par les tenants de l'art brut (mais un heureux revirement se dessine depuis quelques années).

B.Montpied, Les nuages peintres,la neige peintre, le paysage peintre, 1996.jpg
B.Montpied, Les nuages peintres, la neige peintre, le paysage peintre, 8x26 cm, 1996

26/07/2008

Inspirés du bord des routes

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B.Montpied, Inspirés du bord des routes, 21x26 cm, 2008

14/07/2008

La Déglinguée

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B.M, La Déglinguée, aquarelle, encre et crayons de couleur, 13X18 cm, 2008

09/07/2008

René-François Gregogna, l'Anartiste

    Je parlais de classiques de l'art singulier dans ma note récente sur "l'été des expositions". On pourrait aussi parler de ses"ancêtres", si le terme n'avait pas quelque chose de légèrement offensant.

    Bien sûr on connaît Chaissac, qui avec son "art rustique moderne" n'était pas loin des créateurs que l'on peut regrouper sous l'étiquette singulière. Il y  a eu aussi Michel Macréau, étonnant peintre en marge du monde des arts, en dépit d'un talent indéniable qui aurait dû lui ouvrir les portes des galeries, des institutions muséales de son vivant, et le faire exposer davantage sur un plan international. Ce dernier fut actif des années 60 aux années 90, et fut certes associé à la Figuration Narrative, déclaré également précurseur dans les années 60 de la peinture de graffiti (il est proche cousin d'un Basquiat), mais son parcours marginal dans l'art contemporain le fait aussi rapprocher de certains grands individualistes que l'on classe faute de mieux du côté des "singuliers". Créateurs dénommés ainsi après l'exposition des Singuliers de l'Art (1978) au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. L'expression, on le sait, au départ cherchait à englober aussi bien les environnementalistes que les bruts, ou les créateurs contemporains indépendants et semi-professionnels. Avec le temps, les festivals d'art singulier fleurissant dans les petites villes, le terme en est venu à désigner essentiellement les créateurs contemporains marginaux recourant à des techniques artistiques d'autodidactes, s'exprimant dans un langage primitivisant ou imaginiste. Le mot peut ainsi devenir plus ou moins synonyme de "création franche" ou de "neuve invention" (les cas-limites aux portes de l'art brut).

     Parmi ces Singuliers, il existe un autre précurseur, René-François Gregogna, actif à Sète, Frontignan et Pézenas depuis quatre décennies.Gregogna photo par Didier Leclerc, site atelier n89.jpg Un peu comme Jean-Joseph Sanfourche dans le Limousin, Jacques Reumeau dans la Mayenne, ou encore Elie-Séraphin Mangaud en Vendée (un ami de Chaissac celui-ci, et bien méconnu),etc... (Il doit y avoir des créateurs indépendants et inclassables dans toutes les régions). Né en 1926, résistant pendant la guerre, ayant été profondément marqué par le sculpteur naïf/brut ardéchois Alphonse Gurlhie (dont Jacques Brunius paraît faire mention dans son film de 1939 Violons d'Ingres), alors qu'il n'avait que huit ans,Alphonse Gurlhie,le pêcheur-chasseur à cheval sur un renard, ciment armé, Maisonneuve, Ardèche, ph Bruno Montpied,1994.jpg auteur de diverses expériences artistiques dès 1958 dans la région sétoise (mais aussi un temps en Touraine et en Allemagne, entre 1978 et 1983), souvent accompagnées de scandales et de vandalisme (il est fort connu pour avoir peint en 1978 et 1979 les rochers de deux digues situées à Sète et à Frontignan sur plus de 2000 m2, digues qui toutes deux se trouvèrent détruites), Grégogna est un personnage attachant, aux allures de dandy méridional, un créateur inégal et inventif en même temps, qui ne suit que son désir, et son inspiration... Seules comptent la liberté, la poésie, la surprise et la satisfaction de l'artiste. Son oeuvre réside aussi dans sa conduite de vie. Sa biographie (que l'on peut trouver sur le site de l'atelier photographique de Didier Leclerc où l'on trouve d'excellentes photos comme celle que j'insère ici) et le film qu'Anne Desanlis (qui a aussi collaboré au film Le Dernier des Immobiles, consacré au poète Matthieu Messagier) a réalisé sur lui le montrent avec éclat.

Gregogna carton d'invitation au film d'Anne Desanlis à Paris en 2007.jpg
Projection du film d'Anne Desanlis à Montmartre en 2007

    Grégogna a probablement exercé en outre une influence non négligable sur les tenants de la Figuration Libre notamment à travers les frères Di Rosa, dont l'un deux, Hervé, a créé en sus de son oeuvre un Musée international des Arts Modestes, installé à Sète, dont les conceptions ont des relations avec l'esprit primesautier d'un Gregogna justement. L'actualité permet de se faire une idée de l'oeuvre de Grégogna puisqu'il expose à deux adresses cet été.Gregogna, deux statuettes, extraites du site web de FiestaSète.jpg La Maison des métiers d'art de Pézenas expose les "laines de l'anartiste" du 28 juin au 30 septembre 2008 (tél: 04 67 98 16 12), des oeuvres textiles donc (l'artiste a fortement tendance à pratiquer toutes sortes de techniques par ce goût de l'expérimentation qui est un autre masque de son goût pour les diverses situations de la vie). Dans le cadre de la manifestation FiestaSète, se tient également une expo Grégogna, "Tout vient à point, à qui sait m'attendre". Vernissage le 11 juillet. Du 11 juillet au 30 sepembre 2008, Espace Félix, 2, quai Général Durand, Sète (04 67 74 48 44 et http://www.fiestasete.com/, site où il faut précisément chercher ce texte sur Gregogna).

Affiche de FiestaSète 2008, Gregogna et Cervera.jpg
Affiche de FiestaSète 2008, René-François Gregogna et André Cervera 

   

02/07/2008

L'été des expositions (note rallongée)

    Cet été, il y a du singulier saupoudré un peu partout pour ceux qui voudraient voyager en fonction des arts contemporains sous médiatisés. Je ne cite que quatre lieux cependant, car vous trouverez bien le reste sans moi, la toile pullule de sites consacrés à l'art dit singulier, la singularité résidant de plus en plus dans l'apparence, comme tant d'autres choses ces temps-ci...

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    On trouve de tout, des "classiques", des "ancêtres", et des aspirants à la notoriété "singulière" plus récents. Classiques sont en effet désormais Chaissac,Auberivecrbst_chaissac.jpg Pierre Bettencourt et Louis Pons, exposés du 1er juin au 5 octobre dans le cadre des Passeurs de frontière (sur les trois, c'est Chaissac et Pons que je préfère) au centre d'art contemporain de l'Abbaye d'Auberive.Auberive_vue_aerienne.jpg Auberive, c'est entre Langres et Châtillon-sur-Seine. A noter que ce centre possède des fonds d'art contemporain où l'on retrouve entre autres des oeuvres des Moiziard (Jean et Andrée) et d'autres artistes chéris de la galerie Béatrice Soulié. Tous les renseignements pratiques se trouvent sur le site du centre. Il suffit de cliquer...

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Portion de la Maison de Danielle Jacqui au Pont de l'Etoile, photo du carton d'annonce de son exposition à Nice

    Parmi les "ancêtres" (hou là, là... elle ne va pas apprécier...) de l'art singulier, il y a Danielle Jacqui dont on connaît la maison rutilante de couleurs, ultra baroque et foutraque à Roquevaire-en-Provence. Elle crée depuis trente ans au moins avec une belle constance et une grande profusion bariolée que je ne suis pas toujours sûr de pleinement apprécier (mais Jacqui et moi, on peut parler librement)... On ne peut cependant douter de sa sincérité, et de sa persévérance. L'occasion est donnée pour tous ceux qui voudraient en savoir plus de se renseigner sur l'ensemble de sa production multiforme puisque le Musée International d'Art Naïf Anatole Jakovsky à Nice lui consacre une exposition intitulée "ORGANuGAMME" (titre super tarabiscoté). Du 20 juin au 3 novembre, au Château Sainte-Hélène, avenue de Fabron, Nice. (Renseignements: 04 93 71 78 33).

VERNISSAGE.jpg

   Au Musée de la Création Franche à Bègles, ils ont prévu cet été de nous montrer encore et toujours Joël Lorand, en passe de devenir un classique lui aussi, étant donné la cadence de ses expositions. Il faut dire que son art frappe l'attention de beaucoup de spectateurs. L'oeuvre qui sert pour l'illustration du carton d'invitation ne déroge pas à la règle. De même que les autres peintures (dessins en couleur?) qui continuent d'être exposées en ce moment même à l'exposition L'Eloge du Dessin à la Halle Saint-Pierre à Paris. Cela est prévu pour durer du 27 juin au 7 septembre.

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Alain Lacoste, Seringue de malheur, 1996, photo récupérée du site Self-Taught-Art singulier de Jerzy Ruszczynsky-Art Outsider (à prononcer d'une seule traite) de Frédéric Lux

   Très classiques aussi sont Claudine Goux et Alain Lacoste qui exposent jusqu'au samedi 28 juin (va falloir se dépêcher, si ça vous intéresse ; personnellement, le site de la galerie où l'on voit des photos des expos laisse imaginer une tendance au foutoir et au n'importe quoi... ; mais, tout de même Goux et Lacoste étant des artistes estimables, il me paraissait malhonnête de ne pas les signaler) à l'Espace Lucrèce, 16, rue Salneuve, dans le 17e arrondissement de Paname.

Jerzy Ruszczynski, oeuvre reproduite sur le blog de Frédéric Lux.jpg 
Oeuvre de Jerzy Ruszczynski, extraite du site de Frédéric Lux
Enfin, Frédéric Lux nous fait savoir qu'à Saint-Sever-du-Moustier, son protégé Jerzy Ruszczynski (riche non seulement de consonnes difficiles à retenir en français mais aussi d'une oeuvre foisonnante) expose une trentaine de ses oeuvres (dessins et peintures) en même temps qu'une forte escouade de créateurs talentueux: Louis de Verdal, Kurt Haas, Ted Gordon, Marilena Pelosi,Marilena Pelos,Il va renaître dans un corps sans haine, 2004.jpg Rosemarie Koczy, Stani Nitkowski (à titre posthume), entre autres... sans oublier... l'incontournable Joël Lorand! Dont cette fois l'oeuvre descend nettement vers le Midi (ceci afin de répondre au commentaire récent de Miss Anne-Lise...). L'expo s'appelle Les nouveaux troubadours (ça vous fait pas penser à la ritournelle d'une certaine publicité?). Elle est prévue pour durer du 12 juillet au 6 septembre. Le vernissage aura lieu le 12 juillet. C'est ouvert de 15h à 18h tous les jours (ceci pour répondre aux besoins horaires de Miss Valérie...). Un tél? 05 65 99 97 97. Un e-mail? nt@saint-sever.net

Marilena Pelosi, Il va renaître dans un corps sans haine, dessin aux crayons de couleur, 5x17 cm, 2004, coll.privée, Paris