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15/06/2008

"ET POUR CELA PREFERE L'IMPAIR(E)"... UNE NOUVELLE GALERIE D'ART BRUT A PARIS

  

Entrée de la Galerie Impaire, rue de Lancry, Paris 10, ph.Bruno Montpied, 2008.jpg
La Galerie Impaire, dans la cour du 47, rue de Lancry dans le 10e arrdondissement à Paris ; ph.B.Montpied, 2008

    Longtemps je me suis défié de l'art des handicapés, tant ce que j'en voyais en France me paraissait proche de l'art des enfants, et très piloté à distance peut-être par une sorte de deus ex machina, l'animateur de l'atelier du home d'accueil, qui donnait en secret une coloration à toutes les oeuvres de ses protégés. J'entendais parler de "handicaps" avec la même indifférenciation que celle que l'on applique aux "fous", aux "schizophrènes". Pourtant, on en revient à présent de ce magma sans nuances. Il semble que l'on établit des distinctions, on découvre des cas séparés, on parle même de formes atypiques de génie...Dan Miller, photo de Cheryl Dunn, exposée à la Galerie Impaire, juin 2008.jpg La notion de handicap quant à elle semble évoluer. Si les auteurs d'oeuvres produites dans certains centres d'art devenus aujourd'hui notoires, comme Art en Marge ou la Pommeraie en Belgique, ou bien le Creative Growth Art Center à Oakland en Californie (un des plus anciens puisque fondé en 1978, il y a donc tout juste trente ans ; ses animateurs préfèrent eux parler d'incapacités ("disabilities") plutôt que de handicaps), si ces auteurs peuvent paraître d'un côté incapables de se fabriquer ne serait-ce que leurs propres sandwichs, d'un autre ils sont capables de prodiges de mémoire, avec des calendriers perpétuels dans la tête par exemple. Ils se trouvent simplement porteurs de facultés autres.

   Ce qui conduit certains d'entre eux à pratiquer naturellement l'art. Certaines techniques plutôt que d'autres (le pastel, les feutres chez John Martin et autres créateurs du Creative Growth Art Center, le textile chez Judith Scott, plutôt que la peinture à l'huile ou autres pigments peut-être, parce que plus immédiats, parce que l'esprit recherche le chemin le plus court qui va de la pensée au support?). Des créateurs de qualité incontestable ont été révélés au public ces dernières décennies, en Europe, Paul Duhem,Paul Duhem, pastel et crayon, sans titre, coll.privée, ph Bruno Montpied.jpg Oskar Haus ou Alexis Lippstreu par exemple, venus du Centre "la Pommeraie" à Ellignies-Sainte-Anne en Belgique. Depuis pas mal de temps (cela a commencé pour moi avec l'exposition montée à la Galerie ABCD à Montreuil), on entend parler des créateurs qui oeuvrent au Creative Growth Art Center en Californie, Donald Mitchell, Dwight Mackintosh, Aurie Ramirez, Judith Scott,Judith Scott, exposition Untitled à la Galerie Impaire, juin 2008, ph.B.Montpied.jpg John Martin, Kerry Damianakes, Dan Miller, entre autres (je crois qu'il y a environ 140 créateurs qui sont passés entre les murs de ce centre). Certains commencent à être fort connus, exposés à l'extérieur du monde de l'art brut même, dans des musées américains d'art contemporain. Dan Miller est rapproché par Tom di Maria du travail d'un Cy Twombly par exemple, créateur signiste.

Peinture de Dan Miller, Galerie Impaire, ph B.Montpied, juin 2008.jpg
Dan Miller, Exposition Untitled, Galerie Impaire, juin 2008, ph B.Montpied

    C'est vrai que certaines de ces oeuvres sont fortes. Ma première idée de les rapprocher de l'art des enfants (au vocabulaire plastique toujours un peu restreint, parfois cependant assez fascinant en raison de ce que les enfants parviennent à faire en dépit de ces limites précisément) n'était pas pertinente. J'ai évolué peu à peu. J'aime Duhem, Oskar Haus, Lippstreu. Aurie Ramirez m'intrigue aujourd'hui fortement. On peut découvrir quelques-uns de ses dessins dans l'exposition "Untitled" montée en ouverture de la nouvelle galerie Impaire qui vient de s'installer au 47 de la rue de Lancry (chiffre impair bien sûr) dans le 10e arrondissement de Paris (merci à "Monsieur Info" qui a eu l'obligeance de nous le signaler dans son récent commentaire).Aurie Ramirez, exposition Untitled, Galerie Impaire, juin 2008, ph B.Montpied.jpg Ce lieu est une expérience que tente le Centre d'Art d'Oakland, en jetant un pont entre les USA et l'Europe par-dessus l'océan. Etonnante et risquée tentative, mais salutaire à laquelle je pense nous pouvons souhaiter la bienvenue. On y retrouve les noms cités ci-dessus dont une sélection d'oeuvres est présentée en parallèle avec des portraits photographiques des créateurs par la photographe new-yorkaise Cheryl Dunn (magnifiques portraits qui nous changent un peu des photos de Mario Del Curto, certes fort belles mais perpétuellement exposées, à cause de cette manie paresseuse qu'ont les organisateurs d'expositions de se tourner toujours vers les mêmes recettes, les mêmes "spécialistes", les mêmes confiscateurs de parole...).

Barbara Mealey, photo de Cheryl Dunn, Galerie Impaire, juin 2008.jpg
Barbara Mealey (où s'arrête le masque?), photographiée par Cheryl Dunn, exposition Untitled, Galerie Impaire, juin 2008, Paris

     Tom di Maria nous a confié qu'il souhaite voir associées les oeuvres de ses "poulains" avec les oeuvres d'art contemporain, tant son désir est grand de voir les handicapés regardés pour leurs créations et non pas en fonction d'un handicap qui affecterait leur réception auprès des autres. Ce souhait est communément partagé par tous les animateurs d'ateliers d'art à l'usage des handicapés. Il me semble que cela dissimule aussi parfois le fait que ces animateurs sont parfois eux-mêmes des créateurs qui se tiennent en retrait et qui possèdent une culture artistique pétrie de références à l'art contemporain justement. N'y aurait-il pas (et ici je reviens à la deuxième impression que j'ai signalée au début de cette note) une influence sourde, diffuse, de cette culture non-dite sur le style des productions des créateurs accueillis dans les homes et autres centres d'art pour handicapés? Le désir de voir mêlé l'art des handicapés à l'art contemporain révélerait ainsi le désir rentré des animateurs eux-mêmes désireux de se voir rattachés, via leurs "poulains", à l'art du "mainstream"...?

Vue d'une partie de l'exposition Untitled à la Galerie Impaire en juin 2008, ph B.Montpied.jpg
Vue d'une partie de l'exposition Untitled, à la Galerie Impaire en juin 2008, de gauche à droite: Aurie Ramirez, George Wilson, Kerry Damianakes, Dwight Mackintosh, Ramon Avalos ; sur le sol une oeuvre de Judith Scott ; ph B.M.

      On en profitera pour noter ici une différence remarquable entre les créateurs de l'art brut et les créateurs modernes ou contemporains, c'est que les premiers sont toujours flanqués d'une deuxième personne qui les introduit dans le monde extérieur, d'un médiateur (écrivain, chercheur ou critique, animateur de centre d'art, collectionneur, marchand, ou que sais-je encore) qui les rendra visibles et les fera exposer, alors que les seconds peuvent très bien le faire tout seuls. Un problème de conscience en quelque sorte.

William Scott photographié par Cheryll Dunn, exposition Untitled, Galerie Impaire, Paris, juin 2008.jpg
William Scott, photographié par Cheryll Dunn ; le masque de la créature du Dr.Frankenstein, assimilée dans la langue courante à Frankenstein lui-même, n'est ici pas insignifiante, l'handicapé est-il parfois la "créature" de son animateur?
(NB: cette note a été concoctée indépendamment de notre consoeur Animula Vagula, les grands esprits se rejoignent, je m'aperçois, en insérant ma note, qu'ils ont pensé au même titre que nous dans la note qu'ils viennent de publier eux-mêmes il y a 40 minutes... Verlaine, ça nous fait au moins un point commun)

20/03/2008

Y.A.Gil, les dessins venus d'ailleurs

   Le blog a ceci de bon qu'on peut y faire des rencontres tout à fait intriguantes, en l'occurrence avec un artiste de la région de Nîmes, Y.A. Gil, qui en venant me parler de la maison d'éditions et site web qui l'héberge lui et toute une flopée d'autres artistes m'a aussi révélé, en marge de ses nombreuses activités (performances, sculpture, collages et cinéma), des dessins tout à fait remarquables.

Y.A. Gil, Marmiton, 2008.jpg

   Réalisés au stylo, ils sont nés cette année 2008, au nombre d'une cinquantaine pour le moment, après une éclipse où leur auteur s'était davantage exercé aux activités ci-dessus mentionnées. Bien sûr il est loisible d'y retrouver des influences graphiques diverses et variées, mais je préfère m'attacher à leur timbre personnel, à un certain goût du bizarre, de l'irréel volontairement assumé, tel que l'illustre cette phrase citée par un ami de Gil, Eric Garnier (auteur par ailleurs d'un Cabinet d'Eroscopie délectable, voir le site Venus d'aileurs), phrase dûe à Paul Valéry: "Que serions-nous donc sans le secours de ce qui n'existe pas?".

Y.A. Gil, Les murs roses des vents, 2008.jpg

   Ces dessins sont de format 35 x 22 cm. Une douzaine d'entre eux ont été reproduits en format A5 dans un  carnet édité en fac-similé imitant les carnets de dessin à spirale. Voir ici la page du site qui en montre la couverture.

Y.A. Gil, Cabal-Z, 2008.jpg

   Le groupe d'artistes auquel appartient Y.A.Gil édite une revue qui édite fort soigneusement apparemment, une fois par trimestre, une déclinaison de trois "livrets", le premier étant un ouvrage à système fait à plusieurs, le deuxième se consacrant à un artiste ou à un écrivain, le troisième se vouant à une réédition d'un ouvrage court "méconnu ou à redécouvrir" (William Blake, Hakim Bey par exemple...). Le n°5 de la revue devrait sortir en mai, un dépôt serait prévu à la librairie du Palais de Tokyo et une présentation aura peut-être lieu à l'Ecole des Beaux-Arts... Mais une information plus précise viendra ultérieurement.

   Affaire à suivre donc...

27/10/2007

Le vingt-huitième numéro de "Création Franche"

 

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  Le n°28 de la revue Création Franche, qui paraît apparemment deux fois l'an, vient de sortir (numéro de septembre). Au sommaire, toujours une suite d'articles sur des créateurs variés, avec ce principe maintes fois réaffirmé auparavant par le rédacteur en chef Gérard Sendrey (artiste et deus ex machina du musée éponyme de la Création Franche, situé comme on sait au 33, ave du Maréchal de Lattre de Tassigny, 33130 à Bègles ; c'est aussi à cette adresse qu'on peut se procurer la revue (8€ le numéro), voir également ici le site du musée), on ne doit y parler que des vivants... Cependant, cette fois, il y a des petites entorses à la règle (mais elles sont justifiées). On parle dans ce numéro (article de mézigue, Bruno Montpied, un habitué des entorses...!) d'environnements spontanés datant "d'avant le facteur Cheval" (François Michaud, Jean Cacaud, la cave des Mousseaux à Dénezé-sous-Doué, une maison sculptée en Margeride, l'abbé Fouré -pas tout à fait d'avant le facteur Cheval celui-ci, c'était en fait un contemporain de Ferdinand- et surtout d'un certain Louis Licois et de son bas-relief très naïf à Baugé dans le Maine-et-Loire).

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Bas-relief de Louis Licois à Baugé (1843), inscription: "J'ai réussi grâce à l'Etre Suprême", (Photo B.Montpied)

   Gérard Sendrey lui-même  pratique aussi l'entorse à ses propres principes puisqu'il évoque dans ce numéro 28 la mémoire des magnifiques dessins tourmentés de Swen Westerberg, le défunt époux de Claude Brabant de la galerie l'Usine à Paris (qui défend depuis tant d'années la création imaginiste de tous bords). Il faut dire que ce principe ne s'applique pas, me semble-t-il, à des créateurs qui sont passés au milieu de nous furtivement et sans trompettes. La renommée n'a pas eu le temps d'apprendre leur existence que déjà ils s'éclipsaient. Et ils avaient très mal su faire leur propre publicité, ce qui est le péché des péchés au jour d'aujourd'hui... Autant dire que l'époque regorge encore plus que les précédentes de créateurs originaux que l'on n'a pas su remarquer. Swen est incontestablement de ceux-là. Les dessins que publie ce numéro de Création Franche, et qui ont déjà fait l'objet d'un livre édité par Claude Brabant dans le cadre de sa galerie (avec 270 dessins reproduits), datent apparemment des années 60. Moi qui ai fréquenté la galerie dans les années 80, je n'avais pas eu vent de leur existence, les dessins que j'avais alors vus ne m'ayant pas autant intrigué. L'auteur n'avait alors peut-être plus l'envie de les montrer.

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Dessin de Swen (veuillez cliquer dessus si vous voulez agrandir l'image)

    Joseph Ryczko, un vieux de la vieille dans ces domaines des arts buissonniers, nous fait découvrir des dessins très ornementaux d'une nouvelle au bataillon, Gabrielle Decarpigny, qui paraît vivre du côté des Pyrénées, dessins fort séduisants si l'on en juge par ceux qui sont reproduits ici.

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Gabrielle Decarpigny, dessins reproduits dans Création Franche

   Trois plumes venues de la Collection d'Art Brut de Lausanne, Sarah Lombardi, Lucienne Peiry et Pascale Marini occupent également le terrain de ce numéro avec des articles sur Rosa Zharkikh, sur les "travaux de dames", les textiles de l'art brut, et sur Donald Mitchell (il m'ennuie un peu celui-ci, déjà aperçu à Montreuil du côté d'ABCD il me semble...). Et que je n'oublie pas de mentionner un article également de Dino Menozzi sur l'artiste Tina San , Menozzi sur qui je reviendrai dans une note suivante de ce blog.

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Juliette Elisa Bataille, Vieille maison de Montmartre, 1949 (Photo Olivier Laffely, Coll.de l'Art Brut, Lausanne, publié dans le n°28 de Création Franche, article de Lucienne Peiry)

    Ce Création Franche est un numéro peut-être un peu plus bref que de coutume mais il contient des textes et des images qui apportent du nouveau et auront peut-être ainsi quelque chance de revenir nous hanter. 

12/10/2007

La couleur des mots

    Passant devant l'hôpital Sainte-Anne à Paris, j'avise l'affiche suivante:

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   Plus que quelques jours pour aller voir au Musée Singer-Polignac cette exposition conçue par le Centre d'Etude de l'Expression (et que je n'ai personnellement pas encore vue ; à noter qu'elle fait apparemment écho à une autre expo faite sur le même thème qui voyagea de la Collection d'Art Brut de Lausanne à la Halle Saint-Pierre). Mardi est le seul jour de fermeture, et c'est ouvert de 14 à 19h. Les oeuvres présentées proviennent de la collection de Ste-Anne, et des artistes contemporains sont présentés en parallèle qui, à ce que j'ai entraperçu sur le site du Centre d'Etude et de l'Expression, ne m'emballent pas des masses...