Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/09/2010

Maïtre Goupil, peintre cachottier, sa biographie

Armand Goupil, monogramme, extrait de la peinture du 14-IV-61.jpg         Voici que la lumière s'est faite pour moi au sujet du peintre autodidacte Armand Goupil, car l'un de ses trois enfants, prénommé et nommé comme lui Armand Goupil (pour la commodité de la relation, je l'appellerai Armand junior), a pris contact pour me donner des informations complémentaires très précieuses au sujet de son père (grand merci monsieur). Je n'avais pas grand chose à dire en effet, jusque là, sur ce dernier, tout au plus des hypothèses à émettre d'après les quelques peintures que j'avais pu voir et photographier au gré des brocantes où elles avaient surgi depuis trois ou quatre ans (voir mon article: Bruno Montpied, "Armand Goupil, peintre inconnu, peintre domestique" dans Création Franche n°29, avril 2008, et les diverses notes publiées sur ce blog).

         Cependant ces hypothèses et rumeurs n'étaient pas très éloignées de la vérité comme on va le voir.

Armand Goupil,Samba sans but sans bas, 1960.jpg

Armand Goupil, Samba Sans but Sans bas, 16-VII-60

 

        Armand Goupil sénior est né le 8 juin 1896 à La Suze-sur-Sarthe, dans un pays où il passa la plus grande partie de son existence. Il est décédé en 1964, soit à soixante-huit ans, au Mans, où il avait pris sa retraite, d'un accident vasculaire cérébral. Ses parents étaient gens fort modestes. Le père, ouvrier tanneur au départ, finit par acheter un bal-restaurant où se tenaient des noces, des banquets. Goupil, remarqué par un instituteur, se dirigea vers l'Ecole Normale pour devenir instituteur lui aussi, intégrant la promotion 1912-1915. Au sortir de ces études, il rentra immédiatement sous les drapeaux pour devenir soldat en pleine guerre, à laquelle il participa sous le fort de Vaux à la bataille de Verdun en 1916. La chance voulut qu'il y soit fait prisonnier (oui, la "chance" car "mort qu'on n'a pas tué", comme il disait à son fils, cette situation lui permit d'éviter les combats), le jour de ses vingt ans. Il fut envoyé en Allemagne, où, refusant de travailler, il fut interné en camp de représailles. Il faillit y mourir de faim, en gardant par la suite une fragilité intestinale qui devait l'affecter le restant de sa vie. 

Armand Goupil,sans titre,18-IX-57.jpg

 

          Il est libéré en 1918, et est tout de suite nommé instituteur à Lamnay dans sa Sarthe natale. C'est le seul poste qu'il exercera jusqu'à sa retraite en 1951. Il épousera l'institutrice du village et fera avec elle trois enfants (dont deux sont encore en vie aujourd'hui). La vie de ce village l'accaparera grandement, puisqu'il y aidait beaucoup de monde, servant à l'occasion d'écrivain public et de secrétaire de la caisse d'Epargne le dimanche matin (le dimanche après-midi étant consacré aux comptes, se souvient son fils Armand junior qui en garde un souvenir accablé...). Comment fit-il pour assurer son rôle de pater familias avec un tel emploi du temps voué à aider à tout moment ses concitoyens? Mystère... Toujours est-il qu'il peignait déjà, même à cette époque, dans les rares temps libres qui lui restaient (Armand junior se souvient d'une de ses premières peintures, à l'adolescence, qui représentait un pont de la Suze), les peintures qu'il estimait (et laissait voir) étant trop travaillées selon son fils, trop banales et convenues.
 

Armand Goupil,sans titre,20-I-62.jpg

 

         C'est surtout à partir de 1951, date à laquelle il prend sa retraite et qu'il déménage au Mans, et où il va s'empresser d'oublier son village envahissant, qu'il se lance dans la peinture du "matin au soir" (se souvient Armand junior). En treize années - puisqu'il disparaît brutalement en 1964 - il va produire semble-t-il plusieurs centaines de peintures, la plupart à l'huile, sur des supports modestes, la plupart du temps sur des cartons d'emballage. Ce ne sera qu'une fois cette oeuvre dispersée, et publiée sur Internet, notamment sur ce blog, que le fils, Armand Goupil, découvrira que nombre d'oeuvres lui avaient été cachées par son père, ainsi du reste qu'aux autres membres de la famille. Les oeuvres à thématique anticléricale ne sont pas faites pour le surprendre puisque l'on connaît bien les opinions des instituteurs laïcs de l'entre-deux-guerres (cela n’empêchait pas Armand Goupil d’apprécier les rencontres avec le Don Camillo de son village, seule personne avec qui il pouvait avoir des conversations d’une certaine tenue intellectuelle, mais curé qui cependant se cachait lorsqu’il rendait visite à l'athée…). Les oeuvres érotiques paraissent inspirées peut-être de l'iconographie présente dans les revues naturistes plus ou moins dissimulées à l'écart par son père, qu'Armand junior se rappelle avoir découvertes après le décès. Ce qui surprendra plus le fils sera la révélation de la contradiction qui habitait son père, aux moeurs austères, féru de discipline et de morale, soucieux du qu'en dira-t-on campagnard, et très chatouilleux quant aux comportements de ses enfants susceptibles de manquements aux lois morales. Les peintures aux sujets coquins fonctionnaient certainement comme une soupape de sûreté, un défoulement mené sur un mode au moins symbolique pour ce père corseté, dans un temps où la vie sexuelle faisait l'objet d'un persistant tabou.

Armand Goupil,Hosanna!Ose,25-XI-60.jpg

         Armand se souvient aussi de sculptures que faisait son père. La famille conserva les peintures les plus convenues. L'ensemble des peintures plus « libres », faites sur les supports de rebut, a été dispersé par un descendant de la famille qui était pressé de faire place nette. Ces oeuvres n'intéressaient pas trop la famille qui n'y décelait pas de valeur particulière, encouragée en cela par la modestie d'Armand Goupil qui avait intériorisé son oeuvre, la réalisant avant tout pour lui-même, dans une démarche assez commune avec celle des créateurs de l'art brut auxquels on ne peut cependant assimiler Goupil (à cause de l'aspect figuratif de son oeuvre, non détachée de la perception rétinienne). Peut-être aussi pour la maintenir à l'abri des regards familiaux. Sa fin brutale ne lui permit pas de la garder du reste éternellement cachée. Son épouse la conserva dans un meuble fort longtemps, d'une façon fétichiste, et lorsqu'elle disparut, ce fut alors qu'elle fut vendue en bloc à un brocanteur qui passait par là. Ce dernier la dispersa méthodiquement, vendant chaque peinture un euro pièce... D'intermédiaire en intermédiaire, les peintures continuèrent alors à circuler, prenant un peu plus de valeur monétaire à chaque nouvelle main. Le mouvement s'est-il aujourd'hui arrêté... ou bien?

Armand Goupil,sans titre, 16-XI-58.jpg

      Ce graphisme domestique, au voyeurisme naïf, basé parfois sur des calembours, mériterait cependant qu'on aille y voir de plus prés en lui consacrant par exemple un petit ouvrage, pourquoi pas?

 

 

04/09/2010

Nous, les sans voix, les sans visage...

    "Nous, ceux de la parole toujours en marche...", tel est le titre (en italien) d'une exposition qui a commencé le 3 septembre et qui se terminera le 30 du même mois à Gênes, au Musée-Théâtre de la Commenda di Pré. Elle est organisée par Gustavo Giacosa et l'Association culturelle ContemporArt. Elle emprunte son titre à des vers du sous-commandant Marcos sur lesquels Gustavo Giacosa danse depuis des années, lui qui recherche les écritures laissées sur les murs des villes, choisies apparemment pour leur très grande invention et imagination, voisines des graffiti qui nous intéressent et dont ce blog s'est fait plusieurs fois l'écho.

Oreste Fernando Nannetti, photo extraite de Raw Vision n°63, été 2008.jpgOreste Fernando Nanetti, reste de son mur gravé à Volterra, photo publiée dans Raw Vision n°63, été 2008 (article de Bettina Rudhof et Falk Horn) 

     L'exposition regroupe six créateurs très peu connus qui ont en commun d'avoir (eu) l'habitude de tracer divers textes ou proclamations sur des supports de fortune, papiers de rebut ou murs d'hôpitaux psychiatriques, comme par exemple Oreste Fernando Nannetti (1927-1994), qui grava avec la boucle de son gilet prés de deux cents mètres de mur de son établissement à Volterra, en Toscane, avec des symboles, des diagrammes, toute une science personnelle des correspondances. La collection d'Art Brut doit prochainement (en février 2011) réaliser elle aussi une exposition sur ces graffiti phénoménaux (il existe du reste un film à leur propos que je me souviens avoir vu commenté par Lucienne Peiry à Nice dans une des programmations du festival Hors-Champ). Les autres créateurs représentés dans l'exposition sont Giovanni Bosco le Sicilien, plus le vagabond surnommé Babylone (qui me fait penser au "griffonneur de Rouen" plusieurs fois évoqué dans ces colonnes) - errant à Mamoudzou, capitale de Mayotte, dans l'archipel des Comores, découvert par le psychiatre Régis Airault (un quasi homonyme de notre Régis à nous, auteur entre autres d'un livre qui doit être intéressant "Fous de l'Inde" chez Payot), et traçant des graffiti sur les murs avec un morceau de charbon, charbon qui est aussi le nom de la famille de son père... - Helga Goetze (1922-2008 ; ses messages à elle s'articulent autour de la jouissance sexuelle proclamée source de paix, message le plus souvent proféré devant une certaine église de Berlin)Helga Goetze, broderie de textes.jpg, Carlo Torrighelli (1909-1983 ; ancien membre du parti communiste italien, il émet l'hypothèse, qui devint rapidement une rumeur ubaine particulièrement active dans sa ville, que l'église catholique avait créé une "vague tueuse" pour décimer les hommes et les animaux),et Melina Riccio, celle-ci illuminée, graffitant des messages de paix et d'amour sur toutes sortes de parties de l'espace public, y compris sur des statues de Vierge, et y compris parfois aussi sous forme de collage de mots comme dans la technique des lettres anonymes. Ces hommes et ces femmes paraissent pas très éloignés du Jeannot dont le plancher gravé de phrases  dirigées pour certaines d'entre elles contre l'Eglise catholique se dresse devant lesmurs de l'hôpital Sainte-Anne à Paris.

     C'est donc là une manifestation fort originale, et audacieuse, que monte Gustavo Giacosa, et que bien peu, de notre côté des Alpes, sont capables d'oser, tant le monde de l'art reste obsédé par ici par l'unique perspective du marché.

A noter que dans le cadre de cette exposition, le samedi 18 septembre à 17h, Gabriele Mina, autre grand passionné des formes d'expression brutes en particulier en Italie, présentera un documentaire intitulée "Lumières suspendues. L'oeuvre irréductible de Mario Andreoli".

29/08/2010

Info-Miettes (9)

Galerie Susi Brunner, Zürich

    Je viens de recevoir des dépliants, une carte postale, pour m'inciter à aller faire mon marché - mon expéditeur me supposant collectionneur avisé - du côté de l'art brut à Zürich, à la galerie de Susi Brunner, apparemment une bonne adresse  pour ce genre d'emplettes. "C'est depuis 1973 que je m'implique de façon professionnelle dans l'art "outsider" et l'Art Brut", écrit-elle dans une courte présentation traduite en français dans sa présentation de la galerie. Le programme des derniers mois de 2010 s'annonce comme d'habitude stimulant: nous aurons ainsi Umberto Gervasi, Giuseppe Zivieri, Alberto Guindani et Nicola Gianini, quatre créateurs apparemment italiens - l'Italie se fait beaucoup remarquer ces temps-ci du côté de l'art brut ; voir Bonaria Manca, ou ce Giovanni Bosco sur lequel un blog parallèle, celui de la Madame Figaro de l'Art Brut, en fait des caisses depuis déjà quelque temps - quatre créateurs qui exposeront entre le 18 septembre et le 18 octobre ; Alain Signori, sans titre, 30x21cm.jpgun certain Alain Signori, venu de France (une sorte de figuratif naïf on dirait? Il y a pas mal de renseignements sur lui et ses travaux sur internet, notamment un site web à lui seul consacré), exposera ensuite de ce 18 octobre jusqu'au 18 novembre,Alain Signori, sans titre 20x12cm.jpg date à laquelle sera fait place aux "acquisitions" de la galerie et ce jusqu'au 18 décembre, date à laquelle les relaieront Paul Amar et ses boîtes de saynètes incrustées de coquillages et autres loupiotes parfaites pour aller avec les arbres de Noël qui refleuriront, façon de parler, un peu partout en Europe en cette fin d'année... Un film de Philippe Lespinasse sur Amar (déjà ancien) sera également projeté à cette occasion.

Galerie Susi Brunner, Spitalgasse 10, Suisse, 8001 Zürich. Tél 41(0)44 251 23 42. www.susibrunner.ch

*

Jarousse chez Chave

     La galerie Alphonse Chave de son côté poursuit son défrichement des créateurs un zeste obsessionnels en exposant du 21 août au 30 novembre Isabelle Jarousse et ses oeuvres en papier épais, couverts de faunes et flores divers dessinés méticuleusement à l'encre par-dessus des vagues et des plis tortueux. Nous avons déjà eu l'occasion de l'évoquer sur ce blog ainsi que dans la revue Création Franche (n°23, cotobre 2003, article Sans paroles, Isabelle Jarousse).

Isabelle-Jarousse-Chave-201.jpg

 

   A signaler la parution d'un catalogue à l'occasion de cette exposition, reproduisant 25 oeuvres d'Isabelle Jarousse, faisant partie d'une série intitulée "Fleurs et couronnes", avec un texte de Damien Chantrenne. Deux expositions supplémentaires consacrées respectivement à Pascal Verbena et à "l'Art Brut et ses alentours" se poursuivent dans la même galerie, à ses premier et second étages.

*

Insectes en tous genres à Verderonne

21x30.jpg

     Photos et dessins d'insectes sont au menu de l'expo d'été qui se poursuit actuellement au Centre Artistique de Verderonne, animé par Caroline Corre dans l'Oise jusqu'au 27 novembre prochain. Pour les photos (d'Alain Muriot), je suppose que c'est de la photographie entomologico-poétique, style Roger Caillois (à seconde vue, ce serait plutôt proche des évocations de Nabokov). Pour les dessins, nous avons l'occasion ici de retrouver les bestioles voraces de Michel Boudin, que j'ai déjà aussi eu l'occasion d'évoquer ici et là (dans le catalogue de l'exposition Créations et Visions Dissidentes au Musée de la Création Franche à l'automne 2001).

24/08/2010

Acezat, une inconnue au bataillon

    Cela fait quelque temps déjà que l'ami Alain Garret, à Bordeaux, m'a parlé en passant de quelques-unes de ses acquisitions picturales accrochées dans la salle à manger, et notamment d'une peintre inconnue de moi - et je gage de plusieurs autres - auteur d'aquarelles hésitant entre primitivisme enfantin et barbouillage graffiteux, mâtinés d'une certaine âpreté brute... J'ai nommé Acezat, aux oeuvres trouvées sur des brocantes, je crois. Voici quelques images:Acézat,En se promenant dans les bois..., coll. Alain Garret.jpg

Acezat, En se promenant dans les bois avec un maçon, la belle Lison entendit..., coll. Alain Garret, ph.Bruno Montpied, 2009
Acézat,six dessins, 1999, coll. Alain Garret.jpg
 Acezat, Etc... Etcetera..., 1999, coll. Alain Garret, ph. BM, 2009

    En cherchant sur internet, je n'ai guère trouvé grand-chose de plus sur la créatrice, à peine l'aquarelle ci-dessous, mentionnée comme faisant partie de la collection du museum de l'art cru (oui, encore une autre appellation).

Acézat, sans titre,2000, musée d'art cru.jpg

Acézat, sans titre, 2000, coll. museum de l'Art Cru

22/08/2010

Martha Grünenwaldt dans l'Oeil...-Art

    Jean-Louis Faravel nous fait part d'une nouvelle exposition consacrée entièrement à Martha Grünenwaldt prévue pour commencer le 2 septembre, date du vernissage, à la Galerie de la Halle Saint-Pierre, rue Ronsard à Paris, au pied de la Butte Montmartre, parmi les marchands de tissus du célèbre marché Saint-Pierre. Elle doit se terminer le 28 septembre suivant. 

Martha Grünenwaldt, carte d'invitaiton à son exposition par Oeil-Art, Paris 2010.jpg Carte d'invitation à l'exposition Martha Grünenwaldt organisée par l'association Oeil-Art

     Il y aura vernissage mais aussi "conférence-découverte", pour en apprendre davantage sans doute sur cette dame primitivement violoniste amateur, ancienne domestique dans un château (où on lui interdisait de jouer de ce fameux violon justement), qui se prit d'amour pour le dessin à 71 ans (elle est disparue dans sa quatre-vingt-dix-huitième année en 2008) en chipant les crayons de couleur de ses petits-enfants, remplissant toute la journée toutes sortes de papiers sans qualité, tracts, affichettes, lambeaux de papier peint, factures, à Mouscron en Belgique... Parfois des deux côtés par manque de support, pour optimiser les surfaces disponibles. Martha qui, d'après sa fille Josine Marchal (voir ses confidences dans le "Bulletin n°6" de l'association Art en Marge en 1987 à l'occasion de la première exposition à Mouscron), se trouvait dans une sorte de refus vis-à-vis du monde extérieur: "Personne autour d'elle n'a plus d'importance... n'existe plus... Alors, c'est une des facettes... à vivre... à encaisser...", refus des relations avec ceux de sa famille aussi, qui peut expliquer que celle-ci ait pu par rancoeur se laisser aller une fois à jeter une partie de sa production pléthorique.

Verso carte d'invitation à l'exposition Martha Grünenwaldt organisée par Oeil-Art à la Halle Saint-Pierre en septembre 2010.jpg
Verso de la carte d'invitation

19/08/2010

Cangaceiro du mois d'août

     Petite apparition d'été...

Cangaceiro-prenant-conseil-.jpg
Cangaceiro prenant conseil auprès d'un génie, Bruno Montpied, 2010

14/08/2010

Les Amoureux d'Angélique publient un catalogue

     Ils avaient fait jusque là une flopée d'affichettes, confectionnées à l'occasion des petites expos temporaires qu'ils consacraient à leurs trouvailles en matière "d'art brut, naïf et populaire" dans leur charmante maison du Carla-Bayle en Ariège. A chaque fois, ils mettaient quelques lignes et quelques photos harmonieusement mises en pages. J'ai eu l'occasion d'en parler à plusieurs reprises sur ce blog et aussi dans la revue Création Franche (n°32 de mars 2010), où je signalais entre autres qu'il nous manquait un catalogue pour garder après la visite quelques souvenirs des créateurs protégés dans ces lieux.

Couv catalogue Les Amoureux d'Angélique, juin 2010.jpg
Couverture du catalogue paru en juin dernier avec Angélique à cheval sur son balai

       Or donc, voici que ce catalogue vient d'être à son tour réalisé par les Amoureux (alias l'Association Geppetto de Martine et Pierre-Louis Boudra). Certes, les atours de cette brochure reliée comme un simple cahier à spirale restent modestes (à l'image des créateurs mentionnés dedans bien entendu), mais l'on dispose là à présent de quelques éléments documentaires non négligeables.

Page Thierry Chanaud,catalogue musée Les Amoureux d'Angélique.jpg
Page sur Thierry Chanaud

        Les auteurs ont choisi de mettre l'accent avant tout sur certains créateurs emblématiques de leur primesautière collection: Gilbert Tournier, l'excellent Thierry Chanaud (dont personnellement je préfère surtout les dessins aux sculptures archaïsantes), Henri Albouy, Angelo Conficoni (dont on apprend qu'il a construit un musée dédié à ses propres réalisations en Aveyron), Henri Virmot, Sylvain Blanc, Joseph Claustres, le prolifique Joseph Donadello, Antonio de Pedro, Severino De Zotti, Honorine Burlin, la collection Yode d'art populaire en bouteille, Joseph Redini, Eric Hordas, Roger Beaudet, Raymonde et Pierre Petit, Louis Buffo, Denise Chalvet, les frères Jammes, Horace Diaz (comme Donadello et Burlin, créateur d'environnement), etc., etc.

Page Honorine Burlin, catalogue musée Les Amoureux d'Angélique.jpg
Page sur Honorine Burlin

       Ne sont pas oubliés non plus les anonymes que la collection prise aussi bien. Il ne faut donc pas hésiter à acquérir ce document indispensable aux amateurs de terra incognita, de poésie des sans-grade de l'histoire de l'art.

Page Denise Chalvet,catalogue musée Les Amoureux d'Angélique.jpg
Page consacrée à une créatrice d'épouvantails confectionnés avant tout pour eux-mêmes, semble-t-il, avant d'être utilitaires (chasser les oiseaux)

Musée Les Amoureux d'Angélique, Carla-Bayle, Ariège, 05 61 68 87 45, amoureuxanges@hotmail.com. Catalogue 15€.

Thierry Chanaud, dessin Des cerises, des arbres, musée Les Amoureux d'Angélique.jpg

Thierry Chanaud, dessin "Des cerises, des arbres...", collection les Amoureux d'Angélique

10/08/2010

Postérité des environnements (3): Abbé Fouré, avant, après...

     Il est rare je trouve, lorsque d'aventure on s'intéresse aux rochers sculptés de l'ermite de Rothéneuf, de son vrai nom, Adofe-Julien Fouré (Fouéré pour l'état-civil, mais lui signait Fouré), de présenter parallèlement ce qu'il reste de ces rochers sculptés en bordure de mer avec ce qu'ils furent à l'origine. Cent années (depuis la mort de Fouré) séparent les vestiges actuels (car c'est le mot, des vestiges...) des pierres taillées du début du XXe siècle. L'usure, peut-être des vols, et/ou des descellements, les ruissellements, les lichens vérolant les formes de taches disgracieuses, toutes ces causes se sont liguées pour entamer le grand travail d'effacement de la roche rognonneuse péniblement amenée par l'abbé en seulement quinze ans (il habita Rothéneuf de 1894 à 1910) à l'état d'hallucinations figées. L'inconscient naturel reprend lentement ses droits sur l'inconscient humain.

Niche avec inscription H Cruce salus, carte postale ancienne, début XXe siècle.jpg
Niche avec l'inscription "H Cruce Salus" (prés du gisant de St-Budoc), début du XXe siècle, carte postale du temps
Niche Cruce Salus,photo Bruno Montpied, avr 10.jpg
La même en avril 2010... Ph. Bruno Montpied
Abbé Fouré, Gisant de St-Budoc,et panneau de l'Ermite et de l'avocat, Rothéneuf.jpg
Le gisant de St-Budoc, avec les sculptures fraîches de l'autel au-dessus de lui ; plus haut à droite, le panneau sculpté avec "l'Ermite" sculpté les bras écartés en signe d eprotection pour ses ouailles placées autour de lui ; au-dessus, "l'avocat de l'ermite" et Jeanne du Minihic
 
Autel de St-Budoc,vestiges 2010, ph Bruno Montpied.jpg
Ce qu'il reste en 2010 du décor sculpté autrefois par l'abbé Fouré pour l'autel de Saint-Budoc, quasiment plus rien..., ph. BM
Abbé Fouré, Mur de l'ermite de Rothéneuf et de son avocat, ph Bruno Montpied, 2010.jpg
Le panneau de l'Ermite protégeant ses ouailles... Dont il ne reste plus que quelques formes floues... Ph BM, 2010

05/08/2010

Postérité des environnements (2): Fernand Chatelain, où il va falloir restaurer la restauration...

    Croisant cet été du côté de Fyé, prés d'Alençon, je suis allé revoir ce qu'il reste des statues refaites (pardon, restaurées) de Fernand Chatelain. Elles étaient rangées à gauche de l'ancienne propriété qui paraît à présent divisée en deux parties distinctes, un bouquet d'arbustes touffu marquant la frontière entre elles du côté de la route. Et quelle n'a pas été ma surprise de constater qu'une partie de la barrière toute neuve avait été cassée, de même que des sections du serpent qui se lovait autour de ses barreaux. Va-t-il déjà falloir restaurer la restauration?

Ancienne propriété Fernand Châtelain, Barrière cassée,juillet 2010, ph. Bruno Montpied.jpg
Barrière et serpent cassés sur l'environnement de feu Fernand Chatelain, 2010
Serpent cassé,ph Bruno Montpied, juillet 2010.jpg
Autre blessure du serpent, 2010

03/08/2010

Visilisation, nolphabet?

Erreur d'affichage, métro parisien, mars 2008, ph. Bruno Montpied.jpg
Erreur d'affichage dans le métro en mars 2008 ; cela devait annoncer au départ une exposition sur les Phéniciens à l'Institut du Monde Arabe, à l'arrivée, il n'est plus question de civilisation, ni d'alphabet ; est-ce cela la novlangue?

02/08/2010

Bruly-Bouabré, Ataa Oko, les films

Ataa Oko et Bruly-Bouabré,jaquette des films à eux consacrés par Philippe Lespinasse et Andress Alvarez-.jpg

     Il y avait l'expo à la Collection de l'Art Brut de Lausanne, il y aura désormais, pour s'en souvenir plus longtemps, les films de Philippe Lespinasse (accompagné d'Andress Alvarez et de Regula Tschumi) sur nos deux compères respectivement ivoirien (en fait, i voit beaucoup) et ghanéen, Frédéric Bruly-Bouabré et Ataa Oko, deux grands voyants venus du continent africain (voir ma note de mars au sujet surtout d'Ataa Oko).

Bruly-Bouabré,dans le film de Philippe Lespinasse, 2010.jpg
Frédéric Bruly-Bouabré dans le film de Philippe Lespinasse et Andress Alvarez, 2010

     Nous avons donc deux courts-métrages sur ces créateurs, produit par Lokomotiv Films et la Collection de l'Art Brut. Le premier, Frédéric Bruly-Bouabré, l'universaliste, fait 32 minutes, et le second, Ataa Oko et les esprits, 16 minutes.

Dessin de taches sur une banane,Frédéric Bruly-Bouabré,film Philippe Lespinasse.jpg

      "Théodore Monod, le savant blanc, m'avait dit, mon fils dans la vie il faut être observateur", nous confie celui qui, à 88 ans (dans le film), devenu un vieux sage et un patriarche respecté, reste plus que jamais un adepte de la divination. Observer les nuages, les peaux de banane, les signes de scarification, la disposition du marc de café, les taches de ciment dans la rue, pour y déceler un message du hasard, les fixer sur des bristols qu'il encadre de commentaires descriptifs, telle fut la tâche de Bruly-Bouabré durant ses soixantes dernières années. Composer un alphabet de 449 pictogrammes associés à des syllabes, afin d'inventer un langage qui réunirait toutes les langues du monde (projet assez voisin de celui de certains fous littéraires chers à André Blavier), a été une autre des grandes préoccupations de cet homme qui fut profondément influencé, paradoxe pour un créateur que l'on range désormais dans l'art brut (censé être un art produit en dehors de toute influence culturelle), par Victor Hugo. Il dit par exemple dans le film de Philippe Lespinasse, "J'étais littéraire au début... J'ai été envoûté par Victor Hugo, puis finalement c'est le dessin qui a dominé...". Le même Hugo qui lui aussi avait été requis par les taches d'encre, et autres accidents du hasard (sait-on bien que le poète à Guernesey, signait, à la façon des pierres de rêve chinoises, des galets trouvés sur la grève?), fut il est vrai enrôlé par Michel Thévoz (voir son livre L'Art Brut de 1975) comme un précurseur de l'art brut... Bruly-Bouabré a été frappé à n'en pas douter par l'idée très hugolienne que le poète est l'instrument de Dieu, qu'il est la main, l'oeil et l'esprit qui témoignent des miracles créés par la divinité. Etonnante postérité du grand Hugo tout de même...

Dessin vu sur une noix de cola,Frédéric Bruly-Bouabré, film de Philippe Lespinasse.jpg
"Divine peinture relevée sur noix de cola ou l'art de déterrer les "os" pour la résurrection", dessin de Frédéric Bruly-Bouabré
Ataa Oko,photogramme film Philippe Lespinasse et Andress Alvarez.jpg
Ataa Oko, son fils (et Régula Tschumi?), décrivant les esprits qui sont représentés dans les dessins sur la table, 2010 

      On voit les créateurs dessiner devant la caméra, et notamment, dans le cas d'Ataa Oko, ce prodigieux créateur de cercueils imagés au début, qui passa sur ses vieux jours au dessin aux crayons de couleurs, sur la demande de l'ethnologue Regula Tschumi (qu'on aperçoit brièvement à un moment du film), on les voit parfois commenter leurs créations, parler des esprits avec lesquels Oko paraît s'entretenir familièrement. Il y a de l'enfantin résiduel chez ce nonagénaire lorsqu'il explique le sens des attitudes de certains esprits par exemple.

Ataa Oko, dessin d'un Cercueil-espadon,film de Philippe Lespinasse.jpg
Un des premiers dessins d'Ataa Oko, au départ sollicité par Régula Tschumi pour redonner une image des cercueils qu'il avait créés autrefois et qui étaient désormais impossibles d'accès puisqu'enterrés

      C'est un des intérêts majeurs de ces films, nous faire sentir le feeling profond d'un Bruly-Bouabré par exemple, la jeunesse et la malice de ces vieillards, à fond dans le seul réel qui vaille, qu'on appelle aussi ailleurs surréel.

L'exposition Bruly-Bouabré se termine le 22 août, tandis que celle des oeuvres d'Ataa Oko, devant le succès rencontré, comme dit le site web de la Collection de l'Art Brut, est prolongée jusqu'au 30 janvier 2011. Le DVD est disponible à la Collection de l'Art Brut.

30/07/2010

40 ans du CAT de Ménilmontant

    Je ne savais pas qu'il existât quelque chose comme un CAT à Ménilmuche. Et c'est un des bénéfices secondaires de la vogue actuelle pour l'art brut et consorts (le "consorts" s'appelle en l'occurrence l'art singulier ; on emploie ce genre de terme en bonus, quand on n'est pas sûr de ratisser assez large avec le seul terme d'art brut) que de nous l'apprendre à la faveur de l'exposition (qui se termine demain!), organisée au Pavillon Carré de Baudouin (ancienne folie XVIIIe rénovée par la Mairie de Paris, assez impressionnante ma foi), et qui s'appelle "Essentiel, 40 ans d'art brut et singulier". Cette manifestation fête le quarantième anniversaire du CAT, installé rue des Panoyaux dans le 20e ardt. Elle nous parle des oeuvres produites par 30 travailleurs qui fréquentent les ateliers artistiques dépendant du CAT (parfois plusieurs à la fois, comme par exemple la peinture et la céramique, dont les organisateurs paraissent particulièrement fiers,  et effectivement trois créateurs émergent nettement dans cette discipline, Fathi Oulad Ben Abid, Philippe Lefresne, et la "gothique" Marie Ollivier-Henry, qui aime bien entre autres façonner des cercueils ).Fathi Oulad Ben Abid.jpg

Cercueil de Marie Ollivier-Henry.jpgPhilippe Lefresne, La boîte à cigarette.jpg
Céramique de Philippe Lefresne, La boîte à cigarettes

 

    Si les qualificatifs de brut et singulier paraissent ici un peu produits pour attirer le public, il faut convenir que la qualité des travaux montrés, si elle ne colle pas toujours à l'aspect "jamais-vu" qui est une caractéristique de l'art brut, de même qu'à l'aspect transgressif de cette notion chère à Dubuffet, cette qualité esthétique paraît souvent évidente. Les grandes gouaches de Joseph Tibi, créateur qui a droit à une salle pour lui tout seul, sont particulièrement belles, possédant une présence immédiate et une tenue esthétique proprement remarquable étant donné leur simplicité dans le dessin, et la taille de leurs supports qui ne paraît à aucun moment avoir pu poser problème pour leur auteur. L'accrochage des oeuvres est aussi fort impressionnant, dans des salles nues aux proportions conséquentes. Manquent peut-être quelques salles supplémentaires, cela dit.

Joseph Tibi au Pavillon Carré de Baudouin, 2010.jpg
Pas trouvé de reproduction plus grande d'une oeuvre de Tibi!

      Et l'on reste de ce fait un peu sur sa faim. Comment en quarante ans de travaux ce CAT ne peut-il nous montrer davantage d'oeuvres? N'a-t-il pas constitué de fonds permanent? Tout est-il parti avec les créateurs ayant fréquenté les ateliers? Il faudra aller au 52, rue des Panoyaux, adresse du CAT, pour le savoir sans doute.

Tarzan aussi a un poignard subtil

Tarzan,-juin-10,-Tiff.jpg
Sculpture de Léon Evangélaire, dans son jardin, à Pont-en-Vendin (Nord), photo Bruno Montpied, juin 2010

28/07/2010

Le saint patron du Poignard Subtil

    J'ai trouvé récemment le saint auquel vouer le blog, c'est Saint-Paul, qui était le porte glaive, paraît-il (car je suis assez ignare en matière d'histoire biblique), de Jésus, saint patron des saucissons. C'est André Gourlet qui m'a révélé cela de sa voix traînante. Il avait décidément une grande épée, ce spadassin. Enfin sa mine longue comme un jour sans pain m'a gagné définitivement à sa cause, je n'ai pas reculé, ni une, ni deux, je l'ai acheté.

André Gourlet,St-Paul, coll. Bruno Montpied.jpg
André Gourlet, St-Paul, front bas et grand chlasse, un sacré coupe-papier

 

26/07/2010

Fin du Tour de France

      Pour saluer la fin du Tour de France, ce petit panneau d'un de nos inspirés du bord des routes récemment découvert.

1erau-colventou,-juil-10.jpg
Panneau d'Alexis Le Breton, Morbihan, photo Bruno Montpied, 2010

24/07/2010

Des outsiders dans le Cantal: jeunes, entre deux ou affinés

      Voici des "Singuliers" conséquents qui se présentent comme des "outsiders", c'est-à-dire comme des officieux qui pourraient devenir des officiels un jour, qui sait? En plus, le terme anglo-saxon attire les touristes anglo-saxons qui pourraient croiser dans le Massif Central, c'est tout bonus. 
Flyer OUTSIDERS Recto.jpg                                  Flyer OUTSIDERS Verso.jpg
      Exposition dans une chapelle (comment peut-on penser librement à l'ombre d'une chapelle, alors je ne vous dis pas à l'intérieur...?), la chapelle Marmontel à Mauriac dans le Cantal (ceci dit, là-bas, à part la médiathèque, où fut montée naguère une jolie expo Pierrot Cassan dont je m'étais fait l'écho, il n'y a sans doute pas trente-six locaux pour monter une exposition). L'organisation est due aux Staelens qui paraissent animer l'association responsable de la manifestation, au nom inspiré de Malcolm Lowry, "au dessous des volcans", nom adapté étant donné la configuration de la région cantalienne. Ils ont réuni autour d'eux (façon de parler, l'énumération par ordre alphabétique des exposants montrant bien qu'il y a là volonté de présenter les artistes sur un plan d'égalité) - Ghyslaine et Sylvain Staelens étant des créateurs tout à faits talentueux, dont les oeuvres rougeâtres paraissent de retour des laves des volcans justement - des créateurs anciens de la neuve invention, de l'art singulier, de la création franche, comme Carlés-Tolra, Kurt Haas, Michel Nedjar ou François Monchâtre, et des entre deux comme Syvia Katuszewski, Christine Sefolosha ou Jerzy Ruszczynski, le protégé de Frédéric Lux, ainsi que des créateurs plus récents, comme l'ubique (il-est-partout) Joël Lorand et Jean-Michel Chesné.
      Tout arrive donc, même des "singuliers" dans le Cantal.
Jerzy-Ruszczynski,-codes-me.jpg
Jerzy Ruszczynski, Codes mentaux, extrait du site de Frédéric Lux
Syvia-K.jpg
Sylvia Katuschewski, quand elle s'appelle aussi Sylvia K. Reyftmann (expo galerie de la Halle saint-Pierre, mars 2009), ph. Bruno Montpied 

Vernissage de l'exposition le Samedi 7 Août 2010 à partir de 17h30. Chapelle Marmontel: 12, Rue du Collège 15200 Mauriac. Ouvert tous les jours de 14h à 19h. Samedi de 10h à 19h. Au-dessous des Volcans (Ghyslaine et Sylvain Staëlens): Jailhac 15380 Moussages - France. + 33 04.71.40.06.18 / + 33 06.64.84.68.68.

audessousdesvolcans@hotmail.fr 

http://www.audessousdesvolcans.fr

   

11e festival à Aubagne

      L'art singulier... Qu'a-t-il d'encore véritablement "singulier"? Quand on voit la multiplicité des festivals et des artistes se réclamant de ce terme, et lorsqu'on constate qu'au fond leurs oeuvres ne se distinguent pas tant que cela du tout venant de la création contemporaine (la création qui continue dans les arts plastiques, s'entend), on se dit que le terme "outsiders" au sens turfiste - le cheval  qui n'était pas prévu pour la victoire et qui arrive cependant à gagner... - est bien mieux adapté.

11e festival d'art singulier.jpg
Une des meilleures affiches du festival depuis ses débuts, je trouve, due à Philip Pak Hin Chiu

      Le 11e festival d'art singulier - le premier festival du nom, animé dès le départ par Danielle Jacqui, avec l'appui au début de feu-Raymond Reynaud -, basé au début à Roquevaire-en-Provence, puis migré à Aubagne, dans la grande banlieue de Marseille, ouvre ses portes le 31 juillet prochain, pour une exposition hétéroclite et bourrée comme d'hab' jusqu'au 29 août. On consultera le programme ci-lié, pour se rendre compte des artistes qu'on y trouvera (malheureusement, peu d'images sont fournies, quid de Pierre Hornung, par exemple, dont on nous annonce sur le site du festival monts et merveilles?). En lisant rapidement la liste des créateurs invités, j'ai relevé quelques noms, Jean Branciard (souvent mentionné sur ce blog), Bonaria Manca (très intéressante créatrice sarde auteur de peintures mais aussi d'une maison entièrement décorée à la limite du naïf et du brut authentiques ; un film a été fait sur elle par Marie Famulicki, excellent au demeurant)Bonaria Manca, extrait du film la sérénité sans carburant, de Marie Famulicki.jpg, Swen et ses dessins touffus, Ester Chacon Avila, artiste chilienne de renommée internationale qui crée des oeuvres textiles aux figurations primitivistes qui font penser à du Marie-Rose Lortet, ou à du Karskaya en plus simple, Jacqueline Vizcaïno, Catherine Ursin, Adam Nidzgorski, ou encore Rosaria Cannonito (créatrice handicapée sicilienne sur qui on trouve un site à elle toute entière consacrée ; merci à Roberta Trapani de nous l'avoir indiqué)...

Ester Chacon Avila.jpg
Ester Chacon Avila

      Les festivals jacquiens sont toujours foisonnants, à l'image de son animatrice charismatique, qui aime l'abondance et l'explosion de couleurs, il y a toujours quelque chose ou quelqu'un à dénicher dans cette salle du Bras d'Or la bien nommée. Bonne pêche!...

23/07/2010

Plein Chant débarque sur internet...

    Je n'ai pas beaucoup de mérite sur ce coup-là. J'ai recopié l'info directement de L'Alamblog, le blog d'Eric Dussert. Effectivement, comme il l'écrit, ça, c'est de l'information! Les éditions Plein Chant ont désormais un site internet. Tout arrive. Il s'agit a priori d'un catalogue, d'une vitrine des activités de la maison, qui comme on sait édite depuis les années 1970 entre autres une des meilleures revues littéraires qui ait jamais été publiée dans ce beau pays de France, la revue Plein Chant, où j'eus le bonheur de publier trois textes dans le passé, ce dont je ne suis pas peu fier. Mais grâce à cette vitrine, les internautes qui voudront se renseigner plus rapidement que d'ordinaire (en ramassant par exemple les catalogues dans les salons où par ailleurs l'éditeur se faisait de plus en plus rare je trouve) pourront être mieux satisfaits. C'est l'occasion pour ceux qui ne connaîtraient pas encore cette bonne maison de découvrir l'éventail de ses titres, dont je prise particulièrement les rééditions de chroniqueurs du singulier du XIXe siècle, comme Lorédan Larchey, Champfleury, Charles Yriarte ou Théodor de Wyzewa. Voici donc le lien pour aller tout droit à Bassac: http://www.pleinchant.fr/

Plein chant 83-84.jpg
Le dernier numéro paru, à ma connaissance, de la revue (2008 déjà...), avec plein de bonnes choses, Frédéric Allamel (qui y cause d'un site post-médiéval à Lignan dans l'Hérault), Jean-Pierre Levaray, Ziegelmeyer, Zo d'Axa, François Caradec, etc.

21/07/2010

Les constructeurs de Babel, bienvenue à un nouveau site sur les environnements "visionnaires" italiens

      Je reçois de Gabriele Mina, anthropologue italien, la référence de son site, intitulé costruttori di babele et consacré aux environnements visionnaires de son beau pays. L'insertion de ma note ancienne sur Marcello Cammi m'avait fait croiser sa route. Je ne parle guère l'italien, mais j'arrive à peu prés à déchiffrer entre les lignes ce dont il est question, tant nos langues sont proches.

Marcello Cammi, Pinocchio, ph.Bruno Montpied, 1990.jpg
Marcello Cammi, Pinocchio, ph. Bruno Montpied, Bordighera, 1990
      Si l'on retrouve sur ce site de riches ensembles d'images sur Cammi (dont mes photos floues datant de 1990, voir album en colonne de droite), notamment des photos de ce même environnement dûes à feu-André Escard, on ne peut que rester interloqué devant un autre environnement mentionné sur le site (parmi d'autres), celui de Mario Andreoli.
     "La colline des lumières", est située en Ligurie à Manarola, près de La Spezia. Andreoli, qualifié par Mina de "land-artist autodidacte", en recyclant divers objets, a dressé prés de trois cents figures (anges, bergers, dauphins, châteaux...) sur environ quatre mille mètres carré. Cela serait déjà un tour de force insolite en soi, mais il ne s'est pas arrêté là (et heureusement, car ces figures restent par trop schématiques, limitées à leurs silhouettes, et pour cause, comme on va le voir). Sa véritable invention est ailleurs. Il a en effet conçu un véritable spectacle à partir d'elles, réalisant une scénographie abstraite lumineuse, qui vue de loin compose un tableau chatoyant et changeant d'année en année aux dimensions d'une colline entière... Il semble que ces jeux de lumière se tiennent entre le début décembre et la fin janvier. 
Mario Andreoli, la colline des lumières, photo site web i costruttori de babele.jpg
Mario Andreoli, photo empruntée au site i costruttori di babele
Mario Andreoli, ph Gabriele Mina, 2007.jpg
Mario Andreoli installant une de ses figures schématiques, ph. Gabriele Mina, 2007

     Le terme de land-art s'applique bien en l'occurrence, plus que le terme d'art paysagiste dont il est un proche parent. Je vois une distinction entre ces deux formes d'intervention artistique, car le land-art est davantage la création d'un tableau prenant pour support un territoire donné, alors que l'art du paysage serait plutôt un territoire qui fait recours à des conceptions artistiques dans la réalisation de son dessin. Les deux vont à peu prés à rebours l'un de l'autre... Et c'est vrai qu'un terme en langue étrangère s'est imposé là parce qu'il n'y avait pas de terme équivalent en français.

20/07/2010

Pourquoi pas une sirène de plus?

     Vue à Bailleul dans le Nord, cette effigie séduisante au-dessus du débit de boisson (en l'occurrence, du débit de poisson) "le Mélusine", cette sirène se recoiffant devant son miroir:

Enseigne à la sirène, Bailleul, ph.Bruno Montpied, 2010.jpg
Enseigne à la sirène, Bailleul, ph. Bruno Montpied, 2010

18/07/2010

Postérité des environnements (1): Bohdan Litnianski

     L'été est propice pour partir sur les routes, aller vérifier l'état de nos jardins créatifs, ceux du peuple j'entends, qui me sont plus chers parce que créés en dehors de toute histoire de l'art, par des sans-grades, des non adulés, des non avenus, à partir d'eux-mêmes, de leur culture en miettes, récupérée dans les poubelles de la télé et des média sacro-saints.

      Je commence ici une chronique des environnements orphelins. Qu'est-ce que ça devient quand le patron est parti? A mon avis, cela risque fort d'être la chronique d'une mort et d'un pourrissement annoncés. Tant est forte la relation entre le créateur et sa création en l'espèce. Déjà, n'est-ce pas, les créations sont placées en plein air, comme si la pelouse qui longe la route devenait une galerie d'art spontané. Réalisées en des matériaux dont on n'a que rarement mesuré la tenue dans la durée - non, ça n'est pas du bronze, mais plutôt du ciment, des assiettes, des poupées, du bois, de la ficelle, du plastique... - les oeuvres durent généralement autant que la vie de leurs propriétaires. Bonjour les dilemmes sur la conservation de ces matériaux pour ceux qui arrivent après! Qu'ils soient des personnes privées ou des institutions (musée d'art moderne et d'art brut de  Villeneuve d'Ascq)... En définitive, ces problèmes, liés à la question de la conservation des environnements, reflètent le questionnement fondamental qui se pose en amont, relatif au statut de ces créations: art ou bien autre chose? Intemporalité de l'art ou immédiateté et éphémère d'une création vécue au jour le jour?

      Pour commencer cette chronique, je me contenterais de deux photos prises à quelques mois de distance sur le site de Bohdan Litnianski à Viry-Noureuil dans l'Aisne. La maison et son jardin incroyable sont toujours à vendre. Le temps fait son oeuvre parallèlement... 

Bodan-19bis,-L'esprit-ouver.jpg
 Bohdan Litnianski (2008), de l'ouverture d'esprit à...
Tête-éclatée,juin10.jpg
l'évanescence et la dissolution complètes de l'âme..., juin 2010, photos Bruno Montpied

17/07/2010

Antonio de Pedro

      Au musée des Amoureux d'Angélique à Carla-Bayle cet été, en plus des masques, j'ai oublié de mentionner une autre exposition, celle des sculptures sur formes naturelles en bois étonnamment ouvragées par un monsieur appelé Antonio de Pedro. Les affichettes éditées par le musée en 10 x 15 cm disent à peu prés toute ma science sur le personnage et son oeuvre. Je m'abrite donc trés paresseusement derrière elles.

Affichette Antonio de Pedro, musée des Amoureux d'Angélique .jpg
Affichette Antonio de Pedro au musée des Amoureux d'Angélique.jpg
Affichettes confectionnées par Martine et Pierre-Louis Boudra

15/07/2010

Un petit bouquet de noms prédestinants

    Et si on remettait ça du côté des noms prédestinants? J'ai là dessous le coude une petite brassée de patronymes faisant sensation, collectés auprès des meilleures plumes:

« Sieur Bruno, j'ai lu pour vous dans le quotidien Le populaire du Centre–Haute-Vienne, le vendredi 6 fév. 2009, p.3 : "Sylvestre Coudert, expert forestier à Saint-Pardoux-Le-Vieux (Corrèze)". Je suppose qu'il connaît tout sur les pins sylvestres,  et que Sylvanus, le Dieu des forêts l'a inspiré et a soufflé fort sur son berceau... (Vous pouvez étendre l'interprétation en cherchant le sens de "coudert" en Limousin...). Michel Valière »

Alors j'ai un peu cherché l'origine du nom Coudert qui viendrait, on l'aurait parié connaissant le goût de Michel Valière pour la langue d'oc, de cette dernière, et désignerait un "espace inculte prés d'une ferme". Le monsieur dont parle Le populaire réunit donc à la fois fertilité et stérilité dans son patronyme. En psychologie, cela se rapproche de cette problématique que Gregory Bateson appelait la double injonction, le "double bind", qui peut faire le lit d'une certaine schizophrénie...

+

«  Je voudrais citer ici celui de ce prof du lycée de Saint-Quentin (Aisne), dont ma tendre m'a parlé si souvent, qui s'appelait Monsieur de la Morvaunay. » Régis Gayraud. 

+

Une institutrice est frappée par une mère d’élève à Pézenas dans l’Hérault, dépêche AFP (24-10-2008) :

« L'agresseure est identifiée mais n'a pas été interpellée afin que les auditions des témoins se poursuivent pour déterminer avec exactitude les circonstances de l'agression", a indiqué le capitaine Emmanuel Bobo, à la tête de la compagnie de gendarmerie de Pézenas, où la professeure a déposé plainte. »

+

Le 1er Juin 2009 :

« Cher Bruno, je viens de relever pour vous hier après-midi à Châteauroux (Indre) : M. Alain Robinet, plombier-chauffagiste, dans cette ville. Avec mes plus cordiales amitiés. » (Michel Valière)

+

Jacques Vivant est mort…

« Nous venons d’apprendre le décès de Jacques Vivant ce mercredi 24 février. Jacques a fait partie de l’équipe d’instructeurs nationaux qui, aux côtés des fondateurs (des CEMEA) ont construit les démarches pédagogiques développées dès le début des années 50. Jacques Vivant a été instructeur national « chant et danses », aux côtés de William Lemit, et a été le promoteur de la danse sous toutes ses formes jusqu’au début des années 80 » (comm. par Francis et Michel Valière fin fév. 10).

+

Le footballeur Sydney Govou, de l’équipe de Lyon, a un avocat nommé Thierry Braillard… (avr. 2010)

+

« Jean Le Bitoux, fondateur du journal homo Gai-Pied, qui est mort récemment… » (Régis Gayraud, avril 2010) 

 

14/07/2010

La sorcière qui attend

     Il y a un certain nombre de sorcières qui hantent les pages de ce blog depuis trois ans qu'il existe. En voici une que j'avais repérée avec un choc, il y a plus de 20 ans, un jour de flânerie sur les hauteurs de Cannes, zone fleurant bon l'ennui des dimanches que l'on a étendus à toute la semaine, Cannes ce mouroir pour riches.

Sieste de la sorcière, ph. Bruno Montpied, 1988.jpg
Sieste de la sorcière, ph. Bruno Montpied, 1988

12/07/2010

Masques et métamorphoses au musée des Amoureuxd'Angélique

      Voilà l'été comme disaient les Négresses Vertes. Et le temps des expos estivales qui vont avec. A Carla-Bayle, en Ariège, dans ce village perché, le joli et inventif musée de Martine et Pierre-Louis Boudra vit cette saison sous le signe du masque. Tout le monde là-bas a posé, le samedi 26 juin sur la place du village, sous ces visages étranges, la plupart du temps en bois, et rappelant singulièrement les masques de carnaval des régions suisses du Lötschental ou de l'Appenzell (que l'on se rappelle des "Sylvester Klaüse", ces hommes sauvages aux faces de troncs et aux bras noueux couverts de feuilles qui errent entre les maisons du côté d'Urnäsch en dessous du massif du Santis au tournant de l'année, vers la fin décembre). C'est donc carnaval tout l'été à Carla-Bayle.

Photo Association Gepetto.JPG
Ph. Gepetto

       Un livre paraît à l'occasion de leur exposition, aux éditions de la Boîte à Gants, son titre? "Peaux masques" (wow, le calembour). Les auteurs en sont Vincent Pachès, Pierre-Louis Boudra et Béatrice Jan. Les espaces d'expo temporaires, déjà réduits d'ordinaire, sont complètement réquisitionnés par cette pluie de masques au reste fort réussis. Qu'on en juge.

Photo association Gepetto.jpg
Photo association Gepetto.jpg
Photo Association Gepetto.jpeg
Photo Association Gepetto.jpeg
Photo Association Gepetto.jpg

10/07/2010

Empreintes n°15

Empreinte n°15.jpg

       En citant cette revue éditée par la Galerie l'Usine à Paris (102, Bd de la Villette dans le 19e ardt), je crois avoir oublié de mentionner l'existence d'un numéro 15, publié tout récemment. Il contient, outre quelques photos des magnifiques têtes de mort de l'Aître Saint-Maclou, l'ancien ossuaire de Rouen (voir la couverture ci-dessus de la revue), des vues des oeuvres du sculpteur-assembleur Philippe Ammial (fort réjouissantes ma foi), par ailleurs responsable de la Collection australienne d'art outsider, une présentation d'un sculpteur sur bois nommé Robert Carl Lamy, oeuvrant dans le Jura. On doit la courte introduction de cette oeuvre, apparemment présentée à l'air libre et voisine d'un petit musée appelé "Faune et flore", à Charles Soubeyran, également auteur de quatre magnifiques clichés. Mais on reste un peu sur sa faim à la lecture de si peu d'indices. Davantage d'images et de précisions n'auraient pas été pour nous déplaire.

Sculpture de Robert Carl Lamy, Photo Charles Soubeyran.jpg
La plus marquante des 4 photos de l'oeuvre sculptée de Robert Carl Lamy

08/07/2010

Michel Godin des Mers

Monsieuye X,photo MarcDécimo,1998.jpg
Photo Marc Décimo, datant sans doute de 1998 (vu l'inscription sur l'ardoise placée devant le conducteur), in Les Jardins de l'art brut (Les Presses du Réel, 2007)

     Je cherchais à le photographier depuis longtemps ce "Monsieuye X", ainsi nommé dans le livre "Les Jardins de l'art brut" par Marc Décimo, avec son attelage incroyable, fait de vélos accouplés réagencés de façon à pouvoir porter entre autres une voile rectangulaire où l'on peut lire toutes sortes de proclamations dans des lettrages de taille différente.

Michel Godin des Mers,l'attelage, photo Bruno Montpied, 2010.jpg

Place de la Nation, juin 2010, ph. Bruno Montpied des Routes

      Je me plaignais à tout un chacun de mon manque de chance, je le rencontrai (deux fois), une fois sans mon appareil photo, rue de Rivoli, et la seconde, sans le reconnaître, son attelage s'étant semble-t-il métamorphosé (replié?), le temps d'une aubade jouée à la flûte (une de ses occupations quand il ne donne pas le spectacle vociférant de sa révolte). Enfin Myriam Peignist vint et me donna le renseignement parfait. L'homme se tenait tous les 14 du mois place de la Nation (sur le terre-plein central) à Paris, ainsi que tous les vendredi soir de 20h à 24h sur le pont reliant l'île de la Cité à l'île St-Louis (pour des concerts de flûte).

Michel Godin des Mers,sa fontaine,son véhicule étonnant, ph. Bruno Montpied, 2010.jpg
Révolution civile..., place de la Nation, juin 2010, ph.BM

     Il était bien place de la Nation au rendez-vous fixé, bien en vue devant la statue de la Marianne républicaine, et ce jour-là sans le moindre chaland venu l'écouter ou seulement examiner son étonnant attelage. Ce dernier se compose d'un premier véhicule à quatre roues de vélo, remorquant à sa suite une sorte de berceau lui aussi sur roues, contenant je ne sais quel objet arborescent aux allures cancéreuses, et faisant peut-être office de parabole de l'enfance aux yeux de l'auteur. Celui-ci, qui a pour nom en réalité Michel Godin des Mers (le complément de nom maritime est de son cru, joliment trouvé non?) - ce qui balaie l'insuffisant "Monsieuye X" - se fait en effet une idée plutôt peu ragoûtante de l'enfance, témoin cette pancarte accrochée en tête de son attelage vélocipédique:

Michel Godin des Mers,détail Non aux parents, ph.Bruno Montpied, 2010.jpg 

Et bizarrement, ses parents, pourtant "traîtres à l'enfant", ce jour-là l'assistaient en silence, se tenant à l'écart comme deux vestales muettes, comme venus veiller sur lui malgré tout... L'allusion au "vol des jardins d'enfant" pouvait être en rapport avec le berceau contenant une espèce de flore pétrifiée proliférante à l'aspect inquiétant en un tel endroit.

Michel Godin des Mers,La remorque en forme de berceau, ph.Bruno Montpied, 2010.jpg
Michel Godin des Mers, la remorque en forme de berceau, un sapin desséché installé au moment de la photo à l'arrière, un souvenir de Noël? Ph. BM, 2010

      Michel Godin des Mers, qui se proclame "acteur, novateur, artisan" et intermittent du spectacle (à prendre aussi dans son sens littéral), en veut à cette société "esclavagiste" qui ne permet pas à tout un chacun de bénéficier d'un logement gratuit. N'a-t-il pas raison? Ce serait évidemment bien mieux si l'on pouvait se loger où bon nous semble sans bourse délier, dans la masure d'un pauvre un matin, dans le palais d'un prince le soir. Il porte ainsi deux casquettes semble-t-il, à la fois bateleur et revendicatif, appelant à une "révolution civile", interpellant les puissants du jour pour leur crier que la démocratie n'existe pas.

Michel Godin des Mers,la voile de son attelage, ph; Bruno Montpied, 2010.jpg
Michel Godin des Mers (qu'à part moi, j'appelle du sigle MGM...), la "voile", ph.BM, 2010

      Sa "voile", qui est en fait plutôt une série de panneaux montés les uns à côté des autres par-dessus un système de supports comprenant entre autres des lattes, sa voile contient ses principaux thèmes de réclamation, mais il distribue aussi des tracts en agitateur conséquent comme celui ci-dessous où l'on trouve une autre Marseillaise datée de 2006, nous montrant bien chez lui à travers ce détournement une certaine culture de la subversion. Cela peut aussi le ranger parmi les "fous" littéraires contemporains.

Michel Godin des Mers, tract.jpg

      Michel Godin des Mers n'est pas loin de se constituer en république autonome par défi peut-être à la république officielle qu'il accuse d'esclavagisme, elle qui a permis qu'il soit "expulsé une dizaine de fois avec destruction d'ouvrages...Grrr" (le "Grrr" est très bien je trouve). Il s'est ainsi créé un logo qui flotte au centre du drapeau qui couronne son attelage, une pomme au centre d'une étoile ceinte de rayons, à traduire nécessairement par "Ma pomme"...

Michel Godin des Mers,Ma Pomme,logo, ph Bruno Montpied, 2010.jpg

      Cet environnement ambulant est un petit pays créatif et revendicatif follement original que j'admire particulièrement. Il faut souhaiter que la maréchaussée et les bien pensants lui flanquent la paix, car ce genre de véhicule totalement  à rebours de la vogue m'as-tu-vu de notre époque est bien fait pour soulever l'irritation. 

Michel Godin des Mers, Drapeau de Ma Pomme, ph. Bruno Montpied, 2010.jpg
Michel Godin des Mers, "Ma pomme" placé au centre du drapeau, ph. BM, 2010

06/07/2010

Elizabeth Magnard-Desbeaux?

    Qu'est-ce qu'il y a comme artistes sur cette planète... Voici qu'on m'annonce une expo à la Maison du Tailleu à Savennes (joli coin dans la Creuse tranquille, où l'on peut visiter par-dessus le marché le plus ancien environnement spontané français, celui de François Michaud à Masgot, commune de Fransèches) d'une artiste née en 1937 et décédée en 2009 dont bien entendu je n'avais jamais entendu parler. Jean et Michelle Estaque qui m'envoient la nouvelle, étant souvent de bon conseil, j'y fais attention et répercute ici la nouvelle de cet hommage à elle rendu. Mais nous n'avons qu'une petite reproduction pour nous faire une idée de cette peinture, et juste un nom, Magnard-Desbeaux, qui ressemble fort à un nom prédestinant, étant donné la vocation d'artiste et galeriste de la dame. Donc, à tout hasard, si vous passez par là, parce que moi ça ne sera pas sur ma route de l'été...

Invitation Exposition Elizabeth Maganrd-Desbeaux à la Maison du Tailleu.png

04/07/2010

Le pluriel des pluriels des Singuliers

     Une exposition au musée international d'art naïf Anatole Jakovsky de Nice du 2 juillet au 1er novembre qui s'intitule "Le Pluriel des Singuliers", ça ne vous rappelle rien? A moi si. Le titre servit il y a quelques années pour une série de quatre (pas plus?) manifestations qui se tinrent à Aix-en-Provence (la dernière peut-être en 2004). Je n'ai pu aller les voir, à peine ai-je pu m'en faire une idée d'après leurs catalogues plutôt bien faits (les meilleurs qu'on ait eu du reste dans la mouvance "singulière"), édités d'ailleurs par Actes Sud. Les sélections paraissaient réalisées avec soin, à la différence de tant d'autres festivals du genre amateuriste et dilettante.

Raymond-Reynaud-Portraitpar.jpg
Raymond Reynaud devant deux de ses sculptures, dont "King-Kong", chez lui à Sénas, 1989, ph. Bruno Montpied

      J'ai reçu un carton d'invitation pour le 2 juillet, date du vernissage. Mais sans qu'on daigne m'en dire beaucoup plus sur le contenu de l'expo. Pas de dossier de presse sur le site www.musee-jakovsky.org en particulier, à peine quelques rares noms cités et jetés en pâture, comme ceux de Sanfourche, de Danielle Jacqui ou de Raymond Reynaud. On apprend aussi que le musée d'art naïf aurait acquis récemment une "maison" d'Auguste Forestier et une "très grande pièce de Robert Tatin". Les limites de la collection niçoise seraient-elles en train de se dilater aux confins de l'art singulier et de l'art brut (Forestier)? Le musée de Laval lui-même semble aussi aller dans ces directions, comme on me l'a récemment signalé, en créant une salle consacrée aux Singuliers. L'art naïf paraît avoir besoin d'un peu de sang frais, plus à la mode, pour redorer son blason.

      En particulier, on ne sait pas si les organisateurs de l'expo ont quelque chose à voir avec ceux qui montaient les expos à Aix (Michel Bépoix). A ceux qui auront les moyens et les disponibilités d'aller à Nice durant les quatre mois qui viennent de nous dire quels sont les créateurs représentés, et si le titre renvoie aux anciennes manifestations aixoises...    

02/07/2010

Fin de partie à la Galerie Impaire

     Même si les animateurs de cette galerie qui est une émanation du Creative Growth Center de Oakland annoncent une suite pour l'automne de leurs "projets européens", il n'en reste pas moins annoncé que la Galerie Impaire va fermer ses portes. Il n'est pas dit pourquoi. Mais chacun peut peut-être le deviner, la phynance?

Summertime Email Invite.jpg